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mercredi 5 juillet 2023

Nouvelle datation pour le Cairn de Gavrinis (56).

 

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30/09/2014 – 07H00 Gavrinis (Breizh-info.com) – Le Cairn de Gavrinis situé sur l’île du même nom dans le Golf du Morbihan (Commune de Larmor Baden) fait actuellement l’objet d’une nouvelle étude scientifique afin de réévaluer sa datation. Serge Cassen (CNRS Nantes), et Laurent Lecop (ENSA Nantes) sont en charge de ce dossier.

Le site est daté du Néolithique et considéré comme l’un des plus importants site mégalithique d’Europe. Le cairn et son tumulus qui mesure 50m de diamètre est composé d’une chambre funéraire unique précédé d’un couloir d’accès de 14 mètres. C’est ce dernier qui retient l’attention des historiens et scientifiques en raison des 23 dalles sculptées sur les 29 qui le composent. Celles-ci présentent en effet des motifs courbes profondément gravés dans la roche. Les dernières datations du site repousseraient sa construction au début du IVe millénaire (vers – 4000 à – 3800 ans).

(Sources : Archéologia, n°524, sept 2014, p8,9)

https://www.breizh-info.com/2014/09/27/16593/nouvelle-datation-cairn-gavrinis-56/

lundi 3 juillet 2023

Nouvelle découverte sur la néolithisation de la Bretagne.

 

28/09/2014 – 14h00 Morlaix (Breizh-info.com)  L’INRAP  (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), a opéré récemment des recherches sur un chantier des Côtes d’Armor (22), proche de Lannion. Les fouilles se sont achevées au début de l’été.

Les bâtiments découverts sont les plus occidentaux connus à ce jour pour le Néolithique ancien (vers 4800 av J.C.). Bien conservés, ils sont les premiers reconnus à l’ouest du bassin rennais, et constituent à ce titre une découverte importante pour les recherches sur le début du Néolithique en Bretagne. Leur position géographique est intéressante car elle marque l’extrémité du courant de néolithisation dite « danubienne » (issue du bassin du Danube) qui traverse le nord de l’Europe selon un axe est-ouest.

Dans la continuité des travaux de terrain, un certain nombre d’études vont être réalisées : interprétation architecturale des bâtiments, datations radiométriques, études typologique et fonctionnelle du mobilier, analyses paléoenvironnementales… L’ensemble des données permettra de caractériser le quotidien et l’environnement de ces premiers agriculteurs armoricains. À plus large échelle, l’analyse portera sur les interactions, filiations ou continuités culturelles avec la néolithisation des régions voisines.

Photo : DR
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Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine. 

https://www.breizh-info.com/2014/09/28/16591/nouvelle-decouverte-neolithisation-bretagne/

vendredi 3 février 2023

Néolithique : le premier massacre de masse découvert en Europe

 

Vue du charnier découvert par les archéologues slovaques et allemands. Ivan Cheben/Matej Ruttkay/AÚ

Dans l’ouest de la Slovaquie, des archéologues ont fait une découverte macabre. Dans une tranchée percée il y a quelque 7 000 ans, ils ont exhumé plusieurs squelettes décapités. Rituel religieux ? Cas de cannibalisme ? Lutte pour l’espace ?

La récente découverte d’un massacre néolithique en Slovaquie confirme ce que nous savions déjà : il y a environ 7 000 ans, un conflit brutal et effréné a éclaté en Europe centrale. La preuve en est constituée par ce massacre, survenu au sein de la culture archéologique du rubané (ou culture de la céramique linéaire), la plus ancienne culture néolithique d’Europe centrale. S’étendant de 5 500 à 4 700 avant notre ère dans un vaste espace allant du bassin parisien à la limite occidentale de l’Ukraine, le rubané a été le vecteur du « courant danubien » dans la néolithisation de l’Europe, lors de l’installation des agriculteurs anatoliens sur notre continent.

En 1983, à Talheim (Allemagne, Bade-Wurtemberg), a été découverte la première tombe, ce qui fut un choc, car l’on s’imaginait que le Néolithique avait été une période paisible. Ainsi la réalité est-elle fort éloignée de la vision de Marija Gimbutas qui voyait dans les sociétés néolithiques de l’« Old Europe » un espace égalitaire, matriarcal et pacifique que les Indo-Européens auraient détruit lors de leurs invasions du Chalcolithique et de l’âge du Bronze.

Dans la tombe se trouvaient 34 personnes, dont 7 femmes et 16 enfants, tués à coups de hache à la tête, ce qui sera la norme dans la plupart des tombes de l’époque.

Au cours des décennies suivantes, de nombreuses autres tombes ont été découvertes. Similaire, bien que le modus operandi varie d’un massacre à l’autre. À Kilianstädten, il n’y avait que des individus de sexe masculin – hommes et garçons. Les femmes ont manifestement été enlevées, et les hommes torturés. À Asparn-Scheltz en Autriche, on a trouvé les restes de jusqu’à 200 personnes, hommes, femmes et enfants, également tués à coups de hache sur le crâne, non pas enterrés dans une fosse commune, mais dans les douves du village rasé.

Une exception dans l’espace eurasien

Le cas de Herxheim (Palatinat) est plus énigmatique. Le nombre de victimes est de 450. Mais ici, elles n’ont pas toutes été massacrées en même temps. L’endroit ressemble à un sanctuaire, où les guerriers victorieux plantaient les têtes des vaincus sur des pieux et jetaient leurs os dans des fossés. Pire : les os ont été retrouvés brisés – et brûlées – avec des traces de dépeçage des parties les plus succulentes. Le cannibalisme a pu être pratiqué.

La nouvelle tombe en Slovaquie à Vráble contient les restes de 38 individus décapités. La violence est non seulement extrême, mais aussi ritualisée (mutilations, exposition de cadavres, cannibalisme). Les squelettes semblent avoir été jetés dans cette fosse sans ménagement. Il est possible qu’il y ait une intention exemplaire : terroriser les survivants. Le fait que certaines têtes aient été retirées soigneusement pose des questions sur la ritualisation de ces morts.

Tous ces massacres sont sans équivalent dans aucune autre culture néolithique eurasienne, et sont surtout concentrés dans la phase finale de la culture, entre 5 100 et 4 900 avant notre ère.

Cette crise de la fin du rubané peut avoir plusieurs causes. La fertilité des sols avait diminué depuis le début de cette culture néolithique, et les communautés rubanées ne pouvaient plus s’étendre davantage sans entrer en conflit avec d’autres populations. Elles étaient limitées, au nord notamment, par les communautés de chasseurs-cueilleurs. La paléogénétique montre que le nord de l’Europe a été néolithisé culturellement, mais pas par déplacement des populations venues d’Anatolie (dont faisaient partie les rubanés). On a ainsi vu l’apparition de fortifications dans le rubané, et de concurrences au sein de cette culture. Une épidémie a-t-elle eu un rôle ? Dans la tombe de Wiederstedt, les individus sont morts de maladie. Après cette période de crise, le rubané laisse place à différentes cultures locales, plus distinctes entre elles, signe d’un éclatement et d’une fragmentation de cet espace. Les styles céramiques se régionalisent, des villages sont quittés pour en créer d’autres ailleurs, les cimetières sont délocalisés et les inégalités sociales sont moins marquées.

