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vendredi 22 mai 2026

Algérie : la rente coloniale et l’oubli des Berbères

 

Algérie : la rente coloniale et l’oubli des Berbères

Il y a des pays qui vivent de pétrole, de gaz, de transferts publics et de souvenirs entretenus. L’Algérie officielle vit aussi d’une rente plus subtile : la rente coloniale. À intervalles réguliers, quand la situation politique se tend, quand la jeunesse rêve d’ailleurs, quand l’économie demeure prisonnière des hydrocarbures, quand les libertés publiques se réduisent, le pouvoir algérien retrouve son grand récit mobilisateur : la France, toujours la France, encore la France.

Disons-le d’emblée, pour éviter toute mauvaise querelle : la France n’aurait jamais dû coloniser l’Algérie. Aucun Français n’avait à installer son armée, son administration, ses intérêts et son drapeau de l’autre côté de la Méditerranée. La colonisation française fut une réalité historique, avec ses violences, ses humiliations, ses injustices et ses drames. Il n’est donc pas question ici de la réhabiliter, ni de jouer au petit jeu sentimental de la nostalgie impériale.

Mais reconnaître une faute historique n’oblige pas à se laisser intimider par son instrumentalisation politique. Car ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas seulement la mémoire de la colonisation française ; c’est son usage permanent par un régime qui s’en sert comme d’un écran de fumée.

Chaque crise diplomatique avec Paris devient ainsi l’occasion de raviver l’accusation coloniale. Chaque difficulté intérieure peut être recouverte par le vieux manteau du ressentiment. La France devient l’explication commode, l’ennemi commode, le miroir commode. On ne parle plus de l’état des libertés, de l’absence de vraie alternance, de la dépendance aux hydrocarbures, de l’économie administrée, du chômage des jeunes, de la fuite des talents. On reparle de 1830.

Or ce n’est pas la France de 1830 qui empêche aujourd’hui Alger de libérer sa presse. Ce n’est pas Bugeaud qui ferme l’espace politique algérien. Ce n’est pas la IIIe République qui rend l’économie algérienne dépendante du gaz et du pétrole. Ce n’est pas Jules Ferry qui condamne une jeunesse entière à choisir entre l’attente, la débrouille et l’exil. Ce n’est pas la colonisation française qui oblige un régime indépendant depuis plus de soixante ans à gouverner par la crispation mémorielle.

C’est ici que la visite du pape Léon XIV en Algérie, en avril 2026, prend une portée singulière. Elle ne fut pas seulement un voyage pastoral, ni même seulement une rencontre diplomatique. Elle fut, sous les dehors de la douceur évangélique, une leçon de vérité adressée à un pays prisonnier de ses récits officiels.

Le pape pouvait dire à l’Algérie ce que presque personne ne peut lui dire. Un président français serait immédiatement soupçonné d’arrogance postcoloniale. Un intellectuel européen serait renvoyé à son privilège occidental. Un journaliste serait accusé d’hostilité politique. Mais le pape, lui, venait désarmé. Il ne venait ni réclamer un marché, ni flatter une ambassade, ni négocier un avantage stratégique. Il venait comme pèlerin de paix, mais aussi comme fils spirituel de saint Augustin.

Et précisément, ses paroles furent plus exigeantes qu’il n’y paraît.

Devant les autorités algériennes, Léon XIV a eu cette phrase d’une force considérable : « Les autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et à favoriser son développement. » Il a appelé à promouvoir une société civile « vivante, dynamique et libre », où les jeunes soient reconnus comme capables d’élargir l’horizon d’espérance de tous. Il a aussi évoqué l’hospitalité enracinée dans les communautés arabes et berbères, mettant ainsi dans la même phrase ce que le récit national algérien a souvent hiérarchisé ou refoulé : l’arabité et la berbérité.

Ce n’était pas un discours agressif. C’était plus redoutable : un discours juste. Léon XIV ne venait pas humilier l’Algérie. Il venait lui rappeler qu’un État n’existe pas pour capter la mémoire, contrôler les consciences et administrer la plainte historique, mais pour servir une communauté vivante, plurielle, jeune, blessée, mais capable d’avenir.

Au monument des martyrs, le pape a accompli le geste que les autorités algériennes attendaient sans doute : reconnaître la souffrance, saluer la lutte pour l’indépendance, honorer la dignité d’un peuple. Mais il n’est pas resté enfermé dans la liturgie politique de la blessure. Il a aussitôt ajouté que « la vraie lutte pour la libération » ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura été obtenue. Puis cette phrase, qui devrait être méditée à Alger comme à Paris : « Nous ne pouvons pas ajouter ressentiment sur ressentiment, génération après génération. »

Tout est là. La mémoire est nécessaire. La justice est nécessaire. Mais le ressentiment héréditaire n’est pas la justice. Il est sa contrefaçon. Il donne l’apparence de la dignité, mais il enferme les peuples dans une identité de victime. Il transforme l’histoire en carburant politique. Il rend impossible la vraie liberté, parce qu’il oblige les vivants à rester captifs des morts.

Et c’est précisément le drame algérien. La guerre d’indépendance a fini par devenir moins un événement historique qu’un régime de légitimation. Le pouvoir ne dit pas seulement : souvenez-vous. Il dit : souvenez-vous comme nous vous disons de vous souvenir. Il ne transmet pas seulement une mémoire ; il l’administre. Il ne libère pas le passé ; il le nationalise.

Le paradoxe est là : le pouvoir algérien demande à la France de regarder son histoire en face, mais refuse trop souvent d’accomplir le même geste pour lui-même. Car si l’on veut vraiment parler de colonisation, alors il faut aller jusqu’au bout. Il faut oser poser une question autrement plus dérangeante pour le roman national algérien : qu’est-il arrivé aux Berbères ?

Avant d’être arabe, l’Afrique du Nord fut berbère. Amazighe. Numide. Maurétanienne. Africaine et méditerranéenne. Elle connut les comptoirs phéniciens, Carthage, Rome, saint Augustin, les Vandales, Byzance, les royaumes berbères, les christianismes nord-africains, les judaïsmes anciens, les langues locales, les résistances tribales, les dynasties indigènes. L’Algérie ne commence pas avec l’arabité. Elle ne commence pas avec l’islam. Et elle ne commence évidemment pas avec la France.

C’est précisément ce que le récit arabo-nationaliste a longtemps voulu faire oublier. Il a présenté l’Algérie comme essentiellement arabe et musulmane, comme si la conversion religieuse et l’arabisation culturelle avaient effacé d’un coup les profondeurs berbères du pays. L’histoire réelle est plus complexe. L’islamisation de l’Afrique du Nord commence avec la conquête arabo-musulmane. L’arabisation, elle, est plus lente, plus tardive, notamment renforcée par l’arrivée des tribus hilaliennes à partir du XIe siècle. Mais le résultat politique est clair : la berbérité a été reléguée, minorée, parfois soupçonnée, parfois folklorisée.

On a souvent demandé aux Berbères de n’être pleinement algériens qu’à condition de devenir culturellement arabes. On leur a expliqué que leur langue était secondaire, que leur mémoire était régionale, que leur identité devait s’effacer devant la grande fusion arabo-islamique. Il aura fallu plus d’un demi-siècle d’indépendance pour que le tamazight soit enfin reconnu comme langue nationale puis officielle. Ce simple fait dit tout : le peuple premier du sol nord-africain a dû attendre l’État postcolonial pour obtenir une reconnaissance élémentaire de son existence.

Voilà le grand non-dit : l’Algérie officielle se veut décolonisée parce qu’elle n’est plus française, mais elle reste souvent prisonnière d’un récit qui a lui-même colonisé sa mémoire. Elle accuse Paris d’avoir imposé sa langue, son administration et son imaginaire, mais elle oublie que l’arabisation a elle aussi imposé une langue, une hiérarchie symbolique, une mythologie des origines et une norme religieuse à des peuples qui ne venaient pas d’Arabie.

C’est pourquoi la référence de Léon XIV à saint Augustin est capitale. À la Grande Mosquée d’Alger, le pape a rappelé que l’Algérie est aussi « la terre » de son père spirituel, saint Augustin, et il a résumé l’héritage augustinien par quelques mots décisifs : recherche de la vérité, recherche de Dieu, reconnaissance de la dignité de toute personne humaine, construction de la paix.

Voilà une autre Algérie. Non pas l’Algérie du ressentiment entretenu, mais l’Algérie de la vérité cherchée. Non pas l’Algérie d’une identité officielle assignée d’en haut, mais l’Algérie de l’âme inquiète, de l’intelligence ouverte, de la conscience qui se laisse travailler par Dieu. Non pas l’Algérie réduite à sa guerre contre la France, mais l’Algérie d’Hippone, de Monique, d’Augustin, des martyrs chrétiens d’hier et d’aujourd’hui, des humbles témoins de la charité.

