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samedi 11 juillet 2026

OTAN : l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington

 

par Raphaël Besliu

Dans le sillage du sommet de l’OTAN à Ankara, une question que beaucoup préféraient encore taire il y a deux ans s’est invitée sans détour dans les couloirs des chancelleries européennes : que faire si les États-Unis partent ? Les responsables de l’Alliance et les dirigeants politiques européens ont commencé, selon le Financial Times, à penser à «l’impensable», une OTAN sans Washington, ou du moins une OTAN radicalement moins américaine. Ce moment de lucidité forcée mériterait d’être salué, si l’on ne mesurait pas à quel point il révèle, derrière l’apparent volontarisme, des décennies d’irresponsabilité stratégique collective.

Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

Une dépendance choisie, une facture présentée

Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

Le président américain a qualifié l’Alliance de «tigre de papier» sans les États-Unis et a explicitement lié la menace d’un retrait américain au refus de certains alliés d’atteindre 5% du PIB en dépenses militaires, ainsi qu’à leur refus de soutenir la campagne américaine contre l’Iran. On peut contester la méthode, juger le chantage grossier. Mais le diagnostic de fond est difficile à réfuter. Une alliance où un seul membre assure l’essentiel de la dissuasion, du renseignement, de la logistique et du commandement n’est pas une alliance : c’est un protectorat.

Le commandant suprême adjoint des forces alliées de l’OTAN en Europe, Johnny Stringer, l’a lui-même reconnu sans ambages : la doctrine de l’Alliance «s’est arrêtée aux alentours de 1991» et n’a pratiquement pas évolué depuis la première guerre du Golfe. Trente-cinq ans de stagnation doctrinale dans un environnement stratégique bouleversé à plusieurs reprises. Voilà le bilan réel de la tutelle américaine acceptée sans conditions : une Europe stratégiquement atrophiée, incapable de penser sa propre défense parce qu’elle n’avait jamais eu à le faire.

Un haut responsable britannique a averti que la volonté de l’administration Trump de retirer rapidement ses troupes créait un «moment extraordinairement dangereux». Le danger est réel. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire d’où il vient : non pas du retrait américain en lui-même, mais du vide capacitaire que ce retrait révèle. Un continent de 450 millions d’habitants, l’un des premiers pôles économiques mondiaux, qui tremble à l’idée de devoir assurer seul sa propre sécurité, c’est cela, le scandale.

L’argent ne fait pas la stratégie

Les chiffres du réarmement sont présentés comme une preuve de sérieux retrouvé. Les membres non américains de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses militaires de 20% l’année dernière, pour atteindre 574 milliards de dollars. L’Allemagne aurait bondi de 24%, à 114 milliards, avec des projections qui la porteraient vers 180 milliards d’ici 2029. Ces montants sont considérables. Ils ne règlent pas la question essentielle.

Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, l’a lui-même concédé : «Nous atteignons pratiquement la limite d’absorption des fonds alloués». Les industries de défense européennes, comme américaines, sont saturées. Les carnets de commandes débordent. Mais au-delà des capacités industrielles, c’est la question doctrinale qui reste entière. Le responsable britannique cité par le Financial Times le formule nettement : la manière américaine de faire la guerre reposait sur l’emploi d’une force écrasante. Les Européens devront agir autrement, en créant des dilemmes pour l’adversaire, en construisant une «défense en porc-épic». C’est une vision cohérente. Mais elle suppose une pensée stratégique autonome que l’Europe a précisément renoncé à entretenir pendant trente ans.

Dépenser davantage dans le cadre d’une doctrine que l’on n’a pas écrite, avec des équipements dont les standards ont été définis à Washington, en maintenant des structures de commandement intégrées pensées pour la subordination, ce n’est pas de l’autonomie stratégique. C’est du réarmement sous franchise. L’Europe peut doubler ses budgets militaires sans gagner un gramme de souveraineté réelle si elle ne tranche pas les questions politiques fondamentales : qui commande, selon quelle doctrine, pour défendre quels intérêts, définis par qui ?

Ce sont précisément ces questions que les responsables européens, à en croire les échanges rapportés autour du sommet d’Ankara, commencent à peine à formuler. Formuler, pas résoudre. Le représentant français le dit d’ailleurs avec lucidité : «Moins d’Amérique, ce n’est pas simplement moins de troupes ou de chars venant à notre secours : c’est une question de savoir comment nous combattrons si nous n’avons pas besoin de combattre comme les Américains». C’est la bonne question. Elle aurait mérité d’être posée en 2002, en 2008, en 2014. Elle l’est en 2026, sous la pression d’une administration américaine qui menace de claquer la porte. L’urgence est mauvaise conseillère en matière de doctrine militaire.

Ce que révèle ce moment, au fond, c’est moins la brutalité de Trump que la fragilité d’une construction sécuritaire européenne bâtie sur le confort d’une garantie extérieure plutôt que sur l’exigence d’une autonomie assumée. Les États-Unis ont intérêt à maintenir leur présence en Europe, c’est un levier de puissance considérable. Mais ils ont aussi la capacité de s’en passer stratégiquement. L’Europe, elle, n’a toujours pas démontré qu’elle pouvait exister sans eux sur le plan militaire. C’est cette asymétrie fondamentale, et non les déclarations de Trump, qui constitue le véritable problème.

source : Géopolitique Profonde

https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-quelle-na-jamais-ete-protegee-mais-tenue-en-laisse-par-washington/

jeudi 9 juillet 2026

La réalité des institutions européennes

 

«La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude». ~ Aldous Huxley, Le meilleur des mondes

Le traité de Lisbonne : un coup d’État constitutionnel

Le 29 mai 2005, le peuple français, consulté par voie référendaire, rejetait massivement — à 54% contre 46% — le projet de Traité constitutionnel européen dont Valéry Giscard d’Estaing avait été le maître d’œuvre, et ce, malgré une propagande en faveur du «OUI» que n’aurait renié ni Joseph Goebbels ni Joseph Staline.

Qu’à cela ne tienne. Valéry Giscard d’Estaing, cité par Le Monde du 14 juin 2007, déclara : «Une dernière trouvaille consiste à vouloir conserver une partie des innovations du Traité constitutionnel, et à les camoufler en les faisant éclater en plusieurs textes. Les dispositions les plus innovantes feraient l’objet de simples amendements techniques aux traités de Maastricht et de Nice. Les améliorations techniques seraient regroupées dans un traité devenu incolore et indolore. L’ensemble de ces textes serait adressé aux Parlements, qui se prononceraient par des votes séparés. Ainsi l’opinion publique serait-elle conduite à adopter, sans le savoir, les dispositions que l’on n’ose pas lui présenter “en direct”». Et Giuliano Amato, ancien Premier ministre italien et vice-président de la Convention qui a élaboré la Constitution Européenne, de préciser lors d’un discours à la London School of Economics, le 21 février 2007 : «La bonne chose concernant le fait de ne pas l’appeler une Constitution, est que personne ne peut demander un référendum à son sujet».

Ce qui fut dit fut fait. Le traité de Lisbonne, réplique incolore et indolore du TCE, fut signé le 13 décembre 2007 par les 27 chefs d’État ou de gouvernement puis ratifié par le parlement français le 8 février 2008 à 82% par l’Assemblée nationale et à 83% par le Sénat après une révision de la Constitution effectuée par la voie du Congrès réuni à Versailles le 4 février 2008 et adoptée à 62%.

En résumé, ce que le peuple français avait rejeté à 54% fut approuvé deux ans et demi plus tard par les représentants du peuple français à 82%. Cela s’appelle un coup d’État constitutionnel car on impose au peuple ce dont il ne veut pas. Il est important de le relever car fondamentalement, philosophiquement, un coup d’État signifie que ceux qui le perpétuent sont les ennemis du peuple. Dans le cas qui nous concerne, les ennemis du peuple français furent le président de la République, le gouvernement, les députés et les sénateurs.

Le traité de Lisbonne entra donc en vigueur le 1er janvier 2009. Il se compose en fait de deux textes : le Traité sur l’Union européenne (TUE) et le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Le TUE décrit le fonctionnement institutionnel de l’Union Européenne (UE). Il définit les différentes institutions de l’Union et précise leurs responsabilités et leurs interactions. Son architecture est la suivante :

Préambule
Titre I : Dispositions communes
Titre II : Dispositions relatives aux principes démocratiques
Titre III : Dispositions relatives aux institutions
Titre IV : Dispositions sur les coopérations renforcées
Titre V : Dispositions générales relatives à l’action extérieure de l’Union et dispositions spécifiques concernant la politique étrangère et de sécurité commune (PESC)
Titre VI : Dispositions finales

Les différentes institutions sont : la Commission européenne (ou Commission) : le Conseil européen (des chefs d’État) ; le Conseil de l’UE (ou Conseil, de niveau ministériel) ; le Comité des représentants permanents ; le Parlement européen ; le Comité des régions ; le Comité économique et social ; la Cour des comptes européenne et la Cour de justice de l’UE.

