Affichage des articles dont le libellé est FBI. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FBI. Afficher tous les articles

dimanche 18 mai 2014

Un étrange avion US à Téhéran : livraison d’uranium pour les ayatollah ? – par Laurent Glauzy

L’information provient des articles duNew York Times intitulés Iran Gets an Unlikely Visitor, an American Plane, but No One Seems to Know Why (« L’Iran reçoit un visiteur inattendu, un avion américain, mais personne ne semble savoir pourquoi ») du 17 avril 2014 etPaper Shows U.S.-Flagged Plane in Iran Has Ties to Ghana (Le journal montre que l’avion portant le drapeau américain qui a atterri en Iran a des liens avec le Ghana) du 18 avril 2014. Quatre journalistes ont participé à sa rédaction, dont deux furent envoyés en Iran. Cette intrigue, ignorée de notre presse des caniveaux bien poussiéreuse, est donc prise avec le plus grand sérieux outre-Atlantique.
Le 15 avril 2014 au matin, l’Iran a un étrange invité : un avion, propriété de la Bank of Utah, une banque de la secte mormone ayant treize filiales dans tout l’Utah. Portant une cocarde américaine, l’engin était immobilisé sur une partie visible de l’aéroport international de Mehrabad, à Téhéran.
Cette observation est d’autant plus incompréhensible que les sanctions des États-Unis et de l’Union européenne à l’encontre de l’Iran - les mêmes qu’ils voudraient imposer à la Russie (nation n’ayant pas de banque Rothschild) - rendent improbables un tel évènement.
Pour entrer sur le territoire iranien, le jet aurait eu besoin d’un permis de séjour délivré par l’Office of Foreign Asset Control, un service du département du Trésor américain où sont en vigueur les ITSR (Iranian Transactions and Sanctions Regulations), qui prohibent toute exportation américaine de nourriture, de services et de technologie vers l’Iran. L’éventualité qu’un jet américain atterrisse sur le territoire iranien est donc nulle. De plus, cet avion est un jet d’affaires Bombardier Challenger 600 de fabrication canadienne, équipé d’un moteur de la General Electric.
Le département du Trésor, interpellé sur l’affaire par plusieurs journalistes, n’a pas souhaité réagir. Les autorités iraniennes demeurent tout aussi muettes. Le porte-parole de la délégation iranienne à l’ONU répond que « nous n’avons pas d’informations ». Quant aux sources internes de l’aéroport, elles affirment qu’à bord de l’avion, seuls des VIP étaient présents.
La secte Illuminati des Mormons
Du jet au Boeing 747, la Bank of Utah possède 1 169 avions. Sous le manteau protecteur du Trust, des magnats peuvent ainsi s’envoler avec la plus grande discrétion. C’est dire que le cas du Bombardier Challenger 600 est étonnant. Il faut également rappeler qu’en 2012, la banque britannique HSBC, qui avait signé un accord avec les autorités fédérales, fut accusée du transfert de milliards de dollars vers l’Iran. Les capitaux provenaient des cartels mexicains de la drogue. HSBC a dû payer une amende de 1,92 milliard de dollars.
Les Mormons sont des gens minutieux, considérant même le thé comme une « boisson enivrante », prohibée par leur « prophète » maçonnique John Smith. Il est par conséquent inimaginable qu’ils aient loué le cœur léger, à de mystérieuses VIP, un avion que l’on retrouve en Iran.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Marziyeh Afkhan, déclara que tout l’équipage et les passagers du Bombardier Challenger 600 « étaient non américains » ; ils se seraient composés d’« une élite d’officiels ghanéens œuvrant pour des actions de coopération entre les deux pays ».
Des journaux, comme le Christian Science Monitor, se contentèrent des déclarations du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Le titre du quotidien est péremptoire : « Utah Plane in Iran Mystery Solved » (Le mystère de l’avion de l’Utah en Iran est résolu). Et pour cause : leChristian Science Monitor est l’œuvre, en 1908, de Mary Bakker Eddy, fondatrice de la secte maçonnique et templière de la Science chrétienne[1].
En réalité, ces nouvelles révélations laissent imaginer un scénario bien plus important et tout à fait effroyable.
Le président du Ghana
Les journalistes du New York Times obtinrent un document confidentiel : il y est communiqué l’identité des passagers appartenant à une compagnie minière ghanéenne, Engineers and Planners, dont le siège est à Accra. L’administrateur délégué de cette société d’ingénieurs est Ibrahim Mahama, le frère du président du Ghana, John Dramami Mahama.
En 2012-2013, dans les derniers mois à la présidence de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad avait entrepris plusieurs visites diplomatiques en Afrique, dans le but de construire de solides bases relationnelles avec le riche continent oublié par les Américains, et maintenant en proie aux intérêts chinois. Le président de la République islamique visita aussi le Bénin (longtemps lié à la Corée du Nord de Kim II Sung), le Ghana et, enfin, le Niger. Le président irakien Saddam Hussein (1979-2003) voulait y acheter le Yellow Cake[2], produit final du procédé d’extraction de l’uranium avant transport et purification. Dans ce contexte, le voyage d’Ahmadinejad au Niger souleva des spéculations selon lesquelles il aurait cherché des gisements d’uranium pour le programme nucléaire de l’Iran.
L’Académie de Quantico, base du FBI
Une fois le scandale découvert, Engineers and Planners déclarait dans le journal Modern Ghana : « L’avion n’est pas associé, de façon directe ou indirecte, avec le Président, Son Excellence John Dramani Mahama, qui, incidemment, est le grand frère de notre administrateur délégué, M. Ibrahim Mahamana ». Le communiqué de presse était signé Adi Ayitevie, directeur exécutif de la société d’Accra.
Qui est Adi Ayitevie ? D’après le réseau social professionnel Linkedin, il a travaillé plusieurs années pour une société dont le siège est au Maryland, la MNM Corporation, spécialisée notamment dans la communication haute-technologie et la sécurité des supports informatiques. La MNM Corporation a œuvré à la reconstruction de l’Académie de Quantico (Virginie), la base du FBI, une des artères du pouvoir américains.
Par ailleurs, le Ghana est l’une des nations africaines à avoir d’excellentes relations avec Washington, à la différence par exemple de l’Ouganda ou du Nigeria. De plus, le Ghana est composé de 35 % de musulmans, ce qui peut faciliter les relations avec la République islamique de Téhéran. En somme, le pion ghanéen dans l’échiquier de Washington serait à privilégier pour négocier avec Téhéran. La présence de la Bank of Utah, propriétaire de l’avion, ne fait qu’abonder dans le sens de négociations secrètes entre Washington et Téhéran, deux nations ennemies sur le devant de la scène. De plus, comme cela est mentionné dans l’ouvrage Témoins de Jéhovah, les missionnaires de Satan (2013), le Département d’État américain s’est toujours servi de sectes illuminati et templières pour établir des liens avec des pays sulfureux, à l’instar de la Chine. La banque mormone n’échapperait pas à cette logique.
Le désert radioactif de Moab
The Tulse Luper Suitcases, film extravagant du cinéaste Peter Greenaway, se déroule dans le désert de Moab, dans l’Utah, dans les années 1900, où une famille de Mormons d’origine allemande captura un protagoniste et le tortura en l’attachant nu à un poteau en lui étalant du miel. Curieusement, l’abeille et la ruche sont les symboles de l’Utah, héritage de la symbolique maçonnique laissé à la secte mormone. Le metteur en scène, obsédé par les nombres et la kabbale, a structuré son long métrage autour des 92 valises de Tulse Luper, le personnage principal. 92 étant le numéro atomique de l’uranium.
Le désert de Moab regorge de ce minerai. Il est la plus grande zone d’extraction et d’exportation de l’uranium aux États-Unis. Dans le sol de cet endroit aride sont enfouis d’importantes richesses minières ayant attiré, dans les années 1890, des générations de mineurs siciliens et calabrais. Dans les années 1950, alors que les effets des radiations étaient encore peu connus, les extractions d’uranium étaient encore très courantes dans l’État mormon.
Après le boom, c’est-à-dire avant les années 2000, la grande majorité des mines fermèrent en raison du faible prix de l’uranium. En 2010, il ne restait qu’un seul lieu d’excavation, qui a repris son activité en 2010.
Les États-Unis arment-ils l’Iran ?
D’où la réflexion du New York Times, qui se demande si de l’uranium made in USA, provenant de l’Utah, ne servirait pas à approvisionner l’Iran. Les puissants du Ghana ne seraient que des hommes de façade de cette opération folle. L’Iran répondrait ainsi à la méthode de Brzezinski.
Zbigniew Brzezinski, considéré comme un des marionnettistes de l’ombre de la géopolitique de Washington, apparaît derrière chaque guerre américaine, y compris derrière les troubles de l’Ukraine, avec laquelle le pleurnicheur polonais rêve d’une revanche personnelle intra-slave contre la Russie.
Brzezinski, qui avait disparu dans les années de Bush jr, un pédo-sataniste (cf. Frits Springmeier, Alex Jones) adepte du Bohemian Club (droit annuel de 35 000 dollars) est revenu avec Obama. Il n’est pas incorrect de penser que les problèmes d’Israël avec Obama dépendent aussi de lui. Dans un entretien de septembre 2009 pour le site Daily Beast, il suggéra que le président Obama aurait dû avertir Israël que l’US Air Force arrêterait chaque tentative d’attaque des sites nucléaires iraniens !
Il pourrait s’agir d’un cas Liberty inversé. L’USS Liberty était un navire de recherche technique de l’US Navy que des Mirage III israéliens, associés à une vedette sans enseigne et sans cocarde, attaquèrent lors de la Guerre des Six jours, en 1967. Il est désormais établi qu’il s’agissait d’une tentative « sous faux drapeau » pour faire intervenir les États-Unis aux côtés d’Israël, contre l’Égypte, durant laquelle moururent trente-quatre Marines. Beaucoup de survivants de l’USS Liberty furent achetés par des promotions ou disparurent physiquement.
La méthode Brzezinski, conforme à l’affaire du Liberty, viserait à empêcher Israël de mettre un terme aux ambitions nucléaires iraniennes. L’affirmation est bouleversante, parce qu’elle contredit tout ce que l’on présume de l’attitude des États-Unis concernant l’uranium iranien. Doter l’Iran de la bombe nucléaire pousserait Téhéran dans une guerre contre la Chine et la Russie. Armer l’Iran n’est donc pas une idée absurde : la présence d’armes thermonucléaires engendrerait une atmosphère de Guerre froide entre des États apparemment alliés.
Autoriser l’Iran à posséder la bombe atomique permettrait aussi d’appliquer une pression sur le voisin pakistanais, musulman mais pas chiite. De plus, Islamabad est un allié que les États-Unis ont envie de lâcher et que Samuel Huntington (1927-2008), l’auteur du très célèbre Le Choc des civilisations, considérait comme appartenant à l’axe infâme du complexe sino-islamique.
Si l’on reprend la logique selon laquelle les illuminati ont besoin d’une Troisième guerre mondiale entre les blocs sioniste et musulman (cf. lettre du 14 juillet 1871 du sataniste Pike au chef Carbonari Mazzini) pour organiser un chaos général et asseoir in fine l’antéchrist, un Iran détenteur de l’arme nucléaire engendrerait un retour à la Guerre froide qui déstabiliserait toute l’Asie, dirigée par des gouvernements paranoïaques. Un Iran nucléaire est une menace pour Israël et une ressource pour diviser et dominer le scène orientale. Pour ce rêve tordu à la Brzezinski, le pouvoir américain est en train d’employer un produit national, c’est-à-dire l’uranium de l’Utah.
Who done it ?
On peut se demander, comment cette mise en scène a été éventée, où et pourquoi ? Comme on le dit dans le langage des romans policiers : Who done it ? Le fait que cet évènement soit sorti dans le New York Times est significatif. En effet, ce quotidien appartient à la famille israélite Sulzerberger, qui entretient des relations avec Israël. En outre, les positions libérales du New York Times l’empêchent de souscrire servilement à la politique de Netanyahu. Ce n’est pas la première fois que le quotidien publie des scoops : il avait révélé que Ben Laden était en relation avec des trafiquants de diamants juifs.
Donc, comment cette information est-elle parvenue au quotidien ? Est-ce grâce au renseignement israélien qui a mouchardé, ou bien sont-ce les reporters eux-mêmes qui, avec beaucoup de courage, ont trouvé cette piste grâce à des informations de passionnés de l’aviation ?
L’article est accompagné d’une photographie de l’avion incriminé. Ce cliché a été pris soit de l’intérieur d’un autre avion, soit de l’extérieur, à savoir sur le tarmac. En tout cas, grâce à ce cliché, les journalistes ont pu reconstruire l’itinéraire de l’avion, pour aboutir à la secte des Mormons et à la société ghanéenne Engineers and Planners, celle du frère du président Mahama. Enfin, la Bank of Utah est une « state-government chartered » : semi-privée, elle appartient aussi à l’État de l’Utah.
Cette intrigue internationale, qui est peut-être la plus grande de l’année, implique les plus hautes instances des États ghanéen et américain, par l’intermédiaire d’une secte maçonnique et d’une entreprise. Elle montre à n’en pas douter que les États-Unis ont des liens secrets avec Téhéran, comme s’il s’agissait de mener en coulisse le monde à une guerre certaine, correspondant parfaitement aux plans des Illuminati.
Laurent Glauzy
[1] (Cf. R. de Ruiter & L. Glauzy, Témoins de Jéhovah, les missionnaires de Satan, 2013, p. 84.)
[2] art. Niger et nucléaire : le crime silencieux d’Areva [Cf. Atlas de géopolitique révisée, 2012, pp. 378-380]

