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mercredi 5 avril 2023

Guerrier de la Paix (Alexandre Goodarzy) : le témoignage d’un ex-otage engagé auprès des chrétiens d’Orient

 

Alexandre Goodarzy, chrétien d’origine iranienne, professeur d’histoire-géo, parcourt depuis une vingtaine d’années les pays du Proche-Orient et de l’Asie centrale. Il a vécu de 2015 à 2020 en Syrie. Il est aujourd’hui directeur adjoint des Opérations et responsable Développement chez SOS Chrétiens d’Orient.

Ce livre est le témoignage poignant du kidnapping dont il fut victime avec trois autres membres de l’ONG SOS Chrétiens d’Orient le 20 janvier 2020 à Bagdad.

Mais ce livre est loin de se résumer à un récit d’otage. L’auteur en profite pour nous expliquer le cheminement qui l’a conduit à se dévouer aux Chrétiens d’Orient après un bref passage par l’Education nationale. Alexandre Goodarzy clarifie surtout les piètres explications données par les médias mainstream concernant la situation brûlante au Proche-Orient, les vastes et complexes implications géopolitiques de la guerre en Syrie, ainsi que les méandres des organisations djihadistes sur place avec lesquelles nos gouvernements successifs entretiennent des relations équivoques.

Guerrier de la Paix, Alexandre Goodarzy, éditions du Rocher, 333 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/guerrier-de-la-paix-alexandre-goodarzy-le-temoignage-dun-ex-otage-engage-aupres-des-chretiens-dorient/141484/

mercredi 8 février 2023

Les guerres de l’OTAN

 

par Yannick Sauveur

Les journaux titrent « La guerre en Europe » se gardant bien de préciser que cette guerre en Ukraine n’a pas démarré le 24 février 2022. En informateurs zélés au service de leurs sponsors occidentaux, ils passent sous silence que cette guerre n’est pas non plus la première en Europe depuis 1945. Une guerre atroce a accompagné dès 1992 le démantèlement de l’ex-Yougoslavie avec en point d’orgue les bombardements sur Belgrade en 1999.

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ou Traité de Washington est signé à Washington le 4 avril 1949 au début de la guerre froide, en réaction au blocus de Berlin exercé par les Soviétiques (juin-juillet 1948). À l’origine, l’OTAN comprend les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, les pays du Benelux, le Canada, le Danemark, l’Islande, l’Italie, la Norvège, le Portugal. La Grèce et la Turquie rejoignent l’OTAN en 1952 et l’Espagne en 1982. L’OTAN est généralement présentée comme une alliance défensive face à un ennemi, le bloc soviétique. Or, le Pacte de Varsovie (le pendant de l’OTAN) ne prend forme que six ans plus tard. Signé le 14 mai 1955, il l’est en réaction à l’adhésion de l’Allemagne de l’Ouest (RFA) à l’OTAN (6 mai 1955).

Si la « justification » de l’OTAN résidait dans la menace soviétique, celle-ci n’existant plus avec la disparition de l’URSS (1991) et concomitamment la dissolution du Pacte de Varsovie (juillet 1991), en toute logique, l’OTAN n’avait plus sa raison d’être. Or, non seulement, l’OTAN continua d’exister mais de surcroît, elle continua de s’étendre contrairement aux engagements pris.

Il n’est pas inutile de rappeler que James Baker, secrétaire d’État des États-Unis, sous l’autorité du président Ronald Reagan, avait promis à la Russie, par l’entremise de Mikhail Gorbatchev, que l’OTAN allait exclure toute « expansion de son territoire vers l’Est, ou s’approcher des anciennes frontières soviétiques ». Selon les nombreuses sources présentes, il réitéra lors de la signature cette promesse en s’accordant sur l’affirmation de Gorbatchev, selon laquelle l’expansion de l’OTAN est inacceptable, à présent que la guerre froide est terminée, et l’Europe, la Russie et les États-Unis devraient trouver un terrain d’entente sur la voie amenant à la paix et à la prospérité. Baker avait répondu : « lui et les Étasuniens ont compris que non seulement pour l’Union soviétique, mais aussi pour les autres pays d’Europe, il est important de disposer de garanties selon lesquelles, si les États-Unis maintiennent leur présence en Allemagne dans le cadre de l’OTAN, l’OTAN ne devrait pas bouger vers l’Est, c’est-à-dire ne pas s’étendre vers les pays de l’ancien Pacte de Varsovie. »

Les pays ayant rejoint l’OTAN postérieurement à la fin de l’Union soviétique sont :

  • la Pologne, la Hongrie, la République tchèque (1999),
  • la Bulgarie, la Roumanie, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Slovaquie, la Slovénie (2004),
  • la Croatie, l’Albanie (2009),
  • le Monténégro (2017),
  • la Macédoine du Nord (2020).

À ces pays, il faut ajouter la Suède et la Finlande, pays neutres, dont la demande d’adhésion à l’OTAN (2022) a été entérinée par l’ensemble de ses membres mais qui reste en attente de l’approbation de la Turquie. Ce nouvel élargissement de l’OTAN est une provocation supplémentaire à l’égard du voisin russe, la Finlande partageant une frontière de plus de 1300 kms avec la Russie.

Deux autres pays, neutres eux aussi, l’Autriche et la Suisse, bien que ne faisant pas partie de l’OTAN, participent au Partenariat pour la paix (PPP). Pour l’ancien secrétaire à la Défense, William Perry : « La différence entre l’adhésion pleine et entière à l’OTAN et la participation au « Partenariat pour la paixʺ doit être aussi ténue qu’une feuille de papier ».  Et pour Daniele Ganser, il ne fait aucun doute que ce PPP est un Partenariat pour la guerre et non un Partenariat pour la paix.

Enfin reste le cas de l’Ukraine, considérée comme un « pivot géopolitique » par Zbigniew Brzezinski et dont les velléités d’adhésion à l’OTAN sont anciennes puisque déjà en avril 2008, le sommet de l’OTAN à Bucarest actait le principe de l’adhésion de l’Ukraine. L’ancien conseiller du président Carter (1977-1981) est le véritable concepteur de l’élargissement de l’OTAN : « L’élargissement de l’Europe et de l’OTAN serviront les objectifs aussi bien à court terme qu’à plus long terme de la politique américaine. Une Europe plus vaste permettrait d’accroître la portée de l’influence – et, avec l’admission de nouveaux membres venus d’Europe centrale, multiplierait le nombre d’États pro-américains au sein des conseils européens – sans pour autant créer simultanément une Europe assez intégrée politiquement pour pouvoir concurrencer les États-Unis dans les régions importantes pour eux, comme le Moyen-Orient. »

L’histoire de l’OTAN est celle d’une succession de guerres depuis 1949 jusqu’à celle en cours de l’Ukraine. Il serait plus juste de parler de l’histoire de l’Empire US car cette « succession de guerres » n’a pas commencé en 1949, loin s’en faut, mais il faudrait remonter à 1846 et à la guerre du Mexique qui a permis aux États-Unis de s’emparer de la moitié du territoire mexicain, qui deviendra le Nouveau-Mexique, l’Utah, l’Arizona, la Californie, le Nevada ainsi qu’une partie du Colorado. Toutes obéissent toujours au même schéma : déstabilisation de pays cibles, vassalisation desdits pays, mise en place de bases militaires avec un seul et même objectif permanent, l’occupation politico-économico militaire au profit des puissances anglo-saxonnes dont les USA. Rappelons tout d’abord que si l’OTAN est une alliance militaire, celle-ci est, dans les faits, dirigée par les USA : « La seule organisation internationale qui ait jamais fonctionné est l’OTAN. Parce que c’est une alliance militaire et que nous la dirigeons. »  (Richard Nixon). Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a une fonction essentiellement de relations publiques. C’est à ce titre qu’il est connu dans les médias. En revanche, le pouvoir réel est celui militaire qui est exercé au plus haut sommet par des Américains, à savoir le général Christopher G. Cavoli pour le Supreme Allied Commander Europe (SACEUR). Exercice américain sans partage comme en témoigne la demande de la France de voir le commandement Sud de l’OTAN attribué à un officier européen et à laquelle William Cohen, secrétaire d’État à la Défense, répondit sans ambiguïté : « c’est clair, c’est catégorique, ce n’est vraiment pas négociable ». 