© Photo : Le charnier découvert par les archéologues (Ivan Cheben/Matej Ruttkay/AÚ)

https://www.revue-elements.com/neolithique-le-premier-massacre-de-masse-decouvert-en-europe/

dimanche 11 juillet 2021

Loiret : Un vaste complexe rural gaulois et sa statuaire celtique mis au jour à Artenay

 

À Artenay, l’Inrap fouille un vaste secteur qui a révélé, d’une part, deux tombes d’époque néolithique dont l’une contient un riche mobilier et, d’autre part, un vaste complexe gaulois où ont été mis au jour de rares éléments de statuaire gauloise. Ce site ouvre exceptionnellement ses portes à l’occasion des Journées européennes de l’archéologie. 

Une équipe d’archéologues de l’Inrap mène actuellement une fouille à Artenay, sur prescription de l’État (Drac Centre-Val de Loire) à l’occasion de l’aménagement de la Zone d’Activité Interdépartementale d’Artenay-Pourpry. Ces fouilles de huit hectares, engagées en 2020, se poursuivront jusqu’au mois d’août 2021. Elles seront ouvertes au public à l’occasion des Journées européennes de l’archéologie (JEA), du 18 au 20 juin. Les visiteurs pourront découvrir des vestiges néolithiques ainsi qu’un vaste complexe gaulois, dans lequel viennent d’être découverts des éléments de statuaires celtiques.   

DES SÉPULTURES NÉOLITHIQUES

Les archéologues de l’Inrap ont pu mettre au jour deux sépultures d’époque néolithique. Celles-ci sont très rares dans la région Centre. Leur datation s’échelonne entre 5500 et 3700 avant notre ère. L’une d’elles est particulièrement étonnante, puisque le défunt, en position fléchie, tenait entre ses bras un bois de cerf perforé. Parallèlement, sous son crâne, reposait une hache polie dans un silex blanc, décorée à l’ocre et encore insérée dans sa gaine en bois de cerf. Cette hache s’avère être une herminette, outil destiné à l’abatage des arbres et au façonnage d’objets en bois (seaux, vaisselle, pirogue…). Sa présence inhabituelle dans une tombe individuelle constitue un marqueur cultuel fort.
Les découvertes d’Artenay viennent aujourd’hui enrichir la saison 2021 que l’Inrap consacre au Néolithique.

LE COMPLEXE RURAL GAULOIS

Par ailleurs, deux très vastes ensembles enserrés de puissants fossés (2,50 m de profondeur pour 7 m de large) ont été mis au jour. À l’intérieur de ces espaces de 7 200m2 et 4 300m2, de nombreux bâtiments ont été édifiés sur de gros poteaux porteurs. La forme des structures évoque un complexe rural gaulois avec ses greniers, étables, maisons… L’occupation s’échelonne du Ier siècle av. au IIe siècle apr. J.-C.

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À partir du IIe siècle de notre ère l’organisation de l’ensemble sud subit de profondes modifications et une architecture de pierre maçonnée apparaît. Les édifices possèdent alors des couvertures de tuiles. Les architectures de bois et de pierre ont fonctionné en même temps. À cette période, le site d’Artenay semble avoir été le centre d’importantes activités agropastorales. La découverte de couteaux, forces, fusaïoles, pesons, tabletterie et de fours révèle également des activités artisanales. Ces éléments, ainsi que la découverte de certains fragments de parures et de céramiques peintes, témoignent du statut social élevé du maître des lieux et de sa puissance financière et pose la question du statut du site : une ferme et sa maison de maître ?

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LA DÉCOUVERTE DE FRAGMENTS STATUAIRES

Parmi le mobilier, une découverte s’avère majeure, celle d’un fragment de statue de style celtique. Sur ce bloc de calcaire est sculpté un personnage aux mains placées sur le ventre et au bras orné d’un bracelet torsadé. Dans son dos, deux probables cervidés s’affrontent. La statuaire gauloise est rare en France, celle d’Artenay est unique en région Centre. Cette statue, une fois brisée, a été jetée dans un des fossés.

Un second élément, en terre cuite, a été retrouvé. Il représente un personnage barbu, dont les yeux et les oreilles sont mis en valeur. Cet objet également de style celtique est aujourd’hui sans parallèle mais possède les mêmes caractéristiques que ceux récemment découverts par l’Inrap à Trémuson (Côtes d’Armor).

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www.inrap.fr

https://www.fdesouche.com/2021/06/17/actualite-un-vaste-complexe-rural-gaulois-et-sa-statuaire-c-inrap/

samedi 24 avril 2021

Saint-Doulchard (18) : découverte d’une sépulture collective du néolithique

 

Vu sur FdeSouche

Saint-Doulchard, l’Inrap a mis au jour une sépulture collective du Néolithique récent contenant une quarantaine de défunts, un type de structure jusqu’alors inconnu dans le département.

Pendant quatre mois, de juillet à novembre 2020, les archéologues de l’Inrap et de Bourges Plus ont réalisé en groupement, sur prescription de l’État, une fouille archéologique sur le futur tracé de la rocade de Bourges à Saint-Doulchard (Cher). Ils ont mis au jour une sépulture collective du Néolithique récent (3100 – 2900 avant notre ère), type de structure jusqu’alors inconnu dans le département. Cette vaste surface de 1,5 ha a également livré d’autres vestiges, du Mésolithique jusqu’à l’époque médiévale.

