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mercredi 19 décembre 2012

19 décembre 1946 Première guerre d'Indochine

Le 19 décembre 1946, le parti communiste vietnamien de Hô Chi Minh lance une insurrection générale contre le colonisateur français à Hanoï et dans tout le Tonkin. C'est le début de la première guerre d'Indochine... et de trois décennies de conflits quasi-ininterrompus qui vont mettre le Viet-Nam et les autres pays de la région à feu et à sang.
Le drame puise sa source dans la défaite de la France face à l'Allemagne, l'occupation de ses colonies d'Indochine par le Japon et la volonté du général de Gaulle, à la Libération, de réoccuper l'Indochine pour l'honneur du drapeau, cela au moment même où les autres puissances coloniales abandonnaient leurs colonies d'Asie (Indes et Birmanie pour l'Angleterre, Indonésie pour les Pays-Bas).
Joseph Savès.
La reconquête française
Le 24 mars 1945, alors qu'il s'apprête à prendre le pouvoir en France, le général de Gaulle déclare son intention de restaurer l'autorité de la France en Indochine.
Cette déclaration intervient quinze jours après l'humiliant «coup de force du 9 mars» par lequel les Japonais se sont emparés des leviers de commande en Indochine et ont capturé, voire massacré, les Français présents sur place.
Le chef de la France libre veut prendre de court ses alliés anglo-saxons qui lorgnent sur l'Indochine comme le montrera leur décision, à Potsdam, d'en confier l'administration aux Chinois et aux Britanniques, à l'exclusion des Français.
De Gaulle projette d'établir une fédération de colonies et de protectorats qui comprendrait les trois provinces du Viêt-nam (les trois Ky : Tonkin, Annam et Cochinchine) ainsi que le Cambodge et le Laos. Le 14 août 1945, il nomme l'amiral Thierry d'Argenlieu gouverneur général de l'Indochine ; farouche partisan de la colonisation, l'homme a aussi la réputation d'être rigide et cassant.
Les événements se précipitent. En septembre 1945, sitôt après la capitulation du Japon, Hô Chi Minh, chef du parti communiste vietnamien, le Vietminh, proclame unilatéralement la République démocratique du Viêt-nam.
Dans le même temps, un corps expéditionnaire débarque à Saigon sous le commandement du général Leclerc. Celui-ci serait partisan de négocier avec le Vietminh mais pour son supérieur hiérarchique d'Argenlieu, il n'en est pas question.
Fonctionnaires et militaires français se réinstallent sans trop de mal en Cochinchine, où le Vietminh est quasiment absent. Là-dessus, Leclerc engage non sans succès la reconquête du nord.
Échec des négociations et insurrection
Mais de Gaulle quitte le pouvoir en janvier 1946... Le nouveau gouvernement comprend l'inanité d'un maintien de la France en Indochine. Il prépare un accord avec les Vietnamiens en vue de reconnaître leur indépendance, suivant l'exemple des Britanniques qui s'apprêtent à quitter leur colonie des Indes.
Paris bénéficie d'une circonstance favorable : Hô Chi Minh, à Hanoï, craint une mainmise de ses voisins chinois et se montre disposé à composer avec les Français. C'est ainsi que le négociateur Jean Sainteny et Hô Chi Minh signent les accords du 6 mars 1946. Ils reconnaissent un État libre du Viêt-nam au sein de l'Union française.
Une conférence se réunit à Fontainebleau, en présence d'Hô Chi Minh lui-même, en vue de préciser les contours de l'indépendance de l'Indochine. Un référendum est prévu pour l'union des trois Ky. Mais la conférence se prolonge indéfiniment, les protagonistes jouant la montre.
Elle va tourner court en raison d'un premier incident qui survient le 19 novembre 1946. Ce jour-là, une fusillade se produit dans le port de Haïphong entre une jonque chinoise et la douane française. À bord de la jonque, des nationalistes vietnamiens transportent de l'essence de contrebande. La fusillade dégénère et fait 24 morts. Parmi eux le commandant Carmoin qui s'avançait avec un drapeau blanc vers les Vietnamiens de la jonque.
L'incident de la jonque chinoise est aussitôt exploité par les partisans d'une reconquête de l'ancienne colonie, au premier rang desquels figure l'amiral Thierry d'Argenlieu.
Avec le soutien du ministre des Affaires étrangères Georges Bidault, l'amiral veut au moins conserver Saïgon et la Cochinchine à la France et il s'oppose ouvertement à Leclerc et Sainteny. En contradiction avec les accords du 6 mars, il décide de rompre l'unité des trois Ky du Viêt-nam en créant une Cochinchine indépendante affidée à la France.
