Affichage des articles dont le libellé est Bastien-Thiry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bastien-Thiry. Afficher tous les articles

vendredi 30 septembre 2022

Hommage au Colonel Jean-Marie Bastien-Thiry

 

Bastien-Thiry
Rendons un hommage tout particulier au Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY, héros et martyr de la Patrie, fusillé il y a aujourd’hui 53 années, le 11 Mars 1963.

Jean-Marie BASTIEN-THIRY était Lorrain, Polytechnicien, Lieutenant-colonel dans l’Armée de l’air et l’inventeur de deux missiles antichars, les SS-10 et SS-11. Il avait 36 ans et laissait une veuve et trois petites orphelines.

Organisateur de l’opération du Petit-Clamart, le Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY aura tout sacrifié, sa famille et sa vie, pour que vive la France. Il nous a laissé, en versant son sang, un message, un exemple à méditer, à admirer et à suivre.

Alors que les tireurs du Petit-Clamart seront graciés par De Gaulle, celui-ci refusera d’accorder sa grâce au Colonel BASTIEN-THIRY.

Jean-Marie BASTIEN-THIRY est l’exemple parfait du dévouement, du courage, de l’abnégation, du don de soi et du sacrifice de sa vie envers la Patrie. Il est l’honneur de l’Armée Française.

Homme de Foi, grand Catholique, il mourra comme un saint, marchant vers le peloton d’exécution son chapelet à la main, après avoir entendu la Messe. Refusant d’avoir les yeux bandés, il regardera la mort droit dans les yeux avant de pouvoir contempler ensuite la Vie Eternelle. Il sera le dernier condamné à mort à avoir été fusillé en France.

Assassiné sur ordre de celui qui aura trahi l’Algérie Française et livré des dizaines de milliers de Harkis et Pieds-noirs aux tortures les plus innommables des bouchers fellouzes du FLN, le Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY demeure un Français modèle, un héroïque soldat dont le nom restera pour toujours inscrit sur le Martyrologe de notre pays.

Que Jean-Marie BASTIEN-THIRY repose en paix, aux côtés de tous les Morts pour la France, dans le Paradis des Héros, des Martyrs et des Soldats.

https://www.medias-presse.info/hommage-au-colonel-jean-marie-bastien-thiry/50819/

mardi 2 août 2022

Passé-Présent n°331 : Les juridictions d’exception à la fin de la guerre d’Algérie (1961-1963)

 Conseiller honoraire à la Cour de cassation, ancien membre du collège de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Grégoire Finidori, retrace le contexte historique français à la fin de la IVème République, puis le retour de De Gaulle. Il explique le revirement de la politique algérienne du chef de l’Etat qui va susciter une série de crises conduisant, à partir de 1961, à la création de juridictions de pure circonstance comme le Haut Tribunal militaire ou la Cour militaire de justice. C’est un regard professionnel sur ces juridictions et sur la façon dont les affaires ont été jugées qu’il nous délivre, tout en faisant revivre les figures marquantes de cette époque, des généraux putschistes au lieutenant-colonel Bastien-Thiry.


Grégoire Finidori – « Un formidable système répressif » – Ed. Dominique Martin Morin – 503 p. – 28,50 €.

https://www.tvlibertes.com/passe-present-n331-les-juridictions-dexception-a-la-fin-de-la-guerre-dalgerie-1961-1963

dimanche 12 septembre 2021

Bastien-Thiry (Olivier Sers)

 

Olivier Sers, né en 1943 d’une mère pied-noir et d’un père corrézien, a travaillé sous les ordres de Jean Bastien-Thiry à partir de février 1962 avec deux amis étudiants en droit, contribuant comme guetteurs, planqueurs d’armes et hommes à tout faire à onze tentatives d’attentat contre de Gaulle jusqu’au 27 juin, jour où ils furent tous trois arrêtés et incarcérés sans souffler mot de l’entreprise en cours. Devenu avocat, de 1966 à 2006, Olivier Sers est également un latiniste reconnu.

En publiant dans le collection Qui suis-je ? un recueil consacré au lieutenant-colonel Bastien-Thiry (1927-1963), il témoigne d’une belle fidélité envers cet officier, catholique fervent, père de trois fillettes, mort pour la France, fusillé à 34 ans.

L’ouvrage, bien que réduit en nombre de pages, selon le format de cette collection de biographies, se révèle être une mine d’informations. On y découvre un homme d’honneur, issu d’une famille de militaires, de juristes et d’industriels, une lignée qu’il revendique fièrement lorsqu’il répondit à son juge d’instruction le 28 septembre 1962. On apprend que son épouse, Geneviève, était la fille de Georges Lamirand, secrétaire d’Etat à la Jeunesse du Maréchal Pétain, de septembre 1940 à mars 1943, absous à la Libération pour faits de Résistance.

Jean Bastien-Thiry avait tout pour être heureux. Pilote d’essai et ingénieur en missiles de niveau international, il menait une brillante carrière. Epoux comblé, il avait trois filles qui lui apportaient beaucoup de joie. Mais Bastien-Thiry, qui a vécu deux ans en Algérie et admire l’œuvre de la France sur ce territoire, ne peut admettre l’abandon qu’organise De Gaulle. Via le colonel Argoud, il entre en contact avec le général Zeller. On connaît la suite : différentes tentatives d’attentats contre De Gaulle jusqu’à celui du Petit-Clamart le 22 août 1962, arrestation le 15 septembre, procès du 25 janvier au 4 mars 1963 et exécution le 11 mars.

Marcel Aymé dira de Jean Bastien-Thiry : “J’admire qu’un homme aussi dépourvu d’ambition que de vanité ait résigné ses plus naturels et ses plus chers intérêts pour accomplir ce qu’il croyait être son devoir de citoyen, qu’en face de ses juges il ait tranquillement accusé le seul homme de qui il aurait ou attendre la vie sauve.”

Bastien-Thiry, Olivier Sers, éditions Pardès, collection Qui suis-je?, 128 pages, 12 euros

A commander en ligne ici

https://www.medias-presse.info/bastien-thiry-olivier-sers/98786/

mardi 5 janvier 2021

Bastien-Thiry, rebelle d'honneur

 « Bastien-Thiry avait quelque chose de romantique. Ce sera un bon martyr », avait ironisé le général de Gaulle deux jours après l’exécution du lieutenant-colonel. Ce martyr mérite de figurer au panthéon des héros français.

Le livre que consacre Olivier Sers à l'officier supplicié, publié chez Pardès, est plus qu'une biographie, un témoignage, puisque l'auteur fut lui-même associé à l'attentat du Petit-Clamart, avant d'être arrêté en juin 1962, en cherchant des armes pour tenter de délivrer le lieutenant Degueldre, chef des commandos « Delta » d'Alger.

Loin d'être une tête brûlée ou le « romantique » évoqué par de Gaulle, ce Lorrain, officier issu d'une lignée d'officiers, polytechnicien (X'Sup Aéro), ingénieur brillant et pilote d'essai décoré de la Légion d'honneur, admirateur de Saint-Exupéry, apparaît comme un homme calme et réfléchi. Époux heureux et père comblé de trois fillettes, il connaît bien l’Algérie, où il a vécu pendant deux ans et dont il aime les populations : « C'est, de cœur un officier d'outre-mer », écrit Olivier Sers. Mais son patriotisme et un sens aigu de la justice le portent naturellement à se révolter contre la duplicité du chef de l'État, qui, porté au pouvoir quatre ans plus tôt en jurant de sauver l'Algérie française, est devenu son bourreau.

