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mardi 17 octobre 2023

La vision contrariée du tsar Nicolas II

 

Introduction

Deux choses sont immuables en ce monde : la nature humaine, avec ses vertus et ses vices, et la géographie, avec ses terres et ses eaux. C’est pourquoi l’histoire se répète plus ou moins ou, comme certains le disent, se répercute à travers les âges. Il n’y a pas d’exemple plus clair que les événements actuels en Ukraine et leur toile de fond, la géopolitique du “cœur” de l’Eurasie, autour duquel tourne tout le reste de la planète, comme le proclamait Mackinder il y a plus d’un siècle. Au centre de ce “heartland” se trouve le seul pays eurasiatique qui s’étend d’est en ouest et qui est aussi le plus grand du monde : la Fédération de Russie.

Deux fenêtres

Après s’être étendue de la Baltique au Pacifique, la Russie du tsar Pierre Ier (1672-1725) a ouvert vers 1700 une fenêtre sur l’Europe occidentale. Voyant la technologie plus avancée de l’Occident, notamment en matière militaire et navale, le tsar comprend qu’il est nécessaire pour la Russie de rattraper son retard pour se défendre, mais c’est aussi le principe de l’unité qui préside à son action. Quiconque regarde la carte voit immédiatement que la masse continentale eurasienne entre l’océan Pacifique à l’est, l’océan Atlantique à l’ouest et l’océan Indien au sud est géographiquement unique. C’est “l’île monde”.

Au cours des deux siècles qui ont suivi 1700, il est devenu évident que la Russie devait effectivement se défendre, car l’Europe occidentale s’est montrée encore plus agressive qu’avant Pierre Ier. À l’époque, la Russie avait déjà été envahie par les chevaliers teutoniques soutenus par la papauté et par les Polonais (avec les Lituaniens). Sous Pierre Ier, la Russie avait déjà été envahie par la Suède lors de la Grande Guerre du Nord, puis par une coalition de nations européennes organisée par Napoléon en 1812, puis par les Français, les Britanniques et les Ottomans en 1854.

Après avoir progressivement établi la stabilité après 1856 dans sa fenêtre sur l’ouest de l’Europe, c’est sous le tsar Nicolas II (1868-1918) que la Russie a ouvert une fenêtre sur l’est de l’Asie. La réalisation la plus visible de cette ouverture est le plus long chemin de fer du monde, le Transsibérien, construit entre 1891 et 1904. C’est le tsar Nicolas qui a ouvert la Sibérie à la colonisation et des millions de Russes s’y sont installés sous son règne, alors que la population de son empire montait en flèche. L’influence russe s’étend également à la Chine (c’est l’époque de l’insurrection anti-occidentale des Boxers), à la Mandchourie et à la péninsule coréenne, très convoitée par le Japon. Cette expansion a été stoppée très brutalement lorsque l’Occident a financé et armé son mandataire, le Japon, jusqu’aux dents. En février 1904, le Japon a perfidement attaqué la flotte russe dans son port sans avoir déclaré la guerre, comme il l’a fait plus tard en décembre 1941 à Pearl Harbour.

Au cours de ce conflit de dix-huit mois, les Japonais, armés des derniers dreadnoughts construits en Europe occidentale, qui craignaient le potentiel russe, ont battu la marine russe, désespérément arriérée, mais n’ont obtenu que peu de résultats dans leur guerre terrestre. Les deux pays ont conclus une paix sous l’égide des Américains, dans des conditions très défavorables au Japon, qui a été saigné à blanc, tant physiquement que financièrement. Cependant, l’Empire russe a également été confronté à de graves dissensions internes, fomentées par les intrigues des pays d’Europe occidentale, qui ont envoiyé de la propagande et des armes aux révolutionnaires soutenus par l’Occident, principalement par l’intermédiaire de la Finlande.

La tragédie du XXe siècle

La fenêtre russe sur l’Asie, avec la Chine, le Japon et la Corée, s’est refermée. En moins d’une décennie, une nouvelle attaque occidentale se produit, cette fois depuis l’ouest, avec l’invasion allemande, austro-hongroise et ottomane de l’Empire russe en 1914. Puis, alors que la Russie était sur le point de remporter la victoire, le tsar a été renversé à Saint-Pétersbourg en 1917, sous l’égide des Britanniques. Les Britanniques ont même envoyé le génie militaire Trotski du Canada pour soutenir l’idéologue marxiste incompétent Lénine, lui-même envoyé par l’Allemagne pour saboter l’effort de guerre russe. En 1918, le tsar et sa famille sont assassinés sur ordre de New York, comme l’a souligné l’historien russe contemporain Piotr Multatuli 1 il y a plus de dix ans.

À partir de ce moment, l’Empire russe, alors rebaptisé URSS, fût confronté à une lutte existentielle pour sa survie. En 1941, une coalition de pays sous l’égide de l’Allemagne nazie, entièrement approuvée et financée par Londres et New York, a attaqué l’URSS. Sortie victorieuse après des pertes et des effusions de sang inouïes, l’URSS a créé une zone tampon en Europe de l’Est, afin de ne plus être attaquée par l’Ouest. Cependant, 45 ans plus tard, cette zone tampon s’est effondrée. La réaction soviétique à une nouvelle invasion occidentale avait rendu l’URSS, et en particulier la Russie, extrêmement impopulaire auprès de nombreux Européens de l’Est, qui se considéraient comme gouvernés par des régimes tyranniques et fantoches pro-soviétiques.

Comme nous le savons, l’URSS s’est effondrée en 1991 et, pendant près de dix ans, la Russie est devenue la proie de l’impitoyable dépouillement des ses actifs par le capitalisme occidental, par l’intermédiaire de ses oligarques fantoches. Avec ses peuples humiliés en proie au désespoir, cela a conduit à une pauvreté de masse, à l’émigration, à l’alcoolisme, au suicide et à une crise démographique. L’hostilité destructrice de l’Occident a ainsi fermé la fenêtre russe sur l’Occident et forcé la Russie à se tourner vers l’Est, pour rouvrir la fenêtre du tsar Nicolas II sur l’Asie. Ce n’est donc qu’au cours des vingt dernières années, avec la montée des forces nationalistes russes, que la Russie a pu se protéger de l’Occident, comme en ce moment en Ukraine, et qu’elle s’est à nouveau tournée vers l’Asie.

Bien que le Japon occupé par les États-Unis ait été contraint de rejeter les ouvertures de la Russie, la Chine, l’Inde et maintenant la Corée du Nord les ont accueillies favorablement. La Corée a été la grande perdante de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Coréens ont été brutalement exploités par l’impérialisme japonais. Peu après, la Corée a de nouveau été ravagée, cette fois par l’impérialisme des États-Unis et de leurs alliés de 1950 à 1953, faisant 2,5 millions de morts parmi les Coréens et divisant le pays dans un “conflit gelé” parce que les États-Unis n’étaient pas en mesure de gagner leur guerre. Aujourd’hui, en raison de l’hostilité raciste et de l’agression militaire de l’Occident, la Russie a été projetée vers l’est, précisément vers l’Inde, la Chine et la Corée du Nord. En fait, nous sommes revenus au grand programme asiatique du tsar Nicolas II, mais cette fois-ci, l’Asie qui l’intéressait comprend une Inde/Bharat libre, une Chine économiquement et politiquement très forte et une Corée du Nord militairement très forte.

L’unité fondamentale de l’Eurasie

Comme nous l’avons dit au début, l’Eurasie est géographiquement unie. En effet, ses liens avec l’Afrique sont tels que l’on peut même parler d’unité de l’Afro-Eurasie. En dehors du centre, il y a les aberrations, les grandes îles d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et d’Australie, ainsi que toutes leurs petites îles, la Nouvelle-Zélande, la Polynésie, les Caraïbes, etc. Elles se situent toutes en dehors de l’unité géographique centrale de l’Afro-Eurasie. Cependant, une telle unité centrale ne peut exister avec la multipolarité.

En d’autres termes, l’unité ne peut exister que si elle tient compte de la diversité. Telle est la signification de la multipolarité. En effet, l’Eurasie, et plus précisément l’Asie, présente une grande diversité de races, de cultures et de croyances. Par exemple, elle est la source de croyances aussi diverses que le christianisme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, le confucianisme et des croyances plus modestes comme le shintoïsme, le sikhisme et le judaïsme. Aucune de ces religions n’est venue d’un autre continent que l’Asie.

Pendant soixante-dix ans, l’Occident a considéré la Corée du Nord comme un “État paria”, mais uniquement parce qu’elle a dû se défendre, par l’intermédiaire d’un gouvernement très autoritaire, contre la menace militaire, et plus particulièrement nucléaire, des États-Unis. Sa tyrannie était une question de survie. Tout comme le Viêt Nam a été réunifié une fois que les États-Unis ont été chassés, la Corée sera elle aussi réunifiée. Les deux moitiés, Nord et Sud, ont besoin l’une de l’autre. Et franchement, toutes les autres parties de l’Eurasie, ses péninsules et ses îles, seront également réunies à l’Eurasie. Il s’agit du Taïwan chinois artificiellement séparé, de l’Israël américain et de la péninsule “européenne” contrôlée par les États-Unis, composée de “l’UE” et de ses pays associés.