Dans cette succession de guerres, avant ou après 1949, soit directement, soit par procuration, le mode opératoire de l’Empire US est toujours le même, à base de provocations, de révolutions orange, de mensonges, de corruption, de guerre de l’information (c’est-à-dire de désinformation).

Si nul n’ignore aujourd’hui la propagande éhontée au sujet des armes de destruction massive , prétexte à l’invasion de l’Irak en 2003, il n’est pas inutile de rappeler, quoique de façon non exhaustive, la longue tradition de mensonges qui jalonne l’histoire des États-Unis :

– Le 15 février 1898, le cuirassé américain USS Maine explose dans le port de La Havane provoquant la mort de 266 Américains. Le prétexte est idéalement trouvé pour l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Espagne avec pour conséquence l’annexion de Cuba, de Porto Rico, des Philippines et de l’île de Guam. C’est la première guerre que les États-Unis menaient en dehors de leur territoire. En 1911, 13 ans après la fin de la guerre hispano-américaine, l’examen de l’épave USS Maine a montré que les effets conjugués du gaz et de l’électricité avaient détruit le navire de l’intérieur. Les Espagnols n’avaient donc rien à voir avec le naufrage du cuirassé.

– La guerre du Vietnam. Le président Lyndon Johnson, qui venait de succéder à John Fitzgerald Kennedy, et la CIA voulaient un prétexte pour impliquer les États-Unis dans une guerre ouverte contre le Vietnam. Lyndon Johnson a prétendu que le Viet Minh avait attaqué un navire de guerre américain, l’USS Maddox, dans le golfe du Tonkin (4 août 1964). Le 5 août, la guerre commençait officiellement avec les bombardements sur le Nord-Vietnam. En 2005, la NSA (Agence de sécurité nationale) a publié plus de 140 documents jusque-là top secret concernant l’incident du golfe du Tonkin, dont une étude de l’historien Robert Hanyok et qui confirme ce que d’autres soupçonnaient depuis longtemps : il n’y a eu aucune action contre des navires américains dans le golfe du Tonkin le 4 août 1964. Du reste, de la bouche même des équipages du destroyer américain, l’attaque dans le golfe du Tonkin était une pure invention.

– Le pillage des couveuses et la guerre du Golfe (1991). Le mensonge des « couveuses » est monté par la société de communication Hill & Knowlton. Le 10 octobre 1990, Nayirah, une jeune fille de 15 ans présentée comme une infirmière témoigne en larmes devant le Comité des droits de l’Homme du Congrès que pendant l’invasion, elle travaillait dans un hôpital koweïti et avait vu des soldats irakiens sortir des bébés des incubateurs et les déposer par terre où ils étaient morts. 312 nouveau-nés seraient morts. En réalité, après la guerre, on apprit que l’histoire des couveuses était un mensonge infâme et que Nayirah s’appelait en réalité Nijirah al-Sabah et était la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington. 

Mensonges d’État, désinformation, tous les présidents des États-Unis impliqués dans des guerres sont des criminels de guerre, qu’il s’agisse d’Eisenhower, Johnson, Nixon, Carter, Reagan, Clinton, Bush père & fils, Obama accessoirement Prix Nobel de la Paix (sic). Aucun de ces présidents n’est allé en prison ou n’a eu à répondre devant la justice des milliers de morts. Il en est de même des dirigeants successifs de la CIA, des conseillers politiques (Madeleine Albright, Henry Kissinger), des chefs d’État ou de gouvernement (Margaret Thatcher, Tony Blair). Et la liste est loin d’être exhaustive.

Toutes les guerres de l’OTAN ont été relayées par un unanimisme des medias, de la classe politique, de la majorité des intellectuels, un formatage de l’opinion, le tout sous couvert d’humanitarisme, de bons sentiments moraux avec toujours la même rengaine, l’exportation de la démocratie (cf. ce qu’il advient en Libye, en Irak,…)

Le langage de la propagande ne s’embarrasse pas de subtilités de langage ou de finesse de vocabulaire : Saddam Hussein est un « psychopathe » et/ou un « nouvel Hitler » tout comme le dirigeant libyen Kadhafi. Milosevic est présenté comme un « dictateur sanguinaire » voire « le Führer serbe Milosevic » (Rudolf Scharping, ministre de la Défense allemand) ou « Boucher des Balkans ». Pour les États-Unis, la Libye compte avec l’Irak, l’Iran et Cuba parmi les « grands méchants » de la planète. Ces mêmes pays ainsi que la Syrie et le Soudan sont au choix des « États-parias » ou « terroristes ». Pour George Schulz, secrétaire d’État sous les mandats de Reagan, « Le Nicaragua est un cancer qui s’insinue dans notre territoire, il applique les doctrines de Mein Kampf et menace de prendre le contrôle de tout l’hémisphère ». Quant à Vladimir Poutine, volontiers présenté comme un « dictateur » (Jean-Yves Le Drian, ministre français des affaires étrangères sur TF1), d’aucuns vont jusqu’à faire état d’une continuité supposée entre Joseph Staline et Vladimir Poutine. Pour John McCain, Poutine est un « impérialiste russe et un apparatchik du KGB ». « Fou » ne faisait pas encore partie des éléments de langage, et bien, grâce à Milos Zeman, président de la République tchèque,  c’est fait : il a qualifié jeudi l’invasion russe de l’Ukraine d’« acte d’agression non provoqué », estimant que « le fou doit être isolé  (…) Il y a quelques jours, j’ai dit que les Russes n’étaient pas fous et qu’ils n’attaqueraient pas l’Ukraine. J’avoue que j’avais tort (…). Le fou doit être isolé. Et il s’agit de ne pas s’en défendre uniquement par des mots, mais par des mesures concrètes ».

À l’inverse, et dans le plus pur style orwellien, les Contras, assassins sanguinaires sont présentés comme des « combattants de la liberté » et la guerre de l’OTAN contre la Serbie est une « guerre humanitaire » !

Le coup d’État en Ukraine du 20 février 2014

Les Américains tirent les ficelles et ne s’en cachent pas. John McCain est présent à Kiev dans les semaines qui précèdent le coup d’État et exhorte les manifestants à renverser le gouvernement ukrainien. Les manifestations de Maïdan sont exploitées sur place par les multiples visites de responsables américains, les conversations téléphoniques entre Victoria Nuland et Geoffrey Pyatt, l’ambassadeur US en Ukraine, au cours desquelles ils ont discuté de la nouvelle composition du gouvernement. C’est au cours de ces conversations interceptées que Victoria Nuland  avait lancé son fameux « Fuck UE ! » Après le putsch, l’objectif des nouveaux gouvernants était de rallier l’Ukraine à l’OTAN.