C'est « au nom de la grande et éternelle loi de solidarité entre les hommes », dira-t-il à son procès, que ce chrétien fervent décide d'éliminer celui qu'il considère comme le principal responsable de la tragédie algérienne. Olivier Sers apporte de nombreux détails sur les deux attentats organisés par Bastien-Thiry alias « Didier » : celui de Pont-sur-Seine, le 8 septembre 1961 où une bombe explose le long de la nationale 19 à l'instant où passe la voiture de de Gaulle puis celui du Petit-Clamart, longuement préparé à partir de janvier 1962 et qui, exécuté le 22 août, se solde par un nouvel échec : la DS présidentielle est criblée de balles, mais les tireurs ont ouvert le feu trois secondes trop tard et le général est une fois encore indemne. À cet égard, Olivier Sers dément la thèse, développée avant et lors de son procès par Bastien-Thiry lui-même pour des raisons relevant de la politique, selon laquelle celui-ci aurait voulu enlever de Gaulle pour qu'il soit jugé : « Bien sûr il a voulu tuer au Petit-Clamart comme à Pont-sur-Seine », affirme-t-il.

« La messe du Christ est terminée, la vôtre commence »

Au début du mois de septembre, la plupart des participants au « coup » sont arrêtés - dont Alain de la Tocnaye, qui déclare être le seul chef de l'opération. Mais le 15, Bastien-Thiry est pris à son tour et écroué à la Santé. Son procès - et celui de ses amis - s'ouvre le 28 janvier 1963 devant la Cour militaire de justice, juridiction d'exception déclarée illégale par le Conseil d'État mais maintenue par de Gaulle, qu'Olivier Sers décrit comme « un concentré gaulliste du Bottin mondain ». Dans leurs déclarations, les inculpés (à une exception près) assument courageusement leurs actes, à l'image de Pascal Bertin, âgé de vingt ans; de Jacques Prévost, survivant de Dien Bien Phu; de Lazlo Varga, Hongrois, ancien révolté de Budapest; ou de La Tocnaye. Celle de Bastien-Thiry le 2 février, est aussi et surtout « le plus impitoyable des réquisitoires jamais rédigés contre la politique algérienne de de Gaulle ».

Les « juges », quant à eux, se montrent à la hauteur de la tâche que le maître attend d'eux, allant jusqu’à suspendre pour trois ans, pour « outrage », l'un des avocats de la défense, Me Isorni, contraint de quitter la barre en plein procès. De nombreux pieds-noirs et harkis, cités par la défense, témoignent d'enlèvements, d'assassinats, de massacres auxquels ils ont assisté ou dont leurs proches ont été victimes. Mais dans cette parodie de justice, le verdict est écrit d'avance : le 4 mars, Bastien-Thiry La Tocnaye et Prévost sont condamnés à mort (quatre autres acteurs de l’attentat le sont aussi par contumace), les peines infligées aux autres accusés allant de trois ans de prison à la perpétuité. Pendant la.pause de midi, le lieutenant-colonel a toutefois été autorisé à voir son épouse et ses filles. C'est la dernière fois qu'il embrasse ces dernières. Le chef de l'État gracie La Tocnaye et Prévost, mais pas le colonel. Au matin du lundi 11 mars 1963 il est réveillé par l'aumônier de Fresne et lui sert la messe. « La messe du Christ est terminée, la vôtre commence », lui dit le prêtre en terminant. À 6h40, le condamné est fusillé au fort d'Ivry et meurt chrétiennement, en égrenant son chapelet.

« Ce sera un bon martyr » avait dit de Gaulle. C'était vrai mais Bastien-Thiry est aussi un symbole. Cet officier « choisit de mourir dans la peau sèche d'un rebelle de l'honneur », écrit Olivier Sers. Avec lui, c'est en effet le sentiment de l'honneur, toujours placé si haut par les constructeurs de notre pays, que l’on enterra au carré des suppliciés du fort d'Ivry ce matin pluvieux du mois de mars 1963. À ce tournant sanglant de notre histoire, Charles de Gaulle consacra le triomphe du cynisme et du parjure comme les nouveaux modes de gouvernement d'une France tombée dans le matérialisme. Bastien-Thiry est mort d'avoir voulu s'y opposer. Il fallait bien sauver l'honneur.

✍︎ Olivier Sers, Bastien-Thiry, éditions Pardès, coll. Qui suis-je ? 130 pages, 12 €.

Eric Letty monde&vie 6 septembre 2018 n°959

vendredi 11 mars 2016

Hommage au lieutenant-colonel Bastien-Thiry, dernier condamné à mort fusillé en France

A l'heure où un président français s'apprête à célébrer le 19 mars de la honte, Alexandre Simonnot (ex-FN) rend hommage au lieutenant-colonel Bastien-Thiry :
"Rendons un hommage tout particulier au Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY, héros et martyr de la Patrie, fusillé il y a aujourd’hui 53 années, le 11 Mars 1963.
Jean-Marie BASTIEN-THIRY était Lorrain, Polytechnicien, Lieutenant-colonel dans l’Armée de l’air et l’inventeur de deux missiles antichars, les SS-10 et SS-11. Il avait 36 ans et laissait une veuve et trois petites orphelines.
Organisateur de l’opération du Petit-Clamart, le Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY aura tout sacrifié, sa famille et sa vie, pour que vive la France. Il nous a laissé, en versant son sang, un message, un exemple à méditer, à admirer et à suivre.
Alors que les tireurs du Petit-Clamart seront graciés par De Gaulle, celui-ci refusera d’accorder sa grâce au Colonel BASTIEN-THIRY.
Jean-Marie BASTIEN-THIRY est l’exemple parfait du dévouement, du courage, de l’abnégation, du don de soi et du sacrifice de sa vie envers la Patrie. Il est l’honneur de l’Armée Française.
Homme de foi, grand Catholique, il mourra comme un saint, marchant vers le peloton d’exécution son chapelet à la main, après avoir entendu la Messe. Refusant d’avoir les yeux bandés, il regardera la mort droit dans les yeux avant de pouvoir contempler ensuite la Vie Eternelle. Il sera le dernier condamné à mort à avoir été fusillé en France.
Assassiné sur ordre de celui qui aura trahi l’Algérie Française et livré des dizaines de milliers de Harkis et Pieds-noirs aux tortures les plus innommables des bouchers fellouzes du FLN, le Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY demeure un Français modèle, un héroïque soldat dont le nom restera pour toujours inscrit sur le Martyrologe de notre pays.
Que Jean-Marie BASTIEN-THIRY repose en paix, aux côtés de tous les Morts pour la France, dans le Paradis des Héros, des Martyrs et des Soldats."
Pour ceux qui s'intéressent à cet épisode de l'histoire de France, la longue déclaration prononcée par Jean Bastien-Thiry le 2 février 1963 lors de son procès est tout à fait digne d'intérêt et montre la grandeur d'âme et la profondeur de pensée de cet homme. On pourra aussi lire ce témoignagepoignant d'un témoin de ses derniers instants.
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

dimanche 2 juin 2013

A lire et à faire lire : « Jean Bastien-Thiry, De Gaulle et le tyrannicide »

