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vendredi 26 juin 2015

Ces belles pages d’Histoire que Najat Valaud-Belkacem veut cacher à nos enfants

Dans Rivarol du 15 mai, Elisabeth B., proviseur honoraire, s'entretenant avec Jean-Philippe Robiquet, a clairement démontré que le ministre de l'Éducation dite nationale, la colérique Najat Valaud-Belkacem, organise, par sa nouvelle réforme des collèges, la liquidation des derniers savoirs. Cette réforme, contestée aujourd'hui jusque dans le camp socialiste, est en effet une nouvelle provocation dans le but d'amener les petits Français, déjà pas mal perturbés avec la théorie du genre, à ne plus rien savoir de ce qui enthousiasmait les générations précédentes et leur faisait aimer résolument la France.
À travers ces nouveaux programmes qui donnent en classe de cinquième le statut de matière obligatoire à l'islam et celui de matière facultative à la chrétienté, que retiendront les enfants d'aujourd'hui et de demain de ces hauts faits présidant au baptême de Clovis et à la fondation de la France qui réalisèrent, grâce à la belle Clotilde, l'alliance de l'Église du Christ et du roi très chrétien afin de triompher, dans l'ordre, de la barbarie ? Que sauront-ils de Charlemagne, empereur d'Occident, petit-fils de Charles Martel, lequel avait arrêté les musulmans à Poitiers en 732 ? Et du même Charlemagne qui s'attira l'hommage du calife de Bagdad Haroun al-Rachid et s'imposa ainsi comme le protecteur du Saint-Sépulcre, donc des communautés chrétiennes d'Orient ?
Exeunt les croisades ?
Quant aux Croisades, cette magnifique aventure spirituelle, qui n'avait rien d'une « guerre sainte», il est à craindre que, vues presque exclusivement du côté musulman, elles soient présentées comme des guerres d'intolérance et de conquêtes. Comment les professeurs pourront-ils faire sentir ce bel élan de foi et d'enthousiasme qui, au cri de « Dieu le veut ! », souleva les seigneurs les plus avides et les plus turbulents, les amena à mettre leur individualisme au service du Christ dans une France brûlant de ferveur chrétienne, où la rayonnante abbaye de Cluny rappelait à tous que la Cité de Dieu dépassait les barrières féodales et que le service du suzerain était comme le premier degré d'un ordre supérieur dont le Christ était la clef de voûte ? Qui parlera encore à nos enfants du champenois Odon de Lagery (1042- 1099), pape sous le nom d'Urbain II (1088-1099), qui prit l'initiative de la première Croisade, après que les Seldjoukides — des Turcs récemment islamisés ! — eurent occupé les Lieux saints et terrorisé l'empereur chrétien de Constantinople, lequel ne cessait de lancer des appels au secours à l'Occident ?
Des foules de seigneurs répondirent à l'appel lancé au Puy le 15 août 1095 par le pape Urbain II et renouvelé au concile de Clermont le 27 novembre de la même année, exhortant les barons turbulents à unir et à canaliser leurs énergies pour délivrer la Terre sainte et mériter ainsi leur salut. Un excellent dérivatif s'offrait à l'ardeur impétueuse des seigneurs. L'honneur chevaleresque n'avait de sens qu'intégré dans le patrimoine civilisateur...
Les footballeurs ont remplacé les croisés
Le premier à s'enrôler fut l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil, d'une noble lignée de la vallée du Rhône : le pape le nomma chef spirituel de la Croisade et en fit son légat auprès de l'armée qui se constituait. Le comte de Toulouse, Raymond IV de Saint-Gilles, manifesta aussi un zèle brûlant, ainsi que Robert, comte de Flandre, Hugues, comte de Vermandois, frère du roi de France Philippe Ier, Guillaume VI, comte d'Auvergne, Gaston IV, vicomte de Béarn, Roger II, comte de Foix, Guillaume IV, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, Bohémond de Tarente — un Normand de Sicile —, Robert Courte-Heuse, duc de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre en 1066 et décédé en 1087 Et, bien sûr, le plus célèbre, Godefroy de Bouillon (1058-1100), duc de Basse-Lotharingie, héritier du Brabant, terre d'Empire, par sa mère, mais fils du comte de Boulogne en terre capétienne. Tous ces noms de valeureux soldats du Christ, les enfants de la génération qui fut en cinquième dans les collèges catholiques des années 1950-1955, en savaient la liste par cœur et en admiraient les images. Maintenant les enfants devront se contenter de collectionner des images de joueurs de football…
Il y eut se contenter de collectionner des images de joueurs de football...
