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samedi 18 juillet 2026

On ne peut à la fois défendre le dreyfusisme et honorer l’Ukraine bandériste !

 

Le 12 juillet Macron se pose en champion du dreyfusisme et du combat contre l’antisémitisme, mais le 14 juillet il honore l’Ukraine néonazie. Rien ne l’arrête.

Macron nous salit en soutenant l’Ukraine bandériste. Mais tous, opposants et CRIF, se couchent misérablement. Elle est belle la France humaniste, patrie des droits de l’homme ! Quelle ignominie !

Comment la communauté juive de France a-t-elle pu accepter que Macron fasse de notre fête nationale une journée en l’honneur de l’Ukraine, alors que Zelensky n’a cessé de vénérer les nationalistes de son pays, aux mains rouges de sang ? Le CRIF devrait lire ce lien :

https://terrepromise.fr/les-monuments-dedies-aux-collaborateurs-nazis-en-ukraine/

Comment les élites de notre pays, qui se gargarisent à longueur de temps avec nos valeurs humanistes et qui se targuent d’être à la pointe du combat contre l’antisémitisme, comment ces soi-disant élites ont-elles pu accepter de voir défiler sur les Champs-Élysées une armée ukrainienne dont certaines unités glorifient les Waffen-SS ?

Ces élites autoproclamées ont-elles la moindre idée de l’ampleur des massacres commis par les ultranationalistes ukrainiens, de 1941 à nos jours ? En voici l’interminable liste, parfaitement documentée. Ne comptons pas sur les Occidentaux et leur morale à la tête du client pour nous révéler cette barbarie. Elles aussi devraient lire cet autre lien :

https://www.mid.ru/en/foreign_policy/historical_materials/1904942/?lang=fr

Le 12 juillet 2026, sur l’Île de la Cité, Macron nous a livré un discours à l’occasion de la Journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus. En voici un extrait :

« Le dreyfusisme nous rappelle que l’antisémitisme, quelles qu’en soient la racine ou les explications prétendues, est l’ennemi de la République, a-t-il déclaré par ailleurs. Or, nous savons que les vieux démons de l’antisémitisme n’ont jamais totalement disparu de notre pays. Nous le savons parce que les actes antisémites, loin de s’éteindre, continuent de frapper des personnes en raison de ce qu’elles sont. »

Mais deux jour plus tard, il honorait l’Ukraine et son président, qui n’a cessé depuis son arrivée au pouvoir d’honorer la mémoire des nationalistes ukrainiens, qui se sont distingués par des crimes de masse depuis 1941.

Voyage dans l’Ukraine néonazie

Poutine a mille fois raison. Il faut dénazifier ce pays qui vénère des monstres de l’histoire.

Ce sont des centaines de monuments, de statues, de bustes, de plaques commémoratives ou de noms de rues, qui honorent les innombrables bourreaux ukrainiens qui ont plus que collaboré avec les nazis. Ils ont fait de la surenchère dans la barbarie en soutenant la Shoah.

1,5 million de Juifs assassinés durant l’Holocauste venaient d’Ukraine.

Les nationalistes ukrainiens ont exécuté en masse des Juifs, des Tziganes, des Polonais et des prisonniers de guerre russes.

Voici quelques citations de ces dirigeants génocidaires :

« Les villes ont encore un certain pourcentage de Juifs, bien que très diminué… Les Juifs des villages ont été liquidés, d’une manière ou d’une autre…. dans certains villages, cela a pris une allure festive – par exemple, les Juifs ont été forcés de défiler avec des pancartes disant : Nous sommes vos bourreaux »

« Nous adopterons toutes les méthodes qui mèneront à leur destruction »

« J’insiste sur l’extermination des Juifs et sur la nécessité d’adapter les méthodes allemandes d’extermination des Juifs en Ukraine. »

« Nous organiserons une milice ukrainienne qui nous aidera à éliminer les Juifs »

Laurent Brayard dénonce un ultranationalisme ukrainien haineux, raciste, fasciste et nazi. Il pourrait ajouter « cruel ».

Le 2 mai 2014 à Odessa, les opposants au Maïdan, enfermés et bloqués dans la Maison des syndicats, ont été brûlés vifs par les nationalistes ukrainiens, qui ont la haine des Russes et des opposants gravée dans leur ADN. En conséquence, 48 personnes, dont sept femmes et un mineur, ont été tuées et plus de 200 ont été blessées. Personne n’a été puni pour le meurtre de civils. Depuis cette date la guerre du Donbass, de 2014 à 2022, a fait 15 000 morts en majorité civils parmi les populations russophones.

Conclusion

Si tous les politiques et les citoyens faisaient l’effort de s’informer sur les causes initiales de la guerre et sur la réalité du régime kiévien nazifié, l’Ukraine n’aurait plus un seul soutien en Occident.

Mais les dirigeants sans foi ni loi qui nous gouvernent surfent sur l’ignorance des peuples et de la plupart des élus. Je reprends les derniers mots du lien ci-dessus :

« Le culte du nazisme est plus que rampant en Ukraine, il se manifeste au grand jour. Alors doit se poser la question centrale :

« Quelle nation peut exister, quel peuple peut vivre en toute quiétude dans le voisinage direct d’un pays dans lequel la nostalgie pour l’extermination des Juifs et la haine des Russes sont si vivaces ? »

Tout est dit, mais pas un seul dirigeant occidental n’est prêt à entendre cette vérité. Et tous ces faux défenseurs des droits de l’homme sont prêts à intégrer l’Ukraine dans l’UE. L’Europe de la paix est la plus grande arnaque que nous vendent les mondialistes. Combien d’antisémites avancent masqués parmi les dirigeants européens ? La réponse est sans doute tragique.

Comment l’Europe peut-elle tomber aussi bas et notamment la France, qui a enterré à jamais les valeurs du gaullisme ?

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/on-ne-peut-a-la-fois-defendre-le-dreyfusisme-et-honorer-lukraine-banderiste/

mardi 7 septembre 2021

L’affaire Dreyfus, entre farces et grosses ficelles (Adrien Abauzit)

 

Adrien Abauzit est avocat, conférencier et écrivain. Il a notamment œuvré à la réhabilitation du Maréchal Pétain. Il s’attaque cette fois à l’affaire Dreyfus et vient contredire la doxa établie au sujet de ce dossier.

L’affaire Dreyfus dépasse l’affaire Dreyfus. A l’instar de la campagne permanente de diffamation contre le Maréchal Pétain, la version officielle de l’Affaire est un instrument de culpabilisation du peuple français qu’il convient de réduire à néant pour le plus grand bien de notre pays et pour le triomphe de la vérité. C’est tout l’objet de ce livre.

Il y a une double dimension dans l’attitude de Dreyfus. D’abord, celle d’un bourgeois désireux de briller en société en passant pour un aventurier. Pour cela, ainsi qu’il s’en est confié à Lebrun-Renault, il s’est lancé dans l’ “amorçage”, pratique consistant à livrer des documents, qu’il jugeait sans importance, en tout cas dans un premier temps, pour en obtenir d’autres en retour. Sans doute espérait-il pouvoir plastronner, au motif qu’il avait réussi à s’emparer de documents allemands. Dépassé par les événements, il finit par aller plus loin qu’il ne l’aurait souhaité.

Ensuite, il ne faut pas négliger la dimension franco-allemande de la famille Dreyfus. En livrant des secrets militaires français, Dreyfus souhaitait montrer qu’en cas de conflit, l’Allemagne se trouverait face à un adversaire ayant du répondant.

Bien qu’il soit le détonateur de l’Affaire qui porte son nom, Dreyfus n’en est pas un acteur majeur. Tout l’ouvrage nous démontre qui sont les figures de proue dreyfusardes et comment le dreyfusisme constitue bel et bien une trahison.

L’auteur montre également que la lutte opposant l’armée au Syndicat est la manifestation du combat à mort opposant la France éternelle à la République des Lumières. Car le dreyfusisme a permis aux républicains de faire avancer leurs pions dans l’armée et les services secrets. Le récit mensonger des dreyfusards sert d’arme contre la France catholique et accouche, au final, de la nomination à la tête des armées françaises d’un incapable à qui l’on doit la catastrophe militaire de 1914.

Et Adrien Abauzit conclut en estimant que le devoir d’un Français désireux de remettre l’histoire à l’endroit est d’accuser les dreyfusards d’hier et d’aujourd’hui.