Le TFUE, quant à lui, encadre fermement et avec une grande précision les politiques ultralibérales, les seules autorisées, dans les pays de l’UE. Il est structuré en sept parties qui elles-mêmes détaillent tous les domaines de la vie économique et sociale des pays de l’Union européenne :

Préambule
Première partie : Les principes
Deuxième partie : Non-discrimination et citoyenneté de l’Union
Troisième partie : Les politiques et actions internes de l’Union
Quatrième partie : L’association des pays et territoires d’outre-mer
Cinquième partie : L’action extérieure de l’Union
Sixième partie : Dispositions institutionnelles et financières
Septième partie : Dispositions générales et finales

Suivent 37 protocoles allant du système des banques centrales et de la BCE à des particularités concédées à certains États dans certains domaines, en passant par le protocole N° 7 intitulé «Sur les privilèges et immunités de l’UE» qui vous ferait regretter la nuit du 4 août 1789.

Il faut bien reconnaître que la lecture de ces textes est rébarbative, voire pénible parfois, pour qui n’est pas juriste de formation, à tel point que l’on peut se demander si cela n’a pas été fait exprès. Malgré tout, à dose homéopathique et suffisamment ciblée, cette lecture révèle de petites perles qui aident à comprendre comment fonctionne l’UE et où se situe le véritable pouvoir, à condition de lire au-delà des premiers articles.

Ainsi la lecture des articles 17 du TUE et 121 du TFUE, aident à comprendre comment fonctionne l’UE.

Considérons donc l’article 17 du TUE. Cet article définit les responsabilités de la Commission européenne. Je vais en extraire les passages importants.

La Commission européenne : dictateur institutionnel de l’Union européenne

Le titre de ce paragraphe peut certes paraître quelque peu exagéré, voire même provocateur, tant on associe spontanément le mot dictateur à des images de violence policière ou de régime militariste. Mais toutes les dictatures ne prennent pas forcément la forme d’un régime militariste et violent. Par exemple, la monarchie absolue était une forme de dictature puisque le Roi-Soleil concentrait tous les pouvoirs dans sa main. De même, sous la république romaine, dans des circonstances critiques, quand la patrie était en danger, le sénat pouvait désigner un dictateur, généralement le premier consul, pour une durée de six mois non renouvelable. Ce dernier avait des pouvoirs illimités sans aucun contre-pouvoir en face de lui. Il détenait donc tous les pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Ces formes civilisées de dictature ne revêtaient pas les oripeaux de l’État policier. L’UE est encore une autre forme de dictature en ce sens qu’elle a pris les apparences de la démocratie. Elle est donc furtive. En effet, les peuples d’Europe sont régulièrement appelés à voter pour élire des personnes à des postes et cela crée l’illusion d’un choix démocratique. En revanche, après l’élection, quelques soient les personnes en place aux postes dits de pouvoir, les politiques sont imposées depuis Bruxelles. Par exemple, si tel candidat annonce qu’il va interdire les délocalisations pour préserver l’emploi industriel dans son pays, une fois au pouvoir il ne pourra pas le faire car c’est interdit par l’article 63 du TFUE.

Voyons donc les pouvoirs de la Commission européenne tels qu’ils sont définis par l’article 17 du TUE. Cet article est composé de huit paragraphes.

1. […] Elle surveille l’application du droit de l’Union sous le contrôle de la Cour de justice de l’Union européenne. Elle veille à l’application des traités ainsi que des mesures adoptées par les institutions en vertu de ceux-ci. Elle surveille l’application du droit de l’Union sous le contrôle de la Cour de justice de l’Union européenne. […] Elle exécute le budget et gère les programmes. Elle exerce des fonctions de coordination, d’exécution et de gestion. Elle exerce des fonctions de coordination, d’exécution et de gestion conformément aux conditions prévues par les traités. […] Elle assure la représentation extérieure de l’Union. Elle prend les initiatives de la programmation annuelle et pluriannuelle de l’Union pour parvenir à des accords interinstitutionnels.

La Commission a donc un regard sur le pouvoir judiciaire, ce qui lui vaut d’ailleurs le surnom de «gardienne des traités». Elle est l’organe exécutif de l’UE ; exécuter les budgets et gérer les programmes constituent en effet le pouvoir exécutif. Elle détient les attributs symboliques du chef au sein de l’UE. Elle a la maîtrise du calendrier de l’UE. Or l’on sait bien que dans une entreprise ou dans un service public, c’est le patron ou le chef de service qui décide du calendrier, pas l’ouvrier ni le subordonné.

2. Un acte législatif de l’Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission […]

La Commission possède donc le monopole de l’initiative législative, le MONOPOLE !

3. Les membres de la Commission sont choisis en raison de leur compétence générale et de leur engagement européen et parmi des personnalités offrant toutes garanties d’indépendance. La Commission exerce ses responsabilités en pleine indépendance. Sans préjudice de l’article 18, paragraphe 2, les membres de la Commission ne sollicitent ni n’acceptent d’instructions d’aucun gouvernement, institution, organe ou organisme. Ils s’abstiennent de tout acte incompatible avec leurs fonctions ou l’exécution de leurs tâches.

Ainsi, les membres de la Commission ne sont pas élus et ils n’ont de compte à rendre à aucun gouvernement, a fortiori à aucun peuple. Mais s’ils sont indépendants des intérêts nationaux, les commissaires ne sont certainement pas indépendants des multinationales ni des banques. D’ailleurs, l’Observatoire des multinationales l’avait confirmé dans un article du 31 août 2015 intitulé TAFTA : La Commission européenne passe 90% de son temps avec les lobbies économiques. Soit dit en passant, la traduction française de lobbying est corruption.

Les paragraphes 4, 5, 6 et 7 traitent de l’organisation administrative de la Commission (la soupe interne).

8. La Commission, en tant que collège, est responsable devant le Parlement européen. Le Parlement européen peut adopter une motion de censure de la Commission conformément à l’article 234 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Si une telle motion est adoptée, les membres de la Commission doivent démissionner collectivement de leurs fonctions et le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité doit démissionner des fonctions qu’il exerce au sein de la Commission.

C’est le seul contre-pouvoir auquel la Commission a à faire face. Cette disposition fut du reste appliquée une fois, en 1999, quand le parlement a censuré la commission Santer, obligeant ce dernier à démissionner. Il faut bien reconnaître que cela a produit des effets. Depuis, la hantise de la Commission est que cela se reproduise, ce qui calme un peu ses ardeurs et rééquilibre dans la pratique les centres de pouvoir entre elle et le Conseil européen. Cela étant, dans le processus législatif, le parlement européen a, dans l’immense majorité des cas, voté les lois que la Commission lui soumettait.

En somme, on peut résumer les responsabilités de la Commission européenne telles qu’elles sont définies par l’article 17 du TUE de la façon suivante.

La Commission :

  • est l’organe exécutif de l’UE ;

  • a le monopole de l’initiative législative ;

  • a un droit de regard sur le pouvoir judiciaire ;

  • maîtrise le calendrier de l’UE ;

  • représente l’UE à l’extérieur de l’UE ;

  • est composée d’individus n’ayant aucun compte à rendre aux peuples.

La Commission concentre donc les pouvoirs législatif, exécutif et partiellement judiciaire au mépris du principe de séparation des pouvoirs et n’a aucun compte à rendre aux peuples. Cela s’appelle un dictateur institutionnel !

Cette idée d’une autorité supranationale indépendante des intérêts des États, c’est-à-dire des peuples, était déjà inscrite dans le traité de la CECA de 1951 dans ses articles 9 et 14 traitant des attributs de la Haute Autorité. On retrouve là l’idée maîtresse énoncée par Walter Hallstein lors de son discours de la conquête prononcé le 23 janvier 1939 à Rostock : le Protecteur de la loi. À la lecture de ces passages, on voit donc bien la cohérence et la continuité des idées pour la construction de cette «Nouvelle Europe» depuis le discours de la conquête de Walter Hallstein, discours inaugural, jusqu’au traité de Lisbonne, solution finale : un souverain n’ayant pas de compte à rendre aux peuples, même si dans la pratique les choses se déroulent de façon plus nuancées, ou plutôt sournoises, en raison des rapports de force réels, de la personnalité des acteurs en présence et de la nécessité de demeurer furtif.

Évidemment, d’autres articles que l’article 17 laissent penser que les responsabilités au sein de l’UE sont en fait réparties entre les différentes institutions européennes. Par exemple dans les articles 14 et 16 relatifs au parlement européen et au Conseil on peut lire que «le parlement européen exerce, conjointement avec le Conseil, les fonctions législative et budgétaire». Et «Le Conseil exerce, conjointement avec le parlement européen, les fonctions législative et budgétaire». Notons que dans ces articles, on ne précise pas de quelles fonctions législatives il s’agit. En fait ces articles sont tout simplement des leurres. Pour s’en convaincre : combien de fois, au cours des dix dernières années, les médias de grand chemin ont-ils évoqué le pouvoir du Conseil, ne serait-ce que son existence ?