Il y eut aussi la croisade des classes populaires menée par Pierre l'Ermite — un moine d’Amiens vêtu d'une tunique de laine et d'un manteau de bure. Leur cohue mal organisée entraînée par un pauvre chevalier, Gautier-Sans-Avoir, partit sans attendre le signal de l'évêque du Puy et ce fut un épouvantable désastre. Tous furent décimés par la faim et se firent massacrer par les Turcs dès octobre 1096. Il ne resta plus que des monceaux d'ossements sur la route de Constantinople à Nicée. Quelle émotion pour nos jeunes sensibilités d'écoliers d'alors !
L'expédition dirigée par les seigneurs, préparée soigneusement, partit par quatre itinéraires différents devant se rejoindre à Constantinople. Tous ces pèlerins — car c'était essentiellement un pèlerinage, bien qu'armé ! — manifestaient une abnégation absolue. La croisade éteignait, au moins au départ, les inimitiés personnelles et ranimait la notion de fraternité des baptisés. La confiance en la cause sainte devait suffire à tout : on se précipitait au combat, on ne reculait pas sans déshonneur, il fallait vaincre ou perdre la vie. Le salut éternel éclipsait toute autre considération.
L'empereur Alexis Comnène et sa fille Anne, plus byzantins que jamais, leur réservèrent un accueil plutôt mitigé, mais l'essentiel était plus loin, en Asie mineure ; le 19 juin 1097, les croisés prenaient Nicée, puis le 1er juillet Dorylée, s'ouvrant ainsi la route de la Syrie. Il fallait avancer malgré la faim et la chaleur : en juin 1098, ils prirent, après un long siège et dans d'effroyables conditions, la ville d'Antioche.
Pendant ce temps, dans le royaume de France, des prières et des processions étaient prescrites et, dans les châteaux, les femmes montraient une énergie sans pareille. Que le mari ne s'avise pas de rentrer avant d'avoir accompli son vœu ! Étienne-Henri, comte de Blois, terrorisé lors du siège d'Antioche, osa déserter son épouse Adèle, en digne fille de Guillaume le Conquérant, l'accueillit fort mal et le força à repartir pour l'Orient ; quelques mois plus tard il y mourut prisonnier. Et les écoliers de 1950 continuaient de prier pour le repos de son âme !
Mais entre-temps, et sans ce pauvre poltron, le vœu avait été accompli car, surmontant toutes les souffrances, toutes les velléités d'anarchie, comme aussi la mauvaise volonté de l'empereur byzantin, les 12 000 hommes restés plus ou moins sains et saufs sur les 150 000 partis quatre ans plus tôt de l'Europe entière, avaient réussi à étonner le monde entier en prenant Jérusalem le 15 juillet 1099 ! Nous aussi, écoliers du vingtième siècle, nous en restions époustouflés !
Le contraire d’une « guerre de religion »
Il serait dramatique que nos enfants gardent l'impression que ces héros et ces saints agirent par haine des musulmans. Jamais les auteurs de récits contemporains ne parlaient de lutter contre une autre religion. On ne faisait nullement mention de musulmans ni de Mahomet ; en fait les croisés, en 1095 ignoraient tout de l'islam. Les ennemis étaient dits "infidèles" ou "Turcs" et Sarrasins", ou plus souvent "Assyriens", "Mèdes", "Perses", "Babyloniens", "Sumériens", etc. Les Francs découvraient tout et, quelque peu effarés devant la multitude de peuples rencontrés, ils ne pensaient même pas que ces peuples pussent être liés par une même religion(1). Ils menaient donc tout le contraire d'une « guerre de religion » : ils ne combattaient que pour l'honneur de Jésus-Christ et pour garder la liberté de prier et de séjourner sur les lieux mêmes où il donna sa vie par amour pour nous.
Dans une vision musulmane obligatoire, ces nuances échapperont aux professeurs, de même que ceux-ci auront le plus grand mal à se défaire de l'idée que les Croisades eussent des raisons "économiques ». Quel intérêt auraient eu des seigneurs déjà si riches de fiefs et de châteaux en France à s'ouvrir d'autres conquêtes vraiment aléatoires en Orient ? Beaucoup s'y appauvrirent. Quant aux marchands italiens, ils n'intervinrent que plus tard. Bien établis à Constantinople ou au Caire, Jérusalem et la Terre sainte ne leur offraient que de bien maigres débouchés.
Les "bénéfices" se situèrent sur le plan spirituel et culturel. Le roi de France apparut, plus que l'empereur ou tout autre souverain d'Occident, comme le champion de la chrétienté, en tous cas gardien des Lieux saints : une autre raison pour s'affirmer « roi très chrétien » !
Une nouvelle France en Terre Sainte ?