vendredi 12 juillet 2013

Aux sources du négationnisme : le FBI ?


Certains présentent Maurice Bardèche comme le vrai père du négationnisme et le professeur Faurisson comme son messie auto-proclamé. Pourtant, il se pourrait que les premiers documents pouvant être considérés comme négationnistes aujourd’hui ne soient pas l’œuvre de goyim « antisémites », mais celle du FBI rapportant des échanges lors de conférences d’organisations juives sionistes américaines !
En effet, selon des rapports officiels du FBI datant des années 1940-50 et déclassifiés en 1985, le rabbin Jamus G. Holler aurait déclaré lors d’une réunion, organisée par la Zionist Organisation of America (ZOA) au Jewish Community Center Auditorium de San Francisco le 18 novembre 1943 devant environ 1 000 personnes, que le nombre de juifs vivant en Europe occupée ne dépassait pas les 2 millions d’âmes [1].
Voici un extrait des rapports officiels :
« Le docteur Heller a estimé le nombre de juifs dans l’Europe occupée à 2 millions. Il a craint néanmoins que ce nombre puisse être réduit d’une façon significative si les nazis demeuraient en contrôle une année supplémentaire. »
Ce rapport va même plus loin puisqu’il mentionne aussi les intentions des organisations sionistes quand au « retour » vers le « foyer juif » :
« Le docteur Heller a re-mentionné le programme sioniste favorisant l’immigration juive vers la Palestine et un régime démocratique dans ce pays une fois que les juifs auraient acquis une majorité. »
Tout porte à croire que les organisations juives sionistes américaines étaient au courant que leurs homologues européens évacuaient les juifs. Est-ce la preuve que le FBI et la ZOA connaissaient l’existence du fameux Transfer Agreement (le contrat qui aurait été signé le 7 août 1933 entre le IIIème Reich et les sionistes allemands), permettant aux juifs qui le souhaitaient de quitter le Reich et l’Europe pour s’installer en Palestine avec tous leurs biens matériels ainsi que leurs capitaux financiers ?
Compte tenu des récentes prises de positions de Zonathan Ayoun (UEJF) envers le géant américain Twitter [2], du CRIF condamnant le business de l’antisémitisme [3] et de la LICRA poursuivant la maison d’édition Kontre Kulture pour des livres dont certains passages « incitent à l’antisémitisme et au négationnisme » et « causent à l’ordre public un trouble manifestement illicite  » [4], il serait intéressant de savoir ce que pensent ces associations, elles aussi sionistes, de ce rapport finalement pas très éloigné des théories négationnistes qu’elles combattent aujourd’hui ?
Gageons que le FBI était, durant cette période sombre, infiltré par des espions nazis en mission !
http://www.egaliteetreconciliation.fr
Notes
[1] Tous les documents du FBI déclassifiés concernant les rapports sur l’activité de la ZOA sur le site du FBI (10 documents PDF en tout) :
http://vault.fbi.gov/Zionist%20Organization%20of%20America/
Le document où sont précisément mentionné les 2 millions de juifs en Europe est le document N°1 (PDF 1 sur 10), page 7 du PDF, paragraphe n°3.
[2] http://uejf.org/blog/2013/04/11/%EF%BB%BFcommunique-de-presse-de-luejf-et-jaccuse-aipj-nouvelle-plainte-contre-twitter/
[3] http://www.crif.org/fr/tribune/soral-dieudonn%C3%A9-et-le-business-de-l%E2%80%99antis%C3%A9mitisme/36605
[4] http://www.egaliteetreconciliation.fr/La-LICRA-veut-faire-interdire-cinq-ouvrages-Kontre-Kulture-18849.html