En somme, la confusion et les contradictions contenues dans le TUE permettent toutes les interprétations possibles mais offrent toutefois une certaine souplesse (très peu en réalité) dans les processus de décision en ce sens que la personnalité de tel chef d’État ou de tel président de la Commission peut avoir une influence momentanée sur le poids relatif des différentes institutions ; on a vu des chefs d’État imposer leurs vues ; on a vu des commissaires tancer vertement un gouvernement et le faire changer de décision. Malgré tout, les individus sont éphémères et les textes demeurent. La tendance à long terme est bien ancrée. Aujourd’hui, relativement à l’idée originelle de la construction européenne, la configuration est presque parfaite : les chefs d’État des pays d’Europe occidentale sont des ectoplasmes, sans colonne vertébrale, sans courage, sans intelligence, sans culture historique. Presque parfaite car du côté de l’Europe centrale, ce n’est pas tout à fait la même musique ainsi que nous le verrons plus loin.

Voyons à présent comment Bruxelles impose les politiques économiques et sociales à tous les États membres et est directement responsable de la vie quotidienne des millions de Français, Grecs, Allemands…

Les GOPÉ : armes de destruction massive du programme du CNR

Qui connaît les Grandes Orientations des Politiques Économiques (GOPÉ) ? Tout le monde a pu constater l’usage de plus en plus fréquent de l’article 49-3 qui permet de passer en force des lois scélérates dont le peuple ne veut pas. Mais qui sait qu’en réalité ces lois découlent directement de directives européennes et que le gouvernement et le parlement français ne font que les transcrire en droit français, docilement ?

Cette fois-ci, c’est l’article 121 du TFUE qui encadre toute cette mécanique. Je vous propose de le lire, d’identifier les responsabilités puis d’en mesurer les conséquences. Sans entrer dans le détail, notons que quatre institutions interviennent dans le processus : le Conseil, le Conseil européen, le Parlement européen et la Commission européenne. Une lecture attentive de cet article 121 nous permet de comprendre où sont les responsabilités.

Le Conseil, qui est composé d’un membre de niveau ministériel par État a une petite légitimité démocratique dans la mesure où ses membres représentent le pouvoir exécutif de chacun de leur pays, pouvoir exécutif issu d’une élection. C’est lui qui signe le document final et qui, en apparence, pilote le processus des GOPÉ. En fait, il s’agit d’un trompe-l’œil visant à donner un vernis démocratique aux choix économiques de l’UE.

Le Conseil européen, qui est composé des chefs d’État des pays membres, doit se réunir quatre fois par an sous la houlette du président de la Commission européenne, en réalité beaucoup plus souvent. Il supervise le travail du Conseil.

Le Parlement européen dont les membres sont élus au suffrage universel dans chacun de leur pays est l’institution la plus démocratique de l’UE. Dans ce processus des GOPÉ, il est simplement tenu informé. Mais dans le cas de sanctions à l’égard d’un pays ou de mise sous tutelle de la politique économique de ce pays, il en arrête les modalités en coordination avec le Conseil.

Enfin, la Commission dont les membres, un par pays, sont choisis – c’est-à-dire non élus – parmi des personnalités offrant toute garantie d’indépendance – c’est-à-dire qui n’ont de compte à rendre à aucun gouvernement – est l’institution la moins démocratique de l’UE et la plus indépendante des peuples. Et c’est elle qui est en réalité le maître d’œuvre du choix et de l’application des politiques économiques des États membre de l’UE. C’est «sur recommandation de la Commission» que le Conseil ou le Conseil européen agissent tout au long du processus.

En synthèse, la Commission ordonne, contrôle et sanctionne tout pays qui mènerait une politique non conforme. Fermez le ban !

Les GOPÉ sont en général publiées au mois de mai. Les tendances lourdes de ces dernières décennies, sous prétexte d’améliorer la croissance et l’emploi, invitent à baisser drastiquement les dépenses de sécurité sociale, à privatiser les retraites, à réduire le salaire minimum, à casser le droit du travail, à supprimer les obstacles à la privatisation de la santé, à réduire les services publics. C’est du reste ce que nous constatons. Évidemment, ceci n’est pas écrit explicitement, c’est énoncé dans la novlangue ultralibérale habituelle. Par exemple, ils n’écriront pas qu’il faut supprimer le droit du travail et baisser les salaires, ils écriront : «Les rigidités et les distorsions du marché du travail brident la compétitivité du secteur extérieur français. Compte tenu de la faiblesse actuelle de l’inflation, les rigidités du processus de formation des salaires et l’indexation du salaire minimum compliquent l’adaptation des salaires à l’évolution de la productivité. L’inadéquation des compétences et les rigidités observées sur le marché du travail ont pour effet de le segmenter, ce qui freine l’amélioration de la productivité».

Pour enfoncer le clou, citons Jean-Claude Junker, le président de la Commission de l’époque qui, après la victoire du parti Syriza aux élections grecques en 2015 avait déclaré : «Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens». Ajoutons-y la déclaration du ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble le 10 février de la même année lors d’une réunion des ministres des Finances de l’eurogroupe : «On ne peut laisser des élections changer quoi que ce soit». Cité par Yanis Varoufakis dans le Monde diplomatique d’août 2015. Peut-on être plus explicite ?

Dès lors que les textes le permettent, il convient de mettre en place les bonnes personnes afin que les institutions fonctionnent comme prévu. Dans le cas de la France, un pays qui pèse au sein l’UE, il convient que le chef d’État soit rompu aux idées de libre-échange et d’alignement sur la politique extérieure des États-Unis, bref qu’il soit soumis, et considère normal que la souveraineté de la France soit abandonnée à d’autres. Depuis 2007, c’est le cas.

La double mâchoire

L’imposition de lois et de règles venues de l’étranger à un peuple dont ce n’est ni la culture ni le souhait est difficile à réaliser ex abrupto. Pour éviter de se retrouver face à un refus catégorique, voire brutal, la bonne stratégie consiste en parallèle à démanteler par le bas ce qui fait l’unité de ce peuple. C’est la stratégie qu’appliqua Rome à l’égard de la Gaule : par le bas, adopter un régime différent envers chaque région et accentuer autant que possible les divergences locales et en parallèle imposer du haut une langue, des lois, une administration puis une religion.

Aujourd’hui, la mâchoire du haut de l’UE qui impose ses lois aux peuples qui n’en veulent pas est combinée avec la mâchoire du bas qui vise à détruire les États-nation par le mécanisme de la régionalisation. Les lois de décentralisation, puis de régionalisation, qui créent de nouvelles féodalités, vont de pair avec l’imposition par le haut des lois de Bruxelles. Entre les deux mâchoires de l’étau, il y a les nations et les peuples qu’il s’agit de détruire, et en particulier le peuple français et l’histoire de France.

Ce mécanisme de la double mâchoire se retrouve évidement dans le domaine de la langue. La loi Fioraso relative à l’enseignement supérieur et à la recherche incite les universités françaises à donner les cours en anglais : c’est la mâchoire du haut qui vise à marginaliser la langue française en France. Parallèlement, la charte européenne des langues régionales ou minoritaires est la mâchoire du bas du même processus.

L’Union européenne par ceux qui l’ont faite

Pour terminer sur une note un peu plus légère, voici un petit florilège de citations de personnalités qui ont participé à la construction de ce grand bazar.

Dépêche AFP du 13 juin 2008, 18h34 : Sylvie Goulard, européiste convaincue, présidente du «Mouvement européen France» et conseillère de l’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, n’a pas hésité à rappeler qu’en cas de nouvelle consultation dans le futur suivi d’un résultat allant à l’encontre des ambitions de l’UE, la réponse à donner devait se faire «avec une sanction à la clé en cas de non». Elle veut envoyer les Panzers ?

Jean-Claude Junker, le 21 juillet 2015, au journal Le Soir : «Les Européens n’aiment pas l’Europe». On se demande bien pourquoi !

Cité par Christophe Deloire et Christophe Dubois dans leur livre Circus Politicus : Élisabeth Guigou, en 2008, a présidé une session de la Trilatérale intitulée «Sauver l’Europe de la tyrannie des référendums». Il est vrai que les peuples sont tyranniques !

Dans le compte-rendu de ce groupe de travail, on trouve ceci : «Le référendum irlandais a été humiliant, et prouve que les référendums sont des mécanismes purement destructifs». Ou encore cela : «L’Union européenne a besoin de traités, et les référendums tuent les traités». Le référendum : arme de destruction massive ?

Encore Élisabeth Guigou, en 2012 : «La démocratie entraînerait un blocage général de l’Union européenne». Elle a bien caché son jeu, Miss Domina !