Et nous assistions, émerveillés, à la naissance d'une nouvelle France à Jérusalem ! Car beaucoup de croisés restèrent sur place une fois leur vœu accompli : il fallait protéger durablement les Lieux saints, garantir le maintien d'une force capable d'assurer la liberté des chrétiens. Pour ces nobles gaillards flamands, bourguignons languedociens, rien de plus digne que de se muer en bâtisseurs et en administrateurs ! Très vite, autour de Jérusalem et des principautés d'Édesse, d'Antioche et de Tripoli, des villes se créèrent avec leurs franchises, leurs marchés, leurs corps de métiers. De la Mésopotamie à la Méditerranée, de l'Euphrate au Jourdain se dressaient les mêmes forteresses qu'en France, les mêmes églises, les mêmes hospices. Une civilisation originale commençait de naître, sans heurter les mœurs du pays, car les élites locales étaient appelées à l'administration. Que de liens d'estime se tissèrent alors entre Français et Orientaux ! Les Francs adoptaient de nouveaux modes de vie, apprenaient les langues du lieu, s'initiaient à la médecine, aux mathématiques arabes, à la fabrication du papier... Le commerce se développa prodigieusement avec la métropole fruits exotiques, parfums enivrants, étoffes précieuses. ..
L'entreprise était d'autant plus méritoire, et exaltante à nos yeux d'écoliers de naguère, qu'elle s'accomplissait sous la menace permanente d'invasions musulmanes et au rythme de fantastiques chevauchées, mais, pendant plus d'un siècle, les rois (Baudouin Ier, Baudouin II, Foulques Ier, Baudouin III, Amaury Ier, Baudouin IV, le « roi lépreux », mort à vingt-quatre ans !) allaient, imitant admirablement les Capétiens, jouer avec finesse des désaccords entre les Infidèles. Comme récrivait le duc de Levis-Mirepoix, « il n'est pas d'exemple plus pathétique, resserré en moins de deux siècles, dans le décor prestigieux des croisades de ce que le génie français a produit de merveilles ou précipité de désastres selon qu'il a ordonné en vue du bien commun ou abandonné à leurs caprices ses affirmations individuelles(2) ». Car ce royaume de Terre sainte était fait de main d'homme et, malgré l'intervention de saint Louis, ne put résister aux discordes entre ses chefs.
Ce n'est pourtant pas l'histoire d'un échec. À sa force morale encore agrandie par sa captivité après la défaite de Mansourah (1250), le saint roi manifesta une intelligence politique remarquable puisqu'il tenta une alliance qui eût peut-être changé la face du monde, avec les Mongols(3), prêts à aider les chrétiens à reprendre Jérusalem aux mamelouks ! Mais il dut rentrer à Paris et sa politique ne fut hélas pas poursuivie... Néanmoins séjournant quatre ans en Syrie (1250-1254), le saint roi sut établir la concorde et l'unité. Les musulmans eux-mêmes, frappés de sa loyauté, l'appelaient le « sultan juste » , ils avaient recours à son arbitrage, voire à sa protection contre les musulmans les plus fanatisés. Et le même roi, mourant en 1270 sur le sol tunisien, n'affirmait-il pas la vocation de la France héritière des Césars chrétiens de combattre la piraterie en Méditerranée ? Le souvenir de saint Louis n'a cessé d'entretenir dans ce Proche-Orient devenu aujourd'hui une poudrière, une chrétienté qui se souvient de la France comme de sa protectrice naturelle et comme d'un modèle de concorde entre les populations. Que d'horizons ouverts à une diplomatie française digne de ce nom si nos gouvernants en avaient la volonté !
La chrétienté : un détail de l’Histoire ?
Il découle de tout cela que les collégiens d'aujourd'hui élevés en « citoyens du monde » n'auront plus la chance de s'émouvoir à de grands récits de si hauts faits, et que vouloir faire de renseignement de l'islam une priorité obligatoire et se contenter de reconnaître un statut secondaire et facultatif à l'enseignement de la chrétienté comme si elle n'était qu'un "détail" de l'Histoire, c'est s'obstiner à perpétuer de graves et fort dangereuses incompréhensions entre les deux croyances, car là connaissance de la chrétienté et de son expérience des infidèles est indispensable à la connaissance de l'islam lui-même. C'est dans la mesure où la chrétienté, débarrassée de l'idéologie laïciste issue de la Révolution et de la croyance en l'égalité de toutes les religions issue du concile Vatican II, reconnaîtra que l'islam n'est qu'une vague copie de croyances chrétiennes et juives, — assaisonnées souvent de beaucoup de haine envers la seule vraie civilisation, la civilisation chrétienne — que l'on retrouvera la manière sage, forte, juste et charitable de traiter les musulmans, — âmes à convertir —, avant qu'ils nous maltraitent
Michel FROMENTOUX. Rivarol du 28 5 2015
1) - Comme nous le disait l'historien Jacques Heers, lors d'un entretien pour L'Action Française 2000 du S août 1999.
2) - Duc de Lévis Mirepoix : Grandeur et misère de l'individualisme fiançais. Ed La Palatine, 1957.
3) - René Grousset : L'épopée des croisades. Ed. Perrin, 1995.

