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samedi 19 août 2023

Débarquement en Provence Août 1944 : la mémoire hémiplégique de Macron et des médias

 

Débarquement en Provence Août 1944 : la mémoire hémiplégique de Macron et des médias

De Christian Baeckeroot :

Si on ne peut que se féliciter d’entendre le Président de la République prôner le patriotisme et l’union des Français, il reste pour ceux qui aiment la vérité et le respect de nos morts le regret d’une mémoire hémiplégique.

Ni Emmanuel Macron ni la quasi-unanimité des commentateurs n’ont évoqué d’où venait cette armée qui renaît le 10 novembre 1942 avec l’accord signé entre les anglo-américains en cours de débarquement et l’Amiral Darlan qui vient de recevoir par cable secret le dernier message du Maréchal Pétain : 

« Vous avez toute ma confiance .Faîtes au mieux. Je vous confie les intérêts de l’Empire » ( Robert Aron / Histoire de Vichy / p.560).

L’Armée d’Afrique, préservée par l’Armistice de juin 1940 et dynamisée par le Général Weygand puis par le Général Juin, reprend le combat contre l’Allemagne et l’Italie.

Elle mobilise immédiatement 4 divisions (60.000 hommes) pour s’opposer aux forces germano-italiennes qui contre-attaquent en Tunisie alors que les Alliés n’alignent fin Novembre que 2 divisions (L.C. Michelet / La Revanche de l’Armée d’Afrique / p. 411 / éditions G. de Bouillon)

« Jusqu’à la fin décembre (1942 ) l’essentiel de la couverture face à l’Est reposera sur les soldats de Juin » ( P. Montagnon / l’Armée d’Afrique / p. 411 / éditions G. de Bouilon ) .

Après la Tunisie le C.E.F. (Corps Expéditionnaire Français de 115.000 hommes ) commandé par le Général Juin s’illustrera en Italie (décembre 1943 / juillet 1944 ). 90%des effectifs du CEF sont des unités de l’Armée d’Afrique.

Fin juillet 1943 le Général Juin, prenant congé du CEF déclare

« Ma pensée reconnaissante va au Général  Weygand qui a préparé l’Armée d’Afrique en lui forgeant une âme et me l’a léguée au moment  de l’employer. L’Armée d’Afrique venue combattre en Italie a marqué la renaissance des armes françaises » .

C’est encore l’Armée d’Afrique qui constituera 85% de l’Armée du Général de Lattre qui débarque sur les côtes de Provence en aoùt 1944, avant  d’être renforcée par les jeunes métropolitains.

Christian Baeckeroot

(Saint-Cyrien  1958-1960)

https://lesalonbeige.fr/debarquement-en-provence-aout-1944-la-memoire-hemiplegique-de-macron-et-des-medias/

jeudi 29 juin 2023

Pétain. Une nouvelle biographie de Bénédicte Vergez-Chaignon

 

pétain

Les éditions Perrin ont publié en août une importante biographie de Philippe Pétain, rédigée par Bénédicte Vergez-Chaignon. Un livre à lire pour mieux comprendre l’histoire et le parcours de celui qui est notamment voué aux gémonies par les militants bretons pour avoir confirmé la séparation de la Loire-Atlantique à la Bretagne.

Riche de plus de 1000 pages, cette biographie vient ainsi compléter et réactualiser les références qu’étaient celles de Marc Ferro (1987) ou d’Herbert Lottman (1984) par de nombreuses informations inédites apportées par Bénédicte Vergez-Chaignon sur celui que la majorité ne connaît qu’en tant que sauveur de la France à Verdun ou signataire de l’armistice avec Hitler. Cette biographie a également l’intérêt de ne pas se focaliser sur un seul aspect de Philippe Pétain et d’étudier toutes les facettes de ce personnage central de la première moitié du 20ème siècle .
Sa jeunesse de grand sportif et de militaire, avant la première guerre mondiale , est ainsi évoquée tout comme la Première Guerre mondiale et l’entre deux-guerres mais l’auteur consacre néanmoins près de 600 pages à la Seconde Guerre mondiale.

“L’histoire n’est pas un tribunal, il ne s’agit pas de juger, mais de connaître la vie de Philippe Pétain” écrit Bénédicte Vergez-Chaignon, qui redonne dans cet ouvrage ses lettres de noblesse au travail d’historien, trop souvent sacrifié sur l’autel de l’interprétation politique et de la manipulation idéologique.

Dans ce livre, le lecteur peut suivre pas à pas l’histoire de Philippe Pétain, comme s’il était à ses côtés, et cela notamment grâce aux pièces d’archives retrouvées par l’historienne (dont des écrits personnel de celui que beaucoup appelaient “le Maréchal”) . A chacun ensuite de pouvoir interpréter, critiquer, condamner, encenser les actes d’un homme qui apparait au final – et notamment durant la montée de l’Allemagne nazie et au début de la deuxième guerre mondiale – comme soucieux de ne pas replonger l’Europe dans une deuxième guerre civile, dans un deuxième grand suicide européen d’où ses choix qu’il aura ensuite payé par sa condamnation en justice.

A la fin du récit, on peut en conclure que Philippe Pétain était avant tout un homme de l’entre-deux siècles, qui n est jamais vraiment entré dan l’ère moderne, dans le 20ème siècle. Un militaire de haut rang avec une  opinion de lui-même surdimensionnée, voulant jusqu’au bout se mettre en avant, en assumant, quitte à en payer le prix. Quitte aussi à mettre de côté sa famille et sa vie sentimentale une grande partie de sa vie durant.

Philippe Pétain était un homme dont les choix militaires l’ont conduit à être érigé en héros durant la première guerre mondiale et jugé comme un traître à la fin de la seconde, notamment par des générations rompues aux guerres idéologiques du 20ème siècle et qui n’avaient précisément pas vécues l’horreur de la boucherie de 14-18 .

Pour que De Gaulle (sur sa vie, lire “De Gaulle : la grandeur et le néant, de Dominique Venner) émerge enfin et réussisse sur la scène politique française, il lui fallait un bouc émissaire, le symbole du mal absolu : ce fût Philippe Pétain, même si l’histoire rapportée par Bénédicte Vergez-Chaignon permet d’avoir une autre vision de celui qui fût le plus aimé des Français avant de devenir le symbole de la défaite, et donc le catalyseur de toutes les haines les plus enfouies et souvent les plus sournoises.

Un livre qui fera date, à lire et à posséder assurément

Bénédicte Vergez-Chaignon a travaillé pendant dix ans avec Daniel Cordier, notamment sur la biographie de Jean Moulin, et publié de nombreux ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et Vichy (notamment “les Vichysto-résistants” mais également des livres sur l’ Epuration et sur la vie quotidienne des Français dans les années 40.

Pétain, Bénédicte Vergez-Chaignon, Perrin, 29€

Photo : DR
BREIZH-INFO.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine. 

https://www.breizh-info.com/2014/09/27/16652/petain-nouvelle-biographie-benedicte-vergez-chaignon/

samedi 16 juillet 2022

La désinformation autour du régime de Vichy (Bernard Legoux)

 

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Bernard Legoux, capitaine de frégate honoraire, est membre de la Commission française d’histoire militaire. Il est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’année 1940.

Adversaire résolu de la déformation intentionnelle de l’Histoire, Bernard Legoux s’indigne en constatant la désinformation qui règne actuellement sur le gouvernement de Vichy et le maréchal Pétain. Depuis 1980, un nouveau courant historique, souvent qualifié d’ « historiographie nouvelle« , présente le régime de Vichy comme le mal absolu en ne tenant, le plus souvent, aucun compte de tous les écrits et témoignages des années 1950 à 1980. Bernard Legoux analyse les procédés de désinformation utilisés par ces soi-disant historiens ayant abandonné toute objectivité.

L’auteur tente également de définir les groupes de pression qui font actuellement tous leurs efforts pour propager une image tronquée du régime de Vichy et essaie de replacer ce dernier dans le contexte et les multiples atrocités de la seconde guerre mondiale. Il montre que Vichy est très loin de partager la responsabilité des nombreux crimes accomplis non seulement par les nazis et les Soviétiques, mais souvent par les Alliés occidentaux eux-mêmes.

Enfin, l’auteur souligne combien le gouvernement d’armistice était une nécessité, combien également la diabolisation immédiate du gouvernement légal du pays adoptée par De Gaulle avait contribué à la division des Français.

Un ouvrage très documenté qui rend ainsi indirectement hommage au maréchal Pétain qui s’est chargé de cette tâche indispensable de protection de la population et des prisonniers qui est le devoir primordial du gouvernement d’un pays vaincu militairement et occupé.

La désinformation autour du régime de Vichy, Bernard Legoux, Atelier Fol’Fer éditions, 521 pages, 29,20 euros (prix franco)

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-desinformation-autour-du-regime-de-vichy-bernard-legoux/59335/

samedi 29 janvier 2022

Quand le Maréchal Pétain était honoré par les Etats-Unis

 

Le Maréchal Pétain et le Général US Pershing.

Petit rappel historique en images pour répondre aux propos grotesques et anachroniques du Maire de New York qui a l’intention d’effacer la plaque en l’honneur du Maréchal Pétain fixée à Broadway.