Cela inclut également les deux archipels offshore surpeuplés, qui se reflètent l’un l’autre, à l’est et à l’ouest. Il s’agit du Japon et des îles britanniques et de l’Irlande, dont les peuples insulaires sont réservés (et conduisent également à gauche). Pour l’instant, les dirigeants du Japon occupé par les États-Unis n’ont pas encore signé de traité de paix avec la Russie et ses relations avec la Corée du Nord et la Chine sont très mauvaises. Quant à la Grande-Bretagne occupée par les États-Unis, ses dirigeants n’ont pas encore fait preuve d’un quelconque sens de l’identité et d’une colonne vertébrale. Une fois libérés de leur tutelle sur les États-Unis, ils pourront eux aussi mettre fin à leur isolationnisme agressif et revenir à des relations de bon voisinage, en tant que parties intégrantes, bien qu’extraterritoriales, de la masse continentale eurasienne.

Conclusion

La montée de la multipolarité, telle qu’elle se manifeste dans l’Union économique eurasienne, l’Organisation de coopération de Shanghai, les BRICS et maintenant les BRICS +, qui incluent l’Éthiopie, avec laquelle la Russie du tsar Nicolas II était liée, est le signe que l’Eurasie et l’Afro-Eurasie ont compris qu’elles devaient travailler ensemble. C’est l’ancienne vision du Grand Programme asiatique du Tsar Nicolas II, contrariée par l’impérialisme occidental il y a cinq générations, mais ravivée par la Fédération de Russie aujourd’hui. Il est vrai que l’Occident, qui n’est plus dirigé par la Grande-Bretagne, très affaiblie, mais par les États-Unis, eux aussi très affaiblis, tente toujours de contrecarrer cette coopération. Mais l’Occident a déjà perdu contre le Reste du Monde, comme le montre chaque jour la déroute des forces supplétives de Kiev en Ukraine.

Batiushka

Recteur orthodoxe russe d’une très grande paroisse en Europe, il a servi dans de nombreux pays d’Europe occidentale et j’ai vécu en Russie et en Ukraine. Il a également travaillé comme conférencier en histoire et en politique russes et européennes.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

Notes

  1.   https://www.themoscowtimes.com/2012/07/25/order-to-kill-tsars-family-came-from-us-scholar-says-a16523 – Multatuli cite des conversations secrètes entre le chef du Comité exécutif central bolchevique et l’un des bourreaux pour prouver qu’une organisation financière et industrielle américaine a informé les responsables russes de “la nécessité de tuer toute la famille”.

    “L’ordre a été envoyé à Moscou par l’intermédiaire d’une organisation américaine stationnée à Vologda, a déclaré Multatuli, ajoutant que ses membres considéraient la destruction complète de la Russie tsariste comme essentielle à la réalisation de leurs plans visant à façonner un monde unipolaire avec les États-Unis comme seule puissance”.

https://lesakerfrancophone.fr/la-vision-contrariee-du-tsar-nicolas-ii

vendredi 1 septembre 2023

Nicolas II et Alexandra de Russie, par Jean des Cars

 

L’éminent journaliste et écrivain Jean des Cars vient de publier fin octobre son nouvel ouvrage intitulé « Nicolas II et Alexandra de Russie,  une tragédie impériale », aux éditions Perrin. Il s’agit d’une biographie inédite et illustrée du dernier tsar de Russie et de sa famille au destin fascinant et bouleversant qui s’achève en tragédie.

Coupable ou martyr ? Coupable et martyr ? Longtemps, l’histoire officielle, d’inspiration marxiste, a accablé Nicolas II, chargé de tous les crimes, accusé de toutes les erreurs. Depuis la chute de l’URSS, la spectaculaire révision de son rôle, de son attitude, de son influence, les drames personnels qu’il a subis et l’engrenage de la Première Guerre mondiale nous montrent un autre souverain, un homme différent de celui qu’on présentait, dépassé par les événements, miné par la fatalité et finalement broyé par une histoire éminemment tragique. La destinée du dernier tsar, patriote jusqu’au bout, est plus fascinante et bouleversante que celle de ses illustres prédécesseurs parce que, précisément, le pouvoir des Romanov s’achève en tragédie.
Cent ans plus tard, dans cette biographie inédite et richement illustrée, Jean des Cars dresse le portrait intime du couple formé par Nicolas II et Alexandra Fedorovna, et de leurs enfants : les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et le tsarévitch Alexis qui naîtra hémophile – un calvaire pour son entourage, une menace sur la dynastie.
Du couronnement à l’assassinat de toute la famille, l’auteur nous conte avec son talent coutumier la vie du dernier couple impérial russe, des années de bonheur à l’épreuve de la guerre et des révolutions, des réformes intérieures au pouvoir de Raspoutine, de l’abdication au massacre.

Comme le souligne justement l’éditeur, pendant trop longtemps, c’est l’histoire officielle, enseignée par les marxistes et les nostalgiques de la révolution communiste qui a été imposée. Pourtant, après l’effondrement du communisme, l’ouverture des archives, et les nombreux ouvrages (dont ceux de Soljenitsyne) sur la question de cette idéologie responsable des plus grands massacres du 20ème siècle (des centaines de millions de morts), un nouveau travail peut enfin être effectué par les journalistes et les historiens.

C’est ce à quoi s’est attelé Jean des Cars, avec son talent habituel dans ce superbe ouvrage, illustré, colorisé, qui retrace la vie du dernier couple de la sage des Romanov. Un couple qui finira assassiné aux côtés de leurs enfants, de leur médecin ainsi que de leur personnel, par des bolcheviques assoiffés de sang.

Nicolas II et Alexandra, souvent jugés comme antisémites et peu épargnés par l’histoire officielle, apparaissent très tôt comme un couple conscient des dangers menaçant la Sainte Russie, et notamment de la menace révolutionnaire et marxiste (qui conduira déjà aux révoltes de 1905) importée par des éléments extérieurs à la Russie, la plupart du temps d’origine juive, éléments qui auront pour noms Trotski, Lénine, Staline …et bien d’autres futurs bouchers …

Le livre est particulièrement intéressant car il montre enfin le basculement entre deux sociétés européennes, presque deux mondes. Avant, la Russie impériale, les échanges avec les autres cours Européennes, une certaine idée de l’Europe et de la civilisation. Après, la guerre, les guerres, la déstabilisation mondiale, les meurtres de masse, et le début du « grand suicide » européen qu’avait évoqué Dominique Venner.

Le livre de Jean des Cars est à lire et à posséder pour comprendre la vie de ce couple impérial, mystérieux, pieux, brillant intellectuellement, aux multiples facettes, l’un des derniers couples impérial d’Europe.

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Nicolas II et Alexandra de Russie, une tragédie impériale – Jean des Cars – Perrin – 25€

Crédit photos  :  DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine. 

https://www.breizh-info.com/2015/11/08/33797/nicolas-ii-et-alexandra-de-russie-par-jean-des-cars/

dimanche 4 décembre 2022

Nicolas II et Alexandra de Russie, une tragédie impériale racontée par Jean des Cars

 

Nicolas II

Jean des Cars, historien des grandes dynasties européennes, a rédigé une passionnante biographie du dernier couple impérial russe.

Ce très beau livre, richement illustré, revient, près de cent ans après la tragique fin des Romanov, sur l’existence du dernier Tsar, de son couronnement à l’exécution de toute sa famille.

L’auteur dresse un portrait intime de ce couple très uni formé par Nicolas II et Alexandra Fedorovna, et de leurs enfants : les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et le tsarévitch Alexis.

Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, d’innombrables archives de la mémoire prérévolutionnaire sont devenues accessibles. Jean des Cars a fouillé ces documents historiques conservés à Moscou et à Saint-Pétersbourg et sélectionné des photographies inédites pour illustrer cet ouvrage. Le résultat de ces recherches nous est livré avec d’innombrables détails de l’existence de la famille impériale, y compris pendant leur captivité. Souvent accusé de toutes les erreurs, Nicolas II nous apparaît sous un jour différent, fascinant, bouleversant, attachant. Surtout, ces archives confirment le profond patriotisme de Nicolas II : d’une part en refusant de s’enfuir et en condamnant la honteuse paix séparée qu’il n’aurait jamais signée, d’autre part en rapatriant très tôt de Londres sa fortune et celle de son épouse pour soutenir l’effort de guerre russe. Des millions appartenant aux Romanov furent investis dans la défense du territoire national, de l’armement aux vêtements pour son peuple.

Terminons par cette citation du père Tikhon, patriarche de la Russie moscovite et de toute la Russie, le 21 juillet 1921 : « Nous n’allons pas ici juger et évaluer l’action de notre ancien souverain : son jugement impartial appartiendra à l’histoire, et il se trouve aujourd’hui devant la justice du Seigneur, mais nous savons qu’il renonça au trône, en pensant au bien de la Russie et par amour pour elle. Après son abdication, il aurait pu trouver refuge à l’étranger et s’y établir assez tranquillement mais il ne le fit pas, désirant souffrir avec la Russie.« 

Nicolas II et Alexandra de Russie, Jean des Cars, éditions Perrin, 458 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/nicolas-ii-et-alexandra-de-russie-une-tragedie-imperiale-racontee-par-jean-des-cars/44282/

mercredi 7 septembre 2022

La fin de l’empire des Tsars (Dominic Lieven)

 

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Dominic Lieven est professeur d’études politiques russes contemporaines à la London School of Economics and Political Science. Eminent spécialiste de l’histoire russe, il a enseigné à l’université de Tokyo et à Harvard en qualité de professeur associé.

