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dimanche 2 juillet 2023

Sagesse et progrès – Nature et fondements des idéologies contemporaines de Basile Athanase

 

Ouvrage préface par Guillaume Bernard, professeur et chercheur à l’ICES.

Un livre incontournable et indispensable en ces temps de confusion, de contradiction et de conflits apparemment irréductibles, certes, mais aussi d’hommes et de femmes de bonne volonté, en quête de Sagesse comme d’une Perle rare enfouie dans le champ  de nos attentes conscientes ou inconscientes, nos espérance les plus profondes, les plus tenaces, défiant par la même les séductions de la technoscience moderne, les vertiges hallucinants d’un Progrès dont les belles promesses humanistes héritées du XVIII° siècle virent au cauchemar entre les mains d’apprentis sorciers, géniteurs d’un « meilleur des mondes à venir » de plus en plus déshumanisant.

Depuis peu, les mots de woke, transhumanisme, Intelligence Artificielle, multiculturalisme et autres sont devenus les nouvelles formes d’expression de cette idéologie engendrée à la modernité : le progressisme. Diverses études, essentiellement sociologiques et historiques, proposent des analyses fondées sur l’idée commune selon laquelle l’Homme, parfois malgré lui, « doit » poursuivre son évolution au nom du Progrès.

Dans la dernière décennie du XXe, la société occidentale, bavarde, a promu la société de communication et la mondialisation devenues les « normes » constitutives d’un monde « nouveau », sans limites, appelé à effacer « l’ancien monde », mû par les valeurs chrétiennes. Malgré les prouesses technologiques et les utopies idéologiques du moment, la victoire (apparente) des régimes démocratiques en Occident, qui exaltent la liberté individuelle, est de plus en plus contrainte, en raison de son principe de « justice sociale » par la dictature des « minorités ». Ainsi, le dogmatisme progressiste, étroitement lié à celui d’évolution, impacte de plus en plus les hommes de notre temps. En réalité, ceux-ci semblent affectés d’un mal commun que les sagesses philosophique et chrétienne appellent la démesure.

Basile Athanase réussit le difficile tour de force de produire un ouvrage qui marie harmonieusement trois qualités fondamentales devenues assez rares aujourd’hui :

  • Etre pédagogiquement attractif pour toutes les générations de lecteurs qu’interpellent a des degrés divers les grands problèmes de notre temps.
  • Déployer une savante réflexion, d’une belle envergure philosophique et théologique, laquelle dans sa visée pédagogique demeure toujours à l’écoute et au service des personnes qui ont le bonheur de lire les sept chapitres d’une démonstration à la fois progressive et rigoureuse sans se départir dus souci de la nuance quand elle s’impose.
  • Sans jamais tomber dans le travers de la partialité réductrice ou de la contestation déloyale, ce travail révèle bien au contraire, à un haut niveau de précision, et de profusion référentielle dans les Notes et le Glossaire, l’impressionnante somme d’érudition qui s’avérait nécessaire pour la contextualisation historique, intellectuelle et morale du projet d’ensemble…

L’auteur de cet essai, prêtre catholique et philosophe, souhaite réinterroger la philosophie entendue sous le vocable de « sagesse », telle que les philosophes gréco-latins et la pensée chrétienne l’entendent. L’essayiste s’emploie pour cela à mettre en perspective les notions de sagesse et de Progrès, déterminantes pour l’avenir du genre humain qui, en ce premier quart du XXIe siècle, parait plus que jamais désorienté et même à l’agonie.

À qui s’adresse cet ouvrage ?

A tous les hommes et les femmes de bonne volonté, soucieux de comprendre, pour mieux les combattre, les idéologies qui ont prise sur notre société contemporaine. Cet essai souhaite également poser les principales objections ou pistes de réflexion qui pourront intéresser, de manière générale, les lycéens (et les parents responsables de l’instruction de leurs enfants) et, de manière plus particulière, ceux (pour combien de temps ?) qui sont soumis, depuis 2021, aux programmes de spécialités des épreuves du baccalauréat dans lesquels s’introduisent de nombreuses thématiques que nous soulevons dans cet écrit et auxquelles nous apportons des réponses chrétiennes.

Plus d’informations ( sommaire etc ) et commandes sur LIVRES EN FAMILLE

Sagesse et progrès – Nature et fondements des idéologies contemporaines, Basile Athanase, 148 pages, Préface de Guillaume Bernard, 14€.

https://www.medias-presse.info/sagesse-et-progres-nature-et-fondements-des-ideologies-contemporaines-de-basile-athanase/177395/

vendredi 11 juillet 2014

Olivier Dard sur Charles Maurras

Olivier Dard, professeur à l’université Paris-1 Sorbonne, est venu au Cercle Aristote nous présenter son Maurras.
Avec lui nous retrouvons l’extraordinaire aventure de l’Action Française qui marqua le début du XX siècle. 

jeudi 21 novembre 2013

« Les Titans et les dieux » de Friedrich Georg Jünger

« Les Titans sont les champions d’un ordre ancien aux murailles cyclopéennes et quasiment inaltérables »
Il y a 246 pages dans ce livre Les Titans et les dieux introduit par François Poncet et conclu par une bibliographie de Friedrich Georg Jünger par Alain de Benoist. Jacques Richan a également participé à sa publication.
Edité par Krisis en septembre 2013, le texte n’est pas d’un abord facile. Pourtant, intuitivement, on sent que l’effort nécessaire pour le lire sera récompensé. Chaos, Gaïa, Ouranos, Prométhée, Apollon, Pan, Dionysos, Héraclès et Achille, puis enfin Zeus, ont droit à une attention particulière se manifestant par un chapitre dédié. Accessoirement, on trouve les autres grandes figures de la mythologie grecque imbriquées dans le portrait de ces « vedettes ».
Comme il y a plusieurs manières d’aborder un livre, il y a plusieurs manières d’écrire. Le style de Friedrich Georg Jünger est essentiellement émotionnel, loin de celui de son frère Ernst, bien plus connu, factuel et clair. Si l’on n’y prend pas garde, on est vite perdu dans un verbiage psycho-intellectuel, en risquant la noyade à chaque ligne. Donc, pour les personnes aimant les idées claires, ce livre est un peu hermétique. L’auteur nous livre ses impressions, ses convictions, ses intuitions, mais aucun élément tangible ne participe à une quelconque démonstration de ses affirmations. Le premier sentiment de l’auteur de ces lignes était que ce livre était d’un abord difficile. J’allais l’abandonner et décliner la demande d’en faire une recension quand, toutefois intrigué, je décidai de pousser jusqu’à Prométhée.
Prométhée est une figure du monde écologiste. En bref, c’est lui qui vola le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Cet acte est à l’origine de la civilisation industrielle techno-scientifique. Et donc de la crise écologique. Pour cela il fut puni car les dieux percevaient les conséquences de son acte. Mais votre serviteur n’en savait guère davantage sur lui. En lisant le chapitre le concernant, effectivement, Friedrich Georg Jünger souligne l’ambition « développiste » de ce Titan : « Le monde prométhéen est toujours monde de travail ; nulle part son titanisme n’est plus évident que là où il s’active dans l’invention permanente, dans l’ambiance d’une pensée d’ingénieur, dans la sphère des ateliers. Prométhée tire orgueil des œuvres de son esprit et de sa main, orgueil que l’on retrouve chez l’homme prométhéen jusqu’à la déformation, jusqu’à cette autosatisfaction du travail et du travailleur qui replace l’esprit de Sisyphe au cœur de notre existence (p. 57). »
Quelle est exactement la contribution de Jünger à ce portrait de Prométhée ? Les savants répondront.
Le chapitre sur Prométhée étant limpide, relecture. M’étant alors immergé dans le style de l’auteur, tout devint plus clair. Ce travail, publié en 1947, année où fut tourné le film Germania anno zero de Roberto Rossellini, s’inscrit clairement comme une tentative de lecture allégorique de l’histoire de l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle.
Ce livre intéressera donc des lecteurs avides de mythologie grecque, mais aussi les personnes à la recherche de témoignages de l’esprit de cette époque. C’est une contribution importante. Sa signature est incontestable. Rappelons-nous pour cela la biographie de Friedrich Georg Jünger. Il naît en 1898. L’Allemagne, sous la tutelle de la Prusse et de la Maison de Hohenzollern, s’est imposée comme une sinon la puissance majeure de l’Europe. Puis c’est 1918. La défaite. Guillaume II abdique. S’ensuivent des révolutions urbaines, une guerre civile présentant de nombreuses similitudes avec la situation du grand voisin russe ; la montée des nationaux-socialistes et une nouvelle guerre mondiale, encore perdue en 1945. Fini le Gross Deutschland désormais partagé entre Russes et Américains. Dans ce bouillonnement politique, le bouillonnement intellectuel est de rigueur. Citons la physique quantique, la psychanalyse. D’autres courants traversent ce monde allemand, ou plutôt germanique, à la recherche de certitudes.
Nonobstant les engagements et les sensibilités des uns et des autres, beaucoup d’auteurs de langue allemande recherchent les composantes irréductibles de la nature humaine. On citera prudemment Alfred Rosenberg et son Mythe du XXe siècle (1930), succès de librairie inégalé alors. On évoquera plus ouvertement aussi l’œuvre de Carl G. Jung, pionnier de la psychologie de l’âme des peuples. Et d’autres. Friedrich Georg Jünger s’inscrit dans cette ambition. Il cherche dans la mythologie grecque les constantes fondamentales de la nature humaine. Se projetant dans la figure de Prométhée : « Il sent en lui des forces qui lui sont supérieures, qui l’amènent à croire qu’il peut la maîtriser de manière inédite. Ce n’est pas l’idée d’un monde créé, c’est l’idée de pouvoir créer un monde à lui seul qui le pousse en avant. C’est sans timidité qu’il contemple les grands archétypes de l’Être » (p. 62).
La question que nous pose Friedrich Georg Jünger est de déterminer si nous devons, en tant qu’Allemands, en tant qu’Européens, en tant qu’Hommes, être des dieux ou des Titans : « Mais Zeus retourne tout. L’homme doit maintenant se décider pour les Titans ou pour les dieux. Il doit, nous a-t-on dit, sublimer sa nature titanique en nature dionysiaque. Il doit passer par le pressoir pour parvenir à la maturité spirituelle. Le dieu le seconde en cela de sa démence cathartique. C’est une conception dans laquelle Dionysos fait l’office de dieu guérisseur. Celle même que nous retrouvons dans l’idée aristotélicienne de la tragédie, en place de  celle du mythe » (p. 93). Relevons dans cette phrase que Friedrich Georg Jünger a fait son choix : il attribue une majuscule à « Titan » pour ne concéder qu’une minuscule à « dieux ».
Une lecture fine permettra au lecteur de nourrir une réflexion s’inscrivant dans la grande alternative d’aujourd’hui opposant la Modernité se réalisant par la Mondialisation marchande, à l’image du monde des dieux ou de Dieu, à une Post-Modernité dont on ne dessine pas encore les contours, mais dont on perçoit que l’esprit des Titans est l’instigateur.
Friedrich Georg Jünger souligne que : « La victoire des dieux olympiens ne se remporte pas sans mal. Réduits à leurs seules forces, les dieux ne sauraient faire pencher la balance. Pour terrasser les Titans, il faut des Titans. La lutte des dieux contre les Titans n’implique aucun dualisme. On ne peut en faire le conflit d’un principe lumineux et d’un principe de ténèbres » (p. 203).
Face à une Allemagne s’étant engagée dans un titanisme qui l’a détruite, confrontée à une alliance (USA-URSS) résolument déiste, Friedrich Georg Jünger est amer : « Les Titans sont les champions d’un ordre ancien aux murailles cyclopéennes et quasiment inaltérables puisqu’elles sont l’œuvre de la nécessité même. Mais le nécessaire n’a jamais soulevé personne d’admiration, et la peine des hommes n’est qu’un effort ininterrompu pour rompre ces chaînes pesantes, dont les chairs sont lésées » (p. 206). A bon entendeur, salut !…
Autrement, comme l’écrit sobrement Alain de Benoist, initiateur de cette publication, en réponse à une question de l’auteur de ces lignes : « Les motivations de Krisis pour cette publication ? (…) le plaisir de porter à la connaissance du public français l’un des grands livres d’un auteur trop méconnu de ce côté-ci du Rhin, le frère d’Ernst Jünger. »
Frédéric Malaval, 17/11/2013
Friedrich Georg Jünger, Les Titans et les dieux. Mythes grecs, Krisis, septembre 2013, 244 pages, Librairie Facta, 4 rue de Clichy Paris IXe, tel. 01 48 74 59 14
http://www.polemia.com/les-titans-et-les-dieux-de-friedrich-georg-junger/