En 1931, le Maréchal Pétain fut invité aux Etats-Unis et reçu avec tous les honneurs.

Ci-dessous, les élèves de la prestigieuse académie militaire de West Point défilent devant le Maréchal Pétain.

Invité aux Etats-Unis, le Maréchal Pétain s’adresse à l’armée américaine au sujet de leur participation à la première guerre mondiale.

lundi 26 juillet 2021

1er juillet 1925 : Pétain et De Gaulle

 Lorsqu'il pénètre, le 1er juillet 1925, dans les fastueux appartements qui abritent, au 4 bis boulevard des Invalides, l'état-major particulier du maréchal Pétain, le capitaine Charles De Gaulle a trente-quatre ans. Sa carrière d'officier, sorti de Saint-Cyr en 1912, a été vite assombrie par un pénible épisode : fait prisonnier en 1916 à Verdun, il a fini la guerre en captivité.

Amer d'avoir ainsi vécu une partie du conflit en spectateur, De Gaulle exprime en novembre 1918, dans une lettre à sa famille, « le regret indescriptible de n'y avoir pas pris une meilleure part ». Il lui faut se réadapter, par un stage à Saint-Maixent destiné aux officiers rentrant de captivité. Il saisit au vol l'occasion de quitter la France, pour participer à une mission d'instruction d'officiers polonais : face aux menaces de l'Armée Rouge, les puissances occidentales ont décidé d'armer la Pologne.

De retour en France, De Gaulle est chargé d'un cours d'histoire à Saint-Cyr. Mais il a d'autres ambitions et, en mai 1922, il est admis à l'Ecole supérieure de guerre. L'Ecole est, normalement, pour les sujets doués, un tremplin naturel vers les hautes fonctions. Doué, De Gaulle l'est (il a d'ailleurs dans son dossier une appréciation - révélatrice - du commandant en second de Saint-Cyr : « Officier de haute valeur et qui le sait. ») Hautement convaincu, donc, de sa valeur, il entre vite en conflit avec l'enseignement reçu à l'Ecole de guerre. Car cet enseignement est basé sur la doctrine de la défensive : pour jouir au mieux des fruits de sa victoire, la France doit se protéger en s'installant derrière une solide muraille, fortement armée, et en refusant tout aventurisme. Cette doctrine est professée par le général Debeney, qui commande l'Ecole de guerre. Mais l'inspirateur en est le maréchal Pétain.

Le vainqueur de Verdun a, au lendemain de 1918, la haute main sur l'armée française. Vice-président du Conseil supérieur de la guerre, inspecteur général de l'armée, il contrôle l'état-major. Mais il est plus encore, comme le souligne Lacouture : « Pétain, dans la première partie des années vingt, c'est une sorte de divinité militaire. Il est à la fois le chef et le père, chargé de toutes les gloires et détenteur de tous les pouvoirs ( ... ). Tout concourt à faire de lui beaucoup plus qu'un généralissime ou qu'un chef victorieux : une sorte de figure tutélaire où se reconnaît non seulement une armée, mais aussi une nation saignée à blanc par sa victoire. Aussi bien tout ce qui touche au métier des armes gravite-t-iI, ces années. là, autour de lui. » Pétain fait l'unanimité : Léon Blum dit de lui qu'il est « le plus humain des chefs ».

Pour avoir manifesté beaucoup d'indépendance d'esprit, De Gaulle sort mal noté de l'Ecole de guerre. Avenir bouché ? Le capitaine De Gaulle se retrouve affecté au 4e bureau de l'état-major de l'armée du Rhin, à Mayence (le 4e bureau est chargé de l'intendance : le peu exaltant « riz-pain-sel »... ). C'est de cet exil que le tire Pétain, en le faisant affecter à son état-major personnel.

De Gaulle a déjà été sous les ordres de Pétain : sa première affectation, à la sortie de Saint-Cyr, fut le 338 RI d'Arras, que commandait alors le futur maréchal. Celui-ci, à l'évidence sans rancune à l'égard du bouillant élève de l'Ecole de guerre qui a osé critiquer la « doctrine Pétain », est intervenu pour que soient relevées ses notes finales, peu glorieuses ... Il a distingué, chez ce contestataire, un sujet hors du commun. En 1925, donc, la collaboration entre les deux hommes s'annonce fructueuse. Les orages viendront plus tard ..

P.V National Hebdo du 26 juin au 2 juillet 1997

lundi 19 juillet 2021

Pétain – De Gaulle : une autre vision de l’histoire (Colonel Michel Le Pargneux)

 

Le commissaire colonel Michel Le Pargneux, né en 1927, a vécu l’Occupation et les durs combats de 1944 en Normandie. Il fit ensuite carrière dans l’armée de Terre : Tirailleurs marocains, Service des Affaires indigènes du Maroc, maintien de l’ordre dans l’Aurès, Service des Affaires algériennes où il connut de près le drame de l’abandon de la province. Il resta en Algérie jusqu’en 1963, bien après l’indépendance, avant de continuer son service en métropole.

Le livre qu’il publie aux éditions des Cimes reprend notamment les quatre conférences qu’il avait données sur Radio Courtoisie en 2014 dans l’émission “Journal des Auditeurs et des Musiciens” de Didier Rochard qui en signe la préface.

Il a déjà beaucoup été écrit sur le Maréchal Pétain comme sur le Général De Gaulle. Alors, un livre de plus ? Certes. Mais un livre qui s’adresse avant tout aux jeunes générations afin de démonter l’Histoire falsifiée telle qu’enseignée aujourd’hui, qui, soit cherche à salir la mémoire du Maréchal Pétain, soit encense hors de tout bon sens le Général De Gaulle. Cette étude constitue donc un véritable travail de réinformation et s’appuie sur des documents minutieusement analysés issus d’archives trop souvent occultées. En outre, il contient de très nombreuses pages d’annexes qui viennent notamment réhabiliter le Maréchal mais aussi écorcher le mythe gaulliste. On se régalera également de la Lettre ouverte adressée par Roger Holeindre au Président François Hollande à propos du 19 mars 1962.

Pétain – De Gaulle, Colonel Michel Le Pargneux, éditions des Cimes, 258 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/petain-de-gaulle-une-autre-vision-de-lhistoire-colonel-michel-le-pargneux/109579/

samedi 6 février 2021

Eric Zemmour sort victorieux de son procès après ses propos sur le maréchal Pétain

   

Source Valeurs actuelles cliquez ici

Eric Zemmour avait encore une fois été attaqué pour ses propos. Le chroniqueur star de l’émission Face à l’info sur CNews est sorti vainqueur de son procès pour « contestation de crime contre l’humanité ». En décembre dernier, le parquet de Paris avait requis une amende de 10.000 euros contre Eric Zemmour. Il s’agissait de 100 jours-amende à 100 euros, soit un total de 10.000 euros contre l’écrivain qui avait soutenu, en octobre 2019 sur CNews, que le Maréchal Pétain avait « sauvé » les Juifs français.

Plus précisément, ses propos avaient été prononcés le 21 octobre 2019 lors d’un débat avec Bernard Henri-Lévy, rapportait Le Figaro. « Un jour, dans une autre émission, vous avez osé dire que Pétain avait sauvé les Juifs français. C'est une monstruosité, c'est du révisionnisme », s'était emporté le philosophe Bernard-Henri-Lévy. « C'est encore une fois le réel, je suis désolé », avait aussitôt rétorqué Eric Zemmour. 

Plusieurs associations (Mrap, Licra, SOS Racisme...) s’étaient retrouvées à la barre en tant que parties civiles. Face à elles, Eric Zemmour ne s’était pas laissé faire… Il avait continué à dire qu’il estimait que le débat sur le rôle de Vichy envers les citoyens juifs français devait être tranché par les historiens et non par la justice. « Je tiens à répéter ce que j'ai dit, les chiffres parlent d'eux-mêmes : en France, 40 % des Juifs étrangers qui ont été exterminés et 90 % des Juifs français qui ont survécu », avait rapporté le journaliste. Avant de conclure : « J'admets que l'on puisse contester ce que je dis mais je ne vois pas en quoi ce que je dis conteste que des Juifs aient été exterminés par des Allemands. »

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2021/02/06/eric-zemmour-sort-victorieux-de-son-proces-apres-ses-propos-6295712.html

mardi 13 octobre 2020

Un autre juin 1940 par Georges FELTIN-TRACOL

 

Costa-185x300.jpgLes éditeurs « installés » ne pourraient plus sortir des romans dont l’intrigue, y compris fictive, risquent de contredire la bienséance mémorielle et le dogmatisme historique officiel. C’est le cas pour L’appel du 17 juin d’André Costa paru à l’automne 1980.

Navigateur, pilote automobile et historien à ses heures perdues, André Costa (1926 – 2002) a dirigé L’Auto-Journal, le fleuron du groupe de presse de Robert Hersant entre 1950 et 1991. Sa passion pour les sports mécaniques en fait un journaliste féru d’essais des nouveaux modèles automobile. Souvent présent aux courses motorisées en circuit fermé ou en rallye, il écrit des ouvrages spécialisés (Les roues libres). Il se distingue aussi par L’appel du 17 juin, un brillant récit uchronique.