L’affaire Dreyfus entre farces et grosses ficelles, Adrien Abauzit, éditions Altitude, 360 pages, 22 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/laffaire-dreyfus-entre-farces-et-grosses-ficelles-adrien-abauzit/99140/

lundi 9 août 2021

Sternhell historien du fascisme, ou la séduisante imposture

  

Zeev Sternhell (1935-2020) est un historien israélien, largement reconnu comme un spécialiste du « fascisme ». Hostile à son objet d’étude, comme sioniste de gauche marxisant convaincu, il avait néanmoins adopté une véritable démarche d'historien, en menant des recherches sérieuses sur la documentation primaire, soit les écrits des personnalités réputées « fascistes », et les points de vue des contemporains à leur sujet.

Toutefois, ce dernier point illustre immédiatement la fragilité de la démarche, « fasciste » appartenant dès les années 1920 au registre de l’insulte politique, en particulier pour tout opposant aux communistes, y compris parfois jusqu’à la gauche non-communiste, de Léon Blum à Guy Mollet.. Sternhell a toujours mélangé du sérieux indiscutable, et des considérations téméraires, voire fausses. Ce qui reste impressionnant a été sa capacité à maitriser parfaitement un grand nombre de langues, dont le français ; sa compréhension linguistique est hors de doute.

Sternhell a été à la fois le bénéficiaire et la victime de son plus grand disciple autoproclamé en France et vulgarisateur, le mondain d'extrême-gauche Bernard-Henri Lévy. Dans la vulgate télévisuelle  de BHL il est donc question d'affreux fascistes en France des les années 188090, avec Barres et Maurras, persécutant en particulier le capitaine juif Dreyfus. Un antisémitisme net - en effet réel - aurait déjà été combiné à des conceptions fascistes claires de la société, et ce plusieurs décennies avant Mussolini, pourtant inventeur officiel du fascisme, et Hitler. Les médias du Système ravis de cultiver la détestation de la France authentique et son passé ont bien sur répété ad nauseam cette thèse délirante.

Fascisme ou bonapartisme autoritaire et social ?

Les historiens un minimum sérieux, même officiels, ont eu du mal a se faire entendre dans leurs dénonciations de cette extravagance. En effet, le fascisme au sens strict, n'a non seulement jamais été au pouvoir, élément évidemment essentiel, car les politiques réellement menées valent mieux que les discours, mais n'a pas vraiment existé en France, ou n'a été que marginal. Les droites radicales ont certes existé des années 1880 à 1960, mais n'ont pas été « fascistes » pour autant. Il ne suffit pas d’avoir un culte du chef, un nationalisme indiscutable, des préoccupations sociales, pour être « fasciste ». Les définitions trop larges finissent par ne plus avoir de sens. Le fascisme implique un projet totalitaire de transformation radicale de la société.

En France, on peut parler plutôt de bonapartisme autoritaire et social, formule qui possède tout son sens, en remontant aux pratiques politiques et aux discours de Napoléon 1er et Napoléon III - en opérant des sélections claires. Ce bonapartisme, dans le temps long, finit assez vite détaché de la fidélité dynastique à la famille Bonaparte, et le culte de l’homme fort providentiel a pu s’incarner au milieu des années 1880 dans le général Boulanger. Boulanger, patriote sympathique mais velléitaire décevant, est à comprendre comme un nouveau Bonaparte raté, et non quelque pré-Mussolini malheureux. L'Histoire s'entend par rapport au passé des personnages, passé connu des acteurs en leur temps, et certainement pas un futur inconnu.

C'est l’erreur méthodologique appelée « téléologie » en Histoire, vouloir obstinément reconstruire le passé pour le faire correspondre à un futur que l’historien de loin postérieur croit bien connaitre.

À ce bonapartisme autoritaire et social, il  convient de rattacher de nombreux mouvements politiques qualifiés de « fascistes » par Sternhell et beaucoup d'autres à l'époque comme par la suite, comme à la fin des années 1930 le Parti social français (PSF) du colonel de La Rocque, ou, plus intéressant, le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot. Ce dernier, le plus proche du fascisme, n'en pas strictement relevé. Enfin, Vichy tient bien davantage de l’Ordre Moral des années 1870 que du fascisme.

Nationalisme français et marxisme révisionniste

L'extravagance de BHL, comme sur  à peu près tous les sujets, est donc manifeste. Il y avait pourtant plus qu'une nuance avec l’original. Sternhell avait conceptualisé un « préfascisme », avec Barrès et Maurras, ou Déroulède, combinat nationalisme et socialisme. Ce préfascisme aurait évolué en fascisme chez Mussolini. Autant la filiation Maurras-Hitler de BHL est manifestement absurde, autant un Mussolini, excellent francophone, influencé par des nationalistes français, pourquoi pas ? Et il y a effectivement malgré tout des thèmes communs entre « socialisme nationaliste » de Barrès, à son époque boulangiste, et national-socialisme de Hitler.

À la filiation des nationalistes français, il y aurait eu aussi la filiation d'un mouvement marxiste révisionniste, lequel aurait conduit Mussolini a rompre avec le socialisme internationalisme. Ce serait un révisionnisme violent, révolutionnaire, à la suite de Sorel, comme il y eu en symétrique un révisionnisme pacifique parlementaire, lui bien connu.

Ainsi, le fascisme serait né en Italie en 1919 de la convergence entre l’extrême-gauche en rupture de socialisme officiel - typiquement Mussolini - et des éléments d'extrême-droite nationaliste, le tout favorisé par la fraternité des tranchées et la commune détestation du bolchévisme (après la Révolution d'Octobre 1917). Cette thèse, superficiellement en partie juste, a été discutée. sans hostilité pour le moins, par Dominique Venner dans sa revue Enquête sur l’Histoire dans les années 1990; nous avions découverte par ce biais, et trouvée a l'époque (vers nos 15 ans), convaincante. Elle semble expliquer le rêve d'un fascisme paneuropéen incarnée dans les années 1940 par nos grands écrivains Drieu et Brasillach. Ce fascisme défini par Sternhell ressemble a un grand mouvement politique structuré, à l’idéologie assez claire, et serait un grand concurrent dans le temps long du socialisme - et son avatar communiste - et du libéralisme. Ainsi, cette reconstruction de Sternhell peut séduire, surtout si l’on se sent proche du fascisme, paradoxe amusant.

Une thèse fausse

Toutefois, avec l’âge, l’expérience, beaucoup de lectures sérieuses, il faut bien conclure que les thèses de Sternhell relèvent seulement de la séduisante imposture. Penser un préfascisme avant 1919 n'a aucun sens. Au XIXe il y a eu de nombreux projets nationalistes, autoritaires et sociaux, en Europe comme en Amérique, et quelques tentatives. Le caudillisme, typique de l’Espagne ou de l’Amérique Latine, dont le boulangisme a  été aussi une tentative de variante française, n'a pas conduit au fascisme suivant une évolution logique quasi-fatale. Le caudillisme peut par exemple aboutir à Franco, Fidel Castro, Pinochet, soit des programmes et pratiques politiques très différents au final, et aucun n'étant « fasciste ».

Faire de Mussolini un intellectuel marxiste consciencieux, atteint vers 1910 d’une crise de scrupule révisionniste vouloir - sauver Marx et la Révolution prolétarienne du marxisme dogmatique de la Deuxième Internationale - tient de Terreur historique pure et simple. Mussolini a été le correspondant italien de Jean Jaurès, avec aucun écart idéologique particulier à l’été 1914, et probablement un même désintérêt pour les querelles idéologiques marxistes, et le fascisme est le résultat imprévisible de son évolution personnelle. Il n'a d'ailleurs atteint selon nous une première construction à peu près achevée qu'en 1920, celui de 1919 restant assez confus et marqué par l’extrême-gauche. Le fascisme italien des années 1920 a manifestement influencé le national-socialisme allemand naissant, avant que d’être à son tour influencé par lui à partir de 1937-1938. Ces deux expériences historiques, ponctuelles dans l'espace et le temps, sont les seules que l'on peut qualifier avec pertinence de « fascistes ».

Sternhell a pu servir de caution intellectuelle a tous les excités et conformistes, soucieux d'excommunications morales,  au nom de l’humanisme progressiste, pour le passé comme le présent. Ainsi, les partis patriotes et sociaux, en dépit de toutes leurs insuffisances doctrinales ou leurs reniements manifestes, seront toujours « fascistes » ou quasi-fascistes, et toute « dédiabolisation » ne relève que du sabotage de son camp pour n'aboutir à rien, ni au pouvoir ni a un brevet d'honorabilité délivré par le Système...

