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samedi 27 octobre 2012

Diên Biên Phu : 57 jours d'héroïsme

Le Figaro Magazine - 09/04/2004
Il y a cinquante ans, dans une cuvette du Tonkin, 15 000 hommes du corps expéditionnaire français d'Indochine résistaient à l'assaut du Vietminh. Menée contre un adversaire courageux, cette bataille s'est soldée par une défaite, mais une défaite glorieuse.

Infirmière à l'époque, elle était convoyeuse de l'air. Après que son Dakota eut été détruit par l'ennemi, elle s'était retrouvée prisonnière de la bataille. Vingt ans et seule Européenne au milieu de 10 000 hommes : un ange en enfer. Son livre, Une femme à Diên Biên Phu, a été un succès de l'automne 2003. Quand Geneviève de Galard prononce une conférence, les jeunes se pressent pour l'écouter. Cinquante ans après Diên Biên Phu, certes, nous avons changé de monde et de société : « l'Indo » , c'est loin. Le récit de ce désastre, cependant, ne cesse de déchirer le coeur et l'âme.

Le drame se noue en 1953. Hô Chi Minh a beau être communiste, il a compris la force du nationalisme. Depuis 1945, il mène contre la puissance coloniale française une guerre qui est aussi une guerre des Vietnamiens du Nord (le Tonkin et l'Annam) contre ceux du Sud (la Cochinchine). Côté français, les chefs militaires successifs - Leclerc, de Lattre ou Salan - n'ont pu venir à bout de la rébellion. En 1949, le Vietnam a accédé à l'indépendance, mais le pays, membre de l'Union française, comme le Laos et le Cambodge, est précipité dans le vaste affrontement Est-Ouest. La Chine de Mao et l'URSS soutiennent le Vietminh, tandis que les Etats-Unis, engagés en Corée, aident financièrement la France en Indochine.

En métropole, le conflit est impopulaire. Les communistes, bien sûr, se montrent les plus virulents dans la stigmatisation de la « sale guerre » . Mais l'opinion, dans son ensemble, ne voit pas l'intérêt d'expédier à grands frais tous ces régiments professionnels à l'autre bout de la planète. A Paris, le gouvernement cherche une porte de sortie.

En mai 1953, le général Navarre est nommé commandant en chef en Indochine. Sa mission ? Créer les conditions militaires qui favoriseront un règlement politique. En gros, avant de donner l'assaut pour forcer Hô Chi Minh à négocier, il prévoit de reconstituer ses forces. D'où, au nord, une stratégie défensive. Le Vietminh, toutefois, lance une offensive vers le Laos qui vient de signer un accord de défense avec la France. A l'automne 1953, afin de barrer la route du Laos, le commandement décide donc d'établir un camp retranché dans les zones montagneuses du nord du Tonkin. Lieu choisi : le village de Diên Biên Phu.

Le 20 novembre 1953, six bataillons parachutistes sont largués au-dessus de cette vallée reculée. Afin d'acheminer hommes et matériels, un aérodrome est construit dans la cuvette. Le camp est organisé comme une couronne de points d'appui ; baptisés de prénoms féminins (Gabrielle, Isabelle ou Dominique) ils ont pour fonction de protéger l'aérodrome, centre et poumon du camp. Selon le 2e Bureau, le Vietminh ne peut pas engager plus de deux divisions dans la région, et les communications sont si difficiles que les Viets seront incapables d'y amener des canons de plus de 75 mm. Fatale erreur.

Hô Chi Minh, lui, est bien informé. Ce Lénine asiatique mesure l'effet qu'exercerait une défaite française sur l'opinion occidentale. Autour de Diên Biên Phu, il masse quatre divisions d'infanterie et sa division d'artillerie lourde : 24 pièces de 105 mm. Une noria de 700 camions Molotova (cadeau des Soviétiques) et 75 000 coolies transportent des tonnes de munitions. Ces mouvements n'échappent pas à l'état-major français, mais Navarre reste persuadé que Diên Biên Phu ne sera pas le théâtre d'un affrontement majeur. A Noël 1953, 60000 Viets cernent 12 000 Français, Marocains, Algériens et Thaïs, qui ne se doutent pas de ce qui les attend.

Au sommet de Berlin, le 18 février 1954, le gouvernement de Joseph Laniel (président du Conseil depuis juin 1953) accepte le principe d'une conférence qui s'ouvrira à Genève, au mois d'avril, afin d'examiner le problème du rétablissement de la paix en Indochine. Le général Navarre n'a pas été tenu au courant. Hô Chi Minh, en revanche, voit le parti qu'il peut en tirer : il faut qu'il gagne avant la fin de cette conférence.

Le 13 mars 1954, le général Giap déclenche sur Diên Biên Phu un terrifiant pilonnage d'artillerie, auquel les défenseurs du camp ne s'attendaient pas et auquel ils ne possèdent pas les moyens de répondre. Les tirs alternent avec les assauts d'infanterie, à dix contre un. En cinq jours, les points d'appui Béatrice, Gabrielle et Anne-Marie tombent aux mains de l'ennemi.

Le colonel de Castries (il sera nommé général le 14 avril) commande le camp. « Sa réaction est faible » , considère le général Gras, un historien militaire. Le chef d'état-major, le colonel Keller, est dépressif (on l'évacue par avion) et le colonel Piroth, commandant l'artillerie, se suicide. Heureusement, la position centrale est dirigée par le lieutenant-colonel Langlais, un parachutiste, tandis que la position sud est tenue par le lieutenant-colonel Lalande, un officier de la Légion. Et le 16 mars, le commandant Bigeard (il recevra ses galons de lieutenant-colonel pendant la bataille) est largué sur la cuvette à la tête de son 6e BPC (bataillon de parachutistes coloniaux). « A partir du jour où il est arrivé à Diên Biên Phu, note son biographe, Erwan Bergot, c'est l'esprit même du camp retranché qui a changé. » Avec son autorité naturelle, mais sans bousculer la hiérarchie, Bigeard impose son style : ne pas subir. Ses contre-attaques, qui décimeront les rangs du Vietminh, lui vaudront l'admiration de Giap.