La position de la Russie est claire et de bon sens : que l’Ukraine n’accueille jamais de missiles américains et qu’elle n’adhère pas à l’OTAN. Ces demandes ont été rejetées par Victoria Nuland qui a déclaré : « Ce sont des décisions qui appartiennent à l’Ukraine et à l’OTAN, pas au Kremlin ». Et Serguei Lavrov résume la situation : « Toutes nos propositions visant à écarter ces menaces sur la base du respect mutuel des intérêts de la sécurité ont été ignorées par les États-Unis, l’UE et l’OTAN. Malgré ses assurances antérieures de non-expansion vers l’Est, l’Alliance a rapproché ses frontières de celles de la Russie à cinq reprises. Nous pouvons assister à une situation similaire avec l’Ukraine. Dans ce pays, on a interdit tout ce qui est russe: la langue, l’éducation, la culture, les médias. »

L’objectif évident des USA est d’encercler toujours plus la Russie et, pour ce faire, intégrer l’Ukraine dans l’OTAN. C’est là que se situe la ligne rouge pour Vladimir Poutine pour qui il en va de la sécurité de la Russie et celle-ci a besoin d’un glacis sécurisé. Il semble que les négociations étaient bien avancées avec l’Ukraine en vue de son intégration dans l’OTAN. Or, parallèlement, non seulement les Américains restaient sourds aux demandes de Vladimir Poutine mais en plus ils envoient  davantage de troupes américaines chez les alliés d’Europe de l’Est de l’OTAN, les exercices de l’OTAN se déroulent à proximité des frontières de la Russie. Il faut rappeler ce contexte pour comprendre que l’opération militaire russe était l’unique solution pour empêcher l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN.

Pour mémoire, on rappellera les quelques dernières guerres de l’OTAN :

  • 1991 : agression de la Yougoslavie,
  • 1999 : bombardements de la Serbie et du Kosovo,
  • 2001 : bombardements massifs en Afghanistan,
  • 2003 : sans avoir obtenu l’autorisation du Conseil de sécurité, les Etats-Unis envahissent l’Irak avec comme principaux alliés le Royaume-Uni, l’Australie, l’Italie et l’Espagne. Pour une fois, la France sauve l’honneur,
  • 2011 : Intervention en Libye,
  • 2011… : Syrie,
  • 2014 : Coup d’État en Ukraine,
  • 2015 : Le Yémen est attaqué par l’Arabie saoudite sans mandat de l’ONU, avec le soutien des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, membres de l’OTAN.

Depuis 1945 et la fondation de l’Organisation des Nations unies (ONU), il est interdit de recourir à la guerre, cette interdiction ne souffrant que deux exceptions : d’une part, le droit à l’autodéfense, d’autre part, l’autorisation d’un mandat explicite du Conseil de sécurité de l’ONU. Il est peu de dire que la Charte des Nations unies (San Francisco, 26 juin 1945) interdisant à ses membres de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies a été superbement ignorée par la plus grande alliance militaire au monde, l’OTAN, qui a conduit le plus de guerres illégales et ce, en toute impunité.  Guerres masquées, coups d’État, absence de mandat de l’ONU (Serbie 1999, Irak 2003), détournement d’un mandat de l’ONU (Libye 2011, la résolution de l’ONU autorisait une zone d’exclusion aérienne, afin de protéger la population civile. Elle n’autorisait pas un changement de régime et l’assassinat de Mouammar Kadhafi), l’ONU a montré son impuissance comme avant elle la SDN. Est-ce si étonnant ? Pas vraiment si on en juge par les propos de divers dirigeants américains : Madeleine Albright pour qui « le secrétaire général de l’ONU doit être seulement un administrateur » ou G.W. Bush : « je me demande si l’ONU est indispensable au XXIe siècle (…) ». Noam Chomsky note pour sa part que « Les plus hautes autorités expliquent avec une brutale clarté que la Cour Internationale de justice, l’ONU et les autres organisations internationales sont devenues sans objet, puisqu’elles n’obéissent plus aux ordres de Washington (…) ».

Nous faisons nôtres les constats de Daniele Ganser sur les guerres menées par l’OTAN qui sont des guerres au service de l’impérialisme américain. En revanche, nous sommes réservés sur le concept de « légalité ». La question n’est pas celle des guerres illégales, au regard du Droit, certaines peuvent l’être tout en étant des guerres justes, guerres de libération nationale ou celle de la Russie venant au secours des populations russophones du Donbass et d’autres qui ne le sont pas. Dans le cas qui nous occupe, les guerres décrites ici, celles de l’impérialisme américain, sont naturellement des guerres illégales. L’histoire contemporaine a prouvé que l’ONU est incapable de faire respecter le contenu de sa charte. Avec trois membres permanents de l’OTAN (E.U, G.B., F.) sur cinq au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU, à moins d’un veto de la Chine ou de la Russie, le résultat est connu et on a vu, hélas, que dans des cas importants (Libye), la Russie et la Chine choisissent l’abstention.

Pour les États-Unis, la force prime le droit et, se croyant investis d’une mission universelle, ils continueront à œuvrer comme ils l’ont toujours fait depuis près de 200 ans. L’OTAN a toujours été un outil au service de l’impérialisme américain et le « parapluie » américain en créant une soumission des pays de l’Europe de l’Ouest a empêché que se crée une véritable Europe souveraine et ayant sa propre défense. L’OTAN est une menace pour la paix mondiale et en premier lieu pour l’Europe, territoire convoité mais nain politique et militaire. L’OTAN n’a plus de raison d’être depuis la disparition de l’URSS. Cette organisation guerrière doit être dissoute et à tout le moins sortir de l’Europe. L’intérêt des peuples européens et de la paix en Europe le commande.

source : Rébellion via Geopolitika

https://reseauinternational.net/les-guerres-de-lotan/

lundi 2 mai 2022

Peuples persécutés d’Orient – Carnet de voyage de Palmyre au Champ des Merles

 Pierre-Alexandre Bouclay est grand reporter à Valeurs Actuelles. Depuis 2004, il suit l’actualité internationale et les questions de sécurité. Il a réalisé plusieurs reportages au Proche-Orient et rencontré le président syrien Bachar el-Assad.

Katharine Cooper est une photographe réputée d’origine sud-africaine. Lauréate en 2012 du grand prix de photographie de l’Institut de France, elle expose dans les plus prestigieuses galeries européennes.

Sans doute les photographies de Katharine Cooper pourraient-elles se passer de légendes, tout comme le texte de Pierre-Alexandre Bouclay peut se lire sans recourir à l’image : ce qu’ils donnent tous deux à voir acquiert d’emblée la force du témoignage.

Dans sa préface, Richard Millet rappelle ceci : « la guerre, qu’elle soit en cours, comme à Damas, Palmyre, au Kurdistan irakien, ou bien officiellement achevée, comme au Kosovo, là où des minorités, principalement chrétiennes, et aussi les Yézidis, souffrent non seulement des combats, des viols, de l’esclavage, de l’islam mais, tout autant, de l’indifférence d’un Occident qui a peur de ses origines chrétiennes, bien qu’elles soient lointaines, et que sa bonne conscience, alliée à son goût pour un exotisme habillé d’humanisme, conduit à préférer aux chrétiens d’Orient les Yézidis, parce que ceux-ci sont « neutres » par rapport à l’islam ».

Ce bel album, avec ces photos prises à Maaloula, Sinjar, Erbil, Damas, ainsi qu’au Champ des Merles, nous invite à resentir les souffrances de ces peuples persécutés en raison de leur foi.

Peuples persécutés d’Orient, Pierre-Alexandre Bouclay et Katharine Cooper, éditions du Rocher, en partenariat avec l’association SOS Chrétiens d’Orient, 160 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/peuples-persecutes-dorient-carnet-de-voyage-de-palmyre-au-champ-des-merles/65842/

lundi 19 avril 2021

Hittites : Les guerriers aux mille dieux

  

[Une cité-forteresse : la capitale hittite, Hattussa, prospère entre 1650 et 1200 avant notre ère, était organisée en quartiers fortifiés et entourée d'une muraille aux portes bien gardées. Certaines étaient ornées de sculptures, telle la porte des Lions. La ville bénéficiait d'un système complexe d'approvisionnement en eau et en grains, dénotant un haut niveau d'organisation]

Sophistiqué et profondément spirituel, leur royaume fut aussi puissant que celui du Nil. Jusqu'à menacer le grand Ramsès II en 1275 avant JC.

