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samedi 26 juillet 2025

Oui, la Chine a contribué de manière décisive à la victoire de 1945

 

C’est un fait : la doxa occidentale a jeté un écran de fumée, depuis des décennies, sur la réalité d’un conflit dont le déroulement effectif a peu en commun avec le récit accrédité dans les «démocraties».

S’il est vrai que la narration historique est souvent tributaire des préjugés de ceux qui la font, la façon dont on relate la Seconde Guerre mondiale n’échappe pas à la règle. L’historiographie occidentale se caractérise en effet par une chronologie contestable des événements, un décompte très partiel des victimes et une évaluation partiale de la contribution des nations combattantes à la victoire finale sur les puissances de l’Axe. Naturellement, cette remarque s’applique au courant dominant de la recherche historique, et non aux efforts des chercheurs, moins nombreux il est vrai, qui en ont précisément révélé les lacunes. Mais c’est un fait : la doxa occidentale a jeté un écran de fumée, depuis des décennies, sur la réalité d’un conflit dont le déroulement effectif a peu en commun avec le récit accrédité dans les «démocraties».

La Seconde Guerre mondiale a commencé en Chine

À commencer, on s’en doute, par cette erreur monumentale qui consiste à dater le déclenchement du second conflit mondial en septembre 1939, alors qu’il fait rage au cœur de la Chine depuis juillet 1937 et même, si l’on veut bien prêter attention aux derniers travaux de l’historiographie chinoise et japonaise, depuis septembre 1931 dans les provinces du Nord-Est de la Chine. À cette date débute en effet une invasion massive du territoire chinois par les forces japonaises, laquelle a provoqué entre les deux pays un affrontement quasiment ininterrompu jusqu’en 1945. Et si le gouvernement de Tchang Kaï-chek a négocié une trêve en 1932, les combats n’ont jamais vraiment cessé, durant quatorze ans (1931-1945), entre les troupes d’occupation japonaises et les forces chinoises, qu’il s’agisse des armées gouvernementales ou de la résistance communiste.

À cet argument, on pourrait répondre que le récit ayant cours en Occident se concentre en priorité sur les événements qui l’ont affecté, qu’il s’agit tout au plus d’une erreur de perspective bien compréhensible, et non d’une occultation délibérée du rôle des autres régions du monde dans cet affrontement planétaire. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, quelle légitimité détient un tel récit historique lorsqu’il prétend rendre compte de la «Seconde Guerre mondiale» ? Soit la narration vise à relater le cours des événements en Occident, et sa focalisation sur cette aire géographique est légitime. Soit elle entend faire le récit d’une véritable guerre mondiale, et cette focalisation ne l’est plus.

Le fait historique, disait Paul Veyne, n’existe pas comme tel, «c’est un croisement d’itinéraires». Il n’avait pas tort, mais encore faut-il éviter de faire fausse route dans le choix des itinéraires et en l’occurrence de prendre l’Occident pour le monde entier. À cet égard, le récit russo-soviétique du conflit a le mérite de la cohérence, dès lors qu’il fait coïncider logiquement les faits mentionnés et leur appellation : en épousant dans une chronologie valable pour l’URSS, la «Grande Guerre patriotique» de 1941-1945 désigne bien l’expérience historique vécue par le peuple soviétique et ne prétend pas fournir une explication exhaustive des événements planétaires durant la période considérée.

L’oubli des victimes chinoises

Si la première distorsion du discours dominant porte sur la datation de son véritable déclenchement, la deuxième concerne à l’évidence le bilan humain du conflit mondial. Depuis la fin de la guerre, rares sont les ouvrages occidentaux qui indiquent avec un minimum d’exactitude historique les pertes humaines subies par la Chine. La profusion de détails sur le bilan européen y contraste généralement avec sa minimisation et son imprécision dès qu’il s’agit de l’Asie. Pire encore, certaines institutions ne mentionnent même pas l’existence des victimes chinoises. Sur le site français du très officiel «Mémorial de l’Armistice», on apprend par exemple que «l’URSS a eu 21 400 000 morts, l’Allemagne 7 060 000, la Pologne 5 820 00, le Japon 2 000 000, la France 541 000. Quant au bilan total, il est compris entre 50 et 60 millions de morts, soit 22 millions de militaires et 31 millions de civils».

Si le Japon n’est pas oublié, la Chine ne figure même pas dans la liste des pays belligérants en dépit de l’énormité des pertes chinoises provoquées par la guerre ! Aussi scandaleuse soit-elle, une telle occultation contamine l’enseignement de l’histoire dans nos établissements scolaires : rarement mentionné, le déroulement des combats en Chine y est relégué aux marges de l’histoire militaire au profit du théâtre d’opérations européen et de la «guerre du Pacifique». Cette dernière expression a d’ailleurs été imposée par Washington, de manière à réduire la guerre dans cette partie du monde au duel entre deux puissances aéronavales pour le contrôle des îles du Pacifique, faisant opportunément l’impasse sur le théâtre d’opérations chinois et ses vastes affrontements terrestres.

Les facteurs d’une occultation

Atteint de myopie historique, le récit occidental dominant omet généralement de dire que la Chine a immobilisé sur son sol le gros des forces terrestres japonaises durant quatorze ans, que sa résistance a empêché Tokyo de lancer contre l’URSS une dangereuse attaque de revers, que les forces étasuniennes n’ont affronté de 1941 à 1945 qu’une petite partie des troupes terrestres japonaises, que 70% des pertes militaires de l’empire nippon lui ont été infligées sur le front chinois, que 100 millions de Chinois ont été déplacés et que 20 millions d’entre eux ont perdu la vie à cause de la guerre dévastatrice menée par l’envahisseur : autant de faits passés par pertes et profits d’un récit occidental dont le moins qu’on puisse dire est qu’il prend ses aises avec la vérité historique.

Ces faits étant désormais clairement établis et connus d’un large public, du moins en dehors des milieux occidentaux, reste la question de savoir pourquoi leur occultation a si bien résisté au progrès de la connaissance objective des événements : en d’autres termes, quels sont les facteurs, politiques ou idéologiques, qui expliquent la minimisation persistante, jusqu’à nos jours, du rôle de la Chine durant la Seconde Guerre mondiale ?

La première réponse à cette question tombe sous le sens : influencée par une vision occidentalo-centrée du conflit, l’historiographie dominante relègue spontanément l’Asie orientale au rang de théâtre d’opérations secondaire. La distance géographique, cependant, n’est pas seule en cause. L’effacement du rôle de certaines populations, dans la narration dominante, puise aussi son inspiration dans le préjugé colonial qui leur dénie toute capacité d’action autonome. Incapables de faire leur propre histoire, comment ces peuples passifs auraient-ils contribué à la victoire sur les puissances de l’Axe ? Il y a plus. Au début du conflit, et pour la même raison, la Chine fut souvent dévalorisée par rapport au Japon, comme si le monde occidental regrettait inconsciemment d’avoir combattu avec l’une contre l’autre.

«Ce Japon réveillé, ardent, guerrier, vainqueur, c’est nous, Occidentaux, qui l’avons fait. Sous l’impulsion du génial empereur Mutsuhito, il se jette dans le stade industriel. Arsenaux, ateliers, manufactures, il crée tout à la fois. Et quand, enfin, il possède cette force, il s’aperçoit qu’il est obligé de s’en servir : car, grâce, une fois de plus, à l’Europe, qui lui a apporté sa science de la médecine et de l’hygiène, les petits enfants japonais ne meurent plus : de 1870 à 1930, la population a triplé, et le Japon, littéralement, étouffe dans ses îles. S’il ne veut périr, il faut qu’il en sorte».