En tout cas, trois jours après le début de l'offensive, l'assaillant a atteint son premier objectif : le 17 mars, le pont aérien est interrompu. Bombardé, l'aérodrome sera bientôt impraticable. Dès lors, la base ne pourra être ravitaillée que par parachutage. Giap suspend le feu de son artillerie, tandis que ses hommes effectuent un travail de termites : autour du camp, ils creusent un lacis de boyaux et de tranchées, se rapprochant chaque jour un peu plus des lignes françaises.

Le 30 mars au soir, la deuxième phase de l'offensive est lancée : l'artillerie et l'infanterie du Vietminh reprennent leurs assauts meurtriers. Les verrous Eliane et Dominique doivent être abandonnés, puis Huguette tombe à son tour. Légionnaires et parachutistes manifestent une énergie surhumaine : Giap, dont les pertes sont considérables, doit mobiliser 25 000 bo doi supplémentaires. A Hanoi, le commandement français réclame des volontaires pour sauter sur le camp : pour 750 soldats, ce sera leur baptême de parachutisme.

Fin avril, dans le camp retranché, il reste 3 000 combattants valides, plus 1 200 qui sont isolés au sud, dans la position Isabelle. Sous un déluge de feu ininterrompu, dans la boue, manquant d'eau, de vivres et de munitions, képis blancs et bérets rouges repoussent les limites de l'héroïsme. Diên Biên Phu, dira Castries, c'est Verdun, mais Verdun sans la Voie sacrée. Hô Chi Minh a refusé l'intervention de la Croix-Rouge qui demandait l'évacuation des blessés. Ceux qui tiennent sur leurs jambes se servent de leur fusil. Dans l'hôpital souterrain où passe le sourire de Geneviève de Galard, l'équipe médicale opère jour et nuit dans des conditions sanitaires effroyables.

La disproportion des forces est écrasante. Peu à peu, les Viets s'emparent des derniers points d'appui. Le 7 mai, à 16 heures, après cinquante-sept jours de combat, c'est la fin. Quand la nouvelle parvient à Paris, l'Assemblée nationale est en séance : les seuls qui refusent de se lever pour rendre hommage aux hommes de Diên Biên Phu sont les députés communistes.
Officiers et soldats, 16 000 hommes ont fait partie de la garnison : on comptera 1 600 morts, 1 600 disparus, 4 800 blessés et 8 000 prisonniers, dont à peine 3 900 reviendront vivants. Côté Vietminh, le bilan sera d'environ 10 000 tués et 20 000 blessés.

Pierre Mendès France, devenu président du Conseil le 18 juin, hâte les négociations de Genève. Le 21 juillet, l'armistice est signé. Les dernières troupes françaises quitteront en 1956 un pays coupé en deux. Pour les Vietnamiens du Sud, la guerre continuera aux côtés des Américains et se terminera, en 1975, par la chute de Saigon.

Depuis, officiellement, le Vietnam est communiste. Dans la pratique, les années de plomb ont passé. Il y a maintenant plus de dix ans que Pierre Schoendoerffer a tourné sur place son Diên Biên Phu avec le concours de l'Armée populaire... Belle leçon : les peuples de vieille mémoire, quand ils ont vécu ensemble, finissent par se retrouver. Tenaillés par le « mal jaune », les anciens du corps expéditionnaire français voyagent au Vietnam. Il se murmure que certains d'entre eux, lorsqu'ils disparaîtront, veulent être incinérés afin que leurs cendres soient dispersées là-bas, sur ces lieux où ils ont tant aimé et tant souffert. Ce sera aussi une façon de rejoindre leurs camarades restés sur le terrain. Mort, où est ta victoire ?
http://www.jeansevillia.com

samedi 14 avril 2012

Raymond Aubrac et l’Histoire

Raymond Aubrac et l’Histoire S’il est une date emblématique, c’est bien celle de la mort de Jaurès, le 31 juillet 1914, où moment même où naissait Raymond Aubrac, et que commençait un XXe siècle plein de bruit, de fureur et d’atrocités. Si l’on considère, avec plusieurs historiens, que cette période se termine avec la chute du mur de Berlin, alors la longue existence de l’ancien Résistant Raymond Samuel, dit Aubrac, aura embrassé une série d’événements majeurs qui on marqué l’Histoire de France, et même du monde. Au-delà du mythe ou de la polémique, que faut-il retenir d’une vie qui a été menée comme un combat permanent ?
Avant de prendre la mesure d’un homme, il faut le libérer des mensonges, souvent liés aux mots. Combien se satisfont de vocables creux, censés tout dire ? Que signifie, dans la bouche d’un Nicolas Sarkozy, le souvenir incantatoire de la « résistance » et de l’héroïsme, quand toute sa personne, son rôle, sa politique, ont été tout le contraire, et qu’il s’est évertué de toutes ses forces de soumettre le pays dont il avait la responsabilité à la puissance américaine, intégrant la France dans l’Otan, participant à des guerres injustes et inutiles, agressant des nations libres, soutenant un Etat, Israël, accusé de crimes de guerre et coupable d’enfermer toute une population dans l’immense camp de concentration de Gaza ? Car la fatalité des acteurs de l’Histoire, dès lors qu’ils entrent peu ou prou dans la légende, est d’être récupérés. La mort est une bonne occasion pour cela, et les dithyrambes pullulent dans les médias, d’autant plus que la Résistance à l’occupant allemand, et la Libération, sont devenues des paradigmes d’un monde qu’on aurait aimé libre.