Une guerre pour rien
Pour imposer leur solution au Vietminh et rétablir leur autorité sur une partie au moins de l'Indochine, les militaires décident de recourir à la bonne vieille «diplomatie de la canonnière» héritée du siècle précédent.
Le 23 novembre 1946, à l'instigation de l'amiral d'Argenlieu, trois avisos du colonel Debès bombardent le port de Haïphong. Brutale, l'attaque aurait fait 6.000 morts ! L'événement passe inaperçu de la métropole et notamment du chef du gouvernement, le socialiste Léon Blum, qui n'en perçoit pas la gravité. Mais sur place, il n'en va pas de même. L'agression lève les derniers hésitations de Hô Chi Minh.
Le 19 décembre suivant, son parti, le Vietminh, lance une offensive générale contre les Français. La centrale électrique de Hanoï est détruite, les rues barrées, les magasins et les maisons d'Européens attaqués... On compte pas moins de 400 victimes, morts et disparus, parmi les colons.
Le lendemain, après le massacre, l'«oncle Hô», surnom affectueux que donnent les communistes à leur chef, publie une déclaration sans ambiguïté : «Luttez par tous les moyens dont vous disposez. Luttez avec vos armes, vos pioches, vos pelles, vos bâtons. Sauvez l'indépendance et l'intégrité territoriale de la patrie. Vive le Vietnam indépendant et indivisible. Vive la démocratie » (*). Aussitôt, Hô Chi Minh entre dans la clandestinité et son général Giap forge une armée de 60.000 hommes pour chasser les Français.
L'opinion française se montre indifférente à cette guerre coloniale qui débute, quand elle ne s'y oppose pas par des manifestations violentes contre les convois de soldats, voire de blessés rapatriés d'Indochine.
Il est vrai que les combattants du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) ne sont pas des conscrits mais des militaires de métier, des volontaires des colonies d'Afrique et d'Asie et des soldats de la Légion étrangère, y compris de jeunes Allemands, orphelins de la Wehrmacht, à l'égard desquels l'opinion publique se sent peu d'affinités.
Rien de tel du côté vietnamien. Les communistes bénéficient du soutien de la population et s'assurent la maîtrise de la plus grande partie du Tonkin.
Insuccès français
Les Français tentent de restaurer un semblant de protectorat ou d'«État associé à l'Union française» en installant à sa tête l'ancien empereur de l'Annam, Bao-Daï. Leurs calculs sont mis à mal par la victoire des communistes à Pékin, le 1er octobre 1949. Le nouveau maître de la Chine, Mao Tsé-toung, ne va plus dès lors ménager son soutien logistique à Hô Chi Minh.
En contrepartie, les diplomates américains, favorables au commencement à Hô Chi Minh, le lâchent lorsqu'eux-mêmes sont amenés à repousser une attaque communiste en Corée, en juin 1950. Ils décident dès lors de soutenir massivement l'effort de guerre de la France.
Devant la difficulté de tenir les confins sino-indochinois, l'armée française décide de les évacuer. L'opération se solde à Cao-Bang, en octobre 1950, par de lourdes pertes (7.000 victimes sur un effectif de 8.000 hommes).
En décembre 1950, le prestigieux général Jean de Lattre de Tassigny reprend les choses en main et redresse la situation. Mais, malade et accablé par la mort au combat de son fils unique, lieutenant en service au Tonkin, le «roi Jean» s'éteint à Paris le 11 janvier 1952.
Son successeur intérimaire, le général Raoul Salan, futur putschiste d'Alger, poursuit avec un certain succès et malgré des moyens mesurés le travail de «pacification». Il installe dans les montagnes, au coeur des zones ennemies, des camps retranchés ou «hérissons» sur lesquels viennent se briser les offensives du général Giap. Il remporte ainsi un franc succès à Na Sam en décembre 1952 puis dans la plaine des Jarres.
Mais, le 8 mai 1953, les aléas de la politique parisienne portent le général Henri Navarre à la tête du corps expéditionnaire , en remplacement de Salan. Le nouveau commandant en chef dispose de 250.000 hommes (près de 450.000 avec les troupes indochinoises).
À Paris, les responsables politiques estiment que la guerre, officiellement qualifiée d'«opérations de pacification», n'a que trop traîné et qu'il est temps pour la France d'y mettre un terme, en se retirant du Viêt-nam, si possible avec les honneurs.