Ce livre redonne à la Russie la place qu’elle mérite au cœur de la Première Guerre mondiale. Il étudie principalement la dimension russe des origines de la guerre, mais aussi l’évolution et les conséquences à long terme du conflit.

Il s’agit aussi d’une histoire internationale de la révolution russe, avec en point de mire les origines d’octobre 1917. L’auteur démontre que, sans la Première Guerre mondiale, les bolcheviks auraient certainement pu s’emparer du pouvoir mais auraient eu le plus grand mal à le conserver.

Dominic Lieven retrace également les raisons géopolitiques de l’importance des Balkans dans cette Première Guerre mondiale.

Après avoir décrit les grandes questions de relations internationales, de politique et d’idéologie dans une perspective européenne, l’auteur aborde ces questions du point de vue russe et introduit le lecteur aux problématiques politiques, identitaires et de politique étrangère les plus importantes pour la Russie, puis retrace chronologiquement les évènements, en commençant par la guerre russo-japonaise pour se terminer par la chute du Tsar Nicolas II.

La fin de l’empire des Tsars, Dominic Lieven, éditions des Syrtes, 504 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-fin-de-lempire-des-tsars-dominic-lieven/53263/

mercredi 13 octobre 2021

Journal intime de Nicolas II – Les derniers jours du dernier Tsar

 

Le Tsar Nicolas II a commencé la rédaction de son journal intime en 1881. En 1934, les éditions Payot en avaient publié les cahiers courant de juillet à décembre 1914, puis, le Tsar l’ayant interrompu durant deux ans, de décembre 1916 à juin 1918. C’est cette dernière période que les éditions Perrin ont choisi de publier. Depuis sa parution il y a plus de quatre-vingts ans, ce document exceptionnel n’avait plus été réédité en France. Il s’étalait sur une cinquantaine de cahiers dans lesquels Nicolas II commente ces plus de cinq cents jours qui le séparent de la mort.

C’est le témoignage direct du premier monarque jeté à bas de son trône par la Première Guerre mondiale. Après lui suivront l’empereur allemand Guillaume II, l’empereur austro-hongrois Charles Ier et le sultan de l’Empire ottoman Mehmed VI.

Voici le lecteur invité à pénétrer dans la vie quotidienne et publique d’un des hommes les plus puissants de la planète en 1914, à la tête d’un empire qui couvre le sixième des terres habitées, régnant sur près de 200 millions de chrétiens orthodoxes et dirigeant la plus grande armée de l’époque.

Sa gouvernance, sa vision et sa gestion de la guerre, ses activités intellectuelles et physiques, ses nombreuses lectures, ses rencontres, ses voyages, ce qu’il mange, ce qu’il imagine, ce qu’il espère, ce qu’il pense, ce qu’il redoute, ce qui l’angoisse : tout cela est consigné avec sincérité et de façon parfois émouvante. La période va de l’assassinat de Raspoutine à Pétrograd, en décembre 2016, jusqu’à la semaine ayant précédé sa propre exécution, en juillet 1918, dans le sous-sol d’une maison d’Ekaterinbourg.

Ce journal intime nous montre comment Nicolas II avance vers son destin tragique armé d’une foi et d’un fatalisme qui vont grandissant, enchaînant les prières pour sa patrie et sa famille et s’en remettant à Dieu. Comme s’il sentait sous ses pieds se dessiner un chemin de croix. Comment ne pas faire le parallèle avec l’esprit de sacrifice de Louis XVI ?

Journal intime de Nicolas II, éditions Perrin, 256 pages, 18 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/journal-intime-de-nicolas-ii-les-derniers-jours-du-dernier-tsar/91888/

dimanche 7 mars 2021

Les 21 jours qui firent tomber les Romanov

 

Il y a cent ans, en février-mars 1917, une révolution éclatait à Petrograd, la capitale de la Russie, provoquant la chute de Nicolas II et d’un empire multiséculaire. La fin des Romanov préparera le terrain à la seconde révolution russe, la révolution bolchevique d’octobre 1917, qui, elle, changera le monde. Récit.

Petrograd, 23 février 1917 / 10 février (calendrier julien *)

Depuis dix jours, la capitale russe est la proie de grèves qui ont commencé dans les usines d’armement. Le mouvement a gagné ensuite les chantiers navals, les usines métallurgiques. L’agitation traduit la lassitude de la guerre, des pénuries, de la misère.

27 février / 14 février

La Douma inaugure une nouvelle session. Fondée en 1906, après la révolution de 1905 qui a contraint le tsar Nicolas II à accepter une Constitution, cette assemblée législative a fait de la monarchie russe une monarchie constitutionnelle mais non parlementaire, puisque le chef du gouvernement, nommé par l’empereur, n’est responsable que devant lui. Nicolas II, qui règne depuis 1894, a eu jadis deux grands ministres : Serge Witte, maître d’œuvre de l’industrialisation de la Russie et le réformateur Piotr Stolypine, qui rêvait d’aligner l’empire des Romanov sur le modèle occidental. Depuis l’assassinat de celui-ci, en 1911, les éphémères Premiers ministres se succèdent, plus ou moins incompétents ou impopulaires. Enfant, Nicolas II a assisté à l’agonie de son grand-père, Alexandre II, déchiqueté par la bombe jetée par un révolutionnaire. Il en a gardé une sainte horreur des idées avancées. Aussi n’est-ce que sous la pression des circonstances qu’il a accepté des changements politiques dans son empire : son idéal reste le principe autocratique, celui de ses prédécesseurs, celui de son père Alexandre III. Comme eux, il considère que le tsar est le père de son peuple, oint et couronné pour le servir autant qu’il est servi par lui. Un peuple qui, aux yeux du souverain, est surtout incarné par les moujiks, ces paysans qui labourent la terre russe depuis des siècles.

La Russie, entrée en guerre, en 1914, aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne, est allée, sur le plan militaire, de désastre en désastre. En 1915, Nicolas II a enlevé le commandement de l’armée au grand-duc Nicolas, son oncle, un chef populaire, et s’est installé au grand quartier général afin de prendre lui-même la direction des opérations. Mais il est inexpérimenté et indécis, et son absence de la capitale a laissé le champ libre à l’impératrice et à son conseiller Raspoutine. Alexandra Fedorovna, née Alix de Hesse-Darmstadt, une Allemande qui parle mal le russe, n’a jamais été aimée de la population. Raspoutine, mage guérisseur qui se prétendait starets sans être homme d’Eglise, s’était rendu indispensable, auprès de la souveraine, en soignant le tsarévitch Alexis, qui est hémophile. Dans la nuit du 30 décembre / 19 décembre 1916, Raspoutine, attiré dans un guet-apens par le grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin du tsar, et par le prince Félix Ioussoupov, a été assassiné à Petrograd. Deux jours plus tard, on a retrouvé son corps dans les eaux glacées de la Neva, nouvelle qui a provoqué une explosion de joie dans l’aristocratie comme dans le peuple. L’impératrice, elle, a fait déposer une lettre dans le cercueil de son confident : « Mon cher martyr, donne-moi ta bénédiction afin qu’elle me suive constamment sur le chemin douloureux qui me reste à parcourir ici-bas. »

Du point de vue militaire, politique, économique ou social, tout va donc mal pour la Russie en ce début d’année 1917. Mais le couple impérial, qui vit largement replié sur lui-même, n’en a pas conscience. Le vrai sujet de préoccupation, pour Nicolas II, est de ne pas faire défaut à ses alliés français et anglais dans la guerre contre l’Allemagne et l’Autriche. L’ambassadeur de Grande-Bretagne, sir George Buchanan, a tenté de faire comprendre au tsar qu’il lui restait peu de temps pour regagner la confiance de son peuple, mais le diplomate n’a pas été entendu. Dans certains cercles de la haute société russe, on imagine une révolution de palais qui forcerait Nicolas II à abdiquer au profit de son frère, le grand-duc Michel, réputé libéral. Dans les partis de gauche, on commence à lâcher le mot de « république ».

3 mars / 18 février

Les ouvriers de l’usine d’armement Poutilov, haut-lieu de l’activisme révolutionnaire à Petrograd, se mettent en grève illimitée. Le même jour, des manifestants réclament du pain devant les boulangeries pillées. Le lendemain, les autorités annoncent la mise en place de cartes de rationnement pour le pain. Le 6 mars (21 février), l’usine Poutilov, paralysée par la grève et en rupture d’approvisionnement, est fermée. Désœuvrés, des milliers d’ouvriers sont jetés dans les rues de la capitale.

7 mars / 22 février

Nicolas II quitte sa résidence, le palais Alexandre de Tsarskoïe Selo, à 25 km au sud de Petrograd, pour rejoindre le grand quartier général de l’armée à Moguilev (ville aujourd’hui située en Biélorussie). Pour maintenir l’ordre, le tsar compte sur les 6000 policiers et 160 000 soldats présents dans la capitale.

