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mercredi 25 mai 2022

La petite Histoire : L’avènement des Capétiens – Les grands Capétiens

 Les Capétiens, descendants directs d’Hugues Capet, ont incontestablement posé les bases de la France royale, de l’État moderne, et l’ont fait accéder au statut de plus grande puissance de la chrétienté médiévale. De Philippe Auguste à Philippe Le Bel en passant par Saint Louis, Louis VI le Gros ou encore Louis VIII, leur ère est sans doute l’une des périodes les plus importante et fondatrice de notre histoire. Mais pour commencer, pour cet épisode 1, posons les bases nous aussi en parlant du premier d’entre eux, Hugues Capet, et expliquons simplement comment les Capétiens se sont installés sur le trône, ont légitimé leur dynastie et débuté cette merveilleuse aventure française.


https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-lavenement-des-capetiens-les-grands-capetiens

vendredi 24 janvier 2020

Une jeune nation de 2000 ans

Les Celtes.jpegLe peuplement de la France, tel qu'il était encore au début des années 1970, avant que ne commence l'immense vague migratoire extra européenne que nous subissons, est issu en ligne directe des peuples celtes qui, sous l'appellation de Gaulois, après avoir fusionné avec quelques populations préexistantes mal connues ont mis en valeur les territoires allant de l'Ibérie au Rhin et de l'océan Atlantique aux montagnes alpines. Le réseau urbain et routier, dans ses fondements date de cette période antérieure à la conquête romaine. Celle-ci n'a pas modifié en profondeur ce peuplement et, les modifications intervenues résident principalement dans la pacification de peuples turbulents, l'architecture venue de Rome et de Grèce, la généralisation de la langue latine. Cette dernière, toutefois, s'est trouvée adaptée, apprivoisée par des populations qui lui ont imposé la syntaxe de leur langue originelle aboutissant ainsi à la langue française qui, par exemple, à rencontre du latin comporte des articles.
Les « grandes invasions » de la fin de l'Empire romain n'ont pas modifié en profondeur la nature de la population, les arrivants étant numériquement faible comparés aux occupants gallo-romaines. En outre, ces populations d'origine germanique étaient de proches parentes des Gallo-romains et, rappelons-le, l'on ne les distinguait pas toujours nettement des Gaulois.
Du VIe siècle à la fin du XIXe siècle, soit durant quatorze siècles, ce peuplement n'a connu aucune modification : les Français du Second Empire étaient les descendants des populations mérovingiennes. L'immigration qui se produisit, par suite de la faiblesse démographique des régnicoles jusqu'aux années 1950 n'y apporta que des modifications marginales ; et là encore, qu'elles vinssent du Piémont, de Pologne ou de Belgique, voire de la Péninsule ibérique, il s'agissait de populations ethniquement voisines et de même civilisation cette civilisation helléno-chrétienne par laquelle tout l'héritage culturel des peuples d'Europe avait été en quelque sorte accompli et transcendé par le christianisme qui en est imprégné dans une symbiose telle que vouloir enlever le christianisme à l'Europe revient à ôter le mortier d'un mur en moellons et le détruire.
Une telle stabilité dans la durée, tant ethnique que culturelle et civilisationnelle ne peut s'appeler un conglomérat, c'est-à-dire une agglutination de matériaux disparates mais bien un peuple, une nation autrement dit une communauté de destin forgée et confirmée par l'Histoire et la longue durée.
Une identité territoriale pluri-millénaire
À la fin du Ve siècle, la Gallia, entité administrative héritée de l'Empire romain, se coule dans les contours de cette fédération de peuples celtes conquis par César. Déjà les évêques s'efforcent de reconstruire une autorité politique dans ce territoire dévasté par les grandes invasions et divisé entre Gallo-romains catholiques, royaumes ariens des Burgondes et des Wisigoths, « barbares païens » tels les Francs.
L'unification de toutes ces composantes fut réalisée par le Franc Clovis qui, après s'être fait baptiser à Reims en 496, constitua le territoire la Gaule en un ensemble unique, le « regnum francorum », le royaume des Francs, premier royaume catholique d'Europe, donnant ainsi à la France sa spécificité catholique.
Même partagé entre les héritiers de Clovis, le regnum francorum demeura l'unité politique toujours présente dans les esprits et la renaissance carolingienne, avec pépin le Bref et Charlemagne montra combien cette réalité était vivante.
Le démantèlement de l'Empire carolingien en 843 aboutit à la constitution du royaume de « France occidentale » et, lorsqu'après un siècle de troubles, le Robertien Hugues Capet fut sacré roi des Francs en 987 à Noyon, il ceignait la couronne la plus prestigieuse que puisse porter un souverain chrétien à côté de celle d'empereur.
Pourtant, le royaume dont il héritait était bien différent de la France que nous ont léguée les Bourbons, les terres situées à l'est d'une ligne Saône-Rhône relevant de terres d'Empire. Les désordres du Xe siècle avaient fait éclater le territoire en de multiples entités féodales parfois plus puissantes que le roi dont il était le suzerain.
L'action unificatrice des Capétiens
Toute l'histoire de France, jusqu'à 1789, n'est que celle d'une unique dynastie qui a œuvré pour faire respecter et reconnaître ses droits de « roi des Francs » puis de « roi de France » à partir de Philippe Auguste.
Agrandissant patiemment leur domaine royal, centré sur l'Ile de France, l'un de des régions les plus riches et les plus peuplées du royaume, ils s'attachèrent à abaisser les vassaux turbulents, à faire en sorte que ceux-ci leur fissent hommage, à intervenir directement dans les affaires des vassaux en qualité de juge en dernier ressort de litiges du royaume. Rappelons-nous la dépossession de Jean Sans terre de ses terres de Normandie, d'Anjou et de Touraine par Philippe Auguste parce que Jean avait lésé l'un de ses propres vassaux qui en avait appelé au suzerain, le roi de France. Rappelons-nous Louis XI réaffirmant ses prérogatives envers les ducs de Bourgogne qu'il finit par vaincre, réintégrant cet immense apanage dans le royaume.
En assurant la paix publique, en administrant une justice fiable, les rois de France constituèrent des réseaux d'influence et, plus encore, s'assurèrent la fidélité et la reconnaissance de populations qui avaient tout intérêt à devenir sujets du roi de France plutôt qu'être victimes de l'arbitraire d'un quelconque féodal. Saint Louis s’illustra particulièrement dans cette tâche.
Sous l'influence et le rayonnement d'un pouvoir centré sur l'Ile de France, un sentiment national commença à se manifester de manière consciente et la première manifestation tangible peut en être trouvée en 1214 lorsque, revenant de Bouvines, Philippe Auguste regagna Paris au milieu d'une liesse populaire extraordinaire.
Ce sentiment de solidarité entre toutes les populations vivant sur le territoire du royaume de France, y compris celles devenues il y a peu sujettes du roi de France comme les Franc-Comtois et les Alsaciens, les Artésiens, les Flamands wallons se manifesta encore en 1709 lorsqu'elles répondirent à l'appel de Louis XIV à sauver le royaume menacé de toutes parts en résultèrent les victoires de Malplaquet et de Denain, renversant une situation dramatique.
La continuité de la France
En dépit de la destruction de la royauté en 1792, c'est le même peuple, forgé par quarante rois qui a mené l'épopée napoléonienne, qui, au XIXe siècle, malgré l'instabilité des régimes politiques, a assuré le rayonnement culturel, économique de la France dans le monde, à travers la colonisation notamment. Les soldats de 1914 sont les fils de l'ost de Bouvines tous unis à chaque pour défendre leur sol, leurs biens, leur culture leur civilisation qu'ils savent unique, leur richesse commune et ultime, ce sans quoi ils ne sont plus eux-mêmes.
L'identité de la France, tant dans sa composante spirituelle qu'ethnique et culturelle, subit aujourd'hui une agression comme elle n'en a jamais connu de toute son histoire faite d'une continuité sans pareille et nourrie d'une tradition ininterrompue depuis des siècles. L'universalisme de la France, en tant que communauté de destin dans l'universel, a été détourné par l'idéologie républicaine qui développe depuis plus de deux siècles à partir du sol français, en l'épuisant tel un cancer, un universalisme apatride, négateur de cette identité spécifique et unique dont il se sert comme base de diffusion d'une idéologie sans racines et destructrice du réel parce qu'elle veut ignorer les lois de vie des peuples et des civilisations.
✔︎ Fonctionnaire à l'Aménagement du territoire, André Gandillon est l'auteur de nombreux ouvrages dont Les fondements du XXIe siècle (Roudil, 1992), Nouvelles considérations sur la Raison humaine (F.-X. de Guibert, 1998), Grandeur du Christianisme (F.-X. de Guibert, 2010) et Solutions nationales à la crise mondiale (L’AEncre, 2010)