mardi 27 juillet 2010

17 avril 1975 Les Khmers rouges vident Phnom Penh de ses habitants

Le 17 avril 1975, Phnom Penh, capitale du Cambodge, est envahie par de longues cohortes d'adolescents maigres et hagards, tout de noir vêtus et lourdement armés.
Il s'agit de l'armée des communistes cambodgiens. Surnommés quelques années plus tôt «Khmers rouges» par le roi Norodom Sihanouk, ils ont vaincu les partisans pro-américains du général et Premier ministre Lon Nol au terme d'une guerre civile de cinq ans.
Le soir même, l'«Angkar» (l'Organisation) - le Parti communiste du Kampuchea (nouveau nom du pays) - décide de vider la ville de tous ses habitants.
C'est le début d'une orgie de massacres qui va se solder par la mort violente de 1.500.000 à 2.200.000 personnes en 44 mois, jusqu'à la chute du régime, le 7 janvier 1979. En d'autres termes, 20% à 30% des 7.500.000 Cambodgiens auront été victimes de la folie meurtrière des Khmers rouges.
Il faudra attendre 1997 pour que l'ONU y voit officiellement des «actes de génocide». Le secrétaire général du parti communiste, Pol Pot, mourra l'année suivante, avant d'avoir été jugé. Douch, directeur de la sinistre prison de Tuol Sleng, a été jugé en 2010 et condamné à 30 ans de prison. Khieu Samphan, ancien chef de l'État, attend d'être jugé en 2011…
Un pays fait pour le bonheur…
Héritier d'une très riche histoire dont témoignent les ruines d'Angkor, le Cambodge a échappé à l'annexion par l'un ou l'autre de ses redoutables voisins, le Siam et le Viêt-nam, grâce au protectorat français. Le 9 novembre 1953, il obtient tranquillement son indépendance avec pour roi constitutionnel le très souriant Norodom Sihanouk.
Mais le pays est très vite gangréné par la guerre qui s'installe dans le Viêt-nam voisin et met aux prises les Nord-Vietnamiens communistes et leurs alliés vietcongs d'un côté, les Sud-Vietnamiens pro-américains de l'autre.
Une poignée d'intellectuels cambodgiens issus de la bourgeoisie découvre le marxisme lors de ses études en France, dans les années 1950.
Parmi eux, un certain Saloth Sar, né en 1928. Fils d'un riche propriétaire foncier, il est élevé près du palais par une cousine de son père membre du ballet royal avant de recevoir une bourse d'études pour la France.
De retour dans son pays natal, il enseigne le français et communique à ses élèves sa passion pour Verlaine avant de rejoindre les maquis communistes. Se faisant désormais appelé Pol Pot, il deviendra secrétaire général du Parti («Frère Numéro 1») et Premier ministre du futur Kampuchea. À ce titre, il présidera à la mise en oeuvre du génocide !
Dans les années 60, le gouvernement cambodgien fait la chasse aux communistes, en lesquels il voit non sans raison des fauteurs de troubles et des complices de l'ennemi héréditaire vietnamien. Les communistes se réfugient dans la jungle du nord-est où ils installent des maquis inexpugnables en s'appuyant sur la misérable paysannerie du cru. Ils restent toutefois très peu nombreux, à peine 4.000 au total.
À la faveur d'un voyage en Chine populaire, en 1965, à la veille de la Révolution culturelle, Pol Pot, secrétaire général du Parti communiste ou Parti du peuple khmer (Prachéachon), se renforce dans sa haine de l'Occident et de la culture moderne et urbaine. Comme Mao Zedong, il voit dans la paysannerie pauvre le fer de lance de la révolution socialiste.
… et rattrapé par le malheur
Le sort du Cambodge bascule en 1969. Jusque-là, affichant sa neutralité, le prince Sihanouk avait tenté de maintenir son pays en-dehors du conflit voisin. Mais il ne pouvait empêcher les Nord-Vietnamiens et les vietcongs de transférer armes et munitions vers les maquis communistes du Sud-Vietnam en empruntant le port cambodgien de Sihanoukville et les pistes frontalières du nord-est.
Le 14 août 1969, sous la pression américaine, le prince appelle au poste de Premier ministre le général Lon Nol, favorable à la guerre contre les communistes… et sensible à la promesse d'une aide massive de Washington. Pressé d'en découdre, Lon Nol profite d'un déplacement de Sihanouk en Chine pour le déposer le 18 mars 1970. Il instaure la République et s'en proclame président.
Faute de mieux, Norodom Sihanouk prend à Pékin la tête d'un gouvernement de coalition en exil, avec les Khmers rouges. Dans le même temps, les Américains entament le bombardement des zones frontalières du Cambodge avec l'aval de Lon Nol.
De 1970 à 1973, sous la présidence de Richard Nixon, l'US Air Force va déverser sur le Cambodge plus de bombes que sur aucun autre pays au monde. Au total plusieurs centaines de milliers de tonnes. Les bombardements redoublent même d'intensité en février-avril 1973, alors que les Vietnamiens se sont retirés du jeu après les accords de Paris.