Une veine essentialiste aux relents coloniaux

C’est ainsi que s’exprime, en août 1937, la prestigieuse Revue des Deux Mondes. L’expansionnisme nippon y apparaît sous les traits d’un rejeton turbulent de la modernité occidentale, dont les ambitions sont légitimées par l’avance technologique et le dynamisme démographique. Le ton est admiratif, et nulle considération de morale ou de droit n’entache l’absolution par assimilation dont bénéficie Tokyo. Pour des experts européens pétris de racialisme et d’eugénisme, il est vrai, la hiérarchie des races place le Japonais au-dessus du Chinois, et les ambitions territoriales nippones paraissent dictées par une obscure loi naturelle qui présiderait au destin des nations.

On observera aussi, dans le même veine essentialiste, que circulait dans les milieux intellectuels occidentaux des années 1930 le lieu commun selon lequel la langue chinoise ignorerait le mot «patrie», tandis que la langue japonaise ne connaîtrait pas le mot «paix». Si les Japonais veulent soumettre la Chine, c’est donc en vertu d’une prédestination mi-biologique mi-culturelle : les premiers seraient des guerriers voués à dominer leurs voisins, tandis que les Chinois formeraient une masse amorphe en attente d’un maître dont des Occidentaux prétentieux ont commis l’erreur de croire qu’il serait nécessairement l’homme blanc.

Modernisé à outrance, rivalisant avec les Européens sur le terrain de l’expansionnisme, le Japon d’avant-guerre éveille ainsi chez les Occidentaux des sentiments ambivalents. Réplique orientale de la suprématie européenne, sa brutalité présumée jouit de circonstances atténuantes. Trop actif pour être pacifique, trop avancé pour rester l’arme au pied, son esprit de conquête reçoit l’absolution des réalistes qui lui pardonnent d’autant mieux son agressivité contre la Chine qu’elle est jugée décadente et chaotique. Que la langue chinoise ignore le mot «patrie» n’est-il pas la preuve de son infériorité intrinsèque ? Et si elle est faible, n’est-ce pas par lâcheté autant que par impuissance ?

La doxa antitotalitaire

Si le poids de ces représentations imaginaires contribue à l’occultation fréquente du rôle positif de la Chine, celle-ci a aussi pour origine le réflexe anticommuniste qui, depuis le déclenchement de la Guerre froide en 1947, pollue rétrospectivement le récit occidental du second conflit mondial. Le mythe des «jumeaux totalitaires» inventé par Léon Trotski en 1939 est bientôt érigé par la doxa en article de foi qui bénéficie à partir de 1950 de l’onction philosophique accordée par Hannah Arendt. Exilée aux États-Unis, la fervente disciple du nazi Heidegger en fait le modèle explicatif de toute l’histoire du XXe siècle, qui serait caractérisée par la lutte impitoyable entre les «régimes totalitaires» et les «démocraties libérales».

C’est cette narration qui figure aujourd’hui, en France, dans les manuels d’histoire. La minimisation de la contribution soviéto-chinoise à la défaite du nazisme en est la conséquence logique, des experts de plateau télé allant même jusqu’à suggérer que les troupes étasuniennes ont libéré les camps de la mort, alors que les firmes industrielles d’outre-Atlantique bénéficiaient cyniquement de leur main d’œuvre captive. Quant à la Chine, elle a basculé du côté des forces maléfiques lorsqu’elle est devenue communiste en 1949, et son rôle dans la lutte antifasciste est rapidement tombé dans l’oubli en Occident. Il n’en fallait pas davantage pour conforter l’anticommunisme le plus retors et pour accréditer, corrélativement, la vulgate de la «bonne guerre» menée par les «démocraties».

La première agression fasciste

C’est la Chine, pourtant, qui a subi la première agression fasciste du XXe siècle. Avant l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie mussolinienne (1935) et l’intervention italo-allemande pour soutenir Franco en Espagne (1936), le Japon a envahi les trois provinces orientales de la Chine en septembre 1931 à la faveur de «l’incident (fabriqué) de Moukden». Et si cette agression peut être qualifiée de «fasciste», c’est compte tenu du caractère ouvertement raciste et belliciste de la politique nippone, avant même la signature du très fascisant «pacte antikomimtern» de 1936 entre Berlin, Rome et Tokyo.

Pour ceux que cette qualification laisserait perplexe, rappelons que le Japon de la fin des années 1930 réunit les principales caractéristiques d’un fascisme analogue à celui de ses homologues européens : une mystique de la race supérieure, un dévouement absolu à l’Empereur comme incarnation divine de la nation, une militarisation intégrale de la société et une compulsion irrésistible à l’expansion territoriale, la guerre de conquête étant sacralisée au point de justifier par avance les pires brutalités contre des populations civiles déshumanisées.

Outre la soumission de la Chine, les ambitions expansionnistes de l’Empire nippon incluaient la domination de l’ensemble de l’Asie et du Pacifique. Mais c’est le peuple chinois qui fut le premier au monde à résister à la barbarie fasciste. Avec le déferlement des forces nippones sur l’ensemble du territoire chinois, à partir de 1937, la résistance chinoise donna naissance au premier champ de bataille de la Seconde Guerre mondiale. Et de juillet 1937 à l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, quatre années durant, la Chine ne put compter que sur elle-même pour affronter l’envahisseur.

Un combat d’autant plus difficile que le Japon, puissance industrielle, pouvait fabriquer un armement lourd dont les troupes chinoises étaient généralement dépourvues : des porte-avions, des cuirassés, des avions, des chars, de l’artillerie. Les officiers supérieurs japonais qui ont envahi la Chine prétendaient avec arrogance que trois mois tout au plus suffiraient à régler «l’incident chinois», et ils tentèrent de conquérir la Chine en mobilisant des moyens colossaux : 600 000 hommes en 1937, portés à plus d’un million dès 1939, la majeure partie du budget militaire nippon étant consacrée à l’occupation du continent et aux combats incessants avec les troupes chinoises.

Batailles frontales et guérilla

Malgré ses efforts, le Japon ne put venir à bout de la résistance du peuple chinois. Ce dernier rassembla ses forces pour former un rempart contre l’envahisseur, que ce soit lors des batailles frontales de Taiyuan, Songhu, Xuzhou, Nanjing, Wuhan, menées par le Guomindang, ou celles dirigées par le Parti communiste chinois derrière les lignes ennemies comme la «Bataille de Pingxingguan», «l’Offensive des cent régiments», ou encore les combats que livra l’Armée unie antijaponaise du Nord-Est au cœur de la Mandchourie, sans compter les innombrables actions de la guérilla communiste pour établir des bases antijaponaises et ouvrir des brèches sur le front arrière.

Exigeant la formation d’un «Front Uni» avec les nationalistes, le Parti communiste fit de la lutte pour la libération nationale une priorité absolue. Pour s’acquitter de cette tâche historique, Mao a compris qu’il fallait «tirer parti du caractère révolutionnaire de la guerre de résistance pour en faire une guerre du peuple». Car la guerre de mouvement est en passe d’être gagnée par le Japon, expliqua-t-il, et durant cette première phase, c’est l’armée nationaliste qui joue le rôle de premier plan. Mais lorsqu’on passera à la deuxième phase, en revanche, c’est la guerre de partisans qui prendra le relais.

En frappant sur les flancs de l’ennemi, enseignait Mao, l’Armée rouge épuisera l’ennemi. Elle mettra à profit l’étirement de ses lignes de communication pour le harceler. Elle lui donnera le coup de grâce, le moment venu, en jetant toutes ses forces dans la bataille. Cette guérilla anti-japonaise sera déterminante pour l’issue du conflit. Car la Chine est «un grand pays faible attaqué par un petit pays puissant», et la guerre de partisans y exercera une fonction non seulement tactique, mais stratégique : l’envahisseur «finira par être englouti dans l’immense mer chinoise».1

Le rôle décisif de la résistance chinoise

«Le Japon pensait que la conquête de la Chine réglerait ses problèmes économiques, en lui apportant matières premières et débouchés prometteurs», note l’historien Olivier Wieworka. «Il espérait également que sa croisade éradiquerait l’influence et le mode de pensée occidentaux au pays de Confucius. Il déchanta. En Chine du Nord, la guérilla maoïste l’empêchait d’exploiter les campagnes, attaquait les trains et sabotait les camions. (…) Ainsi, l’eldorado rêvé se transformait en cauchemar. Un cauchemar coûteux. À la veille de Pearl Harbor, l’empire avait perdu plus de 180 000 morts et 323 000 blessés dans l’aventure. Ces amers constats conduisirent alors des dirigeants japonais à tourner le regard vers le sud».2

Contribuant à sceller le sort du conflit mondial, la résistance opiniâtre du peuple chinois eut deux conséquences majeures.