dimanche 23 juin 2013

Tocqueville et l’Action Française de Pierre GOUIRAND

Il peut paraître paradoxal de présenter dans un même ouvrage deux doctrines, politiquement opposées et exposées à quelque soixante ans de distance. Alexis de Tocqueville est surtout connu pour son livre De la démocratie en Amérique et l’Action Française comme le plus actif des mouvements royalistes du début du XX° siècle.
Entre 1903 et 1942, Charles Maurras et Léon de Montesquiou, ont publié plusieurs articles dans lesquels ils reprochent à Tocqueville de louer le régime démocratique américain et d’affirmer que la mise en place d’une démocratie, en France, était inévitable. Au contraire, les Maîtres de l’Action Française considéraient que le régime américain était une « ploutocratie » et que les élections s’y faisaient « à coup de chèques ». Tocqueville, toutefois avait perçu en Amérique les défauts de la démocratie mais pensait qu’il suffirait de mettre en place un certain nombre de « gardes-fous »pour en protéger le pays. Maurras, à l’opposé, disait qu’il était indispensable de continuer à lutter pour rétablir la Monarchie en France. Si les deux discours étaient politiquement inconciliables en revanche, socialement, ils avaient de nombreux points communs. Tocqueville était né dans une famille royaliste légitimiste qui avait beaucoup souffert de la Révolution et son père, Préfet sous la Restauration, avait été fait Pair de France par Louis XVIII. Lui-même, bien qu’ayant été Ministre de la II° République, était resté un monarchiste légitimiste convaincu. Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu montrer que bien souvent la pensée de Tocqueville rejoignait celle de Maurras et que tous deux n’avaient qu’un but : le bonheur des Français.
A propos de l’auteur :
Pierre Gouirand, dont le grand-père était "félibre", companion de Frédéric Mistral, dont le père a pour un temps dirigé la revue provençale "Le Feu", après des études au lycée Mignet d’Aix en Provence et à l’Ecole Hôtelière de Nice a fait sa carrière dans l’hôtellerie. Ce métier lui a permis de beaucoup voyager : Angleterre, Etats-Unis d’Amérique, Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Venezuela, Chili, Mexique, etc.) Maroc avant d’être nommé Directeur Général de l’Hôtel Westminster à Nice. À ce moment-là, il repris ses études et obtenu un doctorat de troisième cycle de philosophie sur Tocqueville et doctorat d’Etat ès-lettres d’histoire. Il a été chargé de cours à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, en gestion des aménagements touristiques et hôteliers et en sociologie, tout en continuant à diriger l’Hôtel Westminster. Le présent ouvrage est le fruit de recherches approfondies sur la philosophie politique de la fin du XIX° siècle et les débuts du XX°. Pierre Gouirand est maintenant à la retraite et continue à travailler sur Tocqueville et son histoire.
Apopsix   http://www.actionfrancaise.net

mercredi 22 mai 2013

Dominique Venner, la lueur sacrée de l’arme

Le mardi, Dominique Venner s’est tiré une balle dans la bouche, peu après 16 heures, dans le chœur de Notre-Dame de Paris, ce haut monument de la grandeur française, de sa spiritualité, de son génie, après avoir glissé un message sur l’autel. On a retrouvé sur lui six enveloppes cachetées adressées à ses proches. La presse, rapidement, a identifié le « désespéré » comme étant un « essayiste et ancien membre de l’OAS, proche de la mouvance des anti-mariage gay ». Fiche signalétique un peu courte. Dominique Venner était, par ses ouvrages historiques, la Nouvelle Revue d’Histoire, qu’il animait, ses interventions, sa personne, son personnage, une figure importante de la constellation nationale, un phare pour certains, un témoin capital pour tous.

Sa mort volontaire le transfigure. Par-là, il accomplit le temps, sa durée d’homme, celle d’une période qui semble clore la deuxième partie du XXe siècle, tout ce dont on est comptable devant l’éternité. Son geste, dont l’ostentatoire théâtralité s’inscrit dans une Antiquité pérenne, le fait cousiner avec des monstres héroïques comme Hannibal, Caton d’Utique, Sénèque, Mishima, Drieu, Montherlant, au-delà de la prose mondaine, pour le faire pénétrer dans la poésie sacrée de la longue mémoire. Il s’est réalisé, il s’est parfait, il est devenu ce en quoi l’éternité l’a fait advenir par sa volonté propre.

« Reviens en toi-même et regarde : si tu ne vois pas encore la beauté en toi, fais comme le sculpteur d’une statue… Comme lui, enlève le superflu, redresse ce qui est oblique, nettoie ce qui est sombre …, et ne cesse pas de sculpter ta propre statue…

Es-tu tout entier une lumière véritable, non pas une lumière de dimension ou de forme mesurables …, mais une lumière absolument sans mesure, parce qu’elle est supérieure à toute mesure et à toute quantité ? Te vois-tu dans cet état ? Tu es alors devenu une vision ; aie confiance en toi ; même en restant ici, tu as monté ; et tu n’as pas plus besoin de guide ; fixe ton regard et vois. »

PLOTIN

— Ennéades, I, VI.

Les derniers hommes, les lilliputiens, ont donné, en réaction, la mesure de leur petitesse morale. Frigide Barjot, jument efflanquée mangeant au râtelier le plus opulent, habituée des noces parisiennes gaies et raisonnablement camées, a parlé d’un « monsieur dérangé qui mélangeait tout, (...) qui n'allait pas bien, qui était dans une idéologie mortifère". Le député UMP Guillaume Peltier, a déclaré : «  C’est un drame humain » mais « c’est du grand n’importe quoi ! ».

D’aucun ont ressorti de leurs tiroirs freudiens l’inévitable haine de soi. On se tuerait parce qu’on ne s’aime pas. Toutefois, chez les païens (dont je suis), on ne quête pas des raisons de vivre (ou de mourir), dans l'affect, mais dans le sacré, c'est-à-dire le Beau supra-humain. Venner était au service de forces qui transcendent l'ego. C'est impensable qu'il ait abordé le problème sous l'angle de l'amour ou de la détestation de soi. Ridicule. De la psychologie pour magazine féminin.

Dans le dernier texte paru sur son blog, après avoir encore une fois condamné la "loi infâme du mariage pour tous », il offrait, à mi-mot, l’une des raisons de son acte, en avançant que nous entrions dans une époque où, pour "secouer les consciences anesthésiées, les paroles doivent être authentifiées par des actes."

S’est-il perçu comme le Mohamed Bouazizi de l’identité française ? Peut-être. Sans doute. Venner fut soldat. A ce titre, toute action doit porter son efficace. Un soldat n’aime pas le gaspillage. Surtout des vies humaines. L’avenir nous dira si la résistance à la fatalité n’est pas un vain mot.

Il est aussi nécessaire de faire la part du désespoir. Non qu’il faille l’interpréter de façon petite bourgeoise, empreinte de ce narcissisme pathologique qui dissout maintenant les personnalités. Notre désespoir n'est pas lâche. Il est celui d'êtres qui aiment, et qui aiment peut-être trop. Nous plaçons haut la France, et c'est pourquoi nous sommes désespérés. Mais c'est un désespoir viril.

Dominique Venner fait penser à ces consuls qui se dévouaient, qui allaient se faire tuer dans les rangs des ennemis, pour les emporter avec soi dans les enfers.

Il sera donc nécessaire, en bons légionnaires, de le venger, d’une façon ou d’une autre. Il est mort au combat, en service commandé, et c’est lui-même, en samouraï, qui s’est ordonné cette tâche. Puisque ainsi le veut notre temps, auquel manquent les chefs. Il faut le venger. En se bagarrant, en nous aimant, nous, les patriotes, au lieu de nous foutre des bâtons dans les pattes, en haïssant nos vrais ennemis, en ne se laissant pas abattre, en ayant du courage, en réfléchissant, en retrouvant l'amour de la France.

Qui n'a pas pensé à se faire sauter face à l'immonde ruine de notre pays ? Qui ne souffre pas de l'abjection présente n'a ni coeur, ni âme. Ce qui nous laisse en vie, c'est la rage. Le combat, seul, soutient l'esprit, et le peu de goût pour vivre. Vivre pour nos enfants et notre patrie, pour qu'ils existent encore dans l'honneur et la grandeur !

La patrie est en danger, comme jamais elle ne l'a été. C'est le message de Dominique Venner. Sa mort est une Révolte face au désastre que connaît notre patrie, qui est en voie de disparaître de la pire des façons, dans le grotesque, le ridicule, le déshonneur et l'abjection marchande.

« Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable », clame-t-il dans l’un de ses testaments. « Sacrifice », devant un autel chrétien, lui qui fit porter au christianisme la lourde responsabilité de la décadence européenne. Toute l’ambiguïté du geste sacrificiel est là, à la frontière conflictuelle entre Jérusalem et Athènes. Paradoxe vain, en vérité, car tout païen sait que le christianisme historique a modelé l’Europe avec le matériau antique, et que le paganisme a toujours rayonné sur la tunique du Christ. Mot pourtant chargé de sens. Le sacrifice relie avec le monde des dieux, et les appelle. Un Dieu viendra, dit Heidegger. Encore faut-il que les hommes crient leur besoin des dieux, du sens. Venner, l’avant-garde ? Cela lui ressemblerait.

Mais pas un martyr. Il ne faut pas faire de Venner un martyr (je donne mon sang, donc j'ai raison - version chrétienne - Je donne mon sang, donc j'ai des couilles - version fasciste). Il nous appelle à nous-mêmes, son geste assumé, libre, exige des hommes libres.

À quoi servirait de nous battre, d’affronter la servilité d’une société d’universel esclavage, si nous ne cherchions la liberté ? « Franc » signifie libre. Ceux qui ont fait Sparte et Rome ont, par le courage citoyen, craché à la mort et à la lâcheté la virilité de l’homme libre. Et ce n’est pas déconsidérer un homme, l’insulter, que de prendre au mot ce pour quoi il a donné sa vie, le désir, la nécessité d’être soi.

Non que j’aie quelque ambition d’être l’égal de Dominique Venner. Mais que faire d’autre, pour mériter l’honneur de le suivre, que de dire franchement, loyalement ce que l’on pense, ne pas le cacher comme un valet, le déployer à la lumière du soleil, hardiment, contre, peut-être, l’incompréhension de ceux qui confondent la soumission à un dogme, et l’adhésion rationnelle à une thèse ?

Voici donc : je prends des distances par rapport à son "dernier message" écrit. Je ne dis pas que l'islam est un problème à éluder. Je dis que le combat est un tout, le combat contre le capitalisme postmoderne, dont l'islamisme est une déclinaison. Je dis que le Français, tel qu'il est, tel que je le vois, américanisé, corrompu, oublieux de la gloire nationale, est un danger pire que l'islam. On ne peut pas se battre quand on a pour soldats des pourceaux. Il faut se redresser soi-même. Le combat est une éthique avant d'être une croisade. La première croisade, c'est d'abord de se défaire des poisons inoculés par le colonialisme yankee.