Ces bombardements indiscriminés, comme plus tôt au Viêt-nam, comme aujourd'hui en Afghanistan, font d'innombrables victimes parmi les populations civiles. Celles-ci, remplies de haine pour l'agresseur, se détournent du camp gouvernemental et rallient les communistes.
Très vite, les troupes gouvernementales, en dépit de leur armement sophistiqué, cèdent du terrain face aux Khmers rouges. Lon Nol n'attend pas le gong final pour s'enfuir et abandonner ses partisans. C'est ainsi que Phnom Penh tombe le 17 avril 1975, deux semaines avant Saigon.
L'horreur
Les dirigeants des Khmers rouges, au nombre de quelques dizaines seulement, n'ont connu pendant dix à quinze ans que les camps de la jungle. Ils ressentent aussi beaucoup de méfiance à l'égard des communistes vietnamiens qu'ils suspectent de vouloir annexer les provinces orientales du Cambodge, peuplées de colons vietnamiens.
Ils ont pu constater aussi combien le pouvoir était fragile en 1965, lors du massacre par le général Suharto de plusieurs centaines de milliers de communistes indonésiens. Ils ressentent cette fragilité avec d'autant plus d'acuité qu'ils sont très peu nombreux et craignent d'être submergés par les cadres de l'ancien régime qui viendraient à se rallier à eux.
C'est ainsi qu'ils prennent la décision folle de faire table rase. Opposant l'«ancien peuple» (les paysans khmers pauvres) au «nouveau peuple» (les habitants des villes et les cadres pro-occidentaux), ils décident de rééduquer ces derniers et si besoin de les exterminer.
Dans les heures qui suivent leur entrée à Phnom Penh, la capitale est vidée de ses habitants et des innombrables réfugiés qui avaient fui les bombardements des années précédentes. Au total 2 millions de personnes de tous âges. Il en va de même des autres villes du pays.
Les déportés sont dirigés vers des camps de travail et de rééducation et astreints à des tâches dures et humiliantes. La nourriture est souvent réduite à deux louches d'eau de cuisson de riz par personne et par jour. La mortalité dans les camps atteint très vite des sommets.
Les rebelles et les suspects sont jetés en prison et contraints à des aveux qui leur valent une exécution rapide, généralement d'un coup de pioche sur le crâne, car il n'est pas question de gaspiller des balles.
Dans son très remarquable ouvrage, Le siècle des génocides, l'historien Bernard Bruneteau souligne que les meurtres ciblent des catégories précises. Ainsi, 4 magistrats sur un total de 550 survivront au génocide. Sont anéantis les deux tiers des fonctionnaires et policiers, les quatre cinquièmes des officiers, la moitié des diplômés du supérieur etc. Globalement, les populations citadines sont exterminées à 40% et les populations des régions les plus rurales à 10 ou 15% «seulement»
Le doute
La plupart des Occidentaux observent le drame avec incompréhension et beaucoup d'intellectuels manifestent une jubilation dont ils se repentiront plus tard.
Il est vrai qu'au même moment, la victoire des communistes au Sud-Vietnam entraîne un autre drame, moins meurtrier mais plus spectaculaire, celui des «boat-people», réfugiés sino-vietnamiens prêts à affronter les tempêtes et les pirates sur des bateaux de fortune pour échapper au nouveau régime…
En 1978, les Vietnamiens invoquent des raisons humanitaires pour envahir le Cambodge. Le 7 janvier 1979, ils entrent à Phnom Penh cependant que Pol Pot et les Khmers rouges reprennent le chemin de la clandestinité et des maquis. Le nouveau gouvernement cambodgien, vassal du Viêt-nam, compte dans ses rangs de nombreux Khmers rouges qui ont su retourner leur veste à temps.
Pour cette raison, les Vietnamiens n'ont pas envie d'en rajouter dans la dénonciation des horreurs commises par les Khmers rouges. Les Chinois, méfiants à l'égard du Viêt-nam réunifié, trop puissant à leur goût, veulent ménager les Khmers rouges qui continuent de se battre dans la jungle. Même chose pour les Occidentaux.
Il faut attendre le retrait unilatéral des forces vietnamiennes en 1989 pour que s'amorce une prise de conscience du génocide. Le 12 décembre 1997, l'Assemblée générale des Nations Unies fait enfin explicitement référence à des «actes de génocide» dans une résolution sur le Cambodge. La décision est importante : pour l'historien Bernard Bruneteau, elle signifie clairement que le concept de génocide n'est pas limité à une approche raciale ou religieuse. Il peut inclure comme au Cambodge ou pourquoi pas ? L'URSS une approche sociale.
André Larané http://www.herodote.net