« Nu NINDA-an e-iz-za-at-te-ni wa-tar-ma e-ku-ut-te-ni ». C'est par cette phrase, la première déchiffrée de la langue hittite, qu'un beau jour de 1915, une civilisation pluri­millénaire d'Asie mineure s'est enfin offerte aux chercheurs. Elle signifie tout simplement : « Et vous mangerez du pain et ensuite vous boirez de l’eau ». Jusqu'alors, les Hittites, peuple émigré en Asie mineure au IIIe millénaire avant notre ère et installé en Ana­tolie, restaient tout à fait énigma­tiques.

L’homme qui lève le mystère est un Tchèque, Bedrich Hrozny. Il s'inté­resse aux quelque 5.000 tablettes cunéiformes trouvées dans les pre­mière décennies du XXe siècle au cœur du plateau anatolien, sur le site de Hattussa, l'ancienne capitale hittite. Parmi les inscriptions cunéi­formes, datées du XVIe au début du XIIe siècle av. JC, certaines sont en akkadien (babylonien), langue sémitique déjà déchiffrée, d'autres, rédigées en une langue jamais ren­contrée, gardent jalousement leurs secrets. L'équipe allemande chargée des fouilles de Hattussa, menée par Hugo Winckler, assyriologue de renom, avait supposé une parenté entre les 2 langues. Une structure sémitique devait ordonner les mystérieuses tablettes, comme elle ordonnait les inscriptions akka­diennes.

Hypothèse erronée. Bedrich Hrozny part d'un point de vue différent, supposant qu'il s'agit là d'une lan­gue indo-européenne : il rapproche wātar de water en anglais [comparaison génétique], et croit reconnaître les racines “ed” et “ek” pour “manger” et “boire”. La première phrase hittite, la plus ancienne langue de la famille indo-­européenne, vient de se dévoiler. Dès lors, des générations d'archéologues pour­suivront ce travail de décryptage et reconstitueront peu à peu l'histoire d'un peuple fascinant.

Un bruit de chars et de chevaux

La première référence aux Hittites revient à la Bible, dans le Livre des Rois (II, 7, 6) : « Yahvé avait fait entendre dans le camp des Araméens un bruit de chars et de chevaux,  le le bruit d'une  grande armée, et ils s'étaient dit entre eux : “Le roi d'Israël a pris à sa solde contre nous les rois des Hittites et les rois de l'Égypte, pour qu'ils marchent contre nous.” Ils se levèrent et s'enfuirent au crépuscule, abandon­nant leurs tentes, leurs chevaux et leurs ânes ». Les Hittites [c’est à dire fils de Heth] appa­raissent ainsi au même titre que les Égyptiens. Mais aucun indice ne permet de situer leur berceau [les Hittites sont dits habiter les hauteurs de Canaan au temps d’Abraham et au moment de la conquête israélite].

Un premier pas est franchi en 1834, lorsque le ministère de l'Instruction publique français envoie un archi­tecte, Charles Texier, en Anatolie, pour trouver les vestiges d'une cité romaine mentionnée par Hérodote. À 150 km à l'est d'Ankara, près du village de Bogazkale, c'est la surprise : il découvre sur un massif rocheux des bas-reliefs dont l'as­pect ne lui rappelle tien de connu. « Sans le savoir, il était tombé sur les fortifications de Hattussa, capitale de l'empire hittite, une cité prospère habitée entre 1650 et 1200 avant notre ère », raconte Michel Mazoyer, spécialiste des Hittites à l'université Paris-I. Non loin de là seront retrouvées les fameuses tablettes.

À la grande époque de Hattussa, le royaume des Hittites — baptisé Kheta [pays du Hatti] par les Égyptiens — est aussi important que celui du Nil. Il s'étend de la côte égéenne de l'Anatolie à l'est de l'Euphrate et à la Méditerranée. Les 2 empires maintien­nent d'étroites relations : échanges commerciaux par temps de paix, mais aussi guerres ou accords de coopération, dont quelques épi­sodes sont restés célèbres. Ainsi la fameuse bataille de Qadesh, en 1275, où le roi Muwattali II l'emporte contre le grand Ramsès II. Une décennie plus tard, devant la menace assyrienne, Hattusili, frère de Muwattali, conclut une alliance avec le pharaon. Le traité de 1259/1258 confirme que les Hittites conservent le contrôle du nord de la Syrie, les Égyptiens restant maîtres de Canaan et de la Syrie méridio­nale. Au terme de cette collabora­tion, Hattusili marie même sa fille à Ramsès II.

À quoi ressemblait la capitale des Hittites ? Les vestiges dessinent l'image d'une cité fortifiée. Le site s'étend sur plus de 160 hectares, divisés en une ville haute et une ville basse. L’ensemble était entouré d'une muraille de six km de long, ouverte çà et là par des portes ornées de bas­-reliefs sculptés en forme de lion, de sphinx ou de roi. Et dominé par la citadelle royale, dressée sur un piton rocheux. « Un agencement à but défensif que l'on retrouve dans de nombreuses cités de la région, notamment à Çatal Huyuk, qui date de 6000 avant notre ère », précise Vincent Dargery [« L'architecture militaire à Hattuša au Nouvel Empire »], historien de l'Association des amis de la civilisation hittite [Hatti].

À Hattussa, ville de montagne, la moindre éminence de pierre est mise à profit pour bâtir et les ravins deviennent des barrages infran­chissables pour l'ennemi. Tandis que des passages souterrains, à l’is­sue dissimulée, creusés sous les portes des fortifications, permett­ent la fuite à tout moment. Ce sys­tème de poternes semble une inno­vation des Hittites. La sécurité de Hattussa repose sur une organisa­tion administrative complexe : le soir venu, un oeazannu — l'équiva­lent d'un bourgmestre — veille à la fermeture des portes de la cité et pose un scellé arborant sa marque personnelle. À l'aube, le cachet doit être intact, preuve qu'aucun intrus n'a porté atteinte à l'intégrité de la ville... La sécurité alimentaire n'est pas en reste : des aqueducs cana­lisent, depuis des sources exté­rieures, l'eau stockée dans des bas­sins aux parois recouvertes d'argile, et l'on a trouvé des silos à grains dans la partie basse de la ville. D'après leur contenance, on peut estimer la population de Hattussa entre 10.000 et 20.000 personnes.

Des dieux grognons et tendres

« En dépit de son allure défensive, la capitale des Hittites portait la marque d'une forte spiritualité », explique M. Mazoyer. Son emplacement même avait été choisi selon des principes religieux : le piton rocheux représentait la mon­tagne inébranlable, de sexe masculin [cf. « Quelques réflexions sur la montagne comme lieu de culte des Hittites », A. Birchler in Res Antiquae III/2006]. « La Bible s’en est-elle inspirée bien plus tard ? — s'interroge M. Mazoyer. L'évangile selon saint Matthieu précise : “Sur cette pierre je bâtirai mon Église”. Il est très possible qu'il s'agisse de la résurgence de légendes anciennes. » Autre élément important : la source, ou la rivière, appartenant à la sphère féminine. « Finalement — conclut le chercheur —, la spiritua­lité des Hittites était à l'image des paysages de leur région : rivière et montagne, deux divinités qu'il fallait associer à chaque ville. »

Source, éminence, orage, soleil... La religion était présente à tout instant de la vie, et les divinités nombreuses. Chaque activité quo­tidienne avait la sienne. Et l'on a parfois désigné les Hittites comme « le peuple aux mille dieux ». Mal­gré cette foultitude, chacun entre­tenait une relation privilégiée avec l'une ou l'autre de ces déités. À cela s'ajoutaient des rituels sacrés, fêtes, initiations. Une grande partie des textes gravés sur les tablettes d'ar­gile témoigne de ces cérémonies. « Cette dualité : d'une part mille dieux régissant la vie jusqu'en ses détails anodins, d’autre part, une relation privilégiée entre un homme et une divinité, est une étape vers les religions monothéistes [hypothèse d'Itamar Singer concernant une réforme religieuse entreprise sous le règne de Muwatalli II] », insiste M. Mazoyer.

