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mercredi 6 janvier 2021

Philippe de Villiers « La France est une surprise de l'histoire »

 Philippe de Villiers n'est pas seulement un homme politique qui compte ou un scénariste de talent. Son dernier livre sur Clovis montre un historien intuitif, qui offre, à travers Clovis, une nouvelle vision de l’histoire de la France.

Philippe de Villiers, j'ai eu l'impression que votre livre sur Clovis est un livre contemporain, ou plutôt d'histoire contemporaine.

Oui - et c’est à peine volontaire. Il y a entre la période de Clovis et la nôtre quelques points communs vertigineux car la société romaine du temps de Clovis était, comme la nôtre, au bord du gouffre.

Il y a au moins deux points communs.

Le premier, c'est que lorsque Clovis est hissé sur le pavois la romanité s’effondre, parce que, depuis plusieurs décennies et même plusieurs siècles, le limes (les frontières de l'empire romain) se sont effacées. Du coup, l'identité de l’empire s’est trouvée dissoute. Deuxième point commun : le mos majorum, la coutume reçue des ancêtres, a elle-même disparu, ce Mos majorum tenait ensemble d'une part la fides on peut traduire par fidélité, ou fiabilité dans les rapports sociaux, et d'autre part la pietas, c'est-à-dire le culte des ancêtres qui produit la fierté civique.

mardi 24 novembre 2020

Les grandes migrations ne détruisent que les citées mortes 2/3

   

Quel est l'effet des grandes migrations sur les empires en déliquescence ? Leur rôle ne saurait être exagéré. En effet, même si certains facteurs comme les traversées maritimes ou le filtre du désert peuvent aiguiser la vitalité-agressivité des migrants, l'effondrement d'une civilisation s'explique fondamentalement par une raison intérieure : la perte du sens des réalités par ses élites. Lorsque les migrants nomades, qui ont traversé mers ou déserts, prennent pied sur les rivages sédentaires où ils se fixent, ils se positionnent dans la société d'accueil en fonction de sa vitalité propre. Le Haut-Empire romain par exemple est précédé d'un temps de troubles remontant aux guerres d'Annibal où la société cesse d'être créatrice pour entrer en déclin; déclin que l'établissement de l'empire romain arrête pour un temps, mais qui se révèle, en fin de compte, le symptôme d'un mal incurable.

C'est dans ce contexte que l'apparition de migrants goths est présentée par l'entourage de l'empereur Valens comme une grande opportunité. Ammien écrit que « cette affaire causa plus de joie que de peur et les flatteurs éduqués insistèrent auprès du Prince sur sa bonne fortune qui lui amenait autant déjeunes recrues venues des extrémités de la Terre ». L'empereur finit par consentir à leur requête en 376. Des milliers de Thervingues et autres réfugiés se présentent ainsi aux frontières du limes. Sans doute avait-on sous-estimé du côté des Romains le nombre de ces réfugiés que l'on négligea de désarmer. Les autorités chargées d'organiser l'accueil des Goths, plus préoccupées par les possibilités de tirer un profit immédiat de la situation que de gérer la crise au mieux, sont vite débordées. Le comes de Mésie, Lucipinus, revend par exemple à un prix exorbitant les matières premières et les ressources alimentaires que l'Empire a mises à sa disposition pour la construction de centres d'hébergement, si bien que les Goths sont rapidement réduits à la famine et qu'au début de 377, ils se révoltent contre les Romains.

[Le coup de grâce à un suicidé expirant]

Pour Friedrich Ratzel, la première erreur d'un empire déclinant consiste à abandonner la maîtrise du sol. En effet, la politique des puissances commerciales passe par une dépréciation du sol, auquel elles préfèrent les biens meubles, faciles à acquérir et à échanger : l'essor de la Grèce fut par exemple celui d'une puissance commerciale mondiale; lorsqu'elle ne le fut plus, son sol propre se découvrit trop étroit et trop pauvre, et l'esprit du commerce, l'art et l'intelligence désertèrent les cités grecques. Or, il est possible de subjuguer un peuple de bien des manières, mais on ne peut pas prendre le sol d'un peuple à forte densité démographique : quoi qu'on fasse, un sol investi de tous côtés est inexpugnable. Se détournant de la maîtrise du sol intérieur, les empires déclinants se lancent souvent dans une expansion militaire démesurée qui leur est fatale. Le plus souvent, l'expansion est concomitante avec le déclin et coïncide avec un temps de troubles. De fait, le militarisme a été, de beaucoup, la plus fréquente des causes d'effondrement des sociétés durant les quatre à cinq derniers millénaires. Ainsi, les périodes de dépossession du sol national, d'expansionnisme militaire et de désagrégation sociale sont contemporaines. Aussi les migrants ne sont-ils le plus souvent que les simples témoins d'un effondrement intérieur Dans tous les cas, ce qu'un ennemi du dehors a perpétré de plus grave fut d'apporter le coup de grâce à un suicidé expirant. Dans les civilisations agonisantes, les élites peuvent toutefois apporter un sursis dans le déclin. En effet, lorsqu'une civilisation se décompose, elle s'octroie généralement un délai de grâce.

Le plus souvent, l'effet normal des migrations sur la partie assaillie apparaîtra non pas comme destructrice, mais comme positivement mobilisatrice. En effet, la conséquence normale des chocs et pressions extérieures est celle d'une stimulation. L'art politique consiste simplement à savoir mobiliser ces mouvements au profit de sa propre croissance étatique. Face à une menace extérieure omniprésente, l'empire romain opte tout d'abord pour une défense aux frontières en constituant le limes. Pourtant, face à la pression migratoire, Rome est forcée de privilégier un autre type de défense : une défense en profondeur. Conscients de la supériorité romaine en bataille rangée, les Barbares s'infiltrent, de leur côté, par petits groupes qui évitent le combat. Les fantassins lourds en ordre serré s'avèrent inefficaces pour chasser des brigands. Les troupes frontalières sont les premières à s'adapter à la guérilla. L'une des façons de neutraliser les Barbares consiste à les intégrer dans l'armée romaine : dans le dernier quart du IVe siècle, les Barbares forment désormais plus de la moitié de l'armée romaine. L'arrivée des Goths en 376 accentue la barbarisation de l'armée. Intégrés tardivement et dans des conditions honteuses pour les Romains, les Goths deviennent un foyer permanent de sédition. La première rupture intervient en 391 Alaric et les Wisigoths désertent.

Quid au IXe siècle ? Les mesures de mise en défense militaire réapparaissent pendant la deuxième grande période de migrations. Après une phase de passivité face aux invasions des Normands, les populations mettent en place une défense territoriale pour empêcher les pillages. Entre 862 et 879, c'est Charles le Chauve qui prend l'initiative. Au cours de plusieurs assemblées, il s'efforce de convaincre ses sujets de la nécessité de défendre le royaume contre l'agresseur. L'effort est porté sur les vallées de la Seine, de la Marne, de l'Oise, en vue de protéger la région parisienne. De leur côté, les Anglo-Saxons barrent l'accès de rivières et édifient des ponts. Alfred, roi du Wessex, s'affaire à la défense civile et militaire de son territoire, sur terre et sur mer : il réorganise les milices paysannes, les fyrd, lève une armée qui reste mobilisée en permanence, équipe une flotte pour affronter les Vikings en haute mer; et surtout, il fait ériger une série de forteresses, les buhrs, d'un bout à l'autre du royaume. Toutefois, la mise en défense militaire doit être accompagnée d'une politique d'assimilation pour être pleinement efficace.