Car évidemment, un événement historique doit se plier aux sens multiples que les uns et les autres y investissent, et de manière parfois antithétique.

Il existe en effet une légende noire de Raymond Aubrac. « Légende » ne signifie pas pour autant mensonge : des faits avérés sont noircis à dessein pour des raisons partisanes, mais, comme l’étymologie du mot le suggère, n’en demeurent pas moins « écrits », inscrits dans le livre de l’Histoire.

Avouons que les polémiques soulevés par le procès Barbie et le livre de Gérard Chauvy paraissent assez obscures pour qu’on ne s’y arrête vraiment, les « faits » invoqués par les uns et les autres étant noyés dans une sorte de vapeur empoisonnée, et, du reste, dignes d’être laissés, comme toutes choses du passé, à l’attention des spécialistes de l’Histoire Il en devrait être toujours ainsi. De même, les mauvais procès sur les circonstances de l’engagement des époux Aubrac, en 40 (quand on sait que le parti communiste n’entrera vraiment en résistance qu’après l’invasion, en 41, de l’URSS par les armées allemandes), et les circonstances, en 43, de l’évasion de Raymond, libéré par sa femme dans une opération commando. Le premier point pose la question récurrente de l’appartenance des Aubrac au Parti, mais, de fait, plusieurs dissidents à la ligne « pacifiste » adoptée par le Comité central à la suite du pacte germano-soviétique étaient déjà dans la lutte, et n’oublions pas que les Aubrac résidaient en zone libre ; quant au deuxième point, il est assez anecdotique, et n’enlève de toute façon rien au courage et à la détermination des acteurs.

Plusieurs circonstances du parcours de Raymond Aubrac peuvent néanmoins paraître obscures.

D’abord, lorsqu’il est nommé Commissaire de la République par De Gaulle à la fin 44, avant d’être rapidement remplacé au début 45 par Paul Haag, il est obligé d’assurer le difficile passage d’une période de clandestinité et de répression subie, à une autre où tous les règlements de compte sont permis. La Libération présente une face noire, en effet, sous couvert d’épuration. Les chiffres d’exécution, sommaires ou non, expéditives ou légalisées, varient entre une dizaine de milliers et cent mille. En tout état de cause, cela ne s’est pas passé proprement. Certes, de nombreux résistants avaient des raisons d’être impitoyables, et ceux d’en face n’avaient pas été tendres. Il est probable que des comportements archaïques se soient manifestés, à des fins cathartiques, d’une sauvagerie parfois extrême, par de quasi lynchages, ou par des parodies carnavalesques, singulièrement en ce qui concerne les femmes accusées de « collaboration horizontale ». Des actes barbares ont eu lieu, des cas de pur banditisme aussi, mais ce qui importe, c’est, d’une part, de rappeler le contexte de guerre civile, puisque des Français s’entre-tuaient pour des raisons idéologiques, qu’aggravaient l’occupation du pays et le souvenir d’une défaite humiliante, et, d’autre part, l’absence de structures étatiques solides pour encadrer la répression inévitable. Raymond Aubrac a souligné son manque d’expérience, bien qu’il ait créé, à Marseille, les premières Compagnies de Sécurité Républicaines (CRS), noyautées par les communistes, mais aussi sa solitude au poste de responsabilité qui était le sien. Il fut donc obligé de « couvrir » des exactions. Mais qui pourrait imaginer qu’il pût en être autrement ? Cette période ressemble par bien des côtés à d’autres, qui ont souillé notre pays et répandu la désolation, la cruauté et l’injustice, comme les guerres de religion du XVIe siècle, ou bien la Terreur ou les guerres de Vendée, sans parler de la Commune. Comment arrêter un flot qui submerge tout ? Il faut admettre que l’Histoire est tragique, qu’on ne choisit pas toujours son rôle, qu’il faut assumer la part maudite de l’action, et que les mains propres ne se trouvent que chez ceux qui restent chez eux – et encore. Le mieux est, maintenant que la distance temporelle est suffisante, de mesurer les faits de façon historique, et de ne pas reconduire la guerre civile dans le temps présent.

Un autre procès a été de même fait par l’auteur du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois, directeur de recherches au CNRS, qui accuse Raymond Aubrac d’avoir été un agent communiste. Ami de Hô Chi Minh, présent d’ailleurs à la libération de Saigon, il était aussi directeur d’une société, le Berim - le Bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne. « Placé sous la responsabilité de Jean Jérôme, l'un des hommes les plus importants et les plus secrets du PCF - cette société servait aussi de pompe à finances au Parti. C'est, par elle, que passait une partie des financements en provenance de l'Est - sous la forme de contrats plus ou moins bidons. » On ajoutera aussi son rôle très important joué - en relation avec Kissinger - dans les efforts pour trouver une solution de sortie au conflit vietnamien.

Qu’est-ce qu’une trahison ? A partir de quel moment joue-t-on contre sa patrie ? Les communistes qui, selon le mot de Mollet, étaient à l’Est plutôt qu’à gauche, travaillaient-ils plus pour Staline que pour la France durant la guerre ? Dites comme cela, les choses paraissent bien simplistes, car il semble évident, dans leur cas, qu’on ait pu avoir la certitude (ou l’illusion ?) de se battre pour ces deux patries, l’une, charnelle, et l’autre, idéale – à ne pas confondre avec les Atlantistes actuels, qui ont en détestation la France, son patrimoine, sa culture, sa langue, contrairement aux communistes, qui étaient quand même des patriotes, comme en atteste le magnifique poème d’Aragon, « Je vous salue, ma France ». La réalité est bien plus complexe que certains veulent l’espérer, surtout à une époque de mondialisation des conflits. Aussi bien la Guerre froide a-t-elle constitué un piège pour beaucoup de nationalistes, qui ont dû choisir leur camp, au grand dam de leurs aspirations du début. Le cas de Fidel Castro est exemplaire, car il dut vite se rendre à l’évidence que son nationalisme devait virer au rouge, s’il voulait résister au boycott des USA. De même, de nombreux nationalistes français ont opté pour le « monde libre », par haine du communisme, et ont apporté leur caution à un monde libéral, marchand et individualiste étranger aux fondements de leur cause.