Premièrement, elle contribua à mettre en échec le plan japonais d’agression contre l’URSS en mobilisant le gros des forces nippones sur le front chinois, ce qui permit à Staline de concentrer ses troupes pour la défense de Moscou en décembre 1941. Déjà échaudé par sa défaite face à Joukov en Mongolie en décembre 1939, l’état-major japonais privilégia désormais la poussée vers le Sud (le Sud-Est asiatique et les colonies européennes) au détriment de l’offensive antisoviétique en direction du Nord. Et en août 1945, c’est l’armée soviétique passant à l’offensive qui donnera le coup de grâce aux troupes japonaises stationnées en Chine du Nord.

Deuxièmement, la résistance chinoise eut pour effet d’infléchir la politique des EU en confortant Roosevelt dans la conviction que la guerre pouvait être gagnée grâce au «superbe combat défensif de la Chine qui, j’ai des raisons de le croire, gagnera en force» (27 mai 1941). C’est pourquoi il envoya le général Stilwell occuper les fonctions de chef d’état-major auprès de Tchang Kaï-chek. L’aide des EU permit de mettre à profit l’immense territoire de la Chine pour tenir le Japon en échec et immobiliser ses forces terrestres, lesquelles manqueront cruellement à l’état-major japonais face aux forces américaines dans les îles du Pacifique.

En février 1942, le président des EU fit cet éloge de la résistance chinoise dans un télégramme adressé à Tchang Kaï-chek : «Sa résistance héroïque au cruel agresseur a valu à l’armée chinoise les plus dignes éloges de la part du peuple américain et de tous les autres peuples épris de liberté. Le peuple chinois armé et désarmé qui, depuis près de cinq ans, offre une résistance farouche à un ennemi bien mieux équipé, ainsi que l’esprit indomptable dont il fait preuve face à un tel contraste, sont une source d’inspiration pour tous les combattants et les peuples des autres nations unies dans la résistance».3

Fierté nationale et gage d’unité

La contribution chinoise à la lutte antifasciste explique également la signature de la Chine au côté des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Union soviétique lorsque ces nations publièrent la Déclaration des Nations unies à la Maison-Blanche, le 1er janvier 1942. Rejoint par vingt-deux autres pays le lendemain, cet engagement marqua l’établissement officiel d’une alliance mondiale contre le fascisme et la création d’une structure diplomatique dite des «Quatre Grands», scellant cette grande coalition contre les puissances fascistes préconisée inlassablement, depuis 1937, par le gouvernement chinois. Et c’est cette contribution décisive de la Chine au combat commun qui a également provoqué l’abolition des traités inégaux hérités du siècle précédent.

C’est pourquoi Xi Jinping a déclaré lors du 70ème anniversaire de la victoire de 1945 : «La victoire de la guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise a été un triomphe pour toute la nation chinoise. Elle a non seulement brisé la tentative du militarisme japonais de coloniser et d’asservir la Chine, mais elle a également aboli les traités inégaux signés avec les puissances impérialistes depuis les temps modernes, permettant à la Chine de laver un siècle d’humiliation nationale (…) La victoire a jeté des bases solides pour l’indépendance et la libération de la Chine, elle a établi un tournant historique pour le grand rajeunissement de la nation chinoise et a fourni la condition préalable essentielle à sa réalisation».

Le 3 septembre 2025, les Chinois célébreront le 80ème anniversaire de cette victoire chèrement acquise en organisant un impressionnant défilé militaire au cœur de la capitale, Beijing. Elle est pour eux, en effet, une source légitime de fierté nationale et un gage irremplaçable d’unité nationale. Car la Chine reconnaît que les nationalistes et les communistes chinois ont pris toute leur part dans le combat libérateur contre l’envahisseur japonais, qu’il s’agisse des armées du gouvernement de Nanjing, puis de Chongqiing, ou des forces de guérilla qui ont harcelé avec succès les troupes nippones. Célébrée par le peuple chinois unanime, cette unité dans la lutte victorieuse contre l’envahisseur a une valeur exemplaire, et elle constitue un sérieux antidote contre tous les ferments de division.

Bruno Guigue

source : Le Grand Soir

https://reseauinternational.net/oui-la-chine-a-contribue-de-maniere-decisive-a-la-victoire-de-1945/

vendredi 19 juillet 2024

Peng Liyuan et d'autres femmes du Sud supplantent les féministes et les analystes occidentales

 

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Augusto Grandi

Source: https://electomagazine.it/peng-e-le-altre-donne-del-sud-globale-spiazzano-femministe-ed-analisti-occidentali/

Peng Liyuan. Un nom presque inconnu il y a encore quelques semaines. Et qui suscite aujourd'hui l'intérêt croissant des analystes géopolitiques. Surtout ceux qui s'enthousiasment de la présence de femmes au sommet de la politique dans l'Occident collectif, mais qui restent perplexes face au rôle des femmes dans les pays du Sud et dans les gouvernements des "méchants".

Peng est l'épouse de Xi Jinping et, ces derniers temps, elle apparaît de plus en plus souvent en public, et pas seulement en tant qu'escorte de son mari. Lors de sa tournée en Europe, par exemple, les médias chinois lui ont reconnu un rôle important en tant qu'« ambassadrice de l'ombre » et protagoniste du nouveau « soft power » de Pékin. Et compte tenu de l'habitude, également italienne, de déférence envers les institutions, les remarques des médias savent que la position officielle du parti communiste passe avant celle du gouvernement. Et, comme Peppone l'aurait dit à Brescello, dans ce pays, ce sont les communistes qui gouvernent et non le maire...

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Mais Peng est aussi un officier supérieur de l'armée, et c'est elle qui a introduit son mari dans les plus hautes sphères de la politique chinoise. Et c'est elle qui, aujourd'hui, favorise ou écrase la carrière des généraux et des ministres. Cela a surpris les analystes occidentaux, qui s'en tiennent toujours à la veuve de Mao. Jiang Qing ou Chiang Ching, selon votre préférence d'écriture, l'un des partisans les plus extrêmes de la révolution culturelle, puis, disgraciée après la mort de Mao, condamnée à mort en tant que membre de la « bande des 4 ». Cette condamnation s'est transformée en une peine d'emprisonnement à vie, purgée en résidence surveillée avant son suicide.

Des précédents qui inquiètent les atlantistes. Mais, en réalité, c'est la montée en puissance des femmes dans les pays du Sud qui inquiète le plus, car elle met à mal le récit occidental d'un monde machiste et oppresseur, discriminatoire et violent. On ne peut pas raconter, aux marmots qui font confiance aux médias atlantistes, l'histoire d'Evita Peron, ni même celle de Christina Kirchner. On ne peut pas leur dire que le pourcentage de femmes qui fréquentent les universités en Iran est supérieur à celui de leurs homologues masculins.

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On ne peut pas non plus parler du rôle de Kim Yo-jong, la sœur de Kim Jong-un, en Corée du Nord. Une présence constante indique le poids de la jeune femme dans les décisions de son frère. Mais cela ne plaît pas aux féministes occidentales. Le Sud mondial doit être méchant et rétrograde. Avec des femmes humiliées et sans perspectives. Indira Ghandi était un homme, Claudia Sheinbaum est un homme, Sahle-Work Zewde aussi.