À suivre

samedi 1 août 2020

LA NAISSANCE DES WISIGOTHS 2/2

Sur le plan tactique, il est mal éclairé. Chose là encore facile à savoir a posteriori. Il croit pouvoir près d'Andrinople (aujourd'hui Edirne, en Turquie d'Europe) anéantir une force d'avant-garde gothique isolée de l'ordre de 10 000 hommes. Pourtant, quand Valens arrive sur les lieux, il se heurte à l'armée principale reconstituée, autour de 30 000 hommes, celle du peuple combattant, commandé par son roi Fritigern, retranchée sur une colline derrière des cercles de chariots, protégeant en son cœurs les femmes et enfants. Se retirer sans combattre n'est pas psychologiquement envisageable pour Valens. Malgré la difficulté évidente, surtout par une chaude chaleur d'été desséchant les hommes, il faut donner immédiatement l'ordre de l'assaut. Il n'agit pas de la sorte, proposant une négociation, afin d'obtenir vraisemblablement une soumission honorable des Goths, amenant leur transfert en une autre région de l'Empire; cette idée n'est pas indéfendable en soi, car scindant le problème en plusieurs éléments, mais constitue en ces circonstances une faute. Deux généraux romains prennent d'eux-mêmes la décision qui a trop tardé, ordonnant l'assaut de leurs unités, ce qui conduit à l'attaque générale. Tenir sur place davantage sans eau sous le soleil ardent aurait rendu l'armée de moins en moins capable de se battre, et vulnérable à d'éventuels renforts pour les Wisigoths. Les Goths résistent à plusieurs attaques frontales , la dernière manque d'emporter le cercle des charriots, et de déboucher sur un massacre général. Parfois l'histoire tient à quelques minutes de plus ou de moins. C'est à ce moment que la cavalerie wisigothique, revenant de raids de ravitaillement, entre dans la bataille, tandis que Fritigern tente une sortie à partir des cercles de charriot, dévalant la colline. Les Romains reculent de toutes parts, se trouvent rapidement débordés sur leur gauche par la cavalerie wisigothique. La cavalerie romaine, épuisée par la chaleur pour les réserves, insuffisantes numériquement pour rétablir le cours de la bataille, ne peut affronter son homologue gothique; une partie avait aussi probablement combattu à pieds en soutien à l'assaut massif sur la colline fortifié précédent. Les deux tiers de l'armée romaine, l'empereur Valens et la quasi-totalité des généraux et officiers de l'état major trouvent la mort dans cette bataille. Les unités d'élites de l'armée romaine d'Orient disparaissent, perte irréparable du fait de la qualité irremplaçable de ces troupes, bien plus que le nombre en soi, 12 000 hommes morts.

L'Empire Romain n'a plus les moyens d'éliminer les Wisigoths, s'ils restent unis. Il faut se garder de conclure de manière anachronique et téléologique sur l'avènement de l'armée médiévale, fondée sur la cavalerie, et la fin de l'infanterie antique, fondée sur l'infanterie. Les proportions de fantassins par rapport aux cavaliers à Andrinople sont supérieures chez les Goths; beaucoup de cavaliers romains ont combattu à pieds, peut-être erreur tactique évidente a posteriori, pourtant qui du fait de la configuration du champ de bataille, colline fortifiée, impropre aux chevaux, a été un mouvement logique. Les armements employés sont à peu près identiques. La Bataille d'Andrinople est devenue pour les historiens postérieurs du Vème siècle, qui connaissent les décennies suivantes, ou a fortiori les philosophes de l'Histoire de la Renaissance et du XIXe siècle, parfois curieusement encore repris sans distance critique, le symbole du déclin définitif de l'Empire, le désastre annonçant tous les suivants, jusqu'à la prise de Rome en 410 ou la fin de l'Empire Romain d'Occident en 476; cette conception relève de la reconstruction artificielle, de la facilité de la téléologie; l'Empire malgré cette lourde défaite indiscutable, reste moins menacé en 378-380 que lors des terribles phases d'éclatement interne et d'invasions assez générales - et non localisées dans les Balkans -, des années 250-280. Les élites romaines de l'époque, dans leur grande majorité, ne paniquent pas, et elles ont raison. Il ne faut pas confondre les 15 dernières années d'agonie de la partie occidentale de l'Empire, en effet terribles, avec ce qui reste d’État romain à peu près totalement impuissant, et l'ensemble du monde romain en 378, qui vient certes de subir un désastre militaire, ce qui n'est pas à considérer comme un événement particulièrement rare ou exceptionnel, face aux peuples guerriers germaniques en particulier, ou aux Perses sur le front de l'Est, en Anatolie orientale de Haute-Mésopotamie. Si l'on veut donner dans la philosophie un peu facile sur de l'Histoire longue, ce qui étonne est la fragilité des peuples; les spécialistes recherchent le site précis des combats de 378 au milieu des villages peuplés exclusivement de Turcs musulmans, il ne reste rien des Romains d'Orient - de langue grecque - ou a fortiori des Goths aux blonds cheveux, chrétiens, qui ont totalement disparu depuis très longtemps de la Thrace.

Les Wisigoths et autres peuples envahisseurs dans les Balkans

Dans l'immédiat, après la Bataille d'Andrinople, les Goths ne peuvent exploiter vraiment leur victoire. Leur armée, redoutable sur le champ de bataille, ne possède pas de matériel de siège, ni d'expérience de poliorcétique. Aussi est-elle incapable de prendre les murailles d'Andrinople, toute proche, ou a fortiori celle de Constantinople, riche capitale, sans armée pour la défendre, sinon les milices de citoyens capables tout juste de tenir les campagnes, mais cela suffit.

En 379, le co-empereur Gratien, et son nouveau collègue Théodose, tentent de dissocier le groupe, redoutable des Wisigoths. Théodose en particulier mène plusieurs années de combats et de négociations dans les Balkans, à l'aide d'une armée romaine mobile de qualité, quoiqu'aux effectifs trop réduits pour des batailles d'anéantissements, de l'ordre de 10 000 hommes, contre des guerriers barbares entraînés au total cinq à dix fois plus nombreux, car les infiltrations se poursuivent le long de la frontière devenue totalement poreuse du Danube, dont la moitié seulement peut-être est à considérer comme Wisigoths. Ravagent les Balkans beaucoup d'autres Goths, des Alains, des Huns. Sans oublier les esclaves révoltés; faute d'expérience militaire, ils sont rapidement soumis, ou massacrés, par les uns et les autres. En outre, les Barbares, entre peuples différents particulièrement, s'apprécient peu, et à l'occasion s'affrontent les uns les autres.

Ainsi, en 379, Théodose conclut un accord avec un chef wisigoth chrétien mais orthodoxe professant contrairement aux Ariens, le symbole de Nicée -, Modares, qui se met à son service. Puis en 380-381, il réussit à rallier Athanaric, à la tête d'une petite armée de Wisigoths païens, qui vient lui-même s'installer à Constantinople, où il meurt peu après; ses hommes sont dispersés en Anatolie. L'Empereur exploite les haines religieuses entre Wisigoths, chez lesquels les non-ariens sont forcés de se conformer à ce qui est considéré comme leur foi nationale. En 380, l'armée d'Ostrogoths et d'Alains d'Alatheus et Safrax est bloquée au Sud des Balkans, par une défense habile de Théodose s'appuyant sur les nombreux obstacles des reliefs; elle se tourne alors vers le Nord-Ouest, passant en Pannonie, où Gratien, coempereur, qui administre l'Occident de l'Empire, lui permet de s'installer, avec un statut officiel difficile à préciser, peut-être déjà de "fédéré", c'est-à-dire bénéficiaire d'une reconnaissance par un traité - "fœdus", d'où "fédéré" -, l'Empire peut y gagner, car ces fédérés le protègent des raids dévastateurs des Huns, à l'époque encore à l'Est du Danube, forment donc une marche défensive.