Le point de divergence se rapporte à la poursuite de la guerre du côté français malgré la « Débâcle » (1). À peine le cabinet du Maréchal Pétain constitué, « le général de Gaulle avait tout d’abord prévu de repartir vers la Grande-Bretagne à bord de l’appareil qui l’avait amené la veille. Le général Spears qui opérait la liaison entre Churchill et le gouvernement français l’encourageait vivement à ne pas demeurer plus longtemps en France […]. L’avion décolla vers 9 heures du matin mais de Gaulle demeura à terre, en dépit des supplications véritables de Spears (p. 31) ».

De Gaulle avec Pétain

Pendant sa courte période ministérielle, le sous-secrétaire d’État à la Guerre ne ménage pas ses efforts dans le transfert en Afrique française du Nord le maximum de matériel, de personnels et d’armement. En effet, « entre le 5 et le 25 juin, deux guerres allaient se livrer parallèlement, imbriquées l’une dans l’autre mais orientées chacune vers un but différent. La première bataille serait classique : il s’agirait de retarder la poussée des divisions allemandes vers le sud. La seconde bataille allait en revanche revêtir des aspects plus originaux. Elle résiderait en une lutte désespérée entre le temps et la distance, compliquée par une quête éperdue, à la recherche des bateaux capables de faire passer en Afrique du Nord troupes et matériel (p. 15) ». André Costa écarte toute idée de « réduit breton » comme point de résistance à l’avancée motorisée allemande.

Resté en France, Charles de Gaulle décide alors de convaincre Philippe Pétain. Vers 21 heures, le Maréchal le reçoit. La discussion est franche et directe :

« — Monsieur le Maréchal, il ne tient qu’à vous d’éviter la destruction et la plus détestable des divisions. Continuez la guerre et votre nom forcera le Destin. Depuis un mois, les Français ont été submergés d’appel. Appels à leur volonté de résistance, à leur énergie, que sais-je encore. Ce soir, monsieur le Maréchal, moi, Charles de Gaulle, que vous connaissez depuis longtemps, j’en appelle à votre sens de la France. Il faut que vous disiez à la France de continuer la bataille; sans quoi elle terminera ce siècle dans le rôle d’une nation secondaire… (p. 32) »

Les historiens nommeront cette discussion l’« appel du 17 juin ». Le vieil homme qui ne cache pas son scepticisme marqué par le sceau du réalisme, et exprime ses réticences :

« — Mais enfin, sacrebleu, vous rendez-vous compte de ce que vous demandez à un homme de mon âge ? À l’époque où je pouvais encore décemment rêver d’offensive, le sort m’a condamné à livrer la plus grande bataille défensive de l’histoire moderne. Et voici qu’aujourd’hui, vous demandez à un vieillard de quatre-vingt-quatre ans de se lancer dans une aventure de gamin; de quitter la France pour s’en aller chez les Arabe ? (p. 32) »

Le vainqueur de Verdun craint que la France occupée souffre de représailles terribles. De Gaulle, cynique, l’espère au contraire, car « en tuant des Français, les Allemands réveilleront la rage guerrière de la France. Elle saura à nouveau se battre et gagner une guerre… (p. 33) » Le maréchal Pétain cède finalement à ses arguments. Le gouvernement va se déplacer à Alger. En attendant, le nouveau président du Conseil place De Gaulle à la tête de la délégation française supposée négocier à Rethondes les conditions d’armistice. L’objectif réel est de gagner le plus de temps possible.

À Rethondes, le Führer accueille un général de Gaulle plus hautain que jamais. Les discussions se passent très mal. La France ne signera pas d’armistice. Le 22 juin 1940 à minuit, après le bombardement dévastateur de Bordeaux, le Maréchal annonce à la radio que la France continue la lutte. Il somme les Français à prendre les armes. À 8 heures du matin, le Général, promu vice-président du Conseil et ministre de la Guerre, intervient à son tour à la radio depuis « Alger, capitale provisoire de la France éternelle (p. 50) ».

Deux Frances en parallèle

Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie accueillent en quelques semaines un grand nombre de militaires, d’ouvriers spécialisés, de techniciens et de civils transportés par une « Royale » habillement commandée par son amiral de la flotte, François Darlan. Les équipages français s’illustrent aussi en coulant divers navires italiens. Et l’Espagne franquiste ? « L’Espagne pense beaucoup plus à manger et à se reconstruire qu’à se battre. Hitler ne peut promettre à Franco que des territoires qu’il ne contrôle pas et qu’il lui faudrait conquérir l’arme à la main, cela sans parler de la concurrence italienne… Au contraire, les États-Unis sont en mesure de donner du blé, simplement en échange de sa neutralité. Franco saura choisir (p. 78). » Madrid devient dès lors un excellent interlocuteur entre les parties belligérantes.

Berlin nomme comme Gauleiter de la France occupée Otto Abetz. Afin de contrer la légitimité du gouvernement français d’Alger, il incite Pierre Laval à devenir le chef d’un gouvernement embryonnaire avec pour seuls ministres Marcel Déat à l’Intérieur et Jacques Doriot à la Défense nationale. L’auteur s’inscrit ici dans la convenance historique. On peut très bien imaginer que les militants du « Grand Jacques » suivent l’appel du Maréchal et s’engagent dans une féroce guérilla. Celle-ci n’est pas le fait comme en 1870 de francs-tireurs, mais de soldats français restés en métropole et regroupés en « Unités spéciales ». La n° 1 est directement dirigée par un prisonnier de guerre évadé et ancien corps-franc en 1939 – 1940 : Joseph Darnand. Celui-ci monte de multiples actions meurtrières contre les occupants allemands. André Costa tient probablement à rappeler ce qu’écrivait Georges Bernanos : « S’il y avait eu plus de Darnand en 1940, il n’y aurait pas eu de miliciens en 1944. » Exempt donc de toute interprétation « paxtonite », L’appel du 17 juin décrit les premières persécutions de la population juive dans tout le pays dès l’été 1940.

L’Italie n’arrive pas à s’emparer de la Corse. André Costa paraît oublier la bataille des Alpes et la déroute italienne face aux Français. Il imagine en revanche que prise en tenaille entre la ligne Maginot, le Jura et les Vosges des centaines de milliers de soldats français forment une solide poche de résistance qui disparaît par des négociations et un vote des combattants, suite à la médiation diplomatique de l’Espagne. Si quelques combattants français préfèrent regagner leur foyer en France occupée, la majorité part pour l’Afrique du Nord. Entre-temps commence la bataille aérienne d’Angleterre au cours de laquelle la Luftwaffe est presque victorieuse jusqu’au moment où les Spitfire britanniques pilotés par des Français lui inflige de sévères pertes.

Installé au Palais d’Été d’Alger, le gouvernement français déplacé organise la mobilisation totale de son empire colonial au cours de fréquentes réunions politiques et militaires. « Outre le maréchal Pétain et le général de Gaulle, les généraux Weygand, Noguès, Georges et d’Harcourt étaient présents ainsi qu’un civil, Georges Mandel (p. 149). » C’est pendant l’une de ces réunions qu’il est décidé une double offensive, navale vers la Sicile et terrestre contre la Libye italienne, le 15 août 1940. Or Hitler a prévu ce jour-là de déclencher sur Bizerte une gigantesque opération aéroportée. La Tunisie se transforme en champ de bataille. L’ampleur et la violence de l’attaque germano-italienne obligent le Maréchal à prendre lui-même le commandement du nouveau front. Cependant, les forces de l’Axe perdent leur avantage initial après plusieurs semaines d’intenses combats. Les troupes alliées s’emparent de toute la Libye italienne.

Un regard impartial

Dans ce conflit s’illustrent Pierre Kœning, Jean de Lattre de Tassigny et Philippe de Hauteclocque. Engagé volontaire dans l’armée française en 1944 – 1945, André Costa admire ces trois généraux, en particulier « Leclerc ». Cela ne l’empêche pas de saluer aussi le courage des soldats allemands et italiens. Plus étonnant, il raconte la franche amitié entre le lieutenant français Robert Desnais et l’Obersturmführer Heinz Klausmann de la division SS Totenkopf. Pour cet officier allemand francophone, les SS sont « des soldats politiques, et cette notion est certainement nouvelle pour vous. Elle signifie que nous ne luttons pas seulement sur le front. Nous voulons remporter toutes les victoires, afin de gagner toutes les paix. Pour cela, nous devons être les meilleurs, dans tous les domaines. C’est ça, la SS ! (p. 57) ». Il expose à son futur ami ébahi sa vision du monde : « La guerre aura lieu entre le passé et l’avenir. Entre la jeunesse et la sénilité. Entre la haine et l’espoir… Nous n’aurons pas trop de toutes les bonnes volontés européennes pour triompher. […] France, Allemagne… Ce sont déjà des survivances d’un passé poussiéreux ! […] Notre force sera notre droit. Notre droit à ressusciter l’empire européen de Charlemagne où ni les Juifs, ni les Slaves, ni les Arabes, ni les Noirs n’auront droit de cité, non pas en raison d’une infériorité congénitale mais, beaucoup plus simplement, parce que notre culture et nos traditions ne sont pas les leurs ! (pp. 58 – 59) »

Il est probable qu’André Costa ait lu la trilogie des Waffen SS français de « Maît’Jean ». Rédacteur en chef de L’Auto-Journal, il devait de temps en temps rencontrer son grand patron, Robert Hersant, ancien du Jeune Front du Parti français national-collectiviste de Pierre Clémenti. Ce passionné de l’automobile côtoyait par ailleurs Jean-Marie Balestre, président de la Fédération internationale du sport automobile (FISA) entre 1978 et 1991, qui, dans sa jeunesse, avait été un volontaire français de la Waffen SS tout en restant proche des milieux de la Résistance intérieure. Affecté au journal SS français Devenir, il rédigeait sous l’autorité de… Saint-Loup. Il est envisageable qu’après avoir épuisé leur conversation favorite consacrée aux voitures, André Costa et Jean-Marie Balestre en viennent à parler de leur engagement militaire respectif passé.

