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samedi 2 février 2013

1883 : Des Bourbons aux Orléans

Le comte de Chambord s'éteint le 24 août. Le comte de Paris semble s'imposer à la tête de la maison de France. Mais dans l'entourage de la comtesse de Chambord, certains contestent le droit des Orléans : pour eux la couronne de France doit revenir à l'aîné de tous les Bourbons.
Cette année-là, Henri V comte de Chambord, soixante-trois ans, petit-fils de Charles X, de jure roi de France depuis le 2 août 1830, s'éteignit le 24 août en exil à Frohsdorf. Depuis l'échec de la restauration monarchique en 1873, il n'avait renoncé à rien et se tenait toujours très informé des affaires de France.
Philippe VII
Il avait appris avec peine les succès des républicains, lesquels, depuis la démission du maréchal de Mac-Mahon, président de la République, en 1878, accaparaient tous les pouvoirs. Jean-François Chiappe disait de ce roi éminemment chrétien : « Il se montre épris de modernité et souhaiterait reformer la France de saint Louis et de Philippe le Bel, créatrice des états généraux. [...] Il se passionne pour le monde ouvrier et se désespère de la condition de ces déracinés. » 1 Nous savons que, pour garder la liberté d'améliorer le sort des humbles, il refusa de régner avec le drapeau tricolore symbole à ses yeux de l'assujettissement de la couronne aux intérêts des capitalistes sans coeur.
Le drame d'Henri V fut de ne pas avoir eu d'enfant de son épouse Marie-Thérèse de Modène. La succession n'était pourtant pas un souci pour les milliers de fidèles venus de toute la France assister aux obsèques de leur roi dans la ville de Gorizia, où reposait déjà Charles X (alors en Vénétie autrichienne, aujourd'hui en Slovénie). En leur nom le duc de La Rochefoucauld-Bisaccia adressa à Philippe, comte de Paris, un télégramme rédigé par René de La Tour du Pin, marquis de La Charce, et approuvé par le général de Charette, où tous les assistants saluaient en lui Philippe VII, nouveau chef de la maison de France. Quelques jours plus tard, à Paris, l'Association de la Presse monarchique et catholique, fondée l'année précédente, rendait un fervent hommage au roi défunt et saluait d'un seul coeur son successeur Philippe VII.
Une dispute déplorable
C'était là tout simplement s'inscrire dans la grande tradition capétienne qui voulait qu'en cas d'extinction d'une branche régnante de la famille, la succession revînt au chef de la branche la plus proche par ordre de primogéniture, à condition que celle-ci ne fît pas tomber la couronne dans des mains étrangères et donc ne rompît pas l'union d'âge en âge de la famille royale et de la France. C'est pour sauvegarder ce principe et empêcher la France de devenir anglaise que l'on dut exclure les femmes et leur descendance de la succession.
Il se trouva hélas un petit nombre de royalistes, notamment dans l'entourage de la comtesse de Chambord, pour contester le droit des Orléans. Pour eux la couronne de France devait revenir à l'aîné de tous les Bourbons, donc à Jean de Bourbon, comte de Montizon, infant d'Espagne (1822-1887), fils de Charles de Bourbon, lequel, refusant à sa nièce Isabelle II le titre de reine d'Espagne, était à l'origine de la branche carliste. Le comte de Montizon, par ailleurs beau-frère d'Henri V (il avait épousé Marie-Béatrice de Modène) était évidemment l'héritier en droite ligne de Philippe V, roi d'Espagne, et par celui-ci de Louis XIV. Sans même s'attarder à des considérations juridiques et spécieuses sur la valeur des renonciations de Philippe V au trône de France (traité d'Utrecht, 1713), le fait est que, les générations passant, cette branche espagnole des Bourbons s'hispanisait et pouvait de moins en moins incarner la France. On ne se transplante pas roi de France, il faut être des entrailles de la France. Or les Orléans, bien que ne descendant que du frère de Louis XIV, avaient, eux, toujours servi la France seule.
Souvenir douloureux
Hélas le débat était passionnel. On rappelait toujours Philippe Égalité : il avait voté la mort de Louis XVI en 1793, son crime était horrible, mais on oubliait qu'il s'en était repenti avant sa mort, et que le fils de celui-ci, Louis-Philippe (futur "roi des Français") s'était réconcilié avec les Bourbons dès 1809 en épousant Marie- Amélie de Bourbon-Siciles, nièce de la reine Marie-Antoinette. Quant à l'épisode fâcheux de la monarchie de Juillet, il eut au moins l'avantage de reculer de dix-huit ans l'avènement de la IIe République : Louis-Philippe ne prétendit jamais remplacer les Bourbons et, à la fin de sa vie, souhaita un rapprochement entre les deux branches, ce à quoi la reine Marie-Amélie et ses fils, notamment le duc de Nemours, s'employèrent dès 1850, et surtout en 1873. Ils trouvèrent un accueil très affectueux de la part d'Henri V, lequel déclara peu avant sa mort à un journaliste de La Liberté : « Le principe que je représente m'interdit de choisir mon successeur. Puisque j'ai le malheur de n'avoir pas d'enfant, les princes d'Orléans sont mes fils. » 2
Tout était dit, et cette parole aurait dû clore une dispute qui dure encore de nos jours, où s'engagent avec une foi monarchique indiscutablement vibrante des Français qui ne se rendent pas toujours compte que cette division risque tout simplement de rendre une fois encore impossible la restauration pourtant si nécessaire à la France...
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 18 novembre au 1er décembre 2010
1 Jean-François Chiappe : Le comte de Chambord et son mystère ; éditions Perrin, 1990.
2 Cité dans Xavier Vallat : Le Grain