Source INRAP

samedi 2 mai 2020

Retour sur l’affaire Glozel

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Un siècle s'est quasiment écoulé depuis la vive polémique provoquée par les découvertes archéologiques de Glozel. Cette « affaire Dreyfus de l'archéologie » agite toujours autant les passions des pros et des anti-Glozel, quand elle n'est pas tout simplement ignorée volontairement par peur des réactions hostiles. Retour sur une histoire ou l'Histoire avec un grand « H » fut chahutée.
Retour sur l'affaire Glozel 1.jpegTout commence en 1924. Encastré sur les hauteurs méridionales de la montagne Bourbonnaise, dans le département de l'Allier, Glozel, petit hameau discret, est le lieu de vie de la famille Fradin. Le 1er mars 1924, Claude, le grand-père, et son petit-fils Emile défrichent une partie de leur champ quand tout à coup l'une des vaches de l'attelage s'enfonce dans un trou. En extirpant l'animal, les deux hommes ont la surprise de découvrir une fosse ovale de 2m 8o sur 1m aux parois cuites et recelant de nombreux objets : des tablettes comportant une écriture mystérieuse, des « idoles bisexuées », des vases ornés de visages dépourvus de bouches ainsi que quelques ossements humains. La nouvelle de cette fabuleuse découverte commence à se répandre dans les environs et l'institutrice de la commune voisine organise une visite avec ses élèves. Cette dernière prévient l'académie de l'Allier, puis divers personnages appartenant, pour la plupart, à la Société d'Emulation du Bourbonnais, viennent sur les lieux et rapportent des échantillons pour analyse, parfois sans les retourner à leur propriétaire !
Contre toute attente ladite société finit par refuser une subvention de 50 francs pour la poursuite des fouilles, condamnant la découverte des Fradin à l'oubli. Par chance, Antonin Morlet, docteur vichyssois et surtout archéologue amateur, apprend l'existence des trouvailles de Glozel. Il contacte donc la famille Fradin et leur propose de louer leur champ pour une période de neuf ans afin d'effectuer des fouilles, requête acceptée par ces derniers.
Fouilles, prises de positions et polémiques.
Retour sur l'affaire Glozel 3.jpegLe travail du docteur Morlet finit par récolter ses fruits. De nombreux objets sont exhumés et viennent étoffer de façon conséquente le mobilier glozélien. Parmi ceux-ci, on compte environ 150 tablettes sur lesquelles apparaît la fameuse « écriture de Glozel ». La communauté archéologique s'intéresse de plus en plus près aux découvertes effectuées au « champs des morts ». Au début, la majorité des scientifiques de l'époque ne remet pas en doute l'authenticité du site. Pourtant en 1925, Antonin Morlet va jeter un pavé dans la mare en affirmant, dans un fascicule cosigné avec Emile Fradin, que le mobilier glozélien daterait de la fin du paléolithique ou du début du néolithique. En d'autres termes « en reprenant la théorie du mirage oriental [...] Morlet abondait ainsi dans le sens de toute une école de chercheurs qui remettaient en question l'apport culturel de l'Orient » (1) ce qui, de facto, voudrait dire que l'écriture serait née en Europe ! Un an auparavant, René Dussaud, adjoint au conservateur des Antiquités orientales du Louvre, publiait justement un mémoire dans lequel il affirmait que l'écriture avait été inventée par les Phéniciens. Il deviendra un des plus farouches anti-glozéliens, accusant Claude et surtout Emile Fradin d'être des faussaires. Nombreux sont ceux qui crient à la supercherie. Mais de nombreux scientifiques de renom croient en l'authenticité de Glozel. Deux camps s'affrontent à travers des articles enflammés à tel point que l'on parlera d'affaire Dreyfus de l'archéologie ! En 1927 une commission internationale est chargée d'authentifier le site... En seulement trois jours (!), elle conclue à « la non-ancienneté de l'ensemble des documents qu'elle a pu étudier à Glozel ». Emile Fradin, quant à lui, expose depuis 1926 dans un petit musée ses fameuses trouvailles. L'entrée y est de 4 francs. Le 24 février 1928, le président de la Société Préhistorique de France, Félix Régnault, visite le site et son musée. Il porte plainte contre X pour escroquerie. C'est évidemment Emile Fradin qui est visé. Le lendemain, la police débarque, accompagnée du plaignant, à la ferme familiale pour une perquisition pour le moins mouvementée. Cette manipulation judiciaire permet surtout de reporter le procès que Fradin avait intenté contre René Dussaud suite à ses accusations de fraude. La même année, Antonin Morlet met sur pied un comité d'étude international qui conclue à l'authenticité du mobilier, datant celui-ci du néolithique. Finalement en 1941 la loi Carcopino soumet les fouilles archéologiques à l'autorisation du ministère de la Culture. Glozel restera dans l'ombre jusqu'en 1983 où de nouvelles fouilles sont effectuées.
Épilogue
Obtenir des réponses définitives concernant les découvertes de Glozel revient à vouloir compléter un puzzle avec des pièces manquantes ou/et avec les mauvaises pièces. Alice Gérard, auteur d'une étude sérieuse sur le sujet(2) dénonce « les insuffisances de la brève étude de 1983, autorisée par le ministre de la Culture, et le manque de publication d'un rapport complet et final (après douze ans), n'inspiraient aucune confiance dans les résultats »(3).
Néanmoins celle-ci affirme que « le temps a prouvé que Morlet était dans l'erreur à propos de l'ancienneté de Glozel ». En effet au regard des datations les plus récentes dont nous disposons, le mobilier glozélien correspondrait soit à la période celtique soit à une période allant de 400 après J.-C. au XVe siècle. L'authenticité du site serait donc confirmée, bien que « des rapports contemporains signalent que des étudiants de la section Arts de l'université de Clermont-Ferrand ont essayé d'introduire, apparemment avec succès, de faux objets sur le site »(4).
Bref, faire le tour de la question en un article est compliqué, voire impossible. Nous invitons donc le lecteur intéressé à se documenter sur l'affaire, et qui sait, pourquoi pas, contribuer d'une manière ou d'une autre, à ce que la vérité resurgisse du fond des âges.
1) Kaddath, L'Affaire de Glozel (Copernic, 1978), p.115
2) Alice Gérard, Glozel, les os de la discorde (Le Temps Présent, 2013)
3) Ibid, p.371
4) Ibid, p.376

Thierry Durolle Réfléchir&Agir

mercredi 12 février 2020

Pyrénées : découverte d’ossements de fermiers du Néolithique qui se sont battus pour défendre leur territoire face à des migrants

Fatal arrow-shot injuries from Els Trocs cave site. A massacre of early Neolithic farmers in the high Pyrenees, Huesca (Spain). @SciReports
↘️https://doi.org/10.1038/s41598-020-58483-9 
Voir l'image sur Twitter
Dans les Pyrénées espagnoles, des archéologues ont découvert une grotte abritant les restes de 13 personnes ayant été brutalement tuées il y a environ 7.300 ans. Il s’agirait de fermiers du Néolithique qui se sont battus pour défendre leur territoire face à des migrants.
Sur le site archéologique d’Els Trocs, dans les Pyrénées espagnoles, 13 restes de cadavres, neuf adultes et quatre enfants, ont été retrouvés dans une grotte. Leur mort remonte à environ 5.300 avant notre ère, selon leurs recherches publiées le 7 février dans la revue Nature.

mardi 9 avril 2019

Châteaumeillant (18) : Comment s’habillaient les Gaulois ?

Comment s’habillaient les Gaulois ? Comment étaient leurs métiers à tisser ? Leurs tissus étaient-ils colorés ? Et si oui, pourquoi ? C’est tout cela que cherche à comprendre la tisserande Marie-Pierre Puybaret, une passionnée d’archéologie expérimentale. […]
[…] Face à ce métier inédit, Marie-Pierre Puybaret retrouve les gestes d’un autre âge. « On tisse vers le haut et non vers soi ! Les gens du néolithique possédaient un savoir faire très pointu. Cela rend humble. » En Suisse, en Allemagne, au Danemark, elle découvre des livres non traduits qui la guident. « J’ai reconstitué des vêtements de l’âge de bronze, qui étaient en lin parfois, et très souvent en laine brune. À l’époque, la mode change tous les mille ans ! »
A l’âge du fer, une nouvelle mode coïncide avec l’arrivée de Celtes, venus d’Europe de l’Est. Dans leurs bagages, il y a des moutons à toison blanche et cela va tout changé. Car cette laine blanche, on va pouvoir la teindre. « Les Gaulois maîtrisaient la teinture végétale. Le rouge de la garance?; le jaune de la camomille ou des fleurs de sureau. Le jaune est la couleur la plus facile à faire ! » Sur les vêtements gaulois apparaissent les carreaux, les rayures. Les Gaulois inventent les pantalons, « les brais ». « Avant, on portait un pagne et une tunique de laine. » Les brais vêtiront les Mérovingiens, les Carolingiens, « les gens simples du Moyen-Âge ».
Les gens du néolithique tissent selon leur besoin, « il n’y avait pas de surproduction. » À l’âge de bronze, il n’y a pas d’artisan. Dans chaque famille, quelqu’un tisse. Les vêtements se transmettent de génération en génération. « On a retrouvé des tuniques reprisées quarante fois. Chez les Gaulois, pour un vêtement, entre le filage, la teinture et le tissage, il faut compter huit semaines de travail. » […]