dimanche 10 février 2008

9 mars 1945 : De Gaulle déclenche le drame indochinois

LE 9 mars 1945, en Indochine, dans la nuit, l'armée japonaise frappait. En s'attaquant aux forces françaises, les Nippons ouvraient sans doute, le premier acte d'une des plus sanglantes tragédies du vingtième siècle. Mais cette guerre, qui allait déclencher une cascade de conflits atroces par leur cruauté et leurs séquelles, on ignore trop que C'EST LE GÉNÉRAL DE GAULLE QUI L'AVAIT VOULUE.
Simplement parce que, fidèle à son personnage, il jugeait " indigne et dérisoire " la « complaisante passivité », c'est-à-dire la neutralité de l'Indochine. Il la voulait parce qu'il ne pouvait accepter de la seule condescendance des Alliés le droit de parler en vainqueur aux Nippons.
Les textes sont là, indiscutables. Pour le général. « malgré le manque d'effectifs et de moyens matériels, la participation de nos farces aux opérations militaires en Extrême-Orient était une nécessité »(...),« Seule notre participation effective et par les armes à la libération de l'Indochine pourra nous rétablir dans la plénitude de nos droits », écrivait-il le 29 février 1945 au chef de la Résistance en Extrême-Orient, le général Mordant.
LE MYTHE DE LA RÉSISTANCE ET SES RAVAGES
Mais De Gaulle ne voyait pas la guerre comme un simple affrontement entre deux armées. Il essaya de créer là-bas un mouvement de Résistances comparable à celui qui lui avait si bien réussi en France. Il affirmait : " C'est surtout de l'efficacité de cette résistance intérieure de l'Indochine que dépendra le retour incontesté de l'Indochine à l'Empire français. " De plus, proclamant que les Indochinois se sentaient les « enfants de la mère patrie », il imagina une résistance associant colons et colonisés. Il écrivait au général Mordant : « Je ne conçois pas la résistance comme étant uniquement militaire, je la conçois comme faisant entrer dans le combat et dans la lutte aussi bien les autorités civiles que la population française et indochinoise. »
Et aux Français, De Gaulle déclarait : " Il est essentiel, qu'elle (la résistance intérieure) se dresse et qu'elle combatte (les Japonais). (...) Il y va de l'avenir de l'Indochine française. Oui, de l'Indochine française, car, dans l'épreuve de tous et dans le sang des soldats est scellé, en ce moment, un pacte solennel en la France et les peuples de l'Union indochinoise. "
Bref, Charles De Gaulle considérait la lutte comme un " creuset bouillonnant " d'où sortirait une nouvelle solidarité franco-indochinoise.
Les faits contrecarrèrent rapidement ces calculs. Le 14 mars, dans un discours radiodiffusé, De Gaulle présentait le drame en ces termes : " De durs combats se sont engagés en Indochine depuis six jours entre les forces françaises et les forces japonaises. (...) Aujourd'hui la lutte engagée entre l'envahisseur et nos forces d'Indochine se déroule suivant le plan arrêté par le Gouvernement et sous les ordres des chefs qu'il a désignés. " En réalité, la surprise fut complète : en quelques jours 200 officiers, 900 sous officiers et soldats français furent tués, le reste capturé ou contraint à la retraite, telles les deux colonnes commandées par les généraux Sabattier et Alessandri qui parvinrent à se réfugier en Chine.
Quant au renouveau des rapports franco-indochinois, il prit un tour imprévu. Dès l'annonce du coup de force, après avoir adressé ses félicitations aux Nippons, l'empereur Bao-Dai déclara que l'action japonaise libérait le Vietnam de la domination étrangère et le 11 mars, le « Du » n° 1 (proclamation impériale) déclarait : " Le Gouvernement du Vietnam proclame publiquement que, à dater de ce jour, le traité de protectorat avec la France est aboli et que le pays reprend ses droits à l'indépendance. " Peu après, le Cambodge suivait la même voie.
Même attitude dans les classes populaires. Bien loin de s'entendre avec les Français pour organiser une résistance commune, elles manifestèrent violemment contre eux. La presse se lança dans d'énergiques campagnes contre le colonialisme, soulignant l'immixtion continuelle des Français dans les affaires indochinoises, l'emprisonnement des patriotes, l'exploitation économique. Et les manifestations se succédèrent.
UN HOMMAGE INATTENDU À LA FRANCE
Paradoxalement les Nippons conseillèrent la modération. Ayant éliminé l'armée française, ils auraient souhaité bouleverser le moins possible l'administration du pays.
Le 16 mars, ils interdirent une manifestation de masse organisée à Saigon par les nationalistes " pour montrer la gratitude de la nation à l'égard de l'armée japonaise qui nous a délivrés de nos ennemis français ".
Le 25 avril le nouvel ambassadeur du Japon, M. Yokobama, déclarait à Hué : " Nous ne devons pas confondre un système politique avec les qualités inhérentes aux Français. Il y en a beaucoup parmi eux qui ont œuvré pour le bien de l'humanité. A l'égard de ceux-là. nous devons nous conduire selon les principes communs à la Grande Asie : « Quand un oiseau blessé se tord de douleur dans les mains du chasseur, celui-ci ne l'achève pas. » D'après l'esprit du Bushido, rien n'est plus méprisable que de maltraiter des faibles sans défense. Les autorités japonaises conseillent au peuple d'Annam d'imiter cette attitude. "
Mais les Nippons n'avaient pas compris la force du mot d'ordre d'indépendance.
Le 17 avril, l'empereur Bao Daï avait demandé au professeur Tran Trong Kim de former le gouvernement. Connu pour ses opinions nationalistes, celui-ci profita à fond de la situation. Au lendemain du coup de force, le commandement japonais avait publié une proclamation affirmant que tout Français (fonctionnaire, technicien, etc.) qui accepterait de collaborer avec le nouveau pouvoir garderait ses fonctions et percevrait le même traitement. Tentant de préserver ce qu'un accident de l'Histoire venait de restituer à son pays. Tran Trong Kim pressa les autorités nippones de renoncer à employer les ressortissants français. En quatre mois. il obtint le transfert de la plupart des services français, la dissolution du gouvernement général et la reconstitution de l'unité du Vietnam divisé par la France.
Tous les commentateurs s'accordent pour le reconnaître : le 9 mars 1945, les Nippons ne balayèrent pas seulement les forces militaires françaises, ils pulvérisèrent également nos positions économiques et culturelles. En un jour, l'emprise française s'effondre, minée à la base par la tragédie. Aux yeux des « indigènes », la France perdit le " mandat du ciel ".