samedi 7 mai 2011

6 novembre1793 : L’arroseur arrosé

Après avoir été condamné à mort par le Tribunal Révolutionnaire, Philippe-Égalité est guillotiné le jour même. Lui qui se croyait plus malin que tout le monde est écrasé, à son tour, par la machine infernale qu'il a largement contribué à mettre en marche.
Emporté par le délire idéologique du jacobinisme, il a voulu faire table rase de ses racines, y compris de son nom. Car celui qui a pris le nom ridicule de Philippe-Égalité s'appelle en réalité Louis-Philippe d'Orléans. C'est-à-dire qu'il descend du fils cadet de Louis XIII, Philippe II d'Orléans, son arrière-grand-père étant le Régent, Philippe III d'Orléans. Né en 1747, ce prince du sang a porté successivement le titre de duc de Montpensier jusqu'en 1752, de duc de Chartres jusqu'en 1785, de duc d'Orléans jusqu'en 1791 avant de prendre le nom étrange de Louis Philippe Joseph, prince français, auquel il renonce en 1792 pour devenir Louis Philippe Joseph Égalité.
Ces changements successifs ne sont pas anodins : après avoir suivi une tradition familiale liée à ses origines, il coupe les ponts avec le monde de l'Ancien Régime, contre lequel il nourrit un ressentiment tenace. Il s'estime en effet victime d'injustices à répétition. Ce libertin amateur de tous les plaisirs entend jouer un rôle politique, en prenant la tête de ceux qui critiquent la monarchie, accusée de tourner au “despotisme”. La reine Marie-Antoinette répond en traitant avec dérision ce gros homme qui, très riche mais perpétuellement endetté par des dépenses excessives, cherche à faire argent de tout. II installe ainsi des boutiques sur le pourtour des jardins de sa résidence du Palais-Royal, au cœur de Paris, qui devient vite le rendez-vous des agitateurs politiques, des trafiquants et agioteurs, des dames de petite vertu.
Philippe d'Orléans tisse ses réseaux d'influence et, par exemple, se fait recevoir comme grand-maître d'une Franc-Maçonnerie qui recrute beaucoup dans les années qui précèdent la Révolution et qui marquent ses débuts. Utilisant sans vergogne la démagogie, Orléans est élu aux États-Généraux, où il manifeste une hostilité totale à la monarchie. C'est dans les jardins du Palais-Royal que s'organisent les premières journées révolutionnaires et Camille Desmoulins, lançant à la foule une proclamation enflammée, y improvise, le 12 juillet 1789, une manifestation qui va déboucher sur la prise de la Bastille. Début octobre, des agents du duc d'Orléans attisent le mécontentement des Parisiens, provoqué entre autres par la hausse du prix du pain. Les 5 et 6, des cortèges de manifestants, conduits par des femmes, vont chercher à Versailles le roi, la reine et le dauphin pour les ramener à Paris. En 1791, après la fuite à Varennes, le peuple de Paris est invité le 17 juillet à signer une pétition réclamant la déchéance de Louis XVI. Le duc d'Orléans est soupçonné d'en avoir été l'instigateur. En tout cas il participe désormais régulièrement aux séances du club des Jacobins.
Devenu « Philippe Egalité », il est élu député de Paris à la Convention, où il siège chez les Montagnards, aux côtés de Robespierre, de Marat, de Saint-Just et du boucher Legendre.
Il vote l'abolition de la royauté, puis la condamnation à mort de Louis XVI — ce qui surprend  même  les plus virulents   des   Montagnards. Lorsqu'il vote, le 10 mars 1793, la création du Tribunal Révolutionnaire, il contribue à mettre en place un système terroriste qui va le broyer, comme bien d'autres. Son fils Louis-Philippe s'est compromis avec l'intrigant Dumouriez et accompagne celui-ci lorsqu'il passe à l'ennemi en demandant la protection de l'armée autrichienne. Le déshonneur en rejaillit sur son père, désormais tenu en suspicion malgré tous les gages qu'il a donnés. Décrété d'accusation par le Comité de Salut public, pour crime de conspiration contre la République, devant le Tribunal Révolutionnaire de Paris, Philippe-Égalité est condamné à mort. Selon des témoins, il a pris grand soin de sa toilette et de sa coiffure poudrée avant de monter sur la charrette devant le conduire à l'échafaud.
Pierre VIAL. Rivarol du 26 novembre 2010

