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jeudi 28 novembre 2019

La Petite Histoire : La marine impériale sous Napoléon


On a trop souvent entendu dire que Napoléon, après la défaite de Trafalgar, a délaissé sa marine. Pire : qu’il ne s’y intéressait pas ! Rien de plus faux. Certes, après l’échec de son projet d’invasion de l’Angleterre, l’Empereur est contraint de changer ses plans. Mais dès 1805, il lance un projet pharaonique de reconstruction de la marine, au point d’en faire une idée maîtresse dans l’expansion de l’empire. Retour sur une idée reçue sans aucun fondement.

dimanche 16 décembre 2012

Austerlitz, le zénith de Napoléon

Le 2 décembre 1805, jour anniversaire de son sacre, Napoléon 1er remporte à Austerlitz la plus belle de ses victoires.
« Il était la brune et les grenadiers à cheval portaient quatre torches allumées. Cela donna le signal d'un spectacle charmant : toute la Garde prit des poignées de paille après leurs baraques et les allumèrent. On se les allumait les uns aux autres et une de chaque main et tout le monde de crier : « Vive l'Empereur ! » et de sauter. Et ce fut le signal de tous les corps d'armée ; je peux certifier deux cent mille torches allumées et toutes les musiques jouaient et les tambours battaient aux champs. »
C'est ainsi que le capitaine Jean-Roch Coignet relate, dans ses Carnets, la soirée du 1er décembre 1805. La Grande Armée bivouaque alors en face des armées autrichiennes et russes, commandées par le maréchal Koutouzov, en présence de l'empereur d'Autriche, François II, et du Tsar de Russie, Alexandre Ier. Napoléon vient de rentrer d'une visite aux avant-postes, au cours de laquelle son escorte et lui ont été pris en chasse par un parti de cosaques. Il fait nuit, il gèle. Demain, 2 décembre, jour anniversaire du Sacre, la bataille s'engagera, près d'un village autrichien au nom encore inconnu : Austerlitz.
Les soldats français qui vont se battre viennent de traverser l'Europe à marche forcée. Projetant un débarquement en Angleterre, l'éternelle adversaire dont le gouvernement s'efforçait de nouer une nouvelle coalition contre la France, Napoléon avait réuni une armée devant Boulogne. La défaite navale de Trafalgar, va ruiner ce projet, mais lorsqu'elle survient, le 20 octobre 1805, l'Empereur a déjà levé le camp, afin de prendre de vitesse les coalisés sur le continent. Une première armée autrichienne ayant été battue à Elchingen et contrainte de capituler à Ulm, les Français sont entrés à Vienne, d'où Napoléon a gagné Brünn, en Moravie.
Au cours des jours qui précèdent l'affrontement, l'Empereur se livre à une véritable « intox » destinée à convaincre ses adversaires qu'il craint d'être attaqué. Ceux-ci en sont d'autant plus convaincus que leurs effectifs sont supérieurs à ceux de la Grande Armée, en hommes (85 700 contre 73 100 côté français) et en artillerie (278 canons contre 129).
La stratégie de Napoléon, telle qu'il l'expose aux troupes dans un ordre du jour, prévoit de laisser aux Austro-Russes le plateau du Pratzen, qui domine, au centre, le champ de bataille, et de dégarnir volontairement son aile droite. Il espère que l'adversaire l'attaquera, en lui présentant ainsi son flanc que lui, Napoléon, percera alors, coupant en deux l'armée ennemie.
Or, en face, la stratégie du général Weirother, imposée à Koutouzov, répond à ces vœux : elle prévoit en effet de descendre du Pratzen pour porter l'effort principal sur la droite française.
Au matin du 2 décembre, masquées par le brouillard, les divisions commandées par le maréchal Soult s'installent en silence au pied du Pratzen.
L'aile gauche française est confiée aux maréchaux Larmes et Murât, qui ont en face d'eux le prince Bagration.
La droite est commandée par le général Legrand, qui attend le renfort du maréchal Davout. Les troupes de ce dernier, parties de Vienne, ont parcouru 110 kilomètres en 48 heures et bivouaqué la veille au soir, à 15 km du champ de bataille. Une partie de la division Legrand s'appuie sur les villages de Telnitz et de Sokolnitz, dont l'ennemi doit impérativement s'emparer pour tourner les Français et leur couper la retraite par la route de Vienne. Le plan de Napoléon repose sur la vaillance de ces quelques régiments.
Le 2 décembre, avant le lever du jour, le Tsar Alexandre ordonne d'attaquer la droite française, en trois colonnes qui, mal coordonnées, donnent l'assaut aux Français l'une après l'autre. En face, les hommes de Legrand (brigades Merle et Levasseur, soutenues par les chasseurs à cheval du général Margaron) tiennent tête devant Telnitz et Sokolnitz. Pendant des heures, 3 700 Français, ne disposant que de quelques bouches à feu, résistent héroïquement à 33 000 Austro-Russes appuyés par 136 canons.
Ceux-ci viennent de chasser enfin les Français de Telnitz et de pénétrer dans Sokolnitz, quand surviennent les renforts de Davout, qui reprennent les villages (Telnitz changera de mains plusieurs fois). La situation des Français, toujours très inférieurs en nombre, reste pourtant fragile et les combattants de l'aile droite croient même la bataille perdue, lorsque l'artillerie française tonne du haut du Pratzen, à la stupeur des ennemis, qui s'arrêtent, puis s'enfuient.
À 8 h30, en effet, sur l'ordre de Napoléon, les troupes du maréchal Soult se sont portées sur le Pratzen. Le fameux « soleil d'Austerlitz », dissipant le brouillard, révèle aux Austro-Russes stupéfaits la présence des Français, qui chargent et les prennent de flanc.
Sur l'aile gauche française, le combat s'est aussi engagé entre le corps d'armée de Larmes et la cavalerie de Murât d'un côté, les troupes du prince Bagration et la cavalerie du prince de Liechtenstein de l'autre. Ici aussi, les combattants se montrent héroïques.
C'est alors que se livre, sur le Pratzen, un duel de cavalerie entre les gardes impériales russe et française, dont les Français sortent vainqueurs et qui inspirera au peintre Gérard un tableau célèbre. « Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg ! », crie le général Rapp en s'élançant à la tête des mamelouks et des chasseurs à cheval : « La charge fut terrible ; l'infanterie n'osait hasarder son feu ; tout était pêle-mêle, nous combattions corps à corps, a raconté Rapp. Enfin l'intrépidité de nos troupes triomphe de tous les obstacles ; les Russes fuient et se débandent. »
Prises en tenailles, les colonnes ennemies se dispersent. Ceux des soldats russes et autrichiens qui ne sont pas tués ou capturés, tentent de fuir par des étangs gelés que Napoléon fait bombarder. Pour les Russes et les Autrichiens, la défaite est complète. Le bilan s'élève à 1 537 tués et 7 000 blessés pour la Grande Armée, alors que les Russes perdent 21 000 hommes et les Autrichiens 6 000.
Politiquement, cependant, cette victoire, la plus belle de Napoléon, débouchera sur une paix précaire.
Jean-Pierre Nomen monde & vie 4 décembre 2012