Furieux de ne pas pouvoir envahir la Grande-Bretagne, Hitler ordonne un raid côtier. Débarquent à Brighton, « quatre cents hommes de la Leibstandarte ainsi que les dix chars Mk1, les side-cars et les sections du génie avec leur matériel de destruction (p. 212) ». C’est un beau coup d’éclat. Un ancien étudiant allemand qui séjournait avant-guerre non loin de là effectue en compagnie de son unité blindée légère et d’un correspondant de guerre une petite promenade dans la campagne anglaise. Il se permet même de s’arrêter dans un pub y boire une bière, de s’y faire photographier et de payer le plein d’essence. Un autre groupe arrête le général Bernard Montgomery « dont la plus grande partie de l’armée connaissait au moins de réputation le caractère irascible et tatillon (p. 209) ». Pensant qu’il s’agit de l’avant-garde de l’invasion, Churchill lâche de l’ypérite, un terrible gaz de combat. André Costa pensait-il que le Premier ministre britannique fût un indéniable criminel de guerre ?

L’épée et le bouclier

La partie la moins « travaillée » de cette remarquable uchronie reste l’aspect politique. La IIIe République s’efface au profit d’une nouvelle république, la Quatrième, dont le premier président, le Maréchal Philippe Pétain, est élu au suffrage universel direct par 98,1 % des suffrages et une abstention d’environ 8 % (p. 297). Parmi les électeurs se trouvent les indigènes à qui le gouvernement vient d’accorder la pleine citoyenneté d’autant que « la France a besoin de 200 000 soldats algériens. Pour cela, l’Algérie doit devenir réellement française. De toute manière, avec ou sans cette guerre, l’heure du choix sonnera. Si l’Algérie ne devient pas française par inclination ou par fatalité historique, elle sera algérienne (p. 227) ». André Costa se plaît à imaginer un État français uni. « Au cours de ce conflit, la France connut une chance insigne. Ses dirigeants les plus représentatifs et les plus dynamiques parvinrent à réaliser entre eux un accord véritable, malgré les différends aisément susceptibles de les opposer. Pourtant, en dépit de la valeur de cette union sacrée réalisée entre un vieux maréchal de France désenchanté et un général ambitieux, le redressement de la France n’aurait pu avoir lieu sans l’action déterminante menée par Jean Monnet (p. 253). » Juste avant de rejoindre L’Auto-Journal, André Costa fit ses classes à L’Aube, le journal démocrate-chrétien du MRP (Mouvement républicain populaire), d’où cet éloge envers l’« Anglo-Saxon girondin ».

Élu chef de l’État, le Maréchal nomme le général de Gaulle Premier ministre. Ce prisme institutionnel « gaullien » dénote dans l’économie générale du récit. L’auteur ne se rapporte jamais à la loi Tréveneuc du 23 février 1872 qui, en cas d’empêchement du Parlement, permet à tous les conseils généraux disponibles de choisir en leur sein deux délégués qui forment alors une assemblée nationale provisoire. Cherche-t-il aussi à réconcilier à travers ce récit fictif gaullistes et pétainistes ? Lors d’une nouvelle discussion entre les deux plus grands personnages français du XXe siècle, il fait dire à Charles de Gaulle les conséquences qu’aurait eues un éventuel armistice :

« — Certes, monsieur le Maréchal, votre gouvernement eût été légitime de droit et, la lassitude aidant, la majorité vous eût sans doute été reconnaissante de trouver dans votre renoncement personnel une prestigieuse justification à son abandon. Pourtant, çà et là, des hommes se seraient levés, que j’aurais personnellement encouragés. Ils auraient continué la guerre à quelques-uns et votre immense prestige n’aurait fait que diviser la France, en la déchirant entre l’honneur d’un nom, le vôtre, et celui d’une attitude : la volonté de vaincre ! Et cela eût duré des générations, au sein d’une France diminuée inéluctablement, aussi bien dans l’esprit de ses fils que vis-à-vis de l’étranger (pp. 80 – 81). (2) »

En entendant ces propos, le Maréchal Philippe Pétain ne peut pas ne pas s’exclamer :

« — Décidément, de Gaulle, vous voulez à toute force être l’épée de la République. Vous auriez dû vous prénommer Michel…

— Monsieur le Maréchal, j’accepte l’image qui, si je ne m’abuse, est d’ailleurs de vous, vous le bouclier de la France d’après votre propre formule.

Le Maréchal haussa les épaules.

— Pas du tout. On m’a assuré au contraire que c’étaient là vos paroles (p. 81). »

André Costa se plaît ici à reprendre la célèbre formule du Colonel Rémy (alias Gilbert Renault). Ce résistant royaliste de la première heure, plus tard Compagnon de la Libération, fondateur du réseau résistant « Confrérie Notre-Dame », principal orateur du mouvement gaulliste d’opposition RPF (Rassemblement du peuple français), soutient en 1950 dans l’hebdomadaire Carrefour la « théorie des deux cordes », soit un accord tacite entre l’« épée » de Gaulle et le « bouclier » Pétain. Une version aujourd’hui hérétique dans l’université putréfiée hexagonale, mais qui reste largement valable, n’en déplaise aux sycophantes en place.

Lucide, l’auteur montre l’ambiguïté profonde des communistes français à l’heure de l’alliance entre l’Allemagne et l’URSS. Ainsi raconte-t-il une réunion clandestine d’une cellule parisienne. Le premier militant, Bourgeot, en clandestinité depuis un an, critique le pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939. La deuxième, Ginette, s’en félicite au contraire et conclut son intervention par un « faisons confiance au camarade Staline… (p. 122) ». Pour le troisième, son mari, « c’est peut-être Hitler et ses SS qui ont raison… Eux, ils annoncent la couleur. Ils savent se battre et, après avoir descendu tous les juifs de la Finance et les ploutocrates, ça ira peut-être vraiment mieux ! (p. 122) » Le dernier à intervenir est mandaté par le Parti. Refaisant tout l’historique politique de l’année écoulée, il insiste sur leur « but essentiel : le triomphe de la IIIe Internationale, animée et défendue par l’URSS ! (p. 124) » Il est si convaincant que dès le lendemain, tous distribuent dans les rues de la capitale L’Humanité autorisé à reparaître sous une censure allemande incroyablement indulgente pour la circonstance puisqu’elle laisse passer les critiques quotidiennes contre le proto-gouvernement de Pierre Laval. Très vite, la région parisienne voit se multiplier les rixes entre communistes et doriotistes.

André Costa n’aborde en revanche jamais l’attitude de Charles Maurras et de L’Action Française. Dans les circonstances qu’il décrit, la germanophobie de Maurras l’aurait sûrement incité à franchir la Méditerranée en compagnie de Thierry Maulnier, de Pierre Boutang, de Claude Roy et de Maurice Blanchot, à se rallier à une nouvelle « union sacrée » et à soutenir le maréchal Pétain et le général de Gaulle dont le quotidien défendait déjà avant 1939 les propositions tactiques. Toutefois, « dans une petite ville du Morvan (p. 195) », le commandant Joseph Darnand exécute l’éditorialiste d’un bi-hebdomadaire local favorable à Pierre Laval. L’auteur […] était un vieil avoué parfaitement honnête, fidèle de l’Action Française, officier de cavalerie de réserve et président régional d’une association d’anciens combattants (p. 195). »

Après la Pologne, la Scandinavie, l’Europe de l’Ouest, la Méditerranée occidentale et la Tunisie, les opérations se déplacent dans les Balkans. Le 22 octobre 1940, le Duce attaque à partir de sa colonie albanaise la Grèce. « Après ses échecs en Afrique du Nord et en mer Tyrrhénienne, Mussolini désirait absolument une revanche sur le plan militaire, qui lui apporterait également le réconfort politique dont il avait grand besoin (p. 279). » Cette offensive déstabilise toute la région puisque la Bulgarie intervient du côté de l’Axe. La Yougoslavie noue d’abord une alliance avec Berlin, avant de se rétracter après un coup d’État anti-allemand. Elle demande l’aide militaire à la France et à la Grande-Bretagne. Le corps expéditionnaire franco-britannique entraîne une sixième défaite militaire consécutive italienne depuis l’entrée en guerre de l’Italie en 1940. Le 24 janvier 1941, Mussolini perd le pouvoir et est arrêté. Le roi Victor-Emmanuel III d’Italie nomme le maréchal Badoglio nouveau chef du gouvernement. L’armée royale italienne commence à se retourner contre son ancien allié allemand.