L’installation officielle des Wisigoths dans l’empire

En même temps, Théodose bloque le mouvement de Fritigern vers la Thessalie. Il manœuvre habilement avec des ressources réduites. Il ne peut toutefois raisonnablement espérer vaincre la grande armée des Wisigoths de Fritigern. Certes, le roi-juge des Wisigoths est affaibli par quelques dissidences, des régiments de Goths et leurs familles qui le quittent pour se rallier à l'Empire, et reçoivent des terres, contre l'obligation de service militaire, en Anatolie et en Syrie du Nord, où ils ne risquent pas de submerger les autorités locales; dans le même temps pourtant, il reçoit des renforts considérables, au moins aussi importants, de Goths qui continuent à traverser le Danube. Avant 400, voire 410, il n'y a pas d’État hunnique cohérent au Nord du Danube, contrairement à la Sarmatie - future Ukraine -, ce qui permet de grandes fluidités dans la migration, dont profitent ainsi beaucoup de Goths, voire d'Alains et de Huns dissidents, avant comme après Andrinople. Aussi des négociations sont ouvertes entre Théodose et Fritigern, qui reposent sur un compromis, tenant compte d'un rapport de force relativement équilibré; des philosophes de l'histoire postérieurs ou très postérieurs veulent absolument y voir une scandaleuse capitulation pure et simple des autorités romaines, ce qui est faux. Sur le modèle de l'installation d'Ostrogoths en Pannonie, est conclu en 382 un traité entre Théodose et Fritigern, qui fixe une installation des Wisigoths entre le Danube et les Monts Hémos, aujourd'hui le Grand Balkan, au Nord de la Bulgarie actuelle. Les Wisigoths sont désormais considérés comme peuple autonome allié à l'Empire, gouverné par ses propres chefs selon ses propres lois; ils sont exempts d'impôts; ils doivent le service militaire, mais dans une armée spécifique, et moyennant une solde. Les Romains souhaitant rester dans la zone affectée aux Goths, ou y retourner, conservent le statut et les obligations des citoyens romains; cette disposition reste toute théorique, et appelée à rester telle car ils ont fui depuis plusieurs années; elle marque nonobstant un principe juridique important, le roi des Wisigoths règne sur son peuple, non un territoire et sa population d'ensemble, toujours soumis directement à l'Empereur. Le traité de 382 est à l'origine d'un rapprochement effectif entre Goths et Romains d'Orient un certain nombre de Goths entrent à Constantinople, où beaucoup s'installent, comme fonctionnaires, soldats, ou artisans. Théodose a dans l'ensemble une attitude particulièrement favorable aux Goths. Ils forment en particulier plus de la moitié de ses armées, dont il se sert pour défendre l'Empire sur le Danube, l'Euphrate, ou ses multiples interventions dans l'Occident Romain.

Nicolas BERTRAND. Écrits de Paris N°771 Janvier 2014

LA NAISSANCE DBS WISIGOTHS 1/2

Quelle est la date de la formation des peuples des Wisigoths ? L'hypothèse traditionnelle, avant 1945, envisage la fédération de îs de Goths de la Vallée du Danube autour de 250, désignés « Goths de l'Ouest », Wisigoths, par opposition au grand Etat, antérieur, des Goths situés plus à l'Est, Ostrogoths, en Sarmatie. L'hypothèse révisionniste, pour le coup quasiment obligatoire dans les études germaniques orientale d'après 1945, prétend que la notion de Wisigoths ne daterait que du VIe siècle, de l'installation finale de Goths en Espagne et Portugal actuel, soit le plus à l'Ouest possible en Europe continentale, et celle d'Ostrogoths contemporaine correspondraient aux Goths installés plus à l'Est, en Italie vers 500. L'hypothèse traditionnelle sera retenue comme la plus proche de la vérité historique.

La formation de la confédération des tribus gothiques du Danube formant le peuple combattant des Wisigoths peut être envisagée entre 280 et 300, c'est-à-dire après l'expulsion des envahisseurs gothiques des Balkans romains après 269-270. Une partie de ces envahisseurs plus ou moins désarmées, est restée sur place dans l'Empire, affectée à des tâches agricoles sur les terres dévastées. Ainsi s'établit, certes sous contrôle romain jusqu'en 378, une présence gothique durable dans les Balkans. Mais entre le Danube au Sud, et les provinces illyriennes et mésiennes retombées sous l'autorité de Rome, et le Dniestr au Nord, formant vraisemblablement la frontière méridionale de la Sarmatie ostrogothique, existe donc un espace plutôt vaste, correspondant à peu près à la Roumanie actuelle, qui vide jusqu'en 280 d'autorité politique, peuplé majoritairement de Goths, dans une moindre mesure de Sarmates, d'Alains, peut-être des derniers Bastarnes, peut être couvert par une organisation étatique nouvelle, soit l'Etat des Wisigoths entre 280 et 300. Il se construit autour de la famille royale centrale des Thervinges. Plusieurs rois sont corégnants, présidés par un roi-suprême, ou roi-juge. Ce dernier commande la grande armée, de l'ordre de 20 000 à 40 000 hommes, semi-professionnelle, avec en particulier une cavalerie semi-lourde d'élite, poste de service de la noblesse gothique.

Du fait de l'abondance des rois, il est impossible de rétablir les filiations à partir des quelques relations éparses, pour le coup effectivement compilées à nouveau deux à trois siècles après les faits, c'est-à-dire au mieux aussi douteuses que les listes des Rois de Rome de Tite-Live. Il ne faut pas préjuger d'un caractère primitif, réduisant l’État wisigothique à un simple agglomérat mouvant de tribus, sans aucun pouvoir central, ou archives. Ces dernières ont disparu avec l'invasion hunnique de 376.

Si l'économie demeure essentiellement rurale, agricole, des échanges constants ont lieu avec le monde romain, d'où sont importés des produits de luxe, dont les textiles soignés, et surtout les excellents vins fins de Grèce, de Corinthe en particulier, via les mers et le Danube. Durant plusieurs décennies, à quelques épisodes d'affrontements guerriers peu connus près, les relations avec l'Empire Romain sont plutôt de bon voisinage. La monnaie romaine est imitée par les autorités wisigothiques, indices d'un pouvoir politique relativement fort et d'un certain degré de sophistication de l'économie. Des villes existent, même si les fortifications restent sommaires, de bois et de pierre, suivant le très vieux modèle hérité des Celtes.

Un des grands mystères historiques reste la question de la présence ou non de populations romanisées dans les vallées isolées des Carpates, donc au cœur du territoire des Ostrogoths, soit les ancêtres directs des Roumains actuels. Elle demeure l'hypothèse la plus simple expliquant la présence des Roumains du XIe siècle à nos jours sur leur territoire actuel, quoique n'étant pas prouvée, tandis que plusieurs siècles de présence gothique ont laissé des témoignages importants, en particulier de riches tombes aristocratiques sous des tumulus. Ces Romains isolés des Carpates ont peut-être fourni des traducteurs aux Wisigoths; toutefois, rien ne le prouve; l'influence germanique sur le roumain s'avère très faible, contrairement par exemple à la slave massive. Le mystère demeure, même s’il faut vraisemblablement considérer l'hypothèse de vallées pour le coup véritablement coupées pour l'essentiel des Goths, pas absurde.

Un des épisodes d'affrontements entre les Wisigoths et le grand empereur romain Constantin, se conclut même en 332 par un traité d'assistance militaire, vraisemblablement réciproque. À la demande de l'Empereur, les Wisigoths fournissent des troupes auxiliaires à Rome, et moins loin, la nouvelle deuxième capitale Constantinople, sur le détroit entre Europe et Asie, de même, les Romains s'engagent à intervenir à un appel du roi des Wisigoths, vraisemblablement le roi-juge. Cette égalité ou quasi-égalité diffère des nombreux petits États germaniques, souvent gothiques, mal connus, le long de la Vallée du Danube eux placés plus clairement dans un temps dans une relation de sujétion par Constantin pour un temps.

Un des résultats de ces bonnes relations entre les Wisigoths et Constantinople est la pénétration de missionnaires chrétiens. Le plus connu est l'Apôtre des Goths, Wulfila le petit loup -, un Goth bilingue gothique-grec, descendant d'une famille depuis trois générations dans l'Empire Romain, dans les Balkans ou en Asie Mineure. Il est nommé évêque des Goths en 341, réussit de nombreuses conversions au Nord du Danube, adapte la liturgie de Constantinople, traduite en langue gothique, ainsi que la Bible. Il impose aussi, à travers sa Bible, l'usage d'un alphabet nouveau, dit gothique, mélange de caractères grecs, latins, runiques, suivant l'ancienne écriture germanique utilisée jusque-là pour le gothique. Le nouvel alphabet s'est imposé avec la christianisation pour chasser les valeurs associées à la magie païenne des lettres runiques justification discutée, très probable-. Cette conversion des Wisigoths dure une trentaine d'année; l'aristocratie, les rois, sont divisés entre tenants du paganisme et du christianisme, ce qui cause de multiples guerres civiles, avec en particulier le roi Athanaric à la tête des odinistes et Fritigern des chrétiens. Dans les dernières années de l’État wisigothiques, les chrétiens finissent par s'imposer.