À Notre-Dame d’Afrique, Léon XIV a rappelé aux chrétiens d’Algérie qu’ils sont les héritiers d’une tradition remontant aux premiers siècles du christianisme, lorsque retentissait sur cette terre « la voix ardente d’Augustin d’Hippone », précédée par le témoignage de sainte Monique. Dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba, il est allé plus loin encore : les lieux ont changé de nom au fil des siècles, mais les saints demeurent les témoins fidèles d’un lien avec la terre qui vient du ciel.

Cette phrase est magnifique. Elle dit tout ce que le roman national algérien ne sait plus dire. Les noms changent. Les empires passent. Les langues s’imposent puis reculent. Les pouvoirs écrivent leurs manuels. Mais les saints restent. La sainteté traverse les conquêtes. Elle relie une terre à plus grand qu’elle-même. Elle arrache l’histoire aux propagandes.

Saint Augustin est précisément l’homme dont l’Algérie a besoin, non parce qu’il serait un trophée chrétien à opposer à l’islam, mais parce qu’il rend impossible le mensonge identitaire. Augustin est berbère, romain, africain, chrétien, universel. Il échappe à toutes les réductions. Il est né sur cette terre, mais il appartient au monde entier. Il montre que l’Algérie profonde n’est pas enfermée dans une seule couche de son histoire. Elle est faite de strates, de blessures, de conversions, de langues, de conflits et d’espérances.

Surtout, Augustin rappelle que le problème politique est d’abord un problème spirituel. Un peuple peut changer de drapeau, de constitution, de langue officielle et de système économique ; s’il demeure prisonnier de l’orgueil, de la peur, du ressentiment et du mensonge, il n’est pas libre. Léon XIV l’a dit à Annaba avec une netteté saisissante : la situation actuelle du monde, comme une spirale négative, provient au fond de notre orgueil ; seule la miséricorde de Dieu donne au cœur humain la paix et permet de marcher ensemble sur les chemins de la justice, du développement intégral et de la communion.

Cette parole vaut pour l’Algérie. Elle vaut aussi pour la France. Mais elle frappe particulièrement le régime algérien, parce qu’elle démasque la pauvreté spirituelle de la rente mémorielle. L’orgueil national peut prendre les habits de l’anti-colonialisme. Le ressentiment peut se présenter comme fidélité aux martyrs. La fermeture politique peut se déguiser en souveraineté. Mais la vérité finit toujours par demander son dû.

La vraie décolonisation de l’Algérie ne sera donc pas seulement anti-française. Elle sera anti-mensonge. Elle rendra justice à toutes les strates de son histoire : berbère, punique, romaine, chrétienne, juive, arabe, musulmane, ottomane, française, méditerranéenne. Elle cessera de réduire un pays immense à une plainte officielle. Elle reconnaîtra que les Berbères ne sont pas une note de bas de page, que les chrétiens d’Algérie ne sont pas une anomalie étrangère, que saint Augustin n’est pas un souvenir pour touristes cultivés, mais l’un des plus grands fils de cette terre.

Que l’Algérie demande à la France de regarder son histoire en face, soit. Mais qu’elle commence aussi par regarder la sienne. Qu’elle regarde la conquête arabo-musulmane. Qu’elle regarde l’arabisation. Qu’elle regarde la Kabylie. Qu’elle regarde la place réelle du tamazight. Qu’elle regarde ses prisons, ses journalistes, ses opposants, ses jeunes qui partent, ses ressources gaspillées et son économie sous perfusion d’hydrocarbures.

La mémoire est respectable lorsqu’elle libère. Lorsqu’elle sert à gouverner par le ressentiment, elle devient une prison.

Et si l’Algérie peut être sauvée, ce ne sera pas par une nouvelle campagne diplomatique contre Paris, ni par une nouvelle loi mémorielle, ni par une nouvelle mise en scène de souveraineté blessée. Ce sera par un retour à la vérité. Cette vérité a déjà un visage algérien. Elle s’appelle Augustin.

Augustin, l’homme qui a compris que le cœur humain est inquiet tant qu’il ne repose pas en Dieu. Augustin, l’homme qui a cherché la vérité plus que la puissance. Augustin, l’homme qui a découvert que la vraie cité ne se bâtit ni sur l’orgueil, ni sur la domination, ni sur la plainte, mais sur l’amour ordonné à Dieu.

La pensée et la foi de saint Augustin peuvent sauver l’Algérie, parce qu’elles lui rendent ce que tous les régimes lui confisquent : la profondeur de son histoire, la liberté de sa conscience et la paix de son âme.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

https://lesalonbeige.fr/algerie-la-rente-coloniale-et-loubli-des-berberes/

lundi 30 mars 2026

La guerre du FLN contre la France s’est transformée en guerre de religion

 

Depuis des années j’affirme que la guerre d’Algérie qui, avant 1954, fut effectivement une révolte contre la France colonisatrice, est devenue progressivement une guerre de religion : il ne fallait qu’aucun « non musulman » ne reste en Algérie après l’indépendance.

Il faut que ce soit un communiste, Jean-Pierre Lledo, partisan du FLN, qui a pris la nationalité algérienne et qui est resté en Algérie indépendante jusqu’en 1993 qui le confirme dans une déclaration faite plus d’un demi-siècle après la déclaration de l’indépendance.

Et je me vois contraint de le remercier, non seulement pour cette déclaration mais également pour la réponse, en trois volets, apportée au « minable » rapport mémoriel remis par Benjamin Stora au président Macron.

Voici un extrait de cette confirmation :

« La déclaration d’indépendance du 1er Novembre 1954 a pour but un Etat souverain, mais « dans le cadre des principes islamiques ».  

On se jure fidélité sur le Coran. On coupe le nez des déviants pris en flagrant délit. L’homosexuel est puni de la peine de mort, quel que soit son grade (le chef militaire Bachir Chihani en fera l’expérience). L’égorgement n’est pas un acte sauvage pour le combattant, puisque sanctifié par l’islam.  

L’ennemi est « l’infidèle », la guerre est un « djihad ». On la mène au cri d’ « Allahou akbar » (Allah est le plus grand). Et ceux qui la font sont des « frères » («khawa», c’est-à-dire des frères… musulmans). Dans les zones qu’il contrôle, le FLN remplace la juridiction française laïque par la charia. 

Un des grands dirigeants de la lutte armée, et particulièrement du massacre du 20 août 1955 dans l’est-algérien, Lakhdar Ben Tobbal, avoue dans ses mémoires avoir fait la guerre aux non-musulmans : « Bons ou mauvais, je ne faisais pas de différence ».  

Un autre dirigeant, Si Abdallah, témoigne : « Nous n’arrivions pas dans une mechta en soldats révolutionnaires mais en combattants de la foi et il est certain que l’islam a été le ciment qui nous permit de sceller notre union…»  

Même un des dirigeants, souvent présenté comme le Saint Just laïque de la révolution et qui sera assassiné par les siens, le Kabyle Abane Ramdane, ne dérogera jamais à l’idéologie dominante qui se veut « arabo-musulmane », et à ce titre signera un texte contre « les berbéristes », destiné à la Fédération de France du FLN.  

Quant à l’autre chef kabyle, le Colonel Amirouche, très peu savent qu’il adhéra à l’Association des Oulémas (d’où sortiront plus tard les cadres de l’islamisme), qu’il défendit la langue arabe contre le berbère, qu’il s’opposa radicalement aux « berbéristes » (nationalistes qui ne voulaient pas d’une Algérie fondée sur des critères ethniques ou religieux) et qu’il imposa les prières quotidiennes à ses subordonnés dans les maquis. 

Aussi, le résultat d’une telle orientation pouvait-il être autre que celui qui s’imposa au moment de l’indépendance et que révéla clairement le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Ben Khedda, trente ans plus tard dans ses mémoires : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale »?  

Les accords d’Evian du 18 mars 1962 (qui ne furent jamais ratifiés par l’organe suprême du congrès de Tripoli) se refusaient à considérer les non-musulmans comme des Algériens. Diktat imposé par le FLN à la France, en échange de l’autorisation à exploiter le pétrole durant 10 ans. Les non-musulmans ne pouvaient devenir Algériens qu’en en faisant la demande, souvent refusée à des militants de la cause indépendantiste. 