jeudi 21 février 2019

La civilisation mégalithique est bien d’origine occidentale

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FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) : 
Plus de 35.000 dolmens, menhirs et autres alignements de pierres parsèment le continent européen. Aussi gigantesques qu’intrigants, ces monuments trouveraient leur origine en Bretagne au cinquième millénaire avant Jésus-Christ. Les travaux de recherche ont été publiés par la préhistorienne suédoise Bettina Schulz Paulsson, dans la revue scientifique PNAS.
Selon ce chercheur à l’université de Göteborg, les sites mégalithiques n’ont pas été réalisés indépendamment les uns des autres.
Ses travaux ont consisté en l’analyse des datations de restes humains enfouis dans les sites, croisée avec nos connaissances sur l’architecture des constructions, les outils utilisés et les coutumes funéraires. Le chercheur a découvert que les premiers mégalithes sont apparus dans les régions côtières du nord-ouest de la France il y a environ 6700 ans.
Ces conclusions ont été favorablement accueillies par Michael Parker Pearson, archéologue spécialiste du site de Stonehenge.
C’est donc en Bretagne, pays des dolmens, qu’est né le mégalithisme.
Et non pas en Orient comme l’ont longtemps proclamé sans preuve archéologique les tenants de l’origine orientale des grandes civilisations.
La civilisation à l’origine de ces constructions est à chercher parmi les premières sociétés agricoles du néolithique. Les mégalithes se sont rapidement répandus dans la région bretonne, en l’espace de 200 à 300 ans.
Puis, dans une première phase d’expansion, dans les îles anglo-normandes, la péninsule ibérique et les pourtours européens de la Méditerranée.
Par la suite, les constructeurs de Bretagne sont partis conquérir l’Europe, preuve qu’ils étaient de bons navigateurs.
Dans la première moitié du quatrième millénaire, ces productions de pierres se sont propagées sur le littoral atlantique et jusqu’en Angleterre, en Irlande et en Ecosse. Finalement, c’est durant la seconde moitié du même millénaire que l’Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie voient les mégalithes apparaître sur leur sol.
Alors que le site de Carnac attend, depuis 1996, de figurer sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, ces travaux universitaires donnent du poids à cette demande.
Les chercheurs souhaitent maintenant que des analyses ADN permettent à l’avenir de mieux comprendre l’origine du peuple mégalithique et le mode de diffusion de sa culture.

lundi 18 juin 2018

Dans l’Aube, l’archéologie contribue à éclairer une histoire très ancienne

Comment le département de l’Aube s’est-il peuplé depuis les « premiers paysans » du Néolithique, vers 5200 avant J.C., jusqu’au « prince de Lavau » (450 avant J.C.), dont la découverte de la tombe a livré des trésors ? Réponse donnée grâce aux opérations archéologiques. Dont les résultats sont présentés dans l’exposition « Arkéoaube », très pédagogique et interactive, organisée à Troyes.
Depuis 1990, quelque 1000 diagnostics archéologiques et 200 fouilles ont été menés sur le territoire du département de l’Aube. Ces opérations, entreprises notamment à l’occasion de grands chantiers (autoroutes, centre de congrès…), ont permis d’en préciser l’histoire sur plus de quatre millénaires.
« Venus par l’Europe centrale et le bassin des Carpates, les premiers colons néolithiques sont arrivés dans ce qui correspond au territoire du département vers 5200 avant notre ère », explique Nicolas Dohrmann, directeur des archives et du patrimoine au conseil départemental de l’Aube et commissaire général de l’exposition Arkéoaube. Ce territoire est situé à une position très favorable, au croisement de routes migratoires et commerciales majeures. « De plus, en raison de l’absence de reliefs, il ne présente pas d’obstacles pour l’installation humaine, avec un sol propice à l’agriculture et des ressources minérales comme le silex et le fer », poursuit le directeur des archives.
(…)

jeudi 16 octobre 2014

Obsidienne : L’or noir du néolithique

Documentaire archéologique sur la pierre volcanique obsidienne et son incroyable histoire. L’étude de cette pierre a révolutionné les connaissances scientifiques sur notre histoire.

jeudi 9 mai 2013

Nos ancêtres les Gaulois – par Stéphane Foucart (5)