Ce christianisme relève de l'hérésie arienne, alors religion des Empereurs de la famille de Constantin, ce qui crée une différence religieuse nette avec le catholicisme qui réussit à dominer nettement puis exclusivement dans l'Empire Romain après 380. Cette différence d'obédience empêche durant plusieurs siècles les mariages mixtes et assure la survie des Wisigoths. Une polémique historique au XIXe siècle impute l'affaiblissement des vertus guerrières des Goths, et à terme leur disparition, à cause de la christianisation, une religion de la charité remplaçant l'odinisme guerrier. En fait les Goths restent de grands guerriers avant comme après leur conversion, qui n'y change rien. Les Ostrogoths restés païens, bien plus puissants, sont complètement balayés par les Huns quand même en 375. La charité nouvelle, au moins entre Goths, contribue probablement au contraire à la survie du peuple sur le long terme.

Les Wisigoths dans les Balkans romains

L’État des Wisigoths est détruit brusquement par les Huns, quelques mois après celui des Ostrogoths, en 376. Il est possible que les rois aient décidé une évacuation préventive, avant la destruction effective. L'Empereur de Constantinople, Valens, arien militant, autorise dans l'enthousiasme la migration de ses coreligionnaires dans ses territoires au Sud du Danube. À posteriori, il est facile d'y voir un mélange de stupidité, d'irresponsabilité, de fanatisme religieux suicidaire. La principale source littéraire de ces événements, l'historien romain païen Ammien Marcellin, a écrit quelques pages cruelles, de réflexions de ce type. En soi, les Wisigoths, de l'ordre de 100 000, peut-être le double, auraient pu, dispersés dans le vaste Empire, être intégrés, en déficit chronique de population, des paysans aux militaires , ils avaient toutes les qualités requises, le statut d'alliés de Rome depuis plusieurs décennies, une maîtrise probable du latin ou du grec pour les élites, la religion chrétienne, même si dans une variante hérétique, pour la grande majorité. Valens ne s'est pas montré pas particulièrement écervelé , sous les plus grands Empereurs d'Auguste à Constantin, des peuples alliés germaniques en fuite ont été régulièrement accueillis dans l'Empire, le plus souvent sans difficultés majeures. La leçon historique, simple, indique le péril de toute immigration de quelque importance pour un État.

L'administration locale romaine au Sud du Danube se montre absolument incapable de gérer l'afflux massif de population gothique. Ravitailler plusieurs dizaines de milliers de familles n'avait pas été prévu avec rigueur, d'où une famine frappant les arrivant. La corruption de l'administration locale détournant les subsistances en principe fournies gratuitement, pour les vendre à prix d'or, aggrave le problème, et le rend moralement encore plus insupportable pour des Goths lucides. Les effectifs militaires n'ont pas été prévus pour l'hypothèse de difficultés; quelques milliers de garde-frontières ne peuvent affronter l'armée des Wisigoths qui se regroupe, afin de lutter pour la survie de son peuple, ce qui impose le pillage.

Pendant ce temps, d'autres groupes de Barbares, profitent de ces désordres pour franchir le Danube à leur tour, des groupes armées d'Ostrogoths survivants du désastre de 375, puis des Alains et des Huns dissidents; ils s'allient aux Wisigoths, tout comme des esclaves et colons paysans attachés à la terre -. L'invasion gothique s'aggrave, et se double d'une révolte servile. Là aussi, est rappelée la nécessité de justice sociale pour la cohésion de tout État, sinon les couches les plus pauvres de la population peuvent préférer l'aventure du soutien aux envahisseurs à la loyauté envers un ordre de la société largement construit contre eux.

La bataille d’Andrinople (378)

Aussi, face à la formation d'un dangereux abcès qui s'étend dans les Balkans, Valens décide de réagir avec énergie, aussi rapidement que possible, donc avec une petite armée d'élite, qui peut se déplacer rapidement. La qualité des combattants, des vétérans, peut laisser envisager de voir la qualité l'emporter sur la quantité, suivant de très nombreux précédents dans l'histoire romaine récente ou ancienne. À l'été 378, il marche sur la Thrace, avec probablement 20 000 hommes. Sa décision de ne pas attendre les renforts amenés par son général, neveu et successeur Gratien, s'explique par le contexte stratégique, empêcher les Wisigoths de se renforcer, par des esclaves révoltés ou d'autres Barbares, tout autant que lui. Tactiquement, il espère par sa rapidité surprendre des Goths dispersés, tandis que tout temps d'attente réduirait la possibilité de surprise, jusqu'à l'annuler très vite. Valens obéit à des règles rationnelles de comportement militaire. Un général est heureux ou malheureux sans que ce soit nécessairement de sa faute.

À suivre

mercredi 9 mars 2016

La leçon d'Andrinople

Il en va dans la vie des peuples comme dans celle des hommes : le destin y sème parfois des signes qu'il faut savoir interpréter à temps.
Ainsi, l'alarmant article de Guillaume Pâris sur l'état lamentable de l'armée française, paru dans l'édition du 15 juillet, ne va pas sans rappeler un triste anniversaire : celui de la bataille d'Andrinople, qui, le 9 août 378, marqua une des plus écrasantes défaites de l'Empire romain face aux Barbares.
Durant cet affrontement, les troupes de l'empereur Valens furent défaites en Thrace par diverses tribus germaniques coalisées. Mais ce qui fit la tragique spécificité de cet épisode, outre le grand pas en avant vers la chute définitive de Rome, réside dans le fait que les Goths qui prirent les armes ce jour-là avaient auparavant servi dans l'armée romaine et vivaient au sein même de l'Empire. Cette révolte d'immigrés (qui semblaient pourtant bien intégrés) doit plus que jamais nous inciter à la vigilance. Nos dirigeants n'ont-ils pas aussi permis l'installation d'immenses populations étrangères sur le sol national ?
La venue des Goths à Rome
À l'époque romaine, la venue de ces Goths était vue avec une certaine inquiétude par la population, mais les milieux économiques, souvent actifs dans les trahisons successives, avaient mis en évidence les nombreux bénéfices qui en découleraient. Ainsi, la présence des ces nouveaux arrivants fournissait à la fois des mercenaires et de la main d'oeuvre, et les grands exploitants terriens se contentaient dès lors de payer un impôt qui permettait le recrutement d'étrangers à la place de leurs propres employés 1. Tout comme, de nos jours, de nombreux bureaux administratifs sont chargés de régler l'installation des immigrés...
Seulement voilà, il ne suffit pas des rudiments d'une langue, de l'incorporation dans une armée ou de l'acquittement d'un impôt pour faire un citoyen, et en ce 9 août, les Romains l'apprirent à leurs dépens. L'armée française actuelle, à travers son « sous-prolétariat illettré », pour reprendre les termes de M. Pâris, ne s'est-elle pas dangereusement enrichie de mercenaires dont la fidélité au drapeau semble bien aléatoire ? À l'heure où la République décadente offre de plus en plus de scènes dignes du Bas-Empire, et où bien des quartiers prennent l'amer avant-goût d'une guerre civile, comment serait géré un tel soulèvement allogène ? Tant que nos gouvernements successifs refuseront d'analyser cette question – éminemment complexe au demeurant – ,sous l'angle judicieux proposé jadis par Charles Maurras (la France sans mais, sans si, sans condition 2), voilà une question qui demeure aussi actuelle qu'effrayante...
Charles Alexandre L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 29 juillet au 1er septembre 2010
1 Sur l'installation des Goths et la bataille, voir l'excellent ouvrage d'Alessandro Barbero, Le Jour des Barbares - Andrinople, 9 août 378, Flammarion, Paris, 2006.
2 L'Ordre et le Désordre, 1948.

mardi 20 décembre 2011

31 décembre 406 : Les Barbares en armes franchissent le Rhin


Le 31 décembre 406, de nombreuses bandes de barbares franchissent le Rhin. Ils profitent de ce que le fleuve, cet hiver-là, est gelé pour le traverser à pied. C'est la plus importante vague d'immigration qu'ait connue l'empire romain depuis ses origines.
Une intégration difficile