Jean-François Copé, en février 2005 : «La Constitution nous apportera un ministre des affaires étrangères qui nous permettra de parler d’une seule voix, tout en gardant la nôtre…» C’est le concept de la trinité, mais à 28 !

Jean Monnet, dans une note du 6 mai 1943 déclassifiée, adressée au secrétaire d’État américain Harry Hopkins, (cité par Eric Branca, De Gaulle – Monnet ou le duel du siècle, Revue Espoir, n°117, novembre 1998, p. 9) : «Il faut se résoudre à conclure que l’entente est impossible avec de Gaulle, qu’il est un ennemi du peuple français et de ses libertés, qu’il est un ennemi de la construction européenne (et) qu’en conséquence, il doit être détruit dans l’intérêt des Français». Ah ! Monnet, père fondateur de l’Europe, sacré déconneur, va !

Hans-Gert Poettering, Président du Parlement européen (2007-2009), eurodéputé allemand (CDU), le 16 mai 2005 : «Il est clair que l’Europe est notre espace vital spirituel». Vous avez dit espace vital ?

David Rockfeller, lors d’une réunion du Groupe Bildelberg du 6 au 9 juin 1991 à Baden Baden : «Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et d’autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été assujettis à l’exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés». Il fallait bien laisser le mot de la fin à ce bon Dr Folamour.

Enfin, une histoire de grenouilles

Tout le monde connaît l’histoire des deux grenouilles que l’on plonge dans une casserole d’eau. La première est plongée dans une casserole d’eau froide que l’on porte lentement à ébullition ; elle finit par mourir ébouillantée. La seconde est plongée directement dans une casserole d’eau bouillante ; elle bondit hors de la casserole et survit.

Les pays à l’origine de la construction européenne sont la première grenouille, les pays de l’est de l’Europe sont la seconde, bien qu’ils restent toutefois dans l’UE car ils tirent des avantages financiers. Soixante-dix ans de propagande – l’Europe c’est la paix, le couple franco-allemand (que c’est mignon)… – et des pertes de souveraineté successives apparemment sans douleur ont habitué les peuples d’Europe occidentale à admettre que l’UE est leur horizon indépassable et que l’on ne peut pas en sortir. Bien qu’une partie de la population ait pris conscience de la réalité de l’UE, la masse reste apathique malgré les déclarations sans ambiguïté de Jean-Claude Junker, Thierry Breton et autres. En revanche, du côté des pays d’Europe de l’Est, une autre musique se fait entendre. Ils pensaient que, libérés du joug de l’URSS, ils allaient rejoindre le camp de la liberté pour finalement constater que les choses n’ont pas beaucoup changé pour eux. Avant, ils recevaient leurs ordres de Moscou, aujourd’hui ils les reçoivent de Bruxelles, et puisqu’ils n’ont pas eu le temps d’oublier, ils se rebellent. On peut évoquer le bras de fer entre la Pologne et l’UE à propos de la primauté du droit européen sur le droit polonais. On peut également évoquer l’élection de dirigeants ouvertement nationalistes tels que Viktor Orban en Hongrie et Robert Fico en Slovaquie, lequel a d’ailleurs subi une tentative d’assassinat ; probablement un pur hasard. Citons également l’emprisonnement pour un motif bidon d’Eugénia Gutsul en Gagaouzie et l’annulation de l’élection en Roumanie car le peuple s’apprêtait à mal voter. Enfin, lorsque l’on observe la carte de la dernière élection en Allemagne, on constate que les votes en faveur du parti AfD qui propose la sortie de l’UE dessine la carte de l’ancienne Allemagne de l’est, la RDA. C’est caricatural.

L’histoire n’est pas finie. Elle n’est jamais finie du reste, contrairement à ce que pensaient certains idiots dans les années 1990. Aujourd’hui, l’espoir se lève à l’est, dans l’UE, mais surtout dans le monde. Le changement de paradigme géopolitique arrive à son terme.

Régis Chamagne

1 – Les origines de la construction européenne

https://reseauinternational.net/la-realite-des-institutions-europeennes/

mercredi 8 juillet 2026

Le terrorisme du régime de Kiev en Europe : Nord Stream, Monaco et la faillite du narratif médiatique

 

Alors que la France et l’Europe déversent des dizaines de milliards d’euros et des armes pour soutenir le régime de Kiev contre la Russie, le chaos déborde largement les frontières du Donbass. Sabotages ciblés, attentats et règlements de comptes violents : des acteurs agissant pour le compte de Kiev ou dans des logiques oligarchico-mafieuses, exportent la guerre sur notre sol. L’affaire Nord Stream, confirmée par les procureurs allemands, et l’attentat de Monaco en sont les exemples les plus graves et les plus récents. Ces événements posent une question que l’oligarchie européenne refuse d’aborder : le régime de Kiev, présentée comme victime innocente, n’est-elle pas un facteur majeur de déstabilisation du continent ?

Nord Stream : sabotage d’État ukrainien et mensonges médiatiques

Le 26 septembre 2022, des explosions sous-marines détruisent une partie des gazoducs Nord Stream 1 et 2 dans la mer Baltique. Ces infrastructures vitales pour l’approvisionnement énergétique de l’Allemagne et du reste de l’Europe sont frappées en pleine crise. Immédiatement, la machine médiatique française de propagande se met en branle : c’est Poutine le coupable, évidemment.

Mais le parquet fédéral allemand a annoncé ce 2 juillet l’inculpation d’un officier ukrainien pour le sabotage des gazoducs Nord Stream, ordonné selon lui par les autorités de Kiev. 1Une annonce qui éclaire d’une lumière crue la débâcle médiatique et l’élaboration d’un narratif dominant. À l’automne 2022, le « consensus » était clair : le coupable était Poutine et les sceptiques des complotistes.

C’est l’un des épisodes les plus embarrassants du journalisme français de la décennie.

Les faits connus et l’enquête allemande ont tout balayé. Le parquet fédéral allemand a inculpé Serhiy Kuznietsov (ex-officier ukrainien, vétéran du SBU), arrêté en Italie en août 2025. Selon l’acte d’accusation, il a coordonné l’opération depuis le voilier Andromeda loué avec de faux papiers. Des plongeurs ont posé des charges explosives « à la demande des autorités ukrainiennes » pour priver Moscou de revenus gaziers. Le procès est attendu à Hambourg à l’automne. L’Ukraine dément officiellement, mais les preuves s’accumulent.

Le livre de Morgane Fert Malka apporte un éclairage majeur. Dans Mes instructions viennent de plus haut – La vérité sur l’explosion de Nord Stream (Stock, septembre 2025), la journaliste d’Intelligence Online relate, à la manière d’un roman d’espionnage, deux années d’enquête avec un consortium européen. De Kiev à Varsovie, en passant par la Baltique et Londres, elle remonte la chaîne de commandement et confirme la piste ukrainienne. Le titre est évocateur : « Mes instructions viennent de plus haut ». Un « Pearl Harbor sous-marin » aux conséquences économiques et politiques encore mal mesurées pour l’Europe.

Pourquoi la Russie aurait-elle saboté ses propres pipelines, perdant un levier stratégique et des revenus colossaux ? La thèse initiale était absurde, mais elle a été martelée pendant des mois. Cette cécité volontaire a empêché toute réflexion sérieuse sur le conflit.

Les conséquences sont dramatiques : l’Allemagne a perdu des centaines de milliards d’euros (surcoûts énergétiques, désindustrialisation). La France n’est pas épargnée : Engie détenait 9 % de Nord Stream 1 et les prix du gaz ont triplé depuis 2021. L’Europe s’est rendue encore plus dépendante du GNL américain.

L’attentat de Monaco : violence ukrainienne importée

Fin juin 2026, un colis piégé explose à Monaco, visant l’oligarque ukrainien Vadym Iermolaiev (sanctionné par Kiev pour activités en Crimée). Sa compagne perd ses deux jambes, lui et son fils de 13 ans sont gravement blessés. L’attaque, sophistiquée (déclenchement à distance), a choqué la principauté.

La principale suspecte, Anastasiia Berezovska, Ukrainienne de 39 ans résidant en Allemagne, fait l’objet d’une notice rouge d’Interpol. Elle aurait agi déguisée en homme, effectué des repérages et fui via l’Italie. Les enquêteurs monégasques estiment qu’elle n’a pas agi seule. Interpol joue ici un rôle central : diffusion du mandat d’arrêt international, coordination entre Monaco, la France, l’Allemagne et l’Italie, traçage transfrontalier.

Cet attentat révèle que les réseaux oligarchiques, les services ukrainiens et la criminalité organisée exportent leurs règlements de comptes sur le sol européen.

Selon Le Figaro du 7 juillet 20062, Anastasia Berezovskaya,pourrait avoir été tuée par balle.

La fuite de Berezovska prend fin le 6 juillet 2026, lorsque son corps est découvert enterré près de Kiev, en Ukraine, vers 23 heures.