INCONSCIENCE ET IGNORANCE GAULLISTES
Pourtant, inconscient de la gravité de ce qui se passait, Charles De Gaulle déclarait le 14 mars 1945 : « Nous savons bien qu'il est facile à l'adversaire japonais de bâtir par feintes et artifices-comme on fabrique un dragon de papier-, l'apparence d'un consentement apporté à sa tyrannie par les populations occupées. Mais nous connaissons assez les réalités pour ne pas nous tromper à ces faux-semblants. En vérité, jamais l'Union Indochinoise n'a été plus opposée à l'ennemi venu du Nord, ni plus résolue à trouver en elle-même, avec l'aide de la France, les conditions de son propre développement...»
Cette phraséologie n'était qu'une riposte aux désillusions, elle ornait inutilement un désastre. Pour De Gaulle, c'était l'échec complet. Jamais peut-être dans l'histoire, les conceptions d'un homme d'Etat n'avaient été aussi vite et aussi complètement balayées.
Tels sont les faits. Ils montrent que le général n'était pas, comme l'insinuait sa propagande et comme continuent à le prétendre ses thuriféraires, un homme en avance sur son temps. Il ne se doutait pas des problèmes que posaient les colonies. Il sous-estimait la passion cachée derrière le mot de nationalisme et la haine suscitée par le colonialisme. Il ne réalisait même pas que; les Vietnamiens ressentaient les simples mots d'« Union indochinoise » comme des menotte les liant arbitrairement à des pays avec lesquels ils ne ressentaient pas d'affinités.
Voyons maintenant l'interprétation que l'on donna de ces évènements. La tragédie étant trop récente, un point de vue a prévalu : celui des plus forts, donc des gaullistes. Ils ne se tourmentent pas pour savoir ce qui se serait passé si, au lien d'annoncer à coups de trompette la prochaine entrée en guerre de l'Indochine, De Gaulle avait suivi les conseils de prudence que lui prodiguaient conjointement son adversaire l'amiral Decoux et le propre chef de la Résistance, le général Mordant.
Ils ne s'étonnent pas de voir les Japonais se lancer dans une agression alors qu'ils savaient la guerre perdue et qu'ils faisaient procéder à des sondages de paix à Moscou. Ils trouvent naturel que les Nippons aient attaqué sept mois après l'arrivée des gaullistes à Paris alors que le pouvoir nouvellement installé avait déclaré la guerre au Japon le 8 décembre 1941. Ils ne remarquent même pas que, se sentant en faute, De Gaulle occulta dans ses « Mémoires » deux faits extrêmement importants : sa déclaration de guerre au Japon et l'appel qu'il lança aux populations d'Indochine de résister aux Nippons.
L'affaire semble entendue. En Extrême-Orient, le feu couvait sous la cendre. Inévitablement l'embrasement devait se produire. Néanmoins, De Gaulle souffla si ostensiblement sur les braises que certains de ses actes exigent une explication. Pourquoi voulut-il entraîner dans la guerre 40 000 Français perdus au milieu de trente millions de Jaunes hostiles au colonialisme? Et pourquoi, dans ses conférences de presse, parlait-il d'une armée de secours qui devait chasser, les Japonais, alors qu'elle n'existait pas? Et, surtout comment un homme de son âge a-t-il pu concevoir le combat comme un moyen de renouveler les relations franco-vietnamiennes?
Difficile d'escamoter de telles maladresses, d'autant plus difficile qu'en inquiétant les Japonais, elles leur fournirent un prétexte d'intervention. Au cours de l'entretien qui précéda le coup de force, les préoccupations japonaises exprimées par le délégué nippon n'eurent trait qu'aux déclarations du général De Gaulle au sujet de l'Indochine.
TOUJOURS LE BOUC EMISSAIRE AMÉRICAIN
Prétendant à la rigueur scientifique un ouvrage collectif présenté par l'Institut Charles de Gaulle ("Le général de Gaulle et l'Indochine ") a tenté de fournir une explication. Cachant les responsabilités gaullistes derrière la complexité du problème, ce livre pose la question : " Que savait exactement le général De Gaulle de l'Indochine en 1942 et 1943, lorsque il dut prendre un certain nombre de décisions très importantes? " En somme, il ne connaissait pas le problème, comme la réponse le prouve : " à partir de 1942 et de 1943, une infinité de données, de renseignements parvenaient au général De Gaulle, mais les nécessités des autres théâtres l'auraient peut-être empêché de s'intéresser directement à l'Indochine ", Ainsi, préoccupé par d'autres soucis, le général n'aurait pu se consacrer suffisamment a la question. Explication étonnante. Comme si un séjour de quatre ans en Syrie ne lui avait rien inspiré sur l'avenir des colonies! Comme si les importantes désertions de tirailleurs indochinois pendant les combats de Lang Son contre les Japonais en 1940, et lors des batailles contre les Siamois en 1941 n'avaient pas de quoi alarmer un officier de carrière !
Sentant la légèreté de l'explication, un participant proposa une justification plus subtile : " Je pense que si les Américains n'avaient pas toujours nié le caractère représentatif de ce mouvement (gaulliste), niant qu'un jour, il incarnerait tous les sacrifices consentis sur l'ensemble du territoire français occupé, si le gouvernement américain avait eu une autre position, le général De Gaulle lui-même n'aurait pas tenu à ce point à ce que la résistance intérieure de l'Indochine prépare l'entrée dans la guerre de cette terre. C'est précisément parce qu'il était sous cette pression qu'il connaissait bien, qu'il avait subie ailleurs, qu'il a prit cette décision essentielle : pour avoir le droit à la discussion au moment de la paix, il fallait revenir en Indochine les armes à la main. " En somme toujours le méme bouc émissaire : les Américains!
Jusqu'au 9 mars l'Indochine traversa le cyclone sans crise grave. lorsque De Gaulle entra à Paris, notre possession d'Extrême-Orient était florissante. Alors De Gaulle rêva. Pour parler en vainqueur, il voulut la guerre et c'est sans doute avec satisfaction qu'il accueillit la nouvelle du coup de force japonais. Il ne se doutait pas que, encore miraculeusement épargnée, l'Indochine allait devenir, et pour tout le reste du millénaire, l'Etat martyr de l 'Extrême-Orient.
Frédéric JEANNIN RIVAROL 9 mars 1985