Le peuple français n'a pas attendu les immigrés pour connaître la "substitution". On dirait qu'un peuple français en a remplacé un autre. Je suis en face d'une autre race, presque d'une autre espèce. Moi qui ai connu la France des années soixante, je constate qu'elle a bel et bien disparu. Ne reste qu'un magma qui s'agite, ou un cadavre qui file dans le courant, et ne semble seulement "vivre" que quand des sollicitations commerciales lui triturent les chairs pourries.

C'est une raison suffisante pour quitter cette scène de boulevard.

Dominique Venner, à mon sens, a été trop aveuglé par sa haine d’ancien de l’Algérie française. Son ouvrage sur de Gaulle est pétri de malentendus, d’incompréhensions, et d’erreurs évidentes. Je ne le place pas pour autant, il va de soi – mais il est bon de le rappeler – au même niveau qu’une Christine Tasin ou que fdesouche, qui, par la culture, l’intelligence et la qualité d’être, ne lui arrivent pas à la cheville.

Mais qu’importe, pour l’heure ! A chaque jour suffit sa peine, et demain, il sera temps de polémiquer.

Dominique Venner nous a parlé. il faut lui être fidèle. Luttons ! Plus de pitié, surtout pour soi-même. De la rage, de la fureur, du courage !
Claude Bourrinet http://www.voxnr.com/

samedi 4 mai 2013

Discours de Paul Déroulède sur Jeanne d’Arc à Orléans (1909)

A l’occasion de la Béatification de Jeanne d’Arc, de grandes fêtes populaires ayant été organisées à Orléans le 6 mai 1909, Paul Déroulède s’y rendit à la tête d’une délégation de la Ligue des Patriotes, pour déposer une couronne sur le monument de la bonne Lorraine. Voici le très beau discours qu’il prononça au banquet qui suivit cette manifestation patriotique :
Mesdames,
Messieurs,
Il n’est pas de disposition d’esprit plus fâcheuse pour un auditoire que de s’attendre à un discours tout différent de celui qui sera prononcé ; il n’est pas non plus de déception qui puisse être plus funeste à un orateur. Je répéterai donc bien vite et bien haut ce qu’a si sagement écrit mon ami Marcel Habert dans le journal la Patrie. Je ne suis venu ici ni pour faire une manifestation politique, ni pour invectiver les ministres, les ministériels et le régime parlementaire, que je juge pourtant fort coupables ; j’y suis venu pour saluer Jeanne d’Arc, pour parler de Jeanne d’Arc, et pour la saluer et pour en parler en patriote chrétien que j’ai toujours été, en républicain catholique que je serai toujours.
Je ne voudrais pourtant pas, messieurs, que cette profession de foi — c’est bien le mot — puisse être attribuée par vous, soit à l’émotion que m’a mise au cœur la pieuse et magnifique cérémonie de tout à l’heure, soit à la reconnaissance qu’a fait naître en moi le geste inspiré par lequel Pie X a porté à ses lèvres le drapeau de la France. Je n’ai attendu ni ce pèlerinage à Orléans, ni cet émouvant écho des cérémonies de Saint-Pierre de Rome pour être ce que je suis et penser ce que je pense. Je rappellerai qu’il y a vingt ans, j’ai tenu ce même langage à la tribune de la Chambre en réponse à la proposition d’un garde des sceaux tendant à supprimer le Dimanche comme jour férié et je rappelle également que, pendant ma dernière campagne électorale en Charente, j’ai aussi nettement réclamé la revision des lois constitutionnelles que la revision des lois antireligieuses.
Vous me direz peut-être que cela ne m’a pas beaucoup réussi, j’en demeure d’accord, mais vous m’accorderez bien à votre tour qu’à aucune époque de ma vie publique, ce n’a été sur le succès ou sur l’insuccès de mes idées que j’ai réglé ma conscience et mes convictions.
Ceci posé, me blâme qui voudra, sourie qui voudra, mais qui m’écoutera n’est exposé du moins à aucune surprise et à aucun malentendu.
Etre de cœur avec les gens n’est trop souvent qu’une formule d’égoïsme et de paresse, il faut, dès qu’on le peut, y être de corps.
Et ce n’est pas seulement pour les amis vivants qu’il faut prendre la peine de se déranger et de se déplacer, c’est aussi pour les amis morts. Voilà pourquoi mes camarades parisiens et moi sommes venus aujourd’hui à Orléans! Car n’est-ce pas, patriotes, le fait qu’elle ait été promue par l’Église au rang de bienheureuse ne nous empêche pas de considérer toujours la grande Jeanne d’Arc comme notre grande amie. Il y a si longtemps que nous l’aimons d’avoir aimé la Patrie, si longtemps que nous l’admirons d’avoir si généreusement offert sa vie pour empêcher la mort de sa nation ; si longtemps que nous la bénissons d’avoir sauvé la terre et la race, le sang et l’âme de la France ! chère et sainte paysanne, ce n’est pas nous qui contesterons la vérité de ton affirmation ! Assurément oui ! Ta mission était de Dieu, puisque aussi bien il n’est pas dans toute notre histoire de plus divin miracle, il n’en est pas de plus évident que ton apparition libératrice.
Certes, il y a eu avant elle, il y a eu après elle, de glorieux hommes de guerre élevés dans le métier des armes, de vaillants hommes du peuple enrôlés sous nos drapeaux qui ont utilement et héroïquement servi la Patrie, mais ni avant elle, ni après elle, ni en France, ni en Europe, ni dans l’univers entier, aucune fille des champs ne sachant « ne A ne B » comme elle le disait naïvement elle-même, ne s’est tout à coup métamorphosée en chef d’armée, n’est tout à coup devenue un capitaine victorieux, n’est passée tout à coup du modeste rôle de gardeuse de brebis, au rôle sublime de gardienne du royaume, de conducteur de peuple, de créatrice de courages, de pasteur d’âmes !
Je sens, messieurs, à quel point est grammaticalement incorrect ce mélange de qualificatifs féminins et masculins, mais il n’est guère possible de parler autrement de cette héroïne qui fut un héros, de cette jeune fille qui a été notre bon ange, de cette créature exceptionnelle qui est un être sans pareil !
C’est qu’en effet, Jeanne d’Arc avec tout son courage et toute sa charité, tout son enthousiasme et toute sa sagesse, toute son éloquence et toute sa sagacité, Jeanne d’Arc est en même temps une Française et un Français, elle est bien plus, elle est la France même !
Quelqu’un d’entre vous a-t-il jamais dénombré combien d’années ont suffi à cette fille au grand cœur pour mettre dans notre histoire ce rayon pur et lumineux que rien n’efface, que rien ne ternit, que rien n’égale ; dont cinq siècles passés n’ont fait que raviver la splendeur ; que les matérialistes se sont en vain efforcés d’éteindre et que le jugement de l’Église a définitivement transformé hier en une auréole de béatitude ?
Deux ans ! En vérité, oui, messieurs ! la mission de Jeanne d’Arc sur la terre de France n’a duré que deux ans. Elle est née à la gloire humaine le 8 mai 1429 en cette même ville d’Orléans qu’elle délivra ! Elle est entrée dans la gloire éternelle le 30 mai 1431, au milieu des flammes du bûcher de Rouen qui fut tout ensemble sa transfiguration et son calvaire.
Et à quel âge la glorieuse Pucelle avait-elle déjà rempli son extraordinaire destinée ? Ce serait à ne pas le croire, si les textes n’étaient là pour le confirmer : Jeanne d’Arc a dix-sept ans quand elle se présente à la Cour du petit roi de Bourges, elle n’en a pas dix-neuf quand elle comparaît devant l’odieux tribunal présidé en fait par l’indigne évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, mais dirigé, excité, soudoyé par le cruel Warwick, mandataire spécial du roi d’Angleterre.
Vous rendez-vous compte, messieurs, de tout ce qu’il y a d’inouï, de prodigieux, d’incompréhensible, et par cela même d’inexplicable pour toute science purement humaine, non pas seulement dans les hauts faits de la guerrière improvisée ou dans la constance de l’indomptable prisonnière, mais en particulier et précisément dans la résolution initiale de l’humble bergère de Domrémy ?
Perdue au fond d’un obscur village du pays lorrain, isolée avec ses troupeaux au miheu des champs et des bois, n’étant ni assez riche pour avoir à craindre pour ses domaines, ni assez pauvre pour avoir à fuir la misère, n’ayant aucun intérêt personnel, aucun esprit de vengeance ou d’ambition, sans autre guide que son instinct, sans autre aide que sa foi, la noble créature a conçu à elle seule et par elle-même ce que devait être une nation, ce qu’était une Patrie. Elle a souffert des maux de la France, elle a saigné de ses blessures, elle s’est désespérée de ses défaites et de son invasion, comme d’un mal personnel, comme d’une plaie à son propre corps, comme d’une atteinte à son propre honneur.
Car ses voix du ciel, dont je ne doute pas, ses voix ne se sont pas adressées à une indifférente, elle ne sont pas venues réveiller un cœur endormi ; elles ont plutôt fini par répondre aux supplications, aux prières et aux angoisses incessantes d’une âme déchirée « par la grande pitié qui était au royaume de France ». Tout a été dit, messieurs, et admirablement dit depuis plusieurs années, depuis quelques semaines, aujourd’hui même au sujet de cette Patriote, unique au monde, que le souverain pontife vient de glorifier et dont tous les Français vraiment Français n’ont jamais cessé et ne cesseront jamais de se glorifier eux-mêmes. Mais de ce que l’adorable fille a reçu, de la bouche des orateurs les plus éloquents et les plus autorisés, des éloges dignes d’elle, il ne s’ensuit pas que je veuille et puisse refuser un verset de plus à ses litanies, une strophe de plus à son hymne, une génuflexion de plus à son nouvel autel.
La plus belle biographie de Jeanne d’Arc ce ne sont d’ailleurs pas ses admirateurs qui l’ont écrite, sa plus triomphale apologie ce ne sont pas ses défenseurs qui l’ont rédigée, c’est tout d’abord très inconsciemment, et à coup sûr tout à fait contre son gré, le greffier du tribunal de Rouen chargé d’enregistrer au jour le jour les interrogatoires et les réponses de « Jehanne, dite la Pucelle, menteresse, pernicieuse, abuseresse de peuple, devineresse et mécréante » ainsi que la qualifiait péremptoirement l’arrêt infâme du non moins infâme évêque Cauchon.