Néanmoins, Sternhell possède un mérite essentiel il incite à relire vraiment Déroulède ou Barrès, injustement oubliés, et beaucoup d’autres dont les « syndicalistes jaunes » des années 1890; c'est son seul apport vraiment positif à l’Histoire.

Principaux ouvrages de Sternhell :

Maurice Barrès et le nationalisme français, Complexe, 1985.

La Droite révolutionnaire, 1885-1914. Les origines françaises du fascisme, Seuil, 1978, puis Gallimard, Folio Histoire, 1998.

Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France, Seuil, 1983.

Scipion de Salm, Réfléchir&Agir N° 68 Hiver 2021

jeudi 19 novembre 2020

Charles Péguy, enfant de France 1/3

   

Charles Péguy nous vient de loin, du fin fond de l'histoire de France. C'était un républicain qui ne votait pas et un chrétien qui ne communiait pas, disait de lui Jean Guehenno. Légataire d'une tradition pluriséculaire, il aura incarné plus que nul autre l'âme d'une nation. Auteur d'un roboratif Péguy de combat (Les Provinciales, 2007), Rémi Soulié en dévoile toutes les facettes.

Lorsque Bernanos évoque Péguy, c'est d'abord le rythme de la marche qu'il entend « Une deux, une deux... » Comme tous les grands écrivains, il a l'oreille musicale et, en l'occurrence, se montre à l'écoute de l'essentiel : les pas du laboureur, du fantassin et du pèlerin. Péguy arpentait les rues du Quartier latin ou les plaines du Hurepoix et de la Beauce comme ses ancêtres les champs de l'Orléanais et du Bourbonnais, avec patience, ténacité et obstination. Nuls vers (nulle prose aussi, sans doute) n'illustrent plus justement l'antique étymologie latine du versus, le « sillon », la versura étant l'extrémité du sillon où les bœufs se retournent, comme le rappelle Pierre Boutang dans son Art poétique. Têtu, Péguy ressasse en litanies, manière pour lui d'être fidèle à son catéchisme et à la grammaire - qui sont au fond une même chose autant dire, à sa race.

Intempestivité d'une parole qui fait corps et qui marche donc sur ses deux jambes. Tout, chez Péguy, est affaire d'incarnation, d'incorporation, d'innutrition d'où sa condamnation du « mécanique » ou du « logique », qu'il oppose à l'« organique » : le premier, juridique, contractuel, abstrait, raisonneur, mort... moderne le second, concret, instinctuel, vivant... racé. « Des pensées, des instincts, des races, des habitudes qui pour nous étaient la nature même, qui allaient de soi, dont on vivait, qui étaient le type même de la vie, à qui par conséquent on ne pensait même pas, qui étaient plus que légitimes, plus qu'indiscutées irraisonnées, sont devenues ce qu'il y a de pire au monde : des thèses [...]. Quand un régime, d'organique est devenu logique, et de vivant historique, c'est un régime qui est par terre. »

Comme toutes les âmes simples, comme tous les coeurs profonds, Péguy adopte donc un rythme binaire, dussent s'en moquer les savants, les « avancés » et les malins qui peuplent le parti intellectuel (qu'il baptise significativement les « primaires », comme ceux qui pensent, par exemple, que la France naquit le 14 juillet 1789 à six heures du matin) : son oui est un oui, son non est un non. En voici quelques illustrations possibles : charnel et spirituel, temporel et éternel, racination et déracinement, mystique et politique, ancienne France et monde moderne, périodes et époques, restaurations et perturbations... Le plus souvent, ces oppositions demeurent; plus rarement, comme dans les deux premiers cas, elles s'effacent, mais dans le seul mystère de la Croix où sont conjoints, comme dans une Note (musicale aussi bien), le fini et l'infini.

Le moins que l'on puisse dire est que Péguy ne s'éloigne pas, n'en déplaise à ceux qui, pour lui nuire, le caricaturent en saint de chromo sulpicien, en Déroulède revanchard ou en national-socialiste - ce qui, au demeurant, serait le moins accablant lorsque l'on songe au « programme de Nancy » de Barrès, qui l'aida tant.

L'opposition de la mystique et de la politique ? Elle ne recoupe pas seulement la distinction triviale et de très basse intensité entre les discours et les actes. La mystique appelle un héroïsme intransigeant au service d'un absolu (appelons-le la France) pour quoi l'on peut sacrifier sa vie à Bouvines, à Valmy ou dans un champ de betteraves de la Brie. La politique, quant à elle, prospère sur le dos des cadavres, grassement nourrie par de multiples prébendes - même la bouche pleine, les survivants n'arrêtent pas de parler des morts tout en défaisant un à un les idéaux pour lesquels ils tombèrent. Ainsi de la mystique, puis de la politique dreyfusardes. Pour que la « cité » soit « harmonieuse », nul ne doit être relégué ou damné (à l'île du Diable), ce qui là encore revient au même. Le socialisme de Péguy, d'abord éthéré, idéaliste - celui de la « volition des âmes » n'admet pas l'existence de l'enfer même si c'est la France qui, dans le cas d'espèce, est selon lui en état de péché mortel. Que se passe-t-il lorsque la « Justice et la Vérité » se retournent contre l'Église et l'armée ? Elles déchoient et chutent dans la « démagogie combiste », jaurésienne, ou dans ce que Maurras qualifie d'anti-France.

La tradition est révolutionnaire

Ce n'est pas un hasard si, à la différence des chronologies généralement admises, Péguy date la naissance du monde moderne des années 1880, moment où la République une et indivisible - celle de Quinet, Raspail, Fourier et Blanqui qu'il magnifia en Royaume de France, organise ses fondations institutionnelles contre sa propre mystique et périclite. Derrière le paravent de la neutralité laïque, des ombres travaillent ainsi à la déchristianisation intéressée de « notre patrie » et au remplacement d'une métaphysique par une autre. Sainte colère de Péguy : « Quand donc aurons-nous enfin la séparation de la Métaphysique et de l'État ? [...] Quand donc l'État, fabriquant d'allumettes et de contraventions, comprendra-t-il que ce n'est point son affaire que de se faire philosophe et métaphysicien ? »

Manifestement, il ne l'a toujours pas compris. Les « Radicaux » qui, à la différence des socialistes ou de l'Action française, n'ont jamais eu de mystique, tiennent toujours le gouvernail : « Tout ce monde-là est au fond du monde radical. Même indigence, même lamentable pauvreté de pensée. [...] Partout ce même orgueil creux, ces bras raides, ces doigts d'orateurs, ces mains qui ne savent pas manier l'outil. »

La République des politiques déracine donc avec méthode le peuple français en lui apprenant à lire les « pornographies des programmes électoraux » et à communier dans la religion positive à travers une « domination primaire, civile, civique, gratuite, laïque, politique, électorale, obligatoire, universelle » - la grammaire étant aujourd'hui encore moins considérée, il conviendrait d'ajouter « citoyenne ». Péguy nomme « démystication » ce mouvement unique de déchristianisation et de dérépublicanisation. À ses yeux, en effet, les mystiques païenne (antique), hébraïque, chrétienne, traditionnelle, révolutionnaire, royaliste, républicaine, française s'opposent moins entre elles qu'elles ne s'opposent aux différentes politiques qui en sont les dégradations.

C'est que, dans la grande subversion poético-mystique de Péguy, la tradition est révolutionnaire : « Une révolution revient essentiellement à fouir plus profondément dans les ressources non épuisées de la vie intérieure; et c'est pour cela que les grands hommes d'action révolutionnaire sont éminemment des grands hommes de grande vie intérieure, des méditatifs, des contemplatifs. » La révolution n'est un désordre que pour les saboteurs pour lui, elle est un ordre car « l'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté » - et la République, une « restauration ».