lundi 26 novembre 2007

Le mensonge Hô Chi Minh

L'oncle HÔ, mort en septembre 1969, aurait eu cent ans en mal. L'Unesco commémorera cet anniversaire. Pour célébrer la contribution d'Hô Chi Minh à "l'indépendance de son pays, à la lutte des peuples pour la paix, au retour de la démocratie et de la liberté au Vietnam, au Cambodge et au Laos, à la lutte contre les impérialismes. Enfin, à la promotion des arts et de la culture".
Exit la conquête brutale du Cambodge, la colonisation du Laos, les massacres des ethnies montagnardes, l'Intolérance religieuse, les camps de concentration, les déportations de populations, les tortures, la ruine économique du Vietnam transformé en une gigantesque caserne, les boat people et les sept millions de morts de quarante années de guerre inutile.
C'est un stalinien convaincu que l'Unesco s'apprête à glorifier. Mao, Staline, Pol Pot, Ceausescu peuvent...
Il y a quinze ans, tombaient les régimes non-communistes de l'ancienne Indochine. Coup sur coup, le Cambodge, le Viêtnam, le Laos. A quelques semaines d'intervalle, le rideau de bambou s'abattait sur les trois pays que l'intervention américaine n'avait pu empêcher de basculer.
Première date catastrophe: le 17 avril 1975. Démoralisée, trahie par les Etats-Unis, l'armée républicaine du maréchal Lon Nol remet ses armes aux « petits frères de la forêt», les Khmers rouges. Les premiers témoignages sur les atrocités commises depuis plusieurs mois dans les régions tombées sous le contrôle des maquisards, la trentaine de journalistes jamais ressortis de leurs zones, n'ont pas suffi à convaincre les Cambodgiens de l'horreur à venir et de l'importance de résister. Seules quelques unités d'élite se battent jusqu'aux dernières cartouches autour de l'aéroport de Potchen-tong, autour des brasseries indochinoises, et sur la route numéro 1. Pourtant, en ce matin du 17, les guérilléros qui encerclent Phnom Penh ne sont qu'une poignée. Au bas mot cinq fois moins nombreux que les forces gouvernementales. Mais les militaires ont décidé de croire à la réconciliation nationale, et aux fadaises martelées jour après jour dans les médias internationaux.
La presse de gauche, il faut le rappeler, a joué son rôle désinformateur à merveille. Dans son édition. qui paraît le lendemain de la prise de la capitale cambodgienne
Le Monde titre: « Phnom Penh, c'est la fête ».
La fête durera quatre ans. Et coûtera au pays entre deux et trois millions de morts, victimes de l'utopie meurtrière du régime Pol Pot qu'avaient appelé de leurs vœux tant de journalistes et d'autorités morales. Rien qu'en France: Lacouture, Todd, Ponchaud, Pic, Bertolino ...
Ironie du sort, il faudra attendre, dans les années 1980, la sortie d'un film de fiction: La déchirure, pour que l'Occident prenne enfin conscience de la face cachée de « la révolution de la forêt». Les mêmes, Lacouture, Ponchaud, Todd, Pic ... reprendront du service, pour dénoncer, cette fois-ci, les « trahisons » de leurs anciens amis. « Après avoir fait tuer les gens pour vivre, on peut toujours en sucer les os pour survivre», dit un proverbe khmer ...
Moins de deux semaines après l'entrée des Khmers rouges dans la capitale cambodgienne, le régime du président vietnamien Nguyen Van Thieu s'écroule à son tour.
Les appels au secours lancés par les Sud-Vietnamiens ne reçoivent aucun écho. L'aide militaire américaine de la dernière chance attendue par Thieu n'arrivera pas. Les 720 millions de dollars que réclame au Congrès le président Ford ne seront jamais débloqués. Les sénateurs refusent même les 250 millions que le président leur demande au titre de l'aide humanitaire.
« Le Viêtnam, c'est mort» déclarera le Démocrate Henry Jackson. Très vite rallié à l'opinion dominante de son Congrès, Gerald Ford, s'exprimant sur la chute prochaine du Sud-Viêtnam, dira sans rougir: « Cela ne changera pas la face du monde. Et cela n'empêchera pas les USA de conserver leur leadership ».
A 12 heures 15, le 30 avril, Bui Duc Mai, pilote du char 879 de la 203ème brigade blindée nord-vietnamienne, défonse les grilles du palais de l'Indépendance. Lorsque la nouvelle parvient au Congrès, les Démocrates applaudissent.
Jackson expliquera plus tard, à peine embarrassé: " Nous applaudissions seulement la fin de la guerre ".
Henry Kissinger, l'un des rares à ne pas se réjouir du drame qui se noue au Viêtnam, écrit au secrétaire du prix Nobel de la paix pour lui annoncer son intention de rendre le prix et l'argent obtenus au lendemain de la signature des accords de Paris en 1973. La presse le tourne en dérision.
Au Laos, même si la prise de pouvoir par les communistes est en apparence moins brutale qu'au Cambodge et au Vietnam, elle est très vite suivie par une répression implacable. Conduite méthodiquement Fin novembre 1975, après l'installation du pathet lao à Vientiane, les premiers trains de fonctionnaires fidèles au prince Souvanna Phouma partent pour les camps de rééducation politique installés par les commissaires viêtnamiens. Des centaines de personnes y seront assassinées, enterrées vivantes par les « can bô » de Hanoï.
A l'origine de ce triple désastre, la volonté d'un homme : Hô Chi Minh. Et l'aveuglement d'un peuple, celui des Etats-Unis. Hô Chi Minh avait-il les moyens de gagner sa guerre? « Non », répondent les experts. «Non, s'il n'avait été aidé par ses propres ennemis, les Américains».
« Hanoi Hilton »