Son second panégyriste plus sincère, mais non pas plus convaincant que le premier ce sera, quelques années plus tard, un autre greffier d’un autre tribunal, le tribunal de réhabilitation celui-là, et dont le volumineux compte-rendu abonde en témoignages contemporains sur la pureté, sur la vertu, sur la vaillance physique et sur la valeur morale de cette vraie madone de la Patrie.
Ces deux documents d’un intérêt poignant et passionné n’ont été publiés pour la première fois dans leur texte intégral que vers le milieu du siècle dernier. De là vient selon moi le long intervalle de temps qui s’est écoulé entre la justification de 1456 et la béatification de 1909. Je serais assez porté à croire que c’est l’étude attentive de ces deux procès qui a inspiré au pieux et érudit évêque Dupanloup la première idée de sa requête au Saint-Siège en faveur de la canonisation de Jeanne d’Arc. Quant à moi, je n’ai pu consulter les pièces authentiques sans que les larmes ne m’aient maintes fois jailli des yeux, et j’ai puisé à leur double source l’admiration émue et émerveillée que j’ai le désir et que je voudrais avoir le pouvoir de faire passer de mon cœur dans vos cœurs.
Tout d’abord et pour répondre aux sceptiques qui sans autre motif que leur scepticisme même ou que leur indulgence sur ce point émettent volontiers des doutes sur la virginité de cette intrépide chevalière qui passait six jours et six nuits avec son harnois de guerre sur le dos, je leur affirme, et mon affirmation s’appuie sur des textes, que de sa première à sa dernière parole, Jeanne d’Arc a toujours témoigné qu’elle attachait une importance religieuse, ou si les sceptiques l’aiment mieux, superstitieuse, à conserver sa pureté d’âme et de corps.
« Tant que je me garderai pure, disait-elle, les saintes ne m’abandonneront pas, et si je meurs comme je suis née, elles m’ont promis le Paradis ». Jeanne se plaisait en outre à répéter à elle-même et aux autres, ainsi que le raconte une de ses amies de Vaucouleurs, certaine prophétie annonçant que la France perdue par une femme serait sauvée par une vierge des marches de Lorraine… Et puis en vérité, entre son adoration pour Dieu et sa passion pour la France, quelle place aurait pu trouver dans ce cœur déjà si plein une quelconque de nos amours humaines ?
Plus naturel serait-il encore de la taxer de folie que d’impureté.
Mais Jeanne n’était pas plus folle que dissolue. Très au-dessus de l’humanité par la sublimité de son sacrifice aussi voulu que consenti, elle se montre logiquement et simplement humaine dans ses relations de la vie quotidienne, charmant jusqu’à ses compagnons d’armes par sa bonne humeur et par son bon sens. Tout en étant une créature d’extase et de foi, elle n’en était pas moins un être de réflexion et de raisonnement. La Providence lui a fort heureusement permis de faire cette importante démonstration en épargnant sa vie sur les champs de bataille.
Si, en effet, la sainte héroïne y fût tombée frappée à mort, même en un jour de victoire plus décisive que celle d’Orléans ou de Patay, son nom se fût assurément transmis à nous d’âge en âge à côté de ceux de Gaston de Foix et de Bayard, de Du Guesclin et du grand Ferré, ce rude bûcheron qui taillait les Anglais à coups de hache, mais son âme, sa grande âme, fût restée pour nous une énigme et un mystère. Il ne fallait pas moins que cet abominable procès d’accusation en sorcellerie pour nous révéler ce qu’elle était, ce qu’elle voulait et ce qu’elle valait.
Au cours de ces longs et douloureux débats suscités et conduits sous-main par des capitaines anglais, furieux et honteux d’avoir été vaincus par une enfant, c’est l’enfant qui juge les juges, c’est l’accusée dont chaque répartie condamne les accusateurs à l’impuissance, ou ce qui est pire, à la nécessité d’être injustes. Pas une de ses phrases qui ne soit nette comme une claironnée ou tranchante comme un glaive. Les enquêteurs se perdent en arguties, en sophismes, en obscurités volontaires ou professionnelles. Chacun de leurs points d’interrogation est un piège, chacune de leurs objections un guet-apens. Jeanne les arrête d’un mot et les casuistes restent confondus devant ces deux cas non prévus par eux : la simplicité et le courage.
Ecoutez-la tenir tête à la meute hurlante des interrogateurs qui la harcèlent tous ensemble en un assaut de questions furieuses : « Mes bons seigneurs, faites l’un après l’autre si vous voulez que j’entende ». A un clerc retors qui essaie de la faire tomber dans le péché d’orgueil et lui pose brusquement ce problème : « Jeanne, vous croyez-vous toujours en état de grâce ? » — « Si j’y suis que Dieu m’y garde, si je n’y suis pas qu’il m’y mette ».
A cet autre qui lui demande si elle n’a jamais usé de sortilèges pour braver la mort : « Mes sortilèges étaient l’amour de la France et le mépris du danger ». Et, comme la brute insiste et s’enquiert des moyens qu’elle employait pour entraîner ses soldats : « Je leur disais : entrez hardiment emmy les Anglais, et je y entrais la première. » Puis, voici venir la série des questions captieuses : « Quand ils vous apparaissaient, vos saints et vos saintes, étaient-ils tout nus ? — Dieu est assez riche pour vêtir les siens ! »
Enfin, au méchant évêque de Beauvais qui lui fait un crime d’avoir osé introduire son étendard de guerre dans la cathédrale de Reims, cette réponse qui, pour être la plus connue, n’en est pas la moins belle : « Il avait été à la peine, c’était raison qu’il fût à l’honneur ! » Et elle n’a pas vingt ans ! Et elle est seule, toute seule au milieu de ce prétoire d’assassins gagés par l’Anglais ! Et elle ne quitte l’isolement de son banc d’accusée que pour passer à l’isolement de son cachot de prisonnière. Là, des juges hostiles et perfides, ici des soudards anglais grossiers et violents. Et à aucune heure, en aucun lieu, personne qui la réconforte et qui la guide, qui la conseille et qui la console. Voilà pourtant déjà huit mortels mois que la blessée de Compiègne est traînée de geôle en geôle, de Noyon à Arras, d’Arras à Dieppe, de Dieppe à la tour de Rouen. Mais ici ou là, dans sa cage de fer ou dans sa basse fosse, rien ne brise son courage, rien ne lasse sa volonté, rien ne modifie son attitude ni son langage.
Et vous douteriez, vous pourriez douter que la main de Dieu ne se soit réellement étendue sur ce front d’enfant pour la préserver du désespoir et de l’égarement, de l’abattement ou du vertige !…
Cependant, le menu peuple s’émeut au spectacle de tant d’endurance, de tant de magnanimité et de sang-froid. Les superbes répliques de la divine inspirée vont de bouche en bouche augmenter les sympathies ou les respects de tout ce qui n’est pas de connivence avec les « Goddons », comme Jeanne les appelle. Un de ces Goddons lui-même ne peut retenir son admiration et s’écrie bonnement en pleine audience : « Ah ! la brave femme ! que n’est-elle Anglaise ! »
Aussi, Warwick qui veille et Cauchon qui s’impatiente, décident que les interrogatoires se continueront désormais dans l’intérieur de la prison. Dès lors, comme le feront au dernier jour de leur orgie les terroristes de la Révolution, le tribunal des affidés du roi d’Angleterre qui avait déjà refusé tout avocat à Jeanne lui refuse, par surcroit, tout public. Désormais, elle parlera dans l’ombre, elle se défendra à huis clos, elle luttera au miheu des ténèbres et de la solitude de son cachot ; mais, là encore, là toujours, même en ce lugubre encerclement d’oiseaux de proie dont Warwick continue à aiguiser les becs et les ongles, elle ne baisse ni le ton, ni la voix, non pas même la tête.
Un jour, le neuvième de mai 1431, l’évêque et ses assesseurs pénètrent dans sa cellule, ils font étaler sous ses yeux tous les appareils de la torture : chevalets, tenailles, poix bouillante. Ecoutez ! cette déclaration de la vaillante vainement menacée : « Quand vous me feriez broyer les membres et arracher l’âme du corps, je ne vous dirais rien autre chose que ce que je vous ai dit, et si je vous disais quelque chose d’autre, je protesterais aussitôt après que vous me l’auriez fait dire par force et contre mon gré ! »
Paul Déroulède
Vous en faut-il plus. Patriotes ? Avez-vous besoin de me suivre encore jusqu’au pied de son bûcher ? Avez-vous besoin d’y voir l’héroïne monter sans faiblesse, d’y entendre la chrétienne demander et donner pardon à tous, d’y regarder la martyre brûler et mourir en baisant la croix, pour déclarer avec elle et comme elle en cette heure suprême que la mission de Jeanne était bien de Dieu ?
Cette mission, messieurs, la missionnaire l’a expliquée elle-même en maints propos et sous maintes formes ; nulle part elle ne l’a mieux résumée qu’en son cri de guerre tant de fois répété : « Il faut bouter l’Anglais hors de France. » Quand Jeanne parle ainsi, ce n’est pas, vous l’entendez bien, qu’elle ait voué une haine particulière à telle ou telle nation, mais c’est que la nation dont elle parle occupe et détient le sol de sa Patrie, opprime et pressure son peuple, blesse et tue les soldats de la France.
Elle en eût dit tout autant cent cinquante ans plus tard des Espagnols maîtres de l’Artois et du Roussillon ; tout autant, trois siècles après, des Impériaux ravageant les Flandres ; tout autant des coalisés de 1792, des alliés de 1814, tout autant et plus encore de nos envahisseurs de 1870 et des geôliers de notre Alsace et de notre Lorraine.
Aussi est-ce en souvenir d’elle que je vous jetterai à tous et à toutes ce pressant appel : Espoir quand même. Français et Françaises, courage quand même ! En haut les cœurs et les fronts ! Laissons passer et s’agiter au-dessous de nous les misérables querelles de partis ! Unissons-nous et fondons-nous en une irréductible phalange de protestation nationale ! Et pensons et disons comme la Libératrice : « Oui, tout étranger qui est l’ennemi, tout étranger qui est le conquérant, tout étranger qui veut être le maître, il faut tout faire pour le bouter hors de France ! »
Il est également de la fière Pucelle, ce noble devis : « Les femmes prieront, les hommes batailleront. Dieu vaincra ! »
DÉROULÈDE Paul, Qui vive ? France ! « Quand même ! ». Notes et discours, 1883-1910, Paris, Bloud et Cie, 1910, pp. 55-66.