samedi 28 juillet 2012

La guerre urbaine à l'âge de l'information

Il est temps de révolutionner notre pensée sur la guerre urbaine. Pendant trop longtemps, l'establishment des Forces armées a lu la mauvaise histoire, s'est préparé au mauvais combat et s'est réfugié dans la sagesse des mauvais philosophes. La guerre urbaine est le combat du futur – un futur très proche – et nous ne sommes pas prêts. Nos réflexions à ce sujet ont été détournées par des principes anachroniques et désormais inapplicables.
Nous ne vivons pas dans le monde de Sun Tzu, ni même dans celui de Clausewitz, Fuller ou Liddell Hart. Le monde moderne s'est urbanisé à un degré sans précédent, et il est inconcevable que les missions militaires futures n'impliquent aucune opération en milieu urbain. A condition qu'il ait réellement existé, Sun Tzu vivait et écrivait à l'âge agraire, lorsque l'essentiel des terres étaient sauvages ou cultivées. De larges portions des populations vivaient en-dehors des villes, et la guerre était principalement menée dans des terrains plats et ouverts. De tels champs de bataille, foulés par tous les guerriers de Sun Tzu à Napoléon, se raréfient chaque jour davantage. De plus, l'efficacité des opérations interarmées américaines – et notamment des feux interarmées – font qu'un adversaire intelligent ira dans les cités pour se protéger. Le champ de bataille moderne est urbain.
Comme c'est souvent le cas avec les bureaucraties militaires, la doctrine de combat américaine n'a pas suivi le rythme des évolutions. La Joint Publication 3-0 accorde une bonne page aux opérations urbaines, et leurs proches associées, les opérations interagences, ne reçoivent qu'une allusion polie dans la doctrine. La guerre urbaine continue d'être considérée comme une anomalie, quelque chose à éviter – ou à n'engager qu'à contrecœur. Ralph Peters et d'autres ont clairement montré que l'éviter est presque impossible, mais nous continuons à ne pas pleinement embrasser l'art de la guerre urbaine. Au lieu d'une doctrine dynamique sur le combat en ville, nous avons un dogme nourri de mythes sur la manière de l'éviter, parfumé de quelques idées sur la méthode pour nettoyer des pièces avec des mitrailleuses. Ce qui est totalement insuffisant.
Installations, doctrines et structures insuffisantes
Les zones urbaines devraient devenir notre moyen de combat préféré. Nous devrions optimiser les structures des forces dans ce but, plutôt que de le reléguer à l'appendice Q de notre doctrine combattante en le traitant comme une exception à la norme. En réalité, l'appendice Q devrait traiter du combat en terrain ouvert – un événement du plus en plus rare – pendant que notre doctrine principale s'appliquerait au combat en ville.
En considérant la guerre urbaine, nous devons cesser de la voir uniquement comme un obstacle. En fait, les combats urbains présentent de nombreux avantages pour les groupes interarmées et interagences américains, parmi lesquels l'accès permanent à la population, à l'infrastructure, à l'eau, au carburant, aux abris, aux communications et au pouvoir. Les villes sont un trésor accessible d'informations et de renseignements, si nous développons les bons outils pour extraire ces ressources des plus précieuses. Bien que les villes présentent effectivement des obstacles et des désavantages pour les guerriers modernes, il faut se rappeler que l'ennemi est également désavantagé. En bref, les opérations en milieu urbain sont en mesure de donner lieu à des succès militaires et interagences durables, pour autant que nous nous adaptons à la réalité au lieu de nous cramponner au mauvais conseil de Sun Tzu. La ville est une opportunité pour manœuvrer.
Quelle est la différence entre 1000 miles et 500 miles ? La réponse est 8 millions de personnes. Le National Training Center (NTC) de Fort Irwin, en Californie, offre aux commandants de brigade 1000 miles carrés de défis. Probablement la plus grande installation d'entraînement pour les forces terrestres au monde, le NTC représente également une transition fondamentale dans la méthodologie pour l'instruction qui a révolutionné l'US Army. Il reste aujourd'hui l'expérience formative pour les officiers de l'Armée – un challenge souvent plus difficile que le combat réel.
Cependant, ce millier de miles carrés de terrain désertique et montagneux est virtuellement vide de toute population. Lorsqu'une task force de brigade se déploie dans le carré de manœuvre, le commandant doit se concentrer sur les opérations offensives et défensives, la reconnaissance, la planification des feux, la défense antiaérienne, la défense nucléaire, biologique et chimique, ainsi qu'une foule d'autres problèmes tactiques – sans oublier bien entendu la fameuse tortue des sables du NTC. Ces problèmes d'entraînement ne sont pas insignifiants, comme le sait chaque vétéran du NTC. Au sens large, ils le deviennent cependant lorsqu'on les superpose au champ de bataille urbain moderne.
Mexico City ne recouvre que 500 miles carrés, la moitié du NTC, mais les opérations militaires dans un cadre urbain de cette taille dépassent rapidement l'instruction et la compétence du commandant de brigade capable de maîtriser le corridor central de Fort Irwin. En plus des problèmes tactiques familiers décrits ci-dessus, le combattant urbain doit prendre en compte les réfugiés, les médias, les couvre-feux, le contrôle des foules, l'administration communale, les gangs des rues, les écoles, les citoyens armés, la maladie, les pertes massives, la police, les sites culturels, les milliards de dollars de propriété privée, les infrastructures et la religion, pour ne citer que quelques facteurs. Dans ce contexte, le groupe de combat de brigade qui domine le corridor central est malheureusement inadéquat, de même que la doctrine et les structures qui le sous-tendent.
Le Joint Readiness Training Center (JRTC) de Fort Polk, en Louisiane, a bien plus rapproché l'Armée des réalités de demain. Depuis sa mise en service en 1993, le JRTC est passé d'une priorité initiale accordée aux unités légères à une approche davantage interarmes impliquant aussi bien des forces lourdes que des forces spéciales ou d'autres éléments des forces interarmées actuelles. C'est un véritable progrès, et l'intensité d'une rotation au JRTC est difficile à surpasser. Malgré tout, la surface urbaine ne recouvre que 56 kilomètres carrés – ce qui est minuscule par rapport à ce qu'impliquerait un engagement réel ; et si le JRTC inclut des non combattants au programme d'entraînement, même cette innovation ne fait qu'effleurer la complexité des opérations urbaines futures.
Vers les groupes de forces interagences
Les 500 miles carrés de combat urbain sont si radicalement différents des 1000 miles carrés de combat en terrain ouvert que nous devons redéfinir les niveaux de la guerre. Il est devenu commun de penser que la guerre se déroule en trois niveaux – tactique, opératif et stratégique. J'ai précédemment tenté de démontrer que le niveau opératif (Les facteurs de conflits au début du XXIe siècle) devient un anachronisme, parce que l'idée d'une campagne militaire de théâtre n'est plus adaptée. Les opérations sont devenues tellement entrelacées de considérations globales, et les facteurs militaires tellement intégrés avec les facteurs diplomatiques, économiques et culturels, que la guerre de théâtre ne peut plus être dissociée de la grande stratégie. De manière similaire, le défi des opérations urbaines servira à redéfinir le niveau tactique de la guerre.
A quel niveau de la guerre s'intègrent les éléments de la puissance nationale ? Si nous posons cette question dans le contexte de la dynamique propre à la guerre froide du XXe siècle, la réponse pourrait bien être les niveaux stratégique ou opératif de la guerre. Dans la guerre urbaine du XXIe siècle, cependant, cette intégration peut se produire au niveau tactique. Au cours d'un combat en ville, traiter avec le Département d'Etat ne sera plus le souci du commandement unifié, mais celui du commandant de bataillon.
Le groupe de forces interagences, plutôt que la force interarmées, doit devenir la base des opérations futures. Avec des éléments de la puissance nationale qui s'unissent au niveau tactique de la guerre, une large confédération d'agences gouvernementale autour du commandant unifié est simplement insuffisante. Un examen honnête des récentes opérations en Afghanistan montre une superbe performance des Forces armées, mais une participation à contrecœur et mal intégrée des autres agences du Gouvernement américain. En conséquence, la politique étrangère américaine apparaît composée à 90% de force militaire, avec quelques ajouts économiques et diplomatiques. Ceci est l'assurance d'un désastre dans la future guerre urbaine. Nous devons parvenir à former des groupes de forces interagences.