Dans le très officiel Mémorial des Martyrs d’Alger, aucun nom de combattants non-musulmans ne figure. Bien plus, à Ténès on débaptisera la rue Ghenassia en rue de Palestine : cet infirmier juif avait pourtant préféré mourir que fuir l’encerclement de l’armée française, afin de rester près de ses blessés.  

En 1962, le million de chrétiens et de juifs n’eut d’autre choix que de quitter précipitamment ce qu’ils considéraient comme leur pays. Et pour ceux qui, malgré tout, continuaient à espérer pouvoir rester, on commandita l’assassinat du musicien juif Raymond Leyris, le 22 Juin 1961, puis une année plus tard le massacre de centaines de non-musulmans à Oran, le 5 Juillet 1962, méfait à ce jour non-revendiqué par ses auteurs, et à propos duquel aucun historien algérien n’a encore osé entreprendre une recherche, comme on peut s’en douter. 

Des preuves de « la dimension religieuse de la guerre d’Algérie », on pourrait encore en trouver de très nombreuses. Ce qui ne manque pas d’étonner, c’est plutôt le refus des élites algériennes comme européennes d’admettre l’évidence. Et si cela pouvait se comprendre durant la guerre d’indépendance, de leur point de vue (ne pas affaiblir « la révolution »), que dire aujourd’hui, 56 ans plus tard ? Ne serait-ce pas parce que cette stratégie de l’aveuglement rend encore quelques services aux élites dhimmisées en cette époque où les violences de l’islamisme, confinées jusque-là aux pays musulmans, sont en train, depuis plus de deux décennies, de s’exporter, notamment en Europe ? » 

Jean-Pierre LLEDO (2018). 

Si je peux parler de la guerre d’Algérie, et même de l’Algérie, mieux que Lledo jusqu’en 1962, il est bien évident qu’il peut, lui, parler de l’Algérie indépendante, de 1962 à 1993, bien mieux que moi

Manuel Gomez

https://ripostelaique.com/la-guerre-du-fln-contre-la-france-sest-transformee-en-guerre-de-religion/

samedi 28 mars 2026

Et donc l’Algérie doit à la France la somme de…

 

Un universitaire algérien, Seddik Larkeche, avait écrit à Emmanuel Macron le 4 décembre 2017 et le président de la République française lui a répondu le 22 janvier 2018. 

Aujourd’hui, en date du 19 décembre, sur le quotidien « El Watan », et repris par « Valeurs Actuelles », Seddik Larkeche reproduit l’intégralité de cette réponse et affirme, avec sérieux, que la France devrait à l’Algérie une somme qu’il estime à cent milliards d’euros « pour les crimes commis pendant la colonisation ». 

Il estime que la France ne pourra pas échapper à son obligation de dédommager l’Algérie puisque Emmanuel Macron, lui-même, avait reconnu ces « crimes commis contre l’humanité et de vraie barbarie » au cours de la colonisation française et qu’il ne peut, dans le même temps, tourner le dos aux réparations des préjudices subies et, pour cela, il la place devant ses obligations vis-à-vis de l’Algérie. 

Cet universitaire prend en exemple l’occupation allemande de la France durant les deux guerres mondiales, pour comparer la colonisation française, et les milliards que l’Allemagne a dû verser à la France. 

Cette somme, évaluée à cent milliards, pour les crimes commis entre 1830 et 1962, concernant la spoliation de millions d’hectares de terres, l’analphabétisation de la quasi-totalité de la population, les conséquences dramatiques sur les vies humaines et sur la nature, suite aux effets des essais nucléaires et chimiques pratiqués par la France jusqu’en 1978 et le génocide pratiqué sur la population entre 1930 et 1962 : plus de 10 % sauvagement décimée « par des crimes qui furent ceux du nazisme » comme le soulignait la célèbre ethnologue Germaine Tillon. (À noter la présence de moins de deux millions d’Arabes en 1830 et de dix millions lors de l’Indépendance en 1962, comme génocide on peut faire mieux !) 

Que Seddik Larkeche permette à un simple journaliste et écrivain de présenter à l’Algérie la facture de ce qu’elle doit à la France colonisatrice. 

« J’estime à environ 500 milliards l’ensemble des infrastructures abandonnées par la France en 1962 : 80.000 km de routes, 4 ports internationaux et 10 ports modernes, 12 aéroports importants et 32 aérodromes, 4500 km de voies ferrées, 150 hôpitaux (dont les lits étaient occupés par 9 musulmans pour un Européen et qui sont actuellement les seuls à vous soigner de la covid), plus des milliers de maternités et de dispensaires, 16.000 km de lignes téléphoniques, 31 centrales hydroélectriques ou thermiques, avec une production de 950 millions de kw/heure, des infrastructures pétrolières et gazières qui vous font vivre depuis 1962. 

Ajoutons à cette liste les dizaines de villes modernes (immobilier et commerces), à la place des casbahs dans lesquelles vous viviez. Des milliers de bâtiments administratifs, des ponts, des viaducs, des tunnels, des églises (devenues des mosquées), des milliers d’écoles qui apprenaient à vos enfants à devenir des hommes et dans lesquelles vous avez assassiné 91 instituteurs et directeurs. 

Une agriculture exportatrice que vous avez entièrement détruite : céréales : 600.000 quintaux de grains et 700.000 de semoule. 200.000 tonnes/an de fruits (orange), 120.000 quintaux de figues, 50.000 quintaux d’olives et 100.000 hectolitres d’huile d’olive et plus d’un million de quintaux de légumes, sans oublier 372.000 hectares de vignoble. 

L’industrialisation de la zone de Colomb-Béchar avec ses importants gisements de charbon, de fer, de manganèse et de cuivre et les immenses gisements sahariens (le seul gisement de fer de Tindouf avec plus de dix millions de tonnes annuelles et, enfin, les réserves de pétrole du Sahara, plus importantes que celles du Venezuela, pourtant 5e producteur mondial. 

Je ne suis pas un universitaire aussi distingué que vous, Seddik Larkeche, mais je sais faire une soustraction, donc 500 milliards moins 100 milliards, je crois que le résultat est de 400 milliards, que l’Algérie devrait à la France. 

Je suis certain que vous n’êtes pas d’accord, n’est-ce pas ? 

Manuel Gomez

https://ripostelaique.com/et-donc-lalgerie-doit-a-la-france-la-somme-de/

jeudi 19 mars 2026

1962 : le massacre des harkis par le FLN

 

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Sylvain Roussillon cliquez ici

Article publié dans la Revue d'Histoire européenne

La signature des Accords d’Evian, le 18 mars 1962 (pour une entrée en vigueur le 19), signe la fin officielle de la Guerre d’Algérie. Mais elle ne signifie pas, loin de là, que les violences cessent. Malgré les engagements et les promesses solennelles, les mois qui suivent le cessez-le-feu vont être marqués par d’importants massacres, notamment contre les anciens supplétifs arabes des autorités françaises, désignés sous le terme générique de harkis et, plus largement, contre tous les Algériens soupçonnés de liens avec la France.

Durant les pourparlers, le FLN a adopté une attitude assez évasive concernant le devenir de ces populations, ses délégués déclarant que le « sort des harkis [serait] décidé par le peuple et devant Dieu » et que seuls les « auteurs d’exactions » seraient inquiétés. Les Accords d’Evian eux-mêmes, paraphés par les deux partis, établissent le principe de non-représailles : « Nul ne pourra faire l’objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d’une discrimination quelconque ». La réalité sera toute autre.

Les harkis : de qui parle t-on ?

En réalité, même si le terme va finalement amalgamer l’ensemble des supplétifs algériens liés à la France, il est loin de recouvrir l’ensemble des formations militaires et paramilitaires regroupant les « Français de souche nord-africaine » (FSNA).

Cinq catégories de formations combattantes ont ainsi été progressivement constituées pour contribuer au « maintien de l’ordre », durant ce que l’on a pudiquement nommé « les événements » : les goumiers (membres d’un goum, une unité militaire de 200 à 400 hommes), des Groupes mobiles de police rurale (GMPR) qui deviendront ensuite les Groupes mobiles de sécurité (GMS), les mokhaznis (du terme maghzen, groupe d’une trentaine de combattants) chargés de la protection dans les Sections Administratives Spécialisés (SAS) et des Sections Administratives Urbaines (SAU), les ‘assas (gardiens) des Unités territoriales (UT), les groupes d’autodéfense (GAD), et enfin, les plus connus, les harkis, composant les harkas (signifiant « mouvement »). Ces derniers sont embauchés localement, à proximité de leur douar (groupement d’habitations). Considérés et payés comme simples travailleurs journaliers, ils sont essentiellement utilisés, au départ, comme guides, éclaireurs ou agents de renseignement. Initialement peu armés, ils sont progressivement équipés d’armes de guerre, au fur et à mesure de leur engagement dans des missions de combat aux côtés de l’armée française.