jeudi 2 mai 2013

Historiographie de Droite L'avènement du "cinquième état" ?

article paru à l'origine dans le magazine "Il Borghese" daté du 24 juillet 1969,  tiré du recueil "Phénoménologie de la subversion" aux éditions de "L'Homme Libre". 
            L'historiographie est l'un des domaines où les éléments de Droite sont désavantagés par rapport à la Gauche marxiste et communiste. Avec le matérialisme histographique ou dialectique, le marxisme fournit une vision globale de l'histoire qui ne se réduit pas à considérer des éléments particuliers, les guerres, les mouvements ethniques, les conflits nationaux, mais qui essaie de découvrir un mouvement d'ensemble fondamental par rapport auquel tout cela est secondaire, en distinguant, dans ce mouvement, des phases précises. Parce qu'elle est fondée sur la matérialité, la simple économie, les formes simplement sociales et productives et les classes en tant que classes uniquement économiques (car, comme on le sait, tout le reste ne serait que "superstructure"), cette conception est fausse et grotesque. Pourtant, on ne peut pas lui dénier le mérite d'avoir essayé de déterminer un sens universel de l'histoire qui puisse par ailleurs servir de fondement à toute une idéologie et à tout un activisme de gauche. 
            La Droite, en revanche, s'en est trop souvent tenue à une vision épisodique de l'histoire, qui n'est fréquemment qu'une "histoire nationale" ou une division temporelle schématique en plusieurs époques, en dehors de certaines interprétations spéculatives inopérantes et plus ou moins arbitraires comme celles de la philosophie hégélienne et néo-hégélienne. Il existe pourtant un modèle que la Droite pourrait opposer à celui du marxisme, qui possède même un caractère d'évidence et d'exhaustivité tout différent. En dehors des anticipations partielles qu'on peut retrouver G.B.Vico et aussi chez O.Spengler, il a été tracé par certains écrivains traditionnels contemporains, qui l'ont exprimé presque dans les mêmes termes, indépendamment les uns des autres, comme s'ils avaient saisi des significations qui "sont dans l'air". 
            Sous un certain rapport, cette conception concorde avec la conception marxiste en ce qui concerne le mouvement historique d'ensemble ; mais, tandis que le marxisme donne à ce mouvement le sens d'une évolution, d'un progrès, dont la conclusion serait l'avènement d'une société et d'une civilisation communiste sur terre, l'autre conception lui donne le sens d'une involution croissante, dont il considère la dernière phase, glorifiée par le marxisme, comme un effondrement final. 
            On  considère que cette involution comporte quatre phases principales, et le mouvement peut être défini comme celui de la "régression des castes". Le point de repère est la structure hiérarchique plus ou moins commune aux plus grandes sociétés traditionnelles dominées par les représentants d'une autorité spirituelle ou sacrée, suivis par une aristocratie guerrière, une bourgeoisie possédante et, enfin,  la classe laborieuse ou servile. En Inde, la répartition en castes (il faudrait sans doute mieux dire : en "classes fonctionnelles", étant donné que le terme de "caste" évoque quelque chose de rigide et de stéréotypé) était la reproduction classique de cette articulation hiérarchique, que, par ailleurs, nous retrouvons aussi en Occident : outre le modèle de l'Etat tracé par Platon ( qui reflétait partiellement des constitutions qui existaient effectivement), on peut mentionner le Moyen Âge lui même, qui était articulé en quatre Ordres : clergé, noblesse féodale, bourgeoisie et artisanat. 
            Il est important de noter qu'il ne s'agissait pas d'une superposition de classes économiques, mais bien d'une articulation qualitative définie par des vocations différentes, des fonctions différentes, des intérêts différents, des modes de vie différents, auxquels pouvaient même correspondre un droit différent, une éthique différente, et, dans certains cas (hors d'Europe), des cultes différents, tout cela dans un ensemble ordonné complémentaire et harmonieux, car l'idéal était que chacun exercât une fonction correspondant à sa nature. 
            Or, le spectacle que nous offre le développement de l'histoire est celui d'une régression du type de société et des intérêts prédominants de l'un à l'autre des plans qui définissaient ces classes fonctionnelles. En effet, pour l'Occident, l'époque des sociétés dominées par les représentants d'une autorité spirituelle (l'expression de "théocratie" est toutefois assez vide et stéréotypée) remonte presque à la préhistoire et au mythe, les derniers prolongements de ces sociétés sont les "monarchies de droit divin". On descend donc d'un niveau et on arrive à une société dominées par l'aristocratie guerrière, dont les idéaux sont désormais l'honneur, la fidélité, l'éthique virile, plutôt qu'une sacralisation générale de l'existence (comme au premier stade). C'est le cycle des grandes dynasties européennes. Nouvelle descente : avec les révolutions, principalement avec la révolution française, avec la première ère industrielle et le capitalisme, on assiste à l'avènement du tiers Etat en tant que ploutocratie ; il n'y a plus de rois de l'esprit ou du sang, mais des rois du charbon, de l'acier, de la finance. Avec la troisième Internationale, le marxisme et le communisme, on descend au dernier degré de l'ancienne hiérarchie traditionnelle, c'est le début de l'avènement du "quatrième état" comme classe laborieuse et demos collectivisé, avènement préparé par la démocratie et par les diverses tendances "sociales". 
            Corrélativement, l'idéal est désormais celui de la dernière caste, le travail. C'est le quatrième Etat qui lutte actuellement pour la domination du monde et revendique l'avenir devant ce qui reste de l'hégémonie (stigmatisée comme "impérialisme") du "tiers Etat", représentant de la société "bourgeoise", capitaliste et ploutocratique. 
            C'est ainsi que se présente, du point de vue d'une historiographie de Droite, le "sens", c'est-à-dire la direction de marche, de l'histoire, au-delà des contingences. C'est une régression qui, à l'évidence, ne concerne pas seulement les articulations sociales, mais qui s'accompagne du passage d'une vision du monde et de la vie à un autre. Il s'agit d'un effondrement. Le sommet s'abaisse, la base s'élargit, jusqu'au nivellement et à la domination du collectif, sous des formes organisées et totalitaires (comme dans les Etats marxistes), mais aussi sous des formes spontanées en marge de la technocratie. 
            Maintenant, il serait à se demander si le mouvement s'arrête au quatrième Etat, s'il n'existerait pas des signes de l'émergence d'un "cinquième Etat". Un tel "Etat" n'a pas son pendant dans la hiérarchie traditionnelle ; il ne peut être rapporté qu'à une sorte de sous-sol, aux éléments informes, déchaînés, et, en quelque sorte, infra-humains, qui étaient endigués dans les ordres traditionnels, dans lesquels ils subsistaient à l'état latent. Mais, quand les digues sont rompues, ce substrat peut émerger dangereusement à la limite des formes régressives de la dernière phase, la quatrième. Die herraufkunft des fünften Standes (l'avènement du cinquième Etat), c'est précisément le titre d'un livre qu'avait publié H.Berl, dans l'entre-deux-guerres. Bien qu'il soit écrit avec exaltation (l'auteur était dans un sanatorium et se dit "attaqué par la fièvre" à chaque page), il ne manque pas d'idées attestant une sorte de clairvoyance hallucinée. Depuis lors, les symptômes sur lesquels Berl avait attiré l'attention, symptômes sporadiques du début de l'émergence d'un "Cinquième Etat" par les fissures du "système" existant ( il songeait au gangstérisme américain et particulièrement à certains aspects "démoniques" du bolchevisme), se sont multipliés, et c'est pourquoi sa thèse pourrait même fournir un fil conducteur pour interpréter divers phénomènes qui vont se généralisant. 
           Sous ce rapport, il ne faut pas se référer au monde des nations déjà marxisées, où les contrôles   totalitaires préviennent dans une large mesure des explosions de ce genre. L'exception pourrait éventuellement être la Chine des gardes rouges maoïstes, où l'on voudrait perpétuer ce climat des phases frénétiques de toute révolution dans lequel il y a effectivement un affleurement en quelque sorte "démonique" des forces inférieures (J. De Maistre a écrit des pages classiques là-dessus). Il faudrait plutôt se référence à ces pays occidentaux où les contrôles se sont relâchés, le principe d'autorité est nié et, parallèlement, le phénomène de la délinquance et de la violence prend des dimensions préoccupantes. De plus, il faut envisager les aspects importants des "contestations" qui se développent insidieusement, quand elles ont le caractère d'un déchaînement anarchique et d'une furie destructrice. 
            En effet, nous considérons que ceux qui cherchent des alibis aux aspects prédominants de ce qu'on appelle la "contestations globale" se méprennent, car ce qui est essentiel, ce n'est pas de dire "non" à tel ou tel des aspects de la société moderne (plus ou moins celle du "tiers Etat", par exemple, comme "société de consommation"), mais de savoir au nom de quoi on dit "non" et on se révolte. Qu'une grande partie de ce mouvement contestataire soit instrumentalisée par la subversion marxiste, c'est là ce qui est évident ; plus ou moins directement, ce sont les vieux thèmes de la politique sociale anticapitaliste marxiste qui servent d'éventuelle justification. Quant au type de l'"anarchiste de Droite", c'est-à-dire celui qui dit "non" à la "société technocratique de consommation", au "système" et à tout le reste, au nom de la conception hiérarchique, articulée et qualitative de la société dont nous avons parlé plus haut, en la reformulant d'une manière adéquate, il n'existe presque pas. Il s'agit beaucoup plus souvent, au contraire, de manifestations d'un anarchisme sans bannière, chaotique, sauvage, pour lequel tout le reste n'est qu'un prétexte. Dans ce cas, on pourrait parler d'un réveil et d'une émergence du sous-sol informe, rebelle, destructif, encore plus inférieur que le "quatrième Etat" : ce qui favorise cette émergence, c'est le fait qu'un cycle se clôt conformément au "sens de l'histoire" (le vrai), et que la vie a perdu toute véritable signification. 
            Si sommaires qu'ils soient, ces points de repère peuvent peut-être offrir un intérêt pour celui qui veut étudier sans peur dans le beau monde où nous vivons.

mercredi 1 mai 2013

Georges Sorel : un socialiste révolutionnaire !

Georges Sorel (1847-1922) fut un des grands animateurs du socialisme, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Proche dans son inspiration d’un Charles Péguy, il était aussi un réconciliateur de Marx et de Proudhon, il avait une vision hautement mystique et morale de la révolution, qui lui faisait haïr les réformistes « à la Jaurès », prêts disait-il à vendre la pureté des idéaux socialistes au nom d’une politique de conciliation avec la démocratie parlementaire et bourgeoise.
Pour Sorel, comme pour Proudhon, la finalité du combat pour la justice est d’abord morale : les hommes doivent rehausser leur caractère à travers exercice de la lutte. C’est précisément par l’action libre des syndicats que les classes ouvrières pourront préserver la grandeur de leur culture, à l’abri de toute politique purement politicienne. Sorel défendait par ailleurs des valeurs de producteurs, attachées au travail, à l’effort, à la créativité et au façonnage de la matière, par opposition aux valeurs décadentes des possédants, seulement soucieux de jouir et de profiter du travail des autres. Dans le monde bourgeois, c’est d’abord et avant tout l’hédonisme nihiliste qui révulsait Sorel, ainsi que l’absence de convictions qui lui est presque inévitablement corollaire, la petitesse d’âme, la mesquinerie, l’étroitesse de vue. Mais, paradoxalement, il n’y avait guère d’écart aux yeux du penseur entre la moralité de la bourgeoisie et celle des animateurs socialistes : s’il fustigeait la médiocrité du monde actuel de l’argent, qui n’avait plus même la force et la volonté dont témoignaient encore autrefois les grands capitaines d’industrie, il n’avait pas de mots assez durs pour la misère existentielle que l’on retrouvait selon lui dans toutes les compromissions réformistes, ou même souvent dans les actions de grèves ponctuelles menées par les travailleurs, capables de sacrifier la noblesse de leur combat pour acheter quelques avantages sociaux accordés à des fins purement clientélistes.
Aux grèves intéressées, Sorel demandait qu’on substitue l’idée d’une grève générale, empruntée à Fernand Pelloutier, et destinée à servir de mythe régénérateur pour le monde ouvrier. La grève générale, lançait-il, doit être menée dans un esprit de gratuité, avec pour ambition de réaliser la révolution dans ce qu’elle a de plus digne et de plus émancipateur pour le plus grand nombre. Elle ne doit pas relever d’une logique d’épicier, mais viser au contraire à une réforme éthique de la société ; c’est par elle, qui plus est, que le prolétariat pourra vraiment apprendre à être lui-même et à s’accomplir dans toutes ses plus remarquables potentialités.
Longtemps partisan des syndicats, Sorel sera pourtant immensément déçu par l’évolution de la lutte sociale. Il connaîtra de ce fait une période d’errance, qui l’amènera à louvoyer tour à tour du côté des royalistes, des nationalistes et des bolchéviques, avant de revenir finalement, non sans un certain scepticisme, à ses premières amours politiques. Mais, en dépit de ses multiples pérégrinations, Sorel aura très peu évolué dans ses idées, sur le fond, au fil de sa vie. Si son parcours personnel l’aura amené à se rapprocher successivement de groupes ou de mouvements différents, c’est qu’il aura chaque fois été déçu de voir que des idées aussi intransigeantes que les siennes pouvaient difficilement susciter un assentiment large et partagé. Aussi mourra-t-il en définitive passablement désillusionné... 
Thibaul Isabel 
Source: Rébellion