Ceux-ci seraient construits autour d'une unité expéditionnaire de Marines ou d'une brigade de l'Armée renforcée de feux interarmées. De plus, elle aurait une participation active des Département d'Etat, du Trésor, du Commerce et de la Justice, de la CIA, du FBI, et au besoin des services de l'Agriculture et de la Santé, ou du Bureau des Conseillers en Economie et du Travail. Elle aurait également des équipes de liaison parlementaires. A présent, la plupart de ces agences gouvernementales n'ont pas pour mission d'appuyer la politique étrangère, mais cela doit changer. Les éléments de la puissance nationale, dont l'intégration est cruciale pour l'efficacité de la grande stratégie, résident dans ces agences. Ils doivent être des acteurs dans la guerre comme dans la paix.
Que fera le groupe de forces interagences ? Il agira d'abord dans tout le spectre des opérations militaires. Il accomplira également d'autres fonctions, comme l'entraînement et la gestion de forces de police, la propagation d'argent pour des armes et des renseignements, le fonctionnement de l'administration publique, l'aide au développement économique, le prise de contact et la cooptation avec les gangs et les classes moyennes en ville, la facilitation des échanges culturels, la création et l'administration d'écoles, la conduite de campagnes médiatiques et d'opérations psychologiques, ainsi que la planification et l'exécution de transferts interagences des militaires aux civils. En résumé, le groupe de forces interagences projette la puissance de la grande stratégie au niveau tactique des guerres en ville.
Le défi que constitue la concrétisation d'une telle vision est écrasant, mais il existe un modèle pour le succès : le Goldwater-Nichols Act de 1986. Pour faire adopter cet article de loi hautement controversé, la Commission des Forces armées du Sénat a poussé le projet par-dessus les têtes de la plupart des officiers généraux, qui l'avaient franchement condamné. Rétrospectivement, cette loi marquante s'est avérée être un succès monumental qui s'est notamment manifesté dans les opérations "Just Cause" et "Desert Storm". Par la législation, le Gouvernement a changé la manière dont se bat l'Amérique.
La lutte pour une véritable intégration des opérations interagences doit suivre la même voie. Jusqu'ici, la coopération parmi les agences gouvernementales dans les crises militaires s'est appuyée sur des mandats exécutifs – une approche pratique mais somme toute à courte vue. De même que Goldwater-Nichols a entraîné une doctrine, des exercices et une éducation interarmées, une nouvelle loi analogue doit faire naître une doctrine, des exercices, des expériences et une éducation interagences. De même que le premier Reorganization Act a renforcé l'intégrité structurelle des commandements unifiés, la deuxième loi doit organiser les groupes de forces interagences. Un tel progrès serait important sans égard au terrain sur lequel se dérouleront les futurs engagements ; il est doublement important dans les opérations urbaines.
Le besoin de maîtriser la violence
Au niveau tactique de la guerre, notre approche de la guerre urbaine reste anachronique et s'inspire des mauvais exemples historiques. Stalingrad n'est pas un modèle pour les opérations modernes, alors que Grozny n'est pas non plus un bon exemple – sauf peut-être comme contre-exemple. Mogadiscio est un meilleur cas – non pas pour les succès ou les échecs, mais parce que les missions étaient plus typiques des engagements futurs. La combinaison de tâches de combat et de promotion de la paix ainsi que la transition rapide entre eux sont typiques des défis que le futur nous opposera.
En considérant les scénarios pour les opérations urbaines de demain, il faut éviter les paradigmes avec lesquels nous sommes à l'aise. J'ai été le témoin de centaines de wargames et d'exercices qui avaient la prétention de traiter d'engagements futurs, mais qui commençaient presque invariablement par une approche de type Overlord. Les forces bleues et rouges débutent en étant commodément séparées, et les officiers d'état-major bleus concentrent leur expertise considérable et leur talent de planificateurs sur l'arithmétique de la projection des forces. Nous aimons considérer les opérations d'entrée en force comme appartenant aux plus difficiles, mais en fait nous évitons de nous fatiguer si nous pensons que l'avenir se limite à la projection des forces.
Même si de tels scénarios peuvent effectivement se produire, il est bien plus probable que les engagements futurs auront lieu avec des forces bleues déjà entremêlées aux forces rouges et distraites par des opérations de maintien de la paix, comme cela s'est produit à Mogadiscio. Plutôt que le football américain, dans lequel les deux équipes s'alignent dans des camps opposés sur une ligne, et attendent poliment le coup d'envoi, la guerre future sera un jeu de football – le mouvement continu de forces entremêlées.
Pour cette raison, il faut s'intéresser à l'art délicat de la maîtrise de la violence plutôt que reconstituer le jour J. La force interarmées qui mène aujourd'hui des opérations d'entrée sera remplacée demain par un groupe de forces interagences qui fera soudainement la transition d'une opération de maintien de la paix à un conflit de haute intensité – pour y revenir ensuite.
Les tactiques militaires dans les opérations urbaines ont également besoin d'être sérieusement révisées. Dans la longue histoire du combat en ville, un fait limpide et un problème primordial apparaissent : le camp qui mène l'assaut subit les pertes. Traverser la zone mortelle dans les opérations urbaines est la principale cause de blessure et de mort. Parce qu'un ennemi statique a d'innombrables occasions de prendre en embuscade tout ce qui entre dans son secteur de feu, l'attaque urbaine est probablement la tâche la plus mortelle à entreprendre.
Logiquement, nous avons deux possibilités : développer une méthode pour diminuer le coût des attaques, ou rechercher une forme de tactique urbaine qui a pour règle d'éviter l'attaque. Cette seconde approche est cependant compliquée, car les missions futures vont le plus souvent exiger des opérations offensives. Comment une force armée peut-elle dès lors mener des opérations offensives sans avoir recours à l'assaut ? La réponse vient de l'histoire : le siège. Plutôt qu'établir un siège médiéval de toute une ville emmurée, toutefois, la force interarmées moderne mènera des opérations de siège à l'âge de l'information.
Le siège à l'âge de l'information
La condition sine qua non d'un tel siège est le renseignement. L'efficacité unique la plus importante d'un groupe de forces interagences est celle des opérations de renseignement. Des renseignements mis en réseau, multidisciplinaires et détaillés sont l'âme des futures tactiques urbaines. La difficulté provient du fait que notre infrastructure de renseignement – en particulier dans le monde militaire – est optimisée pour la guerre en terrain ouvert. Le renseignement visuel, électronique et radio est parfait lorsque vous recherchez un groupe d'artillerie d'armée sur un front de style soviétique, mais il est presque inutile lorsque vous essayez de savoir dans quel immeuble se cachent les méchants. Plutôt qu'abandonner notre approche actuelle en matière de renseignement, nous avons besoin de développer nos prouesses technologiques et multiplier notre capacité à exploiter les renseignements de source humaine.
Sherlock Holmes peut nous être d'une certaine utilité. Le détective fictif d'Arthur Conan Doyle évoluait dans la zone urbaine tentaculaire du Londres victorien. Pour trouver le criminel ou l'indice qu'il recherchait, Holmes employait souvent les fameux Irregulars de Baker Street – un gang amorphe de gamins des rues qui pouvait tapisser les rues d'yeux et d'oreilles, le tout dans l'espoir de mériter un shilling du grand détective. De manière similaire, nous devons apprendre à considérer la ville comme un moteur à information. Cela pourrait nous coûter davantage qu'un shilling, mais exploiter les renseignements de source humaine est le premier pas vers un siège réussi à l'âge de l'information.
Les opérations de renseignements dans la guerre urbaine vont produire, parmi d'autres choses, une indication montrant où se trouve l'ennemi et – tout aussi important – où il n'est pas. En réalité, une force ennemie ne peut occuper qu'une petite partie de toute cité majeure. Notre service de renseignements doit trouver l'ennemi ainsi que des itinéraires sûrs pour l'encercler. Une fois qu'un ennemi est localisé, le groupe de forces interagences l'entoure avec une combinaison de forces, de robots de surveillance, de feux et au besoin de médias.