À suivre

lundi 30 septembre 2019

La droite et le socialisme par Pierre LE VIGAN

Il est d’usage de considérer la droite comme le contraire du socialisme. La droite serait anti-socialiste pour la simple raison qu’elle serait une anti-gauche, ce qui revient à dire que la gauche, ce serait, peu ou prou, d’une manière ou d’une autre, le socialisme. Paradoxal alors que le socialisme a longtemps excédé les catégories de droite et de gauche, avant l’affaire Dreyfus.
Or l’opposition au socialisme n’est pas constante dans l’histoire de la droite, de même que la gauche est fort loin de se définir principalement par l’adhésion à l’idée socialiste – aussi variée et polymorphe que puisse être cette idée. Les choses sont en effet plus compliquées. D’une part, les courants d’idées que sont le socialisme, le nationalisme, etc., ne se situent pas sur le même plan que les catégories de droite et de gauche. D’autre part, droite et gauche elles-mêmes ne sont pas les symétriques l’une de l’autre.
Un détour est ainsi nécessaire par la gauche pour comprendre la droite. Raymond Huard défend à propos de la gauche l’hypothèse suivante :  la question ne serait pas de savoir si la gauche est une ou plurielle (« les gauches »), mais serait plutôt de se demander si la gauche est une donnée permanente de la vie politique française ou si « elle se construit dans certaines conjonctures historiques alors qu’à d’autres moments, cette notion (de gauche) n’est pas opératoire pour décrire les forces politiques, ne correspond pas à une réalité objective, ni même à l’impression subjective des individus (1) ».
Cette hypothèse est convaincante. Elle consiste à voir en la gauche un rassemblement qui ne prend forme que dans des circonstances historiques précises – et rares. On peut estimer qu’une définition de la droite relèverait d’une définition non symétrique. À savoir qu’on pourrait toujours repérer la présence d’une droite dans l’histoire française des deux derniers siècles, et que celle-ci se définirait par le souhait de maintenir l’ordre établi.
Naturellement, cet ordre changeant régulièrement, la droite change aussi, c’est-à-dire qu’elle change pour que rien ne change. En ce sens, cette droite dite « conservatrice » est aussi, et surtout, une droite moderne; elle conserve ce qui est compatible avec les mutations de la modernité : c’est-à-dire, en dehors du pouvoir de l’argent, pas grand chose. Cette droite se définit toujours  par le refus du constructivisme. Cette droite est en ce sens naturellement anti-socialiste : parce que c’est une droite « libérale », c’est-à-dire tolérante envers les évolutions qui se font sans contrôle humain conscient, alors qu’une droite conservatrice (radicalement conservatrice) peut être constructiviste, dans la mesure où la volonté de conserver, de maintenir (certains équilibres, certaines mœurs, etc.) n’équivaut pas au « laisser-faire » (comme le montre l’exemple de l’écologie). D’où la possibilité – entrevue par la « Nouvelle Droite », autour de la revue Éléments, d’un conservatisme révolutionnaire, tendance qui peut amener cette droite (radicale, ou dite « extrême » par ses ennemis ou ceux qui tout simplement ne la comprennent pas) à considérer certaine variante de socialisme comme la plus apte à restaurer certains principes qui sont les siens, par exemple l’unité de la communauté du peuple, la souveraineté nationale, la justice au sein du peuple, etc. Si la droite classique, au pouvoir ou proche du pouvoir depuis deux siècles, est anti-socialiste, paradoxalement, c’est parce qu’elle vient de la gauche, d’une certaine gauche de 1789, celle qui se définit par un principe d’opposition aux structures communautaires et une volonté de « naturaliser » le social, cette gauche de 89 qui a historiquement évolué vers la droite pour laisser la place à d’autres gauches selon un processus de sinistrisme parfaitement élucidé par Albert Thibaudet (2).
Les rapports de la droite au socialisme sont donc évolutifs pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que le socialisme en France connaît des mutations idéologiques considérables, et que sous le nom de « socialistes » cœxistent parfois des conceptions totalement incompatibles, de la gauche « progressiste » à la « gauche réactionnaire » (3).
Ensuite parce que, si l’« on ne se pose qu’en s’opposant », la droite change en fonction de l’évolution de la gauche, et de la « seconde naissance » que connaît celle-ci, en 1848-49, quand la Montagne  (Ledru-Rollin, Schoelcher, et les démocrates socialistes) se rapproche des socialistes, et quand la gauche, comme l’a justement remarqué Maurice Agulhon, commence à s’identifier, non seulement à la Révolution de 89-93, à la République, et au suffrage universel, mais aussi à « l’espérance sociale ». Comme le signalait Karl Marx (Les luttes de classes en France) en 1849, l’union du parti des ouvriers, et celui de la petite bourgeoisie était considérée comme « le parti rouge ». D’où un lien entre socialisme modéré et radical-socialisme (4). En d’autres termes, le changement social et la République deviennent une espérance commune à partir du milieu du XIXe siècle.
Enfin parce qu’il existe une droite non libérale dont le rapport au socialisme oscille entre le refus de toute eschatologie « progressiste » et néanmoins la sympathie pour l’esprit communautaire et organique dont le socialisme peut être porteur.
Dès Babeuf, des convergences entre un certain socialisme et les positions d’une certaine droite apparaissent. L’opposition entre les « ventres creux » et « le million doré » évoque l’opposition du « peuple » et des « Gros » (Pierre Birnbaum) généralement repérée comme un des thèmes de la droite radicale. Il y a aussi dans le communisme de Babeuf une composante libertaire et une passion du peuple réel contre les abstractions universalistes qui le conduisent à s’insurger contre ce qu’il appelle le « populicide » vendéen.
Si l’égalitarisme de Babeuf ne rencontre pas de sympathie à droite, son populisme et son esprit libertaire trouvent un écho dans la droite radicale. Mais c’est un autre socialisme qui prend forme tout au long du XIXe siècle. Il se réclame de la transparence et de la rationalité et Karl Marx en représente la figure centrale. À la « fausse science » libérale, il oppose la « vraie science » des rapports sociaux. « L’humanité est en dehors de l’économie politique, l’inhumanité est en elle », écrit Marx. Au pessimisme d’une certaine théocratie pour qui « l’homme est un diable », Marx oppose l’idée selon laquelle rien de ce qui est diabolique ne serait humain, le mal étant seulement concentré dans la phase bourgeoise de l’évolution humaine, propos symétrique et tout aussi absurde. Le mal ne serait qu’un produit de circonstance de l’économie bourgeoise, qui dépossède l’homme de lui-même, et lui enlève sa « mienneté » (Paul  Ricoeur).