jean-bastien-thiery-de-gaulle-et-le-tyrannicide-abbe-rioult.jpgIl y a cinquante ans, était fusillé le colonel Jean Bastien-Thiry, pour l’attentat du Petit-Clamart fomenté contre De Gaulle, qui venait de sacrifier l’Algérie française.
Voici que paraît, sous la plume de l’abbé Rioult, une excellente étude historique et morale, appuyée sur la doctrine de Saint Thomas d’Aquin concernant le « tyrannicide », à propos de l’action de ce militaire chrétien.
Était-elle morale ? Bien sûr…
Jean Bastien-Thiry, De Gaulle et le tyrannicide, aspect moral d’un acte politique. 62 pages, 8 €. Editions des Cimes. DISPONIBLE ICI.
4e de couverture :
« Le 22 août 1962, à Clamart, un attentat visait le chef de l’État et manquait de peu son objectif.
Ce fut la plus fameuse tentative de meurtre à l’encontre du général De Gaulle.
Le 11 mars 1963, son instigateur, le colonel Jean Bastien-Thiry, était fusillé. Il est le dernier en France à avoir été victime de ce procédé.
« Comment un homme, doté de profondes convictions catholiques et d’un bagage culturel supérieur, a-t-il pu en arriver là ? » se demanda la presse de l’époque.
Quant au motif de « tyrannicide » que Jean Bastien-Thiry a avancé pour justifier moralement « l’opération Charlotte Corday », était-il acceptable ?
L’auteur répond ici à ces questions. En s’appuyant sur les réflexions de Saint Thomas d’Aquin – le « Docteur commun » de l’Église –, il étaye solidement son analyse par d’utiles et implacables rappels historiques.
Nous sommes invités ici à réouvrir un douloureux procès, qui souleva des interrogations morales et politiques de la plus haute importance. »

mardi 28 août 2012

In Memoriam : éxécution du Colonel Bastien-Thiry

Le 11 mars 1963 était fusillé au Fort d’Ivry le lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry, 36 ans et père de trois enfants.
Polytechnicien, il avait inventé deux missiles anti-chars.
Il avait organisé l’attentat manqué du Petit-Clamart, pour en finir avec De Gaulle qui avait trahi le peuple, livré l’Algérie française aux mains des égorgeurs et liquidé le camp nationaliste en France.
Fervent catholique, il justifiait cette action par la légitimité du tyrannicide (théorisée par Saint Thomas d’Aquin).
Il marcha vers le peloton chapelet à la main, laissant derrière lui une forte impression, et l’image d’un héros français et chrétien, qui avait porté jusqu’au bout l’idéal du sacrifice.

vendredi 29 juillet 2011

Alger, massacre du 26 mars 1962 : un demi-siècle de veulerie politico-médiatique

Je me suis interrogé avec une belle naïveté : pour le 49e anniversaire du 26 mars 1962 au cours duquel, à Alger, les troupes françaises firent plusieurs centaines de victimes en tirant dans une foule de Pied-Noirs désarmés, une seule voix, autre que la nôtre, allait-elle soutenir notre mémoire ? Naïveté, vous dis-je… Pour la 48e fois la canaille intello-médiatique française fait silence. Derrière la Ligue des Droits de l'Homme, le Parti Communiste et son appendice la FNACA, avec le soutien des “historiens” militants Blanchard, Noiriel, Stora ou l'autre, qui nous a quittés, Liauzu, etc., près d'un demi-siècle plus tard, toutes les tentatives des « nostalgiques de l'Algérie Française » de rendre hommage à leurs disparus, dénoncées comme une volonté de « réhabilitation de l'OAS », continuent à alimenter des campagnes de haine racistes et hystériques.
Il est vrai que depuis la fin de la Guerre d'Algérie des milliers de films, de débats, de reportages, de recensions de livres ont exposé la vision officielle de ces événements - qui est celle du Parti Communiste et du FLN -. À une ou deux exceptions près (1), combien ont librement laissé s'exprimer le point de vue des Pieds-Noirs ? Les massacres du 26 mars et d'Oran, le 6 juillet 1962, étant justement l'illustration de ce révoltant déni d'expression. Comme l'est d'ailleurs l'occultation minutieuse des écrivains Jean Brune, Marie Elbe et Anne Loesch qui commirent le crime de trop bien représenter l'identité pied-noire et dont 99,99 % des Français ignorent jusqu'à l'existence.
Le 23 février 1963, au procès du colonel Bastien-Thiry, fut soulevé un pan du secret (2) d'État sur ce qui rappelle de façon lancinante de quels crimes la République française est capable. Les quelques personnes qui eurent accès à ces minutes découvrirent l'autre vérité. Celle qui a échappé par bribes dérisoires à la chape de silence qu'est la pensée totalitaire. Quelques acteurs vinrent témoigner dans le cadre bien cadenassé d'un procès d'exception conduit par des magistrats désignés par l'Élysée pour obtenir une peine de mort. Il s'agissait donc d'asséner la vérité officielle selon laquelle le massacre de la rue d'isly avait été provoqué par l'OAS. Maîtres Le Coroller et Tixier-Vignancour parvinrent cependant à mettre en évidence qu'il y avait bien eu provocation mais qu'on devait celle-ci au gouvernement de Michel Debré. Le ministre des Armées et paléo-gaulliste Pierre Messmer fut désigné comme un des responsables directs ainsi que le ministre de l'Intérieur d'alors, Roger Frey, lui aussi dinosaure du gaullisme, natif de Nelle Calédonie dont la famille était originaire d'Algérie. Mais surtout la défense mit en évidence le rôle fondamental joué dans le déclenchement de la tuerie par des “barbouzes” vietnamiens appartenant au Mouvement pour la Coopération dirigé par des gaullistes de sac et de corde, les Ponchardier, Le Tac, Bitterlin, Coulay. Lesquels, agissant en liaison étroite avec Si Azzedine, le chef de la zone autonome d'Alger du FLN, avaient pour spécialité la torture, les enlèvements, le plasticage, l'assassinat de Pieds-Noirs.
Après le livre blanc édité par l'Esprit Public - cf. note n°2 - l'écrivain et historienne Francine Dessaigne - auteur en 1962 du Journal d'Une Mère de famille pied-noire, bouleversante chronique au jour le jour d'une descente aux enfers - publiera en 1996 « Un crime sans assassin ». Un ouvrage de 600 pages et 600 témoignages sur les 12 minutes que dura la fusillade sanglante et dont José Arnau, acteur et témoin, écrira : « Ce livre démontre d'une façon évidente que les Algérois ont subit le 26 mars 1962 comme un véritable acte de guerre. Les témoignages qu'il contient m'ont permis de réaliser une carte des 38 points de tirs, véritables feux de barrages qui ont tous tiré pendant 12 minutes, sur une surface de plus de 15 km² et non pas seulement rue d'isly ». Dans son livre « Massacres organisés », Arnau montre que des officiers, comprenant qu'un massacre était en train d'être organisé et ayant refusé d'obéir aux ordres, furent sur le champ expédiés en forteresse en France.
Jean Monneret est l'un des plus minutieux historiens de l'Algérie Française, ce qui explique qu'il soit exclu de tout débat ou émission de grande écoute. Auteur en 2009 de Une ténébreuse Affaire : le 26 mars 1962, il approfondira les thèmes mis au jour par Francine Dessaigne et fit de nombreuses recherches originales dans le fonds d'archives que celle-ci nous a laissé.
Guy Forzy, ancien délégué interministériel aux rapatriés et ami personnel de Jacques Chirac, complétera le travail commencé par Francine Dessaigne. Lui aussi donnera la liste des unités mises en place par le commandement militaire afin de transformer le carrefour Michelet-Isly-Grande Poste en souricière et multipliera les croquis montrant que la fusillade éclata de toutes parts, empêchant la foule de s'échapper. Son livre publié en 2009, 26 mars 1962, l'Ordre règne sur Alger, est un réquisitoire cinglant contre le gaullisme qu'il accuse clairement d'avoir monté toute cette machination pour se débarrasser définitivement des Pieds-Noirs. Il montre surtout que diverses unités de l'armée et de la gendarmerie “rouge” participèrent à l'opération et pas seulement les deux sections de tirailleurs qui concentrèrent sur elles toute l'attention. Comme les autres auteurs cités ici, ses états de services ne valurent pas à Guy Forzy dix secondes d'éclairage médiatique et il eut droit lui aussi au traitement par le silence.
En revanche, on peut, sans risque de se tromper, prévoir que l'Histoire officielle et ses laquais, qui continuent à occulter ces crimes de guerre dont ils sont les complices, s'apprêtent à commémorer dans un grand tintamarre le 50e anniversaire des “ratonnades” parisiennes d'octobre 1961.
René BLANC. Rivarol 2011
(1)    Dont la série de Gilles Perez « Les Pied-Noirs, histoire d'une blessure », diffusée en trois épisodes sur FR3.
(2)    Dans les semaines qui suivirent le massacre, L'Esprit Public, le mensuel de combat qui rassemblait l'étincelante extrême droite littéraire d'alors, Nimier, Laurent, Blondin, Laudenbach, Perret etc., sous la houlette de Philippe Heduy, publia un « Livre Blanc du 26 mars » qui aurait dû soulever l'indignation des tartuffes. Celle, par exemple, de Amnesty International créée en juillet 1961. Mais le silence des veaux fut sans faille.