Au lieu de cela, comme par hasard, il n'y a pas de femmes présidentes aux États-Unis, ni en France où le Front républicain a toujours barré la route de l'Élysée à Marine Le Pen.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/07/18/peng-liyuan-et-d-autres-femmes-du-sud-supplantent-les-feministes-et-les-ana.html

dimanche 7 avril 2024

Des Grecs anciens se sont rendus en Chine 1500 ans avant Marco Polo

 

Il est évident que la découverte de cet ADN mitochondrial ne pouvait amener que la supposition que ce sont les Européens qui sont à l’origine de ces statues… Comment rater ça? RI

Une étude approfondie ayant eu lieu sur des sites de la province du Xinjiang, en Chine, a révélé un ADN spécifique à l’Europe, suggérant que des Occidentaux s’y sont rendus avant et pendant la période du premier empereur.

De nouvelles recherches ont montré que des explorateurs occidentaux s’étaient rendus en Chine plus de 1500 ans avant Marco Polo. Des archéologues en ont conclu que les fameux Guerriers de Terre Cuite auraient pu être fabriqués avec l’aide des Grecs.

Les 8000 statues, qui gardent le mausolée du Premier Empereur, ont probablement été réalisées sous la direction d’un sculpteur européen qui aurait travaillé avec les habitants du site et se serait inspiré de la Grèce antique.

Une étude approfondie des sites de la province du Xinjiang, en Chine, a révélé un ADN mitochondrial spécifique à l’Europe, suggérant que des voyageurs occidentaux s’y étaient installés et y étaient morts avant et pendant le règne du Premier Empereur, soit 1500 ans plus tôt que ce que l’on pensait.

Ces découvertes ont été saluées par l’archéologue en chef de la tombe, Zhang Weixing, comme étant les «plus importantes des 40 dernières années», dépassant même la découverte de l’armée de la Terre cuite elle-même. Il s’agirait du premier contact documenté entre les civilisations occidentale et chinoise.

Les découvertes ont été faites lors de fouilles archéologiques effectuées sur le site par des archéologues du mausolée, qui ont été rapportées à la télévision par la chaîne de télévision National Geographic et la BBC.

Le complexe de tombes du premier empereur, Qin Shi Huang, s’est avéré bien plus grand qu’on ne l’aurait cru. D’une superficie équivalente à une centaine de mètres carrés, il est 200 fois plus grand que la Vallée des rois d’Égypte. Des drones ont permis d’identifier deux routes s’y rendant.

Les experts sont particulièrement enthousiasmés par la découverte de l’ADN suggérant que les Occidentaux vivaient dans la région à l’époque de l’empereur, de 259 à 210 avant Jésus Christ.

Le docteur Li Xiuzhen, archéologue en chef au musée de la tombe, a déclaré: «Nous avons maintenant la preuve qu’un contact étroit existait entre la Chine du premier empereur et l’Occident avant l’ouverture officielle de la Route de la Soie. C’est beaucoup plus tôt que nous le pensions auparavant.» Selon les experts, cette preuve repose dans le style des guerriers en terre cuite, car il n’y avait auparavant «aucune tradition connue de sculpture de statues humaines à taille réelle». Aucune statue similaire antérieure à cette époque n’a été trouvée en Chine.

Lukas Nickel, président de l’histoire de l’art asiatique à l’Université de Vienne, pense que la tombe s’est inspirée des statues grecques de l’époque d’Alexandre le Grand et que les preuves ADN viennent compléter ses théories. «J’imagine qu’un sculpteur grec était sur le site pour former les habitants», a-t-il déclaré.

Le Dr Xiuzhen a ajouté: «Nous pensons maintenant que l’armée de terre cuite, les acrobates et les sculptures de bronze trouvés sur place ont été inspirés par les sculptures et l’art de la Grèce antique.»

Lien de l’article en anglais:https://www.greecehighdefinition.com/blog/2019/2/12/ancient-greeks-travelled-to-china-1500-years-before-marco-polo-and-may-have-built-terracotta-army?

source:http://lagazetteducitoyen.over-blog.com/2019/02/des-grecs-anciens-se-sont-rendus-en-chine-1500-ans-avant-marco-polo.html

lundi 5 février 2024

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ?

 

Selon le géochimiste chinois Sun Weidong, la civilisation chinoise pourrait être née en Égypte. Pour alimenter sa théorie, le professeur a examiné en outre de nombreux textes classiques chinois datant de la supposée première dynastie chinoise connue sous le nom de dynastie Xia. Ses recherches sont compilées dans un essai de 93 000 caractères, publié en ligne en septembre 2015.

Selon Sun Weidong, l’une des preuves confirmant sa thèse provient d’un texte de l’historien Sima Qian (145 av. J.-C.-86 av. J.-C.) décrivant la topographie de l’empire Xia, traditionnellement reconnu comme étant la dynastie fondatrice de la Chine (2070 av. J.-C. à 1600 av. J.-C.). Dans celui-ci, on peut lire en substance qu’un grand fleuve coule du sud vers le nord, se divisant en neuf bras, avant de se jeter dans la mer. Selon la croyance populaire, la dysnastie Xia est née de l’Empereur Jaune et a vécu essentiellement autour du Fleuve Jaune, cependant le fleuve en question dans le texte n’est pas celui cité puisqu’il coule d’ouest en est ; en réalité il n’y a qu’un fleuve majeur au monde qui coule vers le nord et il s’agit du Nil, en Égypte.

Le Nil et son delta.
Le Nil et son delta.

Sun Weidong, scientifique émérite et plusieurs fois décoré, assure depuis des années que les fondateurs de la civilisation chinoise n’étaient dans aucun sens du terme Chinois mais des migrants venus d’Égypte. Sa certitude remonte aux années 90 alors qu’il effectuait la datation radiométrique de bronzes chinois anciens. À sa grande surprise, leur composition chimique ressemblait d’avantage à des bronzes égyptiens que ceux issus de minerais chinois indigènes.

Il affirme que, contrairement aux idées largement répandues, la technologie de l’âge de bronze en Chine ne viendrait pas du nord-ouest du pays par la Route de la soie préhistorique, mais de la mer. Elle aurait été apportée par les Hyksos, des Asiatiques occidentaux qui ont régné dans une partie du nord de l’Égypte en tant qu’étrangers, entre les 17e et 16siècles av.- J.-C., jusqu’à leur supposée expulsion du pays. Le chercheur note également que les Hyksos possédaient à une date antérieure presque les mêmes technologies et façon de vivre (métallurgie du bronze, chars, alphabétisation, plantes, animaux domestiques) que la dynastie Shang, deuxième dynastie chinoise ayant régné entre 1300 et 1046 av. J.-C. C’est en tout cas ce que révèlent des fouilles archéologiques effectuées dans l’ancienne ville de Yin, capitale de cette dernière dynastie.

« Cela peut paraitre ridicule aux yeux de certains parce que les historiens ont longtemps déclaré : ‘Nous sommes les enfants du Yan et de l’Empereur Jaune’. L’historien Sima Qian a pris ces figures légendaires comme les ancêtres des chinois Han et l’arrière-petit-fils de l’Empereur Jaune, Yu le Grand, comme le fondateur de la dynastie Xia […] Ainsi, même les figures les plus iconoclastes de la nation comme Sun Yat-Sen, Chiang Kai-Shek et Mao Zedong ont à un moment ou un autre ressenti le besoin de rendre hommage à la tombe de l’empereur Jaune. La revendication même qui prône que la civilisation chinoise serait âgée d’environ 5 000 ans, prend comme point de départ le règne supposé de cet empereur légendaire », écrit-il.

Ce n’est pas la première théorie à placer l’origine de la civilisation chinoise sur le continent africain.

Le philologue français Albert Étienne Jean Baptiste Terrien de Lacouperie qui a publié en 1892 « Western Origin of the Early Chinese Civilization from 2300 B.C. to 200 A.D. » (soit « L’origine occidentale des débuts la civilisation chinoise de 2300 av. J.-C. à 200 apr. J.-C. » en français), a déduit que la civilisation chinoise serait née à Babylone, d’après sa comparaison des hexagrammes du « Livre des Mutations » et de l’écriture cunéiforme de Mésopotamie. Il ira même plus loin en associant L’Empereur Jaune à un roi Nakhunte.