A cet instant, nous devons en appeler à des technologies qui n'existent pas encore. En particulier, nous devons développer une capacité de cartographier de manière dynamique un immeuble dès que nous savons qu'il est occupé. Essayer de résoudre le problème de la cartographie par des bases de données ne fonctionnera pas. Cela coûte trop cher, et les bases de données seront certainement périmées. A la place, nous devons être à même de cartographier sur place les caractéristiques importantes de différents bâtiments. Celles-ci comprennent les ouvertures, le câblage, le chauffage, la lumière, l'eau et ainsi de suite. L'objectif de la cartographie dynamique est de faciliter le prochain pas du siège à l'âge de l'information : rendre intenable la position ennemie.
Parce que nous avons l'intention d'éviter l'assaut à travers la zone mortelle, nous devons inciter l'ennemi à se déplacer. Nous le ferons en déclenchant des feux létaux et non létaux sur sa position en évitant les pertes civiles et les dommages à la propriété. Les moyens utilisés dépendront de la situation. Les feux conventionnels peuvent être la réponse. Alternativement, l'usage de micro-ondes à haute puissance, d'armes acoustiques ou d'agents chimiques non létaux pourrait être nécessaire. A cette fin, nous devons changer les règles anachroniques s'opposant à l'usage de substances pour le contrôle d'émeutes. Les vieilles lois qui nous permettent de déchiqueter un corps humain avec des mitrailleuses mais qui interdisent l'usage d'agents étouffants non létaux ne sont rien moins qu'immorales et ridicules. Le gaz lacrymogène est une arme superbe en combat urbain, et chaque soldat dans les villes devrait demain en disposer.
Quoi qu'il en soit, nous devons parvenir à contraindre l'ennemi à quitter sa position. Lorsque celui-ci en sortira, nous l'engagerons. Cette engagement pourrait prendre la forme d'une arrestation, d'une dispersion ou d'une destruction, selon la situation, mais la clef consiste à construire un système tactique d'attaque qui évite l'assaut. Il y aura bien entendu des exceptions à cette technique, des scénarios dans lesquels les assauts seront inévitables, mais l'approche générale visera à les éviter pour minimiser les pertes amies.
Sun Tzu doit se rasseoir
La robotique semble offrir un grand potentiel pour la guerre urbaine future. Le développement de robots dans les forces armées a été lent, notamment dans le domaine des robots terrestres. Du point de vue du développement, le grand fléau des robots est que dès qu'un appareil simple est conçu, le système d'acquisition bureaucratique ne peut pas s'empêcher de lui ajouter n'importe quel instrument, du baromètre au fusil sans recul. Les robots terrestres du groupe de forces interagences, plutôt qu'être conçus pour approcher une "solution parfaite" qui sera trop lourde et trop légère à utiliser, ont besoin d'être des appareils simples et modulaires pour entrer par les portes et les fenêtres. Le commandant au sol pourra utiliser de tels appareils pour la cartographie, la reconnaissance, la diffusion de gaz lacrymogène ou pour placer selon les besoins une charge explosive sous un immeuble.
L'un des aspects les plus paradoxaux du combat urbain est le thème des règles d'engagement (ROE). Parce que les ROE s'appliquent au domaine des interactions humaines, elles ne fonctionnent pas selon une logique linéaire. En physique, si l'on veut déplacer une masse du point A au point B, on applique une force et la masse bouge dans la direction donnée. En science sociale, appliquer une force peut amener la masse à avancer, à reculer ou simplement à rester en plan et pleurer. Les humains ne réagissent pas selon une logique linéaire. Les ROE, qui visent à protéger les non combattants des dangers du combat, ont donc souvent un effet opposé : mettre les gens en danger. Ceci est devenu évident à Mogadiscio lorsque l'ennemi a utilisé des femmes et des enfants comme boucliers humains. Sachant que les soldats américains éviteraient de blesser des non combattants, l'ennemi trouve refuge derrière. L'image perverse d'un voyou tirant avec son AK-47 entre les jambes de son fils adolescent est le produit de ces mêmes règles d'engagement qui s'efforcent de protéger le jeune garçon.
En s'attaquant enfin à ce paradoxe, nous pouvons progresser dans l'art et dans la science de la guerre urbaine. L'usage d'armes non létales pour vider les combattants de la zone dangereuse est un pas dans la bonne direction, mais un autre nécessite la modération des ROE. Les forces futures devraient appliquer une politique généralement bienveillante pour éviter les pertes en non combattants. Nous devrions cependant rendre tout le monde attentif au fait que n'importe qui en danger dans la zone rouge, et que nous ne risquerons par les forces amies en la limitant excessivement par des ROE. Lorsqu'il devient clair pour les non combattants qu'ils sont tout près de la mort ou du démembrement en approchant du combat, ils essaieront d'éviter de telles zones – et accomplissant ainsi ce dont nos fameuses ROE sont incapables.
La voie vers la création de groupes de forces interagences qui excellent dans les opérations urbaines appelle une approche institutionnelle. Au sein du Commandement de l'Entraînement et de la Doctrine de l'Armée (Training and Doctrine Command, TRADOC), plusieurs centres et écoles obtiennent souvent une compétence pour différents problèmes. L'une des clés des opérations urbaines réussies consiste à assigner la compétence aux bonnes écoles. Malheureusement, parce que nous voyons le combat urbain à travers les lentilles de la Seconde guerre mondiale, nous avons tendance à le réduire à un problème de nettoyage de pièces. Les centres et les écoles des armes ont par conséquent une trop grande influence sur le développement d'une doctrine urbaine dans le TRADOC.
Pour un fantassin, les opérations militaires en terrain urbanisé impliquent sous une certaine forme l'ouverture d'une porte et le mitraillage d'une pièce. Même si de telles tactiques peuvent effectivement être une partie – mais minuscule – des opérations urbaines futures, elles n'en seront aucunement la totalité. La compétence pour les opérations urbaines au TRADOC devrait appartenir à la branche du renseignement. Les futures opérations urbaines se joueront avant tout sur le renseignement, et pas sur les assauts.
En matière de structures, nous devons aller au-delà du grand mythe selon lequel les combats en ville nécessitent de l'infanterie légère. Autre produit d'une histoire militaire mal lue, ce mythe envahit aujourd'hui presque chaque discussion sur les opérations militaires en zone bâtie. Les forces légères ne sont pas la réponse à l'environnement urbain. Les forces lourdes sont tout aussi souvent la bonne solution, mais la solution optimale est une force mécanisée moyenne. Le siège à l'âge de l'information nécessite que l'ennemi, une fois détecté, soit rapidement encerclé. Une grande mobilité et un mouvement à l'abri sont essentiels pour des sièges réussis, et les forces légères sont incapables de telles choses dans la plupart des cas. La mobilité et le blindage de l'infanterie mécanisée, combinés avec la puissance de feu et la mobilité des chars de combat, sont une bonne base pour la structure des forces. De manière à être pleinement efficace, cependant, cette base doit se transformer en un groupe de forces interarmées et interagences complètement intégré.
Il est temps de dire à Sun Tzu de se rasseoir. Prendre d'assaut les murailles d'une cité à l'époque agraire doit sans doute avoir été à la fois imprudent et évitable, mais combattre au XXIe siècle exige absolument des opérations urbaines. En suivant le mauvais conseil de Sun Tzu, nous continuerons à mener des opérations urbaines à contre-cœur, en utilisant une doctrine d'assauts tactiques visant à les éviter. Nous devons au contraire considérer le combat en ville comme un scénario optimal et cultiver l'art et la science des tactiques de siège à l'âge de l'information. De même que l'Armée a appris à posséder la nuit au lieu de la craindre, nous devons posséder la ville. L'objectif de demain ne sera pas le sommet d'une colline : il se trouvera au milieu d'un immeuble, entouré de non combattants.
Lt. Col. Robert R. Leonhard (Ret.)  http://www.theatrum-belli.com
"Sun Tzu's Bad Advice: Urban Warfare in the Information Age"
Army Magazine, April 2003