dimanche 15 mai 2011

TOCQUEVILLE Réticences et illusions

Certains bacheliers ont planché cette année sur Alexis de Tocqueville, ici chantre des libertés locales. Ses jeunes lecteurs auront découvert ses réticences pour la démocratie, certes teintées d'illusions.
Nous lirons aujourd'hui l'essentiel d'une page qui fut proposée au baccalauréat scientifique cette année comme troisième sujet de philosophie (explication de texte). Un sujet de bac intéressant et non subversif méritait qu'on le signalât.
Un lien étroit
On tire difficilement un homme de lui-même pour l'intéresser à la destinée de tout l'État, parce qu'il comprend mal l'influence que la destinée de l'État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d'un premier coup d'oeil qu'il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu'on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l'intérêt particulier à l'intérêt général.
C'est donc en chargeant les citoyens de l'administration des petites affaires, bien plus qu'en leur livrant le gouvernement des grandes, qu'on les intéresse au bien public et qu'on leur fait voir le besoin qu'ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.
On peut, par une action d'éclat, captiver tout à coup la faveur d'un peuple ; mais pour gagner l'amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation bien établie de désintéressement.
Les libertés locales, qui font qu'un grand nombre de citoyens mettent du prix à l'affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s'entraider.(1)
Complexité
À la première lecture, ce texte d'Alexis de Tocqueville (1805-1859) semble assez proche de nos idées. On simplifie sottement Tocqueville en affirmant sans l'avoir lu qu'il fut l'un des pères du libéralisme politique. C'est vrai, mais sa pensée se révèle autrement complexe et il est intéressant de corroborer les démonstrations contre-révolutionnaires en les rapprochant de réflexions venues d'autres bords.
Tyrannie du nombre
Tocqueville croyait que le triomphe de la démocratie était inéluctable, mais, loin de s'en réjouir aveuglément, il se montrait fort conscient de ses dangers. Il avait remarqué, en analysant l'absence d'indépendance d'esprit aux États-Unis, que, toutes les opinions étant considérées comme égales, la démocratie engendrait par la tyrannie du nombre une opinion “moyenne”, un consensus qui n'était qu'un conformisme. Il avait vu, et il faut saluer sa clairvoyance, que la démocratie menait au despotisme : les citoyens s'en remettent de plus en plus à l'État pour assurer une extension de l'égalité par la loi, et on en arrive à l'égalité sans la liberté à cause de « l'esprit d'égalité extrême » que dénonçait déjà Montesquieu. Donc, pensait Tocqueville, la démocratie a besoin des corps intermédiaires comme ils existaient sous l'Ancien Régime, associations, corporations, libertés communales… Seuls ces corps permettent aux particuliers de résister à « l'empire moral des majorités ». Cette conviction explique la qualité du texte que nous venons de lire. On peut ainsi opposer Tocqueville à Rousseau dont la « volonté générale » du Contrat social annonce les pires totalitarismes, policiers ou moraux.
Pas de fatalité en histoire
Contre-révolutionnaire Tocqueville ? Non, seulement utilisable par la Contre-Révolution grâce aux aspects de son oeuvre que nous venons de présenter succinctement. Son erreur consiste en la conviction que rien n'arrêterait les succès de la démocratie alors qu'il n'existe aucune fatalité en histoire, sinon que nous sommes tous mortels. Il se berça de l'illusion qu'on pouvait obtenir, grâce à des garde-fous, une démocratie modérée, mais le dompteur qui mettra un frein à la fureur dévastatrice de l'envie démocratique n'est pas encore né. « On n'organise pas la démocratie, dit Maurras, on ne démocratise pas l'organisation. »
GÉRARD BAUDIN L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 16 au 29 juillet 2009
(1) - Alexis de Tocqueville : De la démocratie en Amérique, 1835.