Écriture cunéiforme de Mésopotamie.
Écriture cunéiforme de Mésopotamie.

Liu Shipei, le professeur d’histoire de l’Université de Pékin, qui est le véritable auteur derrière la pseudo-chronologie de l’Empereur Jaune, a été parmi les premiers à promouvoir l’origine babylonienne des Chinois, dans des livres tels que « Histoire de la nation chinoise », publié en 1903.

Sun Yat-Sen, fondateur de la République de Chine, a quant à lui déclaré dans ses « Trois Principes du Peuple » publié en 1924 : « la croissance de la civilisation chinoise peut […] être expliquée par le fait que les colons qui ont migré d’un autre endroit dans cette vallée, possédaient déjà une civilisation très élevée. »

Cependant, entre les années 1920 et 1930, la théorie a été abandonnée après les agressions japonaises. La Chine a alors commencé à se fermer et à rejeter toute influence occidentale et a adopté sa théorie semi-mythologique sur l’origine de sa civilisation. Après 1949, Mao Zedong met en place un anti-impérialisme qui se transformera en anti-occidentalisme et affectera inévitablement l’archéologie et les recherches historiques.

source: https://chine.in/actualite/civilisation-nee-ancienne-egypte_91210.html

https://reseauinternational.net/la-civilisation-chinoise-nee-de-lancienne-egypte/

samedi 30 décembre 2023

Livre. Les trente « empereurs » qui ont fait la Chine, de Bernard Brizay

 

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En ce mois de février 2018, les éditions Perrin éditent un ouvrage très instructif intitulé « Les trente “empereurs” qui ont fait la Chine » et rédigé par Bernard Brizay.

Journaliste et historien, Bernard Brizay a écrit de nombreux livres sur la Chine, notamment Le Sac du palais d’Été ; Shanghai. Le Paris de l’Orient et, chez Perrin, La France en Chine. Du XVIIe siècle à nos jours, ouvrage traduit en chinois en 2014. Il a reçu la même année le prix prestigieux du Special Book Award of China, au Grand Palais du Peuple de Pékin, remis par Mme Liu Yandong, vice-première ministre.

Voici la présentation de l’éditeur :

5 000 ans d’histoire chinoise à travers le destin des 30 empereurs les plus représentatifs.

L’art chinois nous est familier, mais curieusement l’histoire de la Chine nous est mal connue. Et pourtant elle est instructive, et qui plus est passionnante. Qui peut se flatter de connaître et de comprendre un pays s’il en ignore l’histoire ? C’est encore plus vrai en ce qui concerne la Chine et ses cinq mille ans d’histoire. Les Chinois, eux, connaissent bien leur histoire, et aussi la géographie de leur pays, qu’on leur a doctement enseignées dès l’école primaire. Rien d’étonnant puisque, comme le souligne l’historien Pierre Ryckmans : « En Chine, l’histoire joue le rôle qui, dans les autres civilisations, est normalement dévolu à la mythologie ou à la religion : c’est à elle que l’on demande une explication totale du monde, une définition du destin de la collectivité, un jugement de valeur sur la condition humaine. » 

Ce qui frappe de plus dans cette histoire, c’est sa violence. Dans une certaine mesure, on pense à la célèbre tirade de Shakespeare dans Macbeth : « L’Histoire humaine est un récit raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur et qui ne signifie rien. » Cependant, et ce livre entend le démontrer, l’histoire de la Chine n’est ni folle ni absurde. Elle est somme toute cohérente et représentative de la personnalité de l’Empire du Milieu. On peut comprendre — on doit essayer de comprendre — la Chine d’aujourd’hui à travers son histoire. Plus que pour toute autre nation ou civilisation, ce pays s’explique par son passé et par son ADN, l’empreinte génétique de son peuple, forgée au fil des siècles. 

Parmi les 208 empereurs chinois ayant régné, répartis en 24 dynasties, nous en avons sélectionné 30, incluant les « empereurs républicains » récents, Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek, Mao Zedong, Deng Xiaoping et Xi Jinping. Tous ont en commun d’avoir réfléchi de près au sujet éternel, particulièrement en Chine, de l’exercice du pouvoir, tous ont été obsédés par une réflexion sans fin sur le pouvoir et ses modalités, à savoir l’exercice du bon gouvernement. 

La Chine, cette vaste et peuplée terre si méconnue de nous. C’est une plongée dans ses entrailles que propose Bernard Brizay, avec des histoires qui nous font revivre 5000 ans de ce qui constitue l’histoire d’une civilisation à la longévité exceptionnelle et à la créativité sans arrêt renouvelée.

On apprécie d’emblée les cartes fournies en préambule par l’auteur, pour mieux tenter de décrypter ce pays et y voir plus clair. On apprécie aussi la chronologie, qui permettra à ceux qui — comme moi lorsque j’ai commencé l’ouvrage — n’y connaissaient rien à l’histoire de la Chine — de se repérer. J’ai été rassuré d’emblée, car il ne s’agit pas d’un livre universitaire, dans lequel un historien emploie des mots ronflants (et parfois discutables) et des explications alambiquées histoire de faire lâcher prise y compris aux plus motivés.

Et puis on plonge à la découverte de l’empire du milieu, et de ses icônes historiques — qu’aujourd’hui encore tout un peuple connait, lui dont les autorités ont fait en sorte qu’il continue génération après génération à apprendre son histoire, d’où il vient, pour mieux sans doute savoir où aller. Je ne connaissais ni Huangdi, le père de la civilisation chinoise, ni Wudi, l’empereur guerrier, ni même Qianglong, le grand empereur devenu sénile. Hormis les contemporains, je n’en connaissais pas grand-chose à vrai dire, et cela ne me passionnait pas plus que ça.

Je ressors de la lecture de ces « trente “empereurs” qui ont fait la Chine » avec l’envie de me plonger encore plus profondément dans cette histoire, riche, tourmentée, rasée en partie par le communisme et par la « révolution culturelle » de Mao Zedong, mais qui est aujourd’hui toujours un géant mondial qui ne se renie pas et n’a pas l’intention de le faire.

Un livre qui donne les clés d’une civilisation méconnue, ce n’est pas tous les jours que cela arrive, alors il faut en profiter !

Yann Vallerie

chine

Bernard Brizay —Les trente « empereurs » qui ont fait la Chine — Perrin — 25 € 

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/02/12/89000/livre-trente-empereurs-ont-chine-de-bernard-brizay/

mercredi 12 juillet 2023

Petite et grande histoire de la Cité interdite

 

Petite et grande histoire de la Cité interdite, par Bernard Brizay, éditions Perrin
Petite et grande histoire de la Cité interdite, par Bernard Brizay, éditions Perrin

Bernard Brizay est historien, professeur d’histoire de l’art et journaliste, auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire de la Chine. Il vient de publier chez Perrin une Petite et grande histoire de la Cité interdite.

La Chine compte très peu de monuments hérités du passé. La Cité interdite est une exception. Et c’est extraordinaire qu’elle subsiste encore car elle est construite tout de bois. Longtemps, la Cité pourpre interdite, au cœur battant de la Chine impériale, a suscité la curiosité des Occidentaux et excité leur imagination. On pourrait multiplier à l’infini les citations célébrant la Cité interdite, la magnificence de ses bâtiments et le luxe de ses pavillons et appartements.

Durant cinq siècles, de 1421 à 1911, le Palais impérial de Pékin a été la résidence officielle des empereurs de Chine et le centre sacré de leur pouvoir. Ses résidents successifs, à commencer par les empereurs, les rares privilégiés qui lui ont accès (princes, ducs, ministres, hauts fonctionnaires), constituent également une riche galerie de portraits, de tableaux chargés d’histoires, et d’Histoire tout court. La cour impériale gravite autour de son principal acteur, l’empereur, qui règne sur un empire de la taille d’un continent, au milieu de splendeurs fabuleuses. C’est aussi un lieu où empereurs, impératrices et concubines, dames de cour, servantes et serviteurs – et surtout eunuques – se livrent aux intrigues les plus tortueuses. Les eunuques ont constitué une source perpétuelle de troubles politiques et d’intrigues de cour et ont joué un rôle si fondamental dans la Chine impériale qu’on leur attribue la chute des grandes dynasties Han et Tang, ainsi que celle, plus récente, des Ming.