lundi 6 décembre 2010

Le mythe du Maccarthysme 2ième partie

Enfin, les membres de la Commission sont parfaitement renseignés sur l’industrie du cinéma par nombre d’enquêteurs et d’agents du FBI. Leurs cibles sont soigneusement sélectionnées et les dossiers remarquablement documentés.

L’arrivée des prolétaires à paillettes

Outre ces événements, les communistes vont également obtenir le soutien, normalement décisif des libéraux. Immédiatement, les joyeux pétitionnaires, trop contents d’avoir l’impression de goûter des émotions fortes et de prendre parti pour la liberté d’expression, partent au combat « dans une joyeuse atmosphère de guerre en dentelles et de paris sur la victoire ».

John Huston, Philip Dunne et William Wyler créent le « Comité pour le Premier amendement ». L’idée est simple : selon leur interprétation, le Premier Amendement permettrait aux témoins de ne pas répondre à l’inévitable question de leur appartenance ou de leurs accointances avec le CPUSA. Ceci suivant le motif que le gouvernement n’aurait pas le droit d’enquêter sur les affiliations politiques des citoyens. Or, le Premier Amendement « ne souffle mot des appartenances et des opinions politiques, encore moins du droit des citoyens de refuser de répondre à une enquête du Congrès » !

Le nœud gordien

Quoi qu’il en soit, sûrs d’eux et du bien fondé de leur terrible engagement, les sémillants membres du Comité pour le premier Amendement décident d’affronter l’hydre fasciste et de combattre pour obtenir aux États-Unis une liberté d’expression aussi totale qu’en Union soviétique ! Rien ne pourra plus les détourner de ce noble idéal. Et, comble d’ironie, ils abattront leurs adversaires en utilisant ses propres armes. La médiatisation et la publicité accordées aux séances du HCUA leur permettront de discréditer les méthodes « fascistes et totalitaires » de cette horrible commission, prête à accomplir un autodafé avec de généreux artistes aux convictions progressistes.

Immédiatement, la stratégie est mise en application : les compagnons de route du PCUSA affrètent un avion de ligne pour se rendre aux audiences. Le 20 octobre, les prolétaires en strass et paillettes sortent de l’appareil et descendent lentement les marches jusqu’au plancher des vaches. Il y a là Humphrey Bogart, mystérieux, fumant avec morgue et détachement, sanglé dans son imper, prêt à jouer son auto-parodie. Et puis la merveilleuse et séduisante Lauren Bacall, le frétillant Frank Sinatra, Gene Kelly, Henry Fonda et d’autres encore, tous là pour le duel final entre le Bien et le Mal.

Candides et trop confiants, les « idiots utiles » descendent les avenues de Washington en toute sérénité, et posent complaisamment pour la postérité, sourires hollywoodiens et poses plastiques à volonté.

La gaffe de J. Parnell Thomas

Parallèlement à ces amusements de millionnaires en mal de sensations fortes, le Président J. Parnell Thomas a commis une erreur. Inquiet face à ce remous médiatique en faveur des artistes pro-soviétiques, il lance une rumeur « révélant » qu’il avait les producteurs à sa botte, et que par ailleurs, ceux-ci tenaient à sa disposition toutes les listes noires nécessaires pour éradiquer les rouges de l’industrie du cinéma !

À la veille des audiences, la Motion Picture fait paraître un cinglant démenti, qui confond les allégations de Parnell Thomas, ridiculisé tant face à l’opinion publique que face à ses adversaires : (…) « Il n’y aura jamais de liste noire. Nous n’allons pas sombrer dans le totalitarisme pour faire plaisir à la Commission. »

Les audiences commencent donc avec la certitude pour les communistes de n’être jamais inquiété par les moguls. Et elles se déroulent devant un parterre de stars en rang d’oignon, faisant bloc derrière les communistes, héros du jour et bien contents de pouvoir jouer les opprimés à si bon compte.

De toute évidence, J. Parnell Thomas a perdu la partie, et les auditions vont achever de le ridiculiser. La preuve va être faite qu’il s’est attaqué à d’honnêtes citoyens américains, devenus par la force des choses les héros involontaires de la résistance à l’oppression bourgeoise, totalitaire et fasciste. Tout à l’heure, ils défileront devant les responsables du HCUA, et bien fort, très tranquillement, avec une morgue digne de Humphrey Bogart, ils répondront sans vaciller aux deux questions tant redoutées il y a peu…

– « Etes-vous ou avez-vous été membre de la Guilde ? »

– « Oui ».

– « Êtes-vous ou avez-vous été membre du PCUSA ? »

– « Oui… Et alors ? Où est le crime ? Est-ce, oui ou non, illégal ? Ces organisations sont-elles oui ou non conformes à la constitution ? Sommes-nous, du fait de nos opinions, des citoyens de seconde catégorie, des artistes de seconde zone, des employés moins méritants que les autres, des pestiférés qu’il faut bannir de la société ? N’avons-nous pas combattu contre le nazisme, pour la patrie, la Liberté et la démocratie durant la guerre ? Que répondez-vous à cela ? »

En effet, que dire ? Et pourtant, face à ce boulevard offert par la gaffe de Parnell Thomas, les communistes vont sortir des auditions définitivement discrédités tant auprès de leurs collègues de l’industrie, que de l’opinion publique. Le 24 novembre 1947, la Chambre des représentants, par 346 voix contre 17, défère devant la justice des EÉats-Unis les désormais fameux « Dix de Hollywood » (après les dix-neuf) pour outrage au Congrès. Le même jour, les moguls se réunissaient à l’hôtel Waldorf-Astoria, et deux jours plus tard, sous l’égide de la Motion Picture qui défendait les communistes un mois auparavant, décidaient de les chasser de l’industrie du cinéma ! Comment expliquer ce retournement pour le moins paradoxal ?

« Protégez-moi de mes amis… »

Les audiences avaient bien commencé pour les « témoins inamicaux ». Leurs vingt-quatre homologues « amicaux » étaient entrés pleins de bonne volonté dans les dépositions, mais se retrouvaient incapables d’étayer leurs accusations par des preuves solides. Rapidement, leurs témoignages tournèrent aux rumeurs, aux soupçons à peine fondés. Leur seule déclaration réellement affirmée fut celle concernant l’impossibilité pour les communistes de subvertir les films placés sous leur responsabilité. Ce qui n’était pas à proprement parler fait pour nuire à ces derniers.

Imprécis, malhabiles, parfois à la limite du ridicule, comme Louis B Mayer, directeur de la MGM qui, accusant quelques scénaristes, atténua sa charge en plaidant pour leur défense, une « fêlure au cerveau ». A partir de ces témoignages peu convaincants, il est possible de déduire qu’une partie des moguls, « avec une unanimité touchante, plaida leur innocence au risque de passer pour des imbéciles, car on ne peut imaginer, à relire leurs déclarations, qu’ils furent naïfs à ce point-là. »

Rapidement, au vu des témoignages, il devint évident que l’accusation de propagande subversive ne pouvait plus être maintenue. La loi du silence propre à l’organisation quasi-clandestine du PC portait ses fruits : il était impossible aux témoins amicaux d’apporter la preuve de leurs assertions.

Forts de tous ces atouts, les « témoins inamicaux » pouvaient aborder leur propre audition avec confiance. Sur les dix-neuf témoins cités à comparaître, onze seulement étaient encore retenus. Tous, à coup sûr, des membres actifs du parti communiste. Preuve que J. Parnell Thomas basait son enquête sur d’autres sources que les témoignages bouffonesques des « témoins amicaux ».

Preuve également, dans ce cas, qu’il pensait encore confondre ses adversaires et qu’il possédait donc d’autres atouts dans son jeu.

Hormis Bertold Brecht qui fit bande à part, les « Dix de Hollywood » mettent au point leur propre stratégie, assistés par des avocats du parti. Assurés de leur importance artistique et financière à Hollywood, ainsi que de la protection de principe des « moguls », ils se sentent invulnérables.

Leur but : attaquer à outrance et discréditer la Commission. Répondre aux questions : oui, mais à leur manière… En passant délibérément à côté, tout en profitant de cette tribune médiatique offerte par le gouvernement pour démolir ce dernier !

À cette occasion, chaque témoin inamical avait élaboré un discours, dont la lecture fût interdite par le président. « C’était de sa part un acte charitable, car toutes ces déclarations, par leur langage conventuel, leur style bien identifiable et leurs pauvres insultes répétitives témoignaient, mieux qu’une confession, de l’appartenance indubitable de leurs auteurs au parti ».

Les communistes n’oubliaient apparemment qu’une seule chose : leurs interlocuteurs n’étaient pas des particuliers, qu’on pouvait malmener à merci, mais les représentants du Congrès, et donc du peuple et de la démocratie… « Ils donnèrent d’eux mêmes exactement l’image que les pourfendeurs de rouges cherchaient à répandre dans l’opinion : insolents, méprisants, orgueilleux de leur puissance et se prétendant au-dessus des lois ».

L’audition des témoins inamicaux commença par une motion d’annulation de la procédure déposée par un avocat communiste. Cette motion se fondait sur le fait que l’activité cinématographique était un moyen d’expression protégé par le premier Amendement. De ce fait, la Constitution interdisait à la Commission d’interroger les témoins sur leurs activités. La motion fut bien entendu rejetée, mais l’angle de défense des communistes était maintenant posé.

Le premier des témoins appelés à la barre, John H. Lawson s’appuya sur cette motion rejetée pour attaquer bille en tête : « Depuis une semaine, cette commission fait un procès illégal et indécent à des citoyens américains… » On notera, encore une fois, qu’il ne s’agit nullement d’un « procès », mais d’une audition, à laquelle durent se prêter, dans d’autres circonstances, des témoins non-marxistes, et même récemment, Bill Clinton en personne.

Echec et mat !