jeudi 14 mai 2009

27 septembre 1805 l'Empereur-Soldat

En ce 27 septembre 1805 la pluie tombe à torrents sur le Rhin. Il est cinq heures du matin. Le pont de Kehl est ébranlé par la marche d'une troupe d'où monte de temps en temps, porté par les accents de toutes les régions de France, le cri de "Vive l'Empereur !". Il fait froid et les rafales de vent semblent unir en un même tourbillon l'eau qui tombe des nuages bas et celle qui monte du fleuve, sous forme de brouillards pénétrants : Impavide, Napoléon regarde passer devant lui les hommes de sa garde, dont les bonnets à poil, en peau d'ours, défient la colère du ciel. Les hommes marchent d'un bon pas. Il s'agit de tenir la cadence fixée par l'Empereur à sa grande Armée : 3,9 kilomètres à l'heure, quelles que soient les intempéries.
Max Gallo, auteur d'un Napoléon qui ne manque pas d'intérêt (4 volumes, Robert Laffont), décrit la scène : « Napoléon se tient droit sur son cheval. Il ne sent pas la pluie qui glisse sur le chapeau déjà imbibé d'eau, déformé, et sur la redingote devenue lourde. C'est ainsi qu'on commande aux hommes qui vont mourir, en demeurant à leur côté. Il reste sur le pont, immobile plusieurs heures durant. Il faut qu'on le voie, que chaque soldat sache que l'Empereur était là. Et qu'il va conduire la campagne. »
Fantastique coup de poker. Après la rupture de la paix d'Amiens par l'Angleterre, qui refusait d'évacuer Malte - clef de la route méditerranéenne vers l'Egypte - Napoléon avait repris à son compte le projet déjà agité sous le Directoire : débarquer en Angleterre. En 1798, la tentative menée en Irlande par le général Humbert, qui misait sur le vieil antagoniste anglo-irlandais, avait échoué faute de moyens. Napoléon veut frapper de façon plus directe : débarquer à Douvres avec deux cent mille hommes puis marcher sur Londres. Pour cela, il faut avoir la maîtrise de la Manche pendant une dizaine d'heures. Donc éloigner le gros de cette flotte de guerre qui est la force de l'Angleterre.
C'est la mission assignée aux amiraux Ganteaume (escadre de Brest) et Villeneuve (escadre de Toulon) : faire voile vers les Antilles, où ils seront rejoints par les navires français venus de Rochefort et par les alliés espagnols de Cadix et de Ferrol, pour attirer derrière eux les Anglais inquiets de ces mouvements. Mais le rendez-vous antillais est manqué par manque de coordination. De plus les Anglais ne sont pas dupes et leur amirauté sait bien que tout va se jouer en Manche : « Si l'ennemi est maître du canal, l'Angleterre est perdue. »
Napoléon a beaucoup misé sur l'invasion de l'Angleterre. Il a réuni au camp de Boulogne la meilleure armée du monde, la sienne. Il a participé lui-même aux manœuvres d'embarquement sur les canonnières en prenant tous les risques face à une mer difficile. Il sait qu'on peut tout demander à des hommes lorsqu'on risque tout soi-même, avec eux et comme eux. Mais, lorsqu'il apprend que Villeneuve s'est réfugié à Cadix, Napoléon laisse parler son génie : il renverse toute sa stratégie pour faire face aux Autrichiens et aux Russes qui, dopés par l'or anglais, mobilisent contre lui. Et il lance vers l'Est son armée, à marches forcées. Il faut frapper comme la foudre. « Soldats, dit l'ordre du jour du 30 septembre, votre Empereur est au milieu de vous. »
Deux mois plus tard, ce sera Austerlitz.
P. V National Hebdo du 24 au 30 septembre 1998