Droite Ligne n°1 - mars 2010

samedi 23 septembre 2017

Gallia ou Francia : le vrai nom de la France par Thomas FERRIER

Me plongeant dans un dictionnaire vieil-islandais/anglais (A concise Dictionary of Old Icelandic par Geir T. Zoëga), je tombais sur l’expression suivante : Valir, habitants de la France (autres que les Francs) et plus loin Valland, France. En revanche je trouvais à Frakkar, les Francs, et rien àFrakkland, le nom de la France en islandais contemporain. Nous sommes au XIe siècle et pour les Islandais, notre pays est Valland, c’est-à-dire la Gaule tout simplement, et les Gaulois (Valir) s’opposent encore aux Francs (Frakkar).
Pourquoi est-ce intéressant ? Cela démontre indubitablement, tout comme l’illustre en grec moderne le fait que notre pays soit encore appelé Γαλλία (Gallia), que la légende d’une France née toute armée du baptême de Clovis ne tient pas. Et que l’opposition évoquée par Sieyès en 1789 entre peuple gaulois et noblesse franque, toute artificielle soit-elle à cette époque, remonte à une longue histoire. Il n’y a alors pas de roi de France mais un roi des Francs.
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Ce n’est qu’ultérieurement, après Hugues Capet et sans doute pas avant Philippe Auguste que la notion de roi de France émerge réellement, dans la rivalité du Capétien avec le « Britannique » Richard Cœur de Lion qui était au moins aussi français que son adversaire. C’est ensuite l’unification linguistique du territoire suite aux annexions, mariages et victoires des Capétiens, la Guerre de Cent Ans qui rompt l’unité linguistique entre aristocraties française et anglaise, et crée ainsi un sentiment national, puis au décret de Villers-Cotterêts. Progressivement, mais surtout au XVIIIe et XIXe siècles, et avec l’école publique, les patois vont s’effacer et la révolution française, par jacobinisme, allant beaucoup plus loin que l’ancienne monarchie, s’attaquera même aux langues régionales non affiliées au francien (le français d’oïl) dont le francilien servait de koinê, à savoir les parlers occitans, le breton ou le basque.
Il ne faut pas enseigner un « roman national », c’est-à-dire une légende comprenant de nombreuses approximations et même de pures inventions, mais enseigner la patiente construction nationale de la France au sein d’un processus commun de construction des nations d’Europe voisines, montrer ce qui relie et distingue les Européens entre eux et ainsi permettre à l’Europe de rentrer dans le XXIe siècle armée du sentiment de parenté et d’unité des peuples européens et ainsi capable de vaincre tous les maux qui la menacent. Il ne s’agit pas d’enseigner un « roman européen » en lieu et place d’un « roman national », mais la vérité européenne. La France est une nation celte (« gauloise ») à la langue latine et au nom germanique. Elle est une Europe en miniature. Et son histoire peut aider l’Europe à bâtir la sienne.
Thomas Ferrier
• D’abord mis en ligne sur le blogue de Thomas Ferrier, le 10 février 2017.

vendredi 24 mars 2017

Les idées reçues sur le Moyen-Age

En ces temps où il est peu recommandé d’aimer l’histoire postrévolutionnaire, il me semble justement intéressant de revenir sur les idées fausses et autres clichés que nous avons sur le monde médiéval. A cela plusieurs raisons : nous ne sommes pas comme ces post-modernes qui jugent que le Moyen-Age est une entité qui se tient d’un bloc et que rien ne vaut que l’étude de la glorieuse révolution avant laquelle rien n’était et après quoi tout est beau. Enfin, il m’est assez pénible d’entendre « nous ne sommes plus au Moyen-Age ! », comme si l’homme médiéval était bouseux, méchant, puant, stupide. Il est intéressant de noter que ce terme agit comme un repoussoir ultime… l’on doit bien avoir peur de ce que pourraient nous raconter ces mille ans d’histoire pour en être effrayé ainsi !
Les invasions barbares ont pillé et détruit l’Europe
Il y eut deux vagues d’invasions : celle qui coïncide avec la chute de Rome et celles des Normands, autrement dit des vikings. Le monde germanique connaît depuis le IIIe siècle de notre ère une évolution climatique qui conduit les populations à se déplacer pour survivre. Les invasions sont en réalité de longs mouvements de migrations du IIe au Ve siècles. Rome, dont l’empire ne parvient plus à gérer ses frontières devenues immenses, utilise ces barbares dont les chefs sont faits rois locaux. C’est ainsi que les francs deviennent l’élite romaine dans les Gaules. Lorsque le pouvoir central fait appel aux peuples au départ étrangers pour maîtriser les territoires l’on ne peut plus appeler cela une invasion, même s’il y eut des épisodes évidemment violents.
Pour ce qui est des vikings, leur arrivée est plus tardive (les francs sont alors dirigés par les rois carolingiens) et l’on ne peut pas parler d’invasion barbare car ils sont aussi barbares que les francs. A partir du XIXe siècle, le mot barbare a pris sa connotation dévalorisante mais peut-on parler de cruels sous-hommes pour définir ceux qui ont navigué et surtout se sont imposés via des petites conquêtes locales successives.
On croyait que la terre était plate
Les savants grecs de la Grèce classique du Ve siècle avant Jésus-Christ ont démontré la rotondité pas tout à fait parfaite de notre planète. Aucun auteur médiéval n’a remis en cause cela. Seul l’hémisphère Nord est connu toutefois…
Les globes terrestres utilisés par les rois et empereurs sont tous ronds, et si Colomb décide de partir vers l’Ouest afin de rejoindre l’Asie c’est bien que la terre est sans aucun doute ronde ! Encore une fois, le positivisme des années 1870 à 1890 environ a poussé les historiens à faire croire que le pouvoir religieux dominait tant qu’il a laissé croire que la terre était plate pour mieux encadrer le peuple tenu dans l’ignorance.
Les infirmes sont exclus
Soyons clair : l’aveugle, le nain ou le malade mental est moqué sans doute, les hommes d’alors nous ressemblent finalement beaucoup. Le soin apporté à ceux qui ont subi un accident ou une maladie est celui que l’on doit alors aux pauvres et aux indigents.
L’archéologie funéraire ne permet pas de détecter les handicaps comme la cécité ou la surdité mais les textes nous renseignent sur le fait que chacun a sa place. Le lépreux est en marge à cause de la contamination que l’on craint et il est une forme de bouc émissaire au sens biblique : il porte la marque physique de ses péchés et de ceux de la société. En temps de paix, chaque infirme a globalement sa place dans la société mais en temps de disette ou de guerre, les plus fragiles sont des bouches inutiles surtout en ville lors d’un siège. Mais n’en est-il pas de même aujourd’hui où le fragile et le différent sont considérés comme inutiles car non productifs ? 
Le monde est une société d’ordres
Société inégalitaire par la naissance, la division entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent revient souvent pour dénoncer l’horreur de l’époque médiévale. Pourtant, la division entre le monde urbain, le monde pastoral et celui de la Cour est beaucoup plus véridique surtout si l’on parle de la période qui court d’Hugues Capet à Philippe IV le Bel pour la France.
En effet, si la société est effectivement divisée entre clercs, nobles et tiers-état, un noble qui vit dans sa seigneurie locale connaît des difficultés lorsque les récoltes sont médiocres et le paysan enrichi peut mieux être logé que son seigneur. De même le grand du royaume vivant à la Cour royale ignore presque tout du monde rural. Le monde urbain est quant à lui bien particulier puisque c’est lui qui subit de plein fouet les sièges et les épidémies du fait de la proximité. Une famille de cerfs ou de paysans peut être « à l’aise » tandis que le manœuvre qui vit à Paris est tenu dans la misère.
Les enfants sont mal aimés
On entend souvent que la mortalité étant très forte, l’on ne s’attachait pas aux enfants. Rien n’est plus faux. En effet, dès l’allaitement maternel fini, le nouveau-né est exposé à de nombreuses maladies. Le travail des champs peut aussi blesser ou tuer un jeune comme un adulte.
Si le rachitisme est assez fréquent, les jeunes enfants morts ont des sépultures soignées et les limbes qu’ont inventées les autorités religieuses vers l’an 1100 permettent aux enfants morts sans baptême de ne pas être condamnés à l’enfer qu’ils ne peuvent théologiquement mériter que difficilement.
Les enfants survivants sont considérés comme des êtres à part dès l’âge de raison, et sont considérés comme des membres de la société même s’ils n’ont pas de responsabilités écrasantes. 
C’est une période cruelle et sombre
Le Moyen-Age couvre mille ans et c’est pourquoi il a reçu l’appellation d’âge !
Les évolutions dans l’espace et les temps sont énormes : essayons de comparer Paris en 1017 et en 2017, la difficulté est la même pour comparer l’Occident médiéval entre le début et la fin de l’été médiéval…
C’est aussi une période faste du lien entre intellect et sentiment, entre culture et nature. C’est un monde où ce qui est invisible n’est pas inexistant et une période qui mêle autant le paganisme et la chrétienté, la guerre et l’honneur chevaleresque, la fidélité et la décadence, l’art roman puis gothique, le manuscrit puis l’enluminure…
Charles d’Antioche

samedi 1 juin 2013

987 : Élection d'Hugues Capet, à Senlis.