A ces groupes et unités militaires ou paramilitaires, il faut ajouter les FSNA fonctionnaires, élus ou auxiliaires divers (bachaga, agha, caïd) qui constituent l’armature politique indigène du « parti français » (hezb franca).

Au sein de cette masse de 260 000 hommes environ, les harkis, au sens strict du terme, ne sont que 60 000, les autres (UT et GAD) environ 90 000 (dont 3 000 transfuges du FLN et de l’ALN), les militaires (les goumiers et mokhaznis) sont près de 60 000 auxquels il faut ajouter quelque 50 000 civils francophiles. En tenant compte des familles, c’est environ un million d’Algériens, sur 8 millions, qui sont alors concernés par de potentielles représailles. Il n’est pas inutile de rappeler que le nombre d’Algériens musulmans engagés au service de la France est supérieur, au moment du cessez-le-feu, à celui des combattants au service du FLN et de l’ALN.

Concernant les civils, il faut là encore rétablir une vérité trop souvent occultée. Les FSNA sont importants dans la vie politique et l’administration : un ministre, 46 députés sur un total de 67 pour l’Algérie, 350 conseillers généraux sur un total de 452, 11 550 conseillers municipaux sur un total de 14 000 et 20 000 fonctionnaires dont un préfet et plusieurs sous-préfets.

Un cessez-le-feu qui donne le coup d’envoi de la terreur

Les violences, d’abord circonscrites, commencent dès la fin du mois de mars 1962. Parmi les premières victimes, on compte les membres du Commando Georges, fort de 300 hommes et mis sur pied en 1959. L’originalité de cette unité d’élite, qui a porté des coups importants aux maquis algériens, est d’être uniquement composé d’anciens membres du FLN et de sa branche armée, l’ALN. Près d’une quarantaine de ses hommes sont enlevés dans les semaines qui suivent le cessez-le-feu. Nul ne sait ce qu’il est advenu d’eux, de même que des 500 autres FSNA disparus durant cette période. Au total, seule une quarantaine de membres du commando Georges survivront à la guerre. Tous les autres trouveront la mort dans des conditions atroces, comme ce sergent, ébouillanté vif dans un chaudron.

Quant à l’armée française, encore sur place, elle a reçu l’ordre de ne pas intervenir et même de refouler les harkis et leurs familles qui se pressent à l’entrée des casernes pour échapper aux tueurs du FLN.

Un monde de barbarie

C’est surtout à partir du 1er juillet 1962, date du référendum sur l’indépendance de l’Algérie (organisé en Algérie seulement, selon une des clauses des Accords d’Evian), que les massacres prennent un caractère systématique. Si, durant les trois mois précédents, la violence revêt un incontestable caractère spontané et incontrôlé, elle entre, durant l’été, dans une phase nouvelle. De mars à juillet 1962, le FLN n’est pas resté inactif concernant les représailles à venir. Ces quelques semaines ont en effet été mises à profit pour recenser les adversaires réels ou supposés, pour établir des listes de suspects, pour collecter les adresses. A la violence révolutionnaire du printemps, succède donc une violence d’état parfaitement encadrée, cette fois, par les instances du FLN, mais toute aussi barbare, sinon plus. En témoigne ce récit de M. Robert, sous-préfet de l’arrondissement d’Akbou, dans le département de Sétif, encore présent en Algérie pour assurer la passation du pouvoir.

« Soudain du 27 juillet au 15 septembre 1962 environ, la répression s’abattait sans aucune cause locale particulière. […] Une cinquantaine d’ex-supplétifs ou de civils furent tués par l’ALN (…) et 750 personnes environ furent arrêtées et groupées dans trois “centres interrogatoires”. […] Dans ces centres où l’on entendait, loin à la ronde, les hurlements des torturés, près de la moitié des détenus, furent exécutés, à raison de cinq à dix chaque jour. […] L’autre moitié fut relâchée entre la fin août et le 15 septembre, date à laquelle les centres furent supprimés. Ces centres contenaient environ deux tiers d’ex-supplétifs et un tiers de civils. »

Car, si le sort réservé aux anciens supplétifs militaires est terrible, celui subi par les civils l’est tout autant. Et le sous-préfet d’Akbou d’ajouter :

« […] un conseiller général, dont le président du comité FLN m’avait dit à plusieurs reprises qu’il avait toujours eu l’estime de la population, même s’il avait, par conviction, toujours pris position pour la France, a été arrêté le 1er août — après avoir assuré les fonctions de maire jusqu’à cette date à la demande de l’ALN — et enterré vivant le 7 août, la tête dépassant et recouverte de miel, en compagnie de plusieurs autres détenus, dans le camp d’Aïn-Soltan, près de Bordj-Bou-Arreridj, devant ses 350 codétenus. Son agonie, le visage mangé par les abeilles et les mouches, dura cinq heures […]. »

Les témoignages d’atrocités sont par ailleurs trop nombreux pour que l’on puisse parler d’évènements isolés. Et ils touchent l’ensemble des populations liées aux harkis au sens large. Ainsi, selon des témoignages rapportés par Camille Brière, « certains harkis furent crucifiés sur des portes, les yeux crevés, le nez et les oreilles coupés, la langue arrachée, systématiquement émasculés… D’autres furent dépecés vivants à la tenaille, leur chair palpitante jetée aux chiens… Quant aux familles, voici ce qui les attendait : des vieillards et des infirmes étaient égorgés, des femmes violées puis éventrées, des nourrissons, des jeunes enfants avaient la tête écrasée contre les murs sous les yeux de leur mère… ».

Ce récit est corroboré par de nombreux autres, comme celui de ce sous-officier français, resté anonyme, dans une lettre à sa famille, datée du 10 août 1962. Il est d’autant plus intéressant qu’il évoque le cas d’Européens, encore présents en Algérie à l’époque, et abandonnés à leur sort :

« Je commandais en second un commando de chasse dans l’Algérois. Mes quarante musulmans ont été pris par les rebelles, dans les premiers jours de juillet. Ils n’ont pas été tués tout de suite. Je crois savoir que certains sont encore vivants. Ils sont au camp de Taourtatsine, dans l’Atlas blidéen. A notre connaissance, c’est le camp le plus important de la région. Il y a peut-être plusieurs centaines de prisonniers. Parmi eux, des Européens, femmes et enfants. Les rebelles les torturent peu à peu : on coupe un bras, le nez, on fait des plaies qu’on sale, etc. On s’en sert aussi, comme ils disent, de ‘‘filles de joie‘‘, notamment les Européens. Quand leur état est trop lamentable et qu’ils ne peuvent plus servir à rien, on les tue. »

Ce témoignage met aussi en évidence, il n’est pas le seul dans son cas, l’instrumentalisation de la violence sexuelle dans la répression des harkis et des pieds-noirs.

Un épouvantable bilan

Les massacres, interrompus à la mi-septembre 1962, reprennent durant l’hiver, menés cette fois exclusivement par la nouvelle armée algérienne qui prend la suite de l’ALN. Ils continuent par vagues, en s’atténuant, jusqu’en 1965 au moins. A cette date, on trouve encore 13 500 harkis officiellement détenus dans les camps algériens. Certains seront employés à des taches dangereuses, telles que le déminage, à mains nues, avec une jambe mutilée préventivement pour éviter les évasions.

Le nombre des victimes fait, comme souvent en pareil cas, l’objet d’une comptabilité macabre contestée. Certains « historiens » proches de la gauche ou du pouvoir algérien allant même jusqu’à évoquer, contre toute vraisemblance, moins de 10 000 morts. Le sous-préfet Jean-Marie Robert, parlant de son arrondissement, évoque 1 000 à 2 000 morts de mars à septembre 1962, tout en soulignant que, « les supplices [dans son secteur] n’atteignirent pas la cruauté de ceux d’un arrondissement voisin […] ». L’Algérie comptant à l’époque 72 arrondissements, la fourchette du nombre des victimes s’établirait donc entre 72 000 et 144 000, sans tenir compte, bien entendu, des flots de violences ultérieurs à l’automne 1962…

Le chiffre assez communément retenu aujourd’hui, que ce soit par le colonel et historien Abd-El-Azziz Meliani, par le président d’AJIR pour les Harkis (Association Justice Information Réparation), Mohand Hamoumou ou le service historique des armées, dans une note officielle en 1974, est de 150 000 harkis disparus ou assassinés. Cette donnée sera reprise, et complétée, par André Santini, Secrétaire d’Etat aux Rapatriés en 1986-1988 qui, pour les harkis et les pieds-noirs massacrés ou disparus au moment de l’indépendance de l’Algérie, donne les chiffres respectifs de 150 000 et 10 000.