mercredi 26 janvier 2011

Louis-Philippe ou le réalisme politique

Souvent décrié, fils d'un régicide et lui-même usurpateur du trône couronné par une révolution, Louis-Philippe vaut pourtant mieux que l'image qu'en a laissée la postérité.
Louis-Philippe fait partie des personnages maudits de notre histoire. À tel point que son nom est entré dans le langage courant pour désigner un physique ou un objet de mauvais goût… Il faut dire que son hérédité ne plaide pas pour lui : fils de Philippe Egalité qui vota la mort du roi, Louis-Philippe a souffert toute sa vie de cette ombre paternelle admirablement décrite par la maîtresse du duc d'Orléans, Mme Elliot. Frondeur et comploteur, libéral et membre fondateur du Grand Orient, le révolutionnaire et cousin du roi laisse à la postérité l'image d'un traître qui perdra lui-même la tête à une époque où, selon l'adage, le pur trouve toujours un plus pur qui l'épure. Or, tous ces traits de caractères sont inexistants chez son ftls, qui montre à l'égard de ce mouvement révolutionnaire un recul étonnant. Il faut savoir gré à Arnaud Teyssier, son biographe, de nous apporter de cet homme un éclairage nouveau et tout en nuance.
Certes, Louis-Philippe fut, comme beaucoup d'aristocrates et comme Louis XVI lui-même, un enfant des lumières par son éducation et son entourage ; mais la grande révolution est une meilleure école pour l'observateur des choses de ce monde. Pendant que son éducatrice, Mme de Genlis, voyait ses convictions rousseauistes sur la bonté de l'homme s'évanouir dans la furie révolutionnaire, son élève Louis-Philippe laisse apparaître une admirable perspicacité dans ce pays où ne se trouvaient que « déshonneur et malheur sur malheur ». Il tire deux leçons de cette désolation. Il comprend d'abord qu'en temps de crise, il faut savoir faire preuve d'autorité, « prendre un parti et s'y tenir ». Et aussi, que la crise française résulte d'une impréparation des élites : « Une des principales sources des malheurs de la Révolution, a été l'ignorance complète et générale de la conduite que chacun devait tenir dans une semblable crise ; et cette ignorance était commune aux hommes de tous les partis et de toutes les opinions. Il n'y avait plus de devoirs clairement définis. »
l'ultime incarnation d'un pouvoir plein
Le sens du devoir est précisément ce qui constitue, d'après Teyssier, le fondement de l'œuvre et de l'action politiques de Louis-Philippe. Mais le traumatisme révolutionnaire, le sens du tragique qui domine notre personnage, engendrent en lui une prudence excessive et une forme de résignation qui lui seront fatales. Malgré tout, ils ne l'empêchent pas de tout faire pour « réparer » la France plutôt que de la restaurer, tant l'idée de retour en arrière lui apparaît anachronique. Même s'il prend la mesure du nouveau rôle de l'opinion publique, les journées de 1848 lui rappellent néanmoins la fragilité d'une œuvre face au rouleau compresseur des passions révolutionnaires.
Pour Teyssier, le roi a été perdu par « une humanité excessive, une défiance inconsciente à l'égard de sa propre légitimité ». Il s'est attribué un péché originel qu'il aurait pu effacer s'il n'y avait pas eu chez lui le respect d'une forme de légalisme incongru : « Je n'ai jamais violé la Loi » s'exclame-t-il le jour de sa chute. Et plus loin : « Je ne croyais pas que je fusse la clef de voûte. » Le sens du devoir ne s'arrête pas dans l'intention, mais s'épanouit dans l'accomplissement. Il n'empêche, Maurras fait de Louis-Philippe « l'ultime incarnation d'un pouvoir plein et assumé dans la meilleure tradition des Capétiens, bien loin du pantin des caricaturistes ou de l'usurpateur cynique et prisonnier du destin dépeint par Chateaubriand. » Nous sommes bien ici au cœur de la pensée monarchiste du XX, siècle, qui jauge le régime non pas à l'aune du romantisme, mais à celle du réalisme politique. L'image de Napoléon III s'oppose à celle de Louis-Philippe. En matière de romantisme, Louis-Philippe n'est rien quand Napoléon III est tout. À contrario, sur le plan politique, le roi des Français est bien plus que le neveu de Napoléon 1er. Cela n'a d'ailleurs pas échappé à l'historien monarchiste Jacques Bainville, qui, dans son œuvre, a toujours privilégié l'éloge de la mesure et de la conservation contre celle des aventures extérieures, déstabilisatrices de l'équilibre européen. Ce n'est pas le moindre mérite du roi des Français que d'avoir voulu mettre fin à l'alliance sanguinaire de l'idéalisme révolutionnaire et de l'esprit de conquête napoléonien.
Christophe Mahieu Le Choc du mois janvier 2011
Arnaud Teyssier, Louis-Philippe, le dernier roi des Français, Perrin, 451 pages, 23€