8 mars / 23 février

En grève, les ouvrières de Vyborg, un faubourg de Petrograd, viennent défiler dans le centre-ville. Elles y retrouvent – c’est la Journée internationale des femmes – des cortèges d’employées, d’ouvrières et d’étudiantes qui rejoignent des manifestations d’ouvriers réclamant du pain et grondant contre le gouvernement. Non seulement les forces de l’ordre n’interviennent pas, mais un régiment requis par le gouverneur militaire, le général Khabalov, refuse d’obéir. Ses soldats sont acclamés par la foule. A la Douma, les députés de gauche appellent ouvertement à renverser la monarchie.

9 mars / 24 février

De nouvelles boulangeries sont pillées dans Petrograd, tandis que les manifestations ne font que grossir : ce jour-là, on estime que 150 000 personnes sont dans la rue. Les cosaques, troupe loyale au gouvernement, ne peuvent disperser les centaines d’attroupements qui se sont formés et où s’improvisent des meetings.

10 mars / 25 février

La grève est générale. Et les slogans de plus en plus politiques. Les manifestants ne se contentent pas de demander du pain : on entend « A bas la guerre » et même « A bas le tsar ». Les bolcheviks orientent les cortèges et les mots d’ordre, mais leurs militants sont peu nombreux : le parti compte 2000 adhérents à Petrograd, 24 000 dans tout le pays. Les grands chefs, comme Lénine, Trotski ou Staline, sont exilés, et les cadres disponibles en Russie sont rares. Ils ne croient d’ailleurs pas à la révolution. L’un d’eux, Chliapnikov, fait ce pronostic désabusé : « Donnez aux ouvriers une livre de pain, et le mouvement s’arrête ».

En fin de journée, le général Khabalov informe le gouvernement du télégramme que vient de lui envoyer Nicolas II, ordonnant de faire cesser « dès le lendemain » les désordres qui sont « inacceptables à l’heure d’une guerre difficile contre l’Allemagne et contre l’Autriche ». Le tsar écoute sa femme. Restée à Tsarskoïe Selo, l’impératrice estime qu’une manifestation d’autorité suffira à éteindre le climat insurrectionnel qui s’empare de Petrograd. Mais c’est au contraire cette attitude qui va tout faire basculer, en tout cas la manière dont sont interprétés les ordres du tsar : dans la soirée, le général Khabalov fait placarder des affiches avertissant que les rassemblements sont interdits dans la capitale et que les forces de l’ordre ont reçu l’autorisation de tirer. Les premiers coups de feu éclatent d’ailleurs sur la perspective Nevski, occasionnant de nombreuses victimes.

11 mars / 26 février

Tandis que les magasins sont fermés et que les tramways ne circulent plus, des cosaques à cheval et des détachements de troupes à pied sont postés à tous les carrefours. Le centre de Petrograd ressemble à un camp retranché. Vers midi, les colonnes de manifestants débouchent de la périphérie. Sur la perspective Nevski et sur la place Znamenskaia, des officiers de la Garde ordonnent de tirer : près de 150 personnes sont tuées. Paniquée, la foule reflue vers les faubourgs où des barricades sont dressées. Pensant triompher, le gouvernement proclame l’état de siège et Nicolas II, une nouvelle fois incité par l’impératrice à faire preuve de fermeté, prononce le renvoi de la Douma. Dans la nuit, toutefois, des officiers subalternes et une compagnie du régiment Pavlovski se mutinent. Dans les heures et la journée suivantes, ces rebelles appellent les autres unités à les imiter.

12 mars / 27 février

A leur tour, les régiments Preobrajenski et Semionovski entrent dans le mouvement : ils fraternisent avec les manifestants. A midi, soldats mutinés et émeutiers civils prennent l’Arsenal et font main basse sur des dizaines de milliers de fusils. Ils occupent les gares, le central téléphonique, la poste. Le palais d’Hiver est envahi. La forteresse Pierre-et-Paul, la « Bastille russe », se rend sans un coup de feu. Les autres prisons de la capitale sont prises d’assaut, et leurs détenus libérés – presque tous des condamnés de droit commun – se vengent en pillant et en tuant au hasard dans les quartiers bourgeois.

Dans l’après-midi, des militants socialistes de toutes tendances, réunis dans une salle du palais de Tauride, siège de la Douma, constituent un Comité exécutif provisoire du soviet et lancent un appel aux soldats et aux ouvriers afin qu’ils élisent des délégués. Tard dans la soirée, une seconde réunion rassemble 250 délégués élus à la hâte, qui seront 600 le lendemain. Le soviet est présidé par un socialiste de la tendance minoritaire (menchevik), assisté de deux vice-présidents : un autre menchevik et le dirigeant du parti travailliste (Trudovik), l’aile modérée des socialistes révolutionnaires, un brillant avocat de 35 ans qui fera parler de lui : Alexandre Kerenski. Tous les membres du Comité exécutif du soviet sont socialistes.

Parallèlement, dans une salle voisine du palais de Tauride, un groupe de députés de la Douma forme un « Comité provisoire pour le rétablissement de l’ordre dans la capitale et l’instauration de relations avec les personnalités et les institutions ». La plupart sont des libéraux du parti constitutionnel-démocrate. Les partis de droite, conservateurs ou nationalistes, sont hors-jeu.

La journée a accouché de deux instances rivales. Dans la nuit, le Comité provisoire de la Douma se déclare prêt à assumer le pouvoir, mais doit négocier avec le Soviet dont l’autorité prévaut dans la rue. Le soviet a notamment édicté un nouveau règlement de l’armée russe qui instaure l’élection de soviets dans chaque régiment, abolit les règles disciplinaires les plus dures, et supprime les usages marquant la distance hiérarchique entre les officiers et les hommes.

13 mars / 28 février

Nicolas II a limogé Khabalov et chargé le général Ivanov de « mettre fin aux troubles » dans Petrograd, initiative montrant à quel point il ne mesure pas la situation. Le tsar décide de rejoindre Tsarskoïe Selo, mais le Comité provisoire de la Douma demande à l’administration ferroviaire de freiner la marche du train impérial. Dans la capitale, le gouvernement tsariste présidé par le prince Nicolas Galitzine, réfugié à l’Amirauté, capitule après un échange de coups de feu.

14 mars / 1er mars

Après avoir été coupé du monde, dans son train, pendant quinze heures, Nicolas II arrive à Pskov, à 250 km de Petrograd, où il apprend le succès complet de l’insurrection dans la capitale, comme l’extension du mouvement à Moscou où la grève générale a été déclenchée et où un Comité révolutionnaire provisoire s’est constitué. Au même moment, les marins de Kronstadt se mutinent, assassinent le gouverneur, l’amiral Viren, et soixante-dix officiers. « Tout autour de moi, je ne vois que trahison, lâcheté et tromperie », écrit le souverain dans son journal.

Pendant ce temps, à Petrograd, les deux organes du pouvoir, les bourgeois du Comité exécutif de la Douma et les socialistes du soviet, sont parvenus à un compromis. En attendant la convocation d’une assemblée constituante, un gouvernement provisoire sera formé. Il sera présidé par le prince Lvov, Kerenski devenant le ministre de la Justice. Quant au tsar, il devra abdiquer en faveur de son fils Alexis.

15 mars / 2 mars

Pressé de toute part d’abandonner la couronne, notamment par un télégramme du général Alexeïev, chef d’état-major des armées russes qui est monarchiste mais avant tout désireux d’éviter un conflit civil alors que le pays est en guerre, Nicolas II se résout à abdiquer. Il le fait cependant non au profit de son fils, le tsarévitch malade, qu’il sait condamné et qu’il veut garder auprès de lui, mais en faveur de son frère, le grand-duc Michel Alexandrovitch. L’acte est signé à 23 h 40, antidaté à 15 heures. « Je vous en prie, Votre Majesté impériale, laissez-nous les tuer ! » supplie un cosaque prêt à en découdre. « Il est trop tard », lui répond Nicolas II dans un sourire triste.

16 mars / 3 mars

Les chefs du gouvernement provisoire, le prince Lvov, Alexandre Kerenski et le libéral Pavel Milioukov, ministre des Affaires étrangères, demandent audience au grand-duc Michel. Arguant des protestations qui ont éclaté dans Petrograd à l’annonce de l’abdication du tsar au profit d’un autre Romanov, ils vont valoir que la Russie sombrerait dans une anarchie incontrôlable si le grand-duc revendiquait le trône. Au bout d’une journée de négociations, Michel II, tsar d’un jour, abdique à son tour.

Les Romanov avaient régné trois cent quatre ans sur la Russie. Ils tombaient plus sur l’épuisement dû à la guerre qu’à un vrai réflexe républicain. Il avait fallu cinq jours et 1300 victimes pour provoquer la chute de la dynastie. En apprenant la nouvelle, à Genève, Lénine s’exclamait : « C’est stupéfiant, c’est tellement inattendu ». En avril 1917, le leader bolchevik reviendra en Russie en bénéficiant de la complicité des Allemands trop contents de semer le désordre chez l’ennemi. Il travaillera dès lors à une nouvelle révolution qui, en octobre de la même année, plongera le pays dans le communisme et la guerre civile.

Le roi d’Angleterre, George V, refusera l’asile à son cousin le tsar déchu. Assigné à résidence à Tsarskoïe Selo avec sa famille, Nicolas II sera transféré à Tobolsk, en Sibérie, en août 1917, puis à Iekaterinbourg, dans l’Oural, en avril 1918. C’est là que le tsar, la tsarine, leurs quatre filles et leur fils seront assassinés, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Un mois plus tôt, le grand-duc Michel avait été lui aussi tué d’une balle dans la tête. Les bolcheviks ayant décidé d’exterminer la famille impériale, dix-huit membres de la dynastie, en tout, recevront la mort pour seul crime d’être nés Romanov. Les dépouilles mortelles de Nicolas II et de l’impératrice Alexandra, retrouvées et exhumées en 1990, seront solennellement inhumées, en 1998, dans la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg : même Petrograd avait retrouvé son nom historique.