En 2017, lorsque le Président Macron qualifie l’œuvre française en Algérie de « crime contre l’humanité », il est fort probable qu’il n’a pas à l’esprit les mots du contrôleur général Christian de Saint-Salvy. Celui-ci, dans un rapport officiel de 1962, écrivait : « Les crimes de guerre commis en Algérie depuis le 19 mars 1962 sont sans précédent depuis la dernière guerre mondiale, dépassant tout ce qui avait pu être constaté en Asie ou en Afrique noire ».

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2026/03/19/1962-le-massacre-des-harkis-par-le-fln-6588403.html

lundi 23 février 2026

Parlons des massacres de Sétif

 

« Le temps de la dénégation des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie est terminé… Pour que nos relations soient pleinement apaisées, il faut que la mémoire soit partagée et que l’histoire soit écrite à deux, par les historiens français et algériens… » (Bernard Bajolet, ambassadeur de France à Alger : propos tenus en avril 2008, devant des étudiants de Guelma).

La lecture récente du fameux « Rapport Stora » m’a fait bondir mais je ne souhaitais pas réagir à chaud. D’autres l’ont fait, avant moi et sans doute mieux que moi.  Mais un de mes lecteurs m’a déclaré : « Certains de nos actes en Algérie, comme les massacres de Sétif, seraient passibles du Tribunal pénal international de La Haye… » Cette allégation m’a fait sortir de mes gonds.  

Voilà comment s’écrit l’histoire ! Si nous laissons tout dire, tout faire, dans quelques années les anciens d’Algérie – militaires ou résistants – seront considérés comme des « criminels de guerre » (Emmanuel Macron a même osé parler de « crime contre l’humanité »).

Que n’a-t-on écrit sur les fameux  massacres de Sétif ? L’armée française aurait réprimé dans le sang une manifestation spontanée de musulmans pacifiques.

Pour traiter honnêtement un tel sujet, il faut remonter quelques années en arrière.

L’anticolonialisme en Algérie ne devint perceptible qu’avec la création du « Parti communiste algérien ». Le PCA émerge en 1920 comme une extension du Parti communiste français (PCF).

Le PCA devint une entité séparée du PCF en 1936 et ouvrit ses rangs aux autochtones. Avec le soutien du PCF, le PCA participa à la lutte anticolonialiste, tout en se rapprochant des mouvements favorables à l’indépendance algérienne. Dès 1926, « L’Étoile Nord-Africaine », qui vient de naître, entre en contact avec  divers mouvements proches de la III Internationale []. L’émir Khaled en est le président d’honneur [], Hadj Ali Abdelkader, du PCF, le fondateur [].

Par la suite, Messali Hadj s’impose comme le leader des mouvements indépendantistes [].

L’organisation nouvelle œuvre à répandre les idées anticolonialistes chez les immigrés nord-africains, dans le but d’obtenir l’indépendance totale de tous les pays d’Afrique du Nord.

Messali Hadj participe au congrès anti-impérialiste de Bruxelles de 1927 où il rencontre de nombreuses associations européennes ainsi que des personnalités du  « tiers-monde » [].

Il organise de nombreux meetings avec, pour objectif, l’indépendance de l’Algérie dans les plus brefs délais. Dissoute en 1929 pour « avoir prêché la révolte des indigènes contre la domination française »[], l’ENA renaît sous le nom de « Glorieuse Étoile Nord-Africaine ».[] Elle est définitivement dissoute en 1937  pour « atteinte à l’intégrité territoriale de la France »[]. La création de l’ENA est un fait capital dans l’histoire politique contemporaine de l’Algérie car le principe de  l’indépendance est posé par une organisation de militants algériens[].

Après plusieurs arrestations et interdictions, Messali Hadj crée le Parti du peuple algérien (PPA) en 1937[]. Il rentre en Algérie pour assurer la direction de la nouvelle organisation. Cependant, il est à nouveau arrêté : l’administration française étant très inquiète de la popularité du mouvement dans le monde rural  algérien.[] [Messali Hadj est condamné à deux ans de prison pour « reconstitution d’une ligue dissoute, provocation des indigènes à des désordres et manifestations contre la souveraineté française »[], ce qui entraîne plusieurs mouvements d’agitations et de grèves.

Le mouvement gagne en popularité, surtout chez les jeunes. Le PPA reste fidèle aux principes établis en 1926 par l’ « Étoile Nord-Africaine » : abolition totale du code de l’indigénat, libertés démocratiques, indépendance[], rejet de l’attachement de l’Algérie à la France[][].

En 1943, le Parti du peuple algérien approuve le « Manifeste du peuple algérien » (texte de Ferhat Abbas avançant le principe d’une Algérie indépendante), rejoignant ainsi les autres courants du mouvement national : Oulémas, autonomistes, et « Amis du Manifeste et de la Liberté » (AML)[]. Toutefois, Messali Hadj et certains membres du PPA estiment qu’il est temps de passer à l’action et de profiter de la faiblesse de la France.

Le 23 avril 1945, le leader nationaliste est placé en résidence surveillée à Brazzaville, ce qui provoque, le 1er mai suivant, des manifestations réprimées à Alger et à Oran ; le bilan fait état de trois morts[].

À l’occasion de la célébration de la victoire du 8 mai 1945, des musulmans algériens manifestent et déploient, outre les drapeaux alliés, des pancartes affichant des slogans tels que « Libérez Messali » et « Algérie indépendante »[].

Ceci méritait d’être rappelé car trop d’historiens voient dans les massacres de Sétif du 8 mai 1945 un mouvement spontané, sans préparation. Le ver était déjà dans le fruit !

Et pourtant, les massacres de Sétif surprennent  tout le monde ou presque.

Les raisons « officielles » de cette rébellion sont connues (mais on occulte volontiers le rôle de la CIA ou des Soviétiques dans la « spontanéité » de ce soulèvement (1)). L’affaiblissement de la France, de la défaite de juin 1940 au débarquement américain en 1942, en est l’un des  motifs.

Disons un mot de cette rébellion : Le 8 mai 1945, pour fêter la victoire des Alliés, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens en profitent pour appeler à des manifestations.  Selon Benjamin Stora (2), les Français pensaient déjà depuis 1939 que les nationalistes d’Afrique du Nord étaient pilotés par les fascistes italiens ou les nazis, et que le Parti du peuple algérien était proche du Parti populaire français. Ceci semble assez peu crédible !

À Sétif, une manifestation nationaliste est autorisée à condition qu’elle n’ait pas de caractère politique. Le  défilé commence dès 8 h, estimé à plus de 10 000 personnes, chantant l’hymne nationaliste « Min Djibalina ». On voit surgir des pancartes  « Libérez Messali », « À bas le colonialisme », « Vive l’Algérie libre et indépendante ». En tête de la manifestation Aïssa Cheraga, chef d’une patrouille de scouts musulmans, arbore un drapeau vert et rouge. Devant le « Café de France », le commissaire Olivieri tente de s’emparer du drapeau, mais est jeté à terre. Des Européens se précipitent dans la foule. Les porteurs de banderoles refusent de céder aux injonctions des policiers. Des tirs sont échangés entre policiers et manifestants. Un jeune homme de 26 ans, Bouzid Saâl, est abattu par un policier. Les manifestants  s’en prennent aux Français et font 28 morts chez les Européens, dont le maire qui a cherché à s’interposer, et 48 blessés.

Peut-on, honnêtement, parler d’une manifestation pacifique ?

L’armée fait défiler les Tirailleurs Algériens, qui n’ont pas tiré, mais, alors que l’émeute se calme à Sétif, d’autres  éclatent aux cris du « Djihad » dans la région montagneuse de petite Kabylie, dans les villages entre Bougie et Djidjelli. Des fermes européennes isolées et des maisons forestières sont attaquées ; leurs occupants assassinés, souvent dans des conditions particulièrement atroces. Le mouvement s’étend et, l’après-midi même à Guelma, une manifestation s’ébranle.

Les manifestants sont 1 500 à 2 000 jeunes de Guelma, et 400 à 500 paysans des douars des environs. Ils arborent des pancartes « Vive la démocratie », « Vive l’Algérie », « Libérez Messali », ou encore « À bas le colonialisme ». Ils chantent l’hymne nationaliste « Min djibalina », en criant à intervalles réguliers « Vive la liberté algérienne ». À 18 h 30, le cortège arrive au centre-ville.