Jusqu'à cette date, la pénétration des barbares dans le vieil empire romain s'est faite de façon surtout pacifique, des immigrants se faisant embaucher comme légionnaires ou comme travailleurs agricoles pour combler les vides causés par la diminution des naissances.
Des incursions armées se produisent en Gaule à différentes périodes, notamment dans les années 250-260 et 271, pendant que Rome est paralysée par une crise dynastique.
Sur ordre de l'empereur Aurélien, les Romains évacuent en 275 les champs Décumates, la région d'entre le Rhin et le Danube, pour raccourcir leurs lignes de défense. La Dacie (la Roumanie actuelle) est abandonnée aux Goths.
En 376, la situation s'aggrave. Les Wisigoths, poussés par les Huns qui arrivent des steppes de l'Asie, franchissent le Danube et demandent à l'empereur Valens le droit de s'installer dans l'empire comme «fédérés» (en quelque sorte alliés). L'empereur ne peut faire autrement que d'accepter. Il leur offre la Mésie (la Serbie actuelle) et, lui-même étant arien, les encourage à se convertir à cette forme de christianisme. Mauvaise idée : cela va rendre plus difficile le ralliement des Barbares à l'empire, majoritairement catholique.
De toute façon, les Barbares s'étant soulevés pour protester contre les exactions des fonctionnaires romains, Valens est tué en les affrontant à Andrinople le 9 août 378.
Une invasion en masse

En 406, lorsque les Germains franchissent le Rhin et pénètrent en armes dans l'empire romain, ils ne rencontrent plus guère de résistance.
L'empire a été divisé dix ans plus tôt entre les deux fils de Théodose 1er. Sur l'Occident (capitale : Ravenne) règne Honorius et sur l'Orient (capitale : Constantinople) Arcadius. Avant de mourir, Théodose a confié la tutelle des jeunes empereurs au général Stilicon, fils d'un officier vandale rallié à Rome ! Celui-ci maintient tant bien que mal l'ordre dans l'empire mais il sera assassiné sur ordre d'Honorius le 23 août 408...
Les provinces, au nombre d'une centaine, échappent peu ou prou à l'autorité centrale. Le pouvoir est partagé au niveau local entre les généraux (chefs militaires), les vicaires (représentants de l'empereur) et les évêques (chefs religieux).
Les nouveaux-venus vont s'installer là où ils peuvent et feront souche. On évalue leur nombre à 400.000 environ, dont 100.000 guerriers. Parmi eux un quart de Francs Ripuaires, presque autant de Vandales et de Burgondes, des Alains etc.
L'empire romain d'Occident dans lequel ils pénètrent compte pas moins de 25 millions d'âmes mais il n'est défendu que par une poignée de soldats professionnels guère motivés : 136.000 limitanei ou soldats des frontières, en grande majorité des Germains mal dégrossis, et 113.000 comitatenses ou soldats de l'intérieur, encore moins combatifs que les précédents.
Malgré la disproportion des effectifs, les envahisseurs n'ont donc pas de peine à s'enfoncer jusqu'aux extrémités de l'empire et à s'y établir des principautés. De la Gaule, une partie d'entre eux, les Vandales, passent en Espagne et atteignent même le territoire de l'actuelle Tunisie.
Les invasions barbares au Ve siècle après JC
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Dès le IIIe siècle après JC, les Romains se montrent impuissants à contenir l'invasion des Germains. Ces derniers sont eux-mêmes poussés en avant par les Huns. Mais ces derniers ne font qu'une apparition dans l'empire romain à l'agonie, tandis que s'y installent définitivement les envahisseurs germains, donnant souvent le nom de leur tribu à un pays ou une province : Alamans (Allemagne), Burgondes (Bourgogne), Francs (France), Lombards (Lombardie), Vandales (Andalousie)...
Jean-François Zilbermann. http://www.herodote.net/

vendredi 25 novembre 2011

Le miracle romain : l’armée

La période des origines de Rome est largement plongée dans la légende. Fondée, d'après la tradition, le 21 avril 753 avant J.-C., la ville passa vite sous la domination de voisins riches et puissants, les Étrusques, en sorte que sa première armée peut être appelée romano-étrusque. Toujours d'après la tradition, Rome se débarrassa de ses maîtres en 509.
La première armée proprement romaine reflétait de manière étroite une société et un État très aristocratiques. Les hommes étaient répartis en fonction de leurs revenus en 5 classes et 193 centuries. Au début, comme chacun devait payer son armement, les plus riches combattaient à cheval ou constituaient l'élite de l'infanterie ; les plus pauvres n'étaient même pas admis au service, puisqu'ils n'avaient pas les moyens de s'équiper. Les combattants adoptèrent d'abord un système proche de celui de la phalange grecque : épaule contre épaule, ils offraient à l'ennemi une ligne continue qu'on appelait la légion, mot qui signifie que les hommes ont été sélectionnés.
La tactique manipulaire, très moderne pour son époque, constitua une première révolution. Le corps de bataille éclata en une série de petites unités, les manipules, groupes de deux centuries, et chaque soldat occupa un petit espace qui lui permettait de pratiquer l'escrime sans gêner son voisin. Les manipules étaient répartis sur trois lignes : les soldats les plus riches occupaient le premier rang, les autres le second, mais au troisième on plaçait les plus expérimentés. Le gain en souplesse était évident.
Les débuts furent difficiles. À plusieurs reprises, Rome faillit disparaître, menacée tantôt par les Étrusques, tantôt par les Latins, tantôt par les Gaulois. Pour faire face à d'aussi nombreux adversaires, il fallut utiliser toutes les ressources humaines disponibles. La solde fut créée et, dans le même temps, le revenu minimum, ou cens, abaissé : des hommes de plus en plus pauvres purent entrer dans l'armée. La vraie révolution intervint à la fin de la guerre de 340-338 contre les Latins. Au lieu de réduire en esclavage ces voisins qu'ils venaient de vaincre, conformément au droit international de l'époque, les Romains non seulement leur laissèrent la liberté mais encore leur donnèrent leur propre citoyenneté. Cette mesure extraordinaire mit à la disposition du commandement de nombreuses légions. Alors que Rome avait eu besoin de deux siècles et demi pour simplement garantir sa survie (753-338), cinquante ans (338-272) lui suffirent pour prendre le contrôle de l'Italie.
Puis, hors de l'Italie, l'armée romaine s'attaqua à Carthage qui contrôlait un vaste domaine. La première guerre punique (264-241) fit passer les îles de la Méditerranée occidentale dans le domaine de Rome. La seconde guerre punique (218-201) brisa la force militaire de Carthage. La troisième (148-146) ne fut qu'une simple expédition contre une ville isolée, qui fut prise et rasée ; l'Afrique tombait à son tour dans l'empire de Rome.
La conquête de l'Espagne fut entreprise au cours de la deuxième guerre punique, à partir de 210 avant J.-C. Ce fut sans doute ce conflit qui apprit aux Romains l'utilité d'unités regroupant 3 manipules, les cohortes ; 10 cohortes formèrent une légion.