mercredi 13 mars 2013

Décès de l’historien Jacques Heers

Historien français spécialiste du Moyen Âge, Jacques Heers est décédé le 10 janvier 2013 à Paris. Élève de Fernand Braudel, assistant de Georges Duby, Jacques Heers écrivit de nombreux ouvrages principalement sur l’économie et la société médiévales. Encore récemment professeur honoraire de l’Université de Paris IV, Jacques Heers est né en 1924 à Paris. [...]
livres Heers
http://histoire.fdesouche.com

vendredi 6 juillet 2012

Le mythe humaniste

La société moderne est fondée sur le mensonge et la falsification de l’Histoire. Pour asseoir un pouvoir usurpé et fondé sur des principes démoniaques, sa propagande tente de salir tout ce qui précède ou s’oppose à la Révolution. C’est pourquoi l’ouvrage d’Alain Pascal La Renaissance, cette imposture, troisième tome de son ambitieux projet intitulé La guerre des gnoses, peut être considéré, sans exagération, comme un ouvrage majeur.
Le point de départ de cette oeuvre polémique est d’une implacable logique. Puisque Jacques Heers, dans son ouvrage Le Moyen-Âge cette imposture, a démontré que le “Moyen-Âge” n’existait pas, car l’héritage culturel antique n’a jamais été perdu pendant les temps féodaux, on doit en conclure que la “Renaissance” n’existe pas non plus. On ne peut redécouvrir ce qui n’est pas perdu, ressusciter ce qui n’est pas mort.
La seule chose que la prétendue Renaissance ait effectivement redécouvert et réanimé, c’est une religiosité païenne, panthéiste et opposée à l’ascèse, que le christianisme avait heureusement supplantée. L’”Humanisme” renaissant, loin d’être un progrès, est une régression vers le paganisme, et par conséquent l’inhumanité. Il n’est bien sûr pas fortuit que la date que l’on donne pour marquer le début de la Renaissance, 1453, soit celle de la chute de l’Empire chrétien d’Orient sous le joug ottoman.
Retour au paganisme
L’”histoire officielle” n’exalte la Renaissance que parce qu’elle est antichrétienne et ainsi source de la modernité. « Nous attaquons la Renaissance, écrit l’auteur, ou plus exactement le mythe de la Renaissance, parce que ce mythe ouvre les Temps modernes, lesquels sont les temps du plus grand échec de l’homme depuis le début de l’Histoire […] ».
Tout comme les grands penseurs contre-révolutionnaires, Alain Pascal insiste sur le lien entre Renaissance, Réforme et Révolution, symptômes d’une même « philosophie moderne » refusant le concept d’autorité au nom d’une auto-divinisation de l’homme. Cette promesse d’une divinisation sans Dieu n’est autre que le mensonge qui a entraîné la chute de nos premiers parents, à qui Satan a dit : « Vous serez comme des dieux ». Cela explique que les idées modernes d’affranchissement et de liberté individuelle n’aboutissent qu’a l’esclavage spirituel et social. C’est donc pour défendre la véritable liberté et la véritable civilisation que l’on doit dénoncer l’imposture de la “Renaissance” et de l’”Humanisme”.
Ainsi Alain Pascal se veut-il « antimoderne parce que la finalité de la Révolution n’est pas la liberté ni le progrès comme on veut le faire croire, mais la soumission de l’humanité, et que celle-ci passe par la mort de la civilisation occidentale, la seule qui ait offert la liberté parce que sa tradition était le christianisme. »
Retour à la barbarie
C’est ce qui l’entraîne à affirmer que la modernité s’oppose avant tout à la Tradition chrétienne par ses présupposés religieux. Le christianisme traditionnel révèle la Création ex nihilo du monde par le Dieu trinitaire transcendant. Ce qui suppose à la fois la liberté de l’homme et la possibilité de l’existence du mal. Or, tous les systèmes modernes, qu’il désigne sous l’appellation générale de “gnostiques”, sont des monismes, c’est-à-dire des conceptions ne reconnaissant qu’un seul principe : la matière ou l’esprit. Quelle que soit la version de ce monisme, il aboutit à un panthéisme, donc à un athéisme, car la transcendance divine est niée. Et il aboutit surtout à une négation de la valeur de la personne humaine, qui n’est plus un être unique, créé à l’image de Dieu, mais une partie du grand Tout, à la fois interchangeable et supprimable à volonté.
La barbarie sacrificielle moderne n’est que la conséquence d’une fausse anthropologie, fondée sur une fausse philosophie, « irrationnelle » dans le plein sens du terme, car refusant l’Incarnation du Verbe pour le salut du monde.
La lecture de cet ouvrage, qui combat toutes les idées reçues concernant les premiers grands “humanistes” comme Erasme, Ficin ou Boccace, sera donc salutaire à tout traditionaliste, en ce qu’il retrace la généalogie des mensonges contemporains, et participe à une redécouverte de l’histoire véritable, défigurée par la désinformation démocratique.
 Jean d’OMIAC L’Action Française 2000 du 6 au 19 septembre 2007
* Alain Pascal : La Renaissance, cette imposture. Èd. L’Æncre. 408 pages, 24 euros.