Les critiques marxiennes mettront cinquante ans à avoir un écho à droite, avec la Jeune Droite de Thierry Maulnier et les spiritualistes des années Trente, qui ne se réduisent pas à la droite anti-conformiste, mais lui sont liés de maintes façons (5). Ce délai de réaction de la droite peut paraître long. Mais les critiques de Marx sont aussi longues à influer sur le socialisme français lui-même. En effet, l’idée socialiste en France, à partir de la IIe République, et malgré Proudhon dont les points de vue originaux font le « Rousseau du socialisme »,  se confond souvent avec un « maximalisme de la République » (Ernest Labrousse). Le socialisme est dans cette perspective la République « poussée jusqu’au bout », idée que l’on trouve très présente chez Jean Jaurès et jusqu’à, toute proportion gardée, Max Gallo dans les années 1980. Avec ce socialisme-là, ni la droite libérale, ni la droite radicale ne se reconnaisse d’affinités. Pour la première, la République, pour être acceptable, ne saurait être autre chose qu’un orléanisme sans roi. Pour la seconde, la République est une imposture sous sa forme libérale, qui ne cache que la domination de l’Argent-Roi.
À la fin du XIXe siècle apparaît un autre socialisme français qui éveille des sympathies à droite. C’est un socialisme peu républicain, ou du moins critique par rapport à la tradition républicaine inaugurée en 1792, un socialisme anti-autoritaire, anti-belliciste (qui se rappelle justement le rôle funeste de la Gironde dans l’embrasement de l’Europe en 1792), et « mutuelliste » et fédéraliste (on peut être fédéraliste tout en critiquant bien entendu le rôle belliciste objectif de la Gironde en 1792). C’est le socialisme de Proudhon qui influence, outre le mouvement ouvrier, l’essentiel de l’anarchisme en France. Ce socialisme est aussi en partie celui de la C.G.T. naissante (alors que la S.F.I.O. est plus marquée par le « maximalisme de la République »). L’éclosion de ce socialisme libertaire et anti-parlementaire est suivie avec intérêt par Maurras, pour qui la royauté doit être une fédération de « libres républiques », et pour qui le socialisme uni à la monarchie comme « un gant va à une belle main ».
Le socialisme est à ce moment pris dans les contradictions que l’aventure de Boulanger, puis l’affaire Dreyfus, avait mis en évidence. Première crise : le boulangisme. Certains socialistes, comme Paul Brousse et les « possibilistes de droite » se rangent résolument  dans le camp de la légalité parlementaire, tandis que d’autres, bien qu’anti-boulangistes, dénoncent aussi les « républicains bourgeois » dont « l’amour du lucre » est, disent-ils, la cause du boulangisme. Dans ce dernier camp se situe Jean Allemane, figure centrale du socialisme de l’époque, et les « possibilistes de gauche ». Proche de cette position est le Parti ouvrier français dont le mot d’ordre est : « Ni Ferry, ni Boulanger » (6). D’autres socialistes encore, comme Benoît Malon, comme les blanquistes (et c’est aussi la tentation de Lafargue), voient en Boulanger le moyen de renverser la République anti-ouvrière de Jules Ferry.
Deuxième moment de clivage : l’affaire Dreyfus. Elle divise à nouveau le socialisme, entre hommes de gauche privilégiant les « droits de l’homme », et anti-bourgeois intransigeants. Ceux-ci rencontrent des sympathies à droite, d’autant que la droite, même dans ses composantes radicales, est, avant la naissance de l’Action française, ralliée à la République (la Ligue de la Patrie française de Jules Lemaître, futur maurrassien, se donne alors pour objectif d’instaurer une « République de tous », qui soit protectrice des ouvriers, de même que François Duprat parlera vers 1970 d’instaurer l’« État du peuple tout entier »).
Aussi s’élaborent des rapprochements entre un socialisme de la base, principalement « un syndicalisme qui, entre 1906 et 1910, avait fait craindre la révolution à la société bourgeoise » (Michel Winock)  et une certaine droite radicale, autour de la jeune Action française. C’est notamment l’expérience, en 1911, du Cercle Proudhon (7).
Cette configuration favorable à un rapprochement entre opposants de droite et de gauche est de courte durée. Dès avant 1914, c’est le socialisme comme « républicanisme de gauche » qui devient dominant. Pour autant, le caractère agonal de certaines influences perdure. Dans les années Trente, des conceptions corporatistes comme celles de François Perroux et de  Maurice Bouvier-Ajam sont imprégnées de l’esprit du socialisme fédéraliste et « auto-gestionnaire » de Proudhon. Il en sera de même pour les thèmes des gaullistes (principalement les gaullistes dits « de gauche ») concernant la participation comme troisième voie. De même, la « dérive fasciste » (Philippe Burrin) d’une certaine classe politique de la fin des années Trente et de l’Occupation concerne tout autant des hommes politiques originaires de la gauche que de la droite. Il est même assuré que ceux qui viennent de la gauche furent ceux qui mirent dans l’adhésion à un socialisme national fascisant le plus de souci de « rigueur » doctrinale et surtout de continuité idéologique (voir en ce sens les Mémoires de Marcel Déat et ses écrits politiques d’avant et pendant l’Occupation, Mémoires politiques, Denoël, 1989).
La gauche aime en effet la rigueur intellectuelle, y compris quand elle devient le contraire de la rigueur humaine. C’est ce qui la mène à professer, parfois, plus qu’un césarisme en épaulettes, ce que Péguy appelait « un césarisme en veston ». Dans le même temps, un certain nombre d’hommes classés « à droite », de Charles Péguy à Alain de Benoist, considèrent que la misère est un obstacle au développement de la vie intérieure, et qu’il n’y a pas de communauté qui vaille sans que règne l’équité entre ses membres. De ce fait, si une certaine droite, de Leroy-Beaulieu au Club de l’Horloge professe depuis cent ans un anti-socialisme viscéral, une autre droite (radicale ou révolutionnaire) n’a cessé d’avoir de profondes convictions sociales. Droite moderne et droite contre-moderne n’ont cessé de s’opposer ici d’une manière plus profonde que l’opposition dite « droite – gauche ».
Pierre Le Vigan
Notes
1 : Raymond Huard, in La Pensée, n° 291, 1993.
2 : Albert Thibaudet, Les idées politiques de la France, 1932.
3 : cf. Marc Crapez, La gauche réactionnaire, Berg, 1996, et Naissance de la gauche, Michalon, 1998.
4 : cf. Cahiers d’histoire de l’Institut de recherches marxistes, n°1, « Le radicalisme », 1980.
5 : cf. Jean-Louis  Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années Trente, Le Seuil, 1969, réédition en 1987.
6 : cf. Claude Mainfroy, « Sur le phénomène radical », in Cahiers d’histoire de l’Institut de recherches marxistes, op. cit.
7 : Les Cahiers du Cercle Proudhon furent réédités dans les années 1980 par ce qui était alors la Nouvelle Action française de Bertrand Renouvin, puis l’ont été par Avatar Éditions, « La culture sans barrières », Cahiers du Cercle Proudhon, 2007, introduction d’Alain de Benoist.
• Le présent article, remanié pour Europe Maxima, est paru dans Arnaud Guyot-Jeannin (sous la direction de), Aux sources de la droite, L’Âge d’Homme, 2000.

