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lundi 19 septembre 2011

Impunité du stalinisme comme d’habitude

Cette année les flonflons de la fête de L'Huma nous auront au moins appris quelque chose. Une réalité pas très nouvelle, certes. On pourrait la mettre en parallèle avec un événement beaucoup plus modeste. Car c'est lui j'aurais la faiblesse de placer en première perspective, avant les grands discours et les petites phrases des dirigeants des partis de gauche en quête de voix.
En effet ce 18 septembre, en la pagode de Créteil, une émouvante cérémonie bouddhique était organisée en souvenir de Vann Nath. À 66 ans, ce témoin central du procès des Khmers rouges s’est éteint le 5 septembre, dans une clinique de Phnom Penh.
“Son âme s’est envolée avec la bénédiction d’une pluie de mousson” note Mme Anne-Laure Porée seule journaliste à “couvrir” ce qui devait être le Nuremberg du communisme et qui se déroule dans l'indifférence générale. (1) La gestion de tout cela par ce qu'on appelle “la communauté internationale” ne saurait nous “décevoir”, puisque nous savons ne plus rien en attendre. Elle ne nous “surprend” donc, littéralement, même plus.
Que les choses à ce sujet soient dites nettement.
En juillet trois chroniques de L'Insolent ont été consacrées à cette question  (2).
Il se trouve que je ne gère pas les commentaires de leurs versions vocales installées sur le site de Lumière 101. Mais je les lis et l'un d'eux m'a laissé perplexe. Il y est question de pardon au nom de l'Évangile.
Or, précisément, si l'Évangile nous recommande de pardonner à celui qui nous en fait la demande, ni les khmers rouges, ni ceux qui les ont soutenus n'ont jamais reconnu ni leurs crimes ni leurs mensonges propagandistes (3). Au contraire ils s'emploient, depuis plus de 30 ans, à brouiller les pistes.
Tout cela fait donc parfaitement l'affaire des anciens communistes cambodgiens qui gouvernent aujourd'hui le pays derrière le premier ministre Han Sun, lui même imposé par les Vietnamiens.
Osons dire que tout cela a été programmé sciemment.
Cette imposture dure depuis qu'en 1979, les staliniens prosoviétiques du Vietnam sont parvenus à liquider l'appareil plus ou moins gauchiste et prochinois qui s'était emparé du pouvoir. Produit et bénéficiaire lui-même de cette opération le chef inamovible de ce gouvernement capte les soutiens, les complaisances et les subsides occidentaux. Cela lui permet de saboter méthodiquement tout ce qui pourrait faire apparaître la vérité sur les crimes du régime abominable de Pol Pot, fondés sur une application fanatique des équations marxistes apprises auprès du parti communiste français.
Un premier procès visait, indépendamment des chefs, le seul tortionnaire Duch et son centre S21. Vann Nath principal témoin à charge fut entendu lors d'une audience unique. Il n'aura même pas pu entendre la sentence de son bourreau. Quant au second procès, celui des dirigeants, ouvert le 27 juin, il se déroule depuis mollement dans un silence mondiale. Les Khieu Sampan, Ieng Sary et consorts y ergotent sur des règles de droit et de procédure qui finissent par se retourner en leur faveur, puisque l'on a attendu plus de 30 ans pour les juger.
On éprouve presque l'envie de dire “comme d'habitude”.
Alors pourquoi faire un parallèle avec ce qui s'est déroulé à l'opposé de la région parisienne, dans le parc de La Courneuve.
D'abord parce que la fête du quotidien communiste avait abrité en leur temps les stands des camarades Khmers rouges, jusqu'à leur rupture de 1977 avec Hanoï, provoquée par un antagonisme territorial entre deux dictatures sœurs.
Personne n'a demandé sur place aux dirigeants du PCF ce que leur suggérait cette question. Comme d'habitude.