Les prêtres veillent à la satisfaction matérielle des dieux hittites. Car ces derniers sont exigeants. Leur mécontentement déclenche un tor­rent de châtiments : fièvres, épidé­mies, famines, sauterelles... « Mais ils semblent plus boudeurs que vengeurs : tel le dieu Télipinu qui, chagriné par la baisse de fréquentation des lieux de culte, quitte son temple et se réfugie dans la campagne. Un peu comme s'il abandonnait les hommes à leur sort, considérant que son contrat avait été rompu. Il suspend son acti­vité. Cette désertion est à l'ori­gine de fléaux. Mais il est possible de le faire revenir. Pour cela, les hommes peuvent unir leurs efforts multiplier offrandes et rituels. »

La bienveillance divine prend par­fois l'allure d'un véritable amour parental. Dans le mythe de Téli­pinu, elle est comparée aux soins nourriciers du monde animal : « La vache s'occupa de son veau, Télipinu s'occupa du roi et de la reine et les pourvut de vie et de force pour l'avenir… ». D'autres fois, la relation devient profonde amitié, plaçant divinité et homme sur un pied d'égalité, l'une se comportant alors en confidente privilégiée de l'autre. Finalement, les dieux hit­tites semblent empreints de carac­tères très humains : grognons, tendres, avec un penchant pour les confidences. Et laissant parfois éclater leur colère.

Un code sexuel rigoureux

Au rayon des actes qui fâchent, la transgression des interdits... sexuels. Lorsque Huqqana, roi du pays de Hayasa, peuple établi en Petite Arménie, signe un traité avec le grand roi hittite Suppiluliuma Ier, celui-ci le met en garde contre les pratiques sexuelles de son pays : l'inceste, autorisé chez les Hayasas, est inter­dit au royaume des Hittites. Le texte en dit long sur le jugement moral que ceux-ci portent sur les pra­tiques de leurs voisins.

« Chez les Hittites — est-il écrit —, c'est une coutume importante qu'un frère ne prenne pas sexuellement sa sœur ou sa cousine. Ce n'est pas permis.  Dans le pays du Hatti, quiconque commet un tel acte ne reste pas en vie mais est mis à mort. Comme votre pays est barbare, il est en conflit. Là-bas, on prend régulièrement sa sœur ou sa cousine, mais dans le pays hatti, ce n'est pas permis [...] et si par hasard une sœur de votre femme, ou la femme de votre frère, ou une cou­sine vient vers vous, donnez-lui quelque chose à ma manger et à boire. Chacun de vous, mangez, buvez et amusez-vous, mais vous ne devez pas désirer la prendre. »

Le terme de “barbare” (dampupi en langue hittite), parfois tra­duit par “sauvage”, illustre bien la pensée des Hittites. « La pratique de l'inceste est la ligne de démarcation entre les peuples civilisées et les barbares », rappelle M. Mazoyer [« Sexualité et barbarie chez les Hittites », in Cahiers Kubaba n°7, L'Harmattan, 2005]. Si le roi insiste autant sur le respect de ces pratiques, c'est parce qu'une telle trans­gression serait cause de fléaux pour le pays. « L'in­terdit qui pèse sur l'inceste est ainsi de nature reli­gieuse, puisqu'il déclenche la colère des dieux », pour­suit le chercheur.

Le terme de “hurkel” employé dans le texte hittite désigne les crimes sexuels : si l'inceste en fait partie, le viol et l'adultère n'ont pas ce statut. La transgres­sion entraînerait la ruine du pays. « On pourrait  voir dans ce traité un texte qui rejette et condamne les pratiques des étrangers en les traitant de barbares — explique M. Mazoyer. En fait, il en est tout autrement. Car c'est par leur ignorance des us et coutumes des Hittites que les étrangers pour­raient déclencher la colère des dieux. Ils sont en réalité présentés comme  des ignorants commettant une erreur fatale à la population entière, mais qui peuvent être éduqués : la mise en garde du roi fait partie de cette éducation. »

Autre interdit mentionné par le texte : celui de regarder une femme du palais, qu'elle soit libre ou ser­vante. Il est suivi d'une anecdote concernant un certain Mariya qui regarda une servante du palais. Surpris par le père de Sa Majesté, « l’homme est mort juste pour l'avoir regardée de loin... Prenez garde », avertit Suppiluliuma.

La complexité du code sexuel des Hittites montre le degré de réflexion et d'analyse mené au sein de cette société, où chaque cas fait l'objet d'un rituel particulier que racontent les tablettes : pour gué­rir de l'impuissance, l'homme doit ainsi s'allonger sur un autel et s'unir en rêve à une femme...

Reste qu'après nous avoir livré d'innombrables tablettes d'ar­gile expliquant les rouages de leur société, les Hittites ne nous révè­lent rien sur l'énigme de leur dis­parition : est-elle liée à une famine sans précédent, une épidémie ? On perd leurs traces brutalement vers 1200 avant notre ère. « Certains chercheurs soutiennent que le royaume aurait été attaqué par les Peuples de la Mer — poursuit M. Mazoyer. D'autres que les Gasgas, populations nomades du nord de l'Anatolie, l'ont anéanti. » Les premiers sont très mal connus : des barbares indo-européens venus de la mer Égée... Quant aux seconds, seules les tablettes hittites et quelques textes assyriens les mentionnent : ils avaient déjà tenté des attaques à plusieurs reprises.

Mais le mot de la fin se trouve peut-être encore dans les ruines de la cité de Hattussa. « D'après les textes et nos reconstitutions historiques, seules 15 % des tablettes ont été découvertes », précise M. Mazoyer. Et toutes n'ont pas encore été décryptées. Certaines recèlent peut-être la chronique des derniers jours de la civilisation hittite...

► Azar Khalatbari, Sciences & Avenir HS n°163, été 2010.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/101

jeudi 3 septembre 2020

Rien n'est plus actuel que les traités de 1920

 

6a00d8341c715453ef0263e9615a87200b-320wiLes anniversaires pleuvent en cette année 2020 et on doit s'interroger : pourquoi telle date et pas telle autre ?

C'est ainsi, curieusement, le président français qui se rend à Beyrouth. Il enjoint aux Libanais d'abolir leur désastreux statut politico-confessionnel. Hélas, c'est bien notre  troisième république, pourtant furieusement laïciste chez elle, qui l'avait institué, il y a exactement 100 ans. Elle agissait au nom du mandat, reçu des traités de la première guerre mondiale. En 1943, le fondateur des quatrième et cinquième républiques décidait d'abandonner sans guère s'en préoccuper aussi bien le Liban que la Syrie, elle même déchirée par un découpage de même nature. C'est largement ce qui a produit dans le premier pays la guerre civile de 1973 et la paralysie institutionnelle qui aujourd'hui encore le rend tributaire de la pression du Hezbollah ; quant au pouvoir contesté depuis 2011 des alaouites à Damas, il a été engendré par l'éclatement si mal géré de ce mandat. Qu'on relise les Mémoires de Guerre de l'illustre général et la phrase fameuse où "vers l'Orient complique, il s'envolait avec des idées simples" pour comprendre combien cette inadvertance, et cette irresponsabilité de nos dirigeants a produit de conséquences.

Les traités de la première guerre mondiale furent tous désastreux. Le diktat de Versailles faisait office de clef de voûte du système.  Et la manière dont il a été débattu et ratifié au parlement français en 1919 indique assez combien le régime d'alors, guidé par Clemenceau, Klotz, Tardieu, ou Loucheur, se montrait incapable, en Europe et plus encore en Orient, de gérer sa victoire[1].