Un dénouement inattendu

Début février 1941, les belligérants se neutralisent et les fronts se stabilisent peu à peu. Malgré ses récentes défaites, l’Allemagne continue à dominer une très grande partie du continent européen. L’appel du 17 juin se termine par un coup de théâtre qui mérite d’être commenté. Le 6 février 1941, en séance plénière de l’Assemblée nationale consultative, le Maréchal reçoit un message diplomatique allemand transmis par l’ambassadeur d’Espagne à Alger. Le papier provoque son évanouissement. Hitler demande l’ouverture immédiate de négociations avec la Grande-Bretagne et la France. Pourquoi ? « Ce matin, […], à 4 heures, les frontières du Reich, du Gouvernement général et de la Roumanie ont été violées par de très importantes forces soviétiques qui, attaquant en masse, ont d’ores et déjà réalisé en certains points d’importantes pénétrations (p. 333). »

André Costa laisse le lecteur imaginer la suite. Bien auparavant, il avait cependant averti que « le journaliste Jean Fontenoy […] devait plus tard mourir courageusement en se battant contre l’armée soviétique (p. 87) ». La France réfugiée en Algérie de Philippe Pétain et de Charles de Gaulle aurait-elle accepté l’offre allemande ? Vu la tonalité très anticommuniste de cette IVe République alternative, c’est une forte éventualité. Mais Alger devrait prendre en compte l’intransigeance maladive de Churchill pour qui l’Allemagne était plus dangereuse que l’URSS. De vives tensions seraient alors apparues entre les deux alliés. L’invasion soviétique aurait inévitablement obligé l’Espagne et le Portugal à participer d’une manière plus soutenue à la riposte anti-bolchevique tout en gardant leur neutralité par rapport au conflit germano-italo-franco-britannique.

Sans le savoir, André Costa anticipe ici la thèse, contestée bien évidemment par les historiens de cour, de Victor Suvorov dans Le brise-glace (3). « Hitler croyait l’invasion inévitable, mais il ne pensait pas qu’elle serait imminente. Les troupes allemandes étant employées à des opérations secondaires, l’opération “ Barbarossa ” fut même reportée à plusieurs reprises. Elle commença enfin le 22 juin 1941. Hitler ne se rendit manifestement pas compte à quel point il avait eu de la chance. S’il avait repoussé son plan une nouvelle fois, par exemple au 22 juillet, il aurait très certainement fini la guerre bien avant 1945. Nombre d’indices tendent à prouver que la date fixée par Staline pour l’opération “ Orage ” était le 6 juillet 1941 (4). » Dans le contexte géopolitique propre à L’appel du 17 juin, à la vue des défaites successives de l’Axe, Staline peut fort bien avancer au mois de février son plan de conquête de l’Europe. L’auteur ne dit rien sur l’éventuel déclenchement parallèle, coordonné et simultané par les appareils clandestins communistes de grandes grèves générales et d’actes révolutionnaires subversifs dans l’Europe entière ainsi qu’en Afrique du Nord. Joachim F. Weber rappelle pour sa part dans la revue jeune-conservatrice Criticón (mai – juin 1991) qu’à cette époque, « pour les officiers de l’état-major allemand comme pour tous les observateurs spécialisés dans les questions militaires, c’est devenu un lieu commun, depuis 1941, de dire que l’avance allemande vers l’Est a précédé de peu une avance soviétique vers l’Ouest, qui aurait été menée avec beaucoup plus de moyens. La vérité, c’est que le déploiement soviétique, prélude à l’ébranlement des armées de Staline vers l’Ouest, n’a pas le temps de s’achever (5) ».

La nouvelle donne à l’Est bouleverse le déroulement de cette autre Seconde Guerre mondiale. Plutôt que bombarder Pearl Harbour, l’Empire du Japon révise ses objectifs et cherche à se venger de sa défaite récente à Khalkhyn-Gol (6). La faction militaire du Kodo-ha regagne sa suprématie face à sa concurrente Tosei-ha. L’armée japonaise envahit la partie septentrionale soviétique de l’île de Sakhaline, l’Extrême-Orient et la Sibérie. Privés d’attaque dans le Pacifique, les États-Unis restent-ils toujours neutres ? On comprend bien qu’André Costa ne souhaite pas s’aventurer sur tous les prolongements contrefactuels esquissés par la fin ouverte de son roman. Regrettons seulement que L’appel du 17 juin ne soit qu’une belle uchronie.

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : L’économiste et stratège Jacques Sapir, aidé de Franck Stora et de Loïc Mahé, reprend cette trame uchronique dans un ouvrage Et si la France avait continué la guerre… en deux volumes (1940 et 1941 – 1942, Tallandier, 2012).

2 : Saluons la prescience d’André Costa des trente prochaines années !

3 : Victor Suvorov, Le brise-glace, Olivier Orban, 1989. Ancien officier du GRU (renseignement militaire) soviétique, Victor Suvorov est le pseudonyme de Vladimir Bogdanovitch Rezoun.

4 : Idem, p. 279.

5 : Joachim F. Weber, « Opération Barbarossa : les forces en présence et les conclusions qu’on peut en tirer », dans Vouloir, n° 83 – 84 – 85 – 86, novembre – décembre 1991, p. 43.

6 : cf. Jacques Sapir, La Mandchourie oubliée. Grandeur et démesure de l’art de la guerre soviétique, Éditions du Rocher, coll. « L’Art de la Guerre », 1996.

• André Costa, L’appel du 17 juin, JC Lattès, 1980, 333 p.

http://www.europemaxima.com/un-autre-juin-1940-par-georges-feltin-tracol/

mardi 18 décembre 2018

Un mensonge d’État au service de l’étranger

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Les généraux de Lattre et de Monsabert 
Ce livre est un plaidoyer pour la France et les Français.
À l’encontre des propos mensongers et des images grossières qui sont déversés à longueur de temps et d’antennes et qui font de la France un pays minable qui s’est toujours mal comporté, en particulier pendant les années 40, avec des Français lâches, égoïstes, ignobles, collaborateurs nés, antisémites patentés, xénophobes… Discours officiels, historiographie officielle, instruction et éducation officielles !
Tout ça pour permettre aux politiciens de jouer les grandes consciences en accusant leurs anciens et en battant la coulpe de la France. Jacques Chirac a donné le « la ».
En fait, ce sont les États-Unis et les Anglo-saxons qui ont inventé cette légende. Le faux historien Paxton en est l’illustration. Leur politique a toujours été d’humilier la France pour mieux la dominer et servir ainsi leurs intérêts et ceux de leurs vrais alliés, Israël en particulier. L’opinion occidentale, et française singulièrement, matraquée sans cesse, en vient à penser que tout est de la faute de la France, même le nazisme. L’Allemagne est déchargée de toute culpabilité ! Hitler n’est rien par rapport à Pétain. C’est énorme ! Et c’est répété à longueur de temps.
Alors l’auteur en quelques chapitres rappelle les fait : les combats de la Résistance, les hauts faits de l’armée française avec les Juin, les de Lattre, les Leclerc, le comportement exemplaire de l’immense majorité des Français, la protection des Juifs, tout un effort qui tendait vers la libération, de tous les côtés, aussi bien des maquis que de l’administration….
Sur tel ou tel point, il est permis d’élever quelques réserves ; car il y eut, malheureusement, des exactions, des règlements de compte, une épuration indigne qui aurait dû être évitée.
Il n’en reste pas moins que la France ni les Français ne méritent des jugements aussi indignes : en s’y prêtant les Français ne font que le jeu d’ennemis retors qui savent en profiter. Non, la France n’est pas coupable.  
2855787515.jpgLa France face à l’hégémonie des États-Unis d’Amérique, William Macbeth, Ed. La Bruyère, 321 pages, 22 €.   

samedi 3 février 2018

Il y a soixante-quinze ans ..