mardi 25 août 2009

L'histoire prise en otage

« Du passé, faisons table rase ! », exhortait Eugène Pottier, le parolier de L'Internationale. Oui, mais voilà : le passé est bien utile lorsqu'on l'instrumentalise à des fins politiques ou idéologiques. C'est même un outil de propagande dont on aurait bien du mal à se passer.

La vie politique française est construite sur un mensonge historique flagrant, mais conforté depuis 60 ans par tous les vecteurs de ce que l'on appelait hier encore la propagande officielle, avant que l «'historiquement correct», selon l'expression de Jean Sévilla n'en prenne encore plus insidieusement le relais. Selon ce bobard forgé en 1945, scellant la complicité des gaullistes et des communistes, eux seuls se seraient opposés à l'envahisseur, tandis que la droite aurait honteusement collaboré avec l'occupant nazi. Ce dogme résistancialiste, qui légitima dans l'immédiate après-guerre la confiscation des principaux journaux de droite par le Parti communiste, sert depuis plus d'un demi-siècle à disqualifier toute réflexion suspecte d'être contaminée par une quelconque forme de «nationalisme», notion fourre-tout, extensible et pratique. Il importe peu que les principaux dirigeants des partis collaborationnistes - Doriot, Déat - soient venus de la gauche internationaliste et pacifiste, que le dirigeant communiste Maurice Thorez ait donné en 1939 l'exemple de la désertion et que le Parti communiste - « le-parti-aux-75 000-fusillés » - ne se soit pris de vapeurs patriotiques qu'à partir de l'entrée des troupes allemandes en Union soviétique. Pour établir sa légitimité, De Gaulle avait besoin de la culpabilité des pétainistes et de l'innocence des communistes.
En 2008 encore, c'est la dernière lettre du communiste Guy Môquet, et non pas celle du royaliste Honoré d'Estienne d'Orves, qui est lue dans les écoles à la demande de Nicolas Sarkozy, héritier du mouvement gaulliste.
L'histoire est une science politique, et cela ne date pas d'hier. Le mensonge historique acquiert peu à peu la force d'un mythe et c'est sur de tels mythes que se fondent les nations et que s'appuient les régimes. Ce que fut vraiment Vercingétorix importe peu, seul compte ce qu'il apporte à l'imaginaire collectif, à l'imagerie populaire naïve qui le montre à cheval, les cheveux au vent et le glaive au poing, déjà dressé contre l'éternel envahisseur. Jacques Heers observe que les concepteurs des programmes d'histoire de la IIIe République n'étaient pas des historiens. C'est qu'ils n'ambitionnaient pas de faire de l'histoire, mais de construire le mythe républicain.
Rien de neuf, alors ? Si, cependant. Ce qui est neuf, c'est justement la perte des références historiques communes, dès l'école. Vercingétorix, connaît pas ! Ce qui est neuf, c'est le refus d'une partie de la population de s'approprier ces références : nos ancêtres ne sont plus les Gaulois... C'est aussi l'utilisation du mythe, non plus pour conforter la République, mais pour dénigrer la France, la couvrir d'opprobre au fil des repentances, et déchirer les images d'Epinal : on ne retient plus du règne de Louis XIV que la traite triangulaire et le code Noir, on n'honore plus les morts de la Grande Guerre sans évoquer longuement les mutins de l'année 17...
⇐Charles Martel : à exclure d'urgence de l'histoire républicaine.
L «'historiquement correct», complément naturel du «politiquement correct», s'impose aux consciences jusqu'à la déraison. Le professeur d'histoire de l'un de mes enfants refuse de leur enseigner le règne de Napoléon 1er sous prétexte que ce personnage est infréquentable. Folie ? Sans doute, mais l'exemple vient de haut puisque, pour des raisons similaires, les plus hautes autorités de la République ont refusé de commémorer le deux centième anniversaire d'Austerlitz...
Les racines du désamour sont profondes. Utilisée hier par les promoteurs de la république jacobine pour unifier une France qu'ils jugeaient par trop disparate, l'histoire mythique s'effondre aujourd'hui avec le jacobinisme, sous les coups de boutoirs d'une critique historique qui en souligne tous les mensonges, les approximations et les oublis trop souvent volontaires. On l'a bien vu lors du bicentenaire de la Révolution française, qui produisit l'effet inverse de celui qu'on avait escompté: il ne fut question que de l'holocauste vendéen.