Le sous-préfet André Achiary, en compagnie de quelques civils, de huit policiers, et dix gendarmes,  demande aux jeunes de se disperser, mais le cortège continue d’avancer. Achiary est  jeté à terre et frappé par un manifestant. Il sort son revolver et tire un coup en l’air, ce qui déclenche un vent de panique. Achiary ordonne l’arrestation des meneurs.

Pendant toute la nuit des patrouilles de gendarmes et de soldats circulent dans Guelma. Des mitrailleuses sont placées à tous les carrefours. Le sous-préfet disposait de trois compagnies de Tirailleurs en formation, tous musulmans. Il consigne la troupe et fait mettre les armes sous clés. Un bataillon d’infanterie de Sidi-Bel-Abbès, convoyé par des avions prêtés par les Américains, arrive le 9 dans la journée pour évacuer des petits villages d’Européens encerclés par les émeutiers. Achiary  s’adjoint une milice civile de 280 hommes. Certains miliciens disposent d’armes de guerre et la plupart d’entre eux  sont armés de fusils de chasse.

Le lendemain vers midi, l’armée française tire sur Kherrata et des villages avoisinants. Le croiseur « Duguay-Trouin » tire sur les crêtes des monts de Babor. Vers 22 heures la Légion étrangère arrive à Kherrata et elle n’est pas venue  pour donner dans la dentelle.

Des atrocités contre les Européens se produisent dans le Constantinois, surtout dans les fermes isolées. Des femmes sont violées, des actes ignobles de barbarie sont commis.

Parmi les victimes, on trouve des « modérés » (3), tels le maire socialiste de Sétif, Édouard Deluca, ou Albert Denier, le secrétaire du Parti communiste, qui aura les deux mains tranchées.

La répression sera efficace et féroce : le croiseur « Duguay-Trouin » et le contre-torpilleur « Le Triomphant » tirent plus de 800 coups de canon depuis la rade de Bougie sur la région de Sétif. L’aviation bombarde plusieurs agglomérations. Une cinquantaine de « mechtas » sont incendiées.  Les automitrailleuses débarquent dans les villages et tirent à distance sur les populations.

Par un télégramme daté du 11 mai 1945, de Gaulle ordonnait  l’intervention de l’armée sous les ordres du général Duval. Ce dernier rassemble toutes les troupes disponibles, soit deux mille hommes. Ces troupes viennent de la Légion étrangère, des Tabors marocains, des Spahis de Tunis, et des Tirailleurs algériens en garnison à Sétif, Kherrata et à Guelma.

Concluons avec le bilan des émeutes : le nombre de victimes « européennes » est à peu près admis. Il  s’élève officiellement à 102 morts (dont 90 dans la région de Sétif) et 110 blessés. Chiffre auquel il faut ajouter plus de 900 musulmans pro-français tués par les émeutiers. Il est donc indéniable que ces mouvements de foule « pacifiques »  ont tué ou blessé plus de 1 000 personnes.

En revanche, le chiffre du nombre de victimes « indigènes » est toujours sujet à discutions.  Juste après les émeutes, le gouverneur général de l’Algérie fixa le nombre des musulmans tués à 1 165.  Le général Duval déclarait, pour la commission Tubert de 1945, que « les troupes ont pu tuer 500 à 600 indigènes ». Yves Courrière(5) parle de 15 000 tués dans les populations musulmanes en citant le général Tubert dont le rapport après les massacres ne donne en réalité… aucun bilan global.

Le gouvernement algérien qui, commémore ces massacres chaque année, parle des « 45 000 morts des massacres de Sétif ». Récemment, Bélaïd Abdessalam, ancien Premier ministre algérien, avouait dans « El-Khabar Hebdo » que le chiffre de 45 000 a été choisi à des fins de propagande.

Alors oui, personne ne saurait contester que les troupes françaises n’aient pas été tendres pour réprimer les émeutes. Le général Duval, chargé du rétablissement de l’ordre, dit à cette occasion au gouvernement: « Je vous donne la paix pour dix ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés. Une politique constructive est nécessaire pour rétablir la paix et la confiance. ». Ces propos se vérifient puisque, neuf ans plus tard, l’insurrection de la Toussaint rouge, en 1954 marque le début de la guerre d’Algérie.

Par la suite, la France évitera d’évoquer les « massacres de Sétif ». Il faudra attendre le 27 février 2005 pour que, lors d’une visite à Sétif, Hubert Colin de Verdière, ambassadeur de France à Alger, qualifie les « massacres du 8 mai 1945 » de « tragédie inexcusable ».

Cet aveu indigne constitue la première reconnaissance de sa responsabilité par la République française. Son successeur, Bernard Bajolet, a déclaré à Guelma en avril 2008 devant des étudiants :

« Le temps de la dénégation des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie est terminé ».  Ensuite, on descend toujours plus bas dans la condamnation de la France.

Le 19 avril 2015, Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux anciens combattants, participe aux commémorations des « massacres de Sétif », puis il dépose une gerbe devant le mausolée de Bouzid Saâl, le jeune scout tué le 8 mai 1945.

Les émeutes de mai 1945 se sont déroulées alors que de Gaulle était en charge des affaires de la France. Dans ses mémoires il y fait une très brève allusion. Sans doute pour ne pas endosser la responsabilité de la répression. Il s’en déchargera sur les autorités locales. Et c’est le même qui, quelques années plus tard, bradera l’Algérie française malgré les promesses faites aux pieds-noirs.

Eric de Verdelhan

1)- « Les Américains en Algérie 1942-1945 » d’Alfred Salinas ; L’Harmattan ; 2013.

2)- « Histoire de l’Algérie coloniale (1830-1954) », de Benjamin Stora ; La Découverte ; 1991.

3)- « La Gangrène et l’oubli – La mémoire de la guerre d’Algérie » La Découverte ; 1998.

4)- « La Guerre d’Algérie » d’Yves Courrière ;  Fayard ; 1969.

https://ripostelaique.com/parlons-des-massacres-de-setif/

samedi 14 février 2026

Et donc l’Algérie doit à la France la somme de…

 

Un universitaire algérien, Seddik Larkeche, avait écrit à Emmanuel Macron le 4 décembre 2017 et le président de la République française lui a répondu le 22 janvier 2018. 

Aujourd’hui, en date du 19 décembre, sur le quotidien « El Watan », et repris par « Valeurs Actuelles », Seddik Larkeche reproduit l’intégralité de cette réponse et affirme, avec sérieux, que la France devrait à l’Algérie une somme qu’il estime à cent milliards d’euros « pour les crimes commis pendant la colonisation ». 

Il estime que la France ne pourra pas échapper à son obligation de dédommager l’Algérie puisque Emmanuel Macron, lui-même, avait reconnu ces « crimes commis contre l’humanité et de vraie barbarie » au cours de la colonisation française et qu’il ne peut, dans le même temps, tourner le dos aux réparations des préjudices subies et, pour cela, il la place devant ses obligations vis-à-vis de l’Algérie. 

Cet universitaire prend en exemple l’occupation allemande de la France durant les deux guerres mondiales, pour comparer la colonisation française, et les milliards que l’Allemagne a dû verser à la France. 

Cette somme, évaluée à cent milliards, pour les crimes commis entre 1830 et 1962, concernant la spoliation de millions d’hectares de terres, l’analphabétisation de la quasi-totalité de la population, les conséquences dramatiques sur les vies humaines et sur la nature, suite aux effets des essais nucléaires et chimiques pratiqués par la France jusqu’en 1978 et le génocide pratiqué sur la population entre 1930 et 1962 : plus de 10 % sauvagement décimée « par des crimes qui furent ceux du nazisme » comme le soulignait la célèbre ethnologue Germaine Tillon. (À noter la présence de moins de deux millions d’Arabes en 1830 et de dix millions lors de l’Indépendance en 1962, comme génocide on peut faire mieux !) 

Que Seddik Larkeche permette à un simple journaliste et écrivain de présenter à l’Algérie la facture de ce qu’elle doit à la France colonisatrice. 

« J’estime à environ 500 milliards l’ensemble des infrastructures abandonnées par la France en 1962 : 80.000 km de routes, 4 ports internationaux et 10 ports modernes, 12 aéroports importants et 32 aérodromes, 4500 km de voies ferrées, 150 hôpitaux (dont les lits étaient occupés par 9 musulmans pour un Européen et qui sont actuellement les seuls à vous soigner de la covid), plus des milliers de maternités et de dispensaires, 16.000 km de lignes téléphoniques, 31 centrales hydroélectriques ou thermiques, avec une production de 950 millions de kw/heure, des infrastructures pétrolières et gazières qui vous font vivre depuis 1962. 