L’information, rapportée par le média ukrainien Ukraïnska Pravda et confirmée par les autorités ukrainiennes, révèle qu’elle a été tuée par balle, avec une blessure à la tête. Selon les services de sécurité ukrainiens (SBU), Berezovska était arrivée en Ukraine deux jours après l’attentat, le 1er juillet.

Les autorités ukrainiennes ont rapidement procédé à deux arrestations, qui éclairent les circonstances de sa mort. Les suspects sont un officier en activité de la Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense (HUR) et un ancien membre des forces de l’ordre.

L’officier du renseignement a avoué le meurtre, affirmant avoir agi de sa propre initiative et sans en informer sa hiérarchie, en complicité avec le second suspect.

Les investigations ont établi que les deux hommes arrêtés entretenaient des liens financiers avec Berezovska. Ils auraient effectué plusieurs virements sur ses comptes bancaires et en cryptomonnaies.

Ces transferts d’argent laissent supposer qu’ils pourraient être impliqués dans la tentative d’assassinat à Monaco, ce qui a conduit les enquêteurs à les considérer comme des complices potentiels, au-delà du meurtre de la suspecte. Le mobile de l’attentat lui-même n’est pas officiellement confirmé, mais il pourrait être lié à des activités de Vadym Yermolaiev en Crimée, une région annexée par la Russie, qui lui ont valu d’être placé sous sanctions par l’Ukraine.

Enfin, un élément particulièrement troublant a été découvert lors de la perquisition du domicile de l’ancien officier de police : une cave aménagée en salle de torture, où des marteaux et autres équipements ont été saisis.

Conclusion : urgence de la souveraineté

Ces faits, confirmés par les enquêtes allemandes, le travail de Morgane Fert Malka, les alertes d’Interpol et les investigations en cours sur Monaco, démontrent la faillite d’un narratif manichéen. En soutenant fanatiquement Kiev, l’oligarchie européenne importe la guerre. Nord Stream a fragilisé nos économies ; Monaco montre que la violence peut frapper partout. Et rappelons que Macron voulait faire défiler l’armée de Kiev sur les Champs-Élysées !

Jean Lamolie

2 Attaque à la bombe à Monaco : le corps de la principale suspecte retrouvé enterré près de Kiev, un officier des renseignements arrêté :

https://www.lefigaro.fr/international/explosion-a-monaco-la-femme-soupconnee-d-avoir-tente-d-assassiner-l-oligarque-vadim-yermolayev-retrouvee-morte-pres-de-kiev-20260707

Les dirigeants européens sont-ils ignorants – ou mentent-ils ? (2ème partie) La dérive destructrice de l’Europe vers une économie de guerre

 

Aucune étude n’a jamais démontré que les dépenses militaires étaient plus rentables que les investissements civils. Les dirigeants européens qui prônent une économie de guerre font preuve d’une profonde irresponsabilité.

par Jan Oberg

Rappel de la Partie I

La Partie I a démontré que les dépenses militaires génèrent des rendements économiques inférieurs à ceux des investissements civils, que les analyses modernes des banques centrales et du FMI le confirment, que le capital militaire est un capital négatif, et que les coûts d’opportunité privent les secteurs civils de talents et d’innovation.

La Partie II se penche désormais sur l’économie politique structurelle qui sous-tend la militarisation de l’Europe — et sur l’absence de toute analyse économique sérieuse de ses conséquences.

5. Le problème du monopsonie : les armes sont produites pour un seul acheteur

Les armes sont produites dans une structure de marché unique : un monopsonie, où il n’y a qu’un seul acheteur — l’État. Les fabricants d’armes ne se font pas concurrence pour attirer les consommateurs ; ils se font concurrence pour remporter des marchés publics. Cela signifie que les mécanismes normaux du marché, tels que la concurrence sur les prix, le choix des consommateurs et la comparaison transparente des coûts, n’existent tout simplement pas.

Dans toute l’histoire des marchés publics d’armement modernes, il n’y a jamais eu de système d’armement majeur dont le coût n’ait pas augmenté de manière spectaculaire au cours du développement et de la production après que les gouvernements eurent pris leur décision. Les dépassements de coûts ne sont pas des accidents ; ce sont des conséquences structurelles du monopsonie.

Lorsque Lockheed Martin, Saab, BAE Systems ou Rheinmetall dépassent leurs budgets, les coûts supplémentaires sont simplement répercutés sur l’État — ce qui signifie qu’ils sont répercutés sur les contribuables. Sur un marché monopsonistique, le vendeur a tout intérêt à sous-estimer les coûts initiaux et à surestimer les performances, sachant que l’acheteur ne peut pas se retirer une fois le projet lancé.

C’est pourquoi le F-35, l’Eurofighter, le système Patriot et pratiquement tous les navires de guerre construits au cours des 40 dernières années ont fini par coûter plusieurs fois plus cher que leurs estimations initiales. En termes économiques, le marché de l’armement est conçu pour générer des prix gonflés, une production inefficace et une escalade systématique des coûts — le tout à la charge du public.

6. Le silence des instituts de recherche européens

Malgré la plus grande vague de réarmement depuis 1945, pas un seul grand institut de recherche européen n’a produit d’étude comparant les multiplicateurs militaires et civils. Ce silence ne se limite pas à la Scandinavie ; il est continental. Dans les pays nordiques, des instituts tels que le FOI en Suède, le DIIS au Danemark, le NUPI et le FFI en Norvège, le PRIO à Oslo, le CMS à Copenhague et le SIPRI à Stockholm publient des analyses de menaces, des doctrines stratégiques, des évaluations sur la Russie, des études sur les capacités de l’OTAN et des notes sur la politique industrielle. Mais aucun d’entre eux n’a jamais publié de comparaison systématique des effets économiques des dépenses militaires par rapport aux dépenses civiles.

La même tendance se dessine dans toute l’Europe. Les principaux instituts économiques allemands — le DIW de Berlin, l’Ifo de Munich et l’Institut de Kiel — ont produit des travaux approfondis sur la politique budgétaire, la stratégie industrielle et les investissements publics, mais aucun n’a examiné les effets multiplicateurs relatifs des dépenses de Défense et des dépenses civiles. En France, des institutions telles que France Stratégie et le CEPII analysent la compétitivité, l’innovation et la viabilité des finances publiques, mais elles n’ont jamais évalué les conséquences économiques du réarmement. Les think tanks basés à Bruxelles, comme Bruegel, qui évaluent régulièrement les politiques industrielles et budgétaires au niveau de l’UE, n’ont pas abordé les compromis économiques liés à une expansion à grande échelle du secteur de la Défense. Le CPB néerlandais, l’un des organismes d’analyse des politiques les plus respectés d’Europe, n’a jamais modélisé les coûts d’opportunité liés au transfert de ressources du secteur civil vers le secteur de la Défense. Ce même silence s’étend à Oxford Economics et à Chatham House au Royaume-Uni, à l’Istituto Affari Internazionali en Italie, à l’Institut polonais des affaires internationales, ainsi qu’aux principaux départements d’économie des universités européennes.

Même les institutions de l’Union européenne elles-mêmes — la Commission européenne, l’Agence européenne de Défense, la Banque européenne d’investissement et la Cour des comptes européenne — n’ont pas produit une seule étude comparant les retombées économiques des investissements militaires et civils.

Elles analysent les marchés publics de Défense, les capacités industrielles et le respect des contraintes budgétaires, mais jamais la question fondamentale : Les dépenses de Défense sont-elles économiquement inférieures ou supérieures aux dépenses civiles ?

L’Europe produit des évaluations des menaces, des doctrines stratégiques, des feuilles de route sur les capacités et des discours géopolitiques. Mais elle ne produit pas de comparaisons des effets multiplicateurs, d’études sur les effets sur l’emploi, d’analyses des effets sur la consommation, d’évaluations de l’impact sur la répartition des revenus, de modélisations des coûts d’opportunité, ni d’évaluations en termes d’économie du bien-être concernant les dépenses de Défense.

Ce silence n’est pas fortuit. Il illustre le fait que les instituts de recherche financés par les États (OTAN/UE) ne s’aventurent pas dans quoi que ce soit qui puisse remettre en cause le réarmement massif et uniforme de l’Europe, fruit d’une pensée unique.

Le TFF, véritablement indépendant, financé par les citoyens et entièrement composé de bénévoles, peut le faire.

7. La dérive inconsciente de l’Europe vers une économie de guerre

Pendant ce temps, l’Europe s’engage rapidement — et de manière autodestructrice — sur la voie d’une économie de guerre. Les dépenses de Défense augmentent pour atteindre au minimum 2% du PIB, puis 3% d’ici 2028, 3,5% d’ici 2030, et enfin le nouvel objectif à long terme de l’OTAN de 5% d’ici 2035.