On se demande comment Marie Jégo et Allan Kaval ont osé publier, leur article pédant du 31 juillet dans Le Monde. A les en croire, on assisterait "cent ans après,[à]la revanche d’Erdogan sur le traité de Sèvres"car, expliquent-ils à leur lecteurs : "le dépeçage de l’Empire ottoman reste une humiliation pour la Turquie. Le président Erdogan, en déployant ses troupes en Syrie et en Libye, entend rétablir la puissance de son pays."[2]

Cette thèse doit être dénoncée comme totalement fausse et absurde, au regard de l'histoire : le traité de Sèvres n'a, non seulement jamais été appliqué ; mais, bien plus, un certain Mustafa Kemal l'a balayé. Et le cruel traité de Lausanne qu'il a su imposer en 1923, après sa propre victoire militaire de 1922, en a balayé certaines dispositions de justice et de bon sens, lesquelles attendent toujours, telle la création d'un État kurde.

A l'inverse, cette présentation de l'organe parisien Le Monde se révèle parfaitement conforme aux besoins de la propagande d'Erdogan. Le pouvoir islamo-nationaliste d'Ankara s'emploie en effet à liquider systématiquement l'héritage du kémalisme dans son pays.

Or, c'est centralement contre la paix de Versailles, et contre ce traité en particulier qu'avait été réuni du 1er au 8 septembre 1920, le Congrès de Bakou.

Et sans doute le centenaire de ce que le Komintern baptisait pompeusement Premier Congrès des peuples de l'Orient, – il n'y en eut pas de second – passera-t-il relativement inaperçu.

Je ne puis donc à cet égard que recommander le petit livre que j'ai consacré à ce sujet sous le titre "La Faucille et le Croissant".

Il est vrai que si un certain Erdogan agite désormais le souvenir du traité de Sèvres de 1920, instrument diplomatique qui n'a jamais été appliqué, si tous les utiles idiots, complices de l'islamisme, relayent sa propagande ou manifestent de la complaisance à l'égard de ses provocations, l'ignorance demeure sa meilleure alliée.

Pendant l'été 1920, en effet la révolution bolchévique a enregistré un échec international aux conséquences incalculables. Ce fut sa défaite devant Varsovie, appelée en Pologne le miracle de la Vistule du 15 août 1920. La dictature révolutionnaire moscovite mit un demi siècle à se relever et à se venger. Certes l'année suivante, elle parvint à liquider l'insurrection des armées blanches, abandonnées de l'occident, vaincues en 1921. Mais pendant 20 ans, l'URSS allait se trouver cantonnée, certes dans son immense territoire, hérité des Tsars, disposant de ses ressources naturelles colossales, mais aussi tout de même réduite à construire "le socialisme dans un seul pays" sous la férule abominable du stalinisme, traquant les partisans de la révolution mondiale théorisée par Trotski.

C'est dans un tel contexte qu'elle conçut une stratégie de revanche et de revers dirigée contre les puissances victorieuses de la première guerre mondiale, d'abord contre l'Angleterre et la France, et contre la paix de Versailles.

Vaincue à l'ouest en août, en Pologne d'abord, puis en Allemagne et en Hongrie, la Russie des Soviets chercha donc à s'allier, sous l'instigation de Lénine et de son commissaire aux nationalités, son plus implacable disciple, son futur successeur, l'ancien terroriste caucasien Joseph Staline, aux forces clairement les plus obscurantistes et les plus arriérées de l'Orient musulman. C'est ainsi qu'elle réunit, sous l'égide du Komintern et de son président le délirant Zinoviev, à Bakou capitale de l'Azerbaïdjan, cette assemblée de quelque 2 000 agitateurs et guérilleros.

Il ne s'agissait nullement alors, comme on l'a prétendu plus tard, de soutenir le combat des nations du futur Tiers Monde. L'Inde, la Chine, l'Égypte avait en effet, elles-mêmes, entrepris des soulèvements nationalistes dès 1919. Les porte-parole de ceux-ci furent pratiquement écartés, ou carrément ignorés.

La principale décision directe prise à Bakou soutint concrètement Mustafa Kemal, y compris contre son rival Enver Pacha lequel devait mourir un peu plus tard les armes à la main. Et ceci permit en 1921 la signature du traité soviéto-turc de Kars, se traduisant par le partage du Caucase liquidant l'indépendance de l'Arménie, de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan.

Et en 1922 c'est avec des armes livrées par Lénine que Kemal parviendra à expulser d'Asie mineure des millions de chrétiens, aussi bien les populations majoritairement grecques de villes millénaires comme Smyrne ou Trébizonde, que les survivants du génocide arménien de 1915.

Rien n'est donc plus actuel à de nombreux égards que le centenaire du congrès de Bakou.[3]

JG Malliarakis

Apostilles

[1] cf. "La Ratification du Traité de Versailles" par Emmanuel Beau de Loménie.
[2] cf. leur contribution à "La mémoire vive des traités de la Grande Guerre"
[3] cf. "La Faucille et le Croissant" islamisme et bolchevisme au congrès de Bakou présenté par Jean-Gilles Malliarakis.

https://www.insolent.fr/2020/09/au-centenaire-des-traites-de-1920.html

lundi 14 mai 2018

La stratégie de l’intimidation : du terrorisme jihadiste à l’islamiquement correct