C’est un fait incontestable, Obélix n’a pas pu être livreur de menhirs. Tout simplement parce que ceux-ci datent du néolithique: ils ont été érigés plus de mille ans avant l’avènement des civilisations celtiques. Pourtant, le malentendu persiste…
Lun des menhirs les plus anciens au sud-ouest de la Corse, Filitosa est le centre de cette culture  Le menhir de la Dame de Saint-Sernin en Aveyron au musée Fenaille de Rodez
A gauche l’un des menhirs les plus anciens au sud-ouest de la Corse, Filitosa est le centre de cette culture et à droite le menhir de la Dame de Saint-Sernin en Aveyron au musée Fenaille de Rodez
Le menhir de la Pierre Percée à Draché en Touraine
Le menhir de la Pierre Percée à Draché en Touraine 
Une foule se presse autour des hautes pierres brutes de Stonehenge. C’est l’aube. Il y a là des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants. La ferveur le dispute à la fête. Certains sont venus de loin pour célébrer, en communion avec les druides, le solstice d’été sur le site même de l’imposant monument mégalithique. Les druides, vêtus de longues toges blanches, réunis au centre du grand cercle de pierres levées, psalmodient d’étranges mélopées. C’était le 21 juin 2009. Pas moins de 35 000 personnes avaient fait le pélerinage, pensant sans doute renouer avec l’élan des cultes gaulois. Cette religion mystérieuse qui – pense-t-on bien souvent – révérait les éléments en pleine nature, non loin de grandes pierres bru-tes dressées vers le ciel. Des pierres pas très différentes de celles qu’Obélix taille et transporte à bout de bras tout au long de l’oeuvre de Goscinny et Uderzo. Et qui deviennent même, parfois, un ressort scénaristique majeur. Comme dans Obélix et compagnie, où Rome entreprend de corrompre les irréductibles Armoricains en créant une éphémère bulle spéculative sur le menhir, dans la confection duquel ils sont censés exceller… Les Gaulois en maîtres d’oeuvre du mégalithisme ? L’anachronisme est formidable. « Les premiers grands menhirs, qui peuvent peser jusqu’à 300 tonnes et mesurer 20 m de hauteur, semblent apparaître au Portugal autour de – 6500, explique le préhistorien Jean-Pierre Mohen (Muséum national d’histoire naturelle), aujourd’hui chargé de la rénovation du Musée de l’homme. On les retrouve ensuite sur toute la façade atlantique« . Les architectures de pierre brute subsistent et se succèdent pendant des milliers d’années. « Les alignements de Carnac datent environ de la fin du IV millénaire avant notre ére. Quant aux dolmens, ils apparaissent vers – 4700 et seront construits jusque vers – 3000« . Les cromlechs, ces cercles de pierres levées, peuvent être plus tardifs. Celui de Stonehenge commence à être édifié vers – 3 000 et continue, un millénaire durant, à être aménagé. « Vers – 2000, c’est la fin du mégalithisme », conclut Jean-Pierre Mohen. Plus de mille ans, donc, avant qu’on ne commence à parler de Celtes ou de Gaulois – les Grecs nomment Keltoi ceux qu’ils rencontrent lors de la fondation de Marseille, au VIe siècle avant notre ère ; deux siècles plus tard, les Romains les appellent Galli. Quant aux plus anciens vestiges matériels qui leur sont associés, ils remontent autour de – 1100. Même en remontant au plus haut, nous voilà très loin des derniers mégalithes…Et pourtant ! « Aujourd’hui encore, lorsqu’on fait une communication au public sur les mégalithes, il faut toujours commencer par préciser que cela n’a rien à voir avec les Gaulois« , s’amuse le protohistorien Jean-Paul Demoule (université Paris I). La confusion remonte à loin. Dès le Moyen Age, on associe ces grandes pierres aux païens qui ont précédé la chrétienté, explique Jean-Pierre Mohen. Ceux-ci ne pouvaient être, dans l’esprit des gens qui ignorent alors complètement la notion de préhistoire, que les plus anciens connus par les textes grecs et latins : les Gaulois. » La confusion ne s’arrête pas à cet amalgame. Elle se renforce, bien plus tard, grâce au puissant regain d’intérêt pour le monde celtique qui traverse le XVIIIe siècle. En Grande-Bretagne, le Druid Order, fondé en 1717 par John Toland (1669/1722), un libre-penseur écossais – c’est d’ailleurs de ce mouvement que continuent à se réclamer les néodruides New Age qui se retrouvent à Stonehenge, à chaque solstice d’été. En France, l’historien et naturaliste Christophe-Paul de Robien (1698/1756), premier véritable archéologue de ces pierres brutes, dessine quantités de croquis, dresse les plans de ces assemblages mégalithiques, mène des relevés et des fouilles. Sous certains dolmens, il dégage des restes humains. La légende est en marche. Un peu plus tard, dans les années 1790, Théophile-Malo Corret de La Tour d’Auvergne (1743/1800), un Breton celtisant, peut écrire sans ciller, à propos des dolmens, que « c’est sur de tels autels, où l’art ne disputait presque rien à la nature (…), que les druides sacrifiaient à la divinité, choisissant le plus souvent des hommes comme victimes ». Ces mêmes victimes dont on retrouvait, soudain, les ossements !… Le dolmen devient donc une « table sacrificielle » – d’où son nom, forgé à partir de la langue bretonne : dolmen ou « table de pierre ». Dans les milieux scientifiques, la confusion ne durera pas. A partir de 1850, toutes les communautés scientifiques découvrent ensemble l’ancienneté du monde et de l’humanité. « vers 1860, les premières chronologies sont établies et un consensus se forme dans la communauté scientifique pour séparer complètement les Gaulois des mégalithes » dit Jean Paul Demoule. Peu à peu on réalise que les dolmens ne sont pas des autels : ils sont la structure interne de tertres funéraires disparus sous l’effet de l’érosion. « Il faut les imaginer recouvert de terre et de cailloux, formant un tumulus avec, souvent, un couloir d’accès menant à une ou plusieurs chambres funéraires protégées par les grandes pierres que seules on peut voir aujourd’hui », dit Jean-Pierre Mohen. Des tombes, donc, « qui ne sont pas si différentes des pyramides égyptiennes », précise M. Demoule. Quant aux menhirs, sans doute d’abord érigés par des populations de chasseurs-cueilleurs au seuil de la sédentarisation, ils sont sans doute des jalons. Une manière pour un groupe de signaler sa présence sur un territoire et, aussi, de faire étalage de sa force et sa détermination (il en faut pour déplacer et dresser une pierre de 300 tonnes). Plus tardifs, les grands cercles de pierres comme Stonehenge seraient plutôt des observatoires de cycles astronomiques, en particulier celui du Soleil. En fonction des pierres entre lesquelles l’astre de jour se lève, les cromlechs auraient permis « de déterminer l’époque à laquelle il convient de semer, de récolter, etc. », dit Jean-Pierre Mohen. Quel désarroi ! Jusqu’au début du XIXe siècle, « nos ancêtres les Gaulois » avaient des temples, fussent-ils de pierres brutes. Voici que les savants leur ôtent les seuls vestiges qui semblaient les matérialiser ! « Cela a contribué à renforcer l’idée d’une religion gauloise « naturaliste »; s’exerçant dans la nature, près de sources, de rivières, dans des clairières perdues dans la forêt, dit Christian Goudineau. Un célèbre texte de Pline l’Ancien [23/79]semblait appuyer cette idée. Il détaille le rituel gaulois de la cueillette du gui, qui doit s’effectuer dans la forêt, avec une serpe d’or, au « sixième jour de la lune » et nécessite le sacrifice de deux jeunes taureaux blancs. » Pourquoi chercher plus loin ? La forêt, toujours elle. Voilà le grand temple de « nos ancêtres les Gaulois » ! A ceci près, précise M.Goudineau, qu’«au XIXe siècle, tout le monde prend ce texte pour la description d’une pratique religieuse en tant que telle ; mais, à bien le lire, il ne décrit qu’une coutume associée à la collecte d’une plante médicinale ». Où diable « nos ancêtres les Gaulois » rendaient-ils grâce à Esus, Teutates,Taranis, et sans doute beaucoup d’autres de leurs dieux ? Ni sous la pierre nue ni dans les bois. « En 1977, dans un champ de la commune de Gournay-sur-Aronde [Oise], nous découvrons d’importantes quantités d’armes gauloises en fer mêlées à des ossements animaux, raconte l’archéologue et historien Jean-Louis Brunaux (CNRS), qui dirigeait les fouilles. Je me rends compte qu’il s’agit d’un fossé. En le suivant, nous réalisons qu’il dessine un enclos quadrangulaire d’une cinquantaine de m de côté« . En fouillant l’intérieur, les chercheurs découvrent un petit temple gallo-romain et,dessous, dans les niveaux proprement gaulois, « des fosses dont on s’aperçoit qu’elles ont servi à des sacrifices de boeufs, de porcs ou de moutons », dit M. Brunaux: « C’est exactement ce que l’on trouve dans le monde gréco-romain. Une enceinte bien délimitée dans laquelle on procède à des sacrifices animaux. Nous avons là un sanctuaire. » La datation des lieux indique que le culte s’exerçait ici au milieu du IIIe siècle. Un culte dont le «temple » rappelle le temenos grec ou le templum romain. A cette grande différence que ces sanctuaires gaulois sont de bois et qu’ils disparaissent presque totalement avec le temps, ne laissant de traces qu’imprimées en négatif, en creux, dans le sol… Ce n’est pas tout. Car, sur les armes exhumées des fossés, les archéologues notent un détail étonnant: « Elles avaient connu une oxydation antérieure à leur dépôt, elles avaient rouillé avant d’être déposées dans le fossé. » Pour Jean-Louis Brunaux, l’explication est simple : « Les Gaulois ont procédé à un rite que les Grecs appellent l’anathema et qui consiste à offrir aux dieux des panoplies d’armes en les accrochant aux parois du sanctuaire. Quand ces armes tombaient au sol, on les ramassait et on les désacralisait en les rejetant dans le fossé. » Un rite auquel Plutarque donne une explication élégante: le trophée d’armes symbolise la haine de l’ennemi, et celle-ci ne doit pas être entretenue, elle ne doit vivre que le temps du trophée. Depuis la découverte de Gournay-sur-Aronde, quantité d’autres sanctuaires gaulois ont été mis au jour. Avec, parfois, ce « sentiment d’être quasiment dans une ambiance grecque», dit Jean-Louis Brunaux. Bien loin, en tout cas, de la pierre nue et de la forêt.
http://www.propagandes.info
A lire : Les Mégalithes, pierres de mémoire, de Jean-Pierre Mohen, Gallimard,1998.