mercredi 27 juillet 2011

22 avril 1961 : dernière révolte des centurions avant qu’ils ne deviennent gendarmes

C'était il y a cinquante ans. Un anniversaire que chacun s'empresse, l'ayant essentiellement dénaturé, de repousser dans le trou de l'Histoire. Les gaullistes au premier chef parce qu'il s'inscrit dans le XXe siècle comme l'un des plus honteux de leur Histoire qu'on dira palinodique tant elle est fertile en volte-faces, revirements, apostasies. Disons-le, en trahisons. Ne s'agissait-il pas plutôt d'une rébellion de centurions trahis par un État qui depuis des années les traitait sans égards ni respect, comme il l'eut fait de ses gendarmes ? Or si la vocation du gendarme n'a jamais été de sacrifier sa vie, c'est souvent cela le destin du centurion. Les gnomes d'État ne manquant jamais une occasion de se couvrir de leur gloire.
Pourtant reste à savoir, après un demi-siècle de recul, si les événements de ces quatre jours certes dérisoires mais aux conséquences incalculables sur notre destin, n'ont pas une fois de plus précipité ce peuple et cette armée dans une épouvantable duperie.
« L'Armée a pris le contrôle de l'Algérie et du Sahara... ». Un bref communiqué répété ce samedi 22 avril 1961 sur la radio d'Alger à partir de 7 heures, résume les graves événements de la nuit. Se lève sur la capitale une belle journée, fraîche et légère, comme elles le sont souvent en début de printemps. Une atmosphère de fête frémit sur la ville, parcourue en tous sens par des hommes léopards. Alger a pris l'habitude depuis des années d'accompagner le retour des parachutistes d'espoirs fous. Pendant quelques heures, l'illusion, rapidement dissipée, redonnera corps au fantasme d'un autre 13-Mai venu gommer lâchetés et trahisons.
Une illusion qui ne dura que quelques heures. Des milliers de jeunes pied-noirs regroupés sur tout le territoire, se convainquirent que serait immédiatement appliqué le « plan Salan », dont on connaissait les grandes lignes. Mobilisation des bataillons territoriaux dissous après les Barricades, 13 mois plus tôt, et levée de huit classes sur place afin de remplacer le contingent renvoyé sans perdre de temps en métropole. Les unités « opérationnelles » demeurant pour achever leur travail d'éradication de l'ALN.
C'était oublier que les représentants de la faction civile, installée en Espagne, Lagaillarde, Ortiz, Susini, le général Salan et quelques colonels très “politiques” comme Lacheroy et Gardes, n'étaient pas de la fête si les derniers s'y invitèrent par leurs propres moyens. Le 3 décembre 1960 à Madrid, était née l'Organisation Armée Secrète dont le sigle, OAS, ne deviendra célèbre qu'après la reddition de l'organisateur du Putsch, le général Challe.
Sans doute les généraux Salan et Jouhaud tentèrent-ils de transformer la rébellion militaire en révolution tout court. Ils se heurtèrent à la mauvaise volonté de Challe strictement intéressé par l'achèvement du plan de paix portant son nom : conclure la pacification, détruire le FLN, montrer à De Gaulle que la Guerre d'Algérie pouvait être gagnée dans le djebel. Sauf qu'en Algérie seul le Sahara l'intéressait. Désengagement algérien, retour sur l'Hexagone, tels étaient ses projets. Et surtout la désintégration de cette armée trop politique qu'il s'agissait de remplacer par l'outil professionnel technique qu'elle est devenue aujourd'hui, bras fliqué et docile du Nouvel Ordre Mondial.
UNE ARMÉE DE “QUILLARDS”
Il faudra 24 heures à Challe pour comprendre que la majorité des cadres de l'armée d'Algérie, gardait un œil sur l'échéance de la solde, l'autre sur les tableaux d'avancement. Une vingtaine d'unités d'élite, seulement, pour la plupart appartenant aux 10e et 25e Divisions Parachutistes échappaient à ce désolant schéma.
Deux heures suffirent à Salan pour saisir à quel point le contingent de bidasses hilares, brandissant leurs quilles et leurs slogans communistes, rendait leur tentative suicidaire : toute révolution devrait se faire contre cette troupe et pas avec elle. Parce que l'image lui convint ainsi qu'aux média, De Gaulle s'empressa de l'imputer à son discours du 23 avril. Glorifiant les « 500 000 gaillards et leurs transistors ». Mais, intervention ou pas du général, les comités de soldats contre le fascisme se fussent constitués. Les “putschistes” eux-mêmes étaient divisés en deux camps. Militaires et révolutionnaires. Les premiers, majoritaires, se regroupaient derrière Challe : « Rétablir l'ordre républicain ». Au quatrième jour ils se rendirent, l'honneur était sauf, l'unité de l'armée préservée. Hélie Denoix de Saint Marc, qui commandait par intérim le 1er REP, s'il condamna sa carrière militaire, était de ceux-là. Il n'était pas un soldat politique comme la plupart de ses jeunes officiers et légionnaires. Il expliqua cependant au tribunal qui le jugeait pourquoi il se trouvait devant lui. « On peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir. C'est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer... ». Les seconds, souvent « Français par le sang versé », allèrent beaucoup plus loin que St Marc et furent dans les mois qui suivirent, l'un des bras armés de l'OAS. Dans l'épilogue tragique de la Guerre d'Algérie que fut le « maquis de l'Ouarsenis » où l'armée française pourchassa au coude à coude avec le FLN les derniers combattants de l'OAS que mitraillait l'aviation, un nombre considérable d'entre eux, officiers et soldats, étaient issus du 1er REP.