L’aventure historique de Raymond Aubrac, Juif solidaire du peuple palestinien, permet, à ce titre, de replacer le contexte dans une perspective plus juste, de redimensionner les parties en présence, de les juger avec d’autres critères, des paramètres imposés par l’évolution géopolitique du monde, par le déplacement des lignes et la nature du Nouvel Ordre Mondial, sous hégémonie américaine. Les condamnations d’antan deviennent tout à coup déplacées, caduques, et des rapprochements possibles, entre ce qui était appelé il y a peu « droite », et « gauche ». Et, pour le coup, la thématique de la Résistance, avec son programme, ses aspirations, son idéal, susceptible de rassembler ceux qui ne se satisfont pas de l’état de servitude présent, se retrouve singulièrement actuelle.
Claude Bourrinet http://www.voxnr.com

mardi 20 décembre 2011

Le procès des crimes communistes khmers rouges en phase terminale


111217aNous avons fait état, ici, à plusieurs reprises des interminables dysfonctionnements du procès des Khmers rouges. Il traînait depuis 1979, à la fois pour des raisons juridiques et par la volonté évidente de l'actuel maître du pays.

Premier ministre depuis 1985, Hun Sen, en effet, homme lige des Vietnamiens, s'est constamment employé à saboter toute exploration de cette abominable expérience à laquelle il avait participé avant de se rallier lui-même aux communistes rivaux de Hanoï.

Les familles des victimes du régime marxiste cambodgien sont supposées participer au procès, en qualité de , parties civiles. L'une d'entre elles constatait le 20 novembre : "Ieng Sary dit qu’il ne va pas parler. Seul Khieu Samphan dit qu’il va parler. Moi je dis que ceux qui savent ne parlent pas et ceux qui parlent vont dire qu’ils ne savent pas. Donc je n’attends pas grand-chose de ce procès."

Cet automne, la procédure est entrée cependant, 32 ans après la chute du régime, en phase décisive.
En effet, les audiences du procès dit numéro 2, celui des dirigeants du régime, a commencé le 22 novembre. Vous n'en avez guère entendu parler par les gros médias. Par conséquent, la plupart des gens qui croient savoir utiliser l'internet, comme ils ne font en général que relayer ou commenter les mensonges officiels, ne l'ont pas répercuté sur leurs blogues, réseaux sociaux et autres courriels de transferts.

On doit donc rendre hommage à Mme Anne-Claude Porée, journaliste française basée au Cambodge, qui relate jour après jour les audiences. (1)⇓

Le personnage le plus important se révèle depuis plusieurs jours en l'ancien "frère numéro 2" Nun Chea, principal survivant de ce parti et de ce gouvernement, en qualité de secrétaire général adjoint, le secrétaire général Pol Pot rôtissant en enfer depuis 1996.
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Le procès précédent, celui du tortionnaire Douch avait d'ailleurs laissé une impression de malaise. Les crimes et le rôle de ce personnage ne sauraient être minimisés. Kaing Guek Eav, dit "Douch" se trouvait à la tête d'un centre particulièrement abominable de la répression communiste à Phomh Penh. Ancien lycée, Tuol Sleng avait été transformé sous sa direction en prison S-21. Y furent torturées et assassinées 15 000 personnes. Il a été érigé depuis en mémorial du génocide. Au moment où nous écrivons le verdict d'appel n'est pas encore connu. L'accusé encourt depuis 2010 une condamnation à 35 ans de prison, tombée plus de 30 ans après les faits. Il pourrait presque faire figure, sinon de "lampiste", du moins d'exécutant. De plus "converti au christianisme dans les années 1990, il a plusieurs fois demandé pardon aux rares survivants et aux familles des victimes, demandant même à être condamné 'à la peine la plus stricte'." De la sorte "il a donné l'image d'un homme prisonnier d'une doctrine, incapable de dire non. Et, surtout, [il] a refusé d'endosser un rôle politique au sein du régime de Pol Pot (1975-1979), se réfugiant derrière la peur d'être abattu pour justifier son zèle." (2)⇓

Au contraire Nuon Chea ne peut se prévaloir, quant à lui, ni d'aucune obéissance aux ordres ni d'aucune larme de crocodile. À peine prétendra-t-il ignorer certaines décisions bureaucratiques. Il s'emploie en bon militant à réécrire l'Histoire au bénéfice de son Utopie meurtrière, utilisant les faiblesses de la procédure et du tribunal.

Nuon Chea apparaît certes aujourd'hui comme un vieillard. Il sait d'ailleurs parfaitement jouer sur sa faiblesse lors de certains échanges de questions. Ses "je suis fatigué", "j'ai mal à la tête" sont perçus comme des signes d'épuisement.

Mais, alors que d'autres accusés, comme Ieng Sary, sont manifestement hors circuit, si l'ancienne "première dame du régime" Ieng Thirith est devenue officiellement folle, l'ancien secrétaire général adjoint se révèle à la fois un redoutable manœuvrier et un propagandiste. Il se montre en réalité infatigable.

Sa dialectique démoniaque vaut le détour. Il se présente aujourd'hui comme une manière de souverainiste cambodgien. Tout le mal vient et n'a cessé de venir, à l'entendre, des Vietnamiens. Et quand il repère des bonzes dans l'auditoire il feint de souligner la parenté entre marxisme et bouddhisme, sur fond de compassion bien sûr.