La Cité interdite est sortie indemne de la révolution culturelle et de la folie destructrice des gardes rouges car le Premier  ministre de l’époque Zhou Enlai avait fait afficher de grands portraits de Mao Zedong sur les portes de la Cité, les rendant inviolables, et avait fait protéger l’espace impérial par l’armée. Mais de 2000 à 2017, ce lieux prestigieux s’il en est a été défiguré par l’installation dans ses murs d’un Starbucks, une chaîne de cafés américaine !

Petite et grande histoire de la Cité interditeBernard Brizay, éditions Perrin, 380 pages, 23 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/petite-et-grande-histoire-de-la-cite-interdite/176315/

lundi 26 juin 2023

La Légion perdue de Carrhae : Une légion romaine s’est-elle retrouvée en Chine ?

 

par Caleb Strom

Rome et la Chine sont deux civilisations majeures qui ont façonné les cultures dans leur sphère d’influence. Ce sont aussi des cultures qui semblent avoir été pour la plupart du temps, isolées l’une de l’autre. Pour cette raison, tout contact entre les cultures fascine les historiens depuis que les savants occidentaux ont commencé à étudier la Chine et que les savants chinois ont commencé à étudier l’Occident. Cela inclut des histoires comme celle de la légion perdue de Carrhae, dont les membres se sont peut-être retrouvés à Liqian, en Chine.

La Légende de la Légion Perdue de Carrhae

La légende commence en 53 avant J.C. avec la bataille de Carrhae entre le général romain Marcus Licinius Crassus et le général parthe Surena. Carrhae est un endroit près de la frontière syro-turque actuelle. Dans l’Antiquité, elle se situait aux confins de l’Empire romain à l’ouest et à ceux de l’Empire parthe à l’est.

Buste de Marcus Licinius Crassus, Musée du Louvre à Paris

Crassus était déjà l’un des hommes les plus riches de la république romaine, mais il souhaitait accéder à la richesse de la Parthie (Perse). Il a donc convaincu le Sénat de le laisser conduire 42 000 soldats romains sur le champ de bataille contre les Parthes. Dans la bataille, Crassus et son armée ont subi une défaite humiliante face à Surena et ses 10 000 archers. Crassus a tenté de négocier une trêve mais a finalement été emprisonné et exécuté. Selon la légende, de l’or liquide a été versé dans sa gorge en guise de punition pour sa cupidité. Il aurait également été décapité et son corps profané.

Parmi les soldats romains survivants, 10 000 d’entre eux ont été capturés vivants par les Parthes. Selon certains récits, ils ont été déplacés à la frontière orientale de l’Empire parthe. On pense qu’ils ont très probablement été envoyés dans l’actuel Turkménistan. C’était une coutume parthe d’envoyer des prisonniers de guerre capturés à l’ouest en Extrême-Orient pour assurer leur loyauté contre leurs rivaux orientaux, les Huns.

17 ans plus tard, en 36 avant JC, à la frontière occidentale de l’empire chinois des Han, la bataille de Zhizhi opposa les Chinois aux Huns, des ennemis traditionnels de la Chine. Les annales chinoises rapportent que des mercenaires combattant aux côtés des Huns utilisaient une formation en «écailles de poisson». La formation d’écailles de poisson a impressionné les Chinois et ils ont invité les soldats à demeurer en Chine et à faire partie des gardes-frontières de la province moderne du Gansu. Une ville et un comté ont également été créés pour eux qui ont été nommés Li-Jien ou Liqian.

La formation en tortue des légionnaires romains

La Légion Perdue de Carrhae et la Mystérieuse Armée

La description chinoise de la formation en écailles de poisson utilisée par les soldats mercenaires ressemble étrangement à la formation en tortue pratiquée par les légions romaines (une formation ou les soldats s’abritent derrière leurs boucliers comme des tortues derrière leurs carapaces). Cela a conduit à la théorie populaire selon laquelle ces mystérieux soldats étaient en fait des légionnaires romains exilés de la bataille de Carrhae qui s’étaient engagés comme mercenaires pour les Huns.

Cette idée a été suggérée pour la première fois par l’historien Homer Dubs. Dubs a fait valoir que certains des soldats en exil avaient renoncé à retourner à Rome et se sont engagés comme mercenaires pour les seigneurs de guerre locaux de la région. Une partie de ces anciens soldats romains se sont peut-être retrouvés à travailler pour les Huns dans leur guerre contre les Chinois.

Les partisans de cette théorie ont cherché Liqian et croient l’avoir trouvé. Zhelaizhai est un village moderne près de Lanzhou. Ce qui est intéressant à propos de la ville, c’est que les gens qui y vivent ont des traits tels que les cheveux bruns et les yeux bleus, qui contrastent avec l’apparence de la plupart des gens des environs. De plus, un casque aurait été trouvé avec des caractères chinois écrits dessus disant «l’un des capitulés». Deux autres objets d’intérêt sont un pot à eau de style romain et un tronc de bois avec des pieux similaires à ceux utilisés par les Romains pour construire des forts. L’apparence des villageois et la découverte d’artefacts inhabituels ont conduit de nombreux historiens à identifier Zhelaizhai à Liqian. Parce que la légende s’est popularisée, la commune s’en est servie pour attirer les touristes.

Un homme à Liqian en Chine. Il y a débat pour savoir si son village était vraiment habité par des soldats romains de la légion perdue de Carrhae.

Appréciation des faits

Est-il possible que les habitants de ce village insolite soient des descendants de Romains déplacés ? Cela a suscité l’intérêt des scientifiques chinois et occidentaux. Une étude génétique de l’Université de Lanzhou a montré que les habitants de la ville ont des liens avec l’Europe, ce qui rend la théorie plus plausible, même s’il est également vrai que la ville est construite le long de l’ancienne route de la soie, donc les liens avec les populations occidentales sont plus probablement indépendants du fait qu’ils étaient romains. Un autre lien qui a été noté est que le nom «Li-Jien» sonne comme «légion» lorsqu’il est prononcé en chinois. Certains historiens ont utilisé ce fait pour affirmer que le nom est dérivé du mot d’origine.

D’autre part, de nombreux chercheurs ont des doutes sur la faisabilité de l’hypothèse. Bien qu’il soit possible qu’un groupe de mercenaires romains ait pu se rendre jusqu’à l’ouest de la Chine, la distance est encore énorme. Et, même s’il existe des preuves circonstancielles, il n’y a aucune preuve qui confirmerait que des Romains se soient rendus à Liqian dans le passé.

Le pot de style romain aurait pu être obtenu grâce au commerce, et les autres artefacts ne sont pas uniquement romains. De plus, l’apparence physique et les relations génétiques des villageois n’exigent pas qu’ils descendent directement des peuples méditerranéens, car il existe de nombreux groupes ethniques d’Asie centrale qui ont également des liens génétiques avec la région méditerranéenne et des traits tels que les cheveux blonds ou bruns et yeux bleus.

Même s’ils ont une lignée européenne ou méditerranéenne, cela ne signifierait pas nécessairement qu’ils doivent descendre d’une légion romaine perdue puisque la ville est adjacente à l’ancienne route de la soie, ce qui rend les mariages mixtes avec des voyageurs lointains à tout moment plus probables. Ces problèmes n’excluent pas la théorie, mais ils la laissent également non confirmée.

Un autre problème est qu’il est peu probable que le nom Li-Jien soit lié au mot légion. Les érudits chinois qui se sont penchés sur l’étymologie du nom disent qu’il est lié à l’état de Lixuan, qui a des liens avec l’Égypte ptolémaïque mais pas avec Rome. Ainsi, même s’il existe un lien avec le monde méditerranéen occidental, il s’agit plus probablement d’un lien grec que romain, selon ce point de vue.