mardi 23 octobre 2012

Des origines à nos jours Le paysan et ses outils

Au commencement, les hommes vivaient dans des abris sous roche et tiraient leur subsistance de la chasse, de la pêche et de la cueillette... Peu nombreux, ils se déplaçaient en petits groupes et jouissaient sans trop de mal des fruits de la Terre.
Tout change vers 12.500 ans av. J.-C.. Avec la fin des grandes glaciations, le Moyen-Orient se couvre de graminées (céréales). Les hommes de cette région n’ont plus besoin de se déplacer pour quérir leur nourriture. Ils se regroupent dans des villages pour des raisons sociales, culturelles, rituelles... et aussi parce qu'ils y trouvent plus de confort. C’est le cas en particulier des femmes enceintes ou en charge de nourrissons, des handicapés et des personnes âgées.
Mais avec le confort, les villages voient leur population s’accroître. Les habitants doivent chercher la nourriture de plus en plus loin. Pour s’épargner cette peine, les plus astucieux ensemencent eux-mêmes les abords de leur village.
C’est ainsi que naît l’agriculture, fille de la sédentarisation. Nous sommes les ultimes héritiers de cette «révolution néolithique». Nous allons vous raconter ici comment, grâce à l’ingéniosité humaine, elle a permis de multiplier par mille la population de la planète.
Isabelle Grégor

Que sont nos paysans devenus ?
 À l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire (Blois, 2012), Jean-Marc Moriceau, historien de la ruralité, s’est entretenu avec notre confrère le magazine Pèlerin sur la famille paysanne et son évolution en France au cours des siècles.
Il nous met en garde contre les clichés et rappelle par exemple qu’il était assez rare de voir plusieurs générations sous un même toit, y compris et surtout au Moyen Âge. Il montre aussi l’évolution du statut de la femme et du rôle de l’enfant…

La «révolution néolithique»

Avec la naissance de l'agriculture, notre ancêtre va doucement bouleverser son rapport avec la nature, ne se contentant plus de collecter les richesses du monde environnant, par la chasse, la pêche et la cueillette, mais choisissant de le domestiquer. Il se met ainsi à sélectionner plantes et animaux autrefois sauvages pour mieux maîtriser son approvisionnement. Après le chien, animal de compagnie et compagnon de chasse, le premier animal domestique est la chèvre.
Le paysan met son adresse au service de l'élaboration d'outils lui permettant de travailler la terre et ses productions : bâtons à fouir ou à battre les épis mais aussi haches, dont la lame polie est moins cassante, et faucilles en silex dentelé fixées avec du bitume sur des manches en bois démontables. Il broie les grains dans des mortiers ou dans des meules qui lui font découvrir les vertus du polissage de la pierre. Il développe la vannerie, la céramique et la poterie en vue de trier et stocker les céréales.
Les hommes tirent-t-ils profit de cette révolution ? Certes, ils se multiplient grâce à une alimentation plus régulière et de meilleures conditions de vie induites par la sédentarité. Mais leur état physique se dégrade (taille, ossature, dentition…) du fait de travaux agricoles pénibles et répétitifs.

L'arrivée des métaux

C'est en Anatolie (Turquie actuelle) que le cuivre est d'abord utilisé pour la fabrication de petits objets ou bijoux. Mais rapidement, au Ve millénaire en Mésopotamie (Irak actuel), le travail du métal permet à l'humanité de faire un bond en avant : en perfectionnant les fours, les artisans parviennent à élaborer des instruments plus grands et solides. L'innovation conforte en particulier la menuiserie qui voit ses outils gagner en précision.
 Vers cette époque (4.000 av. J.-C.) naît l'araire, qui permet de creuser des sillons dans la terre pour y jeter les semences. On ne tarde pas à la compléter par un semoir : les semences sont versées non plus à la volée mais à travers un tube en roseau fixé au manche de l'araire. Cet outil-verseur va augmenter de moitié les rendements céréaliers par rapport au semis à la volée.
En Égypte, sur les sols rendus meubles par les inondations du Nil, les paysans utilisent bientôt une araire améliorée, avec un versoir qui rejette la terre sur le côté. C'est une ébauche de la charrue.
La découverte de la technique de l'alliage, il y a 5.000 ans, permet aux habitants de Mésopotamie de produire des outils en bronze, mélange de cuivre et d’étain, plus résistants et faciles à travailler. Avec l'arrivée du fer, mis au point par les Hittites vers 1.500 av. J.-C., les moyens de traction et de défrichement gagnent encore en solidité. Relativement répandu, le fer devient un composant essentiel du monde agricole auquel il fournit des outils robustes et finalement assez bon marché : houe, bêche, pioche... Le Croissant fertile, de la Mésopotamie à l'Égypte, en profitent largement.
La roue fait tourner le monde
Quand, vers 3.400 av. J.-C., un scribe mésopotamien a reproduit sur sa tablette un simple rond, il ne savait pas que cette première représentation de la roue, sous forme de pictographe, allait marquer une étape majeure dans le progrès technique. Cette création, issue probablement de l'utilisation de rondins de bois, va susciter l’apparition du tour du potier, de la charrette et du char de combat.
D'abord composée d'un seul bloc puis de trois éléments, la roue est progressivement allégée jusqu'à se constituer de rayons, avec un essieu indépendant, au XVIIIe siècle av. J.-C. en Mésopotamie.
Les Gaulois auront l'idée de renforcer la roue avec un cerclage en fer pour en éviter l'usure. Beaucoup plus tard, au XIXe s. nos aïeux ajouteront un revêtement de caoutchouc afin de minimiser les chocs et améliorer ainsi le confort des voyageurs.