Du 14 au 24 janvier 1943, La conférence de Casablanca visait à évincer le chef de la France libre :
Après le débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, sous commandement américain, et dont la France combattante avait été soigneusement écartée par le président Franklin Roosevelt, celui-ci, plus que méfiant à l’égard du général de Gaulle, se montrait plus que complaisant à l’égard de l’amiral Darlan, transfuge de Vichy. À telle enseigne que ce dernier fut même reconnu, le 22 novembre, comme haut-commissaire en Afrique du Nord, en charge du gouvernement militaire et civil dès lors qu’il se plaçait sous le contrôle des autorités américaines. Nomination officiellement provisoire et que le destin se hâta de sceller le 24 décembre suivant par le bras armé du jeune Fernand Bonnier de La Chapelle (20 ans). Croyant ainsi servir les intérêts de la France libre, à moins que ce ne fussent ceux du Royaume Uni, voire du comte de Paris, il avait servi, sans le savoir, les desseins Américains, qui tenaient alors un deuxième homme dans leur manche pour supplanter de Gaulle : moins sulfureux et plus docile que Darlan, le général Henri Giraud, candidat au poste de marionnette agitée depuis Washington, attendait alors son heure à Gibraltar.
     Curieux homme que ce général d’armée de 63 ans : hostile avant 1939 à l’emploi massif des blindés mais favorable à une offensive rapide contre l’ Allemagne ; fait prisonnier le 19 mai 1940 dans des conditions rocambolesques, parfaitement représentatives du ridicule de la désorganisation des forces françaises du moment : ayant perdu son armée, il s’était «  fait cueillir » sans opposer de résistance : ce sont les soldats du rang qui se sacrifient, pas les généraux d’armée ; fait grand croix de la légion d’honneur le 25 août, pendant son incarcération en Prusse orientale – mais oui ! ; évadé, dans des conditions restées mystérieuses, le 17 avril 1942 de la forteresse de Königstein ; refusant de rejoindre la Résistance et adressant des offres de service au régime de Vichy ; s’autorisant à donner des leçons sur les causes de la débâcle : à ses yeux, non point militaires mais civiles, attribuables à la dénatalité, aux congés payés, au syndicalisme, au parlementarisme, à la faillite de l’enseignement, à l’esprit de jouissance  - un vrai inventaire à la Prévert – mais nullement à l’incompétence de l’état-major, soit l’exact discours du maréchal Pétain en juin 1940.
    Approché à Vichy par des agents secrets américains, il accepte de travailler pour eux «  à la libération de la France » et ne parle plus qu’en futur général en chef vainqueur ; le voilà aéroporté par ses nouveaux amis à Gibraltar au moment du débarquement en Afrique du Nord puis, après le succès de celui-ci, à Alger et, après la mort de Darlan, à qui il sert brièvement d’adjoint puis de successeur, à Casablanca.
    Giraud n’a pas l’étoffe du titre de «  commandant en chef civil et militaire » dont l’a affublé Eisenhower de la part de Roosevelt. Installé dans ses fonctions, il maintient les lois antisémites de Vichy, la détention des résistants et fait arrêter des fonctionnaires français pour avoir aidé les Américains lors de leur débarquement ! Attitude que dénonce virulemment la presse américaine.  Mais Washington s’entête et organise, en janvier 1943, une conférence internationale, c’est-à-dire avec Churchill, de Gaulle et Giraud. Objectif : évincer le premier au profit du second. Devinant la mascarade, les Soviétiques ont décliné l’invitation. La réunion se tient à Anfa, quartier résidentiel de Casablanca où les Français ont, dans les années 1920, construit de confortables villas. Les Américains ont réquisitionné plusieurs d’entre elles, expulsé leurs occupants, et établi un périmètre de sécurité gardé par leurs seules forces militaires. «  Bref, écrit de Gaulle, dans ses Mémoires de guerre, c’était la captivité (...) en terre de souveraineté française, elle me fit l’effet d’une sorte d’outrage. »
    Les Américains ne ménagent pas leur peine pour tenter d’humilier de Gaulle et de mettre Giraud en avant. Pour cela, ils offrent d’élégantes réceptions où se presse le «  tout Casa » afin d’écouter, admiratif, la énième narration par le héros du jour de son évasion d’Allemagne. Et de Gaulle, invité de bout de table,  plongeant son nez dans son assiette avant de relever la tête à la fin du récit de son challenger : « Et maintenant, général Giraud, si vous nous racontiez comment vous avez été fait prisonnier ? » Rien ne se retourne plus vite qu’une assemblée de rieurs convoquée pour voler au secours de la victoire...
    Roosevelt, qui tient alors Churchill sous sa coupe, voudrait mettre en place une direction collective de la France libre mais où de Gaulle serait néanmoins subordonné à Giraud. Le refus du premier est catégorique. Pour sauver les apparences, Roosevelt parvient, non sans mal, à ce que les deux Français se serrent la main puis acceptent officiellement de diriger conjointement l’ensemble des forces françaises en guerre : un expédient sans avenir qui fera seulement perdre du temps à la France libre, de Gaulle ne parvenant, après de multiples manœuvres, à éliminer définitivement Giraud qu’en avril 1944.
    La conférence de Casablanca ne fut cependant pas totalement inutile : les alliés convinrent de plusieurs points importants pour l’avenir de la conduite de la guerre, notamment l’exigence, à laquelle les Américains se montraient jusqu’ici réticents, d’une reddition sans conditions des puissances de l’Axe. Que, le 8 mai 1945, la France libre recevrait au même rang que les autres puissances victorieuses.
Daniel de Montplaisir