         Après des débuts brillants, la première dynastie franque, celle de Clovis et de ses successeurs, les Mérovingiens, sombra dans la décadence et laissa la place à la deuxième dynastie, celle de Charlemagne, et de ses successeurs, les Carolingiens.
         Comme la première, cette deuxième dynastie eut des débuts brillants, mais, comme elle également, elle finit par sombrer dans la décadence (les "rois fainéants"...), à une époque où les invasions des vikings rendaient nécéssaire un pouvoir fort.
         Là sont les origines lointaines de la troisième dynastie, celle des Capétiens, qui va recevoir le pouvoir en 987, avec Hugues Capet.
          Alors que les rois fainéants, descendants de Charlemagne et dépositaires de la légitimité théorique, laissaient les populations dont ils avaient la charge sans défense face aux hommes du nord (les north men, normands...), une famille, celle des Robertiens, s'illustra dans la défense de ces mêmes populations. Ainsi se créa une légitimité effective, fondée sur les services rendus.
          Les Robertiens - ancêtres des Capétiens - durent cependant se montrer prudents, et patients, tant était fort le souvenir de Charlemagne et l'enracinement de la dynastie Carolingienne. Les premières invasions normandes ayant eu lieu un peu avant 850, ils attendirent presque cent cinquante ans....
         Jusqu'en 987, où fut réunie, à Senlis, une Assemblée chargée de désigner le souverain.
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Monogramme d'Hugues Capet, sur un diplôme du 20 juin 989. Archives nationales, Paris
 "COURONNEZ HUGUES, L'ILLUSTRE DUC..."
            "Le trône ne s'acquiert point par droit héréditaire, et l'on doit mettre à la tête du royaume celui qui se distingue par la noblesse corporelle et par les qualités de l'esprit.... Décidez-vous plutôt pour le bonheur que pour le malheur de l'Etat. Si vous voulez son malheur, créez Charles souverain; si vous êtes attachés à sa prospérité, couronnez Hugues, l'illustre duc. Donnez-vous pour chef le duc, recommandable par ses actions, par sa noblesse et par ses troupes, le duc en qui vous trouverez un défenseur de l'Etat aussi bien que de vos intérêts privés".
            Cette harangue de l'archevêque de Reims, Adalbéron, emporta l'adhésion des grands du royaume qu'on appellait alors "Francie occidentale", et qui sera la France. Ils écartèrent donc le candidat carolingien, Charles de Basse-Lorraine et placèrent Hugues sur le trône.
            Hugues était abbé laïc de Saint Martin de Tours. Le surnom de Capet vient peut-être de la cape (Capa) ou manteau de Saint Martin que celui-ci coupa en deux afin de vêtir un pauvre...
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            Le chroniqueur Richer, moine de Saint Rémi de Reims a raconté en détail le déroulement de l'élection d'Hugues Capet.
            Il rapporte qu'une première assemblée des grands avait été convoquée à Compiègne en mai 987 pour examiner le cas de l'archevêque de Reims, Adalbéron, que le roi carolingien Louis V accusait de trahison. Mais le roi meurt accidentellement, Hugues prend la direction de l'assemblée et fait acquitter Adalbéron. Lequel, d'accusé, devient le personnage-clé de l'élection. Son discours va en décider. 
            Deux candidats sont en présence : Charles, duc de Basse-Lorraine, frère du défunt, et Hugues, duc des Francs. Celui-ci a l'appui de l'Eglise. Gerbert d'Aurillac, écolâtre à Reims (c'est-à-dire directeur des écoles) écrivait : "Le roi Lothaire (Louis V, ndlr) n'est le premier en France que par son titre. Hugues l'est, non par son titre, mais par ses faits et gestes."
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            Agé de 45 ans à son élection, Hugues régnera dix ans. C'est un pauvre roi.
            Bainville écrit des premiers Capétiens (ce qui vaut donc aussi, évidemment, pour Hugues) : "Les premiers règnes furent sans éclat...".
            Le roi ne règne que sur quelques villes (Senlis, sa résidence favorite, Etampes, Melun, le port de Montreuil...); sur une dizaine d'évêchés (Orléans, Laon, Sens, Beauvais, Paris...); et quelques abbayes qui lui assurent un revenu économique mais aussi un appui spirituel (Saint Martin de Tours, Saint Benoît sur Loire, Saint Germain des Prés, Saint Maur des Fossés, Saint Riquier...).
            Mais il aura l'habileté de faire sacrer son fils Robert, de son vivant, à Orléans, le 30 décembre 987. La dynastie est là pour mille ans.....
            Il est à noter que, s'il fut élu à Senlis, Hugues, fort habilement, alla se faire sacrer à Noyon, là où avait eu lieu le sacre de Charlemagne. Il souhaitait ainsi manifester qu'il se rattachait, plutôt que de la combattre, à cette dynastie Carolingienne dont il prenait la suite. De même il se fera enterrer, comme les Carolingiens, à l'abbaye de Saint-Denis, monastère dont ses ancêtres étaient les patrons et où ils étaient également enterrés.
            La nécropole des rois de France est ainsi désignée dès le début de la dynastie....
SAINT MARTIN.jpg Tableau de la cathédrale de Tours : Martin partage son manteau avec un pauvre.     
        A l'époque de Martin, officier de l'armée romaine, l'équipement des officiers était payé moitié par l'Empereur (c'est-à-dire l'Etat) et moitié par l'officier. Martin ne pouvait donc, malgré son désir, donner tout son manteau au pauvre, puisque la moitié de ce manteau ne lui appartenait, mais appartenait à l'Empereur.
       Par contre, en donnant l'autre moitié du manteau, qui lui appartenait, il a bien donné tout ce qu'il avait en pleine possession. Il est pour cela considéré comme l'un des piliers de la charité. Martin est le patronyme le plus donné en France.

mercredi 14 novembre 2012

Ces rois qui ont fait la France

Le Figaro Magazine - 08/11/2012

L'histoire de la monarchie capétienne suscite toujours des vocations de chercheurs. Permettant de remonter aux origines les plus lointaines de la nation française.

     Le 22 mai 987, alors que les grands de Francie occidentale sont convoqués pour juger l'archevêque de Reims, Adalbéron, accusé de complicité avec la dynastie germanique des Ottoniens, le roi Louis V, un Carolingien, meurt accidentellement. Il n'a pas d'héritier. Le 1er juin, devant l'assemblée des grands réunie à Senlis pour désigner le nouveau roi, Adalbéron retourne la situation et parvient à faire élire le candidat de son choix : Hugues Capet.
     Celui-ci appartient à la famille des Robertiens, qui a déjà donné deux rois (Eudes en 888 et Robert en 922). Il est allié aux souverains germaniques, ce qui rassure Adalbéron. Mais Hugues Capet, héritier d'une dizaine de comtés (Paris, Senlis, Orléans, Dreux) et protecteur de plusieurs abbayes (Saint-Denis, Fleury ou Saint-Martin de Tours, cette dernière lui ayant valu peut-être son surnom en référence à la cappa, le manteau de saint Martin), est d'abord le prince le plus puissant du royaume, plus puissant que le roi. Le 3 juillet, sans doute dans la cathédrale de Noyon, Hugues est sacré roi par Adalbéron.

     Avec le soutien de l'Église et des grands du royaume, le pouvoir passe ainsi du roi carolingien au duc des Francs. À la fin de cette même année 987, Hugues Capet fait élire son fils Robert (Robert II le Pieux) comme son successeur, et le fait sacrer à Orléans. Le principe héréditaire restauré, une nouvelle dynastie est née, renforcée par la mort du dernier Carolingien, Charles, duc de Basse-Lorraine, en 991.