A la fin d’une audition chaotique, Lawson fut expulsé de la salle d’audience. C’est alors que J. Parnell Thomas abattit son fameux atout. Il fit comparaître Louis B. Russel, un des enquêteurs de la Commission. Celui-ci prêta serment avant d’affirmer qu’il avait été mis en possession [par le FBI] d’une carte de membre du parti communiste au nom de John H. Lawson. « Comme dans une mise en scène bien réglée, Robert E. Stirling lui succéda et lut un document de neuf pages qui fut versé au procès-verbal et qui consignait les multiples « activités communistes » dont Lawson s’était rendu coupable. Sur ce, (…) Thomas annonça (…) Que John H. Lawson tombait sous le coup d’une inculpation pour outrage au Congrès pour ne pas avoir répondu à la question « Etes-vous ou avez-vous été membre du parti communiste ? »

Ainsi, ce n’est en aucun cas pour des activités communistes que Lawson est condamné, mais pour avoir refusé de répondre aux questions posées par un représentant du peuple américain.

Cette attitude irrespectueuse, violente et antidémocratique, choque profondément le public et, entre autres, les artistes de gauche venus les soutenir. Ceux-ci s’attendaient bien à une énergique défense de la part des « accusés », « mais nullement qu’ils missent en cause la légitimité de la Commission, émanation du peuple, et cela en des termes qui apparurent à beaucoup d’Américains comme un langage de guerre civile. »

Cette délégation libérale, fut sans doute naïve et sa seule excuse réside dans le fait que, comme d’autres avant elle, elle « ne savait pas ». Cependant, déçus par l’attitude suicidaire de Lawson durant sa comparution, et surtout choqués par l’agressivité fanatique des communistes, les membres du comité de soutien pour le premier amendement quittent la salle et remontent, encore tout étonnés, dans leur avion. Ils soutenaient une petite révolte, pas la Révolution !

Par cette attitude incompréhensible, les communistes se sont d’une part, coupés de leurs alliés potentiels mais, surtout, ils ont révélé leur vrai visage à la face des États-Unis, en raison de la médiatisation des audiences.

Inculpés pour outrage au Congrès !

Devant cet échec stratégique, les communistes, pourtant conseillés par de bons avocats, acquis à leur cause puisque marxistes eux-mêmes, loin de modifier leur comportement, vont au contraire persister dans une logique auto-destructrice. Avec une agressivité et une incorrection sans précédents, ils ignorent les questions tout en prenant la parole le plus longtemps possible, pour placer leurs tirades tout droit sorties du catéchisme stalinien. Régulièrement, ils attaquent la Commisssion ; régulièrement, ils feignent d’ignorer l’attitude désastreuse de leur prédécesseur, pour reprendre à la lettre la même catastrophique argumentation. Et régulièrement, le témoin finit par être exclu de la salle sur ordre de M. Parnell Thomas. Il est alors remplacé à la barre par Louis J. Russel, qui apporte toutes les preuves de l’appartenance du témoin au CPUSA et à la Screen Writers Guild. Ce dernier est donc toujours inculpé, non pas, rappelons-le et soulignons-le doublement, pour ses activités ou opinions politiques, mais pour outrage au Congrès. En clair, pour avoir refusé de répondre à J. Parnell Thomas.

Suite à ces éprouvantes auditions, Parnell Thomas remit les autres séances à une date indéterminée, ayant désormais en mains tous les éléments nécessaires à son enquête. Ses adversaires ne manquèrent pas d’interpréter ceci comme une forme de victoire par abandon. Comme il l’a été montré plus haut, ils se trompaient lourdement : en avril 1948, Lawson et Donald Trumbo furent condamnés pour violation du paragraphe 192, article 2 du Code portant « refus de témoigner devant une commission dûment constituée du Congrès » (Encore une fois, il convient d’insister lourdement sur l’absence totale de référence à de quelconques activités communistes ). Ils purgèrent donc une peine d’un an d’emprisonnement et mille dollars d’amende. Biberman et Dmytryk en eurent pour six mois et cinq cents dollars.

Conséquence directe de cette attitude suicidaire lors du procès, tous leurs anciens alliés ou soutiens les lâchent désormais. Après les artistes libéraux, les moguls décident de chasser les communistes de l’industrie, et de ne les récupérer que lorsque ces derniers seront innocentés, repentis ou auront purgé leur peine. Leur carrière n’est donc pas finie, et il faut ici noter l’indulgence du gouvernement qui ne les empêche pas de travailler, contrairement à ce que pratiquent les régimes soviétiques à la même époque !

Pourquoi une telle défense ?

Comment expliquer la défense lamentable des communistes ? Hors de question ici de miser sur « leur conjecturale stupidité » ! Ces personnes n’étaient pas des idiots. Et leurs avocats veillaient à leur assurer une défense digne de ce nom.

Trois lignes de défense pouvaient être arrêtées lors des auditions.

« Oui, et alors ? ! »

La première est la plus simple : il s’agissait de répondre « oui » aux deux questions. C’était faire d’une pierre deux coups : d’abord le HCUA était totalement confondu, et ensuite, les communistes montraient non seulement leur courage, mais encore leur honnêteté ! Enfin, à coup sûr, les moguls comme les libéraux leur restaient acquis !

Le HCUA possédait les preuves de leur appartenance au parti, les témoins auraient dû s’en douter, ne serait-ce qu’au moment des auditions, où ne furent appelés à comparaître que les membres les plus actifs du PC. Le but était de les discréditer publiquement en jouant sur leur faux témoignage, ou sur leur refus de répondre à la Commission. Et si au début répondre « oui » était encore un moyen d’être discrédité, ce n’était plus vrai après les gaffes de Parnell Thomas et les accusations dénuées de fondement des « amicaux ».

Enfin, suite à la tentative de Lawson, il devenait évident que c’était désormais la seule solution possible pour désamorcer la mine qui menaçait d’exploser sous leurs pieds.

Silence radio

La deuxième solution, celle avancée par les alliés libéraux du Comité pour le premier Amendement, consistait d’une part à s’avouer publiquement communiste, et d’autre part à garder le silence lors des audiences, et à invoquer le premier Amendement qui interdisait, selon leur interprétation, de voter des lois portant atteinte à la liberté de parole et d’opinion. Même si cette solution était juridiquement contestable, au sens où ce n’est qu’une interprétation du droit, elle avait au moins le mérite de paralyser la procédure, et de dévier sur un long débat constitutionnel, pouvant durer des années. Mais cette défense était impossible pour les membres d’un parti tenu à une semi-clandestinité, et à l’interdiction formelle de révéler son appartenance au parti.

« Je suis coupable, mais je ne peux pas le dire… »

Enfin, une troisième solution s’offrait, sans doute la moins bonne des trois. Il s’agissait de se réfugier derrière le cinquième Amendement. Ce dernier permet à un citoyen de « ne pas répondre à une question pouvant l’incriminer ». Mais cela revient à se reconnaître coupable.

Finalement, la défense pouvait se baser sur deux axes : répondre et parler, ou se taire.

Le choix des communistes est le pire qui pouvait s’envisager : parler et ne pas répondre. Avec les conséquences que l’on sait. Or, il est impossible que les défenseurs des communistes aient été d’aussi piètres avocats . La seule question réellement importante qui se pose est : pourquoi ? Pourquoi n’ont-ils pas choisi une ligne de défense valable ?

Des explications peu convaincantes

Les explications fournies a posteriori par les témoins condamnés ne sont guère convaincantes. Ici on invoque la « nature répressive de la démocratie américaine qui oblige la plupart des membres du parti à rester dans la clandestinité », allégation immédiatement démentie par un autre témoin, Dalton Trumbo : « nous étions loin de penser que nous pouvions perdre notre emploi, pas plus que nous ne pouvions prévoir que nous irions en prison ».

D’autres craignaient, en répondant directement aux questions, d’avoir à dénoncer les autres membres du CPUSA. C’est certes mieux trouvé. Cependant, cette tactique de la délation, ainsi que le dit l’historien Navasky, « est postérieure aux audiences de 1947 ». Elle n’était donc pas envisagée ni envisageable à l’époque des faits.

Ainsi, aucune explication rationnelle valable ne peut rendre compréhensible la politique du pire menée par les communistes lors de leurs auditions. Pire que tout, cette stratégie auto-destructrice fut suivie à la lettre par les autres communistes lors des procès qui suivirent à travers tout le pays. Le cas des époux Rosenberg est de ce point de vue, exemplaire. Doit-on conclure par un diagnostic de bêtise chronique, comme on a parfois voulu le laisser entendre ? La direction du CPUSA fut-elle incapable d’établir une ligne de défense efficace face à la répression qui suivit l’affaire des « Dix de Hollywood » ? Doit-on voir dans cette attitude une abnégation totale et une volonté de ne pas renier les règles du parti imposant la loi du silence et du secret absolu à tous ses membres ? Cela semble peu crédible.