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Critique élogieuse du dernier livre d’Alexandre Del Valle par Dr Dominique Schwander
Dans son livre, lequel est excellent et très bien documenté, Del Valle aborde les sujets actuellement les plus préoccupants pour nos démocraties européennes; il y traite de:
  • la psychologie du terrorisme et du terrorisme psychologique
  • la politique de l’apaisement ou pax islamica
  • la stratégie expansionniste du lobby islamique mondial en Europe
  • la stratégie victimaire, des provocations du communautarisme
  • la dénonciation de l’islamophobie, de la genèse et de l’actualité de l’islamiquement correct
  • les mythes de la dette envers la science arabo-musulmane et de la tolérance à l’’Al-Andalus
  • le mythe de l'Al-Andalus au service de l’irrédentisme et du suprémacisme islamiques.
Cet auteur fin connaisseur de l’islam et brillant enseignant universitaire répond avec lucidité, clairvoyance et impartialité à plusieurs questions actuelles que tout citoyen suisse se pose. En voici quelques unes:
3963198194.jpgLe vivre ensemble est-il encore possible, en Europe et aux USA, avec un tel échec de l’assimilation de ces immigrants musulmans et/ou africains ?
L’islam et l’islamiquement correct sont-ils compatibles avec nos Etat-nations, alors que son idéologie politique et sa charria s’impose dans nos quartiers, où la moitié des jeunes musulmans souhaitent l’instauration de la charia et rejettent notre Constitution démocratique et nos lois?
L’islamisation de nos Etat-nations par les musulmans coupeurs de langues (djhadistes soft) et leur victimisme islamiquement correct ne sont-ils pas encore plus dangereux que le terrorisme musulman des coupeurs de gorge (djihadistes hard)?
Est-il possible et comment d’éviter la désintégration des Etats-nations de l’Europe, les tensions croissantes et le risque de guerre civile qui en découle et nous menace ? Pourquoi aucun doctrinaire musulman, ni les gardiens de La Mecque, ni les imams sunnites, ni les ayatollahs ont-ils excommunié et déclaré hérétiques ou apostats les terroristes musulmans?
Pourquoi les angéliques, les idiots utiles et les islamo-collabos propagent-ils que la supposée islamophobie serait plus horrifiante que nos victimes physiques des attentats terroristes musulmans et que la lutte contre l’islamophobie doit primer sur celle contre le terrorisme musulman et la lutte pour notre peuple souverain?
Quel Occidental n’est pas stupéfait par la comparaison du sort des musulmans d’Europe aujourd’hui, libres d’exercer leur virulent prosélytisme, aux juifs d’hier victimes du génocide nazi?
Comment peut-on déradicaliser les jeunes musulmans radicalisés et combattre le jihadisme en Europe alors que de nombreuses et étendues zones de non-droit islamisées sont contrôlées par l’oumma musulmane qui exige de tous les musulmans pratiquants de former dans nos Etats-nations leur société supra-nationaliste séparée des infidèles-mécréants, par définition tous des ennemis de l’islam, par exemple une société de non-France-non état de droit où la menace idéologique et civilisationnelle de l’islam ersatz de religion se répand au nom de la liberté religieuse  et du  droit à la différence?
Voici en résumé quelques réponses, observations et faits pertinents pour encourager les patriotes qui ne sont ni de droite ni de gauche mais pour leur peuple souverain à lire cet imposant et brillant ouvrage de 500 pages que j’ai pu obtenir en trois minutes en format Kindle sur Amazon, ici où je suis au Panama, Etat-nation corrompu, pluri-culturel, pluri-raciste, riche mais avec beaucoup de pauvres et malheureusement également bientôt  multiconflictuel.
  • L’objectif des tous les musulmans pratiquant est, de gré ou de force, la soumission-conquête  et l’islamisation de toute la terre et de tous ces habitants et, grâce à cet acte pieux, de gagner par là leur salut et leur place au paradis sexualisé musulman. Il s’agit donc de supprimer en Europe le christianisme et d’y inclure de force l’islam et les musulmans pratiquants.
  • Tous les musulmans pratiquants utilisent la stratégie de l’intimidation: intimidation morale, culturelle et civilisationnelle pour les uns (djihad soft), et intimidation physique pour les autres (djihad hard).
  • Les premiers nous imposent leur vision totalitaire sous couvert de liberté religieuse et de diversité multiculturelle. Les autres utilisent la violence et la terreur comme outils d’intimidation, de persuasion, de manipulation et de propagande idéologique. Ce terrorisme des égorgeurs ou coupeurs de têtes (hard) est la façon la plus fulgurante de modifier les comportements des adversaires, de diffuser une idée subversive et de leur faire accepter de se soumettre. Ce terrorisme alimente la terreur psychologique et juridique instaurée par les coupeurs de langue (soft) que sont les nouveaux censeurs qui luttent contre l’islamophobie, le blasphème et la liberté d’expression, à coups de revendications, de procès, de scandales et de lynchages médiatiques. Pour nous intimider et nous soumettre, les coupeurs de langues (soft) musulmans ont besoin des coupeurs de tête (hard) musulmans: la terreur de ces derniers dissuade les patriotes occidentaux, les dits blasphémateurs et les clairvoyants islamophobes de combattre le suprémacisme subversif des musulmans coupeurs de langue. Simplement, ceux qui menacent de couper les têtes donnent le ton. En réalité, ces terroristes musulmans ne massacrent pas pour venger les peuples musulmans envahis par les croisés du moyen-âge puis colonisés par des pays occidentaux mais pour qu’on parle de leur cause dans les mass médias et dans le public, pour semer la terreur et pour subjuguer tous ces Européens idiots utiles et toutes ces ONG bien trop attachés à l’apaisement communautaire de l’oumma musulmane militante et missionnée, ceci afin que les musulmans les fassent tomber dans leur piège de l’intimidation et que triomphe un jour leur soit-disante seule vraie religion, l’islam. Tous ces terroristes musulmans sont experts en manipulation des esprits via les mythes tel celui de l’Al-Andalus, le visuel tel la vidéo de sauvages égorgements, les symboles  tel le World Trade Center, leurs slogans bien choisis et lancés au bon moment et évidemment la taqyia.
2954050467.jpgL’Organisation de la Coopération islamique (OCI), créée en 1969, à Djedda est le second groupe d’États le plus grand au monde après l’ONU. L’OCI regroupe 57 Etats musulmans poursuivant la promotion mondiale de l’islam-idéologie et de ses lois et règles théocratiques. Son objectif est triple:
La plupart de nos élus occidentaux se sont laissés manipuler et convaincre que la lutte contre l’islamophobie et autres mesures illusoires d’apaisement seraient la meilleure tactique pour calmer la colère de musulmans pratiquants, apaiser les terroristes musulmans, voir les domestiquer. En réalité c’est le contraire qui se passe: plus on cède aux revendications des musulmans pratiquants et de n’importe quel totalitaires, plus ils y voient de la faiblesse et plus ils accroissent leurs exigences. Ainsi par exemple bien trop préoccupées de ne pas offenser les musulmans, des autorités municipales espagnoles culpabilisant et ayant peur des jihadistes hard se sont soumises volontairement et même par anticipation à interdire des magnifiques fêtes culturelles traditionnelles « Moros y cristianos »dans la province de Valence. Une fois de plus des autorités et des élus sont des victimes soumises de la stratégie d’intimidation des musulmans, ménagent  les susceptibilités de ceux dont ils ont peur, de ceux qui risquent d’être violents, les autres, soit toutes sortes de musulmans pratiquants, mais craignent l’islamophobie, qui n’jamais tué personne, de ceux qui ne sont pas violents et qui n’inspirent pas la crainte, soit les chrétiens et les leurs. Dans son roman politique-fiction « 2084 », l’écrivain tunisien Boualem Sansal décrit un monde néo-orwellien soumis au totalitarisme de l’islam-idéologie. Il déclare dans ce livre que « la France finira par devenir islamiste à force de céder aux fanatiques et aux terroristes ».
La culpabilisation est l’arme manipulatrice de destruction psychologique de masse de tous les dictateurs et de tous les totalitaires qui empêchent un peuple souverain de résister à un islam sournois, rampant puis conquérant, cet islam irrationnel qui se nourrit et se renforce de l’incohérence et de la faiblesse provocatrices des sociétés complexées qui cherchent l’illusoire apaisement et cèdent aux intimidations, aux demandes, aux revendications et aux exigences de leurs ennemis et de leurs oppresseurs.
Confronté à la guerre asymétrique que livrent à l’Occident les musulmans pratiquants et leurs terroristes, les Occidentaux doivent ne plus penser en stratégies et tactiques des guerres classiques mais apprendre ce qu’est une guerre asymétrique  et réaliser que tous leurs ennemis et envahisseurs sont des soldats sans uniformes. Même les femmes et les enfants placés comme boucliers humains devant les soldats de DAECH, les soldats du Hamas et les envahisseurs massés aux frontières, en particulier d’Israël et des USA, sont également des soldats sans uniformes.
La Suisse et ses voisins ne vaincront pas cet ennemi et sa guerre asymétrique tant que leurs élus et notre Défenses ne renoncent pas au paradigme de la guerre froide qui leur fait préférer encore aujourd’hui les États musulmans théocratiques du Golfe et la Turquie membre de l’OTAN à la Russie post-soviétique, toujours considérée par de nombreux élus et décideurs américains et européens comme pire que le terrorisme musulman.
Depuis la chute de Grenade en 1492, le mythe andalou est une véritable obsession pour nombre d’islamophiles occidentaux et de musulmans pratiquants du monde. La revendication des territoires musulmans perdus comme l’Al-Andalus a été au centre de tous les attentats islamistes d’Espagne ces quinze dernières années. L’objectif est de terrifier les occupants infidèles de l’Espagne anciennement musulmane jusqu’à ce que les musulmans aient récupéré, avec l’aide de allah, toutes les terres musulmanes perdues. Cette « reconquista » à rebours de l’Al-Andalus fait que l’Espagne est un des pays d’Europe les plus pris en tenaille par l’islam et que l’Al-Andalus est un puissant thème mobilisateur pour les djihadistes tant soft que hard.
3459606927.gifC’est le célèbre calife abbasside à Bagdad, Al-Maàmoun, de mère esclave perse (813-833), despote éclairé surnommé prince des mécréants en raison de son soutien à l’école rationaliste des mutazilites, qui encouragea le mouvement des traductions, en particulier du patrimoine intellectuel grec. L’Age d’Or de l’empire abbasside à Bagdad, doit beaucoup à la prestigieuse Université de Gondisapur, dans le sud-est de l’Iran actuel. Ces rares califes éclairés de Bagdad qui étaient à peine musulmans et fortement influencés par les cultures perse et mésopotamienne, étaient adeptes de l’hérésie des mutazilites, qui sera définitivement condamnée un siècle plus tard par les tenants de l’orthodoxie musulmane. La civilisation qui tenta de s’imposer  dans les cours de Bagdad, du Caire, d’Ispahan, ou de Cordoue, était en fait étrangère à l’islam-idéologie. Après cette période d’effervescence intellectuelle, l’islam, abandonnant le soufisme pour l’orthodoxie du sunnisme, forcera, jusqu’à aujourd’hui, les musulmans dans une foi aveugle et une acceptation littérale du coran. Toute tentative d’aggiornamento de l’islam apparut comme une innovation blâmable, une atteinte à l’éternité et à la perfection divine du coran soit-disant révélé à Mahomet, mot par mot par l’ange Gabriel mandaté par allah l’unique dieu. La novlangue musulmane apparut: le terme sophia, sagesse en grec, devint synonyme d’erreur en islam. De la même manière, la notion de bidaà, innovation, devint synonyme de blâmable. Depuis lors, juristes et fidèles de l’islam-idéologie sont soumis à une des quatre écoles orthodoxes du sunnisme. Le chiisme offrant avant Khomeini un peu plus de marge de manœuvre parce qu’il n’a jamais déclaré le coran incréé comme le sunnisme l’a fait. Après qu’aux X et XI ème siècles, les hadiths furent compilés, l’islam sunnite n’a connu ni réformes, ni conciles, ni innovations de grande ampleur, à l’inverse du christianisme et même du judaïsme.