Derrière Salan, Jouhaud, Vanuxem, Faure (ces deux derniers arrêtés à Paris dès le 22 avril) très impatients de réaliser la symbiose entre population civile et armée révolutionnaire issue des troupes parachutistes et légionnaires, l'organigramme de l'OAS, constitué après le putsch, est un véritable répertoire des techniciens de la guerre subversive qui ont en trois ans détruit le FLN. Lacheroy, Argoud, Godard, Trinquier, Guillaume, Château-Jobert, Dufour, Vaudrey, de Sèze, Roy. Guidés par la haute autorité morale de Jean Gardes et de Joseph Broizat, ce dernier, souvent défini comme un « moine/soldat », docteur en théologie, en sciences et en histoire, jusqu'à ses derniers instants tourmenté par les plus profondes interrogations de l'exégèse humaniste. S'ajoutèrent à eux par dizaines les capitaines et lieutenants les plus brillants. Roger Degueldre, Loustau, Sergent, Souêtre, Bernard, Ponsolle, Labriffe, de la Bigne, Curutchet, Léger, Branca, Montagnon, Godot, Delhomme, Picot d'Assignée, de la Tocnaye, De Condé, Collin, Pouilloux, Kayannakis, le Pivain, Holeindre, de Saint Rémy etc. L'élite des jeunes officiers français d'alors. Pendant près d'une dizaine d'années ne fut-il pas de tradition que les premiers de St-Cyr intègrent les régiments parachutistes et légionnaires ?
Très tôt est apparue une fracture irrévocable entre cette armée citoyenne, utilisée dans une guerre d'horreur taillée au mensonge et à la trahison par le « pouvoir de fait » et celui-ci acharné à la destruction de cette armée-là. Personne plus clairement que Jean Marie Bastien-Thiry tenant tête à ses juges/bourreaux, n'en démontra les sophismes dont il se nourrissait : « Malgré l'extraordinaire mauvaise foi des hommes au pouvoir, malgré leur extraordinaire cynisme, c'est une vérité qu'il y a eu, qu'il y a en France et en Algérie, des milliers de morts et de martyrs, qu'il y a des milliers de disparus et des centaines de milliers d'exilés, qu'il y a des camps de détention et de tortures, qu'il y a eu de nombreux viols et de nombreux massacres, qu'il y a des femmes françaises obligées de se prostituer dans les camps du FLN. C'est une vérité que le pouvoir défait aurait pu épargner ou limiter toutes ces horreurs s'il l'avait voulu; mais c'est une vérité qu'il ne l'a pas voulu ».
DE GAULLE : EN FINIR AVEC LES PIEDS-NOIRS ET LES PARAS
Il ne l'a pas voulu ! Et c'est là toute la fracture. Comme ne l'a pas voulu l'immense horde de lâches, de gauche, de droite, d'extrême gauche et du centre, qui s'agglutina derrière ce pouvoir. Les uns et les autres ayant pour priorité l'annihilation des “colons” et celle des soldats révolutionnaires qui depuis un siècle - La Guerre des Boers - font trembler le pouvoir intello-médiatique régnant exclusivement sur le droit de penser en Occident.
Cette armée désira ardemment se débarrasser de Charles de Gaulle. La France “moderne” dont il rêvait, et dont ceux qui le commanditaient voulaient, exigeait nécessairement l'éradication de toutes les forces profondes enracinées dans ce pays. À commencer par les soldats révolutionnaires d'Algérie.
À partir du 24 avril, sur décision du président de la République actionnant l'Article 16, 150 officiers seront traduits devant des tribunaux spéciaux. Puis 534 autres feront l'objet de sanctions disciplinaires ou “statutaires”. On casse tout ce qui pue « l'Algérie Française » dans la nouvelle armée. Les trois régiments parachutistes, fer de lance du putsch, 1er REP, 18e et 14e RCP, l'élite des troupes de choc, sont dissous, leur encadrement - les meilleurs sous-officiers et officiers parachutistes - est purgé. La voie est libre. L'armée des bidasses et la gendarmerie réorganisées peuvent combattre l'OAS. Puis la population européenne - bombardements d'Oran et de Bab el Oued, massacre de la rue d'Isly. Pour en arriver, à partir du 19 mars 1962, à une collaboration directe entre les forces françaises - “barbouzes”, Mouvement Pour la Communauté, Sécurité Militaire, Gendarmerie Mobile, CRS, Mission C. - et le FLN dans les massacres et les enlèvements de centaines d'Européens. Le bouquet final étant la destruction des maquis de Saint Ferdinand et de l'Ouarsenis.
Cette armée-là, qui depuis 1945, fait la guerre qu'on lui a dit de faire, contre l'ennemi sans conscience qu'on lui a désigné, avec les armes qu'on lui a données, mitrailleuses et hélicoptères, face à des armes autrement redoutables, la terreur, le découpage en lanières, sur les places publiques, des civils réfractaires, l'immense collaboration planétaire des lâches intello-médiatiques qui accaparent « l'espace de cerveau humain disponible » pour y enfoncer leur marxisme, cette armée-là une fois achevée sa tâche a été catapultée devant des cours spéciales dont les procureurs et les juges étaient ceux qui leur avaient enjoint de se salir les mains. À Nuremberg aussi étaient couverts d'hermine les assassins de Dresde et d'Hiroshima, des filles enceintes clouées vivantes à l'Est sur les portes des granges, des milliers de Waffen-SS de 20 ans sommairement abattus, des dizaines de milliers de réfugiés de la Baltique coulés par des sous-mariniers héros de l'Union Soviétique et des bouchers/pilotes décorés de la RAF, ou encore des petites berlinoises violées par des files de GI nègres ou de Kalmouks à étoile rouge.
Pierre Abramovici, grand reporter de la télévision, dans un livre d'une grande pertinence, « Le Putsch des Généraux » (mars 2011), offre une théorie rendue séduisante par le recul. De Gaulle avait besoin de casser et l'obstination des Pieds-Noirs et cette minorité révolutionnaire représentée par les troupes de choc. Certes il lui devait la victoire militaire mais elle s'opposait à son projet de négocier avec le GPRA le troc de l'indépendance contre la libre disposition du Sahara. Le putsch - agencé par ses officines - lui permettra de dissoudre les corps d'élite, d'exploser cette aristocratie intellectuelle et tactique représentée par les officiers de paras et de Légion. Puis, les remplaçant par une armée sans âme, par des gendarmes et des “barbouzes”, il écraserait l'OAS avec l'aide de ses nouveaux amis du FLN. Ce tour de force il l'aura réalisé en quatorze mois. Depuis 50 ans, la France n'a pas fini d'en payer le prix.
René BLANC. RIVAROL 22 AVRIL 2011