Les débuts de la dynastie capétienne revisités

L'année 987 est donc décisive. Elle ouvre « deux siècles où la dynastie fondée en 987 par Hugues Capet a commencé, lentement mais sûrement, de faire la France comme nation », écrit l'historien Dominique Barthélemy. Ancien élève de Georges Duby, professeur à la Sorbonne (Paris-IV) et directeur d'études à l'École pratique des hautes-études, celui-ci publie aujourd'hui un livre original (1). Il y revisite les débuts de la dynastie capétienne, sans renoncer ni à la chronologie traditionnelle ni à une vision historique de la monarchie française, mais, développant une perspective résultant de ses travaux antérieurs, en nuançant largement la vision convenue d'une royauté qui aurait été très faible au départ et qui se serait imposée par miracle aux élites dirigeantes du royaume.
     Dominique Barthélemy, au contraire, insiste sur l'atout initial dont disposent Hugues Capet et ses successeurs immédiats : la royauté, institution nimbée de sacré et dont le prestige, imprimé de longue date dans les mentalités, était tombé du temps des ultimes Carolingiens. « L'étiage de la royauté en France occidentale, souligne l'auteur, se situe en amont de l'avènement d'Hugues Capet, lequel avènement restaure la préséance royale, et en ce sens contribue à l'ordre féodal et chrétien. »

« Le métier de roi est grand, noble et délicieux »

Barthélemy, au lieu d'opposer la royauté et la féodalité, montre comment le pouvoir royal, même s'il a souvent combattu les féodaux, tel Louis VI bataillant contre les sires de Montlhéry, a bâti sa légitimité en s'insérant dans les cadres de la société féodale, qu'il s'agisse de l’Église, de la chevalerie ou des communes, cadres qui n'étaient pas remis en cause. L'historien arrête son étude avec Philippe Auguste. Pour la France, le règne de celui-ci marque, par la spécialisation des fonctions qui s'opère au sein de la cour et par l'émergence d'une authentique administration royale, l'ébauche de l’État, au sens moderne du terme. Si cette évolution, encore une fois, ne bouleverse pas le soubassement social de l'époque, qui reste celui de la féodalité, elle amorce, entre les Capétiens et la France, un pacte qui durera jusqu'à la Révolution.
     Que les rois aient fait la France, plus aucun historien digne de ce nom, de nos jours, ne conteste cette idée, sans croire devoir ajouter, comme pour s'excuser, une profession de foi républicaine, qui serait hors sujet. Les rois qui ont fait la France, c'est l'intitulé d'une collection que les Editions Pygmalion ont inaugurée il y a trente-quatre ans et dont les trois derniers volumes viennent de paraître (2). Pour réaliser cette entreprise éditoriale sans équivalent, deux auteurs auront été à la manoeuvre : Georges Bordonove, disparu en 2007, qui était un historien non universitaire mais qui travaillait selon les meilleures méthodes, et Ivan Gobry, qui fut professeur à l'université de Reims et à l'Institut catholique de Paris. La série représente 52 livres, soit les biographies de tous les rois de France, Mérovingiens, Carolingiens ou Capétiens, de Clovis à Louis-Philippe, et s'adresse à un large public.
     « Le métier de roi est grand, noble et délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage ; mais il n'est pas exempt de peines, de fatigues, d'inquiétudes. » C'est un expert qui parle ici : Louis XIV en personne. Présentant la réédition des célèbres Mémoires pour l'instruction du dauphin (3), Jean-Christian Petitfils se demande si, en nos temps démocratiques de « gouvernance » et de « management », les réflexions du Roi-Soleil ont encore du sens. La réponse de l'historien de l'Ancien Régime est positive : trois siècles après sa mort, Louis XIV peut encore nous dispenser des « leçons de lucidité et d'énergie. »
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
Notes :
(1) Nouvelle histoire des Capétiens, 987-1214, de Dominique Barthélemy, Seuil.
(2) Louis II, Louis III, Carloman et Charles le Gros, et François II, d'Ivan Gobry, Pygmalion. L'ensemble de la collection Les rois qui ont fait la France, 52 volumes signés de Georges Bordonove ou d'Ivan Gobry, est disponible chez l'éditeur.
(3) Louis XIV. Le Métier de roi. Mémoires et écrits politiques, présentation de Jean-Christian Petitfils, Perrin, « Les Mémorables ».