En Orient, la Grèce fut la première victime de cet impérialisme. Elle fut réduite en provinces après une révolte durement réprimée, en 148 et 146. C'est surtout Pompée le Grand qui augmenta le domaine de sa patrie dans cette région : il s'empara d'une partie de l'Anatolie, de la Syrie et de la Judée. Octave-Auguste, enfin, en remportant sur Antoine et Cléopâtre la victoire d'Actium (31 avant J.-C.), ajouta l'Égypte à l'Empire. Dans le même temps, et en deux étapes (125-118 et 58-51), la Gaule, était à son tour conquise.
L'armée de la “paix romaine”
Auguste créa une nouvelle armée. Deux caractères principaux la définissent, professionnelle et défensive. La conscription subsistait, mais les jeunes gens sélectionnés restaient au service de 25 à 30 ans. Une petite partie de l'armée, quelque 10.000 hommes, forma la garnison de Rome – prétoriens, urbaniciani et vigiles. La flotte, d'environ 40.000 marins, reçut deux grandes bases à Misène et Ravenne. L'essentiel du corps de bataille, les 25 légions et les nombreux corps auxiliaires, soit à peu près 250.000 hommes, fut installé sur la frontière.
L'armée offrait encore un reflet de la société, mais d'une société qui aurait été vue à travers un miroir déformant. Les cadres venaient du Sénat ou de l'ordre équestre. Les soldats furent d'abord recrutés dans les provinces romanisées, puis de plus en plus près des camps. On exigeait d'eux qu'ils connaissent au moins le latin. Tous les hommes libres pouvaient être appelés, les Italiens dans la garnison de Rome, les citoyens romains dans les légions et les pérégrins – hommes libres non citoyens – dans les unités auxiliaires. Seuls les esclaves et les affranchis, jugés indignes, étaient exclus.
Outre ce recrutement de qualité, plusieurs facteurs expliquent la valeur de cet instrument de guerre. Contrairement à la légende, les officiers étaient compétents et courageux. Les soldats, disciplinés, pratiquaient un entraînement dur et régulier, et ils avaient un excellent armement, défensif et offensif. Et la guerre était devenue une science. Les officiers savaient comment diriger l'exercice, comment organiser l'ordre de marche, la bataille en rase campagne et le siège, comment construire un camp. Enfin, l'État avait une stratégie qui s'élabora peu à peu, certes de manière empirique, mais non sans efficacité. L'Empire avait atteint des dimensions telles qu'il finit par paraître impossible de l'accroître encore. On recourut à la défensive en l'entourant d'une ceinture de routes, de murs, de fleuves, de camps et de tours; c'est ce que les modernes appellent le limes.
Pendant deux siècles, le monde connut une heureuse situation, la “paix romaine”. Tout se gâta à partir de 235 après J.-C., quand les Germains au nord et les Perses à l'est attaquèrent simultanément. Pour des raisons d'effectifs, l'armée eut du mal à se défendre sur deux fronts à la fois. Vint le temps des défaites, des empereurs morts au combat, des unités en déroute. Pourtant, dès le milieu du IIIe siècle, alors que l'Empire touchait le fond, des officiers énergiques entreprirent de réagir. S'il se révéla impossible de faire cesser les tentatives d'usurpation, le pouvoir sut repousser les ennemis, réduire les dissidences – Gaule, Palmyre –, préparer l'avenir. De nouvelles unités furent créées, avec davantage de cavalerie et une meilleure protection, et une réserve fut installée à Milan par Gallien.
Quand Dioclétien arriva au pouvoir, en 284, date traditionnelle pour la naissance du Bas-Empire, la situation allait en s'améliorant. Cet empereur installa deux petites légions dans chaque province frontalière. Il créa quatre commandements généraux et, dans ces conditions, il lui fallut multiplier les effectifs. Ce faisant, il privilégiait la quantité au détriment de la qualité. En effet, pour trouver de nouveaux effectifs, il fallut recourir à des expédients, imposer l'hérédité, acheter des volontaires, et surtout enrôler des barbares.
Le principal problème de Constantin (306-337) fut de réduire les usurpations et les concurrences. Il passa les deux tiers de son règne à lutter contre des compétiteurs (306-324). C'est pour cette raison qu'il appela ses meilleures troupes à l'intérieur de l'Empire. De plus, installer les soldats dans des villes permettait de mieux résoudre les problèmes de ravitaillement. Dans le même temps, la frontière était dégarnie, mal défendue. Constantin supprima les cohortes prétoriennes et divisa les commandements généraux entre plusieurs commandants – maîtres de l'infanterie, de la cavalerie, en Orient, en Gaule, en Illyrie – pour éviter qu'aucun n'ait trop d'effectifs à sa disposition.
Grâce à ces mesures, Constantin put régner tranquillement de 324 à 337. Il avait cependant dégarni la frontière et affaibli les commandements stratégiques. Plusieurs de ses successeurs, tels Constance II, et surtout Julien et Valentinien Ier, se révélèrent courageux et compétents. Ils eurent de plus en plus recours à des barbares, et ces derniers occupèrent jusqu'aux plus hautes charges militaires à la fin du IVe siècle. L'armée romaine était très affaiblie. Dans le même temps, les Germains et les Perses se montraient de plus en plus agressifs. Les provinces d'Orient réussirent à se défendre. En proie à une crise générale, notamment économique, l'Occident et surtout la Gaule ne purent toutefois faire face aux invasions. En 406, les Vandales, les Alains et les Suèves franchirent le Rhin sans qu'aucune armée ne s'oppose à leur avance. En 410, les Goths prenaient Rome.
Tandis que l'Orient romain devenait lentement le monde byzantin, l'Occident romain cédait brutalement la place à un monde barbare.
 Yann LE BOHEC  THEATRUM BELLI

mardi 15 novembre 2011

La fin de l’empire romain en Gaule


Au III ème siècle, l'empire romain était en crise et la Gaule en pleine incertitude. Les causes en sont multiples. L'empereur Gallien avait bien tenté d'arrêter sur le Rhin les incursions des Germains qui semaient la désolation sur le territoire mais c'est l'empereur gaulois Posthumus qui avait finalement ramené l'ordre et la sécurité. Soutenu par le pays éduen, c'est ensuite Constance-Chlore puis Constantin qui, depuis la Gaule, avaient rétabli la grandeur de l'empire.
Constantin le Grand a-t-il trompé et trahi les Gaulois en transférant son siège d'Augustodunum/Bibracte/Mt-St-Vincent (1) à Constantinople ? Oui, si l'on en juge en constatant la suite de l'Histoire.
Un Occident en difficulté, menacé sur ses frontières.