lundi 11 octobre 2010

Un policier qui conduisit Bastien-Thiry au peloton raconte : « Il semblait enveloppé d’une aoréole. »

Le 11 mars 1963 tombait au Fort d’Ivry le colonel Bastien-Thiry, héros de l’Algérie française, fusillé sur ordre de De Gaulle.
Monsieur Pierre Sidos a, pour la première fois, autorisé la publication d’un document unique qu’il détient depuis trente ans.
Je ne puis dire la fierté que m’inspire le choix du Libre Journal pour cette publication.
Ce récit des ultimes instants du colonel Bastien-Thiry fut rédigé de la main même d’un témoin privilégié : un dirigeant de la police française qui, pour mieux servir la France dut cacher son admiration pour l’homme qui allait mourir et pour la cause à laquelle cet homme avait sacrifié sa vie. Nous reviendrons d’ailleurs prochainement, avec la permission de monsieur Pierre Sidos, sur cet épisode étonnant de l’histoire contemporaine.
Pour l’heure, ce témoignage extraordinaire permet de mesurer à quels drames de conscience ont été confrontés certains fonctionnaires de l’état gaulliste, en ces temps de trahison.
Il devrait rendre moins péremptoires les donneurs de leçons qui, sans risque, jugent et condamnent, un demi-siècle plus tard, des hommes qui n’ont fait que leur devoir « Pour que France continue. »
***
Samedi 9 mars 1963 - 17 heures.
P…, commissaire divisionnaire à l’état-major de la police municipale, me demande au téléphone de mon bureau du 5ème district, avenue d’Italie, et m’invite a venir d’urgence à son bureau. Je ne puis m’empêcher de m’exclamer : « Je crois, hélas, deviner pourquoi ».
Je pars donc à la préfecture, et là, P… me confirme qu’en effet, si Prévost et Bougrenet de la Tocnaye sont graciés, l’exécution de Bastien-Thiry est ordonnée pour le lundi 11 mars au matin. Le moins qu’on puisse dire est que les choses n’ont pas traîné depuis le jugement qui doit remonter à quinzaine.
Nous voici à mettre sur pied le futur service d’ordre…
B…, commissaire de Choisy, assurera un isolement total des Prisons de Fresnes, avec des effectifs considérables.
L…, commissaire de Charenton, qui sera de ronde de nuit du 10 au 11, consacrera tout son temps à la surveillance de l’itinéraire Prisons-Fort d’Ivry ; effectifs généreusement prévus : on ne lésine vraiment pas…
B…, commissaire d’Ivry, assurera les fonctions judiciaires : accompagnement des autorités, présence sur le lieu de l’exécution et procès-verbal pour en rendre compte.
Détail pénible : on le charge de commander le cercueil et on lui donne les mensurations du malheureux ; ces préparatifs hideux, concernant un homme bien vivant, espérant sans doute encore avec ses proches auxquels il est toujours relié par la pensée (comment oublier sa femme et ses trois petites filles ?) me mettent dans un trouble profond et me font abhorrer la peine de mort.
Je reviens chez moi, sans dire un mot, en proie au désespoir et au dégoût, me demandant comment je vais vivre ces quarante-huit heures d’attente…
Pour comble, je préside le soir même, le bal de la section de Gentilly de l’orphelinat mutualiste de la PP. Comment ai-je pu, avec mes pensées en désarroi, tenir devant les niaiseries de ces gens se contorsionnant, et faire le discours d’usage ?
Le dimanche est une véritable veillée funèbre : je ne sais où aller pour fuir les pensées qui m’assaillent. La journée passe, morne. Sans avoir dormi, je me lève à une heure du matin. Il pleut à torrents. Par les rues désertes je vais à la préfecture prendre contact avec les équipes en civil de la Brigade de direction, mises à ma disposition pour chercher, véhiculer et protéger au besoin les juges, le procureur général, l’aumônier, le médecin.
Ce vieillard allant faire tuer un être jeune, plein de vie…
C’est un médecin de l’Armée de l’air qui doit assister, ô dérision, à cette mort. Les braves gars de la Brigade, des gens courageux toujours prêts à traquer les criminels, la nuit, sont ébranlés eux aussi. Ils ont à tour de rôle escorté le prisonnier tout au long des nombreux trajets Prisons-Fort de l’Est où siégeait le tribunal. Les rares contacts qu’ils ont eus avec Bastien-Thiry (entrevu quand il montait et descendait du fourgon cellulaire) leur ont laissé malgré tout une profonde impression que l’on éprouvait en le côtoyant, même sans lui parler… « Il semblait enveloppé d’une auréole… »
Je repasse au district, encore plus ému par ce bref aveu d’un humble flic. Je prends dans ma voiture mon chauffeur de service et un secrétaire et nous partons pour Fresnes.
Dès notre arrivée, je vois une dizaine de reporters de presse filmée ou de télé qui allument leurs projecteurs.
Cette attente des badauds de profession en prévision d’une curée, recherchant avidement tout ce qui se présente de sensationnel, me semble quelque chose d’indécent. Usant des consignes draconiennes que j’ai reçues, c’est sans ménagements que je les fais refouler dans le bistrot voisin qu’ils ont déjà fait ouvrir et où ces importuns ont établi leur PC.
Les effectifs arrivent, les commissaires mettent en oeuvre le plan qu’ils ont reçu, je reste rencogné dans le fond de ma voiture, après les avoir successivement revus.
Je suis embossé dans l’allée menant au pavillon résidentiel du directeur de la prison, M. Marti. Le condamné est dans le bâtiment voisin : le CNO (Centre national d’orientation), où sont habituellement concentrés les prisonniers en attente d’une autre affectation. Cette masse sombre est silencieuse : les CRS de garde aux abords courbent le dos sous l’averse. Ma radio grésille doucement. Paris est encore en léthargie ; la police prend la place sur l’itinéraire, sans bruit la pluie fait rage… J’écoute le vide… et prie.
Tout à coup, les abords de la prison s’animent : B…, qui attend près de la porte, pénètre dans le CNO en compagnie de M. Marti. L’aumônier suit. Survient Gerthoffer, le procureur général, silhouette falote, moulé dans un pardessus gris aux formes démodées ; il descend de voiture et saute pour éviter les flaques d’eau, faisant le gros dos sous les rafales. Ces vieillards allant faire tuer un être jeune, plein de vie encore, me semblent une énormité inhumaine.
Pendant ce temps, De Gaulle doit reposer dans sa majestueuse sérénité…
La gendarmerie, chargée de livrer le condamné au peloton d’exécution, a fait grandement les choses : une escorte de trente motos, celle d’un chef d’Etat, trois petits cars bourrés d’effectifs armés, pour s’intercaler entre les divers véhicules du cortège, prennent place sur l’avenue dite « de la Liberté ». Le car chargé de transporter le condamné, avec une garde de huit gendarmes, entre dans la prison. Nul n’ignore que la gendarmerie est le pilier de ce régime…
B… m’informe par radio que, toutes les personnalités étant arrivées, on va réveiller le condamné.
Il me relatera ensuite que c’est Gerthoffer qui est entré le premier et que Bastien-Thiry a aussitôt demandé quel était le sort de ses compagnons. Apprenant qu’ils étaient graciés, il sembla alors délivré de tout souci et entra dans une sorte d’état second, abandonnant toute contingence terrestre.
Il revêt son uniforme et sa capote bleu marine de l’Armée de l’air sans prêter un instant d’attention aux paroles bien vaines que ses avocats croient devoir prononcer.
Il entend la Messe à laquelle assiste également M. Marti. Il est, même aux yeux des moins perspicaces, en dialogue avec le Ciel. Au moment de communier, il brise en deux l’hostie que lui tend l’aumônier et lui demande d’en remettre la moitié à son épouse. Puis, après l’Ite Missa est, il dit « Allons »… et se dirige vers le couloir de sortie. A ce moment, les phares des voitures s’allument, les motos pétaradent, et j’annonce par radio la phrase que j’ai si souvent prononcée lorsque j’étais avec De Gaulle : « Départ imminent »…
L’état-major la reprend pour alerte générale.
Mais rien ne vient, et cette attente imprévue semble atroce. Pendant vingt affreuses minutes les avocats vont tenter une démarche désespérée : ils demandent au procureur général d’ordonner de surseoir à l’exécution en raison du fait nouveau qu’est l’arrestation récente d’Argoud.
Bastien-Thiry, absent de tout, revient dans sa chambre, stoïque, silencieux, méprisant devant ces passes juridiques où chacun s’enlise. Il ne dira pas un mot, ni d’intérêt, ni d’impatience…
B…, qui n’est pourtant pas un croyant, me dit : « Il est déjà parti en haut ».
Enfin, les palabres des hommes de loi prennent fin : le procureur refuse tout sursis.
Les phares s’allument de nouveau, les motos repartent à vrombir. Cette fois, c’est bien le départ. Je vois la voiture du condamné balayer de ses phares le seuil de la prison, puis se diriger vers le portail ; tout le cortège s’ébranle. C’est bien celui d’un chef d’Etat, dans son triomphe.
Sur la radio de bord, à 6h42, j’entends : « Exécution terminée »…
Ce condamné qui, au procès, a traité De Gaulle d’égal à égal et l’a assigné au Tribunal de Dieu et de l’histoire, comme renégat à la parole donnée, aux serments les plus solennels et sacrés, ce condamné est bien un chef d’Etat.
C’est bien le même cortège que j’ai si souvent commandé : voiture pilote avec phare tournant, motos devant, motos formant la haie d’honneur, motos derrière, et quinze voitures officielles suivant…
La pluie redouble ; je reste loin derrière, suivant la progression par radio codée… comme pour l’Autre…
Je décide d’aller directement au cimetière de Thiais, triste aboutissement… Je n’aurais pas pu assister à ce Crime, pas même rôder autour du Fort d’Ivry et entendre cette horrible salve.
Au moment où j’entre parmi les tombes, j’entends cette petite phrase de B…, et elle me restera longtemps dans l’oreille : « Allô… Z1… » ; le processus s’accélère… « Je vois le condamné contre son poteau ». Et, à 6h42, cette information : « Exécution terminée ». Je sais gré à B… d’avoir évité la formule consacrée « Justice est faite », elle serait si malvenue ici. Justice… où es-tu ? J’attends encore : rien. Donc, il n’y a pas eu défaillance du peloton comme pour le malheureux Degueldre.
Je vais avec D…, dont je connais les sentiments proches des miens ; nous nous rendons au carré des condamnés. C’est une triste parcelle recouverte de hautes herbes jaunies par le gel, entourée d’arbustes dénudés, frêles et désolés. Un trou a été creusé dans la glaise qui colle aux chaussures.
Enfin arrive un fourgon, escorté par le colonel de gendarmerie de Seine-et-Oise. On descend le cercueil en volige de bois blanc. L’aumônier arrive ; il est suivi du médecin, un grand maigre, tout gêné. Je viens saluer et me recueillir avec D… Les gendarmes se retirent ; les fossoyeurs, à l’abri dans le bâtiment de la Conservation tardent à venir. Nous restons là, tous les quatre, à prier devant cet humble cercueil, placé de travers sur le tas de glaise, courbant le dos sous les rafales de ce sale hiver qui n’en finit pas…
Dehors, les premiers banlieusards se hâtent vers le travail, indifférents à tous ces policiers massés devant le cimetière. Chacun va à ses occupations, c’est le monstrueux égoïsme des grandes cités.
Ainsi est mort pour son idéal, le Rosaire au poignet, Jean-Marie Bastien-Thiry, trente-quatre ans, ingénieur de 2ème classe de l’aviation militaire, père de trois petites filles, devenues subitement orphelines, demeurant de son vivant 17, rue Lakanal, à Bourg-la-Reine.
Paris, le 11 mars 1963, 11 heures du matin.
Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 120 du 19 mars 1997