Le peuple de Liqian pourrait-il être lié à l’armée romaine perdue ?

Comme Rome et la Chine se connaissaient dans l’Antiquité, et qu’il était possible de voyager entre les deux empires à l’époque, cette hypothèse est rendue plus plausible. Il est possible qu’une légion romaine se soit rendue en Chine, mais les preuves ne sont pas concluantes.

Les découvertes génétiques pourraient également être interprétées comme signifiant que les habitants de la ville descendent d’une population caucasienne locale et qu’il n’y a aucune preuve archéologique indiscutable d’une présence romaine dans la ville dans l’Antiquité.

Ces problèmes n’excluent pas la possibilité qu’une légion romaine perdue se soit retrouvée en Chine, ils la rendent simplement moins certaine. Une chose est sûre, cependant, c’est que les habitants de Liqian se démarquent des peuples environnants de la région, un fait qui reste inexpliqué.

source : Ancient Origins via La Gazette du Citoyen

https://reseauinternational.net/la-legion-perdue-de-carrhae-une-legion-romaine-sest-elle-retrouvee-en-chine/

jeudi 4 août 2022

Les momies « européennes » de Chine

  

L'un des premiers journaux français à se faire l’écho de la découverte de momies europoïdes en Chine, Le Nouvel Observateur, écrira : « Ces corps vieux de 2 000 à 4 000 ans sont incontestablement de type caucasien, voire européen. »

En 1988, Victor H. Mair, sinologue de l’université de Pennsylvanie, visite le musée d’Ürumqi, capitale du Xinjiang, en Chine. II s'aperçoit que les corps momifiés de toute une famille, découverts dans le désert de Taklamakan en 1978, présentent des caractéristiques somatiques typiquement nord-européennes : cheveux ondulés, blonds ou roux, nez longs et droits, yeux non bridés, couleur de l’épiderme blanche, barbe épaisse et drue pour l'homme.

Les momie les « mieux préservées du monde »

Dès I'Antiquité, les géographes chinois mentionnaient l’existence, à l’ouest du désert de Taklamakan, sur la route de la soie, d'un puissant royaume situé au bord d'un vaste lac salé. En 1889, sur les rives d'un lac asséché, l'explorateur Suédois Sven Hedin découvrira les ruines enfouies de la ville de Loulan, capitale de ce royaume, ainsi que les plus anciennes momies. Les recherches ne reprendront vraiment qu'en 1979. Depuis, ce sont environ 500 tombes qui ont été fouillées, contenant plusieurs centaines de momies. Retrouvées dans un état de conservation remarquable (vêtements, parties molles, cheveux, organes internes), elles ont pu être datées grâce au carbone 14. Les plus anciennes remontent à 1800; voire 2000 avant notre ère : les plus récentes à 200 avant notre ère. Elles ont surtout été retrouvées au pied de la bordure montagneuse du bassin du Tarim, ce correspond aux zones les plus arrosées, le désert de Taklamakan, surnommé « la mer de la mort », étant trop sec pour avoir été habité.

La préservation exceptionnelle des corps ne résulte pas d’une pratique volontaire, mais s’explique par des conditions climatiques locales qui ont favorisé la dessiccation l’aridité de la zone ayant empêché la putréfaction des corps, tandis que la forte salinité ambiante et les températures hivernales prévenaient la croissance bactérienne. Selon Victor H. Mair, ces momies sont les « mieux préservées du monde », dans un meilleur état que celles « trouvées en Égypte ou au Pérou ».

L’une des tombes les plus connues est découverte en 1979-1980. Datée d'environ 1000 ans avant notre ère, elle contenait les corps de trois femmes, d'un bébé et d'un homme. Ce dernier, dit « Homme de Cherchen », est âgé de 40 à 50 ans, mesure au moins 1,80 m et arbore des cheveux châtain-roux, des pommettes saillantes, un long nez, une barbe rousse. Il porte aussi un symbole solaire tatoué sur la tempe gauche. L'une des femmes les mieux conservées, au visage de type europoïde et aux cheveux châtain clair, mesure également 1,80 m. Une autre momie célèbre est la « Beauté du bronze de Loulan ». Morte vers 1 200 avant notre ère, elle est retrouvée en 1980 avec les traits du visage et les longs cheveux blonds remarquablement préservés.

Des Indo-Européens en Chine ?

Selon les spécialistes, les momies proviennent d'oasis occupées par des communautés agricoles sédentaires qui pratiquaient la culture de céréales, l’élevage de moutons et de chèvres, et maitrisaient la technique de tissage de la laine cachemire.

Des traces de bronze ont été retrouvées dans les sépultures les plus anciennes datant du début du Ile millénaire, à une époque où ce métal était inconnu en Chine. L'on pense que la technologie du bronze y arriva par l’intermédiaire de migrants indo-européens. De nombreux objets issus des tombes sont liés à l’équitation : mors en bois, fouet, rênes et selles en cuir. II est à noter la présence sur les harnais et la sellerie de motifs solaires, de spirales et de svastikas qui nous ramènent encore aux Indo-Européens; d’autant plus que Victor H. Mair découvrit à Qizilchoga les restes d'une roue de chariot composée de trois planches incurvées assemblées par des chevilles, en tous points similaire aux modèles utilisées au Ille siècle avant notre ère dans les plaines d'Ukraine... l’un des foyers originels des Indo-Européens, si l'on en croit I'archéologue Marija Gimbutas.

Les momies portaient encore leurs chapeaux, pantalons, bas et bottes. Un fragment de tissu exhumé s'avère ainsi quasi identique aux tartans celtes découverts au Danemark et dans l'aire culturelle de Hallstatt en Autriche (lIe millénaire av. J.-C.), ce qui conduit Courrier international à conclure un peu vite que « ces momies semblent suggérer que les Celtes avaient pénétré profondément en Asie centrale ». Quelques rares chercheurs ont même défendu l'idée d'un apparentement direct du peuple des momies avec les Celtes, mais cette origine celtique est réfutée par la grande majorité des scientifiques. Autre découverte  intéressante : un couvre-chef en feutre à pointe et à larges bords de 60 cm de haut, que I'on décrit comme un « chapeau de sorcière » placé sur la tête d'une momie féminine remontant au Ile millénaire. Ce chapeau ressemble a certains couvre-chefs utilisés par les Scythes, mais aussi par les anciens Iraniens. Ces vêtements confirment I'hypothèse d'une parenté du peuple des momies non seulement avec les Indo-Européens, mais encore plus précisément avec les Tokhariens du Ier millénaire. Comme le souligne l’indo-européaniste Bernard Sergent, les traits physiques et les vêtements des momies rappellent ceux des princes tokhariens figurés dans les grottes bouddhistes.

Les corps de ces momies ont été soumis à des examens d'anthropométrie classique : les proportions des corps et des crânes, ainsi que la structure générale des squelettes, loin de correspondre aux populations asiatiques jaunes, sont celles d'Européens du Nord. Quant aux séquences d'ADN prélevées sur les corps, elles ont montré que les momies étaient porteuses d'haplogroupes caractéristiques de I'Eurasie occidentale, et plus particulièrement d'Europe centrale. Les tous premiers tests effectués par le professeur Paolo Francalacci de l’Université de Sassari, ont confirmé l’appartenance des individus analysés aux populations de souche européenne, l’ADN mitochondrial extrait appartenant à l'haplotype H, qui est aussi le plus répandu dans toute l’Europe et rare au sein des populations mongoloïdes. Une autre étude, réalisée en 2004 par des chercheurs chinois, a trouvé aussi de l’ADN mitochondrial caractéristique de populations de I’Ouest eurasien. En 2010, les résultats d'analyses chinoises sur des momies datant d'environ 4 000 ans ont démontré que les lignées paternelles étaient toutes originaires d'Eurasie occidentale (haplotype Rlala).