mardi 2 octobre 2012

De 622 à 987 Le haut Moyen Âge

La fin de l'Antiquité
Les historiens appellent Moyen Âge (ou période intermédiaire) la longue période de l'Histoire occidentale qui court de la fin de l'Antiquité à la découverte de l'Amérique (1492).
Le haut Moyen Âge désigne les siècles les plus obscurs de cette période. Il débouche sur la division de l’ancien empire romain entre trois empires très différents :
– l'empire byzantin, resté très proche du modèle antique,
– l'empire arabo-musulman, en rupture avec le passé chrétien de l'Occident,
– l'empire de Charlemagne, vague réminiscence de l'empire romain, marqué par ses racines germaniques et coupé de l'Orient antique du fait de l'invasion arabe.
Vers l'An 800, tandis que règne à Bagdad le calife Haroun al-Rachid, Charlemagne règne à Aix-la-Chapelle, près du Rhin, sur l'Empire d'Occident. À Constantinople, sur le Bosphore, Irène gouverne l'empire byzantin.
Haroun al-Rachid, Charlemagne, Irène... Ces trois personnages magnifiés par la légende symbolisent une période de transition. Sous les cendres de l'empire romain, un monde nouveau est en train de germer mais les contemporains n'en ont guère conscience.
Autour de la Méditerranée, la paysannerie vit dans une extrême misère. La paix est sans cesse violée et, qui plus est, de nouvelles vagues d'envahisseurs se profilent au nord et à l'est (Vikings, Magyars).
Le haut Moyen Âge se clôt aux alentours de l'An Mil avec l'émergence des États modernes et l'épanouissement en Europe d’une nouvelle civilisation, la nôtre.
La tradition qui désigne l'année 476 comme marquant la fin de l'Antiquité n'a aucune signification historique en-dehors de l'Europe occidentale (l'année 476 se signale seulement par la déposition à Ravenne, en Italie, d'un enfant-empereur sans pouvoir). Cette tradition trouve son origine dans la volonté des historiens français du XIXe siècle de faire remonter les origines de leur pays à Clovis, roi des Francs et fondateur de la dynastie mérovingienne, qui vécut à cette époque (vers 465-511).
L’empire arabe
Après la mort de mort de Mahomet, les Arabes profitent des guerres et des querelles qui divisent Perses et Byzantins pour conquérir la Syrie, l’Égypte, la Mésopotamie (devenue Irak) et la Perse elle-même. Ils atteignent les portes de la Chine et l’Afrique du nord. Les populations se soumettent sans trop de difficultés à ces conquérants qui se contentent de leur imposer un tribut.
Une troupe de musulmans, sous la conduite d’un chef dénommé Tarik, traverse le détroit qui sépare l’Afrique de l’Espagne. Le lieu du débarquement prend le nom de djebel al-Tarik (la montagne de Tarik), dont nous avons fait... Gibraltar. Les envahisseurs s’emparent de l’Espagne et peu après, un prince arabe fonde à Cordoue, en Andalousie, un émirat indépendant.
Les califes, chefs suprêmes des musulmans, résident quant à eux à Damas, capitale de la Syrie. Enfin, ils se transportent sur les bords du Tigre, non loin de l’antique Babylone, dans une ville nouvelle dénommée Bagdad (en persan, Don de Dieu). La ville est aussi surnommée en arabe Dar as Salam (la Cité de la Paix).
Toutes les richesses du monde méditerranéen affluent vers Bagdad, faisant de cette cité d’un à deux millions d’habitants la plus prestigieuse et la plus grande de son époque.
Carrefour entre les mondes grec, persan et indien, Bagdad atteint son apogée sous le règne du calife Haroun al-Rachid (786-809). Elle offre alors l'exemple d'une civilisation raffinée dont les contes des Mille et une Nuits nous conservent le souvenir. Ses commerçants entretiennent des relations avec le monde entier. Ses poètes chantent le vin et l'amour. Ses mathématiciens empruntent aux Indiens la numérotation moderne et le zéro...
Dans tout l’empire mais aussi dans l’émirat indépendant de Cordoue, en Espagne, et dans le royaume du Maroc, s’épanouit un artisanat prospère. Les Arabes développent l’irrigation et introduisent de nouvelles cultures en Occident : riz, haricot, chanvre, canne à sucre, mûrier,...
L'empire de Bagdad décline très vite sous l'effet de l'incurie administrative, des injustices sociales, des révoltes d'esclaves et des tensions entre chiites et sunnites, deux formes rivales de l’islam apparues un demi-siècle après la mort de Mahomet.
La prospérité de l’empire repose en effet sur des bases fragiles : l'oppression de la paysannerie par les dignitaires et l'esclavage.
Les commerçants de Venise font fortune en livrant aux musulmans des prisonniers de guerre originaires des régions slaves de l'Est de l'Europe, encore païennes.
C'est ainsi que le mot Esclavon (ou esclave), synonyme de Slave, se substitue au latin servus (que l'on retrouve dans servile et serf) pour désigner une personne privée de liberté. Mais ce commerce se tarit à mesure que les Slaves se convertissent au christianisme.
Les Arabes se tournent vers l'Afrique noire, où l'esclavage est une institution solidement établie. Le trafic d'esclaves noirs vers l'Orient arabe va prospérer pendant plus d'un millénaire. Il va concerner dix à quinze millions d'individus, soit à peu près autant que la traite européenne entre 1500 et 1800. La plupart des esclaves sont émasculés pour empêcher qu'ils ne fassent souche et parce que le réapprovisionnement est facile et bon marché.
De nombreux esclaves noirs travaillent très durement dans les zones marécageuses du sud de l'Irak. N'en pouvant plus d'être maltraités, ils s'insurgent mais leur révolte est réprimée sans concession au prix de 500.000 à 2,5 millions de victimes  ! Cette épreuve ébranle l’empire arabe.
Un peu plus tard, le calife al Qadir interdit toute nouvelle interprétation du Coran (1019). C'est un coup d'arrêt brutal au développement de l'esprit critique et aux innovations intellectuelles et scientifiques dans l'empire arabe. C’est le début d’un inexorable déclin.
Charlemagne
Tandis que les premiers califes s’emparaient de l’Orient et atteignaient les Pyrénées, l’Occident chrétien sombrait dans la barbarie sous la conduite désordonnée des descendants de Clovis.
Un sursaut se produit avec un chef énergique, Charles Martel, qui arrête une incursion arabe aux environs de Poitiers (25 octobre 732). Son petit-fils Charles reçoit la couronne royale à la place de l’héritier mérovingien. Et le 25 décembre 800, à Rome, le souverain pontife lui confère le titre inédit d'« Empereur des Romains ». L’Histoire le connaît sous le nom de Charlemagne (une déformation du latin Carolus Magnus, qui signifie Charles le Grand).
Bien qu’illettré, Charlemagne révèle des qualités exceptionnelles comme chef de guerre et plus encore comme administrateur. C’est au point que certains historiens parlent de son long règne (774-814) comme d’une première Renaissance  ! À Aix-la-Chapelle, sa capitale, qu’il a choisie en raison d’une source thermale propice à sa santé, il fait venir des moines irlandais et anglo-saxons qui rétablissent l’enseignement du latin et son usage comme langue administrative. On leur doit d’utiliser encore beaucoup de mots d’origine latine dans notre langue de tous les jours. On leur doit aussi l’écriture caroline avec des lettres attachées.
Chaque année ou presque, Charlemagne fait la guerre. Il court d’un bout à l’autre de son empire pour repousser les envahisseurs et soumettre les rebelles (Saxons, Lombards, Arabes d’Espagne, Aquitains, Bretons, Croates, Avars du Danube,…). Son empire s’étend de l’Elbe (Allemagne) à l’Ebre (Espagne). En Italie, il s’arrête du côté de Ravenne, là où commencent les États du pape.
Charlemagne n’ayant qu’un fils survivant, celui-ci maintient l’unité de l’empire. Mais lorsqu’il décède à son tour, ses trois fils se déchirent l’héritage.
À Strasbourg, Charles le Chauve et Louis le Germanique font serment d’alliance contre le cadet, Lothaire (14 février 842). Le premier s’exprime dans la langue tudesque des soldats de son frère et, réciproquement, le deuxième dans la langue romane. Le tudesque donnera le jour à l’allemand et le roman au français. Ces serments de Strasbourg la première trace que nous avons des langues modernes.
Ces querelles d’héritage surviennent au plus mauvais moment, lorsque font irruption en Occident de nouvelles vagues d’envahisseurs. Les Vikings venus de Scandinavie sèment la terreur le long des grands fleuves (Seine, Loire,…). Les Sarrasins s'établissent en Sicile et en Provence. Ils poussent des razzias jusqu'à Rome et dans les Vosges. Les Magyars ou Hongrois, venus de Sibérie, effectuent des chevauchées jusqu'à... Nîmes.
Fin des Carolingiens
Moins d’un siècle après sa fondation, l’empire de Charlemagne est au plus mal. Les héritiers du grand empereur, incompétents, délèguent à chacun de leurs meilleurs guerriers la défense d'une portion du territoire. Ainsi, la plupart des terres passent sous la coupe d'un seigneur qui en perçoit les revenus. En échange d’une participation à la guerre, ces seigneurs obtiennent de leur souverain le droit de léguer leur terre à leur fils aîné.
Mais dans cette atmosphère de fin du monde émergent les premiers signes d’un renouveau. Il va sans dire que les contemporains n’en ont aucune conscience. En Bourgogne, en un lieu inculte appelé Cluny , une poignée de moines obtiennent du duc d’Aquitaine le droit d’installer une abbaye qui, chose nouvelle, n’aura de comptes à rendre qu’au pape. Très vite, les abbés de Cluny acquièrent une autorité morale très forte dans toute la chrétienté occidentale. Ils en usent pour adoucir les mœurs des guerriers et des rois.
Le roi carolingien Charles le Simple conclut un accord avec les Vikings et les établit à l’embouchure de la Seine, dans une région qui va prendre leur nom (Normandie). Les nouveaux-venus vont désormais mettre leur énergie au service de la chrétienté. Quant aux Sarrasins établis près de l’actuel port de Saint-Tropez, dans le massif des Maures, ils sont purement et simplement chassés.
De l’autre côté du Rhin, les grands seigneurs, lassés par l’ineptie des héritiers carolingiens, élisent l’un des leurs à leur tête : Conrad de Franconie. Ils lui confèrent le titre de roi (24 septembre 911). Cette élection marque la naissance de l’Allemagne. Sur son lit de mort, Conrad 1er désigne pour successeur le duc Henri de Saxe, dit l'Oiseleur.
Le fils et successeur de ce dernier, Otton 1er , se porte au-devant d’une bande de Hongrois. Il les défait sur le champ de bataille du Lechfeld, près de Vienne. Sa victoire a un immense retentissement dans la chrétienté occidentale. Elle met un terme définitif aux grandes invasions. Désormais, pendant plus de mille ans, l’Europe occidentale ne va plus connaître aucune immigration significative d’où que ce soit.
Fort de sa victoire, Otton 1er ne se contente pas du titre de roi d’Allemagne. Il se fait couronner à Rome roi des Romains et… « Empereur et Auguste ». Le Saxon prétend de la sorte restaurer l'empire carolingien.
Comme tous ses successeurs, il tient d’ailleurs à s'asseoir sur le trône de pierre de la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle, à la place de Charlemagne. L’empire d’Otton, ou 1er Reich allemand, sera plus tard connu sous le nom de Saint Empire romain germanique. Il sera supprimé par Napoléon 1er en 1803.
En Francie occidentale, ancien nom de la France, les grands seigneurs suivent l’exemple de leurs homologues d’Outre-Rhin. Ils élisent à leur tête l’un des leurs, le comte de Paris Hugues Capet, et lui confèrent le titre de roi (3 juillet 987). Les héritiers directs de Charlemagne passent à la trappe. Une page se tourne.
Renouveau en Chine
En Chine, où la dynastie des T’ang a depuis longtemps laissé la place à la division et à l’anarchie, un guerrier du nom de T’ai-tsou s’empare du pouvoir en 960. Il restaure l’unité de l’empire et fonde la grande dynastie des Song.
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lundi 19 décembre 2011