Ajoutons à cette liste les dizaines de villes modernes (immobilier et commerces), à la place des casbahs dans lesquelles vous viviez. Des milliers de bâtiments administratifs, des ponts, des viaducs, des tunnels, des églises (devenues des mosquées), des milliers d’écoles qui apprenaient à vos enfants à devenir des hommes et dans lesquelles vous avez assassiné 91 instituteurs et directeurs. 

Une agriculture exportatrice que vous avez entièrement détruite : céréales : 600.000 quintaux de grains et 700.000 de semoule. 200.000 tonnes/an de fruits (orange), 120.000 quintaux de figues, 50.000 quintaux d’olives et 100.000 hectolitres d’huile d’olive et plus d’un million de quintaux de légumes, sans oublier 372.000 hectares de vignoble. 

L’industrialisation de la zone de Colomb-Béchar avec ses importants gisements de charbon, de fer, de manganèse et de cuivre et les immenses gisements sahariens (le seul gisement de fer de Tindouf avec plus de dix millions de tonnes annuelles et, enfin, les réserves de pétrole du Sahara, plus importantes que celles du Venezuela, pourtant 5e producteur mondial. 

Je ne suis pas un universitaire aussi distingué que vous, Seddik Larkeche, mais je sais faire une soustraction, donc 500 milliards moins 100 milliards, je crois que le résultat est de 400 milliards, que l’Algérie devrait à la France. 

Je suis certain que vous n’êtes pas d’accord, n’est-ce pas ? 

Manuel Gomez

https://ripostelaique.com/et-donc-lalgerie-doit-a-la-france-la-somme-de/

mercredi 17 décembre 2025

Repentance à sens unique ? Et si Alger payait pour ses esclaves blancs !

 

C'est la petite musique habituelle, celle qui ne s'arrête jamais. La « rente mémorielle », comme l'appellent certains, bat son plein. Alger exige, encore et toujours, des excuses, des réparations, une génuflexion perpétuelle de la France pour les 130 années de présence sur l'autre rive de la Méditerranée.

Mais dans ce grand bal de l'auto-flagellation nationale, une tribune courageuse publiée récemment dans Le Figaro Histoire par l'universitaire Marie-Claude Mosimann-Barbier vient mettre un grand coup de pied dans la fourmilière de la bien-pensance. Et si, pour une fois, on regardait l'Histoire avec les deux yeux ouverts ? Et si c'était à Alger de nous verser des réparations pour les siècles de razzias et d'esclavage subis par nos ancêtres ?

Le mythe de l'innocence brisé

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire la réalité historique que nos manuels scolaires s'évertuent à gommer. On nous vend une Algérie victime éternelle. Or, comme le rappelle Mme Mosimann-Barbier, avant 1830, la région n'était pas une nation, mais une province sous férule étrangère constante : romaine, arabe, puis ottomane dès 1526.

Mais le plus tabou, c'est l'économie même de cette Régence d'Alger : la piraterie et la traite des êtres humains.

Pour la plupart de nos contemporains, formatés par la repentance d'État, l'esclavage est exclusivement transatlantique et le fait de méchants Européens. C'est un mensonge par omission colossal. La tribune nous rappelle une vérité cinglante : la traite a commencé bien avant, en Afrique, sous l'impulsion des conquêtes arabes. Dès le VIIe siècle, le général Abdallah ben Sayd imposait déjà le bakht aux chrétiens de Nubie : un tribut humain de 360 esclaves par an !

Un million d'Européens aux fers : des chiffres qui dérangent

En creusant un peu le sujet, les chiffres donnent le vertige. Des historiens sérieux, comme Robert C. Davis de l'Université d'État de l'Ohio, estiment qu'entre le XVIe et le XIXe siècle, plus d'un million d'Européens ont été réduits en esclavage sur la côte des Barbaresques (Tunis, Tripoli, et surtout Alger).

Qui étaient-ils ? Des marins, certes, mais aussi des paysans, des femmes et des enfants, enlevés lors de razzias sur les côtes de Provence, de Corse, d'Italie, et même jusqu'en Bretagne ou en Islande !

Prenons quelques exemples concrets qui glacent le sang :

1631 : le sac de Baltimore, en Irlande. Des corsaires algérois débarquent de nuit et enlèvent 107 habitants, hommes, femmes, enfants. Le village est déserté pour des décennies. Ces Irlandais catholiques finiront leurs jours enchaînés à Alger, jamais rachetés.

1544 : l'île d'Ischia, au large de Naples. Le pirate Barberousse (Khayr ad-Din), amiral de la flotte ottomane et basé à Alger, razzie l'île entière : 4 000 personnes sont emmenées en esclavage. Les femmes jeunes finissent dans les harems, les hommes aux galères.

1798 : les côtes de Sardaigne et de Sicile sont encore régulièrement dévastées. Les tours de guet qui parsèment aujourd'hui le littoral méditerranéen ne sont pas décoratives : elles ont été construites pour prévenir les raids barbaresques qui terrorisaient les populations pendant trois siècles.

À Alger, ces "chiens de chrétiens" étaient vendus sur les marchés aux esclaves (le bedesten), traînés dans les rues sous les huées, enchaînés dans des bagnes insalubres, forcés de ramer sur les galères jusqu'à la mort ou de construire les palais des Deys.

« Alger, qui ne cesse de demander réparation [...], semble avoir oublié son active participation à la traite et à l'esclavage. »

C'est là que l'hypocrisie atteint son comble. Alger a bâti sa puissance d'alors sur le vol des cargaisons et la rançon des hommes. En France, des ordres religieux entiers (les Trinitaires, les Mercédaires) passaient leur temps à quêter dans nos villages pour réunir l'argent nécessaire au rachat des captifs. Combien de familles françaises ruinées pour sauver un fils ou un père des griffes du Dey d'Alger ?

Les témoins gênants qu'on préfère oublier

L'image est symbolique : Miguel de Cervantès, l'auteur de Don Quichotte, capturé en 1575 après la bataille de Lépante, présenté enchaîné à Hassan Pacha, le roi d'Alger. Lui-même a passé cinq longues années de captivité à Alger. S'il a survécu pour raconter, combien d'anonymes ont péri sous le fouet ?

Mais il n'est pas le seul. Vincent de Paul, le futur saint patron des œuvres de charité, fut lui aussi capturé en 1605 et vendu comme esclave à Tunis avant d'être transféré vers Alger. Deux ans d'enfer avant qu'il ne parvienne à s'évader.

Emanuel d'Aranda, un Flamand capturé en 1640, a laissé un récit glaçant de ses années d'esclavage à Alger. Il décrit les marchés, les tortures, les conversions forcées, le désespoir absolu de ces milliers de chrétiens oubliés d'Europe.

Et que dire du Père Dan, rédempteur trinitaire, qui négocia le rachat de centaines d'esclaves et qui écrivit en 1637 son Histoire de Barbarie et de ses corsaires ? Un témoignage accablant sur l'ampleur du système esclavagiste algérois.

Ces voix, aujourd'hui étouffées par le politiquement correct, méritent d'être entendues. Elles rappellent une réalité brutale : pendant que l'Europe commençait timidement à abolir la traite atlantique, Alger continuait tranquillement son commerce d'esclaves blancs.

1830 : la France libératrice, version censurée

La colonisation française de 1830 ne s'est pas faite par hasard ou par pure avidité territoriale. À l'origine, l'expédition visait à détruire ce nid de pirates qui terrorisait la Méditerranée depuis trois siècles et à mettre fin à cet esclavage blanc que l'Europe ne supportait plus.

Rappelons les faits : en 1816, une escadre anglo-néerlandaise bombarde Alger pour obtenir la libération des esclaves chrétiens. Le Dey promet, puis recommence. En 1830, la France intervient militairement. C'est la France qui a mis fin à la traite à Alger, pas l'inverse !

Quand les troupes françaises entrent dans la ville, elles libèrent les derniers esclaves chrétiens des bagnes. Ce détail historique, pourtant majeur, est soigneusement évacué des récits officiels. Il ne cadre pas avec le narratif imposé.

L'heure des comptes a sonné : la réciprocité ou rien !

Alors, soyons clairs. Si l'on doit ouvrir les livres de comptes de l'Histoire, ouvrons-les en grand. Pas de repentance à sens unique. Pas de mémoire sélective.