Jean Sévillia

*) Les dates indiquées en premier sont celles du calendrier grégorien. Elles sont suivies de leur équivalence dans le calendrier julien en vigueur en Russie jusqu’au 1er février 1918, et qui est en décalage de treize jours. Si la première révolution russe de 1917 est appelée « révolution de Février », c’est parce qu’elle s’est déroulée, pour l’essentiel, au mois de février selon le calendrier julien. Idem pour la révolution d’Octobre

Sources

Jean-Christophe Buisson, 1917, l’année qui a changé le monde, Perrin, 2016.

Hélène Carrère d’Encausse, Les Romanov, Fayard, 2013.

Jean des Cars, La saga des Romanov, Tempus, 2015.

Pierre Gonneau, Histoire de la Russie, d’Ivan le Terrible à Nicolas II, Tallandier, 2016.

Simon Sebag Montefiore, Les Romanov, Calmann-Lévy, 2016.

Nicolas Werth, Les révolutions russes, PUF, « Que sais-je ? », 2017.

Sources :  (Edition du  vendredi 3 mars 2017)

https://www.jeansevillia.com/2017/03/27/21-jours-firent-tomber-romanov/

mardi 4 août 2020

Russie : le spectre de 1917

Russie  le spectre de 1917.jpegUn siècle après le putsch lénniste d'Octobre rouge, le Russie  le spectre de 1917 1.jpegpaysage mémoriel russe est fascinant, oscilant entre scories d'une nostalgie soviétique et retour puissant d'un souvenir orthodoxe et tsariste. En 2017, que reste-t-il des fantômes de Lénine et de Nicolas II ?

Depuis quelques mois les rues moscovites et petersbourgeoises offrent le spectacle d'une foule bigarrée exhibant des icônes, des portraits du dernier tsar Nicolas II et des pancartes ornées de slogans patriotiques, traditionalistes et favorables à l'ancienne dynastie Romanov. Des Russes ordinaires défilent, précédés de popes orthodoxes. Au-dessus des têtes flotte l'ancien drapeau impérial noir, or et blanc.

Derrière ces manifestations, il y a d'abord une « foi nationale » mêlant orthodoxie et patriotisme de la « Sainte Russie ». Le 12 septembre dernier, une procession de 100 000 personnes serpentait à Saint-Pétersbourg, en l'honneur du transfert des reliques d'Alexandre Nevski (1220-1263), héros médiéval de la foi orthodoxe et vainqueur des Teutoniques.

Le tsar au cinéma

Cependant, l’observateur avisé pouvait apercevoir, dans cette même procession, d'énigmatiques pancartes frappées d'un nom féminin Matilda. Un nom qui enflamme la Russie depuis près d'un an, lorsque les Russes apprirent que ce film, réalisé par Alexis Ouchitel, serait diffusé pour l'automne 2017. Matilda ? C'est le prénom d'une ballerine russe qui entretint en 1890 une liaison avec le futur Nicolas II. Un film contant les amours interdites d'une danseuse et du tsar martyr ? Il n'en fallait pas davantage pour susciter l'indignation d'une partie de la Russie. Les manifestations se sont multipliées, et un mystérieux groupuscule « État chrétien - Sainte Russie » a appelé à faire barrage, par la violence, à la diffusion du film. En septembre dernier, une camionnette remplie de bonbonnes de gaz tentait de pénétrer dans une salle de cinéma de Saint-Pétersbourg. Évidemment, ces quelques agités - dont le Patriarcat de Moscou s'est fermement désolidarisé - ne sauraient représenter la foule des manifestants. Il n’empêche : la tension est palpable, et embarrasse fortement le pouvoir. D'un côté, les autorités ont signé le visa d'exploitation du film, suscitant une certaine grogne envers Poutine. De l'autre, on s’aperçoit que le chef de file des « anti-Matilda » n’est autre que Natalia Poklonskaïa, ex-Procureur de Crimée et député du parti poutinien Russie Unie. Anticipant les troubles, deux grands réseaux de cinéma ont renoncé à la diffusion de l’œuvre.

Pour comprendre cette émotion, il faut rappeler la vie de Nicolas II (1868-1918). Le souverain ouvrit son règne par une tragédie : à l’occasion de son couronnement, en 1896, une terrible bousculade fit près de 1 400 morts à Moscou. Son cheval blanc se couvrait de sang mauvais présage pour la Russie. Nicolas II, comme ses prédécesseurs, eut fort à faire avec les socialistes et les terroristes anarchistes. Il dut réprimer la révolution de 1905 et, initiant un ersatz de libéralisme politique, accepta en 1906 la réunion d'une assemblée, la « Douma d'État ». Mais c'est la guerre qui allait apporter un « vent mauvais ». À partir de 1914, l'Empire s’enfonça dans une terrible misère. Les souffrances d'un peuple russe affamé et saigné à blanc par le conflit provoquèrent, en février 1917 une agitation populaire à Saint-Pétersbourg, menant à la chute de la monarchie et à l'avènement d'une République dominée par la figure social-libérale de Kerenski. Sous la pression des soviets, le Gouvernement provisoire de Kerenski fit arrêter la famille impériale. Elle fut plus tard conduite par les Bolcheviques à Ekaterinbourg, dans l'Oural. C'est là, en juillet 1918, que les Romanov furent massacrés sur ordre de Lénine.

Leurs restes furent découverts en 1990 et inhumés en 1998. Deux ans plus tard, Nicolas II et sa famille étaient canonisés par l'Église russe. L'État poutinien a reconnu en 2008, par la voix du président de la Douma, que l'assassinat des Romanov fut un abominable crime du bolchévisme. Il n’est pas rare de voir des icônes représentant l’empereur et sa famille, portant la cape rouge du martyre.

Un siècle après la guerre civile

On le voit, le souvenir blanc est bien présent en Russie. Mais le spectre du bolchévisme ne s’efface pas d'un revers de main et la guerre civile (entre 8 et 20 millions de morts) a laissé des traces. Naturellement, la vieille historiographie rouge a longtemps dépeint les Blancs comme des traîtres. Aussi la sortie, en 2008, d'un grand film consacré à Alexandre Koltchak (Amiral, d'Andreï Kravtchouk) fut une occasion de controverse en Russie. Cet hommage cinématographique appuyé - avec la complicité de l'État - à celui qui fut un héros de la Grande Guerre et surtout le Gouverneur suprême de la Russie anti-bolchevique, constituait un prodigieux renversement des rôles par rapport à la tradition rouge. La chute du communisme puis l’avènement de Poutine ont permis la réhabilitation officielle et spectaculaire de Koltchak. Cependant, quelques nostalgiques du soviétisme grinçaient encore des dents lorsqu'une nouvelle plaque pro-Koltchak fut installée en Sibérie, début 2017

Lénine inventeur du totalitarisme

Mais c'est surtout la figure de Lénine qui, en ce centenaire du putsch d'Octobre 1917 devrait être au cœur de toutes les attentions. Derrière les statues figées du révolutionnaire se cachent cynisme et cruauté, comme le montre le dernier ouvrage de Stéphane Courtois (Lénine, l'inventeur du totalitarisme, Perrin). Fils d'une famille bourgeoise des bords de la Volga, hanté par le souvenir d'un frère pendu pour terrorisme, Lénine fut le chef incontesté de ce qu'on appela le bolchévisme. Nourri du Capital de Marx et du Catéchisme du révolutionnaire de Netchaïev fasciné par la Révolution française - dans les plans d'élimination des Koulaks, il allait rebaptiser la Volga « la Loire » en référence à l'extermination des Vendéens - Lénine systémisa la terreur politique, disqualifiant sans pitié ses adversaires et transformant les militants en un groupe docile et soumis. Travailleur acharné de la Révolution, bien décidé à liquider la paysannerie et à la remplacer par un prolétariat qui seul méritait de « faire peuple », Lénine fut, selon Courtois, le véritable « inventeur du totalitarisme ». Par le putsch d’octobre qu'avaient manigancé les gardes rouges, il sut confisquer à son profit la Révolution initiée en février 1917. La violence et le sang allaient, dès lors, accompagner la conquête du pouvoir menée par Lénine, jusqu’à l’établissement d'un empire rouge.

Remis au goût du jour à l’occasion de la « déstalinisation » opérée par Khrouchtchev dès 1956, Lénine est une figure ambivalente en Russie. D'un côté, sa popularité demeure : certains séparatistes de Novorussie n'hésitaient pas à défiler avec des drapeaux rouges ornés de son visage. Une allée de bustes des « dirigeants russes » a récemment été inaugurée à Moscou. Entre les visages des Tsars et de Gorbatchev on trouve celui de Lénine : c'est la première fois, depuis 1991 qu'une effigie du Bolchevique est publiquement installée en Russie.