Lorsque le grand Constantin eut pris possession du royaume du ciel, l'empire qu'il avait possédé sur la terre fut partagé entre ses trois fils (2). Or, à Augustodunum, Constant s'entourait d'étrangers ce qui provoqua une révolte de son entourage éduen, sa fuite puis sa mise à mort (3).
Maître d' Augustodunum, Marcellinus essaie de reprendre la main. Il s'assure du concours des Lètes récemment immigrés en élevant sur le pavois l'un d'entre eux, Magnence. Ces Lètes avaient prouvé leur attachement à leur nouvelle patrie en 359, à Amida, où les deux légions de Magnence y avaient trouvé une mort glorieuse face aux Perses (4).
En 361, Marcellinus et Magnence conduisent leur armée contre l'empereur d'Orient, Constance, dernier fils de Constantin et héritier pourtant légitime. Tragique expédition qui se termine par leur défaite, à Mursa. Les Gaulois sont écrasés après la défection des Francs qui les accompagnaient. Véritable carnage, ce n'était plus un combat mais un règlement de compte entre les Illyriens et les Celtes (5). Les événements qui suivent confirment les craintes de Marcellinus et lui donnent raison à postériori. Entouré d'une cour d'officiers alamans, l'empereur Constance, tout à ses intrigues, a laissé, voire encouragé, les Alamans à envahir la Gaule (6).
Véritable sursaut contre la politique laxiste ou hostile de l'empereur d'Orient, les Gaulois applaudissent Julien César quand celui-ci part en campagne contre les bandes infiltrées qui errent dans le pays. Parvenu au sommet de la renommée pour avoir rétabli la frontière du Rhin, ils l'élèvent sur le pavois et font de lui, leur empereur. Puis ils portent un fer victorieux jusqu'en Orient. Pendant que Julien tente d'y rétablir l'unité de l'empire, ils festoient dans les temples (7). Leur défaite contre la puissance montante sassanide des Perses met fin à leur entreprise. Julien meurt en combattant. Nous sommes en l'an 363.
La tournant de la fin du IV ème siècle se joue à Rome.
Dès le III ème siècle, Rome avait étendu la citoyenneté romaine à tous les sujets de l'empire, y compris aux barbares issus du butin de guerre, ou ralliés, ou fédérés, ou mercenaires (a).
(a) Pour tout Romain, le Barbare n'était pas un être sauvage et assoiffé de sang mais un homme qui parlait un langage qui lui était incompréhensible et dont la civilisation lui apparaissait primitive (linternaute, histoire).
Un siècle a suffi pour que les descendants de ces barbares romanisés se multiplient jusqu'à concurrencer les Romains d'origine que cela soit dans les fonctions militaires ou civiles. Zozime et Julien vont même jusqu'à reprocher à Constantin d'avoir fait preuve d'une partialité scandaleuse en faveur des étrangers (8). Rome n'était plus dans Rome et la ville n'avait plus d'intérêt et de gloire que d'être encore le siège officiel de l'empereur en titre, même fantoche. Certes, il n'est pas dit que ces barbares romanisés aient manqué à leurs devoirs civiques mais avec toutefois quelques nuances annonciatrices de désirs hégémoniques et de futures rivalités.
Alors que les dissensions n'avaient pas encore éclaté au grand jour, on adoptait les usages des nouveaux venus, leurs costumes, leurs armes et même leurs chants de guerre. Il y eut un tel engouement qu'à Rome, en souvenir de l'ancienne dignité romaine, les autorités durent interdire la mode barbare des hautes chausses, des pantalons, des longs cheveux et des fourrures (8).
En 406, sous la forte pression des barbares extérieurs à l'empire, la frontière du Rhin cède.
Rome n'est plus dans Rome. Les redoutables légions romaines de Pompée et de César ne sont plus que des souvenirs. Menacée en Italie par les troupes wisigothes d'Alaric, Rome n'a plus les moyens de tenir la frontière du Rhin. Profitant d'un hiver particulièrement rigoureux où le fleuve est gelé, Vandales, Suèves et Alains le franchissent. Ils traversent la Gaule en contournant le pays éduen par le nord et l'ouest et se fixent en Espagne tandis que les Burgondes et les Francs qui les suivent restent sur les territoires frontaliers.
En 410, Rome est prise et pillée par les Wisigoths d'Alaric. C'est le premier sac de Rome qui a un énorme retentissement. La Ville compose avec ses nouveaux protecteurs désormais installés en Narbonnaise puis en Aquitaine où ils fondent un royaume.
En Gaule, rien de tel ! Au nord, on intègre dans le dispositif défensif la tribu des Francs saliens pour qu'ils s'opposent désormais aux tentatives de franchissement de leurs cousins, autres Francs. Plus au sud, les Eduens invitent les Burgondes (9) à s'installer chez eux en leur donnant des terres et les installent en dispositif défensif avant, d'Orléans à l'aile gauche à Genève à l'aile droite, poste de commandement au castrum de Chalon-sur-Saône/Taisey (ma thèse), Lyon en base arrière.
La bataille des champs catalauniques a donné un coup d'arrêt aux grandes invasions mais a ouvert une période de conflits entre les Francs et les Goths.
Renforcés par des peuplades germaniques, les Huns d'Attila franchissent le Rhin et dévastent la Gaule du nord. Ils brûlent les villes, entassent le butin, échouent devant Paris, assiègent Orléans qui résiste. En 451, aux champs catalauniques, ils sont battus par le romain Aetius que seconde l'arverne Avitus. Les fédérés, Burgondes, Francs, Alains, auxquels se sont joints les Wisigoths, sortent victorieux de ce gigantesque combat tout en s'imposant dorénavant comme les protecteurs désormais incontournables des cités gauloises.
En contraste avec la Gaule du nord, aucun texte ne dit en revanche qu'une invasion ait emprunté le couloir Saône/Rhône. Le chemin des invasions contourne le pays éduen. C'est un point très important à souligner. Car si les textes relatent les terribles ravages subis par les Gaulois sur le chemin des invasions, on peut très bien supposer qu'ailleurs, la civilisation a continué à prospérer tout en devenant chrétienne ; accidents climatiques et famines épisodiques étant toujours possibles.
En Burgundie, Chalon-sur-Saône nous révèle une situation trés étonnante. Alors que les habitants de la ville vivent très chrétiennement leurs habitudes au pied de leur magnifique basilique, le roi Gontran vit dans la rusticité de son ancien castrum tout en se contentant d'une modeste église de village (10). http://www.agoravox.fr/tribune-libr… et http://www.agoravox.fr/tribune-libr….
Gontran est un roi franc fils de mère burgonde. Ses ancêtres rois burgondes ont été supplantés par les Francs après qu'ils aient été délogés de la forteresse d'Augustodunum, toujours existante mais un peu perdue au fond des bois (11). Dans l'histoire des évêques de Chalon, cette anecdote ne semble pas avoir troublé outre mesure nos saints directeurs de conscience, tellement ils étaient persuadés de la futilité de leurs protecteurs sans éducation.
Les écrits de Sidoïne Apolinaire sont des témoignages extrêmement précieux pour cette période charnière. Ils nous révèlent la tentative arverne d'Avitus, malheureusement sans lendemain, d'aider Rome à se relever, une solidarité avec les Eduens qui détachèrent auprès du comte/poète un détachement de Burgondes, mais sutout une communion de pensée entre évêques de haute culture, imbus de poésies et d'éloquence, qui ne pouvaient pas s'imaginer que leur monde d'innocence touchait à sa fin (a).
La duplicité du romain Séronat qui remplissait les prisons de citoyens arvernes, qui peuplait le pays d'étrangers (12), le coup de main du roi goth Euric sur le sanctuaire d'Augnemetum (13), l'arrivée des Francs, l'exil, il a fallu tout cela pour que Sidoïne Apollinaire et ses amis évêques se rendent compte enfin que le monde avait changé.
(a) - Innocence, cela signifie que conformément aux prédications de saint Martin, Christi ego miles sum ; pugnare mihi non licet (14). Je suis un soldat du Christ ; combattre ne m'est pas permis. Cela signifie que seules les grandes processions religieuses pouvaient conjurer le mauvais sort et qu'à défaut, mieux valait laisser aux barbares le soin de régler les viles affaires, damnés qu'ils étaient déjà.
Il apparait clairement que le pays éduen a échappé aux tribulations de cette période troublée.
Cela signifie qu'il n'y a aucune raison d'invoquer des invasions barbares qui auraient détruit en Bourgogne d'anciens monuments existants. Cela signifie que lorsque le site internet de Chalon-sur-Saône prétend que la ville a été détruite par les invasions germaniques, c'est tout simplement faux.
Cela signifie que, chronologiquement, il est tout à fait logique de voir s'élever à Mont-Saint-Vincent/Bibracte le premier temple et le premier oppidum des Celtes, le castrum de Cabillodunum sur la colline de Taisey, puis la basilique/cathédrale/le plus beau temple de l'univers à Cabillo/ville de Chalon, puis l'église/cathédrale Saint-Etienne/Saint-Jean à Lyon, puis la petite église franco-burgonde du roi Gontran à Sevrey. Et cet exemple devrait amener les historiens des autres provinces à se remettre, eux aussi, en question. Relisez mes articles et essayez de comprendre leur cohérence et l'incohérence de ceux qui les critiquent sans avancer d'arguments sérieux.
Pourquoi inventer en Bourgogne, des villes en feu, des monuments qui s'écroulent, des territoires dévastés alors qu'aucun texte ne l'indique. Les seules dévastations dûement prouvées sont celles qu'autorisa Louis VII, en 1166, lorsqu'il livra la vallée de la Saône aux exactions de la soldatesque ainsi que les mutilations de nos bâtiments religieux par les révolutionnaires.
Cela signifie que c'est une absurdité totale d'appliquer à la Bourgogne des textes qui relatent des destructions qui se sont faites ailleurs, d'imaginer une parenthèse d'évolution et une quasi-renaissance vers le XIème siècle. Cela signifie que si, au Vème siècle, les greniers à blé y sont pleins (15), si l'évêque de Lyon peut secourir une bonne partie de la Gaule victime des tribulations de cette époque, c'est que la Burgundie était exempte de ces maux grâce à son système de défense.