mercredi 4 septembre 2013

Les « preuves » secrètes de la CIA contre Assad

Le gouvernement syrien a réalisé la pire attaque chimique de ce siècle : c’est ce que déclare le président Obama sur la base de l’enquête de la communauté US du Renseignement, le réseau tentaculaire de services secrets composé de 17 organisations fédérales. En premier lieu la CIA, bien connue pour sa rigueur morale et la fiabilité de ses informations, comme elle l’a démontré en organisant les coups d’État les plus sanguinaires (en Indonésie en 1965, au Chili en 1973) et en fabriquant en 2003 les preuves (exhibées au Conseil de sécurité) justifiant la guerre et l’invasion de l’Irak.
Les résultats de l’enquête sont exposés dans le document de la Maison-Blanche U.S. Government Assessment of the Syrian Government’s Use of Chemical Weapons on August 21, 2013 [1]. Selon de non mieux identifiées « sources indépendantes » ce sont les forces gouvernementales qui ont frappé le 21 août avec des armes chimiques 12 localités de Damas. Inutile cependant de chercher les preuves dans le document. Celui-ci n’est qu’un « résumé déclassifié de ce qui s’est produit ». Les pages contenant les présumées preuves sont « classifiées », c’est-à-dire gardées secrètes pour « protéger les sources et les méthodes ». Elles n’ont de ce fait été fournies qu’ « au Congrès et aux partenaires internationaux fondamentaux » (comme les monarchies absolues du Golfe qui se passent très bien de vrais parlements, NdT).
Le gouvernement étasunien, explique le président Obama, a trouvé les preuves « sans attendre les inspecteurs des Nations Unies ». Sans écouter non plus Carla Del Ponte qui, au terme d’une enquête de l’Onu, avait attribué aux « rebelles » l’utilisation d’armes chimiques. Et en confirmant que le Conseil de sécurité ne compte pour les États-Unis que quand il donne le feu vert à leurs guerres (en autorisant « toutes les mesures nécessaires » comme cela s’était passé contre la Libye), Obama souligne d’un ton méprisant : « Je continue confortablement sans l’approbation d’un Conseil de sécurité des Nations Unies, jusqu’à présent paralysé et hésitant à juger Assad responsable » [2].
En réalité il continue, mais pas si « confortablement ». Même si la Ligue Arabe (poussée par Kerry) demande « toutes les mesures nécessaires » contre Damas, il manque la participation militaire directe de certains alliés européens (due surtout à des difficultés politiques et économiques intérieures). Cameron veut « une riposte dure » contre Assad mais a été recalé par le parlement. Merkel déclare que « l’attaque chimique ne doit pas rester impunie », mais l’Allemagne ne participe pas à une action militaire. Letta accuse le gouvernement syrien de « crime contre l’humanité » et exprime sa « compréhension » pour une intervention militaire des USA et de la France, à laquelle le gouvernement italien ne peut pas participer sans mandat de l’Onu (même s’il y participe en aidant les commandements et les bases étasuniens en Italie à préparer l’attaque, qualifiée par le ministre de la Défense Mauro comme « un signal à Assad, pas une véritable guerre ».
Les doutes et les peurs augmentent donc, pendant que les manifestants contre la guerre descendent dans la rue, devant même la Maison-Blanche. C’est alors que le président Obama se souvient qu’il est « démocratique », en annonçant que « pour l’emploi de la force il demandera l’ autorisation des représentants du peuple américain au Congrès ». Il prévient cependant qu’il est prêt à donner à tout moment l’ordre d’attaquer. « Quel message donnerons-nous si un dictateur peut gazer des centaines d’enfants sans être punis ? » demande Obama.
Un message a déjà été donné par les États-Unis : en tuant des millions de Vietnamiens, dont de très nombreux enfants, y compris avec l’Agent orange à la dioxine qui après la guerre a continué à provoquer des morts et des naissances de bébés malformés ; en faisant des massacres en Irak, Yougoslavie, Afghanistan et Libye avec des bombes chimiques au phosphore blanc.
Sans qu’un président des États-Unis n’ait jamais été puni.
[2] I’m comfortable going forward without the approval of a United Nations Security Council that, so far, has been completely paralyzed and unwilling to hold Assad accountable”

mardi 4 décembre 2012

L'Armée française et les chrétiens de Syrie

Maintes fois massacrés au cours de leur histoire récente, les chrétiens d'Orient ont longtemps trouvé protection auprès de l'armée française. Ce temps a passé.
Partant pour la Syrie est une chanson d'Hortense de Beauharnais, relancée vers 1860 pour encourager les soldats de l'armée française envoyés par Napoléon III secourir les chrétiens du Levant, massacrés une fois de plus. À l'époque, la politique étrangère française n'avait à recevoir aucune directive d'une quelconque alliance dominée par des puissances lointaines... Cette intervention de 1860 eut des répercussions politiques et culturelles favorables à la France et à la langue française, qui supplanta alors l'italien au Proche-Orient. Cette hégémonie linguistique a aujourd'hui disparu au bénéfice de l'anglais, puisque la France n'est plus considérée comme un pays ami, ni protecteur. Même les Maronites du Liban parlent de moins en moins français.
La Grande Syrie d'antan s'étendait au Nord jusqu'au Taurus et englobait le Liban et la Palestine. Damas et Antioche abritèrent saint Paul et saint Pierre avant qu'Antioche ne devint la référence de nombreux patriarcats chrétiens. Mais l'Empire ottoman a occupé la Syrie à partir du XVIe siècle et le sort des chrétiens du Levant est difficilement dissociable de celui des chrétiens d'Asie mineure, la fin de l'Empire ottoman ayant été marquée par d'innombrables massacres de chrétiens qui ont provoqué des exodes massifs, notamment vers la Syrie. En raison de l'implantation récente de ces chrétiens dans des pays arabophones, on les a qualifiés en anglais d'« Arab Christians », expression qu'il faut traduire par « chrétiens arabisés », car ils sont très rarement de souche arabe, même s'ils parlent et célèbrent leurs liturgies en arabe.
Les massacres de chrétiens relèvent à la fois d'un antagonisme religieux généralisé et d'une rivalité pour l'exploitation d'un même territoire. Comme les Kurdes, musulmans sunnites intransigeants, volontiers polygames et donc très prolifiques, sont en perpétuelle expansion, ils sont