jeudi 17 juillet 2008

Quelques vérités sur de Gaulle

Après les documents, précisions, témoignages, fournis tant par Jacques lsorni que par Jean Bourdier (entre autres), il semble difficile de contester que le meurtre de l'amiral Darlan n'ait pas été improvisé, de leur seul chef, par quelques monarchistes d'Alger. «Londres» était derrière. Et quand je dis «Londres», on comprend bien ce que parler veut dire: il ne s'agit évidemment pas de Churchill !
En fait, de Gaulle, en 1942, ne détenait que l'ombre d'un éventuel futur pouvoir, et il le savait fort bien. Au moment de l'invasion de la zone sud, sa terreur fut que Pétain écoutât l'amiral Auphan, et gagnat l'Afrique du Nord. (Du reste, de Gaulle ne devait jamais pardonner à Auphan d'avoir donné ce conseil...) Il est inutile, en effet, de s'attarder sur le fait que Pétain, auréolé alors des prestiges d'une évidente résistance, aurait rassemblé plus que jamais la France derrière lui, aurait renoué les meilleurs contacts avec les Alliés, en particulier les Etats-Unis, et que de Gaulle aurait tout bonnement disparu dans une trappe.
Ce qui n'était certainement pas le destin auquel il rêvait. Ce n'était pas pour cela que, depuis deux ans et demi, il s'échinait derrière un micro.
Il connut bientôt un immense soulagement : Pétain, pour le malheur général, refusa de partir.
Cependant, il restait une épine sérieuse en la personne de l'amiral Darlan, qui avait pris les choses en mains à Alger, et avec qui, déjà, les anglo-saxons traitaient.
Darlan était un danger moindre que Pétain sans doute, mais c'était tout de même un grand danger. Suffisant pour rendre précaire l'avenir, au moins politique, du général de Gaulle.
Dans ces conditions, l'adage romain saute aux lèvres: Is fecit cui prodest. A qui profitait, et à qui seulement, la mort de Darlan ? Vous m'avez compris.
Je ne dis pas qu'un ordre exprès fut donné par le chef de la France Libre. De Gaulle avait certainement lu Shakespeare. Il connaissait la réplique fameuse: « De ma part, c'eût été vilenie, de la tienne, loyal service. »
En pareil cas, il suffit, à bon escient, et devant qui il faut, de laisser tomber négligemment quelques mots équivoques, et dont on puisse au besoin révoquer, sinon la paternité, du moins la signification. Les bons serviteurs font le reste.
*
Après cela - on rencontre le surprenant attentat contre le général Giraud. Œuvre, fut-il dit, d'une sentinelle sénégalaise devenue folle, et que l'on se hâta de fusiller. Exactement comme on l'avait fait pour Bonnier de la Chapelle lorsqu'il eut abattu Darlan. Lorsqu'on se met aveuglément au service d'hommes des ténèbres, il faut s'attendre à sombrer bientôt dans la nuit.
Certes, Giraud, au moment où se produisit cet attentat à demi raté, avait d'ores et déjà été écarté du pouvoir par de Gaulle. Cependant, la situation était encore réversible, ou du moins, pouvait être considérée comme telle par un certain nombre de gens, des militaires en particulier. La haute silhouette de Giraud continuait donc, plus ou moins, à jeter de l'ombre à la haute silhouette de de Gaulle. Lequel était trop ombrageux pour aimer être ombragé.
Assurément, en cette affaire, les preuves certaines manquent, je crois, absolument. Cependant existe-t-il à la fois des présomptions. et des convictions. Giraud, pour sa part, ne sembla jamais douter que la main du Sénégalais eut été, lointainement et secrètement, armée par de Gaulle.
Il avait sans doute raison. Seulement, les chefs de maffia, les «parrains» ne se laissent jamais prendre la main dans le sac.
*
Nous n'en avons cependant pas fini avec les morts bizarres, avec les morts troublantes. J'ai dit déjà, à propos de Pierre Brossolette, que la Gestapo ne s'empara pas de lui par pur hasard.
Je l'ai dit, d'abord, parce que je le sais, parce que je sais qui, de Londres, s'arrangea pour que les Alemands aient leur proie. Je sais aussi que l'abominable délateur était agité par une jalousie et une rancune personnelles. Mais je suis amené aujourd'hui à penser qu'il ne fût, grâce à sa haine, qu'un instrument pour autrui.
Nous allons y revenir, mais examinons d'abord les autres éléments que nous pouvons posséder sur ce sujet.
Il y a d'abord, depuis peu, le livre de souvenirs que le général Jouhaud a publié, sous le titre: «La vie est un combat.» Nous y apprenons que Jouhaud se trouvait avec Brossolette (et quelques autres), lorsque l'un et l'autre essayèrent de gagner (ou de regagner) l'Angleterre, sur un rafiot invraisemblable. Jouhaud s'étonna sur-le-champ, s'étonne encore aujourd'hui d'anomalies manifestes dans cette opération. Il ne pouvait pas savoir, mais il faut qu'il sache, que quelque chose était, par trahison, truqué, afin qu'il y eût échec, et que Brossolette fut pris.
Voici à présent ce que m'écrit d'lrlande un correspondant qui est certainement placé pour ne pas parler au hasard :
Brossolette a été donné par Londres. Moulin a été trahi par un gaulliste, Hardy. Il n'y a aucun doute. C'est pourquoi on ne fera pas venir en France le chef de la Gestapo de Lyon. Il aurait trop de choses à dire. Et s'il était extradé, on s'arrangerait pour le faire mourir en prison avant qu'il parle.
J'ai laissé, pour ne pas hacher la citation, l'amalgame Brossolette-Moulin_ C'est d'ailleurs, on va le voir, un amalgame auquel je crois - mais nous y reviendrons tout à l'heure. Pour l'instant, restons-en à Brossolette.
Car ne s'exprimait pas sans doute non plus à tort et à travers, ce conseiller municipal de Paris, qui était à Londres pendant la guerre, et qui, entre quatre-z-yeux, affirmait littéralement ceci: « Brossolette, Yeo Thomas, Jean Moulin, ont été donnés de Londres en même temps
En tout cas, pour ce qui concerne Pierre Brossolette, le donneur peut être content. Puisqu'il vit toujours, je lui apprendrai ce détail, qu'il ne connaît sans doute pas, et qui ne pourra que lui prouver la parfaite réussite de son œuvre : lorsque Brossolette, détenu dans les locaux de la Gestapo, eut réussi, profitant d'une inadvertance de ses gardiens, à se précipiter par la fenêtre du cinquième étage, il ne mourut pas en s'écrasant au sol. On ramassa son corps brisé, et on le transporta à l'hôpital Lariboisière, où il fut simplement mis à part, et laissé à son sort, les Allemands ayant compris que, dans l'état où il était, ils ne pourraient plus rien tirer de lui.
Cependant, dans sa chute, le ventre de Brossolette avait éclaté comme une grenade trop mûre, et il mit quarante-huit heures à agoniser, les tripes au jour, comme un malheureux animal abandonné.
L'horreur que cette fin nous procure ne doit pas nous faire oublier d'y réfléchir. Nous devons nous rappeler deux choses dont j'ai déjà parlé : cette lettre de Brossolette à de Gaulle, dans laquelle le journaliste socialiste élevait des critiques, fort pertinentes, certes, et d'ailleurs fort respectueuses, mais qui n'en avaient pas moins du piquer au vif le fou d'orgueil à qui elles étaient adressées; - et, d'autre part, lorsque Brossolette partit pour sa dernière mission, cette prédiction quasi amusée que lui fit de Gaulle, et selon laquelle il n'en reviendrait pas.
Ainsi, Brossolette avait commis le crime de lèse-majesté (et souvenons-nous que Bastien-Thiry fut fusillé pour une histoire de bretelles). D'autre part, esprit libre et tempérament fort, il était loin d'être exclu qu'il pût devenir, dès la libération acquise, un opposant dangereux.
Pareillement deux fois coupable, moi je ne serais pas étonné, en effet, qu'il ait été condamné à mort.
Surtout si l'on se souvient du peu de prix - que mille exemples attestent -, du peu de prix que de Gaulle attachait à la vie des autres. Spécialement quand ces autres le gênaient en quoi que ce soit.
Un autre exemple de refus, dont fut cette fois victime un de mes correspondants qui habite dans les Alpes. Il est vrai que cet ancien combattant était affecté d'un vice rhédibitoire, ayant été le témoin direct, comme il me l'écrit, de certain événement:
« Je fus, le 2 août 1916, le témoin, étant du même secteur, de la désertion de de Gaulle qui, un torchon au bout d'une baïonnette, se rendit seul à un officier bavarois qui, d'ailleurs, le relata récemment. Il est à noter que ce 2 août où il était arrivé sur les pentes de Douaimont à 5 heures du matin, il se rendit à midi, sans que l'on ait connu ce jour-là une sérieuse offensive allemande, dont tout l'effort s'était porté sur la rive gauche, au bois de Malancourt. »
Au moment de remettre ce livre à l'imprimeur, un haut magistrat, qui fut l'ami du général Frère, me fait parvenir ce souvenir, qui mérite assurément de figurer dans notre florilège :
« Le général Frère m'a dit que M. de Gaulle ayant publié son ouvrage « Vers l'armée de métier », qui reproduisait l'enseignement de l'Ecole des chars de Versailles, quand lui, le général Frère, la commandait - a, avant la guerre, fait traduire son ouvrage en allemand, et vendre en Allemagne par une maison d'édition allemande.
Et j'entends encore les paroles du général Frère, que j'ai gardées intactes dans ma mémoire : Que penser d'un officier français qui fait traduire en allemand, et publier en Allemagne, un ouvrage révélant l'enseignement d'une école militaire française ?
Le général Frère est mort, le général Duffieux, ancien directeur de l'Infanterie, est mort, mais ma mémoire est fidèle... »