Gagnée sur le terrain, la guerre a été perdue dans la rue, sur les campus, et au Congrès américains. C'était l'époque des belles consciences. Jane Fonda, la plus célèbre d'entre toutes, défile à New York dans les manifestations de soutien aux « camarades vietcongs». D'autres militants « pour la paix», acteurs, écrivains, s'envolent pour faire avouer leurs crimes aux prisonniers américains détenus à Hanoi.
La critique Susan Sontag, coqueluche de la presse américaine, n'hésite pas à écrire: «Le Viêtnam est une société éthique, démocratisée par la guerre. Les Nord-Viêtnamiens ne savent pas haïr. Nos prisonniers sont mieux traités que la population du pays ». Libérés du « Hanoi Hilton », la tristement célèbre prison communiste, ces mêmes prisonniers qui avaient survécu à la détention, mettront des années à faire connaître les souffrances qu'ils avaient vécues. Les autorités morales veillaient...
Personne ne fut inquiété. Personne ne fut poursuivi pour trahison. Jimmy Carter devait même féliciter plus tard les Fonda, Sontag and co de « s'être battus pour la paix » ... Pas étonnant que l'oncle Hô ait lui-même déclaré: « Mes meilleurs alliés dans cette guerre sont les Américains ».
« Nous applaudissions la fin de la guerre », avait dit Jackson. Qui pouvait réellement croire que l'entrée des forces de Hanoi au Sud-Viêtnam allait installer la paix dans l'ancienne Indochine?
1975 est bien au contraire le début d'un nouveau conflit, la troisième guerre d'Indochine.
Dès le mois de mai, les bo-doïs attaquent au Laos les forces non-communistes de Vang Pao. Elles mettent sur pied un plan d' éradication systématique de la minorité Mhong, jugée hostile. Les montagnards sont éliminés à l'arme chimique. Des dizaines de milliers de morts en quelques mois. Mais « les morts ont tort », répétait souvent le général Patton. Un calembour qui ne contredirait pas la célèbre pensée d'Hô Chi Minh: « Rien n'est plus précieux que l'indépendance et la liberté».
Les adeptes de l'oncle Hô feront bientôt emprisonner au Sud, dans ce pays de 19 millions d'habitants, plus d'un million de personnes, militaires, universitaires, techniciens, poètes, journalistes, médecins ... 65 000 seront exécutées, et plusieurs dizaines de milliers d'autres envoyées à la mort dans les opérations de déminage ou de défrichage des forêts insalubres.
A ce jour, environ deux millions de boat people ont fui le Viêtnam. Selon les témoignages des rescapés, on sait désormais qu'un fuyard sur deux est resté au fond de la mer de Chine.
Hô Chi Minh prétendait rendre son pays « dix fois plus grand et plus beau ».
Les 40 années de guerre et de politique impérialistes ont ruiné l'économie viêtnamienne. A l'instar du grand frère soviétique, Hanoi a cherché dès le début à imposer une planification centralisée et rigide. Aucun des objectifs des divers plans quinquennaux. n'a été atteint. Le PIB a régressé chaque année. Il devait augmenter de 13 %. Même mésaventure pour l'agriculture qui devait croître de 10 % par an. L'industrie qui tourne au ralenti s'effondre, elle aussi. A partir de 1983, l'aggravation de la fiscalité a ruiné nombre de petites entreprises qui étaient parvenues à se maintenir après le tournant de 1975. Presque neuf millions de personnes sont aujourd'hui au chômage: plus d'un quart de la population active!
Le Viêtnam est en faillite.
L'invasion du Cambodge en 1979 a entraîné l'annulation d'un programme d'assistance de la Chine d'environ 900 millions de dollars, ainsi que celle d'une aide occidentale de 180 millions de dollars. Et surtout, le boycott du FMI.
Cinquante mille soldats viêtnamiens, en majorité sudistes, sont morts dans cette troisième guerre d'Indochine. Plus de trois cent mille Khmers ont été tués au cours de ces dix années de conflit, mais Hô Chi Minh sera quand même célébré.
L'Histoire n'a retenu de cette épreuve que l'horreur du colonialisme français, la perversion de la bouteille de coca-cola et du billet vert, et la sauvagerie du massacre de Mi Lay. Olivier Todd ne se trompait pas (enfin) lorsqu'il écrivait dans son livre Cruel avril que « le Viêtnam méritait une histoire révisionniste » ...
L'assassinat de plus de 60 % des prisonniers de guerre dans les camps viêtminhs, les charniers de Hué en 1968, les killing fields, les boat people, les minorités ethniques gazées, les déportations, l'absence de libertés les plus élémentaires, la répression politique (annoncée le mois dernier par le gouvernement viêtnamien lui-même!) méritaient bien un coup de chapeau de l'Unesco qui, dans cette guerre, a toujours soutenu les bouchers contre les héros.
Arnaud Buclet Le Choc du Mois - N° 29 - Mai 1990

lundi 11 juin 2007

Les communistes furent-ils toujours opposés à la guerre d'Indochine ?

(...) Hô Chi Minh, lui n'est venu en France que pour aboutir à l'indépendance : depuis dix ans, se communiste joue habilement la carte du nationalisme anamite et tonkinois.

Le 19 décembre 1946, le Viet-Minh déclenche l'offensive contre les troupes françaises.

À Paris, il faut voter des crédits militaires pour l'Indochine : les communistes ne s'y opposent pas.

L'Humanité écrit en 1945 : "Les colonies sont absolument incapables d'exister économiquement, et par conséquent politiquement, comme nations indépendantes."

L'attitude du Parti vire à 180 degrés, en mai 1947, lorsque ses ministres sont expulsés du gouvernement.

Les opérations françaises au Viêtnam deviennent du jour au lendemain, une "guerre de reconquête coloniale au profit de l'impérialisme américain."

Jean Sévilla : Le terrorisme intellectuel de 1945 à nos jours.


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