Ce que la France a apporté (qu'on le veuille ou non)

Pendant 130 ans de présence française, l'Algérie a connu :

  • La fin de l'esclavage et de la piraterie
  • La construction de milliers de kilomètres de routes, de voies ferrées
  • L'édification d'hôpitaux, d'écoles, d'universités (l'Université d'Alger date de 1879)
  • L'assèchement des marais, l'irrigation, la mise en valeur de terres arides
  • La vaccination de masse, l'éradication d'épidémies séculaires
  • Une population multipliée par cinq entre 1830 et 1960

Oui, la colonisation a comporté des injustices, des violences, des erreurs tragiques. Personne ne le nie. Mais réduire 130 ans d'histoire à un crime contre l'humanité relève de la falsification pure et simple.

Ce que l'Algérie doit reconnaître (et payer ?)

Si la France doit payer des réparations, alors l'Algérie, héritière de la Régence barbaresque, doit payer pour :

1. Les milliers de Français et d'Européens razziés et réduits en servitude pendant trois siècles. Chaque famille concernée mérite reconnaissance et compensation.

2. Les sommes astronomiques versées en rançons par la France, l'Espagne, l'Italie pendant des siècles. Qu'on en fasse le calcul actualisé, avec intérêts composés. Le résultat sera vertigineux.

3. Le traumatisme séculaire des populations côtières méditerranéennes, contraintes de vivre dans la terreur permanente des razzias. Combien de villages vidés, de vies brisées, de destins anéantis ?

4. La piraterie systématique qui a ruiné le commerce méditerranéen pendant des siècles, appauvrissant des régions entières.

5. Les conversions forcées à l'islam, les humiliations publiques, les tortures infligées aux captifs chrétiens qui refusaient d'abjurer leur foi.

Comme l'écrit si justement l'universitaire Marie-Claude Mosimann-Barbier, la région a "oublié son active participation". Il est temps de lui rafraîchir la mémoire.

Le piège de la repentance unilatérale

La machine à repentance tourne à plein régime. Emmanuel Macron multiplie les déclarations sur les "crimes" français en Algérie. Mais où est la réciprocité ? Où sont les excuses d'Alger pour les siècles d'esclavage infligés aux Européens ?

Cette asymétrie est insupportable et dangereuse. Elle installe dans l'esprit public une vision manichéenne : l'Occident coupable, le reste du monde innocent. C'est historiquement faux et moralement inacceptable.

La vraie réconciliation ne peut se construire que sur la vérité complète, pas sur le mensonge ou l'oubli sélectif.

Si Alger veut sincèrement tourner la page, qu'Alger commence par reconnaître ses propres crimes. Qu'on érige des monuments aux esclaves blancs. Qu'on enseigne dans les écoles algériennes l'histoire complète de la Régence. Qu'on présente des excuses officielles aux descendants des victimes.

Pas de repentance sans réciprocité. C'est la seule voie vers une vraie paix mémorielle.

Conclusion : pour une histoire décolonisée... des deux côtés

Le débat mémoriel franco-algérien est verrouillé par une idéologie qui refuse d'admettre que l'histoire est complexe, que les victimes d'hier furent parfois les bourreaux d'avant-hier, et que la repentance à géométrie variable n'est qu'une nouvelle forme de domination intellectuelle.

Les Français n'ont pas à ramper éternellement devant un pays qui refuse d'assumer son propre passé esclavagiste. L'histoire de la Méditerranée est une histoire de conflits, de dominations croisées, d'atrocités réciproques. Assumons-la entièrement, ou taisons-nous définitivement.

Mais surtout, cessons cette hypocrisie insupportable qui fait de la France le seul coupable d'une histoire millénaire où les rôles de victimes et de bourreaux se sont constamment inversés.

Ilustration : Esclaves chrétiens, Maîtres musulmans : L'esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800) Poche – 7 septembre 2007
de Robert C. Davis (Auteur), Manuel Tricoteaux (Traduction)

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/repentance-a-sens-unique-et-si-265252

mercredi 27 août 2025

Le FLN et l’ALN ont tué bien plus d’Algériens que les Français

 

Marche contre l’islamophobie, organisée par des islamistes qui se plaignent des « amalgames » possibles entre la majorité des musulmans de France et une minorité radicalisée et des terroristes, tous musulmans, responsables de plus de 300 morts ces dernières années.

Il n’y a pas qu’en Algérie que le FLN a assassiné des milliers de musulmans, la France, et Paris et sa périphérie en particulier, a été la scène de multiples exécutions.

De 1954 jusqu’à 1962, huit années de cauchemar et plusieurs milliers de morts : 902 pour la seule année 1958, dont la majorité à Paris.

Il me semble souhaitable que ceux qui ne l’ont pas vécu apprennent qu’à une époque, il y a quelques décennies, des attentats, des crimes de sang, des explosions, avaient produit les mêmes effets en France et que, tout comme actuellement, la communauté de religion musulmane non seulement ne s’étaient pas rassemblée pour s’élever contre cette minorité qui s’attaquait à la France métropolitaine mais, tout comme aujourd’hui, s’était rassemblée dans une marche (le 17 octobre 1961) pour s’élever également contre « l’islamophobie ».

Alors que des plaques, des commémorations, rendent hommage aux traîtres français, aux terroristes, aux porteurs de valise et à une soi-disant répression féroce qui a fait moins de cinq morts et quelques dizaines de blessés ce 17 octobre 1961, est totalement occultée la lutte fratricide que ce sont livrés, entre 1955 et 1962, le FLN et le MNA (Mouvement Nationaliste Algérien, dirigé par Messali Hadj), tous deux nés d’une scission et issus du Parti Communiste Algérien.

Un communiqué du FLN, en 1959, précise : « Les attaques effectuées en France sont une offensive dans le cadre d’un plan qui consiste à transporter la guerre en territoire français pour la libération de l’Algérie. »

En vérité, ces deux partis s’affrontent surtout pour s’approprier le magot que représentent les cotisations, un véritable racket imposé aux plus de 300.000 Nord-Africains qui, à l’époque, vivaient en France métropolitaine. Environ la moitié en région parisienne.

Plus de 400 millions de Francs collectés entre 1954 et 1962.

Jusqu’à 100 francs par mois pour les commerçants, 150 pour les hôteliers plus 5 francs pour les locataires et jusqu’à 1000 francs pour les proxénètes, et il y en avait de nombreux !

Les sanctions infligées à ceux qui refusaient de payer : ablation du nez ou d’une oreille, égorgement, strangulation ou noyade, aux récidivistes.

Des cadavres par centaines, enfouis dans des sacs et flottant au fil de l’eau, testicules coupés, gorges ouvertes, nez et oreilles sectionnés, yeux crevés et têtes écrasées à coups de barres de fer. (Ces corps, identifiés officiellement et comptabilisés à la morgue de Paris, en sont le témoignage, alors que l’on recherche toujours les centaines de musulmans, paraît-il, jetés dans la Seine le 17 octobre 1961 !).

Fin 1957, le FLN prend le dessus sur le MNA et s’attaque alors aux policiers français, qui deviennent « la cible ».

Pour le seul premier trimestre 1961, 11 policiers assassinés et une quarantaine grièvement blessés. Environ 80 au cours des dernières années.

Attaques de commissariats parisiens, des policiers criblés de balles, explosions à l’Assemblée Nationale, aux préfectures de Melun, de Saint-Etienne. Une centaine de déflagrations et de mitraillages, et même une bombe désamorcée à la tour Eiffel.

La France a peur, la France est en état de siège, un couve feu est instauré pour les musulmans à Paris (qui mobilise le FLN le 17 octobre 1961).

Un témoignage de l’ex commissaire Roger Le Taillandier : « Nous sommes à Drancy, près de Paris, en 1961. Il est 22 h 30. Je reste pétrifié sur le seuil de ce café algérien. Le spectacle est hallucinant : sept corps inertes gisant sur le dallage et sur les banquettes. Certains de ces cadavres ont encore, dans leurs mains crispées, des cartes à jouer. Tous sont criblés de balles à hauteur de la poitrine et de la tête. Le cafetier algérien a été abattu derrière le comptoir. Le sol est inondé de sang, dans lequel je marche sans m’en rendre compte car il a coulé jusqu’à la porte, et même traversé le trottoir jusqu’au caniveau. »

Tous ces assassins, ces terroristes, arrêtés et emprisonnés, furent libérés dès la signature des « Accords d’Evian ».

On attend encore que le FLN et l’ALN rendent à la France (stipulé dans ces mêmes « Accords ») les milliers de civils et de militaires enlevés et disparus jusqu’à fin 1962, au moins leurs corps !

Et c’est à la France, et aux Français, que l’on réclame « repentance » !

Manuel Gomez

https://ripostelaique.com/le-fln-et-laln-ont-tue-bien-plus-dalgeriens-que-les-francais.html