1051 : Une alliance franco-russe

Le 19 mai, Henri Ier épouse Anne de Kiev.
Cette année-là, la vingtième de son règne, Henri Ier, quarante- trois ans, petit-fils d’Hugues Capet, épousait une princesse venue du bout du monde… Il était difficile pour le roi de France de rencontrer en Occident une fille de roi qui ne fût pas sa cousine à quelque degré, et il ne voulait pas connaître à son tour les difficultés avec l’Église vécues par son père Robert II le Pieux quand celui-ci s’était épris de Berthe de Bourgogne.
En outre, Henri n’avait pas eu de chance avec les femmes issues des pays voisins : sa première fiancée, Mathilde, fille de l’empereur Conrad lI le Salique, avait quitté ce monde à l’âge de sept ans en 1034 ; il avait épousé la même année une autre Mathilde, fille de Luidolf de Frise, nièce de l’empereur Henri III, alors âgée de moins de dix ans et qui mourut en 1044 après lui avoir donné, semble-t-il, une fille morte au berceau.
Le roi veuf dut se remettre en quête… Or voici que vers 1049, il entendit son entourage louer la Russie, ce grand pays devenu chrétien grâce au prince de Kiev, saint Vladimir Ier le Grand (958-1015), qui, à l’instar de notre Clovis cinq cents ans plus tôt, avait reçu le baptême en 988, converti par son épouse Anne Porphyrogénète, soeur de l’empereur de Constantinople Basile II. Le fils de ce dernier, Iaroslav le Sage (978-1054), donnait à son pays un grand essor. De son épouse Ingigerd de Suède, il avait deux filles dont la deuxième, Anne, âgée d’une vingtaine d’années, était réputée pour sa beauté ravissante, même sensuelle, comme des informateurs l’avaient rapporté à Henri…
Il n’en fallut pas plus pour que le roi envoyât, sous la conduite de Roger, évêque de Chalons-sur-Marne, une ambassade chargée de bijoux qui demanda à Iaroslav la main de sa fille Anne pour le roi de France. Une telle proposition ne pouvait être refusée, et le prince slave était trop heureux d’ouvrir son pays à l’Occident. Anne fut sans tarder conduite en France sous une brillante et galante escorte. Henri, la voyant arriver à Reims au printemps 1051, en tomba aussitôt amoureux. Certains ont raconté qu’écartant les présentations d’usage, il se serait littéralement jeté sur elle devant tout le monde pour l’embrasser et que, l’étreinte un peu desserrée, elle lui aurait dit en rougissant : « Je suppose que c’est vous, n’est-ce pas, qui êtes le roi »…
Le charme slave
Le mariage fut célébré le 19 mai et la nouvelle reine se révéla aussitôt pieuse et charitable, avec le sourire et toujours dans la discrétion. Elle donna le jour en 1053 au futur Philippe Ier, ainsi prénommé en souvenir des rois de Macédoine dont prétendait descendre la Maison de Kiev. Tous les Philippe français, dont six rois, doivent depuis lors leur prénom à cette première alliance russe. Une alliance qui n’eut guère le temps de porter tous ses fruits, puisque le roi Henri Ier mourut dès 1060, après avoir l’année précédente pris la sage et désormais habituelle précaution de faire sacrer Philippe qui, de sa frèle et charmante voix de six ans, prononça impeccablement le serment du sacre.
La régence revenant à l’oncle de l’enfant, Baudouin, comte de Flandre, Anne se retira dans le Valois d’abord à l’abbaye Saint-Vincent de Senlis, puis se mit à organiser des réceptions plus mondaines, attirant de galants seigneurs. L’un d’eux, Raoul, comte de Crépy-en-Valois, avait en 1051 accueilli au nom du roi la future reine à Montreuil-sur-Mer pour l’escorter jusqu’à Senlis : il ne l’avait jamais oubliée ! Marié, puis veuf, puis remarié sans amour, il osa tout bonnement enlever la reine-mère et la conduire secrètement à un prêtre facile… qui les maria. Les amoureux bravèrent des années durant les foudres de l’excommunication, puis tout s’apaisa à la mort de l’épouse légitime de Raoul. Après la mort de celui-ci en 1071, les historiens perdent la trace de la reine Anne, selon certains retournée en Russie, selon d’autres morte discrètement près de La Ferté-Allais vers 1076.
Quoi qu’il en soit, ce mariage fut un événement de grande portée. Se rappeler que les relations franco-russes sont plus que millénaires et que tous les rois capétiens depuis Philippe Ier ont dans les veines du sang russe, n’est pas sans intérêt pour les relations diplomatiques de notre monde d’aujourd’hui.
MICHEL FROMENTOUX  L’Action Française 2000 du 18 septembre au 1 er octobre 2008

jeudi 20 octobre 2011

1328 : l’avènement des Valois


Après la mort de Charles IV le Bel, la loi salique s'impose, naissant de l'expérience des faits, comme toujours avec les Capétiens.
Cette année-là, la sixième de son règne, Charles IV le Bel, trente-quatre ans, mourut à Vincennes le 1er février, sans héritier mâle direct. La chose se produisait pour la première fois chez les Capétiens, lesquels, depuis Hugues Capet, s'étaient toujours perpétués de père en fils sans contre-temps ; si le fils aîné mourait jeune, le premier des cadets prenait sa place dans la succession et la vie de la lignée continuait. Ce fut la grande chance des premiers Capétiens d'avoir, pendant trois cent trente-neuf ans, pu affermir leur dynastie sans se heurter à la moindre difficulté de succession.
Le cas de Charles IV était exceptionnel. Troisième fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne 1ère de Navarre, il était monté sur le trône après ses deux frères aînés, Louis X le Hutin et Philippe V le Long, lesquels étaient eux-mêmes morts sans laisser d'enfant mâle ! Pour être tout à fait exact rappelons que l'aîné Louis X le Hutin, roi de France de 1314 à 1316, avait eu de sa première épouse Marguerite de Bourgogne (répudiée pour adultère) une fille, Jeanne ; or sa seconde épouse, Clémence de Hongrie, était enceinte quand il mourut.
Celle-ci mit au monde le 15 novembre 1316 un petit Jean qui décéda dès le 20 novembre et devait rester dans l'histoire comme Jean 1er le Posthume.
Philippe, alors comte de Poitiers, frère du roi défunt, avait alors couru à Reims pour se faire sacrer sous le nom de Philippe V le Long, barrant ainsi la route à quelques partisans de Jeanne, le premier enfant du Hutin. Il avait fallu une assemblée des seigneurs de la cour et des docteurs de l'Université pour approuver l'exclusion de la petite fille de la succession, tout simplement parce qu'une fille reine pourrait en se mariant apporter un jour en dot la couronne de France à un prince étranger.
Philippe V avait ensuite régné jusqu'à sa mort en 1322, n'ayant eu que des filles de son épouse Jeanne de Bourgogne, elle aussi soupçonnée d'adultère mais non répudiée.
Le tour de Charles IV le Bel était alors venu, il avait remis de l'ordre dans les finances, avait oeuvré pour venir en aide aux chrétiens d'Orient, mais il avait dû répudier sa première épouse, Blanche de Bourgogne aussi volage que ses belles-soeurs, accusées toutes les trois par des rumeurs de s'être livrées à des ébats bien peu catholiques dans la tour de Nesle… Sa deuxième épouse Marie de Luxembourg, mourut enceinte dans un accident. La troisième, sa cousine Jeanne d'Evreux, n'eut que des filles, mais se trouvait enceinte en cette année 1328 quand mourut le roi, le 1er février.
Loi fondamentale
Philippe de Valois, fils de Charles de Valois, lui-même frère de Philippe IV le Bel, donc le plus proche par les mâles de la succession, fut désigné comme régent en attendant la naissance. Tout laissait à penser qu'il serait roi si une fille naissait. Ce ne fut pas l'avis d'Isabelle, soeur des trois rois défunts, qui venait de faire assassiner son mari Édouard II, roi d'Angleterre, par des intimes de son amant, Roger Mortimer : elle revendiqua la couronne de France non pour elle-même (question réglée depuis 1316), mais pour son fils, quatorze ans, petit-fils de Philippe le Bel, devenu Édouard III, roi d'Angleterre.
Dès le 2 février une grande assemblée se réunit au Palais pour traiter « la plus noble cause qui fut oncques », dit le juriste Guy Coquille. Nul ne voulait comme roi de France d'un Anglais qui était par ailleurs vassal du roi de France pour ses possessions d'Aquitaine. Tous admirent et promulguèrent à jamais que « femme, ni par conséquent son fils, ne pouvait par coutume succéder au royaume de France ». Cette loi, qu'on allait appeler la loi salique pour la faire dériver d'un vieux texte franc, fut dès lors la première loi fondamentale du royaume, née non pas d'un texte abstrait posé a priori, mais de l'expérience des faits, comme toujours avec les Capétiens.
Jeanne d'Evreux ayant accouché d'une fille, Philippe put se faire sacrer à Reims dès le 29 mai. La branche des Valois accédait ainsi au trône et allait se le transmettre brillamment jusqu'en 1589, s'éteignant là encore - et c'est assez singulier- avec trois frères rois sans enfants : François II, Charles IX, Henri III.
Insistons encore sur le fait que la monarchie capétienne ne fut en rien antiféministe : les femmes, notamment les régentes, y jouèrent bien souvent un rôle primordial. Leur exclusion de la succession exprime seulement dès 1328 une haute conscience de l'unité et de la continuité françaises et des besoins défensifs de la nation. La couronne n'est pas une propriété qui peut passer en diverses mains, elle est un bien commun inaliénable. C'est ce qui la rend bienfaisante.
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 4 au 17 décembre 2008