Inconvénient d’une main-d’œuvre servile

Au Ier millénaire av. J.-C., la montée en puissance des cités grecques puis de Rome ne débouche sur aucune avancée dans la vie des paysans. Les ingénieurs, tel Archimède, emploient leur talent dans les applications militaires ou les infrastructures urbaines. Pour les durs travaux de la terre, Grecs et Romains se satisfont de la main-d’œuvre servile procurée par les campagnes militaires. En matière de progrès agricoles, c'est du nord que vient l'innovation : les Celtes, autrement dit «nos ancêtres les Gaulois», conçoivent le tonneau en bois, plus pratique que les amphores en terre cuite, pour la conservation et le transport du vin. Ce peuple, très en avance en matière de charronnerie, met sa maîtrise des métaux au service du travail de la terre en inventant le soc de «l'araire gauloise» qui permet d'approfondir le sillon tracé et cultiver des sols plus difficiles.
Au 1er s. de notre ère, le vallus, une machine à moissonner, voit même le jour. Elle est décrite ici par Pline : « Dans les grands domaines des Gaules, de puissantes moissonneuses, pourvues de dents, sont poussées sur deux roues à travers la moisson par une bête de trait attelée en sens contraire : elles arrachent les épis qui tombent dans la moissonneuse » (Histoire naturelle, Ier s.)
La campagne dans l’Antiquité tardive
« Voici les objets dont on doit se pourvoir à la campagne : des charrues simples, ou, si le pays est plat, des charrues à oreilles qui, en élevant davantage les raies du labour, préservent les semences du séjour de l'eau pendant l'hiver ; des pioches, des houes, des serpes pour tailler les arbres et la vigne ; des faucilles pour la moisson, des faux pour la fenaison; des hoyaux, des loups, c'est-à-dire de petites scies à manche, dont les plus grandes n'aient qu'une coudée, qu'on peut facilement introduire au milieu des arbres ou des vignes pour les couper, ce qui est impraticable avec une scie commune; des plantoirs pour fixer les sarments dans les terres façonnées ; des faux en forme de croissant affilées par le dos ; des serpettes courbes pour détacher plus aisément des jeunes arbres les frousses sèches ou trop saillantes ; des faucilles dentelées pour couper la fougère ; de petites scies, des sarcloirs et des outils pour se débarrasser des ronces ; des haches simples ou à pic ; des pioches simples ou fourchues ; des haches dont le dos ressemble à une herse ; des cautères, des instruments pour la castration et pour la tonte, ou pour le pansement des animaux ; des tuniques de peau avec des capuchons, des guêtres et des gants de peau qui puissent servir dans les forêts ou dans les buissons, tant aux ouvrages rustiques qu'à l'exercice de la chasse». (Palladius, L'économie rurale, Ve s.)
À la chute de l'empire romain d’Occident, Byzance préserve vaille que vaille l’héritage scientifique de la Grèce hellénistique et va le transmettre aux puissances en devenir, l'Islam et l'Occident chrétien.
 Dans les terres conquises par les cavaliers musulmans, tout comme le sous-continent indien, les paysans bénéficient de progrès sensibles dans la gestion de l'eau comme dans l'utilisation des engrais et la diversification des espèces.
Passé maître dans de nouvelles cultures (la pistache en Syrie, le café au Yémen ou l'orange en Andalousie...), le monde arabo-persan ne s'arrête pas là et crée de nouvelles variétés de fleurs, comme la tulipe. Il s'intéresse également à leur classification pour pouvoir mieux en utiliser les vertus médicinales. L'Orient chinois n'est pas en reste en matière agricole avec l’invention au début de l'ère chrétienne de l'indispensable brouette puis, au VIe siècle, de la charrue à versoir avec soc métallique qui permet aux animaux de trait de moins se fatiguer.
Maîtriser les eaux
Née en Mésopotamie, dans le pays des grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, l'agriculture a su très vite apprivoiser l’eau dont elle ne peut se passer.
Dès 5.000 av. J.-C., les habitants de la région créent canaux, vannes et rigoles pour irriguer leurs terres semi-arides en. Dans les régions isolées, ils s'aident d'engins élévatoires appelés chadoufs composés d'un levier, d'un contre-poids et d'un seau pour extraire de leurs puits le précieux liquide. Ces engins rustiques mais efficaces sont encore utilisés sur les bords du Nil.
En Perse, 1.000 ans av. J.-C., des équipes de puisatiers creusent des qanats (tunnels souterrains) à la recherche des nappes phréatiques. Les ingénieurs arabes, quant à eux, exploitent les techniques de l'Antiquité, de la Grèce à l'Égypte, pour mettre au point d'impressionnantes norias. N'y en avait-il pas, nous dit-on, près de 5.000 sur le Guadalquivir (Espagne) au XIIIe siècle ?
De la même façon, les Chinois tirent profit de la souplesse du bambou pour construire des roues à eau et alimenter leurs immenses rizières. Dans certaines régions, des systèmes d'engrenages (saqiya dans les pays arabes) améliorent encore les pompes en diminuant la force de traction nécessaire à leur fonctionnement.
En Amérique au contraire, ce sont les techniques de terrassement et de drainage qui s'avèrent à la pointe du progrès : les Aztèques asséchaient ainsi des zones entières de marais qu'ils protégeaient ensuite par des digues.

Un Moyen Âge inventif

 Le Moyen Âge européen entraîne un foisonnement d’innovations dans le domaine agricole dont l’une des plus importantes est la charrue.
Grâce à un long couteau en fer, le coutre, qui ouvre la terre avant le passage du soc et de son versoir, elle permet dès le VIIIe siècle la mise en culture des sols lourds et argileux de l’Europe du nord.
Pesante pour mieux éventrer les lourdes terres, souvent montée sur roues, elle nécessite des attelages d'au moins huit bœufs avant que prennent la relève des chevaux de races résistantes, introduits par les Barbares au VIIIe siècle.
Ces attelages sont permis grâce à des systèmes d’attelage innovants qui allègent la peine des animaux ; le harnais de trait et le collier d’épaule, venus de Chine et introduits en Europe dès avant l’An Mil. À la même époque se diffuse aussi le fer à cheval (ou à bœuf).
Correctement attelés grâce au nouveau collier d'épaule et disposés en file indienne pour additionner les efforts, les chevaux se révèlent efficaces dans des champs gras où ils dérapent moins que les bœufs. Ils allègent considérablement le travail du paysan et participent au bond en avant de l'agriculture médiévale.
Ils révolutionnent aussi le transport des charges lourdes. Avec le harnais, une paire de chevaux arrive à tirer jusqu'à six tonnes alors que, sous l'Antiquité, ils ne pouvaient tirer plus de 500 kilos sous peine d'étranglement  et un édit de l'empereur Théodose avait même fait de cette limite une obligation légale.
Nantis d'animaux, les paysans recueillent avec soin le fumier pour amender les champs. Les moutons sont particulièrement appréciés : leurs troupeaux sont conduits sur les jachères afin de les enrichir de leurs excréments et d'aérer le sol de leurs sabots qu'en bons connaisseurs, les paysans qualifient de «sabots d'or».
Un outil, la herse, qui ne servait jusqu'alors qu'à désherber, gagne de l'importance en permettant de recouvrir les semis. Grandes faux et faucilles - moins chères - demeurent les traditionnels outils de la moisson. Les épis, une fois coupés, sont battus au fléau de façon à en extraire les grains.
Les rendements sont honorables compte tenu des techniques disponibles. Dans les céréales, on arrive sur les bonnes terres à sept ou huit grains récoltés par grain semé (contre vingt pour un en moyenne aujourd'hui). 
Il s'ensuit une amélioration des conditions de vie avec une alimentation relativement riche et variée qui inclut le pain de froment et la viande dans les régions les plus avancées comme le Bassin Parisien. «Ces campagnes médiévales d'Occident nourrissent mieux leurs hommes que ne l'ont fait ou ne le font encore tant d'autres pays où la faim est un mal de chaque année», souligne l'historien Jacques Heers. 
Le moulin remplace le travailleur
Dès l’Antiquité, pour en finir avec la corvée de la meule qui écrase les grains, on a cherché à remplacer le travail humain par la force animale ou la force mécanique. Doté d'une roue verticale ou horizontale, le moulin utilise selon les régions la force du vent (VIIe siècle, en Afghanistan), des rivières (IIIe siècle, en Turquie), voire de la marée, dès le Xe à Bassora (Irak) et le XIIe siècle dans la région nantaise.
Gros demandeur en argent et savoir-faire, ce bâtiment en bois ou pierre est vite devenu symbole du pouvoir.
Son développement, freiné pendant l'Antiquité par la disponibilité de nombreux esclaves, a été relancé au XIIe siècle du fait de l'explosion démographique et des ordres religieux, en particulier les Cisterciens et le Chartreux, qui eurent plus que quiconque le souci d’économiser la peine des hommes et comprirent l'intérêt de cette machine pour d'autres secteurs que l’agriculture (textile, métallurgie puis papier).