lundi 30 octobre 2017

Joseph Darnand 19 mars 1897 – 10 octobre 1945

Aimé-Joseph Darnand est né le 19 mars 1897, à Coligny.
Il est issu d’une famille nombreuse et modeste, d’esprit traditionaliste. Son père, également nommé Joseph, est employé des chemins de fer, et sa mère tient le ménage. Il a trois sœurs, dont deux plus âgées.
Quand la guerre éclate, il tente de s’engager volontairement mais il est refusé car trop léger et trop jeune.
Le 8janvier 1916, il est enfin incorporé, au 350ème régiment d’infanterie. Il est nommé caporal en avril 1917, puis sergent le 1er juin. Il est ensuite affecté au 366ème régiment d’infanterie pour monter au front, en octobre 1917. Darnand est volontaire pour tous les coups de mains et patrouilles dangereuses de son régiment.
Il va rester célèbre dans l’histoire de la Grande Guerre pour un raid couronné de succès sur le Mont-sans-nom, le 14 juillet 1918, qui permit la capture de vingt-trois allemands et des plans très importants. Ce fait d’armes est capital pour la fin de la guerre en 1918, car il permis à Darnand de s’emparer des plans de la future grande offensive de Ludendorff, prévue pour le lendemain.
 Héros de la Grande Guerre, Darnand la termine adjudant, avec sept citations, dont deux à l’ordre de l’armée, la Croix de guerre, ainsi que la Médaille militaire, qu’il reçoit du Général Pétain en personne, six jours après l’exploit du Mont-sans-nom, et la Croix de guerre belge. Il sera décoré de la Légion d’honneur. Le président Poincarré dira de lui qu’il fut l’un des artisans de la victoire : « J’aurais désiré joindre mon reconnaissant hommage à ceux qui seront rendus par d’anciens combattants au sergent Darnand, artisan de la Victoire. ».
Seuls le maréchal Foch et Georges Clémenceau ont eu droit à cette appellation flatteuse.
Après la guerre, Darnand veut devenir officier et intégrer l’école militaire de Saint-Maixent, mais ses supérieurs le recalent. Il rempile dans l’armée pour deux ans de plus, et il est envoyé en Turquie, au 17ème R.T.A. Il quitte l’année pour de bon en juillet 1921, au grade d’adjudant de réserve, quand il comprend qu’on ne veut pas de lui comme officier.
Il revient s’installer dans l’Ain, où il travaille comme chef aux fabriques de meubles Descher, et où il épouse la nièce du patron. Ils ont deux enfants ensemble : une fille qui meurt en bas âge, et un fils, Philippe.
Joseph Darnand s’installe à Nice en 1925, muté dans le cadre de son travail. C’est là qu’il s’inscrit à l’Action Française, et où il fait la connaissance de Félix Agnély, qui deviendra son meilleur ami, malgré les différences d’origine sociale et de caractère. C’est aussi à cette époque qu’il rencontre Marcel Gombert, via Agnély. Darnand décide de monter sa propre entreprise de transports.
Il quitte l’Action Française en 1928, déçu de ne pas pouvoir donner plus d’autonomie aux Camelots du Roi. Joseph Darnand joue un rôle assez important au sein du CSAR (aussi appelé la «Cagoule »), il y est chargé d’organiser ce mouvement souterrain dans les Alpes-Maritimes d’abord, puis dans tout le sud-est de la France. Il est arrêté, comme nombre de cadres, le 18 juillet 1938. Les preuves manquant pour obtenir sa culpabilité, il obtient un non-lieu en décembre 1938. C’est d’ailleurs en prison qu’il rencontre un futur grand ami et bras droit : Jean Bassompierre, qui était venu lui rendre visite en septembre.
Lorsque la guerre éclate, en 1939, il s’engage à nouveau, en qualité de sous-lieutenant puis lieutenant de réserve. Contrairement à la guerre précédente, il part cette fois sans enthousiasme, conscient des manques criants de l’armée française. Il est envoyé au 24ème bataillon de chasseurs de la 29e » division d’infanterie. Il y retrouve Félix Agnély.
Un corps franc de treize officiers, cinquante sous-officiers et cent cinquante soldats est formé au sein du bataillon, Agnély commande, et Darnand le seconde. Le corps franc monte en Moselle en janvier 1940, où se succèdent les premiers coups de mains. Le 7 février 1940, ils reçoivent la mission de se rendre à Forbach, de nuit, pour suivre les mouvements de l’ennemi. Cernés dans le bourg, ils doivent battre en retraite, mais Agnély est mortellement touché et reste sur place. Joseph Darnand et trois volontaires repartent derrière les lignes ennemies, pour ramener le corps. Darnand est fait Officier de la Légion d’honneur le 15 février 1940, et fait la couverture de Match’ du 21 mars 1940.
Lorsque vient l’heure de la défaite, Darnand a reçu deux autres citations. Il est fait prisonnier le 17 juin en Sologne et interné à Pithiviers. Il s’en évade en août 1940, avec l’aide extérieure de Gombert et d’un certain Philippe Fournier, équipés d’une voiture, de faux papiers et de l’argent. Bien que Darnand ait entendu l’appel de Charles De Gaulles, et fut charmé sur le coup par le côté aventureux, il préféra suivre le côté de la légalité, celui du Maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun.
Après l’armistice, il retourne dans son fief de Nice, d’où il prépare des idées de revanche contre les allemands, avec l’aide de Jean Bassompierre notamment. Chef départemental de la Légion française des combattants des Alpes-Maritimes, ce n’est qu’en août 1941, avec la fondation du SOL, que Darnand prend le chemin de la collaboration.
Il y occupe le poste d’inspecteur général, dans les faits c’est le véritable chef. Il quitte Nice pour Vichy début 1942. La visite du dépôt de la LVF, en juillet 1942, en Pologne occupée, achève de le convaincre que le seul salut de la France passe par l’Allemagne, qui doit écraser le bolchevisme, et qu’en aucun cas la France ne doit être réduite au sort de la Pologne. Lors de la tentative de mise sur pied de la Légion tricolore, durant l’été 1942, il montre pour la première fois des vœux de collaboration armée avec le Reich.
Le 30 janvier 1943, la Milice Française est fondée en zone sud, Darnand en est le secrétaire général et le chef incontesté. Hormis le militantisme politique, elle est peu active dans les premiers mois de son existence. Mais les menaces et les meurtres envers les miliciens se multipliant, la Milice opte de plus en plus pour l’Allemagne dans la deuxième moitié de 1943. En juillet 1943, Darnand tente de démissionné, dégouté de la tournure prise par sa Milice, qui n’est toujours pas armée et qui est en train de devenir une simple police supplétive.
la milice
Le Maréchal Pétain refuse sa démission, car il a trop besoin de son « meilleur soldat ».
En août 1943, décidé à ne pas rester inactif, il décide de « franchir le pas» en s’engageant dans la Waffen-SS. Le 8 août 1943, il prête serment de fidélité à Hitler, à l’ambassade d’Allemagne de Paris, en présence d’officiers allemands et du SS wallon Fernand Rouleau. Il est nommé Obersturmführer.
Sa seule volonté étant de sauver la France, « malgré l’opinion publique, et contre elle s’il le faut ». On peut noter que Darnand ne porta sans doute pas plus de deux ou trois fois l’uniforme feldgrau. Joseph Darnand devient le premier français à prêter serment au Führer, les membres de la LVF par exemple ne prêtent serment qu’au chef militaire Hitler, et non pas à l’homme politique.
A partir de là, la Waffen-SS française et la Milice sont étroitement jumelées, et Damand accepte de fournir cadres et hommes issus de la Milice à partir d’octobre 1943. En guise de remerciements, les allemands arment la Milice, en novembre 1943. Joseph Darnand entre au gouvernement le 1er janvier 1944, au poste de secrétaire général au maintien de l’ordre. Sa Milice est étendue à la zone nord, avec l’accord des allemands.
En juin 1944, il est nommé secrétaire d’état à l’intérieur. De janvier à juillet 1944, Darnand est ainsi l’homme ayant le plus de pouvoirs sur la vie intérieure française, en ayant en théorie sous ses ordres toutes les forces policières de France.
Le 17 août 1944, l’ordre de repli général de la Milice est donné, Darnand part en Allemagne. Après quelques entretiens avec Gottlob Berger, Il accepte de verser une partie de ses miliciens à la Waffen-SS. Il tente en vain de garder un certain contrôle sur la Brigade Charlemagne en gestation, en se présentant le 11 novembre 1944 au dépôt de la division à Wildflecken, vêtu de son uniforme de Sturmbannftihrer. Il s’annonce en tant que tel, mais il est refusé par le garde car il n’a pas son soldbuch. Il se présente alors en tant que secrétaire d’état, puis il est reçu par Krukenberg, qui avait prévu cet évènement. Lors d’un entretien privé, ce dernier fait comprendre à Darnand qu’il n’y a pas de place pour lui à la « Charlemagne ».
Un peu dépité, Darnand sait que la «Charlemagne» se fera avec ses hommes, mais sans lui… Il assiste à la cérémonie de serment à Hitler, puis rend une dernière visite à Henri Fenet, avant de partir du camp dès le lendemain.
Le 8 décembre 1944, il écrit à Berger pour servir dans la division Wallonie avec l’accord de Léon Degrelle, mais Berger refuse, sous prétexte que cela pourrait être mal vu des français de la brigade Charlemagne.
Joseph Darnand décide alors de partir pour l’Italie du nord, avec un bataillon de franc-gardes de la Milice, où il arrive le 12 mars 1945. Il se rend avec le bataillon milicien à Tirano, le 25 avril. Ayant l’autorisation de sortir de la caserne malgré son statut de prisonnier, il en profite pour se cacher dans l’appartement d’une vieille dame, parente d’un religieux. Peu après, le père Bonfiglio de Tirano lui offre un nouveau refuge dans la montagne, à Eldolo. C’est là que Damand est arrêté par des agents des services spéciaux anglais, le 25 juin 1945. Il est remis peu après aux autorités françaises.
Sa femme et son fils Philippe partiront d’Italie pour l’Amérique du sud, vivant chichement plusieurs années. Philippe devient ingénieur et reviendra bien plus tard En Europe.
Incarcéré à Fresnes durant l’attente de son procès, aucun avocat ne veut le défendre, jusqu’à ce que Maitre Ambroise-Colin le rencontre en septembre 1945.
Dans sa dernière lettre, adressée au général de Gaulle, il demande la clémence pour ses miliciens, arguant qu’ils n’ont fait que suivre ses ordres.
Malgré son passé glorieux et une défense honnête durant laquelle il ne renie rien, le héros des deux guerres devenu à la fois personnage clé de l’État Français et membre de la SS, tombe sous des balles françaises, le 10 octobre 1945, au fort de Châtillon.
Joseph Darnand est enterré au cimetière des Batignolles, à Paris.Sa nièce, Jeanne Brevet fut l’épouse d’Henry Charbonneau puis en 1984 de Léon Degrelle.
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vendredi 23 septembre 2016

23 septembre 1940 : l’agression britannique sur Dakar 23 septembre 2016 par admin4