Le terrorisme historique
Mais sur les ruines de l'histoire de Jules Ferry se construisent d'autres mythes, plus mensongers encore, que les médias rabâchent comme un nouveau catéchisme laïc, Alors que les anciens mythes voulaient cimenter la France républicaine, les nouveaux sapent l'identité nationale au nom de l'égalité, reine des vertus démocratiques, et de ses dérivés : mixité sociale, droit des minorités, discrimination positive... Le mythe entre désormais au service du communautarisme, comme en a récemment témoigné l'affaire Gouguenheim. Dans son livre Aristote au Mont-Saint-Michel, cet historien démonte la thèse qui fait des traducteurs musulmans les relais entre la sagesse grecque et l'Occident chrétien, ce qui signifierait que nous devons aux Arabes les bases mêmes de notre culture. La réponse de ses confrères, historiens et intellectuels de gauche, a pris la forme étrange d'une pétition dans Libération, dans laquelle Sylvain Gouguenheim était accusé d'islamophobie !
L'histoire est livrée, de la sorte, au terrorisme intellectuel qui étouffe l'ensemble du débat politique. Ce climat délétère conduit aujourd'hui les lobbies et les «communautarismes» de toutes obédiences, s'engouffrant dans la brèche dangereuse ouverte par la loi Gayssot contre le révisionnisme, à faire pression sur le législateur pour «légaliser» leur propre conception de tel ou tel point d'histoire, rendant par là toute contestation de leur point de vue illégale. L'histoire cesse dès lors d'être une science pour devenir officiellement un instrument de propagande politique et de justification des menées communautaristes. C'est à quoi les Français doivent s'opposer résolument, sous peine de perdre leur identité.
Hervé Bizien monde & vie du 22 novembre 2008

mardi 28 août 2007

La légende noire du Moyen-Âge

UNE ÉPOQUE DIABOLISÉE
Avec le poids que lui donne une indiscutable autorité scientifique, Jacques Heers, l'un des plus éminents médiévistes français, entreprend de tordre le cou à quelques clichés qui constituent, sur l'époque dont il est spécialiste, une véritable désinformation historique.
Pour avoir été directeur du département d'études médiévales de la Sorbonne, Jacques Heers est bien placé pour le savoir : un tissu d'erreurs, et plus encore de malhonnêtetés, est trop souvent véhiculé sur cette période clef, fondatrice de notre histoire, qu'est le Moyen Age. S'étendant sur un millénaire, il constitue le terreau sur lequel s'est développée, au fil des siècles, l'identité française. C'est une bonne raison pour s'intéresser à lui d'un peu près. Or ce Moyen Age est, depuis longtemps, vilipendé, mis en accusation : époque d'obscurantisme et de ténèbres - qu'aurait heureusement dissipés la glorieuse ère des Lumières, génitrice de la Révolution -, le Moyen Âge aurait été par excellence le temps d'infâmes abus ou, au minimum, d'un archaïsme barbare. Bref, l'antithèse du progrès, tant sur le plan social que politique, économique ou culturel.