dimanche 30 décembre 2018

Histoire & Action Française • Rétrospective : 2018 année Maurras [2]

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1573814046.pngPar Rémi Hugues
Au moment où s'achève l'année du cent-cinquantenaire de Charles Maurras, Rémi Hugues nous propose une série de quatre articles - à venir les jours suivants, « Rétrospective : 2018 année Maurras ». Notre collaborateur et confrère y évoque différents aspects ou moments importants de la vie et l'oeuvre de Charles Maurras à travers les écrits fort contestables de Michel Winock, l'un des historiens organiques de la République française du XXIe siècle, « une figure dʼautorité. » Bonne lecture !  LFAR    

In Winock veritas ?
Dans le milieu des historiens organiques de la République française du XXIe siècle, Michel Winock est une figure dʼautorité[1]. Fort de son statut de conseiller auprès de la rédaction du mensuel LʼHistoire, il sʼest donné la peine dans le numéro de juin 2018 dʼexprimer son point de vue expert à la piétaille qui nʼy comprend rien – nous les gueux sans doctorat ni agrégation – sur le cas Charles Maurras, qui depuis quelque temps a reçu un nouveau sobriquet : « M le Maudit ». 
3311395180.jpgIl est vrai que Michel Winock (photo) sʼest spécialisé dans lʼétude des figures « réactionnaires » (pour reprendre le vocable du libéral Benjamin Constant[2], vocable si cher aux socialo-communistes) de lʼhistoire littéraire de notre pays, comme Léon Bloy. Visiblement, Winock est attiré par les plumes talentueuses ! Confondant analyse historique et jugement moral, il se plaît dans le rôle de parangon de vertu républicaine, livrant les bons et les mauvais points. Untel a bien agi en 1789, un autre sʼest très mal comporté pendant la Commune, lʼattitude de celui-là fut indigne dans les années 1930 et 1940, heures les plus sombres de la doxa médiatique. 
Il se garde bien en revanche dʼinsister sur le génocide de 1793-1794 commis par les révolutionnaires en Vendée, contribuant à lʼindigne « mémoricide » perpétré par lʼÉcole républicaine. Quelle horreur ce serait de salir lʼimage de Marianne : le professeur Winock profite des prébendes depuis tant dʼannées ! Quoi de plus ignoble que de blâmer la République !       
En synthétisant la bien-pensance contemporaine relative à la représentation des faits historiques, Winock joue le rôle de guide des âmes en peine qui pourraient être troublées par les sirènes du populisme, du chauvinisme ou du passéisme, les pires maux de ce siècle à en croire la caste « ripoublicaine » qui nous gouverne. 
Comme le suggèrent le titre de lʼarticle puis son contenu, ce qui obnubile Winock chez Maurras cʼest son rapport à la question juive et à Adolf Hitler. En choisissant « La revanche de Dreyfus ? » comme titre, il fait un clin d’œil à la saillie que prononça Maurras en apprenant sa condamnation à l’indignité nationale et à la détention à vie pour intelligence avec lʼennemi en 1945 : « cʼest la revanche de Dreyfus ! » 
Winock se fourvoie dans le réflexe pavlovien, en vogue chez les penseurs stipendiés, de lareductio ad hitlerum. Une autre historien, lʼAméricain dʼorigine russe Yuri Slezkine, commente cet état de fait en ces termes : à partir des années 1970 « lʼHolocauste devint tout à la fois lʼépisode central de lʼhistoire juive et de celle de lʼhumanité et un concept religieux transcendant concernant un événement réputé incomparable, incompréhensible et irreprésentable. »[3] Et Adolf Hitler de représenter le Mal pris comme un principe transcendant. « La conséquence la plus profonde de la Seconde Guerre mondiale a été la naissance dʼun nouvel absolu moral, celui du nazisme comme mal universel. »[4] 
Du haut de sa science Winock édicte une fatwa, dʼoù Maurras sort plutôt sacrilège quʼen odeur de sainteté. Cʼest le moins que lʼon puisse dire. Mais à délaisser la raison au profit de la morale, lʼon risque de se commettre en imprécisions, inexactitudes, inepties. 
Commençons par ce qui est dʼordre factuel. Winock écrit que Maurras aurait « défrayé la chronique au mois dʼavril 2018 ». Or cʼest quelques mois plus tôt, en janvier, que la polémique a éclaté lorsque le ministère de la Culture de Madame Nyssen a publié le cahier des commémorations officielles de lʼannée 2018, où le nom de « M le maudit » apparaissait, avant de le retirer, sous la pression des Valls et consorts. Mis à part les intimidations de la gauche contre les organisateurs dʼun colloque qui sʼest tenu à Marseille le 21 avril[5] – affaire relayée par quelques titres de presse comme La Provence ou La Croix –, rien dʼautre de retentissant ne sʼest passé au sujet de Maurras en avril. 
Outre sʼemmêler les pinceaux dans les dates – un comble pour un historien –, Winock sʼembrouille quant aux notions « nationalisme », « nationalisme intégral » et « conservatisme ». Il se montre incapable de définir rigoureusement ces termes. Pour lui ils sont équivalents. Alors que le nationalisme, concept originellement de gauche, peut être aussi bien progressiste que traditionaliste, renvoyer tant au jacobinisme des Robespierre, Thorez, Chevènement ou Mélenchon (ce dernier a axé sa campagne présidentielle de 2017 autour de la défense de la souveraineté française contre les diktats de lʼUnion européenne) quʼau catholicisme des Barruel, Barrès, de Villiers ou Jean-Marie Le Pen. Cʼest pourquoi Maurras insistait pour que le nationalisme soit intégral, c’est-à-dire monarchique : un nationalisme conséquent ne pouvant à ses yeux que vouloir perpétuer lʼhéritage glorieux de la France, dʼessence catholique et royale, eu égard à sa fondation par un roi converti au christianisme et à son attribut, dont elle sʼenorgueillit jusquʼen 1789, de « fille aînée de lʼÉglise ». 
En outre, cʼest une erreur dʼidentifier le nationalisme intégral de Maurras à un conservatisme, idéologie qui vient dʼAngleterre (des Tories) et qui est donc étrangère à notre culture politique. Même si, aujourd’hui, un certain courant intellectuel plutôt traditionaliste et largement  antimoderne,  lui donne un sens nouveau, en France et ailleurs. Comment est-il possible de sʼattacher à vouloir conserver des mœurs et un droit positif qui, du fait du changement social, évoluent constamment ? En 2010 si je suis conservateur je suis contre le mariage pour les homosexuels. En 2018 en tant que conservateur je suis favorable au maintien de lʼexistant, au statut quo, donc à la loi Taubira qui accorde aux homosexuels le droit de sa marier. 
Pour Winock toutes ces idéologies sont anathèmes, il nʼy a donc pas lieu dʼen saisir les subtilités. (A suivre) ■  
 [1]  Michel Winock a écrit notamment La Belle Époque et 1789, Lʼannée sans pareille, publiés chez Perrin. Il a également contribué à la rédaction, sous la direction de Serge Berstein, de lʼouvrage collectif Les cultures politiques en France, paru au Seuil. En 2008, son livre La fièvre hexagonale était au programme du concours dʼentrée à lʼInstitut dʼétudes politiques de Grenoble. Régulièrement invité sur les plateaux de télévision et dans les studios des stations de radio, il est incontestablement membre de cet aréopage dʼexperts du régime quʼil est de coutume dʼappeler fonctionnaires de la technocratie. 
[2]  En 1797 Benjamin Constant publie le volume Des réactions politiques, où pour la première fois est utilisé cet adjectif de « réactionnaire » promis à un bel avenir. Le plus surprenant cʼest quʼaujourdʼhui il est tout particulièrement prisé par les « antilibéraux », trotskystes, P.C.F. et France insoumise.
[3]  Le siècle juif, Paris, La Découverte, 2009, p. 388.
[4]  Ibid., p. 389.
[5]  Organisé par le blog « Lafautearousseau », son lieu initial, occupé par un ordre monastique, dut être changé à la dernière minute sous la pression dʼune poignée dʼhurluberlus allant du parti socialiste à un fantasque « front unitaire antifasciste ». Ces derniers ayant menacé de mettre à sac le couvent, la police prit les choses très au sérieux, avertissant les religieux quʼil serait plus sage de tout annuler. Une salle de conférence sise dans un hôtel fut trouvée en hâte pour que le colloque, célébrant le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Charles Maurras et visant à présenter sa pensée à une jeune génération attirée par le nationalisme mais connaissant de façon imprécise la doctrine du « nationalisme intégral », puisse bien avoir lieu. 