Oublié le traitement des moines adeptes du Bouddha pendant la période de références ! On pense ici à la tentative incroyable de "récupération" de l'orthodoxie par les anciens du KGB en Russie, courant de "nostalgie stalinienne" contre lequel Patriarcat de Moscou se voit obligé de mettre en garde, ce qui prouve à tout le moins que cette manipulation existe (3)⇓.

Quels méfaits Nun Chea impute-t-il aux Vietnamiens ?

Le Vietnamien Ho Chi Minh avait en effet instauré en 1930 un parti communiste indochinois sur le modèle du parti communiste chinois. Or ce PCI envisageait, à terme, une fédération avec le Laos et le Cambodge, alors protectorats français. Or, jusque dans les années 1950, affirme Nuon Chea, le parti ne comptait aucun Khmer dans ses rangs. Son explication ne manque pas de radicalité : "La principale raison en était que les Khmers n’aimaient pas les Vietnamiens." Bonjour l'Internationalisme et l'amitié entre les peuples.

Nuon Chea poursuit son écriture de l'Histoire :
"Pendant la période de 1960 à 1979, le Vietnam a employé tous les moyens possibles pour détruire la révolution cambodgienne et entraver le développement du Cambodge et de sa démocratie, y compris pour ce qui est de l’organisation du parti, et ce secrètement, depuis l’échelon supérieur jusqu’au plus bas échelon il a donc mené une opposition au parti communiste kampuchéen et a mis en place un réseau secret au sein du PCK en vue de l’avenir.

"Le Vietnam est un pays expansionniste qui a pour doctrine de vouloir dominer des pays plus faibles et plus petits. Le Vietnam applique une doctrine d’invasion, d’expansion, d’accaparement de territoire et d’extermination, le Vietnam était avide de pouvoir dans ses propres intérêts notamment économiques."

Conclusion de l’ex-bras droit de Pol Pot : le Vietnam est le principal facteur qui a semé la confusion au Cambodge entre 1975 et 1979.

À la fin des années 1950, le parti communiste khmer (appelé alors parti révolutionnaire du peuple khmer) s'employa donc à définir sa ligne stratégique et politique pour pouvoir être indépendant.

"Moi, Nuon Chea, et Pol Pot avons accepté les recommandations [du fondateur] Tou Samouth." L’assassinat de celui-ci en 1962 avait cependant porté un coup dur au Parti des travailleurs du Kampuchea (le PRPK a changé de nom en 1960) et c’est alors que Pol Pot en devient le numéro 1. Nuon Chea continuant comme le numéro 2 du PCK, le nom de parti communiste du Kampuchea ayant été adopté en 1966. En 1967 est alors fondée l’armée révolutionnaire du Kampuchea et celle-ci passe à l'offensive par l'attaque du poste de Bay Ram le 17 janvier 1968.

Or, cette lutte armée est conçue comme moyen de survie, de se protéger. Car Pol Pot, Nun Chea et leurs hommes sont convaincus que sinon ils seront eux-mêmes éliminés.

Ils vivent dans la paranoïa sectaire classique des révolutionnaires. Nul n'a mieux décrit ce phénomène que Dostoïevski dans "les Possédés". Le titre russe est "Les Démons". Ce roman fondamental est basé sur deux événements bien réels : l'affaire de l'assassinat de l'étudiant Ivanov par le groupe de Netchaïev en 1869 et le spectacle des crimes commis au nom de la Commune de Paris de 1871. Le génie maléfique de Lénine et Staline en Union soviétique n'a fait que continuer et amplifier une forme de dictature démentielle inaugurée en Europe au XVIe siècle par les anabaptistes de Münzer (4)⇓.

On doit aussi remarquer d'abord que l'entrée en clandestinité des Khmers rouges en 1967-1968 précède le coup d'État des maréchaux Lon Nol et Sirik Matak de 1970 souvent présenté comme cause de cette tactique de guerilla. D'autre part cette stratégie contrevenait clairement au mot d'ordre de lutte parlementaire inauguré par Khrouchtchev en 1956.

Quand Nuon Chea prend la parole, il affirme encore une ligne politique. Son procès est transformé en une tribune perverse que l'attitude de certains magistrats encourage. Il plante le drapeau d'une incroyable opération de blanchiment et d'impunité morale, une fois de plus au profit de l'entreprise de Lénine. (5)⇓

Anne-Claude Porée s'inquiétait dans sa recension du 6 décembre de ce qu'elle appelle “effet Nuon Chea”: car l'ancien Frère Numéro 2 "s’exprime comme un chef. Il impressionne le public parce qu’il n’a pas peur de répondre." Marque du fanatisme, cette attitude est rendue possible et efficace en très grande partie grâce à l'attitude de la juge anglaise Silvia Cartwright qui, pour d'obscures raisons, lui a laissé développer toute sa rhétorique sans lui poser les questions qui fâchent.

Cette complaisance lamentable ne peut pas, ici, être passée sous silence.
JG Malliarakis  http://www.insolent.fr/
Apostilles :
  1. Sa chronique est consultable en ligne. On peut en recevoir gracieusement les mises à jour.
  2. cf. à ce sujet "L'inaudible repentance de Douch" publié par Nord Eclair le 29 mars 2011..
  3. cf. Dépêche Interfax du 29 octobre 2011  : "Peut-on rester admirateur de Staline  ?": "Le métropolite Hilarion de Volokholamsk, président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, a vigoureusement condamné les orthodoxes qui se livrent à l’apologie du stalinisme, la qualifiant de blasphème..."
  4. cf. "C'est chez les anabaptistes du XVIe siècle, et non ailleurs, que le communisme et le socialisme trouvent leurs véritables antécédents pratiques. Le moment est arrivé de dérouler le tableau de la tragique histoire de ces fanatiques." Alfred Sudre "L'Histoire du communisme avant Marx" ed. Trident 2010 page 99.
  5. cf. à propos de la permanence de celle-ci les travaux de Jules Monnerot.