Mais gardons-nous des conclusions hâtives. La Russie de Poutine ne compte pas rendre hommage à 1 agitateur bolchevique, dont le mausolée, place Rouge, embarrasse le pouvoir. Poutine préfère encore Staline, vainqueur de l'invasion étrangère lors de la « Grande guerre patriotique », à Lénine, idéologue révolutionnaire qui « crachait sur la Russie ». Surtout, l'État est soucieux de ne pas alimenter de fractures mémorielles. Quoi qu'il en soit, la Russie de 2017 est bien loin de la France des années 50 ou 60, où un poète reconnu comme Aragon chantait « Les yeux bleus de la Révolution brillent d'une cruauté nécessaire ».

La Russie est un pays complexe, où se côtoient bannières tsaristes et reliquats de drapeaux rouges, vieilles statues léninistes et nouvelles plaques d'hommage aux soldats blancs. Un pays complexe et passionné, à l'image de la puissante symphonie soviétique de Prokofiev à la gloire du héros médiéval Nevski. Rouge ou blanche, toujours immense et tumultueuse, la Russie demeure, par-delà « le siècle de 1917 ».

François La Choüe monde&vie 19 octobre 2017 n°946

jeudi 9 avril 2020

Recension de “Ils ont tué le Tsar” de Nicolas Ross, par Serge Gadal

Nicolas Ross, Ils ont tué le Tsar. Les bourreaux racontent, préface et postface de Nicolas Ross, traduction des documents par Jean-Christophe Peuch, Éditions des Syrtes, 2018, 320 p., 20 euros
L’exécution du tsar Nicolas II et de la famille impériale dans le sous-sol de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 a fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses légendes ayant trait notamment à la survie de certaines des grandes-duchesses (Anastasia en particulier).
On ignora longtemps que les principaux exécutants du massacre en avaient longuement relaté tous les détails, et ce le plus officiellement du monde, mais que leurs témoignages avaient été gardés secrets jusqu’à la fin de l’Union soviétique. En outre, lorsque les armées blanches reprirent, temporairement, Ekaterinbourg quelques jours après l’exécution, une enquête sur la disparition des Romanov fut confiée à un juge d’instruction, le juge Nikolaï Sokolov. Une copie des procès-verbaux d’interrogatoire constituant son enquête était conservée aux États-Unis dans un monastère orthodoxe. L’historien Nicolas Ross a eu accès à ces documents d’enquête, auxquels il a ajouté les témoignages des participants à l’exécution, rendus publics à l’ouverture des archives de l’URSS, afin de constituer le présent dossier. Le recoupement de ces sources, ainsi utilement rassemblées, nous permet de nous faire une idée relativement objective de ces événements tragiques, de leur motivation ainsi que du processus de prise de décision.
Exilée tout d’abord à Tobolsk en Sibérie occidentale en août 1917 où elle bénéficiait d’une relative liberté, du moins jusqu’à l’arrivée au pouvoir des bolchéviks, la famille impériale fut transférée à Ekaterinbourg dans l’Oural en avril 1918, ville industrielle (donc à forte population ouvrière) jugée plus sûre, et surtout située plus loin des armées blanches alors en cours de constitution. Elle était logée dans la tristement célèbre Maison Ipatieff, « maison à destination spéciale » dans la novlangue bolchévique, dont la garde était confiée à des ouvriers de la région dirigés par un alcoolique, Alexandre Avdéïev. Cette première période connut de nombreux abus de la part de la soldatesque à l’encontre de ceux dont elle avait la garde (vols de vêtement et de nourriture, insultes, etc.), ce qui conduisit dans les premiers jours de juillet au remplacement d’Avdéïev par un apparatchik, Iourovski, membre de la Tchéka régionale. Iourovski en profite pour renouveler la composition de la garde.  Les nouveaux gardes seront plus tard considérés comme des « Lettons », en réalité un seul est letton.
La décision d ‘exécution est prise localement par une résolution du comité exécutif du soviet régional de l’Oural, qui siégeait à Ekaterinbourg. Le Centre est consulté et Sverdlov, président du Comité exécutif central (le chef de l’État soviétique) donne son accord. Si Trotski voulait un procès public, Lénine était plutôt opportuniste et a approuvé l’exécution après coup. En somme, résume Nicolas Ross, «  si le tsar a survécu jusqu’au 16 juillet 1918, c’est parce que Lénine l’a voulu. S’il est mort dans la nuit du 16 au 17 juillet, c’est parce que son sort était devenu indifférent à Lénine, qui ne s’est plus opposé aux intentions sanguinaires des bolchéviks de l’Oural. Lénine et Sverdlov sont coupables du meurtre des Romanov non parce qu’ils l’ont explicitement ordonné, mais parce qu’ils ont volontiers accepté que d’autres s’en chargent à leur place. »
Les motivations de cette décision sont multiples : empêcher que la famille impériale ne soit libérée par les troupes tchécoslovaques qui progressent vers Ekaterinbourg ; et surtout répondre aux exigences du milieu ouvrier local qui ne cesse de critiquer la mansuétude dont ferait l’objet le tsar (« C’était une décision non seulement appropriée, mis même indispensable, avouera Trotski.Les masses ouvrières et paysannes… n’auraient ni compris, ni accepté une autre solution. »). Et ceci dans un contexte où il était urgent de remobiliser ces masses face aux progrès de l’adversaire.
Plusieurs « modes opératoires » sont successivement envisagés (grenade, poignardage des victimes pendant leur sommeil, ou exécution au revolver). C’est finalement cette dernière solution qui sera choisie. Chaque participant au massacre livrera ensuite sa propre version des faits. Recoupant ces différentes versions, Ross conclut que  « les détenus de la maison Ipatiev ont sans doute été abattus par le tir de onze hommes (c’est le chiffre le plus probable) disposant de douze revolvers Nagant, d’un revolver colt de grand calibre et de deux pistolets de calibre moyen : un mauser et un browning. » Les survivants, dont Demidova, la femme de chambre de la tsarine, sont achevés à la baïonnette. Les soldats dépouillent ensuite les cadavres, même si, aux dires de leurs chefs, ils doivent ensuite restituer ce qu’ils ont dérobé.
Si l’exécution des Romanov est sauvage et chaotique, l’enterrement des corps est à l’avenant. On commence par les enfouir dans un puit de mine, puis quelques heures plus tard les corps en sont retirés, brûlés, et défigurés à l’acide sulfurique. On les enterre finalement quelques kilomètres plus loin sous un chemin de terre menant au village de Koptiaki, au lieu dit « le Vallon du Porcelet ». Lors de leur exhumation en 1991, on relèvera même des tentatives de dépeçage. Cette décision de détruire les corps avait été prise selon Pavel Bykov, l’ancien président du soviet d’Ekaterinbourg, « afin de ne pas laisser aux mains des contre-révolutionnaires des « reliques » qui pouvaient leur permettre de jouer sur les sentiments des masses populaires ignorantes et incultes. »
Le lendemain de l’assassinat, la presse locale mentionna uniquement l’exécution de Nicolas II en laissant entendre, à dessein, que la famille impériale avait été épargnée, ce qui constitua le point de départ de la légende de la survie des grandes-duchesses.
En 1998, les restes de la famille impériale furent enterrés religieusement dans la basilique Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg, alors même que l’Église orthodoxe ne s’est toujours pas prononcée officiellement sur leur authenticité à la date d’aujourd’hui.
Tous les autres Romanov qui n’ont pas réussi à quitter l’URSS, ont été sommairement exécutés, notamment à Perm et à Alapaïevsk, en juin et juillet 1918. La maison Ipatieff a été rasée par Eltsine (secrétaire local) en 1977, sur ordre d’Andropov, afin d’éviter qu’elle ne devienne un lieu de pèlerinage. A son emplacement se trouve aujourd’hui une église.
Serge Gadal

jeudi 15 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (23)