Les protestations de la droite brillent par leur évanescence. Tellement plus important en effet de se préoccuper de sauver les banques. Comme d'habitude.
Les intellectuels de gauche ou ce qu'il en reste, fonctionnaires de la Ville de Paris, bureaucrates de l'Inculture ou inspecteurs d'Académie ont montré une fois de plus combien leurs indignations restaient hémiplégiques, frappant toujours d'un seul côté. Comme d'habitude.
Mais cette année, il fallait se montrer à La Courneuve en vue d'obtenir les résidus des gens qui avaient voté Marie-Jo Buffet. en 2012, cela pesait encore un bon 2 % de l'électorat. On dit leur blason en voie d'être redoré grâce à une alouette qui, mélanchonnée dans le cheval, est supposée produire un pâté plus consommable. Seul l'emballage change. Comme d'habitude.
On a vu s'affirmer les convergences. Comme d'habitude. Et même plus que d'habitude.
On appris ce que l'on soupçonnait déjà : Arnaud Montebourg, venu en fin d'après-midi le 17, “est particulièrement le bienvenu”, déclare le camarade  Mélenchon. Et l'intressé répond, en pointant le livre  programme du Front de gauche. “Il y a des choses ici qui devraient être dans le programme socialiste, Nous nous battons pour les mêmes choses, moi depuis l'intérieur, lui depuis l'extérieur.” (4)
Si Mme Aubry n'a jamais fait mystère de son désir indéfectible d'alliance “avec toute la gauche”, y compris les communistes, on ne s'étonne pas qu'elle se soit rendue à La Courneuve.
Comme d'habitude. Mme Royal, en perte de vitesse, n'hésite pas elle aussi à renouer avec la vieille connivence.
C'est bien connu : “La Fête de L'Huma tout le monde y va, sauf els candidats au goulag”.
Même l'exilé le plus aimé des Français Yannick Noah a prouvé qu'il peut se rendre en Seine-Saint-Denis pour une cause fiscalement juste.
Ceux qui douteraient encore de la philosophie véritable de la camarade Duflot ne doivent plus voir en elle une écologiste mais une petite bolchotte aussi inguérissable qu'intarissable. Et de se congratuler avec le secrétaire général du parti, l'apparatchik héréditaire Laurent fils de Laurent. Dans un roman russe on l'appellerait Lavrenti Lavrentovitch, ou bien Piotr Pavlovicth. Mais il ne s'agit pas de littérature slave, il s'agit de la bonne  vieille filiation jacobine franco-française, de cette tambouille politicienne qui veut nous faire oublier les crimes de ses alliés, et les interminables errements de ses combinaisons putrides. Comme d'habitude.
La réaction de dégoût, qu'inspirent à notre peuple, aussi bien ces spectacles, que la réapparition télévisuelle du sauveur supposé de la finance internationale (5), pourrait seule donner quelque espoir d'un redressement possible. JG Malliarakis  http://www.insolent.fr/
Apostilles :
  1. Anne-Laure Porée tient une chronique du Procès des Khmers rouges.
  2. cf. L'Insolent du 18 juillet “Les Khmers rouges comme gentils libérateurs” [et sa version vocale] ; du 19 juillet “Les connivences parisiennes des Khmers rouges” [et sa version vocale] et du 20 juillet “Soudain le 5 septembre 1977″ [et sa version vocale].
  3. cf. l'article d'Anne-Laure Porée du 13 février 2009 pulié en Suisse“Les Khmers rouges n’ont jamais reconnu leurs fautes” 
  4. Cf. Le Point.fr du 17/09/2011 à 20:41.
  5. À ce sujet il me plaît de reproduire ici le communiqué de Jacques Myard en date du 18 Septembre 2011 : “L'apparition de DSK JT de TF1 de 20 H ce jour est parfaitement grotesque. Ce monde médiatique exploite sans vergogne le voyeurisme et le scandale à des fins d'audience, cet entretien n'a aucun intérêt pour la révélation de la vérité. Il serait souhaitable que les Français se détournent de ce cirque à grand spectacle.” Mission accomplie