Il s’agit de la plus grande réaffectation de ressources publiques de l’histoire européenne moderne. Et pourtant, aucun débat économique public n’est mené sur ce que cela coûte, ce que nous perdons en agissant ainsi, ce que des investissements alternatifs pourraient permettre d’accomplir, qui en profite, qui paie, ni comment cela affecte le bien-être, les inégalités et la croissance à long terme.

Le débat stratégique fait rage. Le débat économique reste muet.

C’est ainsi que naissent les économies de guerre : non pas par le biais d’une délibération publique, mais par la normalisation progressive des priorités militaires — non examinées, non chiffrées et incontestées. Les générations futures paieront le prix fort de cette irresponsabilité systématique, de cette tromperie sécuritaire fondée sur des images imaginaires — et non analysées — de la Russie.

8. La reconversion : ce qui était autrefois possible est aujourd’hui ignoré

Dans les années 1980, la reconversion était l’un des sujets les plus sérieux de l’économie de la paix. La question était simple : les industries militaires pourraient-elles être reconverties à la production civile si la volonté politique existait ? La réponse, documentée dans de multiples études, était oui. La reconversion était techniquement faisable, économiquement rationnelle et socialement bénéfique.

L’une des études les plus importantes a été commanditée par les Nations unies et dirigée par l’éminente ministre social-démocrate suédoise chargée du désarmement, Inga Thorsson — une femme politique, diplomate et intellectuelle d’un calibre rare. Son groupe d’experts a démontré que les usines militaires, les équipes d’ingénieurs et les unités de recherche pouvaient être réorientées vers la production civile avec des retombées économiques et sociales bien supérieures à celles de la poursuite de la fabrication d’armes.

L’obstacle n’a jamais été la capacité technique. C’était la volonté politique.

Ces études ont été ignorées, rejetées ou ridiculisées par ceux qui s’opposaient au désarmement. La reconversion menaçait les intérêts des ministères de la Défense, des fabricants d’armes et des bureaucraties militaires. Les recherches ont donc été enterrées, et le débat a disparu.

Aujourd’hui, l’Europe est confrontée à la situation inverse : une volonté politique de passer de la production civile à la production militaire — un glissement vers une économie de guerre. Mais aujourd’hui, fait frappant, aucune étude n’examine si cette reconversion inverse est réalisable, ce qu’elle nécessite ou ce qu’elle coûtera.

Aucun gouvernement européen, aucun ministère de la Défense, aucun institut d’économie et aucun organisme de l’UE n’a produit d’analyse des implications structurelles, financières, technologiques, sociales ou sur le marché du travail de la conversion des industries civiles en industries militaires, c’est-à-dire en une économie de guerre.

Il n’existe aucune modélisation des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, aucune évaluation des pertes de productivité à long terme, aucune analyse des impacts sociaux, ni aucun calcul des coûts d’opportunité liés au détournement d’ingénieurs, d’usines et de capacités de recherche des secteurs civils vers la production d’armes.

Dans les années 1980, la reconversion avait fait l’objet d’études car le désarmement était considéré comme une possibilité rationnelle. Dans les années 2020, la reconversion s’opère dans le sens inverse — et elle n’est absolument pas étudiée. Il s’agit là d’une pure irrationalité et d’un pur sentimentalisme.

L’Europe entreprend la plus grande réaffectation économique depuis 1945 sans analyser ce que cela implique. Un changement de cette ampleur nécessiterait normalement une modélisation de la politique industrielle, des prévisions sur le marché du travail, une analyse de la chaîne d’approvisionnement, des études de productivité, une évaluation en termes d’économie du bien-être et des projections budgétaires à long terme. Rien de tout cela n’existe. Cela nécessiterait un débat public. Il n’y en a pas.

La volonté politique de militarisation est forte. L’analyse économique de cette militarisation fait défaut.

Ce silence n’est pas fortuit. Mais il est dangereux.

Conclusion : comparez leurs propos aux faits

Vous avez vu dans la 1ère partie ce à quoi aboutissaient 50 ans de recherche en économie de la paix, ce que disent aujourd’hui la BCE, le FMI et les banques européennes, en quoi le capital militaire est un capital négatif, comment les coûts d’opportunité épuisent le talent humain et l’innovation, comment le monopsonie garantit des dépassements de coûts, comment les instituts européens évitent les études sur l’effet multiplicateur, comment l’Europe dérive vers une économie de guerre, et comment la reconversion — une fois sa faisabilité prouvée — est désormais ignorée alors que l’Europe s’engage dans la direction opposée.

Comparez maintenant tout cela avec ce que les dirigeants européens vous ont dit au début de la première partie.

Tirez ensuite vos propres conclusions :

Sont-ils d’une ignorance inexcusable en matière d’économie fondamentale ?

Ou bien la comprennent-ils parfaitement — et induisent-ils en erreur leurs citoyens, leurs contribuables et leurs électeurs ?

Quelle que soit la réponse, elle est profondément troublante.

Mais l’une d’entre elles doit être vraie.

source : Transnational Foundation

Première partie — Le mythe du réarmement européen : les aspects économiques qu’ils ne mentionnent jamais

https://reseauinternational.net/les-dirigeants-europeens-sont-ils-ignorants-ou-mentent-ils-2eme-partie-la-derive-destructrice-de-leurope-vers-une-economie-de-guerre/

mardi 7 juillet 2026

Les dirigeants européens sont-ils ignorants… ou mentent-ils ? (1ère partie)

 

Première partie — Le mythe du réarmement européen : les aspects économiques qu’ils ne mentionnent jamais

par Jan Oberg

Aucune étude n’a jamais démontré que les dépenses militaires étaient plus rentables que les investissements civils.

Ce que disent les dirigeants européens au sujet du réarmement et de l’économie

«L’Europe doit se doter d’une base industrielle de Défense solide — cela créera des emplois et stimulera l’innovation». ~ Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne (2024)

«Investir dans la Défense, c’est investir dans l’avenir économique de l’Europe». ~ Thierry Breton, commissaire européen chargé du Marché intérieur (2023)

«Le réarmement est une opportunité pour l’industrie européenne et pour la croissance». ~ Emmanuel Macron, président de la France (2022)

«Le fonds spécial de 100 milliards d’euros renforcera l’économie et la base technologique de l’Allemagne». ~ Olaf Scholz, chancelier de l’Allemagne (2022)

«L’augmentation de la production de Défense créera des emplois au Danemark et soutiendra notre économie». ~ Mette Frederiksen, Premier ministre du Danemark (2023)

«Les investissements dans la Défense sont également des investissements dans l’industrie et la compétitivité finlandaises». ~ Petteri Orpo, Premier ministre de la Finlande (2023)

«Notre expansion en matière de Défense est un stimulant pour l’économie polonaise». ~ Mateusz Morawiecki, Premier ministre de la Pologne (2022)

«L’augmentation des dépenses de Défense renforce nos économies et nos industries». ~ Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN (2023)

...........

Les dirigeants européens ne cessent de répéter à leurs citoyens que le réarmement est bon pour la croissance, bon pour l’emploi, bon pour l’innovation et bon pour la compétitivité. Ils présentent les dépenses de Défense comme une sorte de politique industrielle — un plan de relance déguisé en camouflage. Ces citations ne sont pas des déclarations marginales ; elles émanent des plus hautes instances politiques d’Europe. Elles constituent le discours dominant de la nouvelle militarisation de l’Europe.

Cet article examine ce discours à la lumière des meilleures données économiques disponibles. Ce qui suit n’est ni de l’idéologie, ni une opinion, ni de la géopolitique — mais de l’économie : multiplicateurs, coûts d’opportunité, productivité du capital, structure du marché et effets à long terme sur le bien-être. Et lorsque ces faits économiques sont mis en regard des affirmations politiques ci-dessus, le contraste devient impossible à ignorer.

1. Ce que nous avions conclu dans les années 1970 et 1980

Lorsque les économistes et les chercheurs en études sur la paix ont examiné les effets économiques des dépenses militaires dans les années 1970 et 1980, ils l’ont fait avec un sérieux et une indépendance intellectuelle qui font presque défaut aujourd’hui. Des chercheurs tels que Seymour Melman, Émile Benoit, Kenneth Boulding, Milton Leitenberg, Dieter Senghaas, Ruth Sivard, Mary Kaldor et Lloyd J. Dumas ont produit un corpus de travaux qui reste inégalé en termes de clarté et de fondement empirique. Leurs analyses — et les débats qu’elles ont inspirés — ont façonné toute une génération de réflexions sur le complexe militaro-industriel, la reconversion économique et les coûts sociaux réels du réarmement.

Tous pays, modèles et ensembles de données confondus, la conclusion était remarquablement cohérente : les dépenses militaires ne généraient pas de rendements économiques ou sociaux supérieurs à ceux d’investissements civils équivalents. La seule façon de faire apparaître les dépenses militaires comme «bénéfiques» consistait à supposer qu’aucun investissement civil comparable n’aurait lieu. En d’autres termes, le secteur militaire ne paraissait avantageux que lorsque l’alternative civile était artificiellement écartée de l’équation.