Renvois :
1. Augustodunum. Il s'agit de Mont-Saint-Vincent, en Bourgogne du sud, l'antique Bibracte. Voyez tous les articles que j'ai publiés à ce sujet. Autun, bien que portant le même nom latin, n'est encore, à cette époque, que la ville de Mt-St-Vincent/Augustodunum/le sanctuaire. Le mont Beuvray est l'oppidum boïen de Gorgobina que cite César dans ses Commentaires.
2. Zonare : Annales.
3. Zozime : Histoire romaine.
4. Ammien Marcellin, Histoire, tome II, livre XIX.
5. Julien : Eloge de Constance, 29. Constance ou de la royauté, 8.
6. Ammien Marcellin ou Julien ?
7. Ammien Marcellin, livre XXII, chap XII, 6
8. Eugène Léotard, Essai sur la condition des Barbares, http://www.mediterranee-antique.inf…
9. Chronique de Frédégaire.
11. Il s'agit de la forteresse de Mont-Saint-Vincent et non d'Autun. Grégoire de Tours, Histoire des Francs.
12. Sid. Apol. , lettres, livre II, 1.
13. Augnemetum, il s'agit de l'antique Gergovie sur l'éperon du Crest. http://www.agoravox.fr/culture-lois…
14. Saint Martin, 316 - 397. Vita Beati Martini, chap. IV, fol. 162D.
15. Sidoïne Apollinaire, Lettres VI, 12.

dimanche 27 février 2011

Les Goths et le trésor du Temple de Jérusalem

Parmi les fabuleux trésors attribués aux Goths, et dont quelques-uns ont été retrouvés, il en est un, en revanche, qui conserve tout son mystère et qui n’a eu de cesse d’alimenter depuis des siècles les plus folles spéculations : je veux bien sûr parler du fameux trésor du Temple de Salomon, qui, de par les aléas de l’Histoire, s’est finalement retrouvé sur le territoire actuel de la France, et pourrait fort bien s’y trouver caché aujourd’hui encore…
Le Temple de Jérusalem, dont le célèbre « Mur des Lamentations » constitue de nos jours l’ultime vestige, fut bâti aux alentours de l’an 960 avant l’ère chrétienne sous l’égide du roi juif Salomon. Erigé selon les instructions d’un symbolisme rigoureux prétendument reçues par Moïse au moment où celui-ci reçut de Yaveh lui-même les « Tables de la Loi », ce temple devint dès lors le lieu de culte le plus sacré du judaïsme, et tout un mobilier sacré y fut déposé.

Outre la mythique « Arche d’Alliance », renfermant les « tables de la Loi », ce mobilier sacré d’une richesse inimaginable comprenait également une pléthore d’objets cultuels extrêmement précieux, la plupart en or massif. Et après l’Arche, les deux objets les plus sacrés entre tous étaient la « Table des pains » ainsi qu’un énorme candélabre à sept branches nommé la Ménorah. La table, sur laquelle étaient posés douze pains azymes symbolisant la sortie d’Egypte des douze tribus d’Israël, était faite de bois d’acacia entièrement recouvert d’or. Quant à la Ménorah, le fameux candélabre, elle était sculptée d’une seule pièce dans l’or pur, et pesait un talent, c’est à dire très exactement 23, 565 kg, ce qui donne une idée de ses dimensions.
A plusieurs reprises, le temple et son trésor furent pillés.
Au VIIème siècle avant l’ère chrétienne, en l’an 626, le prophète Jérémie alla dissimuler l’Arche d’Alliance dans une caverne du mont Nébo, juste avant la déportation des Juifs à Babylone. Elle n’a jamais été retrouvée depuis.
Le roi Nabuchodonosor fit transporter à Babylone tout le reste du trésor, qui fut placé dans le temple de Bélus. Mais en -539, Cyrus, fondateur de l’empire perse, fait à son tour la conquête de Babylone, et restitue ce trésor aux Juifs.

Le Temple de Jérusalem fut reconstruit en -536, et le mobilier sacré y fut donc de nouveau déposé. En dépit de plusieurs autres péripéties, le trésor demeure ensuite à peu près entier pendant plusieurs siècles.
En l’an 70 de l’ère chrétienne, Titus, fils de l’empereur Vespasien, prend Jérusalem et pille de nouveau le Temple, avant que ses soldat n’y mettent le feu et le détruisent.
Une partie de l’énorme butin fut fondue et vendue, au poids de l’or, sur le marché syrien. Mais les pièces les plus précieuses et les plus « spectaculaires », pour leur part, furent ramenées à Rome. Parmi ce butin figure alors la fameuse Ménorah, présentée, entre autres objets emblématiques, lors du triomphe de Titus. L’arc de Titus, à Rome, commémore cet événement, et l’on peut précisément voir sur l’un de ses bas-reliefs une représentation du célèbre candélabre, porté par des soldats romains.
En l’an 410 de l’ère chrétienne, Alaric, roi des Goths, s’empare de Rome, et fait main basse sur les trésors accumulés par les empereurs romains successifs. Il meurt quelques mois plus tard, emporté par une maladie. Son beau-frère et successeur Ataulf établit alors le royaume Wisigoth d’Occitanie, dont Toulouse devient la capitale. C’est là, dans le « Château Narbonnais », situé sur l’emplacement actuel du palais de justice, qu’est alors entreposé le trésor des rois Goths, incluant ce qui a été pris à Rome. Moins d’un siècle plus tard, face à une menace franque se faisant de plus en plus pressante, les rois Wisigoths jugent plus prudent de le transférer à Carcassonne. Outre le mobilier sacré provenant du Temple de Jérusalem, ce trésor comprend alors, parmi d’autres richesses, deux autres objets mythiques : la mystérieuse « Table d’émeraude », ainsi que le « Missorium ».
Carcassonne, à l’origine modeste lieu fortifié par les Romains, est alors devenue sous l’égide des Goths une redoutable place forte. En l’an 508, le roi des Francs Clovis (Khlodwig), après avoir battu et tué Alaric II à Vouillé (en 507) et pris Toulouse, essaya en vain d’assiéger Carcassonne, avec la ferme intention de s’emparer du trésor des Wisigoths que la cité abritait. Le roi des Goths d’Italie, Théodoric le Grand, vint alors à la rescousse, et la menace franque fut repoussée. Celui-ci assura ensuite la régence pendant la minorité d’Amalric, fils et successeur désigné d’Alaric II, et, jugeant que le trésor était désormais trop exposé aux convoitises tant qu’il restait à Carcassonne, le fit transférer à Ravenne, en Italie. Mais quelque temps plus tard, Amalric, devenu majeur et roi, se le fit restituer, tandis que le royaume Wisigoth avait étendu sa superficie sur tout le territoire compris entre la Durance et Carcassonne.
C’est à partir de ce moment que se perd mystérieusement la trace du trésor. Même lorsque en 531, Amalric est vaincu par les Francs à Narbonne, ces derniers, qui énumèrent pourtant soigneusement tout ce qui fut pris à cette occasion, n’en font aucune mention. Certes, lorsque le royaume Wisigoth d’Occitanie commença à décliner et à se réduire dangereusement du fait des attaques franques, une partie du trésor gothique fut transférée vers le royaume Wisigoth d’Espagne, qui demeurait alors puissant. Mais lorsque les Arabes s’emparèrent à leur tour de ce royaume Wisigoth d’Espagne et de sa capitale Tolède, leurs chroniqueurs, pas plus que ceux des Francs, ne firent mention de ce trésor dans l’énumération pourtant fort minutieuse du butin qui fut pris…
Il est bien évident que si ledit trésor avait été retrouvé, les chroniqueurs Francs comme Arabes n’auraient pu manquer de le signaler, eux qui poussaient l’exactitude jusqu’à mentionner la moindre pièce, même de piètre valeur.  Le destin de ce fabuleux trésor wisigothique demeure donc aujourd’hui encore un mystère alimentant les plus extravagantes conjectures, puisque selon toute vraisemblance, il n’a pu être que dissimulé, pratique dont les Goths était fort coutumiers dès lors que l’approche d’un grand péril se précisait. D’aucuns ont d’ailleurs émis l’hypothèse que le fameux trésor de Rennes-le-Château, dont la découverte serait à l’origine de la subite fortune de l’abbé Saunière entre la fin du XIXème et le début du XXème siècles, pourrait fort bien avoir quelque rapport avec ce trésor, ou du moins avec une partie de ce dernier… D’autres sont persuadés que le Trésor du Temple de Jérusalem, dont la fameuse Ménorah, est en fait secrètement conservé depuis plusieurs siècles au Vatican…
Quoi qu’il en soit, l’énigme demeure entière.
L’étonnant destin de ce trésor très convoité, d’origine sémitique et moyen-orientale, et dont le dernier possesseur connu fut un peuple germanique l’ayant très probablement dissimulé au fin fond de la France méridionale, est en tout cas des plus singuliers.
Korreos (Hans CANY)  http://tpprovence.wordpress.com/