RÉTABLIR LA VÉRITÉ

Illustre cette vision manichéenne, diabolisante, le vocabulaire lui-même : le mot « médiéval » (ou « moyen-Âgeux », comme disent les présentateurs de télévision) est utilisé couramment comme synonyme de retardataire, de grossier, de peu évolué; les mots "féodal" et "seigneurial ", eux, ont vocation, surtout lorsqu'ils sont utilisés avec l'accent de Georges Marchais, à qualifier des prétentions outrecuidantes, des abus de pouvoir et, plus généralement, une vision réactionnaire (voire fasciste) des choses. On comprend, du coup, que pour dénoncer une situation intolérablement rétrograde fleurisse l'expression: « On se croirait au Moyen Age. »
Scandalisé par le caractère vicié et vicieux d'un tel vocabulaire, qui traduit une petitesse d' esprit, Jacques Heers entreprend donc de rétablir la vérité. Celle qu'apporte une science historique dénuée de parti pris (mais si, mais si, cela peut encore se trouver. .. ). En précisant qu'il ne s'agit pas pour lui de parer le Moyen Age de toutes les vertus, mais tout simplement de remettre les pendules à l'heure. Non sans souligner malicieusement, au passage, le relativisme de certaines notions. Ainsi, « affirmer, par exemple, que la maison médiévale manquait de confort laisse rêveur Tout est d'appréciation et d' habitude. Faut-il, à l'absence d'eau courante, aux odeurs de fumier, aux salles mal chauffées et mal éclairées, préférer l'air des villes chargé des gaz des voitures, le bruit incessant des moteurs, les viandes aux hormones et les fruits de mer pollués ? » On peut effectivement se poser la question en croisant, dans un couloir de métro, les zombies qui hantent les mégalopoles ...
Pour commencer son travail de remise en ordre, Jacques Heers s'interroge de façon très roborative, sur la notion même de Moyen Age. En faisant justice, au passage, avec une ironie féroce. de ces faiseurs de systèmes qui ont fleuri dans les années soixante, « temps de grandes et mirifiques fermentations intellectuelles » où il était de bon ton de balancer par-dessus bord, en histoire. l'« événementiel» - c'est -à-dire le balisage du cours de l'histoire par des événements, et donc des dates, pris comme points de repère, jalons et témoins.
Ceci dit, et alors même qu'il montre la nécessité d'une réhabilitation intelligente de l'événementiel, Heers insiste sur le caractère arbitraire de la notion même de Moyen Age: le découpage de l 'histoire en grandes tranches chronologiques -la périodisation, pour utiliser un vocabulaire plus académique - correspond, depuis longtemps, à des nécessités pédagogiques. Inséré entre l'Antiquité et des temps modernes (XVI' à XVIII' siècles), le mot Moyen Age recouvre des réalités très diverses, dans l'espace et dans le temps. C'est ce qui fait dire à Heers, avec un rien de provocation, que , "l' homme médiéval" est une utopie. Ce qui signifie que la généralisation systématique est, en histoire, péché mortel. De qui et de quoi parle-t-on lorsqu'il est question de Moyen Age? La rigueur est nécessaire, la précision indispensable si l'on veut éviter le piège des grandes généralités - c'est-à-dire le règne de l ' à peu-près ou, pire, de l'a priori.
Mais il y a plus grave. En effet, un véritable travail de désinformation a été accompli, et depuis longtemps, afin de parer, si l'on peut dire, le Moyen Age de traits totalement négatifs forgés, en fait, de toutes pièces pour les besoins de la cause. Une cause idéologiquement bien précise : exalter les vertus de la modernité, en tant que phase éminemment progressiste dans le déroulement de l'histoire des sociétés européennes.