Un article de José Castano :
« L’empire, sans la France ce n’est rien. La France sans l’empire, ce n’est rien » (Amiral Darlan – Novembre 1942
L’âme de nos marins plane sur l’Océan, je l’ai vue ce matin, sous l’aile d’un goéland »(Freddie Breizirland)
            Après avoir été donné à la France par le traité de Paris, le 30 mai 1814, Dakar devint, en 1904, la capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Située à l’extrémité occidentale de l’Afrique, elle occupait, en 1940, une position stratégique considérable qui faisait bien des envieux. Au point de séparation de l’Atlantique Nord et Sud, en avancée face à l’Amérique Latine, sur le chemin entre l’Afrique du Sud et l’Europe, Dakar intéressait tout le monde et en premier lieu les Britanniques qui, sur le chemin traditionnel de l’Afrique australe et de l’Asie par le Cap, retrouvaient là l’un des enjeux de leurs rivalités coloniales avec la France et voulaient profiter de son écrasement.
En septembre 1940, le Maréchal Pétain avait confié au général Weygand la délégation générale du gouvernement en Afrique et le commandement en chef des troupes. Ainsi se trouvait affirmée la volonté de défendre l’Afrique mais aussi de préparer les moyens de la revanche.
Le 31 Août 1940, soit près de deux mois après la lâche agression commise par ces mêmes britanniques sur la flotte française au mouillage et désarmée, dans le port de Mers El-Kébir (Algérie) et près d’un mois après l’entretien Churchill – De Gaulle (6 août 1940) sur les modalités d’une éventuelle attaque contre les forces françaises stationnées au Sénégal et demeurées fidèles au Maréchal Pétain, la force navale M (M comme « Menace ») britannique où se trouvait de Gaulle quitta les ports britanniques pour Freetown en Sierra Leone qu’elle atteignit le 16 Septembre.
Cette expédition reposait sur deux principes et deux ambitions :
– Churchill espérait mettre la main sur l’or de la Banque de France et des banques nationales belges et polonaises, représentant plus de 1000 tonnes d’or… et sur le cuirassé Richelieu, redoutable par sa puissance de feu (bien que son armement ne fût pas terminé), fleuron de la flotte française.
– De Gaulle désirait s’imposer comme le chef suprême de l’empire français en guerre… empire d’importance que le gouvernement de Vichy tenait, par ailleurs, à défendre ardemment.
Partie de Freetown le 21 septembre, la force M se présenta devant Dakar le 23 à l’aube. A 6 heures, un message de De Gaulle était adressé à la garnison en lui demandant de se rendre… sans effet. Sa seule présence qu’il espérait suffisante, ne provoqua pas à son grand dam les ralliements escomptés… le traumatisme de Mers El-Kébir était trop vif. Le gouverneur général de l’A.O.F., Pierre Boisson, commandant la Place, résolument rangé derrière Pétain, refusa catégoriquement de se rallier, affirmant sa volonté de défendre Dakar « jusqu’au bout » La décision de De Gaulle ne se fit pas attendre : Il fallait débarquer ! Une première tentative de débarquement se solda par un fiasco suivie de deux autres qui subirent le même sort. Une tentative de persuasion politique échoua et Thierry d’Argenlieu, arrivé par mer pour parlementer avec un drapeau blanc, fut accueilli par un tir de mitrailleuse qui le blessa mais son embarcation parvint à s’échapper. Il en résultait que de l’avis de De Gaulle et de l’amiral Cunningham, le patron de la flotte anglaise, la résistance allait être farouche…
En effet, face à l’armada britannique qui se préparait au combat, la France disposait, cette fois, de solides moyens navals ainsi qu’une sérieuse défense côtière. On en n’était plus aux conditions dramatiques de Mers El-Kebir où la flotte désarmée avait été littéralement assassinée ; cette fois, les marins français étaient prêts au combat et animés, de surcroît, d’un esprit de revanche parfaitement perceptible… et compréhensible. Avant la tragédie de Mers El-Kébir, la flotte française était la 4ème plus puissante flotte du monde ; elle était décidée à le prouver et cela d’autant plus qu’elle n’avait jamais été vaincue…
Sur cette résistance, de Gaulle écrira dans ses mémoires : « Décidément, l’affaire était manquée ! Non seulement le débarquement n’était pas possible, mais encore il suffirait de quelques coups de canons, tirés par les croiseurs de Vichy, pour envoyer par le fond toute l’expédition française libre. Je décidai de regagner le large, ce qui se fit sans nouvel incident. »
Ainsi se passa la première journée, celle du 23 septembre.
Dans la nuit du 23 au 24 septembre, plusieurs télégrammes furent échangés entre l’amiral Cunningham et Churchill, décidé à poursuivre l’affaire jusqu’à son terme : « Que rien ne vous arrête ! » Dans cette même nuit, un ultimatum anglais fut adressé aux autorités françaises de Dakar leur enjoignant de livrer la place au général de Gaulle. Le texte était fort maladroit et accusait les forces de Dakar de vouloir livrer leurs moyens aux Allemands. Il ne pouvait que provoquer l’indignation des défenseurs et ne recevoir d’autres réponses que le refus. Le gouverneur général Boisson, se remémorant la mise en garde que Georges Clemenceau adressa, le 9 août 1926, au président américain Coolidge : « La France n’est pas à vendre, même à ses amis. Nous l’avons reçue indépendante, indépendante nous la laisserons », répondit avec fermeté : « La France m’a confié Dakar. Je défendrai Dakar jusqu’au bout ! ».
Depuis la tragédie de Mers El-Kebir, Vichy avait décidé de défendre fermement cette position stratégique française et avait envoyé à cet effet, de Casablanca, des bombardiers, des chasseurs et des croiseurs. Il y avait là : Un cuirassé (Richelieu), deux croiseurs légers, quatre contre torpilleur, trois destroyers, six avisos, cinq croiseurs auxiliaires, trois cargos et trois sous-marins. Par ailleurs, la force de frappe aérienne n’était pas négligeable… et elle allait le prouver.
Du côté anglais, la flotte était tout aussi impressionnante : Un porte avions (Ark Royal qui avait déjà opéré à Mers El-Kebir), deux cuirassés, trois croiseurs lourds, deux croiseurs légers, dix destroyers, deux dragueurs de mines et une dizaine de navires transports de troupes portant 4200 soldats –dont la fameuse 101ème brigade des Royal Marines… à laquelle s’ajoutait l’armée gaulliste composée de trois avisos, un patrouilleur, quatre cargos et 2700 soldats français.
Toute la journée du 24 se passa en échanges de coups d’artillerie de marine entre les deux flottes qui firent de nombreuses victimes parmi les marins des deux camps et la population civile qui subit également ce pilonnage. Des obus anglais de gros calibre (380m/m) tombèrent sur la ville, touchant, entre autres, l’hôpital et la caserne du 6° RAC, faisant 27 morts et 45 blessés. En soirée, la situation n’avait guère évolué…
Le lendemain, 25 septembre, la ténacité britannique continua. Les navires de la force M voulurent de nouveau s’approcher afin de poursuivre leur œuvre de destruction, mais, comme précédemment, ils durent se frotter aux bâtiments français (Vichystes, diront les gaullistes !) qui leur infligèrent de sérieux dégâts et cela d’autant plus que l’aviation française était maîtresse du ciel.
C’en était trop ! De Gaulle écrira : « L’amiral Cunningham décida d’arrêter les frais. Je ne pouvais que m’en accommoder. Nous mîmes le cap sur Freetown. »
L’armée française sortait vainqueur de la bataille en dépit de ses 203 morts et 393 blessés. Les 1927 morts de Mers-El-Kébir étaient en partie vengés.
Cette opération constitua un tournant idéologique pour les gouvernements, bien plus qu’un affrontement important du point de vue des forces en présence, du nombre des victimes ou des pièces militaires détruites ou endommagées. L’aventure anglo-gaulliste se solda ainsi par un cuisant échec et eut des conséquences considérables.
– D’un côté, le régime de Vichy sortait renforcé de l’épreuve et la cohésion des troupes de la marine –toujours invaincue- autour de la personne du Maréchal Pétain, revigorée.
– De l’autre, le crédit du général de Gaulle dégringolait en chute libre. L’homme se retrouvait isolé. Soudainement mis à l’écart, il fut politiquement menacé par l’amiral Muselier accusé à tort d’avoir été à l’origine des fuites qui empêchèrent le débarquement. Il ne s’en cacha pas dans ses mémoires : « A Londres, une tempête de colères, à Washington, un ouragan de sarcasmes, se déchaînèrent contre moi. Pour la presse américaine et beaucoup de journaux anglais, il fut aussitôt entendu que l’échec de la tentative était imputable à de Gaulle. » … « C’est lui, répétaient les échos, qui avait inventé cette absurde aventure, trompé les Britanniques par des renseignements fantaisistes sur la situation à Dakar, exigé par donquichottisme, que la place fût attaquée alors que les renforts envoyés par Darlan rendaient tout succès impossible… »
     De son côté, Churchill, lui aussi, sortait de l’aventure en fâcheuse posture. Il dut subir les sarcasmes de la Chambre des Communes et fut à deux doigts d’être démissionné. S’il lui avait été facile de détruire, à Mers El-Kebir, une flotte désarmée (et pourtant alliée) causant la mort de 1927 marins, manifestement, avec Dakar ce fut tout autre et son désir de s’emparer de l’excellente et cohérente flotte française ou de la détruire se solda par un échec retentissant.
José CASTANO
N.B : – Concernant la tragédie de Mers El-Kebir, certains ont cru bon de justifier l’agression britannique par le fait que nos bâtiments seraient, inéluctablement, tombés entre les mains des Allemands. Je rappelle ce que j’écrivais à ce propos sur cette agression :
« L’armistice franco-allemand du 25 juin 1940 consacre l’échec de nos armées sur terre ; notre flotte, une des plus puissantes -qui n’avait pas été vaincue- est libre. Ni l’amiral Darlan, ni le général Weygand n’ont l’intention « …de livrer à l’ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre » et de Gaulle le dira, le 16 juin à Churchill en ces termes  « La flotte ne sera jamais livrée, d’ailleurs, c’est le fief de Darlan ; un féodal ne livre pas son fief. Pétain lui-même n’y consentirait pas ».
Les Anglais, de leur côté, désirent que notre flotte, riche en unités lourdes et légères, se rende dans leurs ports. Elle aurait pu le faire, le 16 juin 1940, mais personne ne lui en donne l’ordre et la Marine reçoit l’assurance, « qu’en aucun cas, la flotte ne sera livrée intacte », mais qu’elle se repliera probablement en Afrique ou sera coulée précise l’Amiral Darlan. Hitler ne demande pas livraison de notre flotte (le projet d’armistice ne le prévoyant d’ailleurs pas), pas plus que de nos colonies, sachant qu’il n’est pas dans nos intentions d’accepter de telles exigences. »
Cet épisode sur Dakar confirme la justesse de mes propos car si la France métropolitaine était vaincue, l’Empire ne considérait nullement l’être. Si laFrance métropolitaine avait capitulé, l’Empire s’y était refusé et la marine française (ce qu’il en restait), comme elle s’y était engagée, avait rejoint les ports africains composant l’Empire afin de poursuivre le combat.
– Les alliés ayant débarqué le 8 Novembre 1942 en Afrique du Nord (opération « Torch »), les autorités Vichystes d’AOF, convaincues par l’amiral Darlan, signèrent le 7 décembre 1942, un accord avec les alliés, qui remit l’empire colonial français dans la guerre en formant « l’Armée d’Afrique » dans laquelle firent merveille les « tirailleurs sénégalais ». Lors de la constitution du Comité Français de la Libération nationale (CFLN), le gouverneur général Boisson démissionnera et sera remplacé le 1er juillet 1943 par le gaulliste Pierre Cournarie.
– Le Richelieu appareilla pour les Etat-Unis où son armement fut modernisé. Il participa au côté des Alliés à la guerre contre l’Allemagne puis, dans le Pacifique, à celle contre les Japonais. Il fut présent à la capitulation japonaise en rade de Singapour.
Le 1er Octobre 1945, il fut de retour à Toulon après 52 mois passés loin de la Métropole. Il participa à la guerre d’Indochine puis fut mis en réserve en août 1959, désarmé en 1967 et démoli en 1968.
« Nous avions reçu un empire ; nous laissons un hexagone » (Colonel Charles Lacheroy)