Ces chercheurs ont également démontré que les principaux bénéficiaires de la production militaire étaient les fabricants d’armes eux-mêmes. Un petit nombre de grandes entreprises s’accaparait la majeure partie des bénéfices, tandis que l’économie civile dans son ensemble ne bénéficiait que d’effets d’entraînement limités. Les petits sous-traitants n’en tiraient qu’un avantage marginal et souvent temporaire. Ils ont également démontré que les dépenses militaires se caractérisaient systématiquement par un faible niveau d’emploi, une faible consommation et un faible effet multiplicateur par rapport aux alternatives civiles. Cent dollars investis dans la santé, l’éducation, les infrastructures ou la culture créaient plus d’emplois, généraient plus de revenus et stimulaient davantage la demande intérieure que la même somme dépensée dans des systèmes d’armement.

Ces conclusions étaient solides. Elles ont été confirmées dans différents pays et sur différentes périodes. Elles étaient politiquement gênantes. Et elles ont été discrètement ignorées.

2. Pourquoi ces conclusions sont encore plus vraies aujourd’hui

Un demi-siècle plus tard, le tableau empirique n’a pas changé. Au contraire, il est devenu plus clair. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est que les analyses les plus rigoureuses des dépenses de Défense ne proviennent pas des ministères de la Défense, des groupes de réflexion sur la sécurité ou des instituts universitaires. Elles émanent de banques — Nordea, SEB, Danske Bank, Swedbank, DNB — et d’institutions macroéconomiques telles que la BCE et le FMI. Ces acteurs n’ont aucun intérêt idéologique dans le débat sur la Défense. Ils ont simplement besoin de comprendre le risque budgétaire, la dynamique du marché du travail et la viabilité à long terme de la dette. Et leurs conclusions concordent remarquablement avec celles auxquelles Melman, Benoit, Boulding et d’autres étaient parvenus il y a plusieurs décennies.

La Banque centrale européenne constitue la source la plus faisant autorité. Dans son évaluation de 2025, fondée sur un modèle, portant sur l’augmentation des dépenses de Défense de 2 à 3% du PIB, la BCE conclut que «les effets à court terme sur la production d’une hausse des dépenses de Défense sont modestes et dépendent de manière cruciale des conditions de financement». Elle met également en garde contre le fait que «les fuites à l’exportation réduisent l’impact national des dépenses de Défense» et note explicitement que «les investissements publics dans les secteurs civils présentent généralement des multiplicateurs plus élevés».

L’étude par panel réalisée en 2026 par le FMI sur l’UE-27 renforce ce tableau, en montrant que les dépenses de Défense ne stimulent l’activité que dans des conditions restreintes et favorables — conditions que les secteurs civils remplissent bien plus facilement.

La Banque centrale du Danemark met en garde contre le fait qu’«une part importante des marchés publics de Défense est importée, ce qui limite les effets économiques nationaux», et que «l’augmentation des dépenses de Défense pourrait nécessiter de redéfinir les priorités parmi les autres dépenses publiques».

Même Danske Bank Research note que «les dépenses de Défense se caractérisent par une forte part d’importations et des effets multiplicateurs nationaux limités», et que «les investissements publics civils continuent de générer des effets plus marqués sur l’emploi et la demande».

Enfin, même lorsque les banques rédigent des analyses pour des clients du secteur de la Défense, la réalité économique transparaît : «la production de Défense reste à forte intensité capitalistique et dominée par de grandes entreprises», avec des retombées limitées.

Ce qui est le plus révélateur, ce n’est pas seulement ce que publient les instituts européens, mais ce qu’ils ne publient jamais. Aucun ministère de la Défense, aucun fabricant d’armes, aucun groupe de réflexion affilié à l’OTAN, ni aucun institut de recherche européen n’a jamais produit d’étude comparant les multiplicateurs militaires et civils. Même la RAND Corporation — dotée d’une capacité de modélisation inégalée — n’a jamais publié une telle comparaison. Si une étude favorable existait, elle serait citée à l’infini. Son absence est sans appel.

3. Le capital militaire est un capital négatif

Les armes ne sont pas seulement stériles sur le plan économique ; elles deviennent un capital négatif dès qu’elles sont utilisées. Un avion de chasse, une batterie de missiles ou un char qui reste à l’arrêt consomme des ressources sans produire de valeur. Mais une fois utilisé, il détruit le capital physique, le capital humain, les infrastructures et le bien-être social. Un F-35 qui ne décolle jamais représente déjà un fardeau net pour l’économie — nécessitant plus d’heures de maintenance que d’heures de vol, une main-d’œuvre spécialisée, des pièces de rechange, du carburant et des mises à niveau continues. Mais un F-35 qui tire réellement avec ses armes est bien pire encore : il anéantit des actifs productifs, tue ou blesse des êtres humains qui incarnent le capital le plus précieux de la société, et entraîne des pertes économiques à long terme qui dépassent de loin son prix d’achat. En termes économiques, le capital militaire n’est pas simplement improductif ; il est structurellement contre-productif. Lorsqu’il est activé, il devient un mécanisme de destruction des fondements mêmes de la croissance économique.

4. Les coûts d’opportunité : la loi oubliée de l’économie

En général, les gens ne comprennent pas le concept de coût d’opportunité, alors même qu’il s’agit de la première loi de l’économie : on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Chaque couronne ou euro dépensé en armes est une couronne ou un euro qui ne peut être dépensé pour rien d’autre. La question n’est jamais «Pouvons-nous nous permettre le F-35 ?», mais «À quoi devons-nous renoncer pour l’acheter ?» Lorsque les gouvernements investissent dans la R&D militaire, les scientifiques, les ingénieurs et les capacités de recherche mobilisés ne peuvent plus se consacrer à la résolution des problèmes liés à l’adaptation au changement climatique, aux énergies renouvelables, au traitement du cancer, à la sécurité de l’intelligence artificielle — ou à la paix. Le coût d’opportunité n’est pas un concept abstrait ; il s’agit d’une perte concrète de capital humain, d’innovation technologique et de bien-être social. Les dépenses militaires ne se contentent pas de détourner de l’argent — elles détournent des cerveaux, du temps et des talents des défis civils qui déterminent notre avenir.

Résumé : Transition vers la deuxième partie, à paraître le 4 juillet

Les arguments économiques contre le réarmement sont accablants. Mais les dynamiques structurelles, politiques et institutionnelles qui sous-tendent la militarisation de l’Europe rendent le tableau encore plus inquiétant. La deuxième partie examine la structure du marché de la production d’armes, le silence des instituts de recherche européens, la dérive de l’Europe vers une économie de guerre, ainsi que l’histoire oubliée de la reconversion — autrefois jugée faisable, aujourd’hui ignorée.

source : Transnational Foundation

https://reseauinternational.net/les-dirigeants-europeens-sont-ils-ignorants-ou-mentent-ils-1ere-partie/

samedi 7 février 2026

La politique russe en Ukraine : une réponse légitime à l’expansionnisme occidental ?

 

Drapeau Fédération de Russie

Introduction : les racines d’un conflit post-soviétique

La chute de l’Union soviétique en 1991 a marqué la fin d’une ère bipolaire et l’émergence d’un monde dominé par les États-Unis et leurs alliés occidentaux. Pour la Russie, cette transition n’a pas été synonyme de partenariat égalitaire, mais d’une série de promesses non tenues, d’expansions militaires et d’ingérences qui ont progressivement érodé sa sphère d’influence et menacé sa sécurité nationale. Cet article souhaite démontrer comment les actions occidentales – en particulier l’expansion systématique de l’OTAN vers l’Est – ont rendu inévitable l’annexion de la Crimée en 2014 et l’intervention militaire en Ukraine en 2022. Ces événements ne sont pas des actes d’agression gratuite, mais des mesures vues comme défensives face à un empiétement géopolitique perçue comme existentiel. Néanmoins, pour un équilibre intellectuel, nous n’évacuerons pas totalement la vision occidentale, qui voit dans ces actions russes une violation du droit international et une menace à la souveraineté des États post-soviétiques. En remontant aux assurances informelles données à Mikhaïl Gorbatchev, nous examinerons l’expansion de l’OTAN, les avertissements russes ignorés, les ingérences occidentales dans les « révolutions de couleur », le précédent du Kosovo, et l’échec des accords de Minsk, qui ont scellé le destin du conflit.

Les promesses informelles de 1990 et l’expansion systématique de l’OTAN

Au cœur de la narrative russe se trouve la conviction que l’Occident a trahi des engagements verbaux pris lors de la réunification allemande en 1990. Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant soviétique, a accepté la réunification – et par extension, la fin de la Guerre froide – en échange d’assurances que l’OTAN ne s’étendrait pas « d’un pouce vers l’Est ». Ces promesses, bien que non formalisées dans un traité, ont été documentées dans des archives déclassifiées américaines, soviétiques et allemandes. Des figures comme le secrétaire d’État américain James Baker et le ministre ouest-allemand Hans-Dietrich Genscher ont explicitement rassuré Gorbatchev que l’Alliance atlantique resterait confinée à ses frontières actuelles, évitant ainsi d’humilier une Union Soviétique en déliquescence.