mardi 27 novembre 2018

L'Action Française dans la Grande Guerre [7] Guerre totale contre lʼEurope

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Film Au revoir là-haut 
Par Rémi Hugues 
Dans le cadre du centenaire du dénouement de la Grande Guerre, Rémi Hugues a rédigé pour les lecteurs de Lafautearousseau une suite dʼarticles très documentés qui seront publiés au fil des journées en cours. Ils pourront être objets de débats. Au reste, la guerre n'est plus exclue des perspectives mondiales d'aujourd'hui ... 
Nationalisme intégral et anarcho-syndicalisme 
Avant-guerre une alliance tout à fait étrange au premier abord avait commencé à se cristalliser. Cette alliance avait été suscitée par lʼAction Française, qui entendait discuter directement avec ceux à qui, supposément, ils sʼopposaient de façon diamétrale : les partisans du syndicalisme révolutionnaire, héritiers de la pensée de Pierre-Joseph Proudhon notamment. Lʼobjectif était de les convaincre du bien-fondé du royalisme, le principe monarchique étant au fond « lʼanarchie + UN  (le Roi) », pour reprendre une fameuse formule.      
3084237564.jpgLe 17 novembre 1911 a lieu la première réunion du Cercle Proudhon. Ses principaux organisateurs sont Henri Lagrange, Georges Valois et Gilbert Maire. Un proche de Georges Sorel, connu pour sa définition du « mythe », qui encore aujourdʼhui fait autorité dans les sciences sociales, et qui est considéré comme le « frère ennemi » de Jean Jaurès, est la prise de guerre la plus importante des tenants du nationalisme intégral : Édouard Berth (photo), ancien socialiste devenu disciple, outre Sorel, de Charles Péguy. Berth partageait avec Maurras une aversion pour le parlementarisme dit démocratique, ainsi quʼune grande admiration pour lʼAntiquité. 
À partir de janvier 1912 le groupe édite une revue trimestrielle appelée les Cahiers du Cercle Proudhon. Pour la République ce rassemblement de lʼultra-gauche et de lʼultra-droite était dangereux, car il rendait possible une convergence de la classe ouvrière et de la classe moyenne dirigée vers un objectif commun, la dissolution de la République, représentée par une putain se vendant au bourgeois pour les uns et par une gueuse pour les autres. Lʼanti-France voyait émerger une force bâtie sur lʼunion des contraires, qui pouvait lui être fatale. Un mouvement qui célébrerait autant le martyre vendéen que le martyre des ouvriers grévistes de Fourmies. 
Pour lʼobservateur dʼaujourdʼhui, il peut paraître impensable que le syndicalisme révolutionnaire de Sorel puisse être miscible dans le royalisme nationaliste de Maurras.      
En réalité les deux mouvements ont en commun de sʼopposer à lʼÉtat moderne qui au gouvernement des hommes substitue lʼadministration des choses. Au jacobinisme ils préfèrent le fédéralisme, lʼautonomie des « petites patries », des collectivités locales, dont les libertés sont bafouées par une République centralisatrice qui nie tout particularisme, prélève impôts et taxes à outrance et protège les intérêts dʼune élite nouvelle, une aristocratie financière qui vit de la rente que lui procure le crédit, cʼest-à-dire, aujourd’hui, lʼargent quʼelle prête à lʼÉtat.      
3178983893.jpgRappelons également que lʼautre grande figure du nationalisme avec Maurras, Maurice Barrès (photo), se revendiqua pendant longtemps socialiste. Il « ne craignait jamais dʼinsister sur lʼunion intime des idées nationalistes et socialistes. […] Cʼest lui qui, le premier, fit voisiner nationalisme et socialisme sous forme imprimée, dans la Cocarde, quʼil publia de septembre 1894 à mars 1895. Dans les pages de celle-ci, on trouvait associés des compagnons aussi peu faits pour sʼentendre que René Boylesve, Charles Maurras, Frédéric Amouretti, Camille Mauclair et des syndicalistes extrémistes, tels que Augustin Hamon et Fernand Pelloutier. »[1]      
Au fond La Cocarde était une sorte de préfiguration des Cahiers du Cercle3762534597.jpg Proudhon. Il est à ce sujet important de prendre en considération ce quʼécrivait Maurras au point de départ de la guerre dans LʼAction Française du 2 août 1914, dont le titre en une était « La France sous les armes », en réaction à lʼassassinat de Jean Jaurès : 
« Ma jeunesse a connu des socialistes presque chauvins. Il en était même dʼantisémites, dont quelques-uns se retrouvèrent, à lʼaffaire Dreyfus, contre Dreyfus ou bien sur un terrain de stricte neutralité. Lʼhypothèse dʼun socialisme nationaliste nʼétait pas plus improbable quʼune autre vers lʼannée 1894. […] Il eût été possible de prévoir comme de savoir. Lʼhistoire mieux interrogée aurait dû prévenir M. Jaurès et les socialistes qui le subissaient tous quʼils tournaient le dos à leur siècle. Lʼévolution, comme ils disent, ne va pas à lʼunité, mais bien à la diversité. Nous sommes moins près des États-Unis dʼEurope, Bainville vous lʼa souvent dit, quʼaux temps des Vergennes et des Choiseul, qui en étaient moins près quʼHenri IV, au moment du projet de paix perpétuelle, dont le simple rêve était de beaucoup inférieur à cette Unité du monde chrétien que le Moyen-Age a réalisée. Cette diversification croissante emporte des risques de guerre croissants. » 
Le propos de Maurras consiste au fond à reprocher à ceux qui ont pris la tête du mouvement socialiste, et donc au premier chef Jaurès, de manquer de réalisme, de prendre, pour le dire trivialement, leurs désirs pour des réalités. Sa critique rappelle celle que faisait Marx à lʼencontre des socialistes français quand il les taxait dʼutopiques et de doux rêveurs. 
De plus Maurras soutient que si les choses avaient pris une autre tournure, socialistes et royalistes auraient très bien pu se coaliser et travailler, main dans la main, à saper les bases de la société moderne, libérale et démocratique. Même l’antisémitisme ambiant à droite comme à gauche, fin XIXe – début XXe siècle, rassemble les deux courants. Il suffit de lire  ces lignes écrites par Proudhon dans Césarisme et christianisme – « Le Juif est par tempérament anti-producteur, ni agriculteur, ni industriel, pas même vraiment commerçant. Cʼest un entremetteur, toujours frauduleux et parasite, qui opère en affaires, comme en philosophie, par la fabrication, la contrefaçon, le maquillage... Sa politique en économie est toute négative ; cʼest le mauvais principe, Satan, Ahriman, incarné dans la race de Sem »[2] – pour constater quʼil y avait alors un certain nombre de points dʼaccord entre ces deux écoles de pensée, en particulier dans leur dénonciation de lʼutilitarisme et du matérialisme propre à la société bourgeoise moderne.          
Le cercle Proudhon fut, précisément, dissout durant lʼété 1914, au moment de la mobilisation.          
Aux yeux des républicains la mobilisation fut ainsi un moment de grâce. LʼUnion Sacrée eut pour eux le mérite de mettre un terme à lʼalliance des nationalistes intégraux et des socialistes radicaux. 
La synergie, par nature, est réputée décupler la force dont disposent initialement les parties qui la composent. Ce rapprochement des forces anti-système, si elle sʼétait consolidée, aurait pu briser la République. Mais le militarisme prussien, aiguillé par la boussole maçonnique, voulut que les événements advinssent autrement.  (A suivre)  
[1]  Eugen Weber, LʼAction Française, Paris, Stock, 1964, p. 88.
[2]  Cité par Rolland Villeneuve, Dictionnaire du diable, Paris, Omnibus, 1998, p. 792.
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lundi 8 octobre 2018

LE NOUVEAU LIVRE D'ADRIEN ABAUZIT

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L’affaire Dreyfus – Entre farces et grosses ficelles
Principalement sur la base des enquêtes et débats judiciaires, Adrien Abauzit désintègre le récit académique de l’affaire Dreyfus, en mettant au clair les crimes et rôles de Dreyfus, Picquart et Esterhazy. Les conséquences de l’affaire Dreyfus sont analysées jusqu’à leur fin extrême, sur les champs de bataille de 1914.
360 pages, 22 € Le commander cliquez ici

dimanche 6 mai 2018

Idées • Jean Sévillia dans le dernier numéro du Figaro magazine : Charles Maurras, à lire avant de juger