dimanche 7 novembre 2010

6 novembre 1793 : exécution de Louis Philippe Joseph d’Orléans, dit «Philippe Égalité»

Cousin de Louis XVI, Louis Philippe Joseph d’Orléans, duc de Chartres, puis duc d’Orléans, fut élu député de la noblesse aux États généraux de 1789, se prononça pour les idées nouvelles et fut du nombre des nobles qui se réuniront au Tiers Etat. Il changea son nom en Philippe Égalité en 1792 et votera pour la mort du roi

Louis Philippe II Joseph d'Orléans, , connu sous le surnom de Philippe Égalité après 1792, est né au château de Saint-Cloud le 13 avril 1747. Fils de Louis Philippe d'Orléans (1725-1785), duc d'Orléans, dit « le Gros », et de Louise Henriette de Bourbon-Conti († 1759), il fut titré duc de Montpensier à sa naissance (1747-1752), puis porta le titre de duc de Chartres de la mort de son grand-père à celle de son père (1752-1785). Il devint alors duc d'Orléans et premier prince du sang.

Le père de Philippe d'Orléans avait d'abord envisagé de le marier à la princesse Cunégonde de Saxe, fille de l'électeur de Saxe Frédéric-Auguste II et sœur de la Dauphine de France Marie-Josèphe. Mais cette dernière insista auprès de Louis XV pour qu'il s'oppose à ce projet, considérant que Chartres était de trop petite naissance pour prétendre épouser sa sœur Cunégonde.

L'abbé de Breteuil, chancelier de la maison d'Orléans, fut donc chargé de négocier, en substitution, un mariage avec Louise Marie Adélaïde de Bourbon (dite « Mademoiselle de Penthièvre »), petite-fille du comte de Toulouse, bâtard légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, qui amenait dans la maison d'Orléans, avec encore un peu plus du sang des bâtards de Louis XIV, l'héritage fabuleux du duc de Penthièvre. Philippe d'Orléans quant à lui descendait, par sa mère, d'une bâtarde de Louis XIV et de la marquise de Montespan (Mademoiselle de Nantes) et d'autre part une des arrière-grand-mères paternelles de Philippe d'Orléans était également une bâtarde de Louis XIV et de la marquise de Montespan (la seconde Mademoiselle de Blois). Le mariage eut lieu à Versailles le 5 avril 1769. La dot, sans doute la plus importante qu'on ait jamais vue, se montait à 6 millions de livres, dont 3 865 000 livres étaient remis sur-le-champ, sous forme d'une dotation produisant un revenu annuel de 245 000 livres. Le duc d'Orléans s'engageait de son côté à loger, meubler, faire servir les époux et à leur assurer au surplus un revenu de 400 000 livres par an.