dimanche 10 juillet 2011

7 mai 1954 : la chute de Diên Biên Phu


Libres propos de José Castano
« Le Soldat n’est pas un homme de violence. Il porte les armes et risque sa vie pour des fautes qui ne sont pas les siennes. Son mérite est d’aller sans faillir au bout de sa parole tout en sachant qu’il est voué à l’oubli » (Antoine de Saint Exupery)
Diên Biên Phu, le « grand chef lieu d’administration frontalière » est habité par les Meos, rudes montagnards qui cultivent le pavot et font commerce de l’opium et par les Thaïs qui travaillent les rizières de la vallée et font du petit élevage. Cette localité, à la frontière du Laos, est reliée au reste du pays par la route provinciale 41 qui va jusqu’à Hanoï située à 250 kms et vers la Chine. C’est une cuvette de 16kms sur 9 entourée de collines de 400 à 550 mètres de hauteur et traversée par la rivière Nam Youm.
Au début de l’été 1953, l’Indochine entre dans sa 8ème année de guerre. Le Vietminh, très mobile, se meut avec facilité sur un terrain qu’il connaît parfaitement. Son corps de bataille est de surcroît numériquement très supérieur à celui du corps expéditionnaire français et bénéficie, en outre, de l’aide sans réserve de la Chine libérée de son action en Corée depuis la signature de l’armistice, le 27 juillet 1953. C’est dans ce contexte, que le 7 mai 1953, le Général Navarre se voit confier le commandement en chef en Indochine en remplacement du général Salan. Navarre avait un grand principe : « On ne peut vaincre qu’en attaquant » et il décidera de créer à Diên Biên Phu une base aéroterrestre pour couper au vietminh la route du Laos et protéger ainsi ce pays devenu indépendant.
Quand les responsables français décident d’investir, la cuvette de Dien Bien Phu, ils savent pourtant que des forces régulières vietminh importantes de la division 316 du régiment 148 et du bataillon 910 occupent solidement la région depuis octobre 1952. Qu’à cela ne tienne ! L’endroit paraît idéal au commandant en chef ! Il est un point de passage obligé pour le vietminh qui ne pourra que très difficilement le contourner… De plus, il bénéficie d’un aérodrome aménagé durant la deuxième guerre mondiale par les Japonais tandis que le fond de la cuvette est une véritable plaine de plus de 100km² qui permettra l’emploi des blindés. Par ailleurs, le commandement français considérait en cet automne 1953 que le vietminh, vu l’éloignement de ses bases, à 500 kms de Diên Biên Phu, ne pourrait entretenir dans le secteur que deux divisions maximum… Il en conclut donc qu’il ne pourrait mener que de brefs combats en ne disposant, en outre, que d’une artillerie limitée qu’il sera aisé de détruire par les canons du colonel Piroth, qui s’était porté garant.
L’occupation de la cuvette fut fixée le 20 novembre 1953. Elle fut baptisée « opération Castor ». Ce sera le plus important largage de parachutistes de toute l’histoire de la guerre d’Indochine. Vers 11 h du matin, les deux premiers bataillons sont largués : Le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux du Commandant Bigeard et le 2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes du Commandant Brechignac. Puis arriveront : le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux, deux batteries de 75 sans recul du 35ème RALP, une compagnie de mortiers de 120 et une antenne chirurgicale. Le lendemain, les légionnaires du 1er Bataillon Etranger de Parachutistes sauteront ainsi que le 8ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux, des éléments du génie et le PC de l’opération (général Gilles, lieutenant-colonel Langlais avec 25 hommes). Le 22 novembre, le 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens est largué à son tour. Au soir du 22 novembre 1953, il y aura 4195 hommes dans la célèbre cuvette.
Durant près de quatre mois, les soldats français vont aménager la cuvette en camp retranché. Les petites collines entourant le camp prennent le nom de Gabrielle, Béatrice, Dominique, Eliane, Anne-Marie, Huguette, Claudine, Françoise, Liliane, Junon, Epervier et enfin Isabelle.
L’offensive vietminh débute dans la soirée du 13 mars 1954 par une intense préparation d’artillerie (près de 9000 coups) visant particulièrement Béatrice et Gabrielle. Le combat du tigre contre l’éléphant commençait : Le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se videra de son sang et mourra d’épuisement.
Le point d’appui Béatrice est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d’obus. Les abris, n’étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise est totale dans le camp français. Malgré un combat acharné et sanglant, au prix de lourdes pertes de part et d’autre, Béatrice, tenu par la 3/13ème Demi-Brigade de la Légion étrangère, commandée par le Commandant Pégot, fut enlevée par les Viets en quelques heures. Un malheureux concours de circonstance favorisa cette rapide victoire vietminh : les quatre officiers dont le lieutenant-colonel Gaucher, responsables de la défense de Béatrice furent tués dès la première heure par deux obus qui explosèrent dans leur abri. En une nuit, c’est une unité d’élite de la Légion qui est supprimée. Nul n’a imaginé un tel déluge d’artillerie. La contre batterie française se révèle inefficace. Le Viêt-Minh utilisant une énorme capacité en bras, a pu creuser des tunnels en travers des collines, hisser ses obusiers et s’offrir plusieurs emplacements de tir sur la garnison sans être vu. Des terrasses furent aménagées et dès que les canons avaient fini de tirer, ils regagnaient leur abri. De ce fait jamais l’artillerie française ne fut en mesure de faire taire les canons Viêt-Minh, pas plus que les chasseurs-bombardier de l’aéronavale.