samedi 30 juillet 2011

987 : Tout commence à Senlis

Prélude au mariage princier du 2 mai… Perdue par d'incessantes querelles autour de la Lorraine, la dynastie carolingienne s'éteint. À la mort de Louis V, l'archevêque de Reims, Adalbéron, oeuvre en faveur de l'élection d'Hugues Capet, loin d'imaginer qu'il engageait la France pour huit cents ans !
Cette année-là, Hugues Capet, duc des Francs, quarante-sept ans, attendait, avec patience et vigilance, que la dynastie carolingienne finît de s'effilocher. Ces descendants de Charlemagne avaient laissé la souveraineté s'émietter, se faisant les obligés de toute une “clientèle” vassalique et anarchique, tandis qu'ils s'essoufflaient à disputer à l'empereur romain germanique la Lorraine que les différents partages consécutifs au traité de Verdun leur avaient enlevée.
Les Robertiens
Tôt ou tard, si la France ne devait pas mourir, viendrait l'heure de ceux que l'on nommait alors les Robertiens, ces descendants de Robert le Fort, héroïques défenseurs de la cité contre tout envahisseur, et dont le représentant depuis 956 était ce valeureux Hugues surnommé Capet en tant qu'abbé laïc de l'église de Tours où était gardée la chape de saint Martin. Il savait que, déjà, comblant les défaillances des Carolingiens, son oncle Eudes (de 888 à 898), puis son grand-père Robert (de 922 à 923) avaient ceint la couronne des Francs (1). Son père, toutefois, Hugues dit le Grand, duc des Francs, avait su ne pas bousculer l'Histoire. À vouloir se précipiter vers le pouvoir il risquait de s'attirer la méfiance des autres féodaux…
Alors Hugues le Grand avait “fait” roi Louis IV d'Outre-mer, fils du minable Charles III le Simple ; puis Hugues et Louis IV ayant épousé tous les deux une soeur de l'empereur Othon 1er, s'étaient retrouvés beaux-frères et Hugues, à la mort de Louis avait fait élire et couronner le fils de celui-ci, Lothaire, avant de mourir lui-même. Ainsi donc Lothaire, roi des Francs, et Hugues Capet, fils du Grand, bientôt à son tour duc des Francs et second personnage du royaume, étaient cousins germains, avec l'inconvénient d'avoir tous les deux pour oncle l'empereur Othon 1er, lequel, voulant les embrigader dans son système d'empire universel, avait placé sur le trône épiscopal de Reims, ville du sacre, un homme à lui, Adalbéron. À la mort d'Othon 1er en 973, Lothaire fonçant sur la Lorraine comme sur une proie avait attiré la colère d'Othon II et une invasion germanique sur la France, dont Hugues Capet, sauvant Paris, avait profité pour apparaître comme le vrai défenseur du bien public.
Depuis lors, Hugues, déjà comte de Paris, d'Orléans, Dreux et Senlis, époux d'Adélaïde d'Aquitaine (petite-fille par sa mère de Rollon, l'ancien chef des Normands, converti au christianisme) s'occupait de ses domaines et surveillait discrètement son royal cousin, mais dès 985 Gerbert, secrétaire d'Adalbéron, écrivait à la cour impériale : « Le roi Lothaire est roi par le titre ; Hugues l'est par les faits et gestes. » Aux yeux d'Adalbéron, la race carolingienne était perdue parce que ses incessantes querelles pour la Lorraine allaient à l'encontre de la paix de la chrétienté et de l'ordre du monde.
2 mars 986 : mort de Lothaire. Les choses allaient alors se précipiter : son grand débauché de fils, Louis V, dix-neuf ans, s'était avisé de mettre Adalbéron en accusation pour agacer Othon II. Tandis que les Grands se réunissaient à Compiègne pour juger l'évêque, la nouvelle leur parvint soudain le 22 mai 987 de la mort à la chasse du jeune roi (sans avoir eu d'enfant d'une épouse de vingt ans plus âgée que lui)… Donc, retournement de situation : Adalbéron, d'accusé, passait maître du jeu et convoquait les Grands en juin à Senlis, sur les terres d'Hugues, pour une élection dont nul n'aurait pu dire qu'elle allait engager la France pour huit cents ans….
« Vous aurez en lui un père »
Ce n'était sûrement pas le sentiment d'Adalbéron qui ne voyait là qu'une élection ordinaire selon la coutume carolingienne. Excellent agent électoral, le prélat trouva les mots pour écarter le dernier des Carolingiens par le sang, Charles, duc de Basse-Lorraine, oncle du défunt Louis V : avec lui les guerres avec l'Empire seraient incessantes, de plus il avait mauvais esprit (il avait odieusement calomnié sa belle-soeur Emma, femme de Lothaire), mais surtout il tenait son duché de l'empereur et donc avait des intérêts hors du royaume. Sans le savoir Adalbéron ébauchait ce qui allait être une tradition capétienne fondamentale : le roi doit sortir « des entrailles du royaume », comme disaient alors les chroniqueurs…
Puis Adalbéron continua son discours dont il ne pouvait mesurer toute la portée : « Donnez-vous pour chef le duc Hugues, désigné par ses actions, par sa noblesse et par ses forces, celui en qui vous trouverez un défenseur non seulement de la chose publique mais de vos intérêts privés. » C'était définir pour huit siècles l'essence de la royauté, gardienne du bien public et protectrice des droits de chacun contre les féodaux. Puis selon Richer, Adalbéron ajouta, comme s'il entrevoyait toute l'histoire de France : « Élisez le duc Hugues vous aurez en lui un père. »
Une importante majorité se dégagea dès le 3 juin en faveur d'Hugues Capet lequel fut sacré à Noyon le 3 juillet, prononçant alors le serment de « faire justice, selon ses droits, au peuple qui nous a été confié ».
Hugues Capet était roi, mais non le roi d'Adalbéron, ni celui des Grands qui l'avaient élu. En quelques mois, il allait faire sentir sa volonté d'oeuvrer dans la durée. C'est pourquoi nous resterons en 987 avec notre prochaine chronique.
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 2 au 15 avril 2009
1 - Ce que semble ignorer Philippe Goulliaud écrivant dans Le Figaro des 21-22 mars qu'Hugues Capet fut « élu premier roi des Francs en 987 » et oubliant, du même coup, tous les Mérovingiens et tous les Carolingiens…