Louise Marie Adélaïde de Bourbon lui donna six enfants :

  1. N… d'Orléans (mort-née le 10 octobre 1771) ;

  2. Louis Philippe d'Orléans (1773-1850), titré duc de Valois puis duc de Chartres, puis duc d'Orléans, puis roi des Français ;

  3. Louis Antoine Philippe d'Orléans (1775-1807), titré duc de Montpensier ;

  4. Louis Marie Adélaïde Eugénie d'Orléans (1777-1847), dite « mademoiselle de Chartres » ;

  5. N… d'Orléans (née le 23 août 1777 - morte en 1782), jumelle de la précédente, dite « mademoiselle d'Orléans » ;

  6. Louis Charles d'Orléans (1779-1808), comte de Beaujolais, qui prit à partir de 1792 les prénoms Alphonse Léodgard.

Le duc d'Orléans eut un bâtard, Victor Leclerc de Buffon (1792-1812), dit également le chevalier de Saint-Paul, avec sa maîtresse en titre, Marguerite Françoise Bouvier de la Mothe de Cépoy, comtesse de Buffon. Il eut également une fille naturelle avec Félicité de Genlis : Pamela Brûlart de Sillery (v. 1777-1831).

Montpensier et Beaujolais moururent des suites de leur incarcération durant la Terreur et le Directoire. Louis-Philippe y avait échappé en quittant la France en même temps que Dumouriez, provoquant l'arrestation de toute la famille par mesure de représailles.

Chartres avait eu la promesse, au moment de son mariage, que son beau-père solliciterait pour lui la survivance de sa charge de grand amiral de France. Il s'y prépara en faisant une carrière d'officier de marine. En 1772, il s'embarqua sur le vaisseau l'Alexandre avec le grade de garde-marine (aspirant). Après deux campagnes en 1775 et 1776, il fut promu lieutenant général des armées navales (contre-amiral). En 1778, lorsque les hostilités recommencèrent avec l'Angleterre, il se vit confier le commandement de l'arrière dans l'escadre commandée par le comte d'Orvilliers. Le 27 juillet 1778, au large d'Ouessant, la bataille s'engagea. Une manœuvre commandée par d'Orvilliers amena les vaisseaux du duc de Chartres sur l'avant ; le prince n'hésita pas à foncer sur les vaisseaux anglais, mais à la suite d'une mauvaise communication avec le vaisseau amiral, une erreur fut commise qui permit aux vaisseaux anglais de prendre la fuite. La bataille se soldait par un demi-succès. A Paris, chacun rendit d'abord hommage à la belle conduite du duc de Chartres avant qu'on ne propageât le bruit que la bataille avait en fait été manquée par sa faute, ce que rien ne permet de penser.

L'année suivante, il commanda l'escadre d'évolutions qui fit le tour des îles britanniques et revint par les Pays-Bas. À son retour, il trouva son beau-père inquiet car on l'avait persuadé que Chartres voulait le dépouiller de sa charge de grand amiral. Le duc de Chartres écrivit à Louis XVI pour le détromper et, dans un souci d'apaisement, renonça à la marine en sollicitant le roi de créer pour lui un emploi de colonel général des troupes légères, ce à quoi Louis XVI consentit. Mais en 1780, le roi lui refusa la permission de faire partie du corps expéditionnaire de Rochambeau qui partait pour l'Amérique.

Pair de France, Philippe d'Orléans fit de bonne heure preuve d'indépendance. Comme tous les princes des branches cadettes de la maison de Bourbon, il prit le parti des Parlements en 1771 et refusa de siéger au « parlement Maupeou ». En 1771, il se fit élire grand maître du Grand Orient de France, qui venait d'être organisé. Adepte des idées nouvelles et grand admirateur des institutions anglaises, le duc de Chartres manifesta plus d'une fois avant la Révolution son hostilité au régime et à la Cour, notamment lors de l'assemblée des notables (1787). À partir de 1785, devenu duc d'Orléans, il offrit un centre et un point de ralliement aux ennemis de la cour. Chef du 3e bureau à l'Assemblée des notables (1787), il déclara que les États généraux avaient seuls le droit de voter les impôts, et protesta contre les édits bursaux : il fut exilé.