André Figueras FAUX RÉSISTANTS ET VRAIS COQUINS 1974

dimanche 13 juillet 2008

DE GAULLE et les déserteurs du Viet Minh

• De Gaulle et ses affidés ont joué un rôle capital dans le rapatriement et l'amnistie des déserteurs français en direction du Viet Minh et des différents collaborateurs de Hô Chi Minh.
Dès 1962, des discussions se sont ouvertes entre fonctionnaires nord-vietnamiens et la délégation générale française.
L'amnistie arrive. Un accord est signé entre les Vietnamiens du Nord et le gouvernement Pompidou.
Le 23 novembre 1962. quarante Français avec leurs femmes, leurs enfants, se retrouvent sur l'aéroport de Hanoï. Un avion de la Croix-Rouge va les rapatrier (cette Croix-Rouge mal vue des Saoudiens). Boudarel, comme nous l'avons raconté dans notre précédent numéro, ne fait pas partie de cette tournée. Il aura droit à des égards spéciaux.
Un de ces rapatriés sera - avec d'autres - jugé par un tribunal militaire français. Il s'appelle Robert Vignon. Il est soutenu par le Secours Populaire français, une filiale du parti communiste. et défendu par Me Noël. qui est plutôt de droite,Vignon est condamné à cinq ans de réclusion.
Il est scandalisé par ce verdict. Allons ! Allons ! On se calme, on se calme... Le Secours Populaire mène campagne pour lui. L'Huma vole à son secours. Pierre Messmer, ministre e la Défense nationale émet un avis favorable le 16 juin 1964 désavouant implicitement le verdict d'un tribunal d'officiers. Le ministre des Armées va beaucoup plus loin que le gouvernement de la IVe République à l'égard d'Henri Martin (saboteur communiste) et suspend la peine de Vignon, cinq mois seulement après le verdict.
Communistes, gaullistes, même combat ? Au fait, c'est bien le général De Gaulle qui a amnistié, en 1944, Maurice Thorez ? Non ?
En tout cas, pour Vignon, l'horizon s'éclaircit. Il devient un syndicaliste actif dans les aciéries. « Un militant ouvrier important de sa fédération communiste. II a renoué la boucle: F. T. P., Can-bô , syndicaliste. C'est la continuation d'une même idée : la lutte ». (1)
Quelques années plus tôt. Bastien-Thiry, Dovecar, Piegts et Roger Degueldre ont été fusillés. Des centaines de combatants de l'OAS ont été condamnés à de lourdes peines.
Si cette comparaison entre le sort réservé par le régime gaulliste aux combattants de l'Algérie française et celui des traîtres communistes ne vous donne pas envie de « gerber », c'est que vous avez certainement un bon vaccin. Dites-nous lequel.
(1) Jacques Doyon. Les soldats blancs de Hô Chi Minh. P 475. Fayard, éd.
National Hebdo 1991