mercredi 13 juillet 2011

1095 : Prudence capétienne

Au lieu de courir après la gloire, Philippe Ier améliora l'administration de son domaine, restant à l'affût des successions laissées vacantes par tel seigneur ayant dû s'endetter pour acheter son équipement de croisé…
Cette année-là, la trente-cinquième de son règne, Philippe 1er, quarante-trois ans, traversait une période pour lui fort délicate. Troisième successeur d'Hugues Capet, premier roi à se prénommer Philippe en souvenir des rois de Macédoine dont prétendait descendre sa mère Anne de Kiev, il avait, de par la volonté très sage du roi Henri 1er son père, été sacré à six ans. Roi à huit ans, il s'était formé au cours de voyages épiques avec son oncle le régent Baudouin V, comte de Flandre. Quand il avait pris effectivement le pouvoir à quinze ans, le royaume était relativement paisible et en pleine floraison religieuse, intellectuelle et artistique au sein d'une Europe essentiellement chrétienne.
Normandie
Toutefois, le 29 septembre 1066, Guillaume, duc de Normandie, gendre du régent Baudouin, s'était emparé de la couronne anglaise, s'élevant aussi haut que le roi de France son suzerain… Après avoir réglé les conflits qui déchiraient la Flandre en épousant à dix-huit ans Berthe de Hollande, Philippe 1er avait dû veiller à ce que l'autorité de Guillaume, devenu pour tous “le Conquérant”, s'exerçât le moins possible en Normandie. Intervenant sans cesse dans cette province, il avait même soutenu les ambitions du fils aîné du Conquérant, Robert Courte-Heuse, un imbécile et un jouisseur pressé de gouverner la Normandie, mais qui la gouvernait si mal qu'à la mort de Guillaume (1087) le cadet de ses enfants Guillaume le Roux, devenant roi d'Angleterre, se soucia de remettre de l'ordre sur le continent. Philippe 1er, qui avait profité de ces escarmouches pour s'emparer du Vexin français, ne voyait pas avec plaisir l'Angleterre reconquérir la Normandie…
Élan de foi
Soudain, les esprits s'échauffèrent très vite, dans un gigantesque élan de foi, pour une tout autre cause : délivrer le tombeau du Christ des mains des Turcs Seldjoukides qui s'étaient emparés de Jérusalem. En cette année 1095, le pape Urbain II était le 15 août au Puy prêchant la croisade à une immense foule et en septembre au concile de Clermont lançant aux chevaliers un appel pathétique à partir pour la Terre sainte.
Or le roi Philippe ne put participer à ce vaste élan de jeunesse. Ce même concile de Clermont lançait contre lui l'excommunication ! Car il venait de répudier après vingt ans de mariage la reine Berthe de Hollande, pour se jeter dans les bras de la trop belle intrigante Bertrade de Montfort qu'il avait enlevée à son mari le peu sympathique Foulque le Réchin, comte d'Anjou. À ce même Foulque, son allié contre Guillaume, Philippe avait déjà pris en 1068 le Gâtinais pour se faire payer sa neutralité dans le conflit qui l'opposait à son frère Geoffroy le Barbu… Il avait alors oeuvré pour agrandir le royaume, mais, en enlevant une femme mariée il avait tout simplement, en dépit de l'évêque laxiste de Senlis qui bénit ce mariage adultère, poussé le pape à lancer l'interdit sur le royaume de France. Désormais les cloches s'arrêteraient de sonner dans les villes que traverseraient les époux concubins. Bertrade, femme “moderne” avant l'heure, n'allait pas hésiter un jour à se montrer toute rayonnante assise entre ses deux maris, le légitime et l'illégitime…
Cet engourdissement sensuel contrastait fort avec les hauts faits que réalisaient au même moment pour le Christ tant de chevaliers, européens, dont Godefroy de Bouillon, qui prirent Jérusalem le 15 juillet 1099, y fondant même un royaume. Faut-il gloser sur l'indolence de Philippe ? Il n'empêcha personne de partir à la Croisade : son propre frère Hugues de Vermandois s'y précipita comme toute la fine fleur de la noblesse française. Mais pour lui, roi d'un royaume encore jeune et fragile, aurait-il été sage d'abandonner la place sans véritable espoir de revenir un jour ? Grand capétien, paysan prudent et rusé, il préféra, au lieu de courir après la gloire, continuer la tâche ancestrale : faire la France, améliorer l'administration de son domaine (il délégua l'autorité à des prévôts) et surtout utiliser les circonstances en restant à l'affût des successions laissées vacantes par tel seigneur ayant dû s'endetter pour acheter son équipement de croisé. Ainsi réunit-il à la couronne la vicomté de Bourges.
Le “pré carré” s'agrandit
Philippe 1er arrondit considérablement le pré carré capétien. Il ne connut pas que des moments heureux avec Bertrade, très méchante à l'égard de ses enfants. Il semble toutefois qu'en annonçant sa volonté de cesser les pratiques simoniaques (le commerce des charges ecclésiastiques) il se soit réconcilié avec le pape Pascal II. À sa mort en 1108 au soir d'un règne de quarante-huit ans, reconnaissant le scandale qu'avait été une partie de sa vie il demanda à être inhumé non à Saint-Denis, comme ses prédécesseurs, mais à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, tandis que son fils Louis VI le Gros s'apprêtait déjà à dompter les grands barons et à protéger ainsi le peuple de France.
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 18 juin au 1er juillet 2009

mercredi 8 juin 2011

988 : L’oeuvre capétienne en péril

Cantonné à son duché de Basse-Lorraine, le frère du roi Lothaire, Charles, laissait planer la menace d'un retour des Carolingiens. Face à son cousin, qui s'empara de Laon, Hugues Capet se montra aussi patient qu'obstiné, jusqu'à son entrée solennelle dans la ville libérée.
Cette année-là - la deuxième de son règne – Hugues Capet, quarante-huit ans, qui venait de faire sacrer par Adalbéron son fils aîné Robert, seize ans, semblait avoir bien établi sa lignée sur le trône de France. C'était sans compter avec le dernier des princes carolingiens, le peu recommandable Charles, duc de Basse-Lorraine, frère cadet du feu roi Lothaire, mort en 986, donc oncle de feu Louis V, mort en 987.
Trahisons
Rappelons que, comme son frère Lothaire, Charles était cousin germain d'Hugues Capet, leur oncle commun ayant été feu Otton 1er le Grand, empereur romain germanique, mort en 973, dont le fils, Otton II, était mort à son tour en 983, laissant un fils de trois ans qui, en cette année 988, atteignait tout juste ses huit ans. L'empire était donc tenu à bout de bras par les veuves des deux Otton, respectivement Adélaïde de Bourgogne et la régente, la Byzantine Théophano – deux femmes de tête qui avaient laissé élire Hugues Capet pour se débarrasser des Carolingiens, mais sans enthousiasme.
Alors Charles crut son heure arrivée. Il avait déjà trahi le roi son frère en 978 quand, celui-ci ayant provoqué par son expédition ridicule contre Aix-la-Chapelle la fureur de l'empereur Otton II, fut à deux doigts de perdre sa couronne. Charles, alors, avait tenté de se faire proclamer roi de France. Exilé, il devait depuis lors se contenter de son petit duché de Basse-Lorraine dont il avait été investi par le même Otton II (ce qui lui avait valu d'être exclu de l'élection de Senlis en 987…). Il s'y sentait d'autant plus mal à l'aise que son voisin le duc de Haute-Lorraine était alors Thierry, fils de Béatrice, soeur d'Hugues Capet ! Pour compliquer encore les choses, étaient apparentés à Thierry l'archevêque de Reims Adalbéron et toute une quirielle de prélats eux-mêmes prénommés Adalbéron…
À force de se plaindre de son sort, Charles avait réussi à se constituer une petite clientèle. Voici qu'en mai 988, grâce au fourbe et hargneux clerc Arnoul - un fils de la main gauche du roi Lothaire – qui fit semblant de se faire voler les clefs de la ville, Charles s'empara de Laon - la cité carolingienne par excellence -, annonça la réduction des impôts, chassa l'évêque du lieu, Adalbéron dit Ascelin, et emprisonna la veuve de Lothaire, la reine Emma (fille d'un premier mariage de la vieille impératrice Adélaïde avec Lothaire II d'Italie). Protestation des deux impératrices, et, bien sûr d'Hugues Capet qui convoqua un synode pour faire excommunier Charles et le bâtard Arnoul, puis assiégea Laon avec 15 000 hommes qui, même armés d'un bélier géant, ne purent enfoncer la porte principale.
Coup de théâtre au début de 889. Après la mort du grand Adalbéron (de Reims), le 23 janvier, voici qu'Hugues Capet, écartant le vertueux serviteur du défunt, Gerbert, fit désigner pour la succession épiscopale rémoise contre toute attente …le clerc félon, Arnoul ! Habileté diplomatique ? Peut-être, mais qui ne porta pas chance à Hugues, car Arnoul s'empressa dès le mois d'août d'ouvrir Reims, la ville des sacres, à Charles, qui déjà se disait roi de France !
Donner du temps au temps…
Situation extrêmement périlleuse pour Hugues Capet. Les impératrices laissaient faire. Laon était imprenable. Par deux fois, il fallut battre en retraite. Mais le Capétien était aussi patient qu'obstiné. Il avait grandement raison de donner du temps au temps… Gerbert, un instant engagé du côté de Charles et d'Arnoul, fut le premier à revenir dans le camp capétien. Puis l'on vit resurgir Adalbéron dit Ascelin, que Charles avait chassé de Laon. Celui-ci, encore un fourbe sans pareil, joua la comédie du ralliement, écrivant humblement à Arnoul qu'il se rallierait à Charles s'il lui rendait son évêché de Laon. Charles se laissa apitoyer et lui prépara le dimanche des Rameaux un fastueux souper d'accueil dans la tour de Laon. À la suite de quoi, tandis que Charles et Arnoul dormaient comme des bienheureux, Ascelin introduisit ses complices qui se saisirent des dormeurs et les enfermèrent à double tour.
Aussitôt Ascelin courut à Senlis annoncer à Hugues Capet la délivrance de Laon. Le roi fit dans la ville une entrée solennelle et obtint sans difficulté le serment de fidélité des autorités. Au même moment, Charles, son épouse, et trois de leurs enfants étaient emmenés à Orléans pour y finir leurs jours en prison. Charles allait y mourir en 995 ; un de ses fils, resté libre, allait mourir jeune sans progéniture. Ainsi finit sans descendance mâle la dynastie des Carolingiens.
Enfin Hugues Capet allait pouvoir s'occuper d'une chose sérieuse : commencer à faire la France…
MICHEL FROMENTOUX  L’ACTION FRANÇAISE 2000  – du 7 au 20 mai 2009