Qui se cache donc derrière le peuple des momies ? Des le IVe millénaire avant J.-C., des populations indo-européennes étaient présentes en Asie centrale, en Sibérie méridionale et en Mongolie, soit au nord et à l'est du bassin du Tarim.

Ce dernier est habité par les Tokhariens, ou Arsi-Kuci, au Ier millénaire. D'après Bernard Sergent, « les Arsi-Kuci ont quitté les steppes européennes certainement bien avant le IIe millénaire avant J.-C. », ce qui renforce I'hypothèse d'une installation ancienne dans le bassin du Tarim où I'on trouve des momies de type européen remontant à 1800 avant notre ère. Toutefois, il convient de demeurer prudents, 1500 ans séparant les plus anciennes momies des premiers textes en langue tokharienne.

Le Xinjiang, ex Turkestan chinois, est habité en majorité par les Quighours, turcophones et musulmans. Les plus

nationalistes, qui ont fait de la « beauté de Loulan » I'une de leurs figures emblématiques, prétendent descendre du peuple des momies. Les archéologues et généticiens ayant finalement démontré l'absence de lien entre les habitants du Tarim des IIe et Ier millénaires avant notre ère et les Ouighours, arrivés dans la région seulement au IXe siècle, les autorités chinoises ont permis aux scientifiques étrangers d’accéder plus largement à ces momies. Pour autant, l’origine incontestablement européenne du peuple des momies remet en cause I'ethnocentrisme des Chinois.

Edouard Rix Réfléchir&Agir  N° 73 printemps 2022

lundi 3 janvier 2022

Sun Tzu (Yann Couderc)

 

Yann Couderc est un officier français, historien de l’armée de Terre. Saint-cyrien, breveté de l’Ecole de guerre, il a servi sur plusieurs théâtres d’opération. Son intérêt pour l’Asie l’a conduit à entreprendre une étude approfondie de L’Art de la guerre et à développer sa propre réflexion sur la pensée du stratège chinois. Créateur et animateur d’un blog de référence, Sun Tzu France, il est l’auteur de plusieurs publications sur le sujet.

Beaucoup a déjà été écrit sur L’Art de la guerre mais que sait-on vraiment de Sun Tzu, l’auteur de ce traité de stratégie dont la tradition chinoise situe la vie au VIe siècle avant Jésus-Christ ? Très peu de chose en vérité. Mais l’existence de son œuvre est attestée depuis au moins 2.200 ans.

C’est au XVIIIe siècle que le père Amiot, un jésuite missionnaire en Chine, réalisa une première traduction française de ce traité qu’on lui disait être le plus important ouvrage militaire de l’Empire. Mais à l’époque, sa traduction passa totalement inaperçue. Ce n’est qu’au XXe siècle que l’Occident va réellement découvrir l’œuvre de Sun Tzu via une traduction… anglaise rédigée par Samuel Griffith, un général américain à la retraite, et publiée en 1963. La hauteur de vue exceptionnelle de Sun Tzu va rapidement s’imposer chez les militaires puis parmi toutes les personnes intéressées par la stratégie et ses applications.

Sun Tzu, Yann Couderc, éditions Pardès, collection Qui suis-je ?, 128 pages, 12 euros

A commander en ligne ici

https://www.medias-presse.info/sun-tzu-yann-couderc/80989/

jeudi 13 février 2020

Quand les libéraux étaient coloniaux

Peguy sur le pieds de guerre.jpegQuand le président algérien réclame à la France dès excuses pour son passé colonial, les libéraux au pouvoir à Paris ne se sentent pas concernés. Ils renvoient cette page de notre histoire à la droite, au prétexte que l'invasion de l'Algérie eut lieu sous le règne du très réactionnaire Charles X. Ils ont bien tort.
Le superbe travail de Jennifer Pitts, à l'érudition parfaite et au style limpide, ne justifie pas pleinement son titre, The Rise of Impérial Liberalism in Britain and France, car elle concentre les deux tiers de son étude à une poignée d'intellectuels anglais et survole le cas français en s'attardant sur Tocqueville, probablement parce qu'il est le Français de cette époque le mieux connu aux Etats-Unis. Le lecteur français aurait aimé un traitement plus équilibré entre les deux nations et une analyse synthétique plus développée. Il n'empêche que Jennifer Pitts, qui enseigne l'histoire des idées politiques à l'université Princeton, dans le New Jersey, démontre bien que la mise sous tutelle par notre continent d'une grande partie du monde non européen n'aurait probablement pas eu lieu si les intellectuels libéraux du début du XIXe siècle ne l'avaient pas appelée de leurs vœux.
Une sorte de « devoir d’ingérence » avant l’heure
Pourtant, au siècle précédent, Edmund Burke, un de leurs maîtres à penser, combattait les idéaux universalistes de la Révolution française et critiquait la prétention de ses compatriotes à croire la civilisation européenne supérieure aux autres.
Burke l'Irlandais, comme Adam Smith l'Ecossais, démontraient sans peine que le gouvernement par Londres, Paris ou Madrid de sociétés étrangères ne pouvait que générer l'injustice et l'oppression des populations locales, qu'elles soient irlandaises, africaines ou indiennes.
Quelques années plus tard, Benjamin Constant fustigera à son tour la tentation impérialiste des grandes puissances car elle conduisait à la négation des droits individuels des populations colonisées : justifier l'oppression au nom de la propagation nécessaire de valeurs universelles n'était à ses yeux que pure hypocrisie. C'est la génération suivante d'intellectuels libéraux qui abandonnera ces positions et défendra l'impérialisme au nom de la mission civilisatrice des nations européennes. Leur argumentation ne sera pas très différente de celle des néoconservateurs américains qui ont planifié l'invasion de l'Irak pour propager la démocratie.
Plusieurs facteurs ont contribué à leur revirement. A commencer par l'évolution technique des sociétés européennes, qui les a distinguées en peu de temps du reste du monde, Quand Marco Polo découvre la Chine au XIIIe siècle, il est émerveillé par ce qu'il voit. L'Empire du Milieu lui apparaît comme infiniment supérieur à l'Europe. Cinq siècles plus tard, quand l'ambassadeur lord McCartney arrive en Chine en 1793, il trouve une société au niveau de développement scientifique et social comparable à la sienne.
Vingt ans plus tard, l'Européen arrivant à Pékin est porteur d'une civilisation inédite, celle des machines, et il propage une religion nouvelle, celle du progrès. L'admiration des premiers voyageurs européens pour les sociétés qu'ils rencontraient a fait place à l'arrogance et au mépris.
Le rôle majeur do John Stuart Millet de Tocqueville
Ces sentiments nouveaux expliquent en partie l'évolution d'hommes comme John Stuart Mill et Alexis de Tocqueville qui vont jouer un rôle majeur dans le revirement des intellectuels et de l'opinion publique au sujet de la colonisation des peuples non européens.
Le premier plaide en faveur du droit légitime du « monde civilisé » à décider du sort des sociétés dites arriérées. Le second se fait un ardent avocat des thèses impérialistes, notamment en soutenant l'invasion et l'occupation de l'Algérie pour renforcer la cohésion sociale de la métropole et pour consolider le rang international de la France, même au prix d'une politique brutale et injuste à l'égard des Algériens.
Le blanc-seing des intellectuels libéraux à l'impérialisme sera décisif car il fournira les arguments dont avaient besoin les gouvernements européens pour leur politique impérialiste. Le ralliement ultérieur de la gauche au colonialisme ne fera qu'accélérer un processus déjà mis en route.
Tomas Moberg Le Choc du Mois Décembre 2006
- A Turn to Empire. The Rise of Impérial Liberalism in Britain and France, par Jennifer Pitts, University Press, 2006,400 pages.

En juin 2006 s'est tenu un colloque à Paris sur le thème « Aux origines de la puissance européenne » auquel était invitée Jennifer Pitts. Les interventions et les débats sont téléchargeables sur le site www.monde-diplomatique.fr/car-net/2006-06-22-Colloque-Bayly-II.