Dans la soirée du 14 mars, Gabrielle, défendue par le 5/7 Régiment de Tirailleurs Algériens, subit un intense et meurtrier pilonnage d’artillerie. A 5h, le 15 mars, le vietminh submerge la position, dont les défenseurs ont été tués ou blessés. L’artillerie ennemie –que l’on disait inefficace- fait des ravages parmi les défenseurs sans que l’on puisse espérer la réduire au silence. Conscient de cet échec et de sa responsabilité, le Colonel Piroth, responsable de l’artillerie française se suicidera dans la nuit du 15 au 16 mars en dégoupillant une grenade.
Cependant, la piste d’aviation, bien que pilonnée quotidiennement -mais aussitôt remise en état- permettait l’arrivée régulière des renforts. Ce pilonnage s’intensifiant, les atterrissages de jour devinrent impossibles et les appareils durent se poser de nuit dans les pires conditions. Bientôt il fallut renoncer complètement et les assiégés se retrouvèrent, dès lors, isolés du reste du monde. A noter que le 28 mars, l’avion devant évacuer les blessés de la cuvette, endommagé au sol, ne put décoller. L’infirmière convoyeuse de l’équipage, Geneviève de Galard, était à bord. Elle restera jusqu’à la fin parmi les combattants.
Le général vietminh Giap, afin de s’infiltrer plus facilement dans les défenses françaises, fit alors intervenir des milliers de coolies dans le creusement d’un réseau de tranchées, véritable fromage de gruyère, menant aux divers points d’appui. Le 30 mars, après une préparation d’artillerie très intense et l’infiltration des viets par ces tranchées, Dominique 2 et Eliane1 furent prises. Cependant, les parachutages français continuaient encore dans la plus grande confusion. La superficie de la base aéroterrestre ayant été réduite et les liaisons avec les points d’appui encore tenus par les soldats français devenant impossibles, ces « volontaires du ciel » exposés aux feux directs de l’ennemi, connaissaient des fortunes diverses. Certains atterrissaient directement chez l’ennemi, d’autres étaient morts en touchant le sol, d’autres étaient perdus… tandis que le ravitaillement parachuté faisait la joie du vietminh en améliorant son quotidien.
Du 9 au 11 avril, une nouvelle unité de légion, le 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes, est largué dans des conditions déplorables et engage aussitôt une contre-attaque sur la face est. Il est en partie décimé. Les rescapés fusionnent alors avec les restes du 1er BEP reformant une unité sous les ordres du Commandant Guiraud. Le 4 mai, ont lieu les derniers parachutages d’hommes provenant du 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux tandis que les Viets intensifient encore leurs bombardements faisant intervenir les fameuses orgues de Staline, aux impacts meurtrier en rafales, provoquant d’énormes dégâts dans les abris minés par les pluies quotidiennes d’Avril. La cuvette disparaît dans des nuages de boue soulevée par les obus.
Dans la soirée du 6 mai, c’est le déchaînement de l’artillerie viet et de toutes les armes dont elle dispose. Dans le camp agonisant, c’est l’apocalypse. Tout ce qui est inflammable prend feu ; les abris s’effondrent, les tranchées s’écroulent, la terre se soulève. La mort frappe sans interruption. A 23h, les taupes vietminh, après avoir creusé un tunnel de 47 mètres de long, déposent sous Eliane2 une charge d’une tonne de TNT puis se ruent à l’assaut. La résistance des défenseurs est héroïque ; ils refusent de se rendre et luttent jusqu’à la mort. Une poignée de survivants arriveront à se replier sur Eliane4 afin de poursuivre le combat. A l’aube du 7 mai, Dominique et Eliane sont tombées. Les tranchées sont jonchées de cadavres et de blessés des deux camps. Alors que le Colonel de Castries vient d’être promu général, à 10h du matin, les Viets finissent d’investir les Eliane. Du côté Français, il n’y a plus ni munitions, ni réserve d’hommes mais les sacrifices continuent…
Le Général Cogny adresse un dernier message au Général De Castries, souhaitant qu’il n’y ait ni drapeau blanc, ni capitulation. « Il faut laisser le feu mourir de lui-même pour ne pas abîmer ce qui a été fait » précise-t-il. L’ordre de cessez-le-feu tombe à 17h. Après destruction de tout le matériel et de tout le ravitaillement, le PC de Diên Biên Phu adresse son ultime message à Hanoi à 17h50 : « On fait tout sauter. Adieu ! » Quelques minutes plus tard, les viets font irruption dans le PC du général De Castries. Un drapeau rouge à étoile d’or est planté sur le PC français. Diên Biên Phu est tombé mais n’a pas capitulé.
Durant cette bataille, le corps expéditionnaire Français comptera 3000 tués et un nombre très important de blessés. 10300 seront faits prisonniers mais les effroyables conditions de détention des camps Vietminh sont telles que seulement 3300 d’entre eux reviendront de captivité. Le 21 juillet 1954, les accords de Genève mettront fin à cette guerre.
« Le Courage est un embrasement de l’être qui trempe les Armées. Il est la première des vertus, quelle que soit la beauté des noms dont elles se parent. Un soldat sans Courage est un Chrétien sans foi. Le Courage est ce qu’il y a de plus sacré dans une Armée. Nul n’a le droit de troubler ses sources limpides et fécondes.  » NPI