Aujourd'hui : 27. 1919 : "Comment est née la Révolution russe"...
1919 : "Comment est née la Révolution russe"...
Parmi les raisons de la révolution russe, Bainville relève principalement l'incapacité du pouvoir à se renouveler, donnant en exemple l'évolution des assises sociales de la maison de Savoie, à l'heure du Risorgimento, cherchant à faire corps avec la nation. 
Bainville nous montre au contraire, en Russie, un pouvoir victime des réformes mises en oeuvre par les prédécesseurs de Nicolas II. D'institutions qui avec le temps entraînent le pouvoir politique dans leur décomposition et leur combat pour la défense de leurs intérêts particuliers. 
La crise politique se révèle alors dans le sentiment des populations de ne plus être gouvernées autrement que par l'arbitraire, quand la mise en avant des "traditions" ne parvient plus à dissimuler le vide des projets et des ambitions pour la nation...(Extraits) : 
1. "...Nous croyons, sans pédantisme, pouvoir dire que ce qui aura surtout manqué à Nicolas II, parmi ses précepteurs, c'est un bon professeur d'histoire. Il est fâcheux pour lui, sa dynastie et son empire, qu'à aucun moment il ne se soit trouvé quelqu'un pour lui montrer l'exemple de ce que d'autres monarchies avaient fait pour retremper leurs forces dans un grand courant national. 
Le passage de l'absolutisme au régime constitutionnel se trouvait étrangement facilité par la guerre. L'occasion s'offrait aux Romanov de prendre cet élixir de jeunesse qui avait si bien réussi à la maison de Savoie, grâce au Risorgimento, à la maison Hohenzollern, grâce aux deux guerres de 1866 et 1870. 
Victor-Emmanuel et Guillaume 1er, chacun à son heure, avaient renouvelé leurs traditions, rompu avec leurs conservateurs .." 
2. "...En réalité, la Russie n'était plus gouvernée, et, chose grave, ne se sentait plus gouvernée. En fait d'absolutisme, il n'y avait que celui des policiers. La faiblesse de l'autocrate faisait reparaître le règne des boyards..."
3. "...Cela prouve qu'il ne faut pas parler de tradition à l'aveuglette... Et puis, plus ou moins, tout le monde a la sienne. De même qu'un pur trouve toujours un plus pure qui l'épure, il y a toujours un traditionaliste dont la tradition remonte plus haut que celle du voisin. Il y a eu des gens, en France, pour estimer que la monarchie française s'était corrompue à partir de Louis XIV, d'autres à partie de Philippe Le Bel... 
Où et quand s'est altérée la tradition russe, c'est ce qu'on serait bien empêché de dire. Cette tradition est-elle dans les républiques de l'ancienne Russie ? Car on l'oublie trop : La Russie a un passé républicain, et elle n'a jamais tout à fait oublié le régime populaire tel qu'il avait été pratiqué, au Moyen Age, à Novgorod, à Viatka, à Pskov (où, par une rencontre singulière, Nicolas II aura abdiqué)....Lorsque cinquante ans plus tard, une autre réforme agraire fit passer les masses paysannes du communisme à la propriété individuelle, il y eut peut être des traditionalistes pour regretter la condamnation du mir. 
Si la véritable tradition de la Russie doit être recherchée quelque part, il n'y en a qu'une : c'est celle de l'unité nationale, c'est celle qu'ont représentée les tsars "rassembleurs de la terre russe". Que leur oeuvre ne soit pas compromise, que leur héritage ne soit pas "gâché", et la Russie d'aujourd'hui restera dans sa ligne de toujours..." 
4. "...Presque toujours, de loin, les problèmes politiques des autres peuples nous paraissent simples et faciles à résoudre. Nous ne tenons pas compte de traditions, de sentiments qui ne nous touchent pas, des situations acquises et des ambitions montantes, de conflits d'intérêts où nous ne sommes pas parties et dont, par suite, nous faisons bon marché..."
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

mardi 1 novembre 2011

RÉHABILITATION : Nicolas II aujourd’hui… Et Louis XVI ? (archive 2008)

Tous deux furent victimes d'un meurtre rituel, symbole de la rupture d'une nation avec ses fondements historiques. La France se grandirait en imitant la Russie…
Les bonnes nouvelles sont rares dans l'actualité de ce début d'automne… Ne cachons pas notre joie d'avoir appris ce mercredi 1er octobre la réhabilitation, par le Présidium de la Cour suprême de Russie, de la famille impériale russe sauvagement massacrée par la police politique de Lénine, la tcheka, le 18 juillet 1917 à Iékaterinbourg dans l'Oural.
Continuité historique
La plus haute instance juridique du pays a ainsi reconnu les répressions contre le tsar Nicolas II, ses quatre enfants et ses domestiques comme « injustifiées ». Au nom de cette évidence, SAI la grande-duchesse Maria Wladimirovna, chef de la Maison impériale de Russie, vivant à Madrid, avait déposé une plainte en 2005. Après plusieurs rejets et de multiples appels déposés par l'avocat de la famille, la Cour suprême avait statué en novembre 2007 que Nicolas II et les siens ne pouvaient pas être réhabilités, arguant de « l'absence de verdict » émis par les bolcheviques qui avaient condamné à mort la famille impériale. L'argument ne pouvait tenir la route…
On comprend aujourd'hui la joie de la grande-duchesse dont le représentant en Russie, Alexandre Zakatov, déclare qu'elle « a toujours été convaincue que cette question serait réglée en Russie et [qu'elle] refusait de s'adresser à des tribunaux internationaux » C'est tout à l'honneur d'une aussi grande princesse… M. Zakatov poursuit : « Il est très important pour notre société qu'un crime commis il y a quatre-vingt-dix ans soit condamné et que les accusations injustes contre le tsar et sa famille, selon lesquelles ils étaient les ennemis du peuple, soient effacées. » De son côté Me Guerman Loukianov, avocat de la famille impériale, a déclaré : « En définitive, [la décision de la Cour] va aider la Russie à comprendre son histoire, aider le monde à voir que la Russie a respecté ses propres lois, aider la Russie dans son développement pour devenir un pays civilisé. » En fait, une réhabilitation tacite s'était opérée depuis 1998 quand les restes de la famille impériale furent solennellement inhumés à Saint-Pétersbourg. En outre, le tsar et les siens ont été canonisés le 14 août 2000 par l'Église orthodoxe russe. Le porte-parole du patriarcat de Moscou, Gueorgui Riabykh, s'est d'ailleurs empressé de saluer la récente décision de justice, ajoutant que « sans aucun doute [elle] aura des conséquences importantes pour la Russie moderne, car elle renforce la priorité de la loi et restaure la continuité historique ».
Le propos est à méditer en France républicaine où le sang de Louis XVI, de Marie-Antoinette, et du petit Louis XVII ne cesse de retomber sur les générations successives. Tant pis pour les grandes âmes qui se croient obligées d'afficher pour M. Poutine un certain mépris, osons affirmer que la France se grandirait en imitant l'actuelle Russie. Si l'on peut tenter un parallèle entre ces deux souverains au sort tragique, disons que tous deux héritèrent d'une fabuleuse couronne au moment où dans leur pays se produisait un bouillonnement sans précédent d'idées nouvelles, s'accompagnant d'un rejet quasi maladif de toute autorité, tant du côté de ceux qui l'exerçaient que du côté de ceux qui lui étaient soumis. Les “philosophes” de notre XVIIIe siècle, comme les romantiques russes à la manière tolstoïenne, ont empoisonné les esprits au moment où il aurait fallu les nourrir de fermeté, en France royale pour envisager les réformes fiscales, judiciaires, administratives qui s'imposaient à la monarchie, en Russie tsariste pour supporter le choc d'une entrée brutale dans l'ère industrielle.
Tragédie royale
Pour faire face à de tels bouleversements, deux monarques bons, cordiaux, courageux, animés d'un grand souci de bien faire et conscients de l'origine divine de leur pouvoir, mais l'un - Louis , bien que pondéré et finement averti des changements à opérer, répugnait à recourir à la vertu de force, l'autre - Nicolas - moins intelligent, moins au courant des problèmes nouveaux, hésitant et impulsif, manquait de l'habileté d'un arbitre au-dessus du choc des propriétaires terriens, des patrons nouvellement enrichis, des masses paysannes, et aussi du prolétariat qui surgissait dans l'anarchie, proie facile des bolcheviques…
Est-ce à dire qu'ils étaient l'un et l'autre destinés à être immolés sous le joug des caprices de leurs sujets ? En des temps normaux ils auraient été d'excellents princes. Ils avaient l'un et l'autre la chance de régner à leur avènement sur un pays relativement prospère : Louis XV avait laissé une France déjà moderne, au pouvoir central renforcé, économiquement et démographiquement forte ; Alexandre III avait, de son côté, favorisé un remarquable essor économique et éradiqué le terrorisme. Aucun de ces deux règnes ne s'annonçait donc sous de sombres augures. S'ils eurent l'un et l'autre à affronter une révolution, ce ne fut pas pour des raisons économiques ou sociales. Les révolutions sont dans les esprits bien avant d'être dans la rue.
Il est difficile de comparer la façon dont Louis XVI et Nicolas II firent face à ce cataclysme, l'un régnant sur une France traditionnellement “hérissée de libertés”, l'autre devant gouverner une Russie où seule depuis toujours avait réussi l'autocratie. Ils connurent l'un et l'autre un malheur familial s'ajoutant à leurs soucis : Louis XVI vit mourir son fils aîné, le dauphin, dès juin 1789, et Nicolas II ne se consola jamais de voir son fils unique Alexis atteint par l'hémophilie. Pour triompher, une révolution pose toujours comme première urgence de détacher le peuple de ses autorités naturelles, et avant tout du roi. C'est ce que voulut la Constituante en dressant légalement la nation comme un seul corps face au roi qui cessait d'en être la tête pour en devenir le mandataire. Louis XVI ne s'en aperçut pas tout de suite et se montra courtois avec l'assemblée jusqu'au moment où elle lui demanda d'accepter des décisions allant contre sa conscience. Il crut alors, à tort, que ses sujets ne l'aimaient plus ; ne se sachant pas le droit d'abdiquer, et pour conserver l'unité de son peuple, il s'offrit en sacrifice à l'image de Jésus-Christ sous la fureur des hommes “qui ne savent pas ce qu'ils font”.
Pour sa part c'est en 1905, avec l'espèce de “répétition” révolutionnaire qui suivit la défaite navale devant les Japonais, que Nicolas II crut avoir perdu l'amour de son peuple ; puis l'assassinat en 1911 de son meilleur ministre Piotr Stolypine et la déroute de ses armées au début de la Grande Guerre lui firent perdre son sang-froid, il se crut trahi par tous ses généraux et prit la pire des décisions, celle d'abdiquer devant l'émeute le 2 mars 1917. Encore s'y résolut-il (et en faveur de son frère Michel), dans un esprit proche de celui de Louis XVI : « pour faciliter à notre peuple une étroite union et l'organisation de toutes ses forces pour la réalisation rapide de la victoire », déclara-t-il alors dans une lettre à la Douma (assemblée).
Comme Louis XVI crut en la bonne foi des constituants, Nicolas II crut en celle du bourgeois Alexandre Kerensky, lequel ne réussit jamais qu'à consolider le pouvoir des soviets. Prisonniers et innocents, le tsar, la tsarine, le tsarévitch (treize ans) et les trois soeurs de celui-ci virent leur sort s'aggraver de Tsarskoie-Selo à Tobolsk, puis à Iékareringbourg où ils tombèrent aux mains des soviets, qui entreprirent de les déshonorer avant, sur ordre de Lénine, de les massacrer impitoyablement au matin du 17 juillet 1918 dans la lugubre maison Ipatiev. Lénine était pressé d'en finir ; les armées blanches approchaient de l'Oural… Il valait donc mieux liquider la famille que préparer un procès. Là est la grande différence avec Louis XVI.
Meurtre rituel
Dans un cas comme dans l'autre, il s'agissait bien d'un meurtre rituel ; ceux qui le perpétraient assumaient devant l'histoire l'entière responsabilité de la rupture totale (et totalitaire) d'une nation avec ce qui la fondait en son être historique. Il fallait refaire un monde hors des lois divines et humaines et renier l'idée même d'un pouvoir de droit divin, reflet d'une transcendance. La majesté royale devait laisser place à la toute-puissance de l'homme. On sait sur quoi cela déboucha. Le fait qu'il y eut pour Louis XVI un procès rend la question de sa réhabilitation à la fois plus simple et plus difficile que pour Nicolas II. Plus simple pour les Français de bonne volonté : il leur suffit de lire le récit du procès pour voir que, face aux brutes épaisses de la Convention, le roi fut l'image à la fois douloureuse et triomphante de l'unité française d'âge en âge dont il se faisait le martyr au-dessus des déchirements du vieux peuple gaulois. La réhabilitation va donc de soi. Mais du même coup elle est difficile pour les gardiens de l'idéologie en place qui est encore celle au nom de laquelle on mit Louis XVI à mort en 1793. Tout le procès montre que tant que le roi vivrait, la Révolution ne pourrait avoir raison. Le fait de réhabiliter le capétien reviendrait à mettre en danger les principes dits immortels, tels les Droits de l'Homme, qu'il fut clairement accusé d'avoir voulu violer.
Il faudra que meure l'idéologie de 1789 comme est mort l'État communiste pour pouvoir renouer avec la continuité historique. Toutefois dans l'âme des Français, Louis XVI est déjà réhabilité comme l'a prouvé la foule qui vint à la Concorde lui rendre hommage le jour du bicentenaire de son martyre, le 21 janvier 1993. S'était jointe à eux SAI la grande-duchesse Léonida, mère de SAI la grande duchesse Maria Wladimirovna…
MICHEL FROMENTOUX  L’Action Française 2000 du 16 octobre au 5 novembre 2008