LE DROIT DE CUISSAGE FAIT FANTASMER LES INSTITUTEURS

Tout d'abord, pour mieux noircir le Moyen Age il a fallu installer le mythe de la Renaissance. Avec deux thèmes privilégiés : la Renaissance, c'est l'habileté à reproduire la nature et le retour aux formes et aux inspirations antiques. Heers montre clairement qu'il s'agit là d'un combat culturel, à l'origine: nombre d'Italiens, du XIV' au XVI' siècle, veulent voir de la « barbarie » et de la décadence dans tout ce qui, depuis la fin de l'Empire romain, a été influences venues du Nord. Les « Tudesques » - c'est-à-dire les Allemands - étant spécialement visés, mais les Français n'échappant pas à l'accusation d'inculture. Sans oublier les Byzantins, car l'antagonisme entre Rome et Constantinople est une constante des siècles médiévaux. La Renaissance se veut exaltation d'une rupture avec un passé honteux, car marqué par l'abaissement, l'humiliation de l'Italie. Nous vivons encore aujourd'hui sur « des jugements de valeur entachés de parti pris ». La Renaissance est un mythe forgé par des cénacles d'intellectuels autoproclamés - « un groupe restreint, au demeurant sans mandat ni compétences particulières, qui, dans quelques milieux élitistes, s'auto-attribuaient la qualité de juger mieux que le commun des hommes du temps ». On est évidemment tenté de faire quelque rapprochement avec ce que nous vivons aujourd'hui ...
Le concept de Renaissance étant destiné à dévaloriser systématiquement le Moyen Age, on comprend qu'il ait fait florès jusqu'à nos jours chez tous ceux qui exaltent la modernité pour des raisons idéologiques. Significativement, le mot « gothique » est, chez un Montesquieu, synonyme de barbare.
Avec maestria, Heers démontre l'inanité d'une telle vision: le Moyen Age ne fut pas un temps de maladresses, voire d'ignorance en matière de méthodes et de techniques artistiques; et, loin d'oublier l'Antiquité, la culture médiévale s'est nourrie de références aux Grecs et aux Romains.
Autres idées reçues et partis pris contre lesquels Heers mène croisade : la féodalité aurait été faite " de pratiques scandaleuses, d'abus, de cruautés et d'arbitraires ". Une caricature dont avaient besoin et les agités de 1789 et les futurs profiteurs de la Révolution, acheteurs de biens nationaux et trafiquants en tout genre, pour couvrir leurs exactions d'un voile prétendument doctrinal. Avec des aspects tragi-comiques: en une page d'une cruelle drôlerie, Heers montre comment la célèbre nuit du 4 août, où fut proclamée la suppression des privilèges, fut en fait une nuit de beuveries et de discours incohérents, où fleurirent à satiété les contrevérités forgées par des opuscules de propagande. Propagande inlassablement reprise, au long des XIX' et XX, siècles, pour justifier les « acquis » des Grands Ancêtres. Heers fait, avec une certaine jubilation, la présentation du sottisier qui, aujourd'hui encore, a trop souvent droit de cité dès qu'il est question de féodalité et de droits seigneuriaux - par exemple, le fameux droit de cuissage qui a fait fantasmer des générations d'instituteurs ...

LA LUTTE DES CLASSES APPLIQUÉE AU MOYEN AGE

En passant au statut des paysans au Moyen Age, Heers constate qu'on atteint des sommets dans l'ignorance ou la malhonnêteté intellectuelle. Résumons l'imagerie d'Épinal: le seigneur oisif et exploiteur tenait sous sa coupe de malheureux paysans condamnés à suer sang et eau pour la satisfaction de ses caprices. Autrement dit c' était le triomphe, insolent, de l'exploitation de l'homme par l'homme ... Pour avoir beaucoup travaillé et beaucoup publié sur les aspects économiques et sociaux, tant urbains que ruraux, des sociétés médiévales, Heers a toute facilité pour démontrer, en soixante-dix pages d'une argumentation serrée, le caractère aberrant d'une telle présentation. Aberrant au plan scientifique, mais parfaitement explicable au plan idéologique puisqu'il s'agit d'affirmer, en ce domaine plus encore qu'en tout autre, que la modernité et son épiphanie de 1789 ont apporté les Lumières et la libération à une humanité asservie.
On comprendra, par cette trop brève présentation, que le livre de Jacques Heers fait œuvre de salubrité publique, son auteur ne craignant pas de se mettre à dos - et il y a quelque mérite, par les temps qui courent -les idéologues encore régnant dans le monde universitaire, éditorial et médiatique. Il démontre en effet que l'histoire, et plus spécialement celle du Moyen Age, a été depuis longtemps manipulée, trafiquée à des fins partisanes, pour justifier des utopies qui ont fait preuve. depuis deux siècles, de leur nocivité. La parade, le contrepoison qu'il propose in fine. devrait être la règle d'or de tout historien digne de ce nom : "Opposer le concert aux abstractions ".
Pierre Vial Le Choc du Mois • Février 1993 • N°61
Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 282 p., 140 F.