jeudi 5 juin 2008

Boudarel n'était pas seul

De Paris, le PC luttait contre l'armée française en Indochine

• Le cas du triste sire Boudarel a légitimement défrayé la chronique. Mais il semble que l'arbre Boudarel ait caché à beaucoup la forêt de la trahison communiste lors de la guerre d'Indochine. Il n'y avait pas que ceux qui se trouvaient carrément dans les rangs des tueurs de leurs compatriotes, tel l'intellectuel dévoyé Boudarel. En plein Paris, rue Saint-Georges, fonctionnait, sous l'appellation de « section coloniale », puis de « section de politique extérieure » du PC, toute une organisation dont la seule raison d'être visait à « travailler à la défaite de l'armée française partout où elle se bat », selon les propres termes du dirigeant communiste Jacques Duclos, en 1952.

La tâche principale de cette section consista à saboter le ravitaillement du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, à communiquer aux communistes vietnamiens les plans de bataille de nos troupes, à démoraliser les familles des militaires partis là-bas, à dresser l'opinion contre eux. Tous les membres de Ia « section coloniale » s'occupèrent activement de ces « tâches ». Ceux qui étaient « spécialistes » de l'Afrique du Nord entreprenaient par exemple de recenser les militaires originaires du Maghreb combattant en Indochine. Lorsque l'un de ces combattants tombait par malheur aux mains du Vietminh (les communistes du Vietnam), le Parti communiste « français », dûment informé, se chargeait de mener une enquête sur la famille, afin de transmettre aux geôliers d'Ho-Chi-Minh des éléments permettant de faire pression sur lui, pour l'amener si possible à trahir.

Les soldats issus de métropole ne se trouvaient pas à l'abri de telles pratiques, menées souvent de façon très insidieuses. Les Boudarel de Paris procédaient en usant de toutes les ressources de la guerre psychologique. Parmi les responsables de cette sale besogne, se distingua un apparatchik du nom de Léopold Figuères. En 1950, année terrible pour nos combattants au Tonkin, il était âgé de 32 ans et détenait aussi des fonctions importantes dans le secteur « jeunesse » du PC. Rédacteur en chef de l'organe des Jeunesses communistes de l'époque (qu'on appelait alors l'UJRF : Union de la Jeunesse républicaine de France), L'Avant-Garde, ce membre suppléant du comité central du parti déployait un zèle extrême.

En juin et juillet 1950, « Léo » Figuères partit pour les zones dominées par les bandes armées communistes, à un moment où celles-ci lançaient des offensives meurtrières contre nos unités. Il fut reçu avec un grand tam-tam médiatique du camp international marxiste par le chef rebelle Ho-Chi-Minh en personne, salua comme des frères les soldats vietminh et se rendit en grande pompe chez les « commandos internationaux ». Il s'agissait des traîtres à la Boudarel. « Léo » se garda bien, toutefois, de visiter les prisonniers et otages français aux mains de ses amis.

Peu de temps après, madame Vidal, mère d'un otage français du Vietminh, demeurant dans le Var, à Brue, recevait un double courrier stupéfiant, sur papier à en-tête de L'Avant-Garde :

« Paris, le 7 août 1950
Chère Madame,
J'ai le plaisir de vous adresser ci-joint une lettre qui m'a été confiée, lors de mon séjour au Vietnam libre, par les services vietnamiens s'occupant des prisonniers et des internés français.
Je suis persuadé que cette lettre vous rassurera sur le sort d'un être cher.
Je puis ajouter que les autorités démocratiques du Vietnam libre font tout pour rendre la vie supportable aux captifs.
J'exprime, en terminant, le souhait que les efforts des familles et ceux des organisations qui se sont toujours dressées contre la guerre insensée faite en Indochine aboutissent à faire revenir dans leurs foyers tous les prisonniers et internés français.
Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments très dévoués.
Le directeur de L'Avant-Garde, Léon Figuères »

Le petit télégraphiste de l'ennemi ne se doutait pas alors qu'il allait, deux ans plus tard, recevoir une réponse à sa misérable manœuvre. Le fils de madame Vidal, Pierre Vidal, enfin arraché aux griffes vietminh, découvrit alors ce texte parmi les papiers de sa mère. Il manifesta publiquement son indignation, notamment dans le journal La République du Var, et dans Combattants d'Indochine. Il décrivit, au passage, ses terribles conditions de vie en tant que prisonnier du Vietminh (ce que « Léo » appelait « rendre la vie supportable »). Il était réduit à manger de l'herbe, et il dut aussi subir le supplice de la cage à buffle.

Le directeur de l'Avant-Garde est aujourd'hui maire communiste de Malakoff, dans les Hauts-de-Seine, et jouit de toute la considération des autorités préfectorales et ministérielles.

René-Louis DUVAL


L'élève D'Ho-Chi-Minh

• Pourquoi Léopold Figuères, dit « Léo », fut-il envoyé par le PC en Indochine, rencontrer les chefs d'une rébellion antifrançaise, au moment précis d'une terrible offensive communiste contre nos troupes ? L'explication tient au fait que le camarade Léo était particulièrement sûr. C'était un « internationaliste » de choc, formé à l'Ecole léniniste de Moscou, en 1936-1937. Une condition nécessaire, mais remplie par bien d'autres que lui, dans le PC de 1950. Certes. Avec, cependant, un petit détail, du genre décisif : à Moscou, le jeune Léo (il avait alors 18 ans) bénéficiait des cours d'un professeur barbichu, très intéressé par les Français : Ho-Chi-Minh.

RG amnésiques

Pas la peine de chercher la trace des exploits indochinois de « Léo » Figuères dans sa fiche des Renseignements généraux.

Dès 1962, comme en témoigne le document reproduit, les RG avaient soigneusement expurgé toute trace du scabreux périple du dirigeant communiste au Vietnam. A noter au passage le piège grossier tendu à l'utilisateur naïf du document policier. Contrairement à ce qui est mentionné sur la fiche, Figuères ne figurait pas au Comité central du PC entre 1936 et 1940. Il était bien trop jeune pour cela. Il siégeait à la direction de la JC (CC, de la JC), ce qui n'est pas du tout le même niveau de responsabilité. Cette « nuance » permettait au PC de savoir instantanément qui utilisait les documents de police, car la quasi-totalité de ceux concernant ses dirigeants comportaient de telles « erreurs ». (Le Crapouillot n° 108 a publié sur les rapports PC/RG une étude à laquelle nous renvoyons les lecteurs désireux d'en savoir plus).

R. L. D. National Hebdo du 30 juillet au 5 août 1992