dimanche 21 avril 2013

CHARLES MAURRAS ET MAURICE PUJO Une longue amitié

De tous les fondateurs de l'Action française, Maurice Pujo est celui qui aura été le plus proche de Charles Maurras, et le plus longtemps. Leur première rencontre est de fin janvier 1899 au café Lavenue, près de la gare Montparnasse. Seule la mort de Maurras, en novembre 1952, les séparera. Quand, durant la guerre 1914-18, ou bien après la libération de Maurice Pujo en octobre 1947, ils seront éloignés l'un de l'autre, ils s'écriront de nombreuses lettres en se consultant sur tous les problèmes, grands et petits, qui touchaient à la vie de l'Action française. Durant cinquante-trois ans, ils ont vécu ensemble la création de l'Action française, son essor, ses épreuves. Ils ne cessèrent pas d'être liés par une profonde amitié qui prenait ses racines dans l'adhésion à de hautes vérités, dans une estime réciproque, et dans une même conception de l'action politique. Maurras avait une confiance totale dans le jugement de Maurice Pujo et celui-ci manifestait une admiration et un dévouement sans borne pour Charles Maurras.
Venus de bords opposés
Pourtant, combien ces deux hommes étaient différents ! L'un, Maurras, bouillonnant, l'esprit toujours en mouvement, ferraillant avec sa plume comme il aurait combattu avec une épée (rappelons-nous son poème Destinée : « Jamais la gloire du vrai fer n'a brillé dans ta main débile »). L'autre, Pujo, toujours calme et résolu, analysant les événements et cherchant à en prévoir les conséquences, logicien implacable. Au fond, ils se complétaient et c'est pourquoi leur collaboration a duré si longtemps. Ils venaient l'un et l'autre de milieux intellectuels très différents, Charles Maurras, le Provençal, était un disciple de Mistral. Il avait, en 1892, lancé la déclaration des Félibres fédéralistes qui déjà posait la question politique de la décentralisation. Il avait collaboré à la Cocarde de Maurice Barrès et il suivait le courant nationaliste. En 1896 il avait été envoyé par la Gazette de France aux premiers Jeux olympiques reconstitués à Athènes par le baron de Coubertin et il en était revenu royaliste. En septembre 1898, il avait pris la défense de la mémoire du colonel Henry trouvé suicidé dans sa cellule du Mont-Valérien. Il avait intitulé sa série d'articles Le premier sang.
Maurice Pujo, lui, fréquentait des rivages très différents. Il était imprégné de philosophie allemande et admirait Novalis, champion de l'idéalisme absolu. Il avait lancé à l'âge de vingt ans, en 1892, la Revue Jeune devenue ensuite L'Art et la Vie. En 1894, il avait publié Le Règne de la grâce, un essai qui lui avait valu un éditorial sympathique de Jean Jaurès dans son journal La Petite République, mais aussi une note de lecture aimable de... Charles Maurras, qui ne le connaissait pas encore. Maurice Pujo était grand amateur de musique et admirait Wagner. En 1896, lorsque Maurras séjournait sous le ciel de l'Attique, Maurice Pujo se rendait au Festival de Bayreuth, en Bavière. Peut-on imaginer deux engagements plus opposés ? Pourtant, ils vont se rencontrer et lier une amitié indéfectible. Le déclic sera donné par l'affaire Dreyfus. En avril 1898, Henri Vaugeois et Maurice Pujo quittent l'Union pour l'Action morale qui s'est rangée dans le camp des dreyfusards insulteurs de l'Armée et fondent un premier comité d'Action française. Le 19 décembre 1898, Maurice Pujo publie dans le quotidien L'Éclair un manifeste intitulé L'Action française au nom des intellectuels patriotes. En somme, lorsque Maurras et Pujo se rencontrent, ils ont l'un et l'autre publiquement choisi leur camp dans la grande dispute nationale suscitée par l'affaire Dreyfus.
Maurice Pujo cependant demeure républicain. Il ne se ralliera à la monarchie qu'en mai 1903 en signant une adresse envoyée au duc d'Orléans. Mais dès 1899, il est séduit par la pensée maurrassienne qui, racontera- t-il plus tard, lui apporte alors une « illumination intérieure ». Maurras, en effet, lui fait découvrir le réel, lui qui était perdu dans les nuées de l'abstraction. Maurras lui révèle l'homme concret, celui qui est inséré dans des communautés naturelles et historiques et en fonction de qui il importe de traiter des choses politiques.
L’éloignement de la guerre
En janvier 1915, Maurice Pujo, qui est un réserviste âgé de quarante-trois ans, est mobilisé au 30e Territorial comme simple soldat. Il restera sous les drapeaux jusqu'à l'armistice de 1918. Commence alors une correspondance très suivie entre Charles Maurras et lui. Elle montre la place qu'occupait déjà Pujo dans la vie du journal et du mouvement. Les lettres courtes et précises de Maurras (un Maurras très lisible encore !) traitent de problèmes pratiques touchant l'A.F. Elles demandent l'avis de Maurice Pujo sur des décisions à prendre. Ainsi, que faire pour le Cortège de Jeanne d'Arc de mai 1915 ? Il est décidé de le supprimer en raison du nombre important de Camelots du Roi et des cadres de l'A.F. qui sont mobilisés. De simples dépôts de gerbe aux trois statues parisiennes seront opérés, mais on veillera à ce que les couronnes déposées par les républicains ne comportent aucune insulte ni pour la monarchie ni pour les prêtres, comme ç'avait été le cas les années précédentes. Dans la correspondance Maurras-Pujo il est aussi question des amis tombés au Champ d'Honneur.
Quelque temps après la mobilisation de Maurice Pujo, Maurras lui écrit : « Ma mère se désole de votre départ. Elle trouve cet argument supplémentaire : "Oui, vous vous entendiez très bien tous deux..." Je vais la détromper de ce pas. Mille amitiés en toute hâte. Charles Maurras ». Une indication précieuse sur la communauté de pensée qui existe déjà entre les deux hommes et qui n'a pas échappé au regard perspicace de Mme Maurras.
Après la guerre, Maurice Pujo devient rédacteur en chef de L'Action Française. Il est en même temps le délégué des Comités directeurs auprès des Étudiants d'A.F. et des Camelots du Roi. Sa collaboration avec Maurras va se resserrer. Ils partagent le même petit bureau au premier étage de l'imprimerie de la rue du Jour où Pujo relit les épreuves tandis que Maurras écrit sa Politique. Il arrive que Maurras s'attarde, compromettant la sortie du journal à l'heure requise pour l'expédition en province. Maurice Pujo a la tâche délicate de rappeler à Maurras les exigences de l'horaire.
Maurice Pujo pouvait surmonter la surdité de Maurras en lui parlant au milieu du front, sans élever la voix. Néanmoins les deux hommes correspondront souvent, par commodité, sous forme de notes rapides, notamment sur les enveloppes du courrier adressé par les correspondants. Maurras communique à Pujo une lettre reçue en donnant brièvement son jugement (parfois à l'emporte-pièce) sur son auteur ou son contenu et le charge éventuellement d'y répondre. Une totale confiance réciproque règne entre eux.
En été Charles Maurras prend des vacances en août car il est amateur de bains de mer dans le golfe de Fos, non loin de sa maison familiale de Martigues. Maurice Pujo, lui, part en septembre pour se livrer à sa passion favorite, la cueillette des champignons, soit en Aveyron, soit dans le Loiret. Maurras ou Pujo : l'un d'eux doit toujours demeurer à Paris.
Sous l’Occupation
La Seconde Guerre mondiale va rapprocher davantage Charles Maurras et Maurice Pujo. Ils prennent ensemble la route de l'exode en juin 1940, Maurice Pujo étant accompagné de sa famille. En juillet ils font ensemble reparaître L'Action Française à Limoges puis, à partir de novembre, à Lyon où Léon Daudet, demeuré dans le Gers durant l'été, les rejoint. Les angoisses de la guerre, les menaces résultant de l'occupation allemande, enfin la disparition du bâtonnier Marie de Roux (en 1941) et de Léon Daudet (le 1er juillet 1942), qui appartenaient à la première équipe de L'A.F. quotidienne, resserrent encore la solidarité entre les deux amis.
Le 5 novembre 1943, Charles Maurras adresse à Maurice Pujo une longue lettre testamentaire sur les dispositions à prendre pour assurer la continuité de l'Action française au cas où il viendrait à disparaître. En effet, en avril précédent, il a eu une syncope lors du congrès des étudiants d'A.F. réuni à Montpellier et il considère qu'il doit tenir compte de cet avertissement de la nature. Charles Maurras désigne Maurice Pujo pour être le chef indiscuté de l'A.F. après lui. Il définit aussi l'organisation du mouvement pour plus tard. Il estime que l'Action française doit être organisée sur le modèle de la monarchie, son président étant entouré de conseils, mais demeurant le seul maître des décisions. L'.A.F. ne saurait devenir une démocratie... Maurras termine sa lettre en demandant à Maurice Pujo : « À quand le second livre des Camelots du Roi ? » Le premier en effet s'arrête à 1909, et les Camelots ont mené bien d'autres actions par la suite. Hélas, le second livre ne sera jamais écrit...
À plusieurs reprises, durant l'Occupation Charles Maurras vient dîner chez nous. L'occasion en est fournie par l'arrivée d'un colis envoyé par des amis de l'Ouest contenant une dinde, une oie, un chapon. Lyon est l'une des villes les plus mal ravitaillées et ces volatiles permettent à ma mère d'organiser ce qui nous apparaît alors comme un véritable festin. Outre Maurras y sont conviés les collaborateurs et collaboratrices du journal repliés sur Lyon. Le maître de l'A.F. y apparaît détendu, s'intéressant, par exemple, aux études de ma sœur (sa filleule) et aux miennes (il m'appelle Pétros depuis que j'ai commencé l’étude du grec et m'a donné un exemplaire du gros dictionnaire Bailly). Un jour il s'amuse d’un poème composé par Maurice Pujo dont tous les vers riment en inde... et destiné à remercier une bienfaitrice qui a envoyé la dinde que nous dégustons.
Michel Déon, alors jeune secrétaire de rédaction de L'Action Française, doit se souvenir de la soirée où je recherchais tous les textes de Évangiles que nous pouvions posséder afin de les comparer, car une controverse était née au cours du repas pour savoir si le vin que le Christ a promis à ses disciples de boire avec eux au Paradis serait le fruit de la vigne ou bien un nectar tout à fait différent...
Le 22 juin 1944, Maurice Pujo et Georges Calzant, l'un des principaux collaborateurs de l'A.F., sont emprisonnés par la Gestapo au Fort Montluc. Maurras multiplie les démarches auprès du maréchal Pétain pour qu'il obtienne leur libération. Celle-ci survient le 10 juillet sans qu’ils aient été interrogés. Maurice Pujo revient auprès de sa famille installée dans le Loiret, en dépit de mille difficultés, car, depuis le débarquement allié les trains fonctionnent de plus en plus mal. Il retourne à Lyon fin juillet car il ne veut pas laisser Maurras seul face aux troubles auxquels la libération du territoire peut donner lieu.
En septembre 1944 ils sont arrêtés ensemble et traduits devant la Cour de justice du Rhône. Après le procès qui se déroule du 24 au 27 janvier 1945, ils sont emprisonnés à la centrale de Riom où ils sont placés à l'infirmerie en raison de leur âge. À partir de mars 1947, ils sont conduits à la prison de Clairvaux. Ils y sont installés dans un bâtiment auquel on accède après avoir franchi trois enceintes. Y sont détenus déjà les amiraux Esteva et de Laborde.
Communion de pensée
Durant ces années de prison, Maurice Pujo ne sera jamais séparé de Charles Maurras. En raison de la surdité de celui-ci, il était l'interprète obligé avec l'administration pénitentiaire, car lui seul pouvait se faire entendre de Charles Maurras en lui parlant.
Lorsque Maurice Pujo, bénéficiant d'une libération conditionnelle, quitte Clairvaux en octobre 1947, il est remplacé par Xavier Vallat, vieil ami de Maurras. Mais Vallat sera à son tour libéré en 1950. La santé de Maurras, demeuré seul, commence alors à se détériorer jusqu'à sa libération en mars 1952.
De 1947 à 1952, Charles Maurras et Maurice Pujo entretiendront une correspondance suivie. Elle traite de la ligne politique de l'A.F., de la vie du journal, de ses rédacteurs, des améliorations à lui apporter. Elle révèle une entière communion de pensée. Elle est fort instructive. Maurras s'intéresse à tout. Il va même jusqu'à complimenter mon père pour un tract que j'ai rédigé et diffusé à l'Institut d'Études politiques où je suis alors étudiant... Charles Maurras et Maurice Pujo se reverront au printemps 1952 lorsque Maurras est placé en résidence surveillée dans une clinique de Saint-Symphorien-lès-Tours. Ils passeront toute une journée ensemble au mois d'août dans la propriété de Georges Calzant, directeur d'Aspects de la France, en compagnie de Mmes Maurice Pujo et Georges Calzant et d'un fidèle Camelot du Roi André Prudhomme. Ce sera la dernière sortie de Maurras qui décède le 16 novembre suivant.
Lors de ses obsèques sous la neige le 19 novembre à Tours, Maurice Pujo déclare : « Toute sa vie, tout son labeur considérable ont été une longue œuvre de charité à l'égard des Français. » Il ajoutera : « Si Maurras est mort, sa pensée est toujours vivante ; elle l'est plus que jamais. Il faudra bien qu'un jour justice lui soit rendue parce qu'elle est la vérité. La vérité ne meurt pas. »
L'hommage d'un compagnon, d'un ami, à celui dont durant plus de cinquante ans il avait partagé les luttes pour la France et le Roi.
Pierre PUJO L’Action Française 2000 du 1er au 14 septembre 2005