samedi 18 avril 2009

18 MARS 1921 : CRONSTADT, LA FIN DU RÊVE

La révolution bolchevique de 1917 a été, selon la forte définition de Dominique Venner, « un soulèvement de millions de croquants hérissés de baïonnettes, conduits par une petite meute de fanatiques à bésicles » (Les Blancs et les Rouges. Histoire de la guerre civile russe 1917-1921, Pygmalion, 1997). Mais certains groupes ont joué un rôle moteur dans l'enclenchement et le déroulement des événements révolutionnaires. Parmi eux, en bonne place, « les marins de Cronstadt ».
Port militaire à l'embouchure de la Néva, dans le golfe de Finlande, Cronstadt (ou Kronstadt) est le plus grand ensemble fortifié de la Baltique. Le premier fort y fut édifié par le tsar Pierre 1er en 1703. La visite qu'y effectua en 1891 l'escadre de l'amiral Gervais fut un prélude à l'alliance franco-russe, qui devait jouer un rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre de 1914-1918.
Lors de la révolution de 1905, « répétition générale sans laquelle celle de 1917 eût peut-être échoué » (D. Venner), l'agitation au sein de l'armée a touché tout spécialement certains ports : dans la flotte de la mer Noire, la mutinerie du cuirassé Potemkine (exaltée par le film d'Eisenstein en 1925), fin juin, a eu comme écho, en novembre, des révoltes de matelots à Sébastopol et à Cronstadt (où elles se soldèrent par plus de 1 400 arrestations et 36 condamnations à mort). En 1917, les marins de Cronstadt ont joué un rôle important dans le psychodrame qui aboutit, le 15 mars, à l'abdication du tsar Nicolas II. La veille, leur mutinerie avait été marquée par l'assassinat du gouverneur de la base maritime, l'amiral Viren, suivi d'une chasse aux officiers. Les mutins ont établi la liste de ceux qu'il faut éliminer et, à l'issue d'une nuit de massacre, plusieurs dizaines d'entre eux sont tués : selon un témoin anarchiste, « les marins pénétraient dans les demeures de leurs chefs, les traînaient dehors et les fusillaient au bord du fossé ». Un autre témoin, Louis de Robien, attaché à l'ambassade de France, raconte : « la plupart des officiers de marine de Kronstadt sont à la merci des équipages et sont astreints par ceux-ci aux travaux les plus durs et les plus humiliants. Ceux qui se rebellent sont mis à mort. »
En juillet 1917, les marins de Cronstadt sont très actifs dans la tentative de renversement du président du Conseil Kérenski qui a lieu à Pétrograd, après la défaite infligée par les Allemands aux troupes russes à Tarnopol. C'est un échec, mais les 7, 8 et 9 novembre (du calendrier grégorien, c'est-à-dire les 24, 25 et 26 octobre du calendrier julien... d'où l'expression « Révolution d'octobre »), une nouvelle tentative réussit. Avec l'appui, à vrai dire symbolique (un coup de canon... à blanc !), du croiseur Aurora, les émeutiers, parmi lesquels se remarquent mille cinq cents matelots arrivés de Cronstadt, jettent à bas sans difficulté le gouvernement provisoire de Kérenski, lequel s'est enfui, et mettent en place le nouveau pouvoir bolchevique.
Celui-ci doit s'imposer par la force dans une Russie épuisée par la guerre. Sont donc envoyés dans toutes les provinces des commissaires politiques et des agents de propagande protégés par des détachements de marins de Cronstadt. Ceux-ci jouent donc le rôle de gardes rouges. Ils accompagnent le commissaire du peuple à la Guerre Krylenko lorsque ce dernier vient notifier au général Doukhonine, chef d'état-major général des armées russes, qu'il est relevé de ses fonctions. Avant d'être lardé de coups de baïonnettes. A la suite de l'attentat manqué contre Lénine (30 août 1918), un journal bolchevique de Pétrograd écrit : « Les intérêts de la révolution exigent l'extermination physique de la classe bourgeoise. » Aussitôt dit, aussitôt fait : cinq cents officiers enfermés à la forteresse de Cronstadt sont fusillés par les matelots rouges.
Ceux-ci sont considérés comme le fer de lance de la révolution. Et pourtant leurs yeux vont s'ouvrir. Pendant l'hiver 1920-1921, ils ont profité de permissions pour se rendre dans leurs familles. Et là ils découvrent une réalité que la propagande essayait de dissimuler : la famine, une misère noire écrasent la population des campagnes, laissées sans aide aucune dans une situation bien pire qu'avant la révolution. La police politique, la Tchéka, fait partout régner une terreur sans limites, y compris dans les usines de Petrograd paralysées par des grèves dont le moteur est le désespoir. Désespoir d'ouvriers à qui on avait promis des lendemains qui chantent et condamnés à vivre quotidiennement la réalité bolchevique.
Alors les marins de Cronstadt s'insurgent. Leurs délégués rédigent une longue résolution qui exige des élections libres, au scrutin secret, l'abolition de la dictature du parti bolchevique, la dissolution de la Tchéka, la libération des détenus politiques, la fin des réquisitions, la liberté de l'artisanat et du commerce. Bref, une nouvelle révolution.
Les bolcheviques essayent tout d'abord de biaiser, de parlementer. Leurs émissaires sont chassés ou mis en prison par les marins qui, solidement installés dans la forteresse de Cronstadt, se constituent en soviet révolutionnaire. Alors intervient Trotski. Il organise le blocus de Cronstadt puis, le 8 mars 1921, ordonne l'assaut.
Celui-ci, dirigé par Toukhatchevski, est vigoureusement repoussé. Mais le suivant, huit jours plus tard, réussit. Les 50 000 hommes mis en action investissent la forteresse et, pendant toute une journée, des combats de rue, à la grenade et à la baïonnette, se déroulent dans la ville. A la nuit, les rebelles survivants parviennent à s'enfuir vers la Finlande. La résistance leur a coûté 600 morts, 1 000 blessés et 2 000 prisonniers. Mais ils ont infligé à Toukhatchevski et à Trotski 25 000 tués ou blessés !
Lénine a compris l'avertissement.
Quelques jours plus tard il fait adopter par le Congrès du parti la NEP (« Nouvelle politique économique »), qui reprend à son compte - sans le dire, bien sûr - plusieurs exigences des marins de Cronstadt.
P.V Rivarol du 27 mars 2009