Dès le début des années 1780, Philippe d'Orléans connut des difficultés financières. Son train de maison était extrêmement dispendieux, et absorbait l'essentiel de son revenu. L'héritage de son père, reçu en 1785, qui était grevé de 2 millions de dettes, ne suffit pas à rétablir la situation. Le nouveau duc d'Orléans dut obtenir du roi l'autorisation d'émettre un emprunt de 6 millions de livres portant création de 240 000 livres de rentes viagères tontinières à 4%, dit « tontine d'Orléans » (27 novembre 1785). Peu avant la Révolution, il fit vendre à Londres une grande partie de sa collection de tableaux. Il fit également procéder à d'importants achats spéculatifs de blé, qui lui permirent de réaliser des gains appréciables lors de la disette de 1789 tout en se faisant passer pour un philanthrope. À la fin de 1789, il contracta de nouveaux emprunts en gageant le capital de la dot de la reine d'Espagne d'un montant de 4 millions .

Il réalisa également une spéculation immobilière restée célèbre au Palais-Royal. Depuis son remariage morganatique avec Madame de Montesson, le duc d'Orléans avait cessé d'habiter le Palais-Royal. Il en fit concession à son fils en 1776, et le lui abandonna en toute propriété en 1780. Peu après, en juin 1781, la salle de théâtre dite du Palais-Royal, qui se trouvait du côté de l'actuelle rue de Valois, brûla une nouvelle fois. Le duc de Chartres la fit reconstruire de l'autre côté par l'architecte Victor Louis (c'est l'actuelle salle de la Comédie-Française) et en profita pour réaliser une vaste opération immobilière autour des jardins du Palais-Royal : il fit édifier des immeubles uniformes, comportant des galeries marchandes au rez-de-chaussée surmontées d'appartements d'habitation. Les rues bordant l'ensemble furent baptisées des noms des fils du duc : Valois, Montpensier et Beaujolais. Cette opération fut vivement critiquée. Le public, qui avait toujours été admis librement dans les jardins du Palais-Royal, critiqua leur rétrécissement. On jugea l'architecture mesquine. Louis XVI se serait moqué du duc de Chartres en lui lançant : « Eh, bien, mon cousin ! Il paraît que vous ouvrez boutique ? On ne vous verra plus que le dimanche ? ». Authentique ou non, le mot courut Paris, avec des dizaines d'épigrammes et de chansons. Mais l'affaire ne fut pas excellente et tarda à s'équilibrer, le duc ayant dû emprunter 4 millions pour financer les constructions, qui s'avérèrent difficiles à vendre et à louer.

Délégué aux deux assemblées des notables, il est élu député de la noblesse aux États généraux de 1789, il se prononça pour les idées nouvelles et fut du nombre des nobles qui donnèrent l'exemple de se réunir au tiers état. Lié à Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, espérant peut-être le trône de Louis XVI, il s'exila en Angleterre après les journées populaires du 4 et 5 octobre 1789, mais revint en France en 1790. Il se rendit avec ses fils à l'armée du Nord, mais après la défection du général Dumouriez, il reçut l'ordre de la quitter. Jeté de plus en plus dans le parti révolutionnaire, il devint membre du Club des Jacobins. Elu député à la Convention nationale par le département de la Seine où il prit le nom de Philippe Égalité : les noms dits nobles (à particule) ayant été formellement abolis, il ne pouvait plus s'appeler Orléans. Capet était impensable. Aussi pria-t-il la Convention de lui en donner un. Le président, désignant les statues de la Liberté et de l'Égalité qui flanquaient le perchoir, lui enjoignit de choisir, à son grand déplaisir. Aussi fut-il désormais appelé Philippe Égalité. Sous la pression du parti de la Montagne, il se laissa entraîner à voter la mort du roi Louis XVI. Cette lâcheté dégoûta jusqu'à Robespierre, qui dit de lui : « Il était le seul qui pouvait se permettre de ne pas voter la mort. » Sous l'influence de son secrétaire Pierre Choderlos de Laclos et de la comtesse de Genlis, il soutient les idées libérales.

Quand son fils aîné (le futur Louis-Philippe Ier) passe à l'ennemi avec le général Charles-François Dumouriez, il devient suspect aux yeux des Montagnards. Il fut donc mis lui-même en accusation, comme partisan des Girondins. Il fut arrêté le 6 avril 1793, jugé par le Tribunal révolutionnaire et guillotiné le 6 novembre 1793. Aussi ne survécut-il que dix mois à son cousin, qu'il avait contribué à faire exécuter.

C’est son fils Louis-Philippe, devenu «roi des Français» après la révolution des «Trois Glorieuses» en 1830, qui réalisera son ambition d’accéder au trône.

http://www.fdesouche.com et http://www.roi-france.com