jeudi 18 avril 2013

Les « machines » ou le vote communautaire aux USA

Les Etats-Unis, premier pays à accéder à la démocratie au XVIIIe siècle, inaugurèrent une de ses déclinaisons un peu particulière au travers du gouvernement des villes, du milieu du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe, ce qu’on appela les « political machines ».
Ce système, issu d’un usage primaire de la démocratie, était adapté aux besoins non moins primaires des nouveaux Immigrants. Si les pères fondateurs étaient arrivés pour des raisons religieuses, ceux du XIXe étaient plutôt poussés par la misère et la famine vers l’Amérique. Devenant rapidement citoyens et électeurs, ils s’attiraient les attentions intéressées des partis politiques qui voulaient gouverner les villes. Aidés et secourus par des associations caritatives liées à ces même partis, ils fournissaient en retour les bataillons électoraux nécessaires pour leur assurer la pérennité du pouvoir. La machine électorale ne recherchait pas la victoire d’un maire pour l’accomplissement d’un projet politique déterminé mais avait pour seule ambition sa propre survie afin de fournir toutes sortes de prébendes à sa clientèle. On était loin des aspirations politiques des aristocrates puritains de la Nouvelle Angleterre, inventeurs de la démocratie américaine.
Cette pratique discutable fut essentiellement le fait du Parti Démocrate qui s’en fit une spécialité. Le parti Républicain n’y a eu recours qu’exceptionnellement. L’enfer étant pavé de bonnes intentions, la raison originelle de cette déviance trouva son origine dans les traditions de solidarité d’une communauté irlandaise très soudée pour des raisons historiques, liées au sort tragique de la mère patrie.
De philanthropique à l’origine, la machine présenta vite tous les avatars conséquents à un tel contexte : clientélisme, spéculation, népotisme – et son corollaire l’incompétence des fonctionnaires -, et surtout au stade ultime, le règne du crime organisé sur certaines villes. Chicago en constitua l’exemple le plus significatif. Au final la machine a disparu très lentement à certains endroits, tant elle était incrustée.
I. La vie politique américaine et ses particularités
Contrairement à la vie politique européenne, il n’y a pas d’affrontements idéologiques aux Etats-Unis, ou du moins les idéologies américaines diffèrent des idéologies européennes. Les deux partis principaux sont très peu différents à nos yeux, leur dualité reposant sur la question de la primauté du pouvoir central fédéral ou du sur celle du pouvoir des différents Etats. Au départ les Démocrates étaient anti-fédéralistes, c’était les milieux d’affaires du Nord, composés par l’aristocratie urbaine et puritaine, défendant la liberté des Etats face au pouvoir fédéral. Le Parti « Républicain-Démocrate » (qui devint ensuite le Parti Démocrate) naquit en 1798. Il a évolué au fils des circonstances vers une doctrine inverse dès 1890 puis dans les années 1930 avec Roosevelt et le New Deal.
Le Parti Républicain est né plus tard, mais les partis qui en sont à l’origine étaient au départ partisans de la décentralisation. C’était plus le parti des ruraux, partisans de l’esclavage. Le Parti Républicain, « Great Old Party » vit le jour en 1854 et regroupa des dissidents nordistes du parti Whig (une formation éphémère) et du Parti Démocrate, en opposition aux partisans démocrates du pouvoir des Etats. Surtout ils étaient protectionnistes. Le problème de l’esclavage fut le déclencheur. Les bien-pensants qui aujourd’hui encensent Lincoln et dénigrent les Républicains oublient que ce Président nordiste qui a mené la Guerre de Sécession contre les esclavagistes du Sud, était républicain. Et que cela ne fut pas sans incidence au départ sur le vote Noir.
En fait, il y eut inversion des choix, les fédéralistes sont les ancêtres des Républicains, les Républicains ceux des Démocrates.
Les USA sont une démocratie décentralisée de proximité. Les élections des instances représentatives se font au niveau des Etats. Les Américains élisent les gouverneurs, les shérifs, les maires… Les élus locaux ont une grande autonomie, les opportunités électorales sont nombreuses. Pour comprendre aussi le pourquoi de la mise en place du système des political machines, il faut avoir à l’esprit le « système des dépouilles ». Un président démocrate, Jackson (1829/1837) avait licencié des fonctionnaires incompétents à son arrivée. Du coup, après lui, son successeur républicain licencie tous les fonctionnaires de l’administration précédente. Depuis, l’habitude a perduré et la fonction publique change après chaque élection.
II. Les Irlandais catholiques débarquent en nombre
Les Irlandais catholiques arrivent en nombre à New York au milieu du XIXe siècle. De la misère de leur île natale et de sa situation politique sous le joug anglais, ils importent un état d’esprit né du « whiteboysism ». Les white-boys, aussi appelés les Niveleurs, les Lady Clare ou les Molly Maguire, sont des personnages dont le signe de reconnaissance est une chemise blanche, un ruban vert et balle au fusil. Ils se sont organisés contre la domination anglaise par la création de tribunaux parallèles. La main mise anglaise sur l’Irlande s’étant opérée par la spoliation des terres (raison première de l’intérêt porté par l’Angleterre exsangue sur la verte Erin), cela se traduisait par le fait que les litiges opposant les propriétaires anglais aux fermiers irlandais, voyaient toujours des verdicts favorables aux Anglais, devant les tribunaux légaux, comme il est aisé d’imaginer. Il « convenait » donc de rejuger. Les White Boys prononçaient des verdicts contraires. Afin de faire exécuter les « sentences », ils exerçaient des menaces directes sur les propriétaires anglais (envoi d’une balle comme avertissement sans frais…). Les travailleurs étrangers délocalisés en Irlande par les Anglais, ou les fermiers irlandais qui acceptaient de reprendre les fermes dont les propriétaires anglais avaient auparavant expulsé des fermiers irlandais, étaient aussi l’objet de leurs « attentions ».
Bien évidemment c’était une organisation clandestine et illégale (pouvant aller jusqu’au meurtre des récalcitrants) mais, basée sur des principes de justice, la population irlandaise la respectait. Elle reposait sur la solidarité, la loi du silence, l’organisation. Cela n’avait rien à voir avec une milice, dont l’existence se « justifie » par l’absence de pouvoir existant, même oppressant et spoliateur. Là il s’agissait d’organisation parallèle.
Les Irlandais arrivés les premiers en tant qu’immigrants au XIXe siècle à New York ont donc une solide expérience de l’organisation, et parlent anglais. Ils ont juste à adapter leurs habitudes de rebelles à la démocratie des villes américaines pour les diriger. New York fut la première grande ville de l’histoire à être dirigée par « le peuple » ou du moins des élus qui le représentait directement.
● Saint Tammany et le Parti Démocrate
Les Irlandais récupèrent à leur profit une organisation antérieure, la société de Saint Tammany. Tammany, Chef indien du Delaware, se convertit au Christianisme et fut canonisé en 1770. La Société de Saint Tammany était vouée à lutter contre l’influence des grands aristocrates et les « mauvais » étrangers, une vision que d’aucuns qualifieraient volontiers de « populiste » de nos jours. Les structures de l’organisation ont des références indiennes, le chef ou « grand sachem » doit être né en Amérique. Ils tentent d’exercer une influence par leurs votes sur la démocratie. En 1832, ils parviennent à faire élire leur héros (un homme d’origine modeste), le général Andrew Jackson, choisi par le Parti Démocrate comme candidat. C’est ainsi que débute leur « fusion » avec le Parti Démocrate, parti qui auparavant attirait à lui les aristocrates autochtones …par méfiance envers les Irlandais… Ironie des circonstances, le Parti Démocrate devient le pilier des Irlandais.
● La prédominance irlandaise sur New York
L’Amérique est une terre d’immigration, les nouveaux arrivants obtiennent vite la nationalité américaine. De plus, en 1826 est supprimée une clause qui imposait un cens électoral. Pour s’en rendre compte, relevons qu’il y avait 18.000 électeurs en 1825 à New York, 43.000 en 1835. Pour l’élection du maire le suffrage est indirect au départ, mais direct après 1834.
De plus l’immigration irlandaise explose entre 1846 et 1848 consécutivement à la grande famine. Les Irlandais s’installent nombreux dans la sixième circonscription de l’East Side. En 1850, un quart de la population de New York est d’origine irlandaise, cinq ans plus tard elle est d’un tiers. Contrairement à d’autres immigrés dont les Scandinaves et les Allemands, plus ruraux et qui vont s’installer à l’intérieur du pays, les Irlandais choisissent la ville, et ils y fondent des églises catholiques. Nombreux et dotés du droit de vote car devenus Américains, on assiste d’après le sociologue Moynihan, à la « fusion entre les usages de la campagne irlandaise et la politique de la ville américaine ».
III. La machine
Un parti préexistant, le Parti Démocrate et une structure antérieure, la société de saint Tammany, ont permis aux Irlandais de commencer à élaborer un « système » – la machine – qui devait leur permettre de mettre la main sur New York. Et dès le milieu du XIXe, la machine fonctionne.
Au départ, il y a échange de bon procédé : entraide (Saint Tammany) contre « bon » usage de son bulletin de vote. Toutes les organisations irlandaises d’entraide, même apolitiques, avaient des liens avec le Parti Démocrate. Un immigré fraîchement débarqué a du mal à survivre dans la grande ville sans aide. L’aide c’est la Providence. Pour trouver un logement – la ville est surpeuplée – un travail ou un marché (si c’est un petit entrepreneur), et quelques fois pour certains, nourriture et vêtements. La « machine » est là pour aider.
Elle aide aussi les malades (fourniture de médicaments) ou les victimes d’accidents (nombreux incendies à l’époque qui font de nombreux sinistrés), a aussi ses entrées dans le système judiciaire pour les délits mineurs. Elle aide aussi les personnes en faillite pour se reconstruire, organise des kermesses pour trouver de l’argent pour les familles des travailleurs victimes d’accidents du travail. Elle fournit aussi des aides au plan administratif. Elle s’adapte aussi aux immigrants suivants, qui ne sont plus essentiellement irlandais ni anglophones : Juifs d’Europe centrale, Italiens, etc. C’est l’intelligence du système.
Mais la machine aide aussi les autres « pauvres » ou les immigrants installés. En fait, elle se substitue à une aide sociale d’Etat qui n’a jamais vraiment vu le jour en Amérique où les aides sont souvent restées aux mains de bienfaiteurs privés.
L’aide étant subordonnée au bulletin de vote, il est vital de garder l’électeur sur le territoire. La naturalisation est encouragée mais surtout, l’électeur doit s’engager moralement à ne pas déménager en échange du service rendu. Ce qui est parfois un peu contraignant, l’Irlandais aurait tendance à chercher à s’installer dans des quartiers agréables, dès que sa situation s’améliore… L’Eglise catholique qui y trouve aussi son compte, participe également à ces incitations à l’enracinement électoral. L’engagement est moral, la loyauté est au cœur du système.
● Le boss : les élus passent, le boss est éternel
Particularité du système, la pierre angulaire n’est pas l’élu, c’est le boss. Il est au cœur de chaque circonscription, ou ward. En fait le système a deux piliers.