Pourtant, dès la dissolution de l’URSS en 1991, l’OTAN a entamé une expansion inexorable vers l’Est, intégrant d’anciens membres du Pacte de Varsovie et des républiques soviétiques. Le timeline est éloquent : en 1999, la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie rejoignent l’Alliance ; en 2004, sept pays dont les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) – directement frontaliers de la Russie – suivent ; en 2009, l’Albanie et la Croatie ; en 2017, le Monténégro ; en 2020, la Macédoine du Nord ; et plus récemment, en 2023 et 2024, la Finlande et la Suède, doublant ainsi la frontière Russo-scandinave. Cette progression systématique, souvent justifiée par l’OTAN comme une réponse aux demandes volontaires des États concernés pour se protéger d’une « menace russe », est perçue à Moscou comme un encerclement stratégique, plaçant des missiles et des troupes alliées à portée de Saint-Pétersbourg ou de Moscou.

Du point de vue russe, cette expansion viole non seulement l’esprit des assurances de 1990, mais ignore délibérément les préoccupations sécuritaires d’une puissance nucléaire. Vladimir Poutine a souvent évoqué cette « trahison » comme une cause racine du conflit ukrainien, arguant que sans cette avancée, la Russie n’aurait pas eu besoin de réagir militairement. La vision occidentale, en revanche, insiste sur le caractère défensif de l’OTAN et le droit souverain des nations à choisir leurs alliances, niant toute promesse formelle et soulignant que Gorbatchev lui-même a plus tard minimisé ces assurances. Cependant, cette perspective occulte le sentiment d’humiliation post-soviétique qui a nourri le revanchisme russe.

Les avertissements russes ignorés : du discours de Munich en 2007 aux appels pré-2022

La Russie n’a pas manqué d’avertir l’Occident des conséquences de son expansionnisme. Le discours emblématique de Vladimir Poutine à la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2007 marque un tournant rhétorique. Dans ce plaidoyer pour un monde multipolaire, Poutine a dénoncé l’unipolarité américaine, l’expansion de l’OTAN comme une « ligne de confrontation », et les interventions unilatérales occidentales (comme en Irak). Il a averti que la Russie ne tolérerait plus d’être reléguée au rôle de spectateur, prédisant des tensions si ces tendances persistaient. Ce discours, souvent vu en Russie comme une « prophétie » ignorée, a été perçu en Occident comme une posture agressive plutôt qu’une plainte légitime.

Les avertissements se sont multipliés dans les années suivantes. En 2008, lors du sommet OTAN de Bucarest, la promesse d’une future adhésion pour l’Ukraine et la Géorgie a provoqué une réaction immédiate : l’intervention russe en Géorgie la même année. Plus tard, en 2021, alors que les troupes russes s’amassaient aux frontières ukrainiennes, Moscou a émis des ultimatums clairs, demandant un retrait des forces OTAN des pays entrés après 1997 et un engagement contre l’adhésion ukrainienne. Ces appels ont été largement ignorés par l’Occident, qui les a qualifiés d’inacceptables, renforçant ainsi la conviction russe que le dialogue était futile. La perspective occidentale met l’accent sur les violations russes antérieures (comme en Géorgie) comme justification de l’expansion, mais cela masque, selon Moscou, une indifférence chronique aux préoccupations sécuritaires russes.

Les ingérences occidentales : des Révolutions Orange au Maïdan

L’expansion OTAN s’est accompagnée d’ingérences directes dans la « sphère d’influence » russe, perçues comme des tentatives de déstabilisation. La Révolution Orange en Ukraine en 2004 en est un exemple flagrant. Déclenchée par des allégations de fraude électorale lors de la présidentielle, elle a porté au pouvoir Viktor Iouchtchenko, pro-occidental, après des protestations massives. La Russie y voit une opération orchestrée par les États-Unis et l’UE, avec des financements de fondations comme l’Open Society de George Soros et des formations par des ONG américaines. Ces « révolutions de couleur » – incluant celles en Géorgie (2003) et au Kirghizistan (2005) – sont interprétées comme des coups d’État soft pour installer des régimes hostiles à Moscou.

Le point culminant fut la Révolution de la Dignité (Euromaïdan) en 2014, suite au refus du président pro-russe Viktor Yanoukovytch de signer un accord d’association avec l’UE. Les protestations, initialement pacifiques, ont dégénéré en violence, menant à la chute de Yanoukovytch. Pour la Russie, ce fut un coup d’État soutenu par l’Occident : des fuites comme la conversation entre Victoria Nuland (diplomate américaine) et l’ambassadeur US Geoffrey Pyatt révèlent une implication active dans la sélection du gouvernement post-Maïdan. Des rapports évoquent même un rôle de la CIA dans la formation d’unités ukrainiennes. L’Occident, quant à lui, présente Maïdan comme un soulèvement populaire contre la corruption, avec un soutien limité à la démocratie, niant toute orchestration et oubliant que post Maïdan, l’Ukraine était toujours considérée comme l’État le plus corrompu du continent sans qu’aucun soulèvement « spontané » tente d’y mettre fin.

 Le précédent du Kosovo : l’hypocrisie occidentale exposée

L’épisode du Kosovo renforce la perception russe d’un double standard occidental. En 1999, l’OTAN bombarde la Serbie (alliée historique de la Russie) sans mandat ONU pour protéger les Albanais du Kosovo, menant à l’indépendance unilatérale de la province en 2008, reconnue par les États-Unis et l’UE malgré l’opposition serbe et russe. Pour Moscou, cela viole la souveraineté territoriale et crée un précédent pour des sécessions, comme en Crimée ou au Donbass. Poutine a souvent accusé l’Occident d’hypocrisie : pourquoi le Kosovo peut-il se séparer sans référendum légitime, tandis que la Crimée – où un plébiscite en 2014 a montré un soutien massif à la Russie – est condamnée ? La vision occidentale distingue les cas : le Kosovo comme remède à un génocide potentiel, versus la Crimée comme annexion illégale. Mais pour la Russie, cela illustre un « droit du plus fort » occidental.

L’échec des Accords de Minsk : vers l’inévitable intervention

Les accords de Minsk I (2014) et II (2015), négociés sous l’égide de l’OSCE avec la France et l’Allemagne comme garants, visaient à pacifier le Donbass après l’annexion de la Crimée. Ils prévoyaient un cessez-le-feu, un retrait d’armes, et des réformes ukrainiennes pour une autonomie des régions séparatistes. Du point de vue russe, l’Ukraine a saboté ces accords en refusant l’autonomie réelle et en militarisation la région, avec des violations documentées par l’OSCE (bombardements, non-retrait d’armes). Les garants occidentaux n’ont pas forcé Kiev à respecter les clauses politiques, rendant Minsk inopérant et justifiant l’intervention de 2022 comme une mesure préventive contre un « génocide » allégué au Donbass.

L’Occident accuse la Russie de violations structurelles (soutien aux séparatistes, contrôle frontalier incomplet), mais la perspective russe voit dans cet échec une preuve que l’Ukraine, soutenue par l’OTAN, n’avait aucune intention de compromis. Ainsi, la Crimée – avec sa base navale vitale de Sébastopol – et l’opération de 2022 deviennent des réponses inévitables à une menace accumulée.

 Conclusion : le bien-fondé de la position russe, avec nuances

En synthèse, la position russe – ancrée dans une lecture défensive de l’histoire post-soviétique – apparaît justifiée : l’expansion de l’OTAN, les ingérences, le Kosovo et l’échec de Minsk ont créé un environnement hostile, forçant Moscou à protéger son « glacis sécuritaire ». Sans ces facteurs, le conflit ukrainien aurait pu être évité. La vision occidentale, soulignant la souveraineté et le droit à l’autodétermination, offre un contrepoint valide, mais elle sous-estime totalement le sentiment d’encerclement russe. Pour une paix durable, un dialogue authentique sur la sécurité mutuelle s’impose, au-delà des narratifs polarisés.

Tout le monde semble avoir oublié que la Première Guerre mondiale n’a pas commencé avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, mais bien avec l’invasion de la Serbie par l’Autriche-Hongrie, qui entraîna l’entrée immédiate en guerre de la Russie pour protéger son allié et ses intérêts stratégiques. Il serait peut-être sage de s’en souvenir avant que des apprentis somnambules n’embrasent à nouveau le continent.

Alain DAOUT février 2026

https://ripostelaique.com/la-politique-russe-en-ukraine-une-reponse-legitime-a-lexpansionnisme-occidental/