Même le plus novice des avocats eut été capable de savoir que la violation du paragraphe 192, article 2 du Code, concernant le refus de témoigner devant la Commission du Congrès, était puni d’un an d’emprisonnement. Et que le fait d’insulter les membres de la dite Commission ne risquait pas d’améliorer la situation.

50 ans de loi du silence et de révisionnisme !

Il fallut attendre les années 1980 et les travaux de Navasky, suivis d’un vaste débat entre les historiens américains pour commencer à comprendre cette énigme. Et il aura fallu attendre le tournant du millénaire pour que, grâce au professeur Török, la France lève enfin un voile discret sur un sujet aussi tabou que l’échec de la manœuvre stalinienne contre le cinéma américain.

Des années après les faits, il est aujourd’hui possible d’affirmer, avec tout le sérieux et l’autorité qu’apportent les travaux des meilleurs universitaires américains et du professeur Török, que ce suicide du CPUSA dans sa totalité n’est pas l’œuvre de quelques incompétents trop éloignés de Moscou, et mal formés aux techniques de lutte du parti communiste.

Incontestablement, la défense dérisoire, agressive et désespérée des « Dix de Hollywood », ainsi que celle postérieure mais identique de leurs camarades américains, entraient dans la ligne politique établie par Moscou. Cette option s’inscrivait non pas dans un contexte étroit, mais au contraire international. Et cette stratégie fut appliquée à la lettre par les séides de Staline.

Il est en effet peu crédible que le CPUSA, avec l’importance que tenait la section hollywoodienne, fut délaissé par le Kremlin. Certains militants américains avaient une implication totale dans la politique internationale du parti communiste soviétique : Alvah Bessie avait combattu dans les Brigades internationales et Herbert Biberman fut formé à Moscou. Ces militants loyaux à Staline ne se seraient jamais permis d’arrêter une stratégie sans en référer à Moscou.

Les communistes savaient pertinemment que leur conduite au cours des auditions les menait droit à l’inculpation d’outrage au Congrès. Ils savaient également que les moguls n’avaient plus d’autre choix que de les renvoyer séance tenante, même à contrecœur. C’était la règle du jeu en vigueur dans l’industrie.

Sur un plan strictement national, l’inculpation des « Dix de Hollywood » était prévue par le CPUSA. Il s’agissait d’affronter le HCUA et de se faire condamner par la justice. Suite à cette condamnation, il était envisagé que les avocats communistes en appellent à la Cour suprême des Etats-Unis, où les juges libéraux étaient majoritaires, et ne manqueraient pas de revoir le jugement en leur faveur, au nom d’une jurisprudence de 1943 concernant la liberté d’opinion. Ceci revenait donc à décrédibiliser le HCUA et par là même le Congrès… Le parti communiste sortait donc vainqueur de l’affrontement avec le gouvernement, et pouvait s’auréoler du titre de champion de la liberté et des droits de l’Homme… Il avait surtout les mains libres pour reprendre son travail le plus tranquillement possible, et attendre le moment opportun, en ce début de Guerre Froide, pour peser de tout son poids en faveur de l’Union soviétique. Ainsi que le dit J.-P. Török, « l’enjeu était de taille et cette stratégie judiciaire était en tout point parfaite ». Ainsi que le dit Richard Schickel, « les communistes mirent en œuvre leur tactique favorite : forcer l’adversaire à une confrontation au terme de laquelle la société capitaliste et ses institutions apparaîtraient comme un système essentiellement répressif. »

Une seule chose fit échouer ce plan machiavélique : durant l’année 1949, deux des juges libéraux décédèrent et furent remplacés par… des conservateurs. La situation était totalement inversée et, par la suite, l’offensive contre les communistes se déroula parfaitement.

Les Rouges jettent les paillettes

Qui plus est, au niveau de l’opinion publique, cette stratégie eut un effet déplorable pour leur image. Ceci expliquant aussi sa déroute future. Les Américains découvrirent un parti clandestin, violent, très éloigné de la tradition politique du pays. Et surtout, ils ne manquèrent pas de se poser la question essentielle : « Que feront les communistes américains en cas de troisième guerre mondiale ? »

Leur attitude aux audiences du HCUA, les grèves de 1945-46, la révélation au grand jour d’un parti clandestin, les affaires d’infiltration de la haute administration américaine, et enfin la découverte fortement médiatisée d’affaires d’espionnage au profit de l’Union soviétique ne manquaient pas d’indiquer quelques pistes au sujet de la réponse.

Les historiens Ceplair et Englund (The Inquisition in Hollywood. Politics in the film community, 1930-1960, ed. Anchor press, 1980) indiquent que « les scénaristes communistes défendirent le régime stalinien, et (…) en tant que défenseurs du régime soviétique, les rouges de l’écran ont fait l’apologie de crimes monstrueux, même s’ils prétendaient avoir tout ignoré de ces crimes, ayant fait taire de leurs criailleries ou refusé d’écouter tous ceux qui ne les ignoraient point ».

Il est aujourd’hui absolument sur et certain que les militants communistes hollywoodiens étaient des partisans parfaitement formés et disciplinés, sachant très bien où et au-devant de quels ennuis ils allaient lors de leur comparution devant le HCUA.

Leur but n’était pas de travailler librement et à visage découvert dans l’industrie hollywoodienne ; ils ne voulaient pas non plus déjouer les attaques du HCUA, au contraire ; le CPUSA ne souhaitait pas jouer aux Etats-Unis le rôle d’un parti démocratique normal, comme peut le faire par exemple un parti communiste européen. Tout ceci n’entrait pas dans leur vision des choses parce qu’ils n’entendaient pas avoir une politique électoraliste, perdue d’avance aux Etats Unis, dans ce climat de Guerre Froide.

Le gambit du roi

Une fois éliminée la première stratégie consistant à déconsidérer le Congrès et ses Commissions, pour avoir les mains libres, une seconde option se présentait. De nombreux historiens, dont J.-P. Török, estiment « qu’en aggravant délibérément une situation déjà mauvaise, ils bâtissaient à leurs propres frais la réputation de martyrs qui allait leur coller à la peau. (…) Dans la vaste bataille que livrait à l’échelle du monde le communisme international, le petit parti américain, surveillé et contrôlé, risquait de ne plus servir à grand-chose ; à moins de s’immoler publiquement sur l’autel de la révolution mondiale en donnant à cette cérémonie toute la publicité que permettaient la démocratie américaine et ses puissants médias de masse ».

C’est ce que J.-P. Török appelle « le gambit du roi ». C’est-à-dire, en terme de jeu d’échecs, une combinaison visant à sacrifier un pion pour se mettre finalement en situation plus avantageuse par rapport à l’adversaire. Bien entendu, le pion est le CPUSA tout entier, et le joueur en position avantageuse, le Parti communiste international siégeant à Moscou.

En 1951, le sénateur Mac Carthy va entrer en scène et achever la section hollywoodienne du CPUSA, avant que le parti en entier ne se suicide collectivement au service et à la gloire du Kremlin. Mac Carthy n’aura finalement eu qu’une importance mineure dans la lutte anticommuniste aux Etats Unis. Sa célébrité en tant que symbole d’une soi-disant chasse aux sorcières n’est finalement due qu’à sa médiatisation par les Américains, et à la stratégie des communistes internationaux qui profitèrent du côté excessif et parfois caricatural du personnage, pour le mettre en scène comme l’incarnation d’une nouvelle « menace fasciste ». Ceci leur permit de créer de toutes pièces une « chasse aux sorcières », médiatisée et relayée par tous les partis communistes, et particulièrement en France.

Il est bon de noter pour conclure, que si le monde entier s’est ému et s’émeut encore de la « sombre période du maccarthysme », les victimes de cette répression furent très peu nombreuses, et après une période d’oubli et d’inactivité fictive (ils travaillèrent au noir durant leur proscription), les scénaristes purent réintégrer les studios et retravailler : le symbole de ce retour en grâce étant l’œuvre au service de la lutte des classes qu’est le Spartacus de Dalton Trumbo, avec Kirk Douglas dans le rôle principal.

Les victimes du communisme n’ont pas eu cette chance. http://aventuresdelhistoire.blogspot.com/

Pour en savoir plus :

Pour en finir avec le maccarthisme Jean-Paul Török L’Harmattan, 582 p., 250 F, ISBN 2-7384-8349-6. Disponible chez l’éditeur, 7 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris (ajouter 30 F de frais de port).

Joseph McCarthy : Reexamining the Life and Legacy of America’s Most Hated Senator Arthur Herman 404 p., Free Press, The McCarthy Era in Perspective, Richard M. Fried, Oxford Univ. Press

McCarthyism in America Ellen Schrecker Princeton University Press, 608 p.