La machine n’est pas au service du politicien élu, c’est le politicien qui est au service de la machine. C’est à lui [le Maire] qu’il revient d’accorder des avantages aux électeurs afin de faire marcher la machine en leur faveur. Entre autres applications, à New York en 1855, sur 1149 agents de police municipaux, 431 sont d’origine irlandaise, soit un quart.
Le boss a des lieutenants, un par secteur de son ward, afin de « surveiller » l’électorat, sait-on jamais. Mais c’est le boss qui se montre aux populations en difficulté quand il y a lieu. Il promet l’aide de la machine sans leur demander leur vote. Il sait que « les pauvres sont plus reconnaissants que les riches » … Il dispose d’emplois en réserve dans la fonction publique ou peut influencer les employeurs inféodés à la machine pour qu’ils emploient ses obligés.
Cette organisation bicéphale fait toute la différence. Un boss, n’est pas un élu de l’élite. C’est l’interface agissant. Traditionnellement pour l’élite, l’engagement en politique est un devoir, un service rendu à ses concitoyens, moins favorisés. Mais la classe à laquelle il appartient, la bourgeoisie, attend de ses représentants traditionnels des lois en faveur de ses intérêts. Là, c’est un peu la même chose sauf que l’élu est redevable au peuple, et que l’idéologie en est loin. Le peuple a des besoins plus primaires qui ne s’embarrassent pas de justifications idéologiques. L’idéologie est un souci d’intellectuel, du moins de celui qui est libéré du souci de sa survie…
● Les dérives et les réactions qu’elles entraînent
Les machines sont coûteuses car elles doivent organiser de nombreuses manifestations pour encadrer les citoyens (parades, défilés). Elles font payer les chefs d’entreprise afin de bénéficier de leurs bienfaits. Avec ces budgets considérables, arrive la corruption même si tous les bosses ne sont pas corrompus. De plus, si les immigrants participaient à la vie de la société américaine en votant, ils n’étaient plus consultés sur le choix des candidats. Mais surtout, l’élu au service de la machine devait être un candidat docile, sans grande personnalité, afin d’être là uniquement pour faire tourner la machine. On atteignait ici les limites de ce système clientéliste. Ceci provoqua de nombreuses réactions de l’élite. Un boss resté célèbre, évoque une… corruption honnête et une corruption malhonnête. L’honnête profite du système mais agit dans l’intérêt de la ville. Il explique ce qu’est une « honnête spéculation ».
Ce système de clientélisme politique est tel qu’il gagne le système politique entier. Un président, Garfield est assassiné en 1891 (par un « client » mécontent). En réaction, le Pendleton Act, en 1883, met fin ou en partie au système des dépouilles. Le Civil Service Commission, met sur pied un système de concours pour accéder aux postes de fonctionnaires fédéraux. Le système va être opérationnel entièrement au milieu du XXe siècle.
Dans les villes comme New York il y a tentative de confier l’administration à des commissions de professionnels vers 1850-1860. Mais surtout on adopte l’usage du vote à bulletin secret pour la première fois, lors des présidentielle de 1896. Ces changements vont limiter les dégâts mais pas avant le milieu du XXe siècle. Entre temps, Chicago a offert un exemple paroxystique des dérives.
● Chicago, de la machine à la corruption généralisée et au crime
Chicago fut une ville turbulente, bastion des luttes sociales américaines. En 1830, Chicago n’est qu’un bivouac. En 1850, elle compte 300.000 habitants, 1 million en 1890, 1,7 million en 1900. Elle voit arriver des Irlandais puis des Allemands. Il y a de nombres rixes vers 1850, en 1855 les émeutes de la bière mettent en relief le besoin de contrôler la municipalité. Au départ, il y a alternance entre Républicains et Démocrates selon leur capacité à fournir des emplois aux nouveaux arrivés, c’est le terreau du absolu du clientélisme et du gouvernement des machines. C’est une ville de revendications ouvrières au départ. Là encore, on l’oublie en France mais le 1er mai naquit à Chicago, en 1886. Une manifestation pour réclamer la journée de 8 heures entraîna des émeutes où des ouvriers et des policiers furent tués. Il s’ensuivit les exécutions de huit leaders ouvriers anarchistes, les « Martyrs de Haymarket ».
C’est aussi à Chicago qu’eurent lieu les tentatives du « Mouvement Progressiste » au début du XXe siècle. Des hommes politiques d’origine sociale aisée voulaient prendre la municipalité en défendant la cause des ouvriers. Mais ces derniers à la botte des machines démocrates, se défièrent d’eux car ces hommes politiques étaient suspects de sympathie pour les Républicains. Il y eut aussi tentative de réorganiser la machine en 1931 par un élu démocrate, un maire originaire de Bohême, Anton Cermak. Il s’est appuyé sur les immigrants récents contre le maire précédent lié au syndicat du crime, assassiné en 1933. Il voulait intégrer les Noirs. En effet, Chicago voit arriver une forte immigration noire du Sud après 1910, avec le cortège classique, la ségrégation et les émeutes quand des Noirs veulent fréquenter des lieux réservés aux Blancs. Malgré tout ils s’organisent dans leurs quartiers au sud de la ville et votent républicain (Lincoln était républicain). Oscar de Priest devint le premier élu municipal noir en 1915, puis au congrès en 1928, remplacé en 1934 par un autre Noir mais démocrate. Les Noirs sont nombreux mais la machine électorale démocrate pour conserver son électorat blanc faisait perdurer la ségrégation. La machine atteint là toutes ses limites.
En 1955, Richard Daley, d’origine irlandaise est élu maire. Il est démocrate et est réélu grâce à la machine jusqu’en 1976. Il est considéré comme le « dernier boss des grandes villes » (en fait il fut maire) et fut très controversé. Il a modernisé la ville, a réduit la ségrégation, aidé au départ des classes moyennes noires des ghettos bastions, mais a laissé les autres habitants encore plus à la merci de la machine démocrate. Il pratiqua le déni de réalité sur l’existence du ghetto pour conserver l’électorat populaire blanc. De là l’émergence du mouvement Black Power dans les quartiers noirs du West Side ou South Side. On assista à une ethnicisation du vote. Quelques membres des classes moyennes noires purent quitter les ghettos, les autres tentèrent de s’allier aux Latinos. Surtout Daley fut soupçonné de toucher des pots de vin, car il dissout toute une unité de police sous un prétexte futile, celle justement chargée d’enquêter sur les activités criminelles. Le ghetto noir se radicalise, on voit émerger à Chicago les Blacks Panthers. Ils tentent par la violence, de regrouper des Noirs, des Latinos et des Blancs opposés au système Daley. En 1969, ils sont tout simplement assassinés dans leur appartement par la brigade antisubversive du département de police.
● Al Capone et la machine
Chicago, voit l’émergence du crime organisé, grâce aux réseaux de la machine. Les responsables de la pègre intègrent les circuits municipaux. Al Capone, né à Naples en 1895, a grandi à New York parmi la pègre. Durant la Première Guerre Mondiale il acquiert sa célèbre balafre ou scarface. Il gagne Chicago et met la main sur la criminalité italienne de la ville. La prohibition est ratifiée au niveau national le 29/01/1919 par le 18éme amendement de la Constitution.
Dès 1920, il achète les policiers et les juges de la ville avec la complicité des politiciens. Le phénomène alerte dès les débuts les esprits honnêtes – un réseau important d’hommes d’affaires, de journalistes, de politiciens – tentent de réagir. Il y a mise en place de commissions contre le crime. Ils parviennent à démontrer la corruption de 712 officiers de police dont ils obtiennent le transfert en n 1920. Le 14/02/1929, c’est le massacre dit de la Saint Valentin, en fait celui des concurrents irlandais de Capone.
Il y a prise de conscience de la problématique clientéliste suite à la crise économique en 1929. Cinquante mille citoyens résidant dans le même quartier que Capone déclarent ne plus vouloir payer l’impôt. La dénonciation de la corruption généralisée amène à confier une mission Eliot Ness. Celui-ci, né à Chicago en 1903, est diplômé de son université. Il échoue à faire le ménage dans la police municipale car personne ne veut témoigner. Mais il réussit à établir que Capone ne paie pas ses impôts au bout de trois ans d’enquête pour établir le dossier. Al Capone plonge, il prend onze ans. Puis il replonge pour fraude et meurt d’une crise cardiaque en 1947 dans sa prison où un espace particulier lui était aménagé.
● La machine impossible à enrayer…
Le système perdure après la Seconde Guerre Mondiale avec le successeur de Capone, Anthony Accardo, Joe le Batteur. Il s’introduit dans tous les milieux organisés de la ville comme le réseau juif, finalement il amplifie le système de corruption des édiles. Après 1945, 100 juges de la circonscription de Chicago sont soupçonnés de toucher des pots de vin. En 1979, c’est l’élection de Jane Byrne, produit de la machine mais qui prétend vouloir réformer le système. C’est un virage à 180°, il y a nouvelle trahison de l’électorat noir. Chicago voit l’élection du premier maire noir en 1983 (Washington) avec le soutien hispanique. Il meurt en 1987. En 1989, c’est l’élection du fils de Richard Daley, modéré, différent de son père. Il gère en homme d’affaires la ville. C’est un professionnel.
Quand on réalise comment les innocentes sociétés caritatives des débuts du XIXe siècle furent à l’origine des machines et comment celles-ci ont perverti la vie politique des grandes villes américaines, ne faut-il pas s’interroger davantage sur l’aboutissement de tout système décentralisé où la quantité d’argent brassé permet immanquablement aux féodalités de renaître avec leur cortège de corruption, que sur le système américain en lui même ? Les analogies avec nos problèmes sont légions. Nous avons là un parfait exemple également de l’aboutissement de la communautarisation du vote et ses limites. Une communauté d’immigrés très peu différente de la communauté d’accueil au départ – les Irlandais sont blancs et chrétiens – la précarité entraînant une nécessaire solidarité, finit par aboutir à ce qu’un parti devenu « populaire » comme ce fut le cas du Parti Démocrate, ait à choisir parmi les minorités, laquelle satisfaire (petits Blancs, Noirs ou Latinos)… La démocratie reposant sur la démographie on peut deviner aisément la suite, d’autant plus quand on constate que ce parti libéral « bourgeois » et anti-fédéraliste, devint au fil du temps, fédéraliste et populaire sous l’influence des minorités qui l’ont peu ou prou cannibalisé ? Un parti qui a vu ses électeurs blancs des origines glisser vers le Parti Républicain au fil des évolutions opportunes qu’il a eu à subir. Raison pour laquelle le Parti Républicain a gouverné les USA beaucoup plus longtemps que le Parti Démocrate au niveau fédéral. Jusqu’à présent…
Bibliographie :
PORTES Jacques, Les Etats-Unis, de l’indépendance à la première guerre mondiale, Paris, Armand Colin, 2008.
BERNARD Vincent, Histoire des États-Unis, Paris, Flammarion, 2008.
BRUN Jeanine, America, America !, trois siècles d’immigration aux Etats-Unis, Paris, Gallimard Julliard, 1980.
KASPI André, La civilisation américaine, Paris, PUF, 1993.
BOORSTIN Daniel, Histoire des Américains, l’aventure coloniale, naissance d’une nation, l’expérience démocratique, Paris, Robert Laffont, 1993.
TINDALL George Brown, SHI David, America, a narrative history, New York, Norton, 1999.
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