Par Jean Sévillia
« Réprouvé pour ses prises de position dans les années 30, le penseur royaliste est tombé dans l'oubli. Préfacée par Jean-Christophe Buisson, une monumentale édition de ses textes majeurs permettra à chacun de se faire une opinion sur l'œuvre d'un polémiste et philosophe politique qui marqua profondément la IIIe République. » C'est ainsi que la dernière livraison du Figaro magazine présente l'intéressant article qui suit, de Jean Sévillia.  Tombé dans l'oubli, Maurras ? Telle n'a pas été notre impression ces dernières semaines ... Il a marqué profondément la IIIe République ? Il nous paraît qu'il a surtout profondément marqué les deux suivantes, avec Charles De Gaulle, Georges Pompidou, François Mitterrand ou Patrick Buisson, qui fut le principal conseiller de Nicolas Sarkozy. Il a surtout profondément marqué et, volens nolens, imprégné la pensée politique tout court. Il est M le soi-disant maudit.   LFAR 
Le 28 janvier dernier, le ministère de la Culture annonçait le retrait de la notice consacrée à Charles Maurras, né il y a cent cinquante ans, dans le Livre des commémorations nationales de 2018, à la suite de protestations contre la mention dans ce document officiel d'un écrivain réputé pour son antisémitisme. « Commémorer Maurras, ce n'est pas le célébrer », répliquaient les historiens du Haut Comité des commémorations nationales, avant que dix des douze membres de ce comité ne présentent collectivement leur démission. Pendant plusieurs semaines, le nom de Maurras alimenta la polémique. « Doit-on republier l'infâme ? », s'interrogea Libération (2-3 février 2018), à propos de la parution d'une anthologie de Maurras. Dans Le Nouveau Magazine littéraire (mars 2018), Claude Askolovitch vitupéra sur quatre pages « le retour d'une icône fasciste ».
Déroulées mécaniquement, ces charges laissaient cependant l'impression que certains se donnaient bonne conscience en vilipendant un personnage dont, en réalité, ils ne savaient rien. Peu après l'entrée de François Hollande à l'Elysée, en 2012, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui avait été la porte-parole de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, avait déjà fait le coup en mettant en cause Patrick Buisson, le conseiller du candidat battu, l'accusant d'avoir travaillé non au succès du président sortant, mais d'avoir voulu « faire gagner Charles Maurras ». Si on avait demandé à l'ancienne ministre d'expliquer en détail qui était celui-ci, sans doute aurait-elle été embarrassée.
Dans Le Monde du 18 novembre 1952, deux jours après la mort de Maurras, André Fontaine écrivait ces lignes : « Devant cette tombe ouverte, devant le corps d'un homme qui, cinquante ans durant, a honoré les lettres et le génie français, ne serait-il plus possible de tenter d'être juste ? » Pour le centième anniversaire de sa naissance, le même journal, le 20 avril 1968, consacrait une double page à Charles Maurras, avec un article critique de l'académicien Pierre-Henri Simon (« Puissance et fissures d'une pensée »), et un autre de Gilbert Comte, un journaliste maison, qui invitait à redécouvrir, au-delà du « Maurras intraitable des quinze dernières années, durci par le malheur, figé dans son orthodoxie », le « jeune prophète conquérant du renouveau royaliste ». En 2018, là est le paradoxe : l'aversion à l'égard de Maurras est inversement proportionnelle à son éloignement dans le temps.
Admiré par Proust, Bergson, Péguy, Bernanos, Lacan
2519293466.jpgJournaliste, philosophe politique, critique littéraire et poète, Maurras a été pendant la première moitié du XXe siècle une figure de la vie intellectuelle française. Proust, Apollinaire, Péguy, Malraux, Gide, Claudel ou Montherlant ont salué son talent. Outre Léon Daudet et Jacques Bainville, ses compagnons de l'Action française, la liste est longue de ceux qui ont été un jour maurrassiens : les philosophes Jacques Maritain, Gustave Thibon, Louis Althusser et Pierre Boutang, les historiens Pierre Gaxotte, Philippe Ariès et Raoul Girardet, les romanciers Georges Bernanos, Roger Nimier, Michel Déon et Jacques Laurent, les acteurs Pierre Fresnay et François Périer, le psychanalyste Jacques Lacan ou le linguiste Georges Dumézil. Si Maurras avait incarné le mal absolu, pourquoi ces esprits brillants se seraient-ils reconnu une dette envers lui ?
Tout penseur doit être soumis à un bilan critique, ce qui suppose de connaître son œuvre. Entreprise malaisée, dans le cas de Maurras, auteur de milliers d'articles et d'une centaine de livres introuvables ailleurs que chez les bouquinistes. Or, voici enfin la possibilité de le lire grâce à la publication, dans la collection « Bouquins » de Robert Laffont, d'un volume de près de 1300 pages reprenant un choix de ses textes philosophiques, littéraires et politiques, et de ses poèmes. Cette édition, établie et présentée par Martin Motte, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études, est préfacée par Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine, qui signe une utile introduction à la vie et à l'action d'un homme souvent cité, mais si peu connu.
Simultanément, les Editions Pierre-Guillaume de Roux rééditent un essai du journaliste Jacques Paugam, L'Age d'or du maurrassisme, centré sur les débuts de Maurras. Dans ce livre, initialement paru en 1971, l'auteur, gaulliste et chrétien-démocrate, faisait « une formidable démonstration d'honnêteté intellectuelle », observe Michel De Jaeghere, directeur du Figaro Hors-série et du Figaro Histoire, qui préface cette réédition en ne négligeant chez Maurras « ni les zones d'ombre ni - c'est plus exceptionnel - les traits de lumière ».
Né à Martigues, près de Marseille, en 1868, dans une famille de petite bourgeoisie, Charles Maurras, orphelin de père à 6 ans, grandit avec sa mère et son frère à Aix-en-Provence où il entreprend ses études au collège catholique. A 14 ans, atteint d'une surdité incurable, il est tenté par le suicide et perd la foi. Un de ses professeurs, l'abbé Penon, futur évêque de Moulins, prend en charge la direction morale du jeune homme : leur correspondance est une clé indispensable pour comprendre la vérité personnelle et privée de Maurras. Après son baccalauréat, en 1885, il gagne Paris où, sa surdité lui interdisant l'université, il passe des heures dans les bibliothèques et se lance dans la critique littéraire, se liant avec Maurice Barrès, Anatole France, Frédéric Mistral.
Au cours des années 1891-1895, ayant vaincu son nihilisme, il fonde sa pensée sur l'idée que l'homme n'est pas la mesure de toute chose : il y a un ordre du monde auquel il doit se soumettre. Parallèlement, fondateur en poétique de l'Ecole romane, avec Jean Moréas et Raymond de la Tailhède, il élabore une esthétique classique. A travers le cas de George Sand et Alfred de Musset, Maurras dénoncera, dans Les Amants de Venise, l'amour romantique, dérèglement d'un sentiment qui n'a d'autre fin que lui-même.
En 1896, il visite la Grèce et l'Italie. De ce voyage, il retient que la beauté n'est pas dans le nombre, qui peut s'accroître à l'infini, mais dans la composition. Le jeune écrivain, dont les racines sont méditerranéennes, voit a contrario dans la philosophie allemande la source des barbaries modernes. Contre Luther, Maurras pense que le libre examen est un principe anarchique ; contre Kant, que la loi morale ne peut être déterminée par la conscience individuelle ; contre Rousseau, que la base de la société n'est pas l'individu, mais la famille. Agnostique, il loue le catholicisme qui, selon lui, organise l'idée de Dieu, l'Eglise catholique restant à ses yeux un fondement de la civilisation occidentale.
L'affaire Dreyfus
Dès son arrivée à Paris, ayant souffert de la séparation d'avec la Provence, il avait fondé le Jeune Félibrige avec son ami Frédéric Amouretti, affirmant sa première idée politique : la nécessité de la décentralisation pour libérer le pays du carcan parisien. De Grèce, il était revenu avec deux certitudes. Primo, puisque la lutte des partis a précipité la fin d'Athènes, la démocratie n'est pas le meilleur des régimes. Secundo, le XXe siècle sera celui des nationalismes qui se sont exprimés aux nouveaux Jeux olympiques auxquels il a assisté à Athènes.
L'affaire Dreyfus est la première bataille politique à laquelle Maurras prend part. Persuadé de la culpabilité du capitaine et de la régularité de sa condamnation, il estime que la France, son armée et ses lois doivent être au-dessus des malheurs d'un individu. Il résumera son sentiment par une boutade : « Si Dreyfus est innocent, il faut le faire maréchal de France, et fusiller ses dix premiers défenseurs.»
En 1899, il rejoint L'Action française, une revue mensuelle au sein de laquelle il prend l'ascendant, gagnant ses fondateurs à ses propres idées. Devenu royaliste, Maurras entreprend en 1900 une Enquête sur la monarchie, d'abord auprès des représentants du prétendant au trône, le duc d'Orléans, puis auprès de personnalités nationalistes, recevant des adhésions, comme celle de Jacques Bainville, ou échouant à convaincre d'autres amis, comme Maurice Barrès, qui restera républicain.
Pour Maurras, la République parlementaire, jouet des groupes de pression et de la démagogie électorale, n'assure pas le bien commun de la nation, instituant un Etat faible autour du personnel du régime, le «pays légal», qui se superpose au «pays réel» dont la représentation devrait être assurée au sein d'instances régionales, professionnelles et morales diversifiées. « L'autorité en haut, les libertés en bas », assure le nouveau théoricien royaliste.
Désormais, la doctrine de Maurras est fixée, et sa vie se confond avec l'Action française, mouvement politique et journal quotidien à partir de 1908. Le volume de la collection « Bouquins » permet de suivre l'approfondissement de cette pensée, notamment ses points forts, comme L'Avenir de l'intelligence, essai où Maurras médite sur la situation des intellectuels à « l'âge de fer » du XXe siècle, ou Kiel et Tanger, livre qui inspirera la politique étrangère du général de Gaulle et que citera Georges Pompidou lors d'un discours à Sciences-Po, en 1972, et dans lequel Maurras expliquait que le rôle de la France était de fédérer les nations petites et moyennes pour équilibrer les coalitions réalisées autour des grandes puissances.
Lire Maurras, cependant, c'est aussi rencontrer ses limites, ses apories, ses aveuglements et ses mots qui choquent, part indéfendable dont l'anthologie « Bouquins » ne dissimule rien. Elu à l'Académie française en 1938, n'ayant cessé de mettre en garde contre l'Allemagne (« Le racisme hitlérien nous fera assister au règne tout-puissant de sa Horde », avertissait-il en 1939), Maurras se ralliera au maréchal Pétain en 1940, persuadé que le maintien d'un Etat français laissait la possibilité d'un relèvement futur. Mais, enfermé dans cette position au fur et à mesure que Vichy perdait les éléments de souveraineté que lui avait laissés l'armistice, mal informé de la marche du monde, le vieil homme allait se discréditer en paraissant passif devant une occupation allemande qui lui faisait pourtant horreur, quand nombre de ses disciples s'engageaient dans la Résistance. Ces années noires vaudront à Maurras, en 1945, d'être condamné à la réclusion à perpétuité, arrachant ce mot au gaulliste François Mauriac : « Intelligence avec l'ennemi ? C'est bien la seule forme d'intelligence qu'il n'ait jamais eue.»
Les préfaces respectives des deux ouvrages qui paraissent aujourd'hui analysent l'antisémitisme de Maurras qui, pour n'être pas stricto sensu racial - en octobre 1918, l'écrivain s'inclinera devant le sacrifice de Pierre David, « héros juif d'Action française » - et si peu consubstantiel à son système politique qu'il est absent de la pensée de son ami l'historien Jacques Bainville (mort en 1936), n'en relève pas moins, écrit Michel De Jaeghere, « d'un préjugé étrange, qu'on s'étonne de trouver si persistant et si vivace dans un esprit aussi large, aussi profond.»
Mort en 1952, Maurras s'éloigne. Le lire, c'est distinguer chez lui l'essentiel et l'accessoire, l'inacceptable et ce qui, dégagé de la gangue de son temps, pourrait être fécond s'il était accordé aux enjeux de notre époque. Jean-Christophe Buisson souligne que Maurras est « un prophète du passé », mais que la modernité n'a pas englouti celui-ci puisque certains sujets qu'il a abordés « résonnent dans notre monde contemporain avec une troublante familiarité ».   
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