De la mécanisation à la fin des paysans

Riche en exploits scientifiques, la Renaissance a peu profité aux paysans. L'époque ne manque pourtant pas de visionnaires, comme Olivier de Serres, devenu le père de l'agronomie moderne avec la publication du Théâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs (1599). Dans cet essai inspiré par ses propres expérimentations et les agronomes romains tel Columelle, il préconise en particulier la suppression de la jachère (on laisse reposer le sol pendant une année après avoir récolté les céréales) et son remplacement par un semis de légumineuses comme la luzerne, des plantes riches en azote qui vont restaurer le sol et servir à l'alimentation du bétail.
Mais le progrès n'est pas linéaire : «La situation alimentaire était, pour les paysans, bien meilleure au temps de Charles VII et de Louis XI que deux siècles plus tard», note cruellement Jacques Heers. Jusqu'à l’aube du XVIIIe siècle, les innovations techniques sont maigres comme s'en plaignent les Encyclopédistes : «Que l'on compare une charrue à une chaise de poste ! On verra que l'une est une machine grossière ; l'autre, au contraire, est un chef-d’œuvre auquel tous les arts ont concouru. Notre charrue n'est pas meilleure que celle des Grecs et des Romains. […] L'art de la culture des terres a été négligé, parce qu'il n'a été exercé que par les gens de la campagne. Les objets de luxe ont prévalu, même en agriculture. […] Nous connaissons l'architecture des jardins, tandis que la mécanique du laboureur n'a presque fait aucun progrès» (article «Botanique» de L'Encyclopédie, 1751).
Il faut attendre le Siècle des Lumières pour que le souci de faciliter les travaux des champs et développer les rendements s'impose aux ingénieurs.
La mécanisation s’accélère avec la révolution industrielle au siècle suivant et l’arrivée de la machine à vapeur.
«L'introduction d'un matériel perfectionné dans une ferme […] est véritablement une œuvre de progrès et d'humanité et c'est ce but que le Gouvernement de la République s'attache à poursuivre». Cette circulaire adressée aux préfets par le ministère de l'Agriculture en 1876 résume bien l'esprit de ce siècle : il est temps de faire profiter la paysannerie des avancées techniques considérables qui marquent l'époque.
Paradoxalement, cela ne va pas sans réticences : n'est-ce pas enlever sa subsistance au paysan qui, à l'image du laboureur (du latin laborare : travail), se définit par sa capacité à effectuer une activité manuelle ? Adam n'a-t-il pas été condamné à vivre à la sueur de son front ?
Par ailleurs le monde agricole, replié sur lui-même, voit encore d'un mauvais œil ces techniques nouvelles qui s'adaptent mal aux parcelles morcelées. Et pourquoi s'endetter lourdement si la main-d'oeuvre abonde ? Enfin, nombre de paysans ne sont toujours pas propriétaires de leurs terres : métayers ou salariés, il restent au service de grands propriétaires qui leur confient des surfaces réduites. La marche du progrès entraînée par la révolution industrielle ne s'arrête pas à ces considérations.
Superstitions paysannes
Outil de travail dont dépend le sort de la famille, le matériel agricole est l'objet de toutes les attentions de la part de son propriétaire qui n'hésite pas à faire intervenir l'irrationnel pour le protéger.
C'est ainsi que le laboureur, avant de tracer les premiers sillons avec une nouvelle charrue, va tracer une croix de cire sur ses manchons. Il se place ainsi dans la tradition antique : Romulus n'a-t-il pas tracé les contours de Rome à l'aide du charrue comme, avant lui, avait symboliquement fondé la ville d'Éryx (Sicile) en délimitant un espace sacré ?
De leur côté, les moissonneurs appellent la protection de saint Jean sur leurs faux et faucilles en les brandissant au-dessus des traditionnels feux de joie de la Saint Jean-Baptiste (24 juin). Fixer un de ces instruments sur le pignon nord de sa cheminée permet par ailleurs de protéger du mauvais sort, tandis que verser sur la lame l'eau de sa toilette repousse les maladies. Mais attention à ne pas brûler un timon de votre charrue, vous risqueriez une agonie longue et douloureuse !
 La fin du XIXe siècle voit le triomphe de la motorisation dans les campagnes, encouragée par les sociétés d'agriculteurs, très actives et enthousiastes, et par les grandes exploitations confrontées au départ de la main-d’œuvre pour les villes.
Des fabricants de machines inondent les campagnes de leurs catalogues. C'est le cas de l'Américain Mc Cormick qui introduit sa moissonneuse en France en 1851 : de conception assez simple, tirée par un unique cheval, elle met fin à la corvée du fauchage manuel des champs et se répand très rapidement dans les fermes.
 En 1875, apparaissent aux États-Unis les premiers tracteurs à moteur à explosion. Mais, chers, complexes et peu pratiques, ces monstres d'acier peinent à prendre la place des premières locomobiles. Les faucheuses (1822), batteuses (1818) et faneuses (1816) rencontrent plus de succès. Elles permettent aux campagnes d'accéder à l'autosuffisance alimentaire tout en les affranchissant de la pénurie de main-d'oeuvre, attirée en ville par la révolution industrielle.
Après la création en 1881 du ministère de l'Agriculture, les travailleurs de la terre trouve une nouvelle aide précieuse dans l'apparition des syndicats agricoles, en 1884, qui les soutiennent pour les achats en commun. L'État reprendra l'initiative après 1918 pour relever le monde agricole, saigné par la Grande Guerre, en facilitant le remembrement tout en multipliant la production de tracteurs.
 En 1939, la moissonneuse-batteuse fait son apparition mais, comme l'ensemble du matériel agricole moderne, il lui faudra attendre les «Trente Glorieuses» de la seconde moitié du XXe siècle pour s'imposer. 
Après la Seconde guerre mondiale, en effet, «L'agriculture française sera moderne ou ne sera pas», pour reprendre l'expression de l'agronome René Dumont.
La mécanisation devient une des priorités du plan Monnet qui ambitionne de doter les campagnes de 200 000 tracteurs et d'y répandre l'utilisation des engrais. Les forgerons et inventeurs d'antan laissent alors la place aux groupes internationaux qui approvisionnent les nouvelles coopératives, soutenues par les banques.
Les tracteurs se font alors plus petits pour permettre à un homme seul de les utiliser tandis que des engins géants mettent en valeur les plus grandes propriétés. La mécanisation s'impose aujourd'hui dans la plupart des activités agricoles, en Europe et dans les pays émergents.
Pour répondre au principe de «toujours plus, plus vite», l'informatique et les hautes technologies sont entrées dans les fermes transformées en petites entreprises : services de météorologie, logiciels de déclarations et cadastres sont désormais accessibles en un clic.
Les rendements à l'hectare explosent mais c'est trop souvent au prix d'une dégradation des sols et de la biodiversité ainsi que d'une consommation massive de ressources fossiles (hydrocarbures). Les conditions de vie des derniers paysans s'améliorent et se rapprochent de celles des citadins mais parfois au prix de leur asservissement au secteur agro-industriel et à la grande distribution.

Sources bibliographiques

- «L'Homme et la machine» (Les Cahiers Science et vie, n°132, octobre 2012).
- Jacques Heers, Le travail au Moyen Âge, (Que sais-je? PUF, 1965).
- Marie-Claire Amouretti et Georges Comet, Hommes et techniques de l'Antiquité à la Renaissance, éd. Armand Colin, 1993.
- Georges Duby, L'Économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval, Flammarion,  1962.
- Jacquetta Hawkes, Atlas culturel de la préhistoire et de l'antiquité, Elsevier, 1978.
- Rosine Lagier, Il y a un siècle... la France paysanne, Ouest-France, 2003.
- Christophe Lefébure et Alain Baraton, Les Outils et travaux de la ferme, Flammarion («La Maison rustique»), 2006.