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mercredi 2 avril 2025

29 mars 1796 : ainsi disparut Charette, le roi de la Vendée

 

Credit : Jean-Baptiste Paulin Guérin, Public domain, via Wikimedia Commons
Credit : Jean-Baptiste Paulin Guérin, Public domain, via Wikimedia Commons
Dans les dernières heures des guerres de Vendée, alors que la république cherche encore à imposer sa poigne de fer sur l’Ouest insurgé, une figure emblématique demeure debout, face aux vents impétueux de la tempête révolutionnaire : François Athanase Charette de La Contrie. Chef charismatique des Vendéens, héros indomptable, il incarne, avec d’autres hommes, l’âme d’une France contre-révolutionnaire qui ne veut pas abandonner ses traditions et sa foi. En ce printemps 1796, après maints et maints combats, ses forces et ses alliés se sont dispersés. Désormais, l’étau des colonnes républicaines se resserre inexorablement autour de lui. Malgré cela et jusqu’à son dernier souffle, Charette va porter haut l’étendard du cœur vendéen.

La traque

Depuis l’échec sanglant de l’expédition de Quiberon en 1795 et la capture de Stofflet, un autre grand chef vendéen, Charette est devenu l’homme à abattre pour la république. Replié dans les bocages, les marais et les forêts impénétrables de Vendée, ce « roi des brigands » mène une guérilla acharnée contre les Bleus, harcelant ainsi sans relâche les troupes républicaines. Cependant, au fil des mois, l’armée des « rebelles de Vendée » s’affaiblit : les défections se multiplient et les paysans, épuisés par une guerre interminable, commencent à lâcher prise.

C'est ainsi qu'en mars 1796, l’Armée catholique et royale n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le 23 mars, Charette est finalement encerclé dans le bois du domaine de la Chabotterie. Avec une poignée d’hommes fidèles, il livre un ultime combat, mais la supériorité numérique des républicains est écrasante. Blessé à plusieurs reprises, il tente une ultime fuite. Pour le protéger et attirer l’ennemi ailleurs, l’un de ses compagnons d’armes, le courageux Pfeiffer, échange son chapeau avec lui, ce panache blanc si distinctif de Charrette qui, comme celui d'Henri IV, pouvait se retrouver « au chemin de l’honneur et de la victoire ». Malheureusement la ruse échoue et les Bleus finissent par prendre Charette. Ils n’arrivent pas à y croire : après des années de luttes acharnées, ils ont enfin capturé « le roi de la Vendée ».

La dignité d’un chef vaincu

Emmené à Nantes sous haute escorte, Charette sait désormais que son destin est scellé. Le 29 mars 1796, il est jugé par un tribunal militaire qui, sans surprise, le condamne à mort. Lucide et résigné, Charette demande néanmoins à se confesser auprès d’un prêtre réfractaire mais on lui refuse ce dernier réconfort et on lui envoie plutôt un prêtre jureur.

En milieu d’après-midi, il est enchaîné et conduit place Viarme, où l’attend un peloton d’exécution. Malgré ses blessures qui le font souffrir, Charette avance d’un pas ferme et digne. Sa fierté demeure également intacte : il refuse qu’on lui bande les yeux, voulant regarder la mort en face, comme il l’avait déjà fait lors de maintes batailles. Selon la légende, Charette aurait demandé à commander lui-même le peloton, lui enjoignant de viser droit au cœur, ce creuset de vie où résidait sa force indomptable.

L’héritage de Charette

Le corps de Charette est jeté sans ménagement dans une fosse commune à Nantes, où reposaient déjà tant d’autres victimes de la Révolution. Avec sa mort, la république proclame la fin des guerres de Vendée. Pourtant, Charette n’a pas vraiment disparu, son souvenir perdure dans les cœurs et les mémoires. Pour certains, il reste une bête noire de la Révolution et un suppôt des tyrans monarchistes ; pour d’autres, il est devenu le symbole de l’héroïsme, de l’honneur et de l’audace. Selon l'auteur du Mémorial de Sainte-Hélène, Emmanuel de Las Cases, Napoléon lui-même, bien qu’héritier de la Révolution, aurait rendu hommage à sa bravoure : « J'ai lu une histoire de la Vendée. Si les détails, les portraits sont exacts, Charette est le seul grand caractère, le véritable héros de cet épisode marquant de notre Révolution […]. Oui, Charette me laisse l'impression d'un grand caractère. Je lui vois faire des choses d'une énergie, d’une audace peu communes, il laisse percer du génie. »

Philippe de Villiers a rendu hommage au personnage dans un livre, Le Roman de Charette paru aux éditions Albin Michel.

Eric de Mascureau

samedi 25 janvier 2025

19 janvier 1794 : les colonnes de Turreau amènent l’enfer en Vendée

 Massacre des Lucs-sur-Boulogne

Massacre des Lucs-sur-Boulogne
Le 19 janvier 1794 est une date qui restera à jamais, pour la Vendée, synonyme d’horreur et de tragédie. Ce jour-là, au cœur de la Terreur, la Révolution comprend qu’elle ne se bat pas, dans cette partie du Bas-Poitou, contre de simples armées. En effet, elle doit affronter une terre et un peuple qui refusent, jusque dans leurs racines les plus profondes, le diktat sanglant des sans-culottes de Paris. Une solution et un outil sont alors choisis pour mettre fin à cette insurrection des brigands de la Vendée : l’extermination par les colonnes infernales.

Une Vendée révoltée

Commencée en mars 1793, la guerre de Vendée voit se soulever nombre de paysans refusant l’ordre nouveau imposé par la Convention de Paris, bouleversant la vie religieuse des Français et leur ordonnant d’aller se battre contre toute une Europe coalisée. Ainsi, sous la houlette de chefs militaires comme Charette, La Rochejaquelein ou encore Cathelineau, cette masse de révoltés prend forme et adopte le nom de Grande Armée catholique et royale.
Cependant, après quelques victoires qui provoquent la frayeur des Bleus, le vent tourne en octobre 1793 pour les porteurs de l’insigne du Sacré-Cœur. L’issue de la Virée de Galerne met un terme à l’insurrection armée des Vendéens, mais ouvre également la voie à une répression cruelle de la part des Républicains, obéissant à une loi du 1er août 1793 : « Il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés […] le salut de la patrie l’exige. » Ainsi, les exécutions se multiplient. À Nantes, à Noirmoutier ou encore à Angers, des fusillades et des noyades massives sont organisées dans l’espoir que la terreur et le sang dissuadent toute nouvelle rébellion.

La création des colonnes infernales

Malgré ces exécutions, la Vendée reste à pacifier. En effet, si les armées sont vaincues, les esprits restent revanchards et rebelles. Un plan de pacification et d’amnistie est alors proposé par les généraux Kléber et Marceau. Cependant, comme le rapporte Jacques Villemain, auteur de Génocide en Vendée (Éditions du Cerf, 2020), « Kléber est disgracié et Marceau est emprisonné [Le général] Turreau comprend alors que c’est l’autre parti qu’il faut prendre. » Le 16 janvier, cet officier de 38 ans adresse un courrier aux représentants en mission pour obtenir leur soutien et éviter que sa responsabilité soit seule engagée dans ce qui s’apparente à un véritable crime organisé : « Mon intention est de tout incendier et de ne préserver que les points nécessaires à établir nos cantonnements propres à l'anéantissement des rebelles, mais cette grande mesure doit être prescrite par vous. Je ne suis que l'agent du Corps législatif, que vous devez représenter en cette partie. Vous devez également décider sur le sort des femmes et des enfants que je rencontrerai en ce pays révolté. S'il faut les passer tous au fil de l'épée, je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette à couvert ma responsabilité. »
Dans l’attente d’une réponse, Turreau organise son armée de l’Ouest. Le 19 janvier 1794, il divise ses troupes en une dizaine de « colonnes infernales », chargées de mettre à feu tout le pays vendéen : « Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoirs prises pour se révolter contre la patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectes ne seront pas plus épargnées […] Tous les villages, métairies et généralement tout ce qui peut être brûlé sera livrée aux flammes. » Dans toute cette vocifération de propos violents, Turreau nuance un peu cependant ces consignes en promettant un traitement clément envers ceux qui afficheraient leur patriotisme : « Il ne sera fait aucun mal aux hommes, femmes et enfants en qui le général reconnaîtra des sentiments civiques et qui n’auront pas participé aux révoltes des brigands de la Vendée. »

Couverts et unis dans le crime

Aucune réponse ne parvient à Turreau de la part des représentants en mission. « Turreau a douté et a eu peur », souligne Reynald Secher. Il craint de devoir porter seul cette entreprise macabre ou, pire, d’être condamné pour excès de zèle. Le 24 janvier, il décide de s’adresser directement au Comité de salut public : « […] Si mes intentions sont bien secondées, il n’existera plus dans la Vendée sous quinze jours ni maisons, ni subsistances, ni armes, ni habitants que ceux qui auront échappé aux plus scrupuleuses perquisitions. » Cette fois, il reçoit une réponse le 6 février : « Tu te plains, citoyen général, de n’avoir pas reçu du Comité une approbation formelle à tes mesures. […] Extermine les brigands jusqu’au dernier, voilà ton devoir. »
Désormais couvert, soutenu et même encouragé, le général Turreau déchaîne sans limite les enfers sur la Vendée pendant toute une campagne militaire meurtrière visant à éliminer chaque suspect et ennemi de la Révolution. De janvier à mai 1794, des centaines de villages, dont Les Lucs-sur-Boulogne, tristement célèbre, sont incendiés. Des dizaines de milliers de victimes viennent alors s’ajouter à la longue liste des 117.000 martyrs (au minimum) de la Vendée, selon Reynald Secher.

Ses crimes couverts, Turreau mourut dans son lit, en 1816, couvert d'honneurs : baron de l'Empire, grand officier de la Légion d'honneur. Son nom est inscrit sur l'Arc de Triomphe de Paris.

Eric de Mascureau

dimanche 10 mars 2024

Un projet politique d’extermination : les colonnes infernales en Vendée

 En six mois elles ont massacré près de 40 000 personnes, hommes, femmes, enfants ou vieillards. De janvier à mai 1794, les colonnes infernales de la République ont semé la terreur et la désolation en Vendée. Ces crimes et ces destructions ne furent pas l’œuvre de militaires devenus fous ou assoiffés de sang mais au contraire le résultat d’une politique d’extermination décidée au plus au niveau de l’État. C’est ce que démontre notre invité de ce jour Jacques Villemain, auteur d’une “Histoire politique des colonnes infernales”, parue aux éditions du Cerf.

Pourquoi les « colonnes infernales » ont-elles massacré la Vendée ? Ce crime ne fut pas le dessein fou d’un général isolé, établit Jacques Villemain, mais l’aboutissement d’un projet politique.
40 000 hommes, femmes et enfants périrent entre janvier et mai 1794 sous le fer et le feu des troupes de Turreau. Or, une telle expédition n’aurait pas été possible si elle n’avait pas été décidée et planifiée au plus haut niveau.
Jacques Villemain reprend l’enquête. Il montre que les crimes commis sont la conséquence des ordres reçus. Il démontre que le Comité de salut public sait et dirige la répression. Que de Robespierre, Carnot, Barère aux officiers sur le terrain, en passant par les représentants en mission, tout le personnel de la Convention a voulu et a organisé cette aventure de triste mémoire.

Contre le récit thermidorien, contre la thèse de l’« accident industriel » imputable aux seuls militaires et montagnards déchus, voici les preuves d’une accablante responsabilité collective. Ce livre instruit l’histoire politique qui manquait à la compréhension d’un drame national.
Diplomate et juriste spécialisé en droit pénal international, administrateur du Souvenir Vendéen, Jacques Villemain a déjà publié, au Cerf, Vendée, 1793-1794 et Génocide en Vendée. En complément de ce volume, il fait paraître en 2023 un second ouvrage rassemblant les documents sur lesquels se fonde son travail, Papiers et rapports. Histoire politique des colonnes infernales avant et après le 9 Thermidor.

[cc] Breizh-info.com, 2024, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2024/03/08/230760/un-projet-politique-dextermination-les-colonnes-infernales-en-vendee/

jeudi 29 février 2024

230 ans ... La Vendée pardonne mais n'oublie pas.

 

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Reynald Secher
Le 28 février 1794, les Républicains, divisés en deux colonnes, entrent sur le territoire des Lucs.
À l’époque, la commune des Lucs est scindée en deux paroisses : Saint Pierre du Grand-Luc avec 2 150 habitants et Notre-Dame du Petit-Luc, avec environ 100 habitants. Notre-Dame du Petit-Luc étant la plus petite paroisse du diocèse de Luçon.
Lors de l'arrivée des soldats bleus, une partie des habitants va se réfugier dans l’église Notre-Dame du Petit-Luc. Malheureusement, ils ne sont guère en mesure de se défendre puisqu’il reste principalement des femmes, des vieillards et des enfants, les hommes étant partis combattre avec Charette.
Le curé de Notre-Dame du Petit-Luc, l’abbé Voyneau, va au-devant des soldats sur le chemin de la Malnaye afin de les dissuader d’avancer plus avant.
Mais ces criminels, l’arrêtent et le torturent cruellement. Ils lui arrachent le cœur et la langue et l’éventrent affreusement à coups de baïonnette. Puis, ils reprennent leur marche vers le Petit-Luc. Ils massacrent tous les habitants alentours et arrivent devant l’église où les survivants sont barricadés. Furieux, les Républicains y mettent le feu. Puis, ayant accompli leur forfait, ils poursuivant leur chemin vers Legé. Arrivés sur les hauteurs des Landes de Launay et apercevant le clocher de l’église encore debout, ils le canonnent enfouissant sous les décombres fumants les malheureux brulés vifs.
Le bilan du massacre est de 564 morts, d’après le martyrologe de l’abbé Barbedette, curé du Grand-Luc, arrivé sur les lieux du massacre peu de temps après.
L'abbé Barbedette termine son martyrologe par cette affirmation solennelle :
« Lequels noms cy dessus – au nombre de 564 – des personnes massacrées en divers lieux de la paroisse du Grand Luc m’ont été référés par les parents échappés au massacre pour être inscrit sur le présent registre autant qu’il a été possible de les recueillir dans un temps (sic) de persécutions la plus atroce, les corps morts ayant été plus d’un mois sans être inhumés dans les champs de chaque village du Luc. Ce que j’atteste comme trop véritable après avoir été le témoin oculaire de ces horreurs et exposé plusieurs fois à en être la victime. Au Luc, ce 30 mars 1794, C. Barbedette, curé du Luc. »
La chapelle actuelle du Petit Luc fut construite en 1866, à l'emplacement du chœur de l’ancienne église Notre-Dame du Petit-Luc, et bénie par Monseigneur Colet, évêque de Luçon, le 16 octobre 1867.
Sur les murs intérieurs de la chapelle, figurent vingt-deux tables de pierres sur lesquelles sont inscrits les 564 noms des personnes massacrées aux Lucs, dont 110 enfants de moins de 7 ans.
Les livres de Reynald Secher cliquez ici

mardi 13 février 2024

Jean-Joël Brégeon : « Les guerres de Vendée, la plus sanglante des guerres civiles en France »

 

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28/05/2017 – 07h30 Nantes (Breizh-Info.com) – Avec l’aide de son complice Gérard Guicheteau, l’historien Jean-Joël Brégeon a récemment publié Nouvelle histoire des guerres de Vendée chez Perrin. Un excellent ouvrage synthétique sur une période toujours au cœur de vifs débats.

Nous l’avons rencontré afin d’échanger avec lui sur cette période dramatique de l’histoire de France. Un entretien passionnant qui aborde de nombreux thèmes. Jean-Joël Brégeon, parfait connaisseur de cette page sanglante de notre mémoire collective, offre aux lecteurs de Breizh-Info un entretien à l’image de son livre : rythmé et précis, jamais ennuyeux.

Sommaire :

0:20 – La réécriture historique partisane
3:31 – Y a-t-il encore des débats entre historiens ?
4:50 – Le bilan humain
5:46 – Les causes de la guerre de Vendée
8:00 – Une histoire militaire
11:15 – Les colonnes infernales
13:48 – Les colonnes infernales, un Daesh avant l’heure ?
16:54 – La révolte de la France périphérique ?
17:37 – La Vendée, exception et symbole
19:00 – Un exemple de propagande républicaine : l’enfant Bara
21:53 – La virée de Galerne
25:31 – La chouannerie
28:30 – Pourquoi écrire sur les guerres de Vendée ?
28:57 – Pourquoi deux auteurs ?
30:06 – Pourquoi « Nouvelle histoire » ?
31:04 – Les valeurs de la République

Propos recueillis par Philippe Le Grand et Nicolas Faure

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/05/28/70557/jean-joel-bregeon-guerre-vendee/

samedi 3 février 2024

Les guerres de Vendée selon Patrick Buisson

  

Sur la Vendée, trois ouvrages viennent, cette saison, rafraîchir les mémoires : 1) le livre – fresque de Patrick Buisson où se découvrent 150 tableaux plus ou moins naïfs et gravures peu connues, avec une préface de Philippe de Villiers ; 2) une “guerre de Vendée pour les nuls” et notre ouvrage, 3) Nouvelle histoire des guerres de Vendée, de Jean-Joël Brégeon et votre serviteur, chez le même éditeur, Perrin.

On connaît Patrick Buisson, ne serait-ce que par son excellent Cause du peuple, qui solde, pour certains, son compte avec un Président d’antan. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il maîtrise son sujet : l’Histoire. Par les écrits et par les écrans. Ce bel ouvrage en apporte la preuve…

“Ce que la Révolution fit subir à ces pauvres gens et à ces preux resta longtemps enseveli sous les versions officielles” écrit le préfacier. Ce ne fut pas mon cas, enfant de la Vendée par le sol puisque né  à l’un des angles du territoire insurgé, contre la Loire face aux  Ponts-de-Cé, sur un haut-lieu de combats où s’illustrèrent les troupes d’Autichamp, armée de Bonchamps, et le 8e bataillon des Lombards, crapuleux volontaires parisiens à “cinq cents livres” qui étaient venus pour la solde. La Vendée, je l’avais dans le sang.

Patrick Buisson commence son livre par une suite de notices biographiques, “vendéennes” par le fait, où il manque néanmoins Renée Bordereau (“Langevin”) ou le général Amey qui faisait cuire femmes et enfants dans les fours boulangers. Pareillement, et on se demande bien pourquoi, il n’est question nulle part de l’évêque d’Agra (alias de Guillot de Folleville) ou de l’abbé Bernier, ancien curé de Saint-Laud d’Angers, qui eut un rôle non négligeable durant toute l’insurrection… y compris lors de l’arrestation de Stofflet puis des pourparlers “pacificateurs” avec Napoléon – ce qui lui valut l’évêché d’Orléans.  Mais ce sont-là des “détails”.

Tandis que rôdent encore quelques “guillotineurs” il est bon d’attirer l’attention sur ce recueil érudit et chaleureux qui, dit Patrick Buisson, “clôt une imposante littérature de combat” entre bleus et blancs. Il nous le prouve par une série de citations où il fait la part belle à Chateaubriand et au Victor Hugo de Quatrevingt-treize, ne néglige pas Mme de La Rochejaquelein… mais pourquoi n’est-il pas allé chercher le témoignage de la petite baronne de Candé, Pauline Gontard des Chevalleries, 16 ans, qui raconte merveilleusement le passage de la Loire aux premiers jours de la virée de Galerne. Peut-être ne le pouvait-il pas ?

Ne le querellons point sur ces accrocs mémoriels, d’autant que nous sommes  d’accord avec lui pour le reste. En fait, Patrick Buisson est l’auteur de la présentation des sept chapitres de son ouvrage, textes intenses où sont résumés les faits et le sens à donner aux citations qui suivent  : une quinzaine par chapitre, qui vont du plus effacé au plus connu… ce qui est un choix. “La controverse a quitté le terrain de l’idéologie pour une approche sinon dépassionnée du moins plus soucieuse des règles de la critique historique, écrit-il.” Comment oublier ces phrases d’un Barère (dit de Vieuzac) dictées par l’idéologie ou celle-ci, proférée par Saint-Just, ce gandin malencontreux : “Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé”. Comment ne pas partager avec Soljenitsyne ce sentiment profond : “De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l’épithète de “grande”, on ne le fait plus qu’avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d’amertume”.*

Patrick Buisson revient sur la question du génocide : “Il est devenu impossible de nier le coût humain de la tragédie vendéenne. Il y a eu génocide car les Vendéens furent massacrés “comme tels”, en exécution d’un plan concerté au sommet sans relation aucune avec les nécessités militaires ni avec les impératifs de défense nationale”. Nous sommes totalement d’accord avec lui, la preuve en est  ce qui s’est passé au Mans (les massacres et les outrages), à Savenay, à Nantes (noyades et “fumigations guytoniennes”) et aux Ponts-de-Cé (“voyages à Nantes” par la Loire, tanneries de peau humaine), à travers la “Vendée” au temps des colonnes infernales de Turreau par la ribambelle de généraux génocideurs, “Grignon, Amey, Cordellier, Huché, Boucret, Caffin, Crouzat…”  qui ont commis au moins “des crimes contre l’humanité demeurés impunis”.

Gérard Guicheteau

*On ne peut que remercier Patrick Buisson de nous donner l’intégralité du Discours pour l’inauguration du Mémorial de la Vendée, prononcé aux Lucs-sur-Boulogne, le 25 septembre 1993, par Soljenitsyne (pp. 258-259).

Patrick Buisson, La grande histoire des guerres de Vendée, préface de Philippe de Villiers, Perrin, grand format,  23,5 x 29,9 cm, 270 p., 29,00 €.

 Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/11/22/82468/guerres-vendee-patrick-buissson/

mercredi 3 janvier 2024

La chasse aux prêtres en Vendée (Mauricette Vial-Andru)

 

La chasse aux prêtres en Vendée, par Mauricette Vial-Andru

Mauricette Vial-Andru, ancienne enseignante de Français et d’Histoire, écrit d’excellents livres pour la jeunesse, romans historiques et d’aventures, vies de saints, tous permettant un bel apostolat auprès des enfants et adolescents. Aux éditions Saint Jude, elle signe les ouvrages de remarquables collections dont les noms sont significatifs : « Vive le Christ Roi », consacrée au Mexique, et « Pour Dieu et l’Espagne », consacrée de façon explicite aux grands moments de l’histoire de l’Espagne catholique. Elle entame une collection « Pro Deo et Rege » dont La chasse aux prêtres en Vendée est le premier titre. Ces récits courts mais haletants, tous à recommander et de grande qualité, sont parfaitement adaptés aux jeunes lecteurs.

A l’heure où des prêtres sont arrêtés au Nicaragua et où des associations catholiques sont dissoutes en France, il est bon de rappeler aux plus jeunes que la révolution française, à l’origine de la république qui perdure aujourd’hui encore, s’est montrée d’un antichristianisme viscéral et haineux. Dans un langage adapté à de jeunes lecteurs, ce livre souligne comment les révolutionnaires ont persécuté, emprisonné et assassiné de très nombreux prêtres, particulièrement en Vendée.

Pourtant, comme l’écrit Mauricette Vial-Andru, pour les pauvres, le clergé était la providence. On ne l’enseigne pas dans les manuels d’histoire des écoles de la république mais chaque presbytère avait son jour durant lequel il accueillait, nourrissait soignait les nécessiteux.

Retenons quelques dates. Le 12 juillet 1790, l’Assemblée instaure la Constitution Civile du clergé. Par cette loi, l’Eglise de France est bouleversée : 53 diocèses sont supprimés. Il n’y aura plus ni archevêques, ni chanoines. Les évêques et les prêtres seront élus par des bourgeois appelés électeurs. Le 26 novembre 1790, une nouvelle loi est brandie : tout évêque, curé ou vicaire qui ne prêtera pas le serment à la Constitution Civile sera destitué. La division s’installe entre les jureurs et les réfractaires. Le pape condamne cette Constitution Civile du clergé. Le 30 avril 1792, les délégués de 34 municipalités angevines réclament le retour des prêtres réfractaires. Leur pétition naïve est assimilée à une insurrection.

Déportation des prêtres réfractaires

Le 27 mai 1792, une nouvelle loi scélérate est votée : tout prêtre réfractaire doit être déporté hors de France. Le Roi oppose son veto. Soit ! Les prêtres seront donc emprisonnés. Le 10 août 1792, la monarchie est renversée. Le 26 août 1792, une nouvelle loi laisse aux prêtres réfractaires encore en liberté quinze jours pour quitter le pays, après quoi ce sera la déportation. Certains sont embarqués pour l’Espagne, d’autres pour l’Angleterre, pendant qu’à Paris, en septembre 1792, des centaines de prêtres sont massacrés. Les exécutions sommaires de prêtres et religieux se répandent ensuite partout en France. Le 21 janvier 1793, le Roi est guillotiné. Les persécutions contre la religion catholique sont renforcées. Des commissaires sont nommés pour traquer les prêtres réfractaires. Des primes sont octroyées à qui les dénonceront. Mirabeau est clair : “Avant tout, il faut décatholiciser la France”, s’écrie-t-il. Les prisons regorgent de condamnés. La guillotine ne parvient pas à les vider. Alors, à Nantes, Carrier organise les noyades de prêtres. Ces abominations ne doivent jamais être oubliées.

La chasse aux prêtres en Vendée, Mauricette Vial-Andru, éditions Saint Jude, collection Pro Deo et Rege, 84 pages, 7 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-chasse-aux-pretres-en-vendee-mauricette-vial-andru/184208/

mardi 12 décembre 2023

Les guerres de Vendée selon Patrick Buisson

 

vendée buisson

Sur la Vendée, trois ouvrages viennent, cette saison, rafraîchir les mémoires : 1) le livre – fresque de Patrick Buisson où se découvrent 150 tableaux plus ou moins naïfs et gravures peu connues, avec une préface de Philippe de Villiers ; 2) une “guerre de Vendée pour les nuls” et notre ouvrage, 3) Nouvelle histoire des guerres de Vendée, de Jean-Joël Brégeon et votre serviteur, chez le même éditeur, Perrin.

On connaît Patrick Buisson, ne serait-ce que par son excellent Cause du peuple, qui solde, pour certains, son compte avec un Président d’antan. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il maîtrise son sujet : l’Histoire. Par les écrits et par les écrans. Ce bel ouvrage en apporte la preuve…

“Ce que la Révolution fit subir à ces pauvres gens et à ces preux resta longtemps enseveli sous les versions officielles” écrit le préfacier. Ce ne fut pas mon cas, enfant de la Vendée par le sol puisque né  à l’un des angles du territoire insurgé, contre la Loire face aux  Ponts-de-Cé, sur un haut-lieu de combats où s’illustrèrent les troupes d’Autichamp, armée de Bonchamps, et le 8e bataillon des Lombards, crapuleux volontaires parisiens à “cinq cents livres” qui étaient venus pour la solde. La Vendée, je l’avais dans le sang.

Patrick Buisson commence son livre par une suite de notices biographiques, “vendéennes” par le fait, où il manque néanmoins Renée Bordereau (“Langevin”) ou le général Amey qui faisait cuire femmes et enfants dans les fours boulangers. Pareillement, et on se demande bien pourquoi, il n’est question nulle part de l’évêque d’Agra (alias de Guillot de Folleville) ou de l’abbé Bernier, ancien curé de Saint-Laud d’Angers, qui eut un rôle non négligeable durant toute l’insurrection… y compris lors de l’arrestation de Stofflet puis des pourparlers “pacificateurs” avec Napoléon – ce qui lui valut l’évêché d’Orléans.  Mais ce sont-là des “détails”.

Tandis que rôdent encore quelques “guillotineurs” il est bon d’attirer l’attention sur ce recueil érudit et chaleureux qui, dit Patrick Buisson, “clôt une imposante littérature de combat” entre bleus et blancs. Il nous le prouve par une série de citations où il fait la part belle à Chateaubriand et au Victor Hugo de Quatrevingt-treize, ne néglige pas Mme de La Rochejaquelein… mais pourquoi n’est-il pas allé chercher le témoignage de la petite baronne de Candé, Pauline Gontard des Chevalleries, 16 ans, qui raconte merveilleusement le passage de la Loire aux premiers jours de la virée de Galerne. Peut-être ne le pouvait-il pas ?

Ne le querellons point sur ces accrocs mémoriels, d’autant que nous sommes  d’accord avec lui pour le reste. En fait, Patrick Buisson est l’auteur de la présentation des sept chapitres de son ouvrage, textes intenses où sont résumés les faits et le sens à donner aux citations qui suivent  : une quinzaine par chapitre, qui vont du plus effacé au plus connu… ce qui est un choix. “La controverse a quitté le terrain de l’idéologie pour une approche sinon dépassionnée du moins plus soucieuse des règles de la critique historique, écrit-il.” Comment oublier ces phrases d’un Barère (dit de Vieuzac) dictées par l’idéologie ou celle-ci, proférée par Saint-Just, ce gandin malencontreux : “Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé”. Comment ne pas partager avec Soljenitsyne ce sentiment profond : “De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l’épithète de “grande”, on ne le fait plus qu’avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d’amertume”.*

Patrick Buisson revient sur la question du génocide : “Il est devenu impossible de nier le coût humain de la tragédie vendéenne. Il y a eu génocide car les Vendéens furent massacrés “comme tels”, en exécution d’un plan concerté au sommet sans relation aucune avec les nécessités militaires ni avec les impératifs de défense nationale”. Nous sommes totalement d’accord avec lui, la preuve en est  ce qui s’est passé au Mans (les massacres et les outrages), à Savenay, à Nantes (noyades et “fumigations guytoniennes”) et aux Ponts-de-Cé (“voyages à Nantes” par la Loire, tanneries de peau humaine), à travers la “Vendée” au temps des colonnes infernales de Turreau par la ribambelle de généraux génocideurs, “Grignon, Amey, Cordellier, Huché, Boucret, Caffin, Crouzat…”  qui ont commis au moins “des crimes contre l’humanité demeurés impunis”.

Gérard Guicheteau

*On ne peut que remercier Patrick Buisson de nous donner l’intégralité du Discours pour l’inauguration du Mémorial de la Vendée, prononcé aux Lucs-sur-Boulogne, le 25 septembre 1993, par Soljenitsyne (pp. 258-259).

Patrick Buisson, La grande histoire des guerres de Vendée, préface de Philippe de Villiers, Perrin, grand format,  23,5 x 29,9 cm, 270 p., 29,00 €.

 Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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jeudi 7 décembre 2023

Découvrir toute l'horreur des guerres de Vendée en lisant "Du système de dépopulation" de Gracchus Babeuf 1795

 Fin 1795, Gracchus Babeuf publie, à l'occasion du procès de Jean-baptiste Carrier (l'auteur des noyades de Nantes), un livre doublement révolutionnaire par son titre et par son contenu : "Du système de dépopulation".

Il y fait un réquisitoire impitoyable contre la politique dictatoriale des conventionnels et de Robespierre en 1793 et 1794, qui devait conduire, entre autres, à l'anéantissement et l'extermination des vendéens bleus et blancs confondus, et de préférence des femmes et des enfants.

Son œuvre a été rééditée chez cerf sous le titre "La guerre de la Vendée et le système de dépopulation" accompagnée de trois larges commentaires écrits par trois spécialistes de la Révolution de 1789 et du Communisme. Les auteurs y définissent un quatrième crime de génocide : le mémoricide, et établissent la filiation entre l'idéologie de Robespierre et celle de Lénine et des leaders communistes.

En bon émule des Lumières, Babeuf cherche à expliquer rationnellement le fait que la Convention ait non seulement ordonné d'exterminer l'ensemble des vendéens, y compris les bons républicains, mais encore qu'elle ait laissé massacrer d'innombrables troupes républicaines envoyées sans précautions dans une région en révolte.

Il y voit un plan ourdi avec soin dont il croit avoir découvert le secret : la mise en œuvre d'un système de dépopulation par Robespierre qui aurait considéré que le territoire français ne pouvait pas nourrir l'ensemble de la population et qu'il fallait donc, par le biais de la Vendée, se débarrasser de sa part excédentaire.

Hypothèse plausible car en 1793 - 1794 un gouvernement révolutionnaire estimait que sa population comprenait "des hommes en trop" , des "hommes superflus" et qu'il était légitime d'exterminer. Ces idées préfigurent celles qui seront mises en œuvre par Lénine, puis Hitler !

mercredi 6 décembre 2023

Les Lucs-sur-Boulogne : l'Oradour-sur-Glane de Vendée

 

Les Lucs-sur-Boulogne

Les Lucs-sur-Boulogne

Il y a 220 ans, le 28 février 1794, aux Lucs-sur-Boulogne…

Ce jour là, 564 vieillards, femmes et enfants dont 110 âgés de moins de 7 ans périrent enfermés dans l’église du village des Lucs-sur-Boulogne (Vendée), massacrés à coups de mitraille par les soldats « républicains » envoyés par la Convention.

Les Lucs-sur-Boulogne, contrairement à ce que l’on dit habituellement, n’est pas l’Oradour-sur-Glane de la Vendée, c’est bien Oradour-sur-Glane qui est Les Lucs-sur-Boulogne du Limousin. Malheureuse République qui, dans son obsession de la repentance, préfère encore la copie à l’original ! Car inutile de demander à mes compatriotes s’ils connaissent cet épisode monstrueux de notre histoire, l’immense majorité d’entre eux n’en ont jamais entendu parler, pas plus d’ailleurs que la terrible répression de Fouché et Collot d’Herbois sur la ville de Lyon – 1.876 exécutions du 4 au 27 décembre 1793 à coups de canon chargés à mitraille –, pas plus que les 4.800 noyés à Nantes, dont 2.000 la seule semaine de Noël, pas plus que… etc.

Il est difficile d’établir un bilan des victimes de la « Convention » car beaucoup d’archives de la Révolution ont été détruites par des historiens antimonarchistes. Notez bien que je ne dis pas « la Terreur », terme consacré par l’historiographie républicaine, car j’ai toujours pensé que ce mot vague n’a jamais eu d’autre objet que de dépersonnaliser la terrible répression révolutionnaire afin d’absoudre la République. Certains chiffres ont tout de même été avancés, en ce qui concerne les Vendéens et les Chouans : on parle de 260.000 morts ; quant à l’ensemble du territoire, le demi-million est une estimation raisonnable.

Saviez-vous que le nom de Turreau, boucher de la Vendée, figure au fronton de l’un des côtés de l’arc de triomphe ? « Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes, seulement suspectes, ne seront pas plus épargnées… » (Louis Marie Turreau : Instruction relative à l’exécution des ordres [...], donnée le 19 janvier 1794).

Mon scepticisme sur l’épopée révolutionnaire ne date pas d’hier. Lors des commémorations du bicentenaire de la Révolution, voulues grandioses par feu François Mitterrand, je me souviens avoir fui la capitale. Le son de ces grotesques bacchanales m’était insupportable. Je préférai me réfugier quelque part dans un coin paisible du midi de la France, dans la lecture passionnante des mémoires de la comtesse de Boigne. Ces derniers temps, je me suis souvent interrogé sur les origines lointaines de cette accusation absurde d’anti-républicanisme systématiquement portée à l’encontre de la France patriote et/ou catholique, lointaine héritière des volontaires de Valmy. Et si la Révolution française avait été tout simplement le péché originel de la République ?

Invité aux Lucs-sur-Boulogne en 1993, Alexandre Soljenitsyne ne déclarait-il pas : « …Eh bien oui, ces paysans se révoltèrent contre la Révolution. C’est que toute révolution déchaîne, chez les hommes, les instincts de la plus élémentaire barbarie, les forces opaques de l’envie, de la rapacité et de la haine, […] Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules sont causes de morts innombrables, d’une paupérisation étendue et, dans les cas les plus graves, d’une dégradation durable de la population. »

Christophe Servan

En mémoire des enfants sauvagement exécutés

Marie-Modeste AIRIAU, de la Ricoulière, 5 ans et 7mois,
Thomas AIRIAU, de Villeneuve, 10 mois,
Joseph ARCHAMBAUD, de Puyberne, 20 mois,
Agathe ARNAUD de Belleville (tuée au Lucs ) 4 ans et demi,
Etienne BERIAU, de l’Erzandière.15 jours,
Marie-Madeleine BERIAU, de Roblin, 2 ans et 11 mois,
Jeanne BERIAU, du Petit-Luc, 4 ans,
Marie BERNARD, de la Jarrie, 3 ans,
Céleste BOISSELEAU, de la Grézaudière, 6 ans,
Pierre BOISSELEAU, de la Gaconnière, 6ans et demi,
François BOSSIS, du bourg du Grand-Luc, 7 mois,
Joseph BOSSIS, son frère, 23 mois,
Louis BOSSIS, autre frère, 5 ans,
Pierre BOUET, de la Surie, 27 mois,
Louis BOURON, de Bourgneuf, 3 mois,
Madeleine BOURON, sa cousine, de Bourgneuf, 3 ans,
Marie CHARUAU, de la Guyonnière, 2 ans,
Marie-Madeleine CHARUAU, sa sœur, 4ans et 3 mois,
Jean CHARRIER, de la Devinière, 3 ans,
Marie DAVIAUD, de l’Erzandière, 1 mois,
Pierre DAVIAUD, son frère, 5 ans et 8 mois,
Jeanne DAVIAUD, au Petit-Luc, 2 ans et 11 mois,
Pierre DAVIAUD, son frère, 4 ans et 10 mois,
Louis EPIARD, du Chef-du-Pont, 5 ans et 10 mois,
Jean-François ERCEAU, de la Sorinière, 27 mois,
Pierre FETIVEAU, de la Gaconnière, 27 mois,
N…FETIVEAU, son frère, 3 mois,
Jeanne FEVRE, du Chef-du-Pont, 5 ans et demi,
Suzanne FORGEAU, de la Sorinière, 20 mois,
Rose-Aimée FORT, du Champ-Dolent, 31 mois,
Pierre-René FORT, son frère, 5 ans et 9 mois,
Marie-Anne FOURNIER, bourg du Grand-Luc, 30 mois,
Jacques FOURNIER, son frère, 5 ans et 5 mois,
Marie GARREAU, de la Cornetière, 7 ans,
Marie-Anne GAUTRET, de la Guénière,7 ans,
Pierre GEAI, des Temples ; 25 mois,
Jean GIRARD, du Chef-du-Pont, 1 an,
Marie-Jeanne GIRARD, sa sœur, 4 ans et 2 mois,
Pierre GIRARD, leur frère, 6 ans et 4 mois,
Pierre GOUIN, des Temples, 1 an,
Louis GRALEPOIS, de la Grézaudière, 13 mois,
Jeanne GRALEPOIS, de la Bretonnière, 5 ans,
Pierre GRATON, du Puy, 3 ans et 4 mois,
Jeanne GRIS, de la Cernetière, 5 mois,
Pierre GRIS, son frère, 5 ans,
Lubin GUILLET, du Bourg du Grand-Luc, 6 ans,
Marie GUITET, de l’Erzandière, 4 ans et demi,
Marie HERMOUET, du bourg du Grand-Luc, 5 mois,
Louis HIOU, de Bourgneuf, 2 ans et 11 mois,
Marie-Anne JOLI, de la Bromière, 27 mois,
Marie MALARD, du Marchais, 4 ans,
Jean MALIDIN, de la Primaudière, 18 mois,
Marie MALIDIN, sa sœur, 3 ans et 11 mois,
Jeanne MALIDIN, de la Bruère, 3 ans,
Rose MALIDIN, sa sœur, 6 ans et 2 mois,
Joseph MANDIN, du bourg du Grand-Luc, 23 mois,
Louis MANDIN, son frère, 5 ans et 9 mois,
Véronique MARTIN, de la Moricière, 1 an,
Marie-Françoise MARTIN, du Petit-Luc, 2 ans,
Louise MARTIN, sa sœur, 5 ans et 4 mois,
Rosalie MARTIN, de la Guénière, 2 ans et 10 mois,
Louise MARTIN, sa sœur, 5 ans et 3 mois,
Rosalie MARTINEAU, de Bourgneuf, 2 ans et 11 mois,
Jean MIGNEN, de la Sorinière, 1 an,
Louise MINAUD, du Brégeon, 15 jours,
Louise-Marie MINAUD, sa sœur, 15 mois,
Jean MINAUD, leur frère, 5 ans et 3 mois,
Pierre MINAUD, autre frère, 6 ans et 11 mois,
Jeanne MINAUD, de la Davière, 15 mois,
André MINAUD, son frère, 4 ans et 2 mois,
Véronique MINAUD, leur sœur, 6 ans et 8 mois,
Pierre MINAUD, leur cousin de la Davière, 4 ans,
Louise MINAUD, de l’Ethelière, 33 mois,
Marie-Anne MINAUD, sa sœur, 6 ans et 11 mois,
Anne MORILLEAU, de la Primaudière, 2 ans
Céleste MORILLEAU, sa sœur, 6 ans et 5 mois,
Jean PERROCHEAU, du Retail, 5 ans et 3 mois,
Pierre POGU, de la Pellerinière, 22 mois,
Jean POGU, son frère, 5 ans,
Rose PREVIT, de Villeneuve, 10 mois,
Marie PREVIT, sa sœur, 6 ans,
Rose REMAUD, de Bourgneuf, 4 ans et 11 mois,
Marie REMAUD, de la Grande-Métairie, 4 ans et demi,
Pierre RENAUD, de la Nouette, 18 mois,
Catherine RENAUD, sa sœur, 3 ans et demi,
Jeanne RENAUD, leur cousine, de la Nouette, 4 ans,
Marie-Anne RENAUD, de la Petite-Brosse, 4 ans,
Pierre RENAUD, son frère, 6 ans et demi,
Marie RICOULEAU, de la Bromière, 22 mois,
Jeanne ROBIN, de la Retardière, 5 ans,
Marie-Anne RORTAIS, de la Guyonnière, 4 ans,
Jeanne ROUSSEAU, de la Gaconnière, 23 mois,
Jean ROUSSEAU, son frère, 3 ans et 11 mois,
Louis ROUSSEAU, autre frère, 7 ans,
Victoire ROUSSEAU, cousine, de la Gaconnière, 11 mois,
Jeanne ROUSSEAU, sœur de Victoire, 4 ans,
Jeanne SAVARIAU, de la Sorinière, 5 ans et 10 mois,
Pierre SIMONEAU, de la Moricière, 6 mois,
Jean SIMONEAU, son frère, 4 ans et 10 mois,
Jacques SIMONEAU, de la Bugelière, 18 mois,
Joseph, SIMONEAU, cousine, de la Bugelière, 8 mois,
Henri SORET, du Petit-Luc, 2 ans,
Jacques SORIN, de la Bromière, 5 mois,
Jean SORIN, son frère, 3 ans et 3 mois,
Madeleine TENET, du Chef-du-Pont, 7 ans,
Louis VRIGNAUD, de la Ricoulière, 23 mois,
Marie-Jeanne VRIGNAUD, de la Cornetière, 3 ans,
Jean-Baptiste VRIGNAUD, son frère, 4 ans et 5 mois.

Les Lucs-sur-Boulogne

Les Lucs-sur-Boulogne

mercredi 15 novembre 2023

Le Nouveau Passé-Présent avec Reynald Secher et Jacques Villemain - Vendée : pourquoi est-ce un génocide ?

 

Le Nouveau Passé-Présent avec Reynald Secher et Jacques Villemain - Vendée : pourquoi est-ce un génocide ?

Vendée, pourquoi est-ce un génocide ? Les réponses sont présentées par les spécialistes de la guerre de Vendée, les historiens Reynald Secher et Jacques Villemain. Mars 1793, la Vendée se soulève pour défendre ses "bons prêtres" et se bat pour le retour du roi. Au cours de cette guerre, un quart de la population vendéenne est exterminée. Pourquoi a-t-on tant de mal en France à regarder ces faits en face ? Pourquoi ne pas reconnaître la nature des crimes commis ? Eléments de réponse dans ce nouveau numéro de "Passé-Présent". 


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-avec-reynald-secher-et-jacques-villemain-vendee-pourquoi-est-ce-un-genocide

vendredi 13 octobre 2023

Le génocide vendéen raconté par Reynald Secher Documentaire [vidéo]

 

génocide_vendéen

29/04/2016 – 07H30 Vendée (Breizh-info.com) – Armel Jourbert des Ouches est un journaliste indépendant qui travaille pour le site reinformation.tv. Nous avions eu l’occasion par le passé de diffuser quelques uns de ces reportages. Cette fois-ci, il s’est intéréssé à la Vendée, et au génocide vendéen, grand oublié de l’histoire de France. Nous diffusons ci-dessous son reportage.

Révolution Française : silence sur un génocide

Nous sommes bien loin de la version officielle racontée dans les livres d’histoire et par la plupart des journalistes, intellectuels et politiques de notre époque…

Au moins 180.000 personnes déportées, tuées, assassinées. Des centaines de prêtres, des religieux, mais avant cela, pour la plupart, des paysans, car ce sont les paysans qui, les premiers, se révoltent contre la République naissante. 180.000, c’est le nombre minimum de victimes des guerres dites « de Vendée ». Il y aura aussi plus de 200.000 soldats républicains tués dans les combats.

Le génocide vendéen : La République construite dans le sang

Il y a 227 ans. Ce qu’on appelle, à tort, la Révolution française, éclate à Paris. Une manœuvre de quelques centaines de personnes au départ, afin de renverser la Monarchie. Les révolutionnaires parviennent à étendre les incidents au pays tout entier. Incidents qui se transforment peu à peu en guerre civile. Un bain de sang. Des milliers de familles sont victimes de la barbarie qui est en train de se mettre en place. En fait, c’est une idéologie nouvelle que Robespierre, Danton et d’autres sont en train d’imposer, par la force, au peuple de France. Parce que l’Eglise est persécutée (on impose aux prêtres la constitution civile du clergé) – les prêtres refusent de prêter serment. Parce qu’ils s’opposent à la levée en masse de 300.000 hommes que la Convention, le nouveau pouvoir en place à Paris, impose afin de combattre l’Autriche catholique, les Vendéens se révoltent.

Reynald Secher expose la pensée de Jean Jacques Rousseau sur la tyrannie

« Si le peuple pense mal, il faut changer le peuple ». C’est, en une phrase, toute la pensée de Rousseau. Il est indéniable que son « contrat social » comportait en germes le socialisme et la tyrannie qui se préparait dans le pays. Le 1er octobre 1794, la Convention décrète l’extermination « de toute la Vendée ». Il y aura le général républicain Turreau et ses colonnes infernales. Jean Baptiste Carrier et les noyades par millier. Il y aura aussi les massacres des Lucs-sur-Boulogne où 564 personnes, hommes, femmes, enfants seront assassinés par les Bleus des généraux Cordellier et Crouzat. Il y aura enfin le massacre dans la forêt de Vezin, près de Chanteloup-les-Bois où seront tuées près de 2.000 personnes.Reynald Secher détaille comment la Révolution française ne fut pas seulement une tentative d’« épuration » de la Vendée, mais une épuration d’une partie du peuple de France opposé à la République. Marseille et Lyon, mais aussi la Bretagne étaient entrés en résistance. Ils s’étaient battus pour Dieu et pour le Roi de France. Symbole de leur résistance, un cœur surmonté d’une croix rouge marqué de la devise « Dieu le Roy ».

Un documentaire vidéo d’Armel Joubert des Ouches


Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2016/04/29/42725/genocide-vendeen-raconte-reynald-secher-documentaire-video/

mardi 3 octobre 2023

Anne Bernet présente son histoire générale de la chouannerie [interview]

 

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28/03/2016 – 06h15 Maxent (Breizh-info.com) –  Les éditions Perrin rééditent l’Histoire générale de la Chouannerie, écrit par Anne Bernet au début des années 2000. Anne Bernet, critique littéraire, a déjà publié plusieurs ouvrages dont chez Perrin Charette, Bernadette Soubirous, Madame de Sévigné, Enquête sur les anges, Mémoires de Ponce Pilate et Brutus.

Si la chouannerie a inspiré les romanciers et donné lieu à des histoires consacrées à ses « figures » ou à des épisodes particuliers, elle a suscité peu d’ouvrages d’ensemble, parce qu’elle est bien loin d’avoir l’unité de l’insurrection vendéenne. L’auteur raconte avec brio les personnages et les moments significatifs de cette mosaïque de révoltes dispersées en Bretagne, en Normandie et dans le Maine, entrecoupées de trêves et d’intrigues. Le phénomène s’étend de la rébellion du Mainiot Jean Cottereau, dit Jean Chouan, en 1792, à l’exécution de l’irréductible Morbihannais Cadoudal, capturé à Paris en mars 1804.

Entre ces deux dates, on se passionne pour cette « guérilla du clair de lune », toute de surprises et d’esquives, de cris de chouette et de soldats fantômes, menée par des bandes dont la manière, parfois critiquable, est étroitement liée à la personnalité de ses chefs, qu’ils soient nobles ou paysans. Parmi ceux-ci, Cadoudal, que Napoléon tente de rallier, Boishardy, tué le jour de ses noces avec l’amazone Joséphine de Kercadio, Picot qui sévit en pays d’Auge, le comte de Frotté, âme de l’insurrection normande.

Ce livre d’histoire apportera les connaissances nécessaires pour comprendre cette période fondamentale de l’histoire de la Bretagne et de « l’Ouest » et les luttes contre la République. Gros avantage : sa longueur (plus de 600 pages) ne devrait pas effrayer le lecteur, tant le livre se lit comme un roman. Il y a une part de Balzac chez Anne Bernet quand elle raconte l’épopée des Chouans ! Et quoi de mieux que de s’entretenir avec elle sur son ouvrage, mais également sur sa passion pour l’histoire ?

Histoire-generale-chouannerie

Entretien.

Breizh-info.com : Comment êtes vous tombée dans la passion de l’Histoire ? 

Anne Bernet : De mon enfance. Je suis née dans une famille passionnée d’histoire et qui m’a très tôt passé le « virus ». Mon père, journaliste et écrivain lui aussi, était, outre un excellent connaisseur de l’antiquité grecque, un spécialiste du folklore et des traditions populaires. Quant à l’histoire de la chouannerie, c’est ma grand-mère maternelle qui me l’a racontée indirectement à travers des souvenirs familiaux hélas parcellaires.

Breizh-info.com : Quelles sont les périodes qui vous ont marqué ? Celles que vous appréciez particulièrement ?

Anne Bernet : Toute mon adolescence, et même un peu plus tard, j’ai été une véritable monomaniaque : les guerres de l’Ouest m’occupaient au point d’occulter tout le reste ou presque. J’exagère à peine ! Bon, je me passionnais aussi, quoique de manière moins exclusive, pour le monde celte ; je ressassais Alésia comme un désastre personnel, la perte de la langue gauloise comme une catastrophe qui me privait de mon patrimoine et mes racines. Je haïssais Jules César. C’est probablement pour cela que, quand je me suis décidée à utiliser ma solide pratique du latin et mes études classiques, j’ai consacré une biographie à Brutus.

Disons que je me promène à l’aise entre l’époque de la république romaine et l’aube du VIIe siècle. Puis je reviens à l’étude de la Révolution, ou plutôt de la contre-Révolution, ce qui me permet d’étendre mon champ de compétence jusqu’à nos jours. Je suis aussi une bonne connaisseuse de la lutte irlandaise, qui me semble plus emblématique que jamais.

Breizh-info.com : Les éditions Perrin rééditent l’histoire générale de la chouannerie que vous aviez rédigé en l’an 2000. Pour quelles raisons ?

Anne Bernet : Cela, il faudrait le demander à l’éditeur, pas à moi … L’auteur n’a aucun pouvoir de décision concernant un ouvrage dont les droits ne lui ont pas été restitués. Je présume qu’après avoir laissé le dernier tirage s’épuiser, Perrin, face aux demandes de lecteurs, s’est décidé à rééditer, avec une autre couverture, ce qui, au passage, lui permet de reprendre le décompte des droits à zéro, donc de ne pas augmenter le pourcentage d’auteur, puisqu’il n’atteint jamais le seuil nécessaire …

Breizh-info.com : Qu’est ce qui, à l’origine, vous a amené à vous intéresser à la Chouannerie ?

Anne Bernet : Mes origines familiales : je suis mayennaise, bretonne et cotentinoise. Je cousine, d’un peu loin mais quand même, avec Jean Chouan, et presque tous mes grands-pères ont pris les armes contre la République en 93, voire un peu avant.

Breizh-info.com : Quelles différences avez vous trouvé entre l’insurrection vendéenne et la Chouannerie bretonne ?

Anne Bernet : Je ne suis pas sûre que vous désiriez un exposé complet et détaillé de la question. Pour simplifier, disons d’abord que les chouanneries appartiennent à un ensemble plus vaste que les historiens ont appelé Vendée militaire et qui s’étend très au-delà du département du même nom. En général, l’on appelle Vendée le soulèvement du sud de la Loire, qui englobe d’ailleurs une partie de la Bretagne avec la région nantaise, et chouanneries les mouvements au nord du fleuve.

Au sud, des officiers républicains incompétents ont laissé le soulèvement du printemps 1793 s’étendre, puis s’organiser et devenir incontrôlable tandis qu’au nord, le général de Canclaux, qui connaissait son métier et ne s’embarrassait pas de scrupules, l’a impitoyablement réprimé, notamment dans le Léon où il a fait tirer sur les civils à Saint-Pol. D’un côté du fleuve, la Vendée s’est organisée de façon classique, avec une stratégie se déployant sur de vrais champs de bataille, des troupes encadrées par des officiers de métier, tandis que, dans le Maine, en Bretagne et en Normandie, l’insurrection a dû opter pour la guérilla. Pareillement, dans les premiers temps du soulèvement, les chefs chouans sont sortis du peuple, ou de la hoberaille, ce qui a donné au mouvement un caractère très particulier, un ton de liberté et d’égalité qui choqua ensuite les émigrés rentrés, au point qu’ils parlèrent, outrés, de « jacobinisme blanc » au sujet de Cadoudal et des autres généraux issus de la paysannerie. L’on pourrait ajouter encore que les chouans possédaient un sens de l’engagement politique plus prononcé, ce qui explique, tout comme le choix de la guérilla, que le soulèvement du nord de la Loire se soit poursuivi sous le Consulat, et l’Empire, alors que la Vendée était soumise et pacifiée depuis 1796.

Breizh-info.com : La suppression de l’autonomie bretonne, quelques siècles après la perte de son indépendance, aura-t-elle contribué à la révolte qui éclata à la Révolution française ?

Anne Bernet : Oui, pour diverses raisons. Comme vous le savez, la Bretagne éprouvait des sentiments mitigés envers la monarchie française. Je ne vous ferai pas l’histoire des révoltes bretonnes, vous la connaissez. La dernière, quoique feutrée, était toute récente car il s’agissait du refus du parlement et de la noblesse du duché d’entériner les réformes Lamoignon en 1787. Soit dit en passant, c’était une erreur qui allait coûter cher à tout le monde, et aux Bretons en particulier …

Cela, les chefs de file du mouvement de résistance à Louis XVI le comprendraient trop tard. Mais, quand ils le comprirent, après la nuit du 4 août 1789, la fameuse abolition des privilèges qui réduisit unilatéralement la Bretagne au statut de province, en violation du traité d’union de 1532, ils décidèrent de tout faire pour restaurer la monarchie, et les droits du duché avec elle. C’est ainsi que le marquis de La Rouërie, champion des libertés bretonnes, se retrouva en 1791 fondateur de l’Association bretonne, mouvement contre-révolutionnaire royaliste, et qu’il mourut de chagrin en apprenant l’exécution de Louis XVI. Notons, ce n’est pas anodin, que l’Association bretonne fonctionnait sur le modèle exact du mouvement du marquis de Pontcallec, auquel les grands-pères de ces Messieurs avaient été affiliés … Ce n’est pas pour rien que les derniers mots du prince de Talmont montant à l’échafaud seront empruntés à Pontcallec, qu’il admirait et qui l’avait inspiré.

Breizh-info.com : Lorsque l’on parcourt votre ouvrage, on a l’impression de se retrouver au milieu des Chouans de Balzac, ou de 1793 d’Hugo, tant votre récit se lit comme un roman. Etait-ce volontaire ?

Anne Bernet : Disons que j’ai de l’histoire une conception bardique … Je raconte les exploits passés du clan pour qu’ils inspirent aujourd’hui ou demain. Je garde sa mémoire parce que l’histoire officielle est écrite par les vainqueurs. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas une historienne consciencieuse et scrupuleuse. Je m’efforce toujours à l’honnêteté et l’objectivité, et je connais très bien les sujets dont je parle. Mais je ne veux pas que cette science soit réservée à une poignée d’érudits et d’universitaires. L’histoire doit vivre et, pour cela, tout le monde doit pouvoir s’y plonger. Cela demande qu’elle soit plaisante à lire, sinon le livre tombe des mains du lecteur et le dégoûte définitivement de l’histoire. Mes livres se lisent comme des romans, mais ce ne sont pas des romans.

Breizh-info.com : Pourriez vous revenir sur deux épisodes qui restent douloureux pour la Bretagne et les Bretons : les noyades de Nantes, ainsi que sur les tanneries de peau de chouan ?

Anne Bernet : Voilà deux épisodes des guerres de l’Ouest que la « grande » histoire, l’officielle, passe sous silence car ce sont des anecdotes, de la micro-histoire indigne d’être évoqué. Nous sommes pourtant devant une des matrices de tous les totalitarismes, massacres et génocides qui suivront. Moyens techniques mis à part, nous sommes dans la logique des grandes exterminations totalitaires du XXe siècle qui passe au préalable par une déshumanisation de l’ennemi, sans quoi, l’on n’oserait pas lui imposer de tels traitements.

Les noyades de Nantes retiennent votre attention parce qu’elles ont eu pour cadre la capitale ducale. Cependant, leurs victimes, pour l’essentiel, ne sont pas bretonnes mais angevines ou poitevines, venant du territoire de la Vendée militaire. En fait, après l’ultime défaite de l’armée catholique et royale vendéenne à Savenay le 23 décembre 1793, les Républicains ont fait des milliers de prisonniers, pour l’essentiel civils, dont beaucoup de femmes et d’enfants, qui avaient survécu à la Virée de Galerne et que l’on a emmenés vers les tribunaux révolutionnaires d’Angers et de Nantes. Ceux-ci affectant encore les apparences de la légalité ne fonctionnaient pas assez vite pour faire face à cet afflux de « coupables » et les prisonniers se sont entassés dans les prisons, où le typhus et la variole ont rapidement fait des ravages.

Les autorités républicaines ont eu beau recourir aux pelotons d’exécution pour pallier aux déficiences de la guillotine, le « rendement » restait insuffisant. À Nantes, le député du Cantal, représentant de la Convention en mission dans l’Ouest insurgé, Jean-Baptiste Carrier, qui s’était octroyé des pouvoirs exorbitants, terrorisait la ville sur laquelle il régnait en despote. C’est de lui, ou de son entourage de tarés, de sadiques, d’obsédés sexuels et de malades mentaux, qu’est venue l’idée de remplacer « le rasoir national » par « la baignoire nationale », c’est-à-dire d’organiser des noyades massives de prisonniers royalistes dans la Loire.

En fait, c’était un emprunt à un supplice romain inventé du temps de l’empereur Dioclétien, en 303, pour éradiquer les chrétiens de la capitale impériale Nicomédie. Comme Carrier ne tenait pas de registres précis des noyades, et qu’il lui arrivait de prélever momentanément pour une nuit ou davantage, les plus jeunes et jolies prisonnières afin d’animer un peu ses soirées, on ne saura jamais précisément combien de malheureux sont morts noyés dans les cales de vieilles gabarres que l’on sabordait de nuit au milieu du fleuve … Environ cinq mille innocents ont disparu ainsi, coupables seulement de n’avoir pas adhéré aux idéaux révolutionnaires. Les faits sont indéniables, emblématiques, mais certains historiens ont tenté de les minimiser, voire de les faire passer pour un phantasme, une invention de la propagande royaliste.

Même si la pratique est plus difficile à prouver, les amateurs ne s’étant pas fait connaître une fois la Terreur finie et ce genre d’amusements passé de mode, il faut signaler une « amélioration » apportée au système : dévêtir les victimes et ligoter ensemble avant de les jeter à l’eau un homme et une femme, un laïc et une religieuse, un prêtre et une laïque, une jeune fille et un vieillard, etc. Ces « mariages républicains » ajoutaient la honte à la panique des suppliciés. L’école historique officielle a tendance à prétendre qu’il s’agit d’une invention sans fondement. Bizarrement, les mêmes qui nient l’existence des « mariages républicains » amplifient jusqu’à l’absurde les « massacres » de Machecoul, représailles, sanglantes mais limitées, qui frappèrent les républicains de cette ville en mars 1793.

Ce sont les mêmes aussi qui tiennent pour une élucubration l’existence des tanneries de peaux humaines dont les historiens, et récemment Reynald Secher, ont pourtant retrouvé la trace dans les archives officielles. Là encore, nous ne sommes pas en Bretagne mais à Angers où le conventionnel en mission, Francastel, pour remédier à la pénurie de matières premières, récupère les cadavres des jeunes suppliciés, de préférence les femmes, afin de tanner les peaux, qui permettront de tailler des pantalons, ou de fondre la graisse pour l’éclairage … Les amateurs iront jusqu’à vanter la « qualité » exceptionnelle de ces peaux, leur douceur, tout en précisant qu’il faut cependant une certaine dextérité pour « déshabiller » un cadavre de manière à obtenir un pantalon tout coupé.

Il semble que Saint-Just soit au courant de ces monstruosités, et les approuve puisqu’il souhaite transporter ces procédés « industriels » en région parisienne, à Meudon. Robespierre ne les ignore pas non plus, car il est informé par les courriers d’officiers scandalisés qui croient l’instruire de faits qu’on lui cacherait et qui ne recevront aucune réponse, ainsi que par l’un de ses délégués, Marc-Antoine Jullien, dix-huit ans, chargé de surveiller Carrier. Manifestement, au comité de Salut public, personne n’est choqué de ces pratiques. En tout cas, personne ne donne ordre d’y mettre fin. Après Thermidor, l’on fera seulement en sorte de les passer sous silence, comme les épisodes de pratiques anthropophagiques qui ont marqué certains épisodes de la Révolution, en Paris et en province, notamment en Ille-et-Vilaine, et dont il n’est jamais question, en dépit de l’incontestable réalité des faits.

Breizh-info.com : Pour vous, le Génocide chouan et vendéen est il incontestable ? 

Anne Bernet : Je ne vais pas entrer dans une querelle sémantique autour du mot « génocide » pris dans le sens de volonté d’extermination d’une race ou d’une ethnie en tant que telle. Ce n’est pas en tant que Vendéens ou Bretons que les centaines de milliers de victimes des guerres de l’Ouest sont mortes mais parce qu’elles restaient attachées à la foi catholique et aux anciennes formes du gouvernement.

Mais nous sommes bien, à n’en pas douter, face à une volonté d’éradication de populations jugées « impures » parce que réfractaires aux idéaux révolutionnaires. Le propre de la Révolution est d’anéantir tous ceux qui lui font obstacle et les révolutionnaires ne vont pas s’en priver. Évidemment, plus la résistance qu’ils rencontreront sera massive, plus la répression sera violente et, si toute une région est insurgée contre la République, la logique révolutionnaire impliquera de « nettoyer » la région de tous ceux qui y vivent. C’est la politique mise en œuvre en Vendée à partir du 17 janvier 1794 avec les Colonnes infernales.

Tout habitant restant sur le territoire insurgé sera réputé, quels que soient son sexe, son âge ou ses convictions personnelles, être un insurgé. À ce titre, il est passible de mort et on le tuera. On peut jouer sur le mot, sûrement pas sur la réalité qu’il recouvre, ni sur les atrocités, parfois impossibles à décrire, par respect pour les victimes, qu’il cache.

Breizh-info.com : Comment expliquez vous ce silence de la République française face aux demandes répétées de reconnaissance ?

Anne Bernet : Oui, c’est paradoxal. Comment la République française, parangon de vertu et de morale, grande donneuse de leçons qui passe son temps à en remontrer aux autres pays, peut-elle ainsi oublier de commencer par faire son propre mea culpa ?  Comment reprocher à la Turquie de ne pas reconnaître le génocide arménien quand l’on refuse soi-même depuis plus de deux siècles d’admettre les crimes commis dans l’Ouest ? Bien sûr, comme l’a démontré Reynald Secher, il y a là un mémoricide volontaire, calculé. Souvenez-vous du mot de Barère après le passage de la Loire, quand Bonchamps et les Blancs avaient épargné leurs prisonniers : « heureusement, ces choses-là s’oublieront. Les Brigands n’ont pas de journaux. »

Il convenait à la fois de déshumaniser l’adversaire, donc de le métamorphoser en monstre incapable de noblesse et de générosité mais capable de tous les crimes afin de pouvoir le tuer, et de se poser soi-même en héros de la liberté et des droits de l’homme. Cela impliquait, la Terreur finie, de cacher ce qui s’était passé dans l’Ouest. Cela a d’autant mieux fonctionné que les Blancs, après la Restauration, pour le bon renon international de la France et dans un vrai souci de pardon et d’apaisement, ont évité de dire l’indicible. À terme, cela a permis non seulement d’escamoter la réalité des atrocités révolutionnaires mais d’en présenter les victimes comme des criminels. Une fois ce mensonge passé en vérité officielle enseignée dans les écoles, il faudrait un grand courage moral pour se décider à le dénoncer. Cependant, tant que cette démarche n’aura pas été accomplie, la fracture née de la Révolution ne guérira pas. Les Russes l’ont compris, qui ont solennellement rendu hommage aux victimes du bolchevisme.

Breizh-info.com : Quels sont les derniers ouvrages, toutes périodes confondues, qui vous ont plu et que vous conseilleriez ?

Si vous parlez de parutions récentes, je signalerai l’étude de Roberto De Mattei, Léon XIII et le Ralliement, paru au Cerf car cet universitaire italien explique remarquablement comment un pape aux vues politiques très courtes et obsédé par ses propres intérêts a sabordé avec une constante stupidité toute l’œuvre contre-révolutionnaire française, sottise incommensurable que nous payons encore.

Je recommande aussi les beaux ouvrages de Philippe Maxence sur le soulèvement irlandais, Pâques 1916, et l’abrégé qu’il vient d’en faire paraître en poche,  chez Via Romana et, puisque nous en sommes à évoquer le centenaire du Rising, disons qu’il faut lire, si vous avez la chance de réussir à vous la procurer, ce qui n’est pas facile, la biographie de Pearse par Leroux, un monument, ou celle que Jean Mabire consacra à cet « éveilleur de peuple ». N’oubliez pas non plus la belle et solide biographie de Michael Collins par Pierre Joannon ( La Table ronde).

Propos recueillis par Yann Vallerie

Anne Bernet – Histoire générale de la Chouannerie – – Perrin – 27 €

Crédit photo : DR
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