mercredi 24 août 2011

Les Khmers rouges


Le 27 juin 2011 s'est ouvert le procès de quatre des principaux dirigeants khmers rouges, responsables d'un des pires génocides du XXe siècle, perpétré contre leur propre peuple au nom d'une idéologie communiste.
Nuon Chea, Khieu Samphân, Ieng Sary et Ieng Thirith vont être - enfin - jugés. Ces quatre dirigeants Khmers rouges avaient appartenu, dès 1951, au « Cercle marxiste », formé en France par des étudiants cambodgiens et qui, dirigé par Ieng Sary, comptait aussi parmi ses membres Saloth Sâr, qui allait plus tard devenir le numéro 1 du régime Khmer rouge sous le pseudonyme de Pol Pot. Comme Ieng Sary, Saloth Sâr avait adhéré à l'époque au Parti communiste français, qui peut s'enorgueillir de compter parmi ses grands anciens deux des plus grands criminels de la seconde moitié du XXe siècle…
Après l'indépendance, en 1953, les dirigeants du Parti communiste du Kampuchéa - Saloth Sâr, Nuon Chea, Son Sen -, rentrèrent au Cambodge, où le pouvoir revint au roi Norodome Sihanouk, qui fut renversé en 1970 par son Premier ministre Lon Nol avec la bénédiction des Américains. Poussé par le Vietnam du Nord et par la Chine, Sihanouk s'allia alors avec les Khmers rouges pour constituer un gouvernement en exil dans lequel figuraient plusieurs ministres communistes, dont Khieu Samphân.
Alors que les bombardements aveugles et massifs opérés par les Américains sur la partie du Cambodge occupée par les Nord-Vietnamiens grossissaient les maquis, les Khmers rouges mirent en place à partir de 1972 une politique de collectivisation des terres et commencèrent à s'éloigner des Vietnamiens. En 1973, ils organisèrent des purges et des massacres qui poussèrent 60 000 personnes à fuir les zones qu'ils contrôlaient et des milliers d'autres à se rebeller, mais la répression fut féroce.
En 1975, les Américains se retirèrent du Cambodge, abandonnant à son sort le gouvernement de Lon Nol, et les troupes khmères rouges investirent le 17 avril la capitale, Phnom Penh, dont la population entière - malades des hôpitaux compris - fut évacuée, à pied, conformément au projet de Pol Pot (Saloth Sâr) prévoyant de vider les villes. Deux millions de personnes partirent en abandonnant tous leurs biens, et l'opération causa plus de 10000 morts. Les autres villes du pays subirent le même sort.
Angkar, le Big Brother cambodgien
Le régime qui se met alors en place évoque le roman d'Orwell, 1984. Big Brother, ici, s'appelle Angkar (l'Organisation), dont on parle comme d'une personne. Angkar règne par la terreur, les purges et la chasse aux « espions », le bourrage de crâne, à base de séances d'auto-critique, et par la faim. Les cadres du Parti eux-mêmes n'y échappent pas. Laurence Picq, une maoïste française ayant épousé un communiste khmer travaillait pour un ministère et faisait partie de la poignée d'habitants qui restait à Phnom Penh. Dans son livre Au-delà du ciel, elle raconte : « Puissance anonyme et sans visage, Angkar était omniprésente, aveuglément suivie et idolâtrée. Elle demandait à être servie inconditionnellement et en retour elle pourvoyait à tout ; Elle avait banni toutes les religions et croyances mais elle s'imposait comme un nouveau Dieu. (…) L'isolement et le cloisonnement renforçaient considérablement le travail idéologique d'Angkar. À cela s'ajoutait le fait que chacun était tenaillé en permanence par la faim, ce sur quoi Angkar jouait avec beaucoup de finesse. »
Le, sort des populations déportées dans les campagnes ou dans les camps de concentration est encore pire. Les familles sont dispersées. L'économie est en ruine et les coopératives rurales ne nourrissent pas la population. Laurence Picq décrit ainsi le paysage qu'elle découvre à l'occasion d'un voyage : « Je regardai se dérouler le paysage. Point de vie, point de cultures, des rizières en friche depuis des années… Une désolation infinie. Où était le miracle de la collectivisation ? La nature maîtrisée ? Les foules heureuses de citadins convertis ? Il était flagrant que le pouvoir central n'avait pas su s'imposer. Phnom Penh, la tête, n'avait ni corps, ni bras, ni jambes ! Tout n 'avait été qu'illusion et comédie ! »
En réalité, le pouvoir ne s'était que trop bien imposé et l'on avait affaire à une tragédie. Dans un livre récemment paru, Les Larmes interdites, Navy Soth, Cambodgienne réfugiée en France et partie civile au procès en cours, âgée de 3 ans lors de la chute de Phnom Penh, raconte ces quatre années d'enfer, au cours desquelles ont péri son père et quatre de ses frères et sœurs : le long chemin pour rejoindre un camp, la vie privée interdite, la mort omniprésente, le départ de son père sans que ses enfants aient eu le droit de l'embrasser, ni de pleurer, pour ne pas manifester des sentiments « bourgeois »
Dans les centres de rééducation où sont déportés les victimes des purges, les conditions de vie sont abominables, la torture et les exécutions couramment pratiquées, et l'espérance de vie ne dépasse pas trois mois.
Le bilan de ce génocide communiste s'élève au moins à 1,7 million de morts et probablement plus de 2 millions, en quatre ans, sur une population de moins de 8 mimons d'habitants.
Encore la tragédie ne finit-elle pas en 1979 avec l'invasion vietnamienne, accueillie comme une délivrance. Les Khmers rouges, de nouveau alliés avec Sihanouk, entretiendront une guérilla contre le gouvernement pro-vietnamien, avec le soutien, non seulement de la Chine,- mais de la Thaïlande, des États-Unis et de l'ONU (le Viet Nâm ayant pour sa part l'appui des Russes). La paix ne reviendra qu'en 1991, avec la signature des accords de Paris, plaçant le Cambodge sous l'autorité de l'ONU en attendant l'organisation d'élections libres.
Quant à Pol Pot, responsable de l'assassinat de l'ancien ministre communiste de la Défense, Son Sen en 1997, il sera arrêté par l'un des plus cruels dirigeants khmers rouges, Ta Mok, dit « le boucher ». Condamné à la prison à perpétuité, il mourra d'une crise cardiaque - dit-on - le 15 avril 1998.
Jean-Pierre Nomen monde & vie . 16 juillet 2011