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mercredi 1 mai 2024

Le pacte germano-soviétique, fruit amer des accords de Munich

 

Par Bruno Guigue

A la faveur de la “guerre froide”, la narration consensuelle de la “grande alliance antifasciste” (1941-1945) s’effondre comme un château de cartes. Les alliés de la veille ne le sont plus, et un nouveau récit supplante l’ancien dans chacun des deux camps. Pour le monde occidental – désormais aligné derrière la bannière étoilée -, la coalition des démocraties contre l’hydre hitlérienne cède la place à la coalition des démocraties contre l’hydre communiste. Oblitérant l’effort colossal accompli par l’URSS pour abattre le IIIème Reich, le discours dominant en Occident entend infliger à Staline une véritable reductio ad hitlerum. La lutte titanesque entre la Wehrmacht et l’Armée rouge, en somme, aurait provoqué une illusion d’optique : comme l’arbre cache la forêt, leur affrontement militaire aurait masqué la connivence entre les deux tyrannies du siècle.

Hannah Arendt a joué un rôle déterminant dans cette interprétation de l’histoire. Pour la philosophe allemande, le totalitarisme est un phénomène à double face : le nazisme et le stalinisme. Les partis totalitaires ont une idéologie rigide et une structure sectaire. Le pouvoir du chef est absolu, et la communauté soudée par une foi sans réserve dans ses vertus surhumaines. La suppression de l’espace public et le règne de l’arbitraire policier, enfin, signent la dissolution de la société dans l’État et de l’Etat dans le parti. Mais pour Hannah Arendt, le système totalitaire est surtout l’instrument par lequel l’idéologie totalitaire prétend réaliser les lois de la nature (nazisme) ou accomplir les promesses de l’histoire (stalinisme). Avec le totalitarisme moderne, l’idéologie est la logique d’une idée : elle se fait fort de donner un sens aux événements, elle en fournit une explication sans faille. Transformant les classes en masses, l’État totalitaire exerce une emprise illimitée sur la société. Absorbant toutes les activités humaines pour leur donner la signification univoque exigée par l’idéologie, le totalitarisme, pour Arendt, est un système qui transcende ses incarnations particulières.

Cette définition, toutefois, a pour inconvénient de faire fi des différences concrètes entre nazisme et stalinisme. Sans parler de l’idéologie elle-même (la mystique de la race aryenne contre le socialisme dans un seul pays), le recours à la violence n’emprunte pas les mêmes justifications à Moscou et à Berlin. Le système totalitaire décrit par Hannah Arendt ressemble au lit de Procuste, dans lequel on veut faire entrer une réalité qui le dépasse. L’impuissance du modèle à rendre compte du réel est flagrante lorsque Hannah Arendt attribue au système totalitaire une politique étrangère agressive, ouvertement vouée à la conquête du monde. “Comme un conquérant étranger, le dictateur totalitaire considère les richesses naturelles et industrielles de chaque pays, y compris le sien, comme une source de pillage et un moyen de préparer la prochaine étape de l’expansion agressive”(Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil, 1972, p. 147).

La conquête et le pillage, pourtant, ne sont pas l’apanage des “régimes totalitaires”. En décrivant comme une propriété intrinsèque du système totalitaire ce qui correspond à la pratique constante des régimes démocratiques, Hannah Arendt se livre à un tour de passe-passe. Si la conquête, l’expansion et le pillage sont des pratiques totalitaires, pourquoi n’en déduit-elle pas le caractère totalitaire des démocraties occidentales ?

En dépit de cette contradiction flagrante, le mythe des “jumeaux totalitaires” a fourni un répertoire inépuisable à la réécriture occidentale de l’histoire. Il a permis de tirer un trait sur la réalité d’un conflit mondial où 90% des pertes allemandes sont causées sur le front de l’Est, et où les victoires de Joukov, chèrement acquises, ont eu raison de la machine de guerre hitlérienne. Peu importe le sacrifice du peuple soviétique, peu importent les succès de l’Armée rouge, puisque leur chef – Staline – est un bourreau sanguinaire qui ne vaut guère mieux que son homologue nazi. Cette interprétation des événements par la doxa occidentale est parfaitement illustrée par Hannah Arendt, à nouveau, lorsqu’elle écrit en 1966 que “contrairement à certaines légendes de l’après-guerre, Hitler n’eut jamais l’intention de défendre l’Occident contre le bolchevisme, mais resta toujours prêt à s’allier aux Rouges pour la destruction de l’Occident, même au plus fort de la lutte contre l’Union Soviétique”. (Hannah Arendt, Op. Cit, p.243).

On chercherait en vain le moindre élément à l’appui de cette affirmation, mais peu importe. La matérialité des faits a l’obligeance de s’effacer devant ce théâtre d’ombres idéologiques. Nazisme et stalinisme représentant “deux variantes d’un même modèle”, ils ne pouvaient pas réellement s’engager dans une lutte à mort. Pour montrer que la véritable fracture ne passe pas entre nazisme et stalinisme, mais entre totalitarisme (à double face) et démocratie libérale, on s’emploie à soustraire de l’histoire tout ce qui pourrait en démentir l’interprétation. Ainsi Hitler est-il censé être l’allié naturel de Staline, mais à la veille de l’opération Barbarossa (juin 1941), le ministre nazi de la Propagande Joseph Gœbbels écrit dans son journal : “Le bolchevisme a vécu. Nous assumons ainsi devant l’histoire notre devoir authentique. Contre une telle entreprise Churchill lui-même ou Roosevelt ont peu d’objection. Peut-être réussirons-nous à convaincre l’épiscopat allemand des deux confessions à bénir cette guerre en tant que guerre voulue par Dieu”. Et puis, si Hitler envisageait de “s’allier aux Rouges”, comment expliquer l’extrême brutalité de la guerre menée par les nazis contre l’URSS, laquelle tranche avec leur attitude, beaucoup plus respectueuse des usages de la guerre, sur le front de l’Ouest ?

C’est qu’en France Hitler n’a pas l’intention d’installer le grand Reich millénaire qui sera au contraire chez lui dans les vastes espaces disponibles à l’Est. La future colonisation germanique dans ce qu’il appelle le “désert russe” occupe son imagination. Cette utopie colonialiste et esclavagiste tire sa source d’un mépris absolu des Slaves, d’un racisme si radical qu’il légitime n’importe quelle violence, tuerie ou famine contre ces nouveaux  “peaux-rouges”, pour reprendre l’expression employée par Hitler lui-même. Passée inaperçue de l’historiographie dominante, cette référence aux Amérindiens dans le discours hitlérien est pourtant révélatrice. Elle souligne la proximité entre l’idéologie raciste des démocraties libérales et celle de la dictature national-socialiste. “Ce n’est pas un hasard si le terme-clé du programme eugénique et racial du Troisième Reich, Untermensch, n’est que la traduction de l’états-unien Under man, le néologisme forgé par Lothrop Stoddard, auteur célébré aussi bien aux USA qu’en Allemagne, et consacré par des hommages aussi bien de deux présidents états-uniens (Harding et Hoover) que du Führer du Troisième Reich, par qui il est reçu personnellement avec tous les honneurs”, rappelle Domenico Losurdo ( Staline, Histoire et critique d’une légende noire, Aden, 2011, p. 442).

Si l’on fonde la thèse de la gémellité des régimes totalitaires sur l’usage de la terreur, comme le fait Hannah Arendt, que faut-il déduire de l’usage de la terreur sous le régime colonial imposé par les Européens aux populations de couleur ? Des Amérindiens liquidés dès le XVIème siècle aux populations africaines, asiatiques et océaniennes asservies ou exterminées par les Blancs au nom de la civilisation, l’entreprise nazie de liquidation des “races inférieures” avait de sérieux antécédents. “Il est trop commode de mettre les infamies du nazisme sur le compte exclusif de Hitler en refoulant le fait qu’il a repris, en les radicalisant, les deux éléments centraux de sa théorie à un monde qui lui préexiste : la célébration de la race blanche et de l’Occident, appelés maintenant à étendre leur domination même en Europe orientale ; la lecture de la révolution bolchevique comme complot judéo-bolchevique qui, en stimulant la révolte des peuples coloniaux et en minant la hiérarchie naturelle des races, et plus généralement, en infectant en tant qu’agent pathogène, l’organisme de la société, constitue une menace effrayante pour la civilisation, qu’il faut affronter par tous les moyens, solution finale comprise”.(Domenico Losurdo, Op. Cit., p. 469).

C’est pourquoi la guerre des nazis contre l’URSS fut d’emblée une guerre totale, une guerre d’extermination (Vernichtungskrieg). Contre les nouveaux peaux-rouges, les directives du Führer à ses troupes d’invasion ont d’emblée une connotation politique : les commissaires politiques – a fortiori s’ils sont juifs – seront immédiatement exécutés, conformément au célèbre Kommissarbefehl (ordre sur les commissaires) du 6 juin 1941. Ce n’est pas seulement l’Armée rouge, mais l’ensemble du régime soviétique qui devait être détruit. Une détermination alimentée par la conception nazie d’un “Etat judéo-bolchevique” dont la destruction nécessitait l’extermination des cadres juifs faisant fonctionner l’État soviétique. L’idéologie raciste nazie définit également les peuples slaves d’Union soviétique comme une race inférieure d’Untermenschen, de sous-hommes. Le 30 mars 1941, Hitler l’annonce à ses généraux : “La guerre contre la Russie est de ce type de guerre qui ne pourra pas être menée de façon chevaleresque : c’est une lutte entre idéologies et races différentes, et elle ne pourra être conduite qu’avec un niveau de violence sans précédent, sans pitié ni répit”.

Mais la thèse de l’alliance entre Hitler et Staline contre les démocraties, bien entendu, trouve son principal argument dans la signature du pacte germano-soviétique du 23 août 1939. Car cet événement inattendu a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Il a brutalement entaché l’image de la “patrie du socialisme”, qui avait fait de “l’antifascisme” le signe de ralliement de toutes les forces progressistes appelées à conjurer la menace hitlérienne. Si le pacte donnait les coudées franches à l’expansionnisme allemand à l’Ouest, comment expliquer que Staline ait changé de cap aussi brutalement, quitte à encourir le reproche d’avoir trahi la cause de l’antifascisme et à provoquer des remous dans son propre camp ? Pour l’historiographie dominante inspirée par Hannah Arendt, la gémellité totalitaire entre les deux tyrannies aurait favorisé cette monstrueuse alliance. La proximité systémique, en somme, expliquerait la connivence stratégique. Mais ce n’est pas du tout ce que révèle l’examen des faits.

En réalité, durant les trois années qui précèdent le pacte du 23 août 1939, Staline tente obstinément de négocier une alliance anti-hitlérienne avec les Français et les Britanniques. Pour l’URSS, une triple alliance avec la France et la Grande-Bretagne signifie avant tout une coordination militaire en vue de mener le combat commun contre l’Allemagne. Aussi le Kremlin formule-t-il avec insistance une demande précise : les Franco-Britanniques doivent s’assurer que la Pologne et la Roumanie autorisent le passage de l’Armée rouge sur leur territoire, une fois la guerre déclenchée avec l’Allemagne. Or la Pologne et la Roumanie – deux dictatures de droite antisémites et anticommunistes – redoutent autant l’intervention soviétique que l’invasion allemande et ne sont pas disposées à octroyer un droit de passage à l’Armée rouge. Favorisé par la “politique d’apaisement” à l’égard de Berlin prônée à Londres, ce refus a pour effet de réduire la triple alliance à un front politique sans volet militaire, le condamnant à l’échec.

Certes, Staline n’est guère plus confiant dans les intentions des Allemands que dans celles des Franco-Britanniques. Il connaît le programme d’expansion à l’Est prôné par l’auteur de Mein Kampf et l’idéologie pétrie de haine raciale qui justifie ces projets de conquête. Entrepris par le régime stalinien à la faveur de l’industrialisation accélérée, l’effort de réarmement de l’URSS dans les années 30 témoigne d’ailleurs de cette lucidité face à la montée des périls. Mais les négociations avec Paris et Londres traînent depuis des mois et l’approche dilatoire des Occidentaux finit par convaincre le maître du Kremlin qu’il ne pourra pas compter sur eux. Persuadé que les Allemands attaqueront la Pologne quoi qu’il en coûte, et constatant que les Occidentaux ont hypothéqué les chances de la triple alliance, Staline finit par répondre aux avances de Berlin. Devant le Soviet suprême, Molotov justifie alors le pacte en insistant sur le fait qu’il est la conséquence, et non la cause de l’échec des négociations pour la triple alliance. Du point de vue soviétique, le pacte n’est qu’une alternative, faute de mieux, à la coalition avec Paris et Londres.

Du côté occidental, la politique “d’apaisement” a rendu caduc les propositions d’alliance antifasciste formulées par l’URSS au profit d’une attitude conciliante à l’égard des prétentions du Reich. Passivité calculée, cette démission devant l’expansionnisme revanchard de l’Allemagne vise à orienter l’agressivité nazie en direction de l’URSS, désignée comme l’ennemi à abattre par l’idéologie national-socialiste. Cette politique atteint son apogée lors des accords signés à Munich par la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie le 30 septembre 1938. La Tchécoslovaquie est livrée pieds et poings liés à Adolf Hitler, qui se partage les dépouilles de ce malheureux pays avec la Pologne et la Hongrie. L’Union Soviétique, de son côté, tente d’empêcher ce désastre. Elle réclame en vain la coordination des forces soviétiques, françaises et tchécoslovaques, ainsi que la saisine de l’assemblée générale de la SDN. Entre le 21 et le 23 septembre 1938, l’Armée rouge mobilise des forces militaires en Ukraine et en Biélorussie. Faute de frontière commune entre l’URSS et la Tchécoslovaquie, Moscou sollicite l’accord de Varsovie et de Bucarest pour traverser leur territoire. La Roumanie semble prête à accepter, mais le refus polonais scelle le sort de la Tchécoslovaquie. Indignée par les accords de Munich, la diplomatie soviétique dénonce une « capitulation qui aura des conséquences incalculables ».

Le pacte du 23 août 1939 est le dernier épisode du jeu de go qui caractérise les relations internationales dans les dernières années de l’avant-guerre. Que ce soit avec la triple alliance – avortée – ou avec le pacte germano-soviétique, Staline tente d’éloigner le spectre de la guerre tout en sachant qu’elle est inéluctable. “En vérité, loin d’ourdir une guerre menant à une révolution, Staline ne craignait rien de plus qu’un nouveau grand conflit militaire. La guerre offrait des opportunités, mais elle exposait également à de grands périls. Bien que la Première guerre mondiale eût conduit à la Révolution russe de 1917, elle fut suivie d’une guerre civile où les ennemis des communistes furent à deux doigts de tuer le bolchevisme dans l’œuf. Parmi les opposants aux bolcheviques pendant la guerre civile, on compte les grandes puissances capitalistes – Grande-Bretagne, France et Etats-Unis – qui aidèrent les forces anticommunistes en Russie et imposèrent un blocus économique et politique pour contenir la contagion du bolchevisme”, souligne Geoffrey Roberts (Les guerres de Staline, Delga, 2011, p. 25).

Si Staline joue la carte allemande en août 1939, c’est parce que les tentatives d’entente avec les Occidentaux ont échoué par leur faute. Après la trahison de la Tchécoslovaquie par les “démocraties” occidentales à Munich en septembre 1938, il sait combien la tentation d’une ligne “Plutôt Hitler que Staline” est forte en Europe. Ses offres d’alliance du printemps 1939 ayant achoppé sur le refus de la Pologne – laquelle s’empare d’un morceau de la Tchécoslovaquie en 1938 – , il prend acte de l’impossibilité de s’entendre avec Paris et Londres, et il retourne temporairement contre les Franco-Britanniques la menace allemande qu’ils entendaient dresser contre l’URSS. Impossible, par conséquent, de comprendre le coup de tonnerre du 23 août 1939 sans le relier au caractère défensif de la politique étrangère soviétique. Si Staline a signé le pacte, c’est pour retarder l’échéance de la guerre sur le sol soviétique. Et c’est surtout parce que les accords de Munich ne lui ont pas laissé le choix.

Bruno Guigue

source:https://www.mondialisation.ca/le-pacte-germano-sovietique-fruit-amer-des-accords-de-munich/5636234

https://reseauinternational.net/le-pacte-germano-sovietique-fruit-amer-des-accords-de-munich/

samedi 23 décembre 2023

Pacte germano-soviétique: la tactique dilatoire de Staline contre Hitler.

 

C’est aujourd’hui que l’Occident braille au sujet du pacte Molotov-Ribbentrop. Pourtant au moment, où le pacte a été signé, il était enthousiaste devant la ruse de Staline. Non seulement juste après la signature du pacte, mais aussi une fois que la guerre contre l’Hitler avait commencé.

Ainsi, je suis tombé sur une grande analyse bien faite des relations germano-soviétiques. Elle a a paru dans Times il y a un peu plus de 75 ans. A savoir le 1er mai 1945, c’est-à-dire, un mois et demie avant le début de la Grande Guerre Patriotique (NDT: le lancement par Hitler de l’attaque Barbarossa contre l’URSS le 22 juin 1941). Comme vous pouvez constater, l’article a pour titre « La tactique dilatoire de Staline contre Hitler. Deux ans de manœuvres astucieux ».

En regardant de près les motivations de Staline, l’auteur écrit: « Il y a deux ans, au 1er mai, la Russie avait l’air d’un pays se trouvant sous une très grosse menace ». Et il le fait suivre d’une tête de chapitre: « Menaces écartées ».

En parlant de Staline, Times lui rend justice: « Il se peut que son esprit d’origine caucasienne, fort, complexe et pragmatique soit moins enclin à la théorisation qu’à des faits stratégiques. Depuis 1939, la Russie Soviétique a réussi à contourner de grandes menaces. Lorsque Staline s’aperçut que l’Allemagne avait décidé de marcher à l’Est, il sortit des négociations avec la Grande Bretagne et la France et rencontra l’Allemagne à mi-chemin, en facilitant ainsi aux Allemands le chemin vers la guerre, tout en retenant l’Union Soviétique en dehors de celle-ci ».

Ceci étant, l’auteur écrit directement que l’Allemagne continue les préparatifs à la guerre contre les Soviets. Ce, dont les officiers allemands parlent partout très ouvertement. Il évoque également l’entrainement des combattants nationalistes ukrainiens en vue de la lutte contre les Soviets. Et même fait une allusion sans équivoque à la date possible de l’agression allemande contre l’Union Soviétique: l’été prochain.

Il raconte aussi comment les Russes, profitant du répit, se préparent activement à la guerre imminente. Aussi bien, sur le plan militaire qu’idéologique. Notamment, il note que depuis quelques temps les médias soviétiques parlent moins de la « révolution mondiale », mais plus de la « Patrie soviétique » qu’il faut défendre….

Une analyse très sensée. Sans la moindre hystérie au sujet du « complot diabolique » et du « nouveau tyran ». Je tiens à attirer votre attention sur le fait que les Anglais se trouvaient à l’époque en état de guerre avec les Allemands depuis presque deux ans !

pacte-molotov

Traduit depuis le russe par Svetlana Kissileva

source: http://novorossia.today/c-est-aujourd-hui-que-l-occident-braille-au-sujet-du-pacte-molotov-ribbentrop/

https://reseauinternational.net/pacte-germano-sovietique-la-tactique-dilatoire-de-staline-contre-hitler/

jeudi 17 août 2023

La collaboration Staline-Hitler

 

La collaboration Staline-Hitler

10 mars 1939-Août-septembre 1944; par Jean-Jacques MARIE Éditions Tallandier, 316 pages de texte, 25 pages de notes et références mai 2023, Analyse historique magistrale

Je viens de lire d'une traite ce livre historique passionnant de Jean-Jacques Marie.
La collaboration Staline-Hitler.
Je connais Jean-Jacques Marie depuis 1968. Il était professeur de français à Jacques Amyot à Melun. C'est le plus grand historien français actuel spécialiste de l'URSS. Quand vous faites une recherche sur google, vous avez 142 millions de résultats !
Je l'ai fait venir à Vaux le Pénil en 2017 pour nous parler de la révolution d'octobre. Il m'a dit que pour les 100 ans de Lénine, ce serait difficile en 2024... à voir : Il a 86 ans et vient de sortir cet ouvrage passionnant. Chapeau !Aucun livre de Jean-Jacques MARIE ne passe inaperçu, celui-ci est étonnant, intéressant et même captivant.

Son auteur, l'un des plus grands historiens spécialistes de l'Union Soviétique et du communiste étaie son argumentation de documents et de références irréfutables.

Ce document ne plaira pas à tout le monde, notamment aux derniers thuriféraires du stalinisme et à tous ceux qui pour une raison ou une autre ont nié la nature de la politique de Staline.

Beaucoup de commentateurs ont expliqué que le pacte proposé le 20 août 1939 par Hitler à Staline était un pacte de non-agression.

Plus tard il sera dit par certains que Staline ne pouvait pas faire autrement, que c'était un calcul politique.

Alors qu'Hitler propose à Staline un accord conjoncturel lui permettant d'attaquer la Pologne, Staline répond par écrit et est explicite : « L'accord du gouvernement allemand pour signer un pacte de non-agression constituera la base permettant de liquider la tension politique et d'instaurer la paix et la collaboration entre nos pays. »

Le mot collaboration sera retiré par nombre d'historiens alors qu'il s'agit pour Staline d'instaurer une alliance durable.

Cette alliance a priori contre-nature conduira au dépeçage « commun » de la Pologne, à de la collaboration économique et même politique.

Staline livrera des communistes allemands à son « allié » et dissoudra le parti communiste polonais.

Il va pouvoir annexer la moitié de la Pologne, les pays baltes, de s'en prendre à la Finlande...

Staline envisagera même de se rallier au pacte tripartite des pays fascistes.

Cette politique conduira le chef suprême de l'URSS à continuer à liquider les communistes russes qui lui font de l'ombre ou qui risquent un jour de dire la vérité.

Comment a-t-il pu croire à la parole d'Hitler, à une alliance durable possible ?

Ce n'est pas de la duplicité mais de la myopie.

Alors que tous les observateurs et des communistes lui annonçaient preuves à l'appui qu'Hitler massait des troupe pour attaquer la Russie en mai ou juin 1941, il a continué à approvisionner de matières premières l'Allemagne nazie jusqu'à la veille de l'invasion.

L'auteur de ce livre démonte pièce par pièce la plus grande mystification de l'histoire contemporaine.

Ce livre fait froid dans le dos, notamment quand Jean-Jacques Marie revient sur l'insurrection de Varsovie en août-septembre 1944 quand au moment de la répression sanglante nazie de l'insurrection populaire, il refuse de faire intervenir les forces soviétiques stationnées non loin de là.

Le NKVD ( police politique) traînent les chefs de l'insurrection populaire en juin 1945, il « a extorqué aux accusés des aveux délirants qui présentent les dirigeants de l'insurrection comme des agents allemands. » !?

Ce livre dévoile à ceux qui sont « myopes politiquement » la personnalité et la politique de Staline, fossoyeur criminel et ennemi du socialisme.

Jean-François Chalot

 CHALOT

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-collaboration-staline-hitler-249923

mercredi 24 août 2022

Retour sur le pacte germano-soviétique: entre instrumentalisation occidentale et histoire – par Edouard Husson

 

Il faut rappeler en effet que : 

+ L’Allemagne de Guillaume II est la première responsable de la soviétisation de la Russie, puisqu’elle y a renvoyé Lénine dans l’intention de détruire la puissance russe! 

+ Hitler a tué autant de Soviétiques que la Première Guerre mondiale, Lénine et Staline réuni! 

+ Le pacte germano-soviétique est la réponse de Staline aux accords de Munich. 

+ Sans que l’un soit plus justifiable moralement que l’autre, les deux totalitarismes de l’entre-deux-guerres diffèrent. Totalitarisme de la guerre civile, le communisme respectait les accords internationaux qu’il signait; tandis qu’aucun compromis diplomatique n’était possible avec Hitler et son totalitarisme fils de l’impérialisme colonial appliqué à l’Europe. 

+ Toute la Guerre froide a été fondée sur l’idée (européenne) que l’on pouvait trouver un compromis diplomatique avec l’URSS car la guerre nourrirait le communisme tandis que la paix aiderait à le faire tomber. 

+ A vrai dire, Staline avait espéré à l’origine qu’entre l’Europe sous influence anglo-saxonne et la sphère de protection des intérêts soviétiques, il y aurait une vaste zone neutre et démilitarisée, qui irait de la Scandinavie aux Balkans, comprenant en particulier l’Allemagne. 

+ La politique étrangère américaine est incapable d’accepter un partage des sphères d’influence et un équilibre des puissances. Entre 1945 et 1947, Washington n’a cessé de “chatouiller” les Soviétiques…jusqu’en Ukraine, avec l’infiltration d’agents américains pour aller soutenir les nationalistes ukrainiens anciens alliés des nazis luttant contre les troupes du NKVD. Un air de déjà vue? Toujours est-il que l’Europe s’est retrouvée, à la fin du bras de fer stérile entre messianisme américain et messianisme soviétique, coupée en deux! 

+Depuis 1991, les Américains refusent que l’Ukraine puisse être neutre. Elle devait être occidentale, c’est-à-dire en fait américaine…même au prix d’une guerre avec la Russie. 

+ Personne ne niera les atrocités soviétiques dans les Pays baltes et en Pologne à la faveur du pacte germano-soviétique. Mais n’oublions jamais que les nazis y ont fait bien pire après juin 1941. 

+ On ne comprend ce qui s’est passé au XXè siècle en Europe centrale et orientale que si l’on accepte que (a) tous les peuples de l’URSS, y compris la Russie, ont atrocement souffert du joug communiste; (b) tous les peuples y compris l’Ukraine, les Lituaniens, les Lettons et les Estoniens, ont fourni leur lot de communistes persécuteurs. 

L’instrumentalisation du pacte germano-soviétique par l’Union Européenne a créé un climat peu favorable à la paix en Europe

J’ai bien conscience, en écrivant tout cela, d’aller contre l’instrumentalisation de l’histoire que pratique l’Union Européenne depuis qu’en 2009 a été instaurée par le Parlement Européen une journée commémorative du 23 août.  

A première vue, qui ne se réjouirait que soit célébrée une journée européenne du souvenir des victimes des totalitarismes? Sauf que cette initiative n’est pas si honnête qu’elle en a l’air. Elle a été poussée en particulier par les pays baltes dans une optique anti-russe. 

C’est à l’abri de cette commémoration désincarnée, décontextualisée qu’ont pu avancer, depuis vingt ans, de véritables réhabilitations de la collaboration des pays baltes ou d’une partie des Ukrainiens avec la nazisme.. C’est une tendance lourde, qui remonte à l’entrée de la Pologne et des Pays baltes dans l’OTAN et à la “révolution orange en Ukraine. Comme le résume Jean-Marie Chauvier:

“Certaines institutions européennes, tels le Conseil de l’Europe et le Parlement européen, assimilent désormais nazisme, stalinisme et communisme. Les médias jugent Hitler et Staline coresponsables de la guerre en raison de leur pacte de non-agression signé en 1939 et de ses clauses secrètes. La Pologne insiste particulièrement sur le massacre de ses officiers opéré par les Soviétiques à Katyn en 1940. (…)

A grands coups d’instituts et de musées vitupérant les « occupations soviétiques » et les horreurs bolcheviques, les nouveaux Etats baltes et l’Ukraine sous la présidence de Viktor Iouchtchenko ont mis en chantier des « mémoires nationales » qui valorisent les « résistances patriotiques » des années 1941-1945. Ainsi honorent-ils l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), qui lutta contre l’Armée rouge et dont les principaux chefs s’engagèrent dans la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Célébrations, défilés, hommages et constructions de monuments se succèdent. En Lettonie et en Estonie, ils sont voués aux anciens SS ; en Ukraine, aux vétérans de la division (Waffen SS) Galichina (Galizien) et de l’Armée des insurgés (OUN-UPA), pourtant accusée, entre autres crimes, du génocide des Polonais de Volhynie. En Roumanie, c’est la mémoire du dictateur fasciste Ion Antonescu qu’on « restaure » ; en Pologne, les anciens des Brigades internationales en Espagne se voient traités de « criminels ».

Ce « révisionnisme » s’imposerait aisément s’il n’y avait eu le génocide des Juifs. Or les nazis et leurs alliés combattaient le « judéobolchevisme » : l’antibolchevisme a bonne presse, mais pas le judéocide. Certains persistent néanmoins à dénoncer les « crimes juifs » du régime soviétique. En 2009, par exemple, les services de sécurité ukrainiens (SBU) publient une liste de « responsables de la famine de 1932-1933 » (Holodomor) dont les noms sont principalement juifs. Kiev comme Riga prennent toutefois garde que leurs politiques mémorielles ne versent pas dans le négationnisme. Mieux : en coopération avec Israël, les autorités commémorent l’ Holocauste. Mais comment dissimuler que, parmi les « patriotes » réhabilités, figurent des acteurs du génocide ?“

On lira aussi la très bonne analyse de Lionel Richard, parue en 2010, toujours dans le Monde diplomatique, qui se termine par ces mots: “l’origine de la Seconde Guerre est-elle imputable à ce pacte germano-soviétique ? Le prétendre revient à falsifier la nature du national-socialisme et à minimiser la culpabilité de l’Allemagne nazie, en la détournant partiellement sur l’URSS. L’invasion de la Pologne avait été planifiée par le haut commandement de la Wehrmacht, ainsi qu’en attestent les archives, dès la fin janvier 1939. Sept mois avant le pacte germano-soviétique…. ” 

Laissons le dernier mot à, Jean-Marie Chauvier, qui écrivait, en 2010, de manière prémonitoire: 

“La soif de savoir ne semble pas le moteur des « nouvelles identités » nationales et européennes. Des objectifs géopolitiques transparaissent : les « nouveaux grands récits » tendent à redéfinir les frontières, les appartenances « civilisationnelles ». Les actes « mémoriels » s’accompagnent de demandes de réparations à la Russie actuelle : la Lettonie exige 666 millions de dollars au titre de l’« occupation soviétique ».

Dans un tel climat de « guerre froide des mémoires », les politiques de « gestion du passé » paraissent moins destinées à connaître l’histoire qu’à l’instrumentaliser”.

samedi 8 mai 2021

Le pacte des diables – Histoire de l’alliance entre Staline et Hitler (1939-1941)

 

Le livre que Roger Moorhouse, historien britannique spécialisé dans la Seconde Guerre mondiale, a écrit au sujet de l’alliance entre Staline et Hitler, vient d’être traduit en français et publié chez Buchet-Chastel.

C’est un fait trop souvent occulté : le 23 août 1939, Staline leva son verre à la santé de Hitler. Même si les deux dictateurs ne devaient jamais se rencontrer, l’accord forgé ce jour-là allait changer le monde.

Connu sous le nom de pacte germano-soviétique, il devait rester en vigueur moins de deux ans, mais il n’en fut pas moins un des événements saillants de la Seconde Guerre mondiale. Ce pacte négocié par Molotov et Ribbentrop mena directement au déclenchement des hostilités contre la Pologne. Avec la connivence de Hitler, Staline occupa, puis annexa les Etats baltes ainsi que la province roumaine de Bessarabie. Puis ce fut au tour de la Finlande d’être envahie et conquise par l’Armée rouge. Quand Hitler se tourna vers l’ouest pour envahir d’abord la Scandinavie, puis les Pays-Bas, la Belgique et la France, Staline lui adressa ses félicitations. En coulisses, dans le même temps, Allemands et Soviétiques échangèrent secrets, projets, technologies et matières premières. Au point que les Britanniques et les Français envisagèrent même une attaque préventive contre l’Union soviétique en 1940.

Les écrits d’après-guerre sur le pacte germano-soviétique ont généralement répété les justifications données par le Kremlin au lendemain du conflit, à savoir que Staline cherchait simplement à gagner du temps. Toutefois, cette interprétation, que continuent à colporter des apologistes du communisme, ne cadre pas avec les faits, comme le démontrent les archives qui ont servi à rédiger ce livre.

Le pacte des diables, Roger Moorhouse, éditions Buchet-Chastel, 544 pages, 26 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-pacte-des-diables-histoire-de-lalliance-entre-staline-et-hitler-1939-1941/125459/

lundi 19 avril 2021

Les raisons de la seconde guerre mondiale, par Paul Craig Roberts

 

Aux États-Unis, l’explication convenue est que la guerre avait pour but de sauvegarder la liberté et la démocratie. En réalité il y avait plusieurs agendas en jeu, et ils n’avaient presque rien à voir avec la liberté et la démocratie. Les origines de la Seconde Guerre mondiale sont multiples. Pour l’Allemagne, l’origine de la guerre fut le traité de Versailles qui lui enleva des territoires et lui imposa des réparations pour la Grande Guerre, cela en violation des « quatorze points » du Président Wilson. Hitler voulait reprendre les terres allemandes à la France, à la Tchécoslovaquie, au Danemark et à la Pologne, et réunifier le peuple allemand. 

Le Japon voulait des colonies ou un empire, à l’instar des Européens, et avait besoin de matières premières et d’énergie.

Pour les Britanniques, qu’inquiétait une Allemagne revancharde, le but était de conserver leur hégémonie sur l’Europe. Quant à Churchill, la guerre lui ouvrait la route du pouvoir et lui donnait l’occasion de devenir un grand chef de guerre comme son ancêtre, le duc de Marlborough.

Pour Staline, c’était l’occasion de répandre le communisme dès lors que la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne se seraient épuisées dans un nouveau conflit armé.

Quel était l’agenda américain ? La lecture de la biographie de Churchill par David Irving, « La guerre de Churchill » (1), m’a convaincu que cet agenda n’avait rien d’idéaliste contrairement à ce que disent les livres d’histoire. Des mille pages du second volume de cette biographie, « Le triomphe dans l’adversité », je conclus que le but du Président Roosevelt et de son gouvernement était de remplacer l’Empire Britannique par un Empire Américain et d’empêcher les Japonais de se constituer un empire en Asie, ce qui libérait la voie pour les États-Unis. Irving ne dit pas cela ni ne donne d’explication du but de guerre américain, mais c’est cette conclusion qui ressort des innombrables textes officiels qu’Irving a découverts pendant des décennies de recherches. Irving est un historien inhabituel. Il laisse les faits parler d’eux-mêmes.

Les Britanniques entrèrent dans une guerre qu’ils ne pouvaient pas gagner contre l’Allemagne. Pour Churchill, il était capital d’y entraîner les Américains. Roosevelt le savait. Le prix que les Anglais devraient payer serait leur empire. L’Empire Britannique contrôlait le commerce mondial grâce à des pratiques discriminatoires fondées sur la préférence impériale. Le but de Roosevelt était de mettre fin à ce système et d’y substituer l’hégémonie américaine avec le dollar américain comme monnaie de réserve mondiale. A chaque moment critique pour les Anglais, ce qui permettait à Roosevelt de faire pression sur eux, il soulevait la question de l’empire. C’est probablement pour entraîner les Anglais, déjà aux prises avec l’Allemagne, dans une guerre contre le Japon, que Roosevelt provoqua les Japonais en arrêtant les livraisons de pétrole et en rompant les négociations ; il savait que la conséquence serait de jeter les armées japonaises sur les possessions britanniques.

Hitler était sur le point de réussir à recouvrer les anciennes frontières allemandes. Restait encore le territoire sous domination polonaise. Imprudemment, les Britanniques interférèrent dans les négociations germano-polonaises en donnant aux Polonais leur garantie contre une agression allemande. Cela encouragea le gouvernement militaire polonais à rompre les négociations, ce qui conduisit au pacte Molotov-Ribbentrop, lequel permit l’invasion allemande de la Pologne, suivie, quinze jours plus tard, par l’invasion soviétique de l’autre moitié de la Pologne.

Devant l’invasion allemande de la Pologne, les Britanniques sauvèrent la face en déclarant la guerre à l’Allemagne, ce qui entraîna la France à entrer en guerre à son tour contre l’Allemagne.

A la surprise générale, l’Allemagne vainquit rapidement les armées franco-anglaises. Hitler offrit aux Anglais un généreux traité de paix, n’exigeant que le retour à l’Allemagne de ses colonies africaines et promettant de défendre l’Empire Britannique. Churchill ne divulgua pas cette offre de paix et tabla sur l’entrée en guerre des Américains.

On dit que les Alliés – les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union Soviétique – gagnèrent la guerre. Mais en réalité, seuls les Américains accomplirent leur but de guerre. Washington obtint l’hégémonie. Les Anglais perdirent leur empire et, avec lui, l’hégémonie. Staline réussit à vaincre la Wehrmacht, mais au prix de vingt-six millions de Russes. Les Soviets obtinrent l’Europe de l’Est, mais l’Armée Rouge était épuisée et, bloquée par les Américains, elle était incapable de répandre le communisme dans l’Europe Occidentale.

La tentative impériale japonaise échoua.

Hitler réussit à reconstituer l’Allemagne mais se condamna à l’échec en envahissant la Russie. D’autre part, selon l’ancien officier du KGB Victor Souvorov, il s’en fallut de quelques semaines qu’Hitler fût attaqué par Staline. Souvorov, dans son livre « Le principal coupable : le grand projet de Staline pour déclencher la seconde guerre mondiale » (2) , publié en 2008 par le Naval Institute Press d’Annapolis, Maryland, soutient que Staline se préparait à envahir l’Allemagne nazie alors qu’Hitler s’apprêtait à envahir la Russie. Il semble qu’aucun des deux ne connaissait les intentions de l’autre. Le hasard voulut qu’Hitler frappât le premier. Staline eût-il frappé le premier, l’Allemagne et toute l’Europe sous occupation allemande auraient été submergées par l’Armée Rouge. Selon Souvorov, une armée qui se prépare à l’offensive est vulnérable en défense si elle est attaquée. C’est ce qui contribua à la rapide progression de la Wehrmacht et les Allemands l’auraient emporté si l’hiver n’était pas arrivé six semaines à l’avance, bloquant l’offensive allemande devant Moscou. Ce qui donna à l’Armée Rouge le temps de se reconstituer et de s’organiser.

La guerre froide visait à maintenir l’hégémonie américaine en s’opposant à l’Union Soviétique. L’effondrement de celle-ci en 1991 laissa l’hégémonie américaine sans rivale. La restauration de la souveraineté russe par Poutine et la rapide montée en puissance de la Chine sont perçues par Washington comme des menaces contre l’hégémonie étasunienne, ce qui explique l’hostilité contre la Russie et contre la Chine.

L’Empire Américain fut la conséquence de la seconde guerre mondiale. Voici la question qui se pose : après avoir joui de l’hégémonie pendant trois-quarts de siècle, Washington peut-il faire marche arrière et traiter les autres pays comme ses égaux ? Si non, la guerre est notre avenir.

Source : Paul Craig Roberts, mars 2021

Notes

(1) David Irving :  « Churchill’s war », tome 1 : « The struggle for power », tome 2 : « Triumph in adversity», Focal Point Publications, Londres.

(2) Viktor Suvorov : « The chief culprit : Stalin’s grand design to start World War II », Naval Institute Press, Annapolis.

https://www.medias-presse.info/les-raisons-de-la-seconde-guerre-mondiale-par-paul-craig-roberts/141747/

dimanche 15 novembre 2020

Henri Alleg, un héros comme la gauche les aime (texte de 2013)

La gauche vient de perdre l'un de ses « héros » historiques, qui trahit le pays qui l'avait accueilli. Retour sur le parcours pas très clair du militant communiste Henri Alleg.

La gauche française est en deuil. Le 17 juillet est mort un citoyen modèle, auquel le président de la République, François Hollande, s'est empressé de rendre hommage dès le lendemain : « J'apprends la disparition de Henri Alleg. Son livre, La Question, publié en 1958 aux éditions de Minuit, alerta notre pays sur la réalité de la torture en Algérie. Toute sa vie, Henri Alleg lutta pour que la vérité soit dite. À travers l'ensemble de son œuvre - jusqu’à son dernier livre, Mémoire algérienne, paru en 2005 - il s'affirma comme un anticolonialiste ardent. Il fut un grand journaliste, d'abord à Alger Républicain, dont il assura la direction; puis à L'Humanité, dont il fut le secrétaire général et auquel il collabora jusqu’en 1980. Henri Alleg est constamment resté fidèle à ses principes et à ses convictions. » Fermez le ban !

La presse de gauche n’est pas non plus avare de louanges. L'un des meilleurs morceaux choisis des éloges funèbres publiées ces derniers jours a été mis en ligne sur le site Internet du journal Le Monde, signé de Charles Silvestre, ancien rédacteur en chef de l'Humanité, qui dresse le panégyrique du cher défunt. On y relève quelques informations, ou confirmations, que nous soulignerons.

Henri Alleg, de son vrai nom Harry Salem, est né en 1921 à Londres, de parents juifs russo-polonais, ce qui permet à Silvestre d'écrire qu'il était « un melting-pot à lui tout seul. britannique par sa naissance, il sera français par choix quand sa famille s'installe au nord de Paris, puis algérien par adoption après l'indépendance de 1962 ».

Il n'est pourtant pas complètement apatride, puisque ce Russo-Polonais d'origine adhère au Parti communiste, plus russe que français.

« L’envie de bourlinguer le saisit en 1939 au moment où débute la seconde guerre mondiale. Il songe à l'Amérique mais débarque à Alger », poursuit Silvestre. Cette « envie de bourlinguer » tombe à point nommé pour lui éviter de se battre contre les armées du IIIe Reich, comme le font alors des milliers de jeunes Français de son âge. Il est vrai qu'à l'époque, le pacte germano-soviétique ayant été signé le 23 août 1939 entre l'Allemagne de Hitler et l'URSS de Staline, ses amis du Parti communiste n'encouragent pas encore la lutte contre les nazis et refusent la « guerre impérialiste ». Maurice Thorez lui-même, Secrétaire général du PCF, donne à ses « troupes » l'exemple de la désertion.

À Alger, Alleg fait ses preuves et devient, en 1951, directeur du quotidien Alger républicain, un organe du Parti communiste algérien (PCA). En 1954, dès les débuts de la guerre d'Algérie, les communistes aident la rébellion. En 1955, sous le gouvernement d'Edgar Faure, le PCA est très logiquement dissous, Alger républicain interdit et Alleg « plonge dans la clandestinité », comme l'écrit Silvestre; une « clandestinité » cependant assez confortable pour lui permettre de continuer à envoyer des articles à L'Humanité, qui continue de paraître librement en France.

Torture ou paire de gifles ?

Le tournant dans la vie de Salem/Alleg, qui va faire de lui un « héros », a lieu deux ans plus tard, pendant la bataille d'Alger, gagnée par les parachutistes de la 10e division aéroportée contre les terroristes du FLN, dont les attentats aveugles ensanglantent Alger avec l'active complicité des militants du PCA. Au nombre de ces derniers figure un assistant de mathématiques à l'université d'Alger, Maurice Audin, que les paras arrêtent en juin 1957. Le lendemain, 12 juin, (à cette date, le Garde des Sceaux s'appelait encore François Mitterrand…), Alleg tombe dans la souricière tendue par les soldats au domicile du mathématicien.

Selon l'Armée, Audin se serait tué en tentant de s'évader; tandis que selon les communistes, il serait mort sous la torture. Alleg y est lui-même soumis - du moins le prétend-il - et racontera les sévices qu'il aurait subis dans un livre promis à devenir une arme de propagande efficace aux mains du FLN et de ses amis en France : La Question, publié en 1958. (Il n'y pousse pas le scrupule de conscience jusqu'à dénoncer les tortures abominables pratiquées par ses amis du FLN pour soumettre à sa loi les populations…)

À partir du récit de l'intéressé, Charles Silvestre l'évoque « recroquevillé contre le mur, à moitié groggy. Le para a fait le "boulot" gégène, étouffement par l'eau, brûlures… (…) Il répond calmement : "Vous pouvez revenir avec votre magnéto [générateur d'électricité], je vous attends je n’ai pas peur de vous." » Même pas peur !

La version des militaires est sensiblement différente. À en croire le général Massu, « en fait de tortures, Alleg a reçu une paire de gifles ». Et le commandant Roger Faulques, officier de renseignement du 1er régiment étranger de parachutistes pendant la bataille d'Alger, a affirmé : « Je ne l’ai vu qu'une seule fois, mais il m’a fourni à cette occasion des indications qui m’ont permis d'arrêter les membres du parti communiste algérien. »

Après l'indépendance, Salem/Alleg choisit de demeurer en Algérie, mais y reste à peine trois ans. Un article paru dans Alger républicain en avril 2011 rapporte qu'il quitta le pays en 1965 parce que le PCA lui avait « confié la mission de participer à l’extérieur au rassemblement des forces démocratiques pour soutenir le combat du peuple Algérien vers le progrès et le socialisme ». À en croire Silvestre, il rentra en France en 1965 après une interdiction de paraître qui frappa Alger républicain sous Boumediene…

Charles Silvestre souligne encore que le grand honnête homme « était resté longtemps, en dépit de tout, solidaire des pays socialistes » - « en dépit », par exemple, du Goulag ? - et qu'« en désaccord sur ce plan avec le Parti communiste français, il n’avait pas aimé non plus les "dérives social-démocrates" qui, à ses yeux, dénaturaient le marxisme ».

À quand la panthéonisation de ce véritable héros de gauche ?

Hervé Bizien monde&vie 30 juillet 2013  n°879

mercredi 22 mai 2019

Parti Communiste “Français” : le mythe des 75 000 fusillés a la vie dure

Parti Communiste “Français” : le mythe des 75 000 fusillés a la vie dure
Et le plus grave c’est que cette légende est encore parfois enseignée aux élèves alors que le nombre de fusillés (et exécutés) en France pendant l’Occupation, toutes tendances politiques, est estimé entre 4 425 et 20 000 (voir ce site mémoriel exhaustif réalisé par l’Université Paris I Sorbonne)
Ian Brossat vient de montrer qu’il est un digne descendant des communistes français en répétant ce mensonge. heureusement qu’il a été rappelé à l’ordre par Daniel Riolo :
Pour rafraichir la mémoire ou plutôt pour développer la culture historique de ce jeune trublion, voici quelques rappels historiques.
Sur l’engagement très tardif du PC”F” dans les actions de résistance (mai 1941) et les début de la Collaboration impliquant des communistes :
Le , l’URSS signe le pacte germano-soviétique, un accord de non-agression et de partage de l’Europe centrale avec l’Allemagne nazie. Le Parti communiste français approuve la signature du pacte, bien qu’un cinquième des élus du parti s’y oppose. Lorsque la guerre éclate, l’Union soviétique reste neutre et achève même l’invasion de la Pologne telle que prévue par le pacte.
Le gouvernement Daladier estimant que les communistes découragent l’effort de guerre, la presse communiste est interdite le 26 août 1939. Le Parti communiste (SFIC) est ensuite interdit par un décret-loi du 26 septembre 1939. Les 43 députés restés fidèles à la ligne du parti fondent le Groupe ouvrier et paysan français à la Chambre des députés. Ces députés sont toutefois arrêtés le 8 octobre 1939, déchus de leur mandat le 21 janvier 1940, puis condamnés à des peines allant de quatre ans de prison avec sursis à cinq ans de prison ferme ainsi qu’à cinq ans de privation de leurs droits civiques et civils. Certains parlementaires sont déportés en Algérie, puis libérés après le débarquement allié en Afrique du Nord en 1943, tandis que d’autres vivent dans la clandestinité en France ou sont emprisonnés. Le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, mobilisé, déserte l’armée française en octobre 1939, et se réfugie en Belgique, où est reconstitué la direction du PCF, désormais clandestin.
Mais en parallèle, des militants communistes s’impliquent dans la Collaboration. En , des militants suivis de près par Jacques Duclos et Maurice Thorez demandent aux autorités allemandes l’autorisation de faire reparaître légalement L’Humanité. En dépit des promesses obtenues par les Allemands, l’autorisation n’est pas accordée. Par ailleurs, Marcel Gitton, ancien numéro trois du parti, regroupe d’anciens députés communistes du Groupe ouvrier et paysan et fonde en 1941 le Parti ouvrier et paysan français (POPF), qui milite pour la Collaboration.
Préparé à la Résistance par la pratique de la clandestinité enclenchée sous le gouvernement Daladier, le PCF engage la lutte contre l’occupant à partir de 
Sur la légende des 75 000 fusillés :
Pour l’État, ces fusillés étaient des communistes. Et ces derniers ne voulaient pas que l’on touche à la légende du « parti des 75 000 fusillés »… Dans les faits, les fusillés proprement dits – des personnes condamnées par un tribunal – étaient moins de 5 000, dont 860 otages, et tous n’étaient pas membres du PCF. [source]
Sur le parti communiste, premier parti collaborationniste, et sa demande d’autorisation aux autorités allemandes à faire reparaître l’Humanité :
Comment le Parti communiste français, qui se voulait le fer de lance du combat contre le fascisme et le nazisme, a-t-il pu solliciter des autorités allemandes, aussitôt après la défaite de juin 1940, l’autorisation de publier L’Humanité et plusieurs autres de ses journaux ? A près de soixante-dix ans de distance, cet épisode des premiers temps de l’Occupation, qui fit couler beaucoup d’encre chez les adversaires du PCF et un peu moins chez les communistes dans l’après-guerre, revient nourrir la chronique des années noires et des compromissions qui se sont parfois nouées entre ennemis déclarés.
Au lendemain de la Libération, auréolé du prestige qui s’attachait à son engagement dans la Résistance et au sacrifice d’un grand nombre de ses membres, le PCF a nié avoir jamais engagé les moindres pourparlers avec l’occupant. Puis il a reconnu qu’une telle démarche avait bien eu lieu, mais il a prétendu qu’elle avait été le fait de simples militants, privés de directives dans la débâcle. C’est seulement dans les années 1980 que l’historiographie communiste officielle a admis que des négociations avaient été menées, sur consigne de la direction du parti, par des responsables de haut niveau (…) [source]

vendredi 4 janvier 2019

Rétrospective : 2018 année Maurras [5]

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Par Rémi Hugues
Au moment où s'achève l'année du cent-cinquantenaire de Charles Maurras, Rémi Hugues nous a proposé une série d'articles - qui se termine aujourd'hui : « Rétrospective : 2018 année Maurras ». Notre collaborateur et confrère y évoque différents aspects ou moments importants de la vie et de l'oeuvre de Charles Maurras à travers les écrits fort contestables de Michel Winock, l'un des historiens organiques de la République française du XXIe siècle, « une figure dʼautorité. » Bonne lecture !  LFAR    

In Winock veritas ?
Le principe commun entre le cosmopolitisme et le communisme est en particulier lʼaspiration à la disparition des frontières nationales, projet aujourdʼhui en voie de finalisation – quoique puissamment contrecarré ces temps-ci -  et qui relie le maître à penser des pères de la IIIème République, Emmanuel Kant, à Karl Marx, le chef de file intellectuel de Lénine et des autres bolcheviks qui, suite à la Révolution dʼOctobre, instaurèrent en lieu et place de lʼimmémoriale Russie des tsars et des popes, lʼUnion Soviétique, véritable enfer sur terre qui proclamait urbi et orbi quʼil était un paradis plus glorieux encore que lʼÉden des temps reculés. 
3693045956.jpgAprès que la Première Guerre mondiale permit au communisme de prendre racine sur le sol glacial du peuple slave, lʼon peut remarquer, en revenant en France, que le P.C.F. réalisa le meilleur score de son histoire dans lʼimmédiate après-guerre. Il obtient 28 % des voix aux élections législatives de novembre 1946, devenant le premier parti de France. 
Maurras avait ainsi parfaitement raison de dénoncer ce danger, quelque temps avant la grande boucherie de 1939-1945. De vouloir empêcher quʼadvienne le pire ; la guerre, ce monstrueux bain de sang, est le pire de tout : cʼest la sagesse politique même. Apparemment pas pour Winock, qui condamne le discernement de Maurras dont le leitmotiv à la fin des années 1930 était « dʼabord pas la guerre ! », mais qui lui reproche en même temps dʼêtre un haineux, un violent. Logique aristotélicienne, où diable es-tu passée ?     
La ligne définie par Maurras était strictement défensive : prévenir une agression venue de lʼextérieur en augmentant massivement le budget militaire. Il en appelait à la fin de la République et à sa substitution par un régime « capable dʼarmer », de protéger la France face à la menace hitlérienne. 
Ce que Winock interprète spécieusement comme de lʼanti-patriotisme. Il accuse carrément  la pensée de Maurras dʼêtre « nuisible à la cause nationale quʼelle est censée défendre ». Voir dans le régime de Vichy mis en place par Pétain une « divine surprise » relèverait pour lʼhistorien de lʼacte de haute trahison. Maurras, pourtant affublé du titre de « germanophobe » par Winock, aurait-il fait preuve de couardise en se soumettant censément à lʼAllemagne victorieuse ? Lui au moins a accepté de vivre lʼhumiliation de près. Il est resté dans sa patrie défaite. Quand de Gaulle est parti pour Londres. 
Qui, honnêtement, est le plus courageux des deux ? Lʼacte le plus courageux nʼétait-il pas de vivre à lʼintérieur de son pays, en dépit de lʼOccupation ? Ne consistait-il pas à se ranger du côté de ce régime nouveau qui sʼefforçait de maintenir la grandeur de la France ? En réalité Maurras fit preuve de bravoure patriotique. Il aurait pu se réfugier à lʼétranger. 
Cependant pour Winock lʼÉtat français du Maréchal Pétain est à vouer aux gémonies car il manifestait une hostilité sans pareille contre « les Juifs, les francs-maçons, les communistes et les gaullistes ». Lʼhostilité en soi nʼest pas un crime, comme en attestent les campagnes actuelles qui sʼen prennent aux supposés « conspirationnistes », accusés de « semer la haine » sur internet. 
1513020699.jpgLes communistes avaient bien pactisé avec lʼAllemagne nazie, lors du pacte Ribbentrop-Molotov, qui fut approuvé par le P.C.F. en septembre 1939. Au sujet des Juifs, Winock a-t-il oublié que Pétain avait parmi ses conseillers Emmanuel Berl, lʼinventeur de la célèbre formule « La terre ne ment pas », qui était de confession juive ? Enfin, reprocher à Vichy d’être dirigé contre les gaullistes relève pour le moins dʼune appréciation téléologique. Cʼest faire de lʼhistoire « rétrospective ». À lʼépoque nul ne pouvait présager de lʼimportance à venir de la personne du Général de Gaulle. Il était combattu en tant que sous-fifre des Britanniques. Pour Pétain et les ronds-de-cuir de lʼÉtat français siégeant à Vichy, il nʼétait quʼun point de détail, un pion au sein de lʼappareil militaire du Royaume-Uni, un officier parmi dʼautres de Sa Majesté. Rien de plus. 
On a presque, en outre, lʼimpression que pour Winock Hitler et Pétain sont 1453841181.3.jpginterchangeables. Ce quʼil est capital de rappeler, cʼest que ce dernier reçut son pouvoir non dʼHitler mais de la chambre des députés élue en 1936 – celle du Front populaire (photo) –. Le Maréchal dut assumer un rapport de force qui lui avait été imposé. Il nʼétait pas le responsable de la défaite. En aucun cas il nʼétait le thuriféraire dʼHitler. De même que Maurras, il percevait la défaite comme une terrible humiliation. Mais ce nʼest pas pour autant quʼil envisagea de partir au loin afin dʼéchapper aux épreuves auxquelles faisait face sa chère nation. Pétain comme Maurras ont agi en patriotes. 
533258966.jpgCe quʼil y a, pour finir, de plus surprenant dans lʼarticle de Michel Winock, cʼest quʼil accuse Maurras de faire preuve de pacifisme. Empêtré par un discours qui fleure bon lʼanti-maurrassisme primaire, Winock se révèle en creux « polémophile », littéralement qui aime la guerre, cʼest-à-dire apologète de la guerre en tant que telle. Oui, Maurras eut raison de mettre en une de son journal Action française, après les accords de Munich (photo), « à bas la guerre ». Oui, la guerre, lʼacte politique le plus extrême et radical, est un fléau, l’ultima ratio, que lʼon ait à combattre Staline, Hitler, Nasser, Bachar al-Assad, Daech ou le roi dʼAngleterre. 
Paradoxalement, Winock, en justifiant quʼon puisse trouver de bonnes raisons de faire la guerre (en se référant à 1939 il légitime la moins justifiable des guerres, la guerre offensive), se positionne sur la même ligne que Hitler, qui, sʼappuyant sur les théorèmes méphistophéliques du darwinisme social, lʼexaltait. À force de se vouloir lʼopposant diamétral de Maurras, Winock en à arrive à épouser le bellicisme hitlérien, nous priant de croire avec lui quʼil y aurait dans une guerre que l’on avait toutes chances de perdre quelque vertu. 
Et lʼingénu de se dire distraitement quʼil est décisif de savoir prendre sa retraite au moment opportun, une fois carrière accomplie. Car un historien nʼest pas comme le vin, il ne se bonifie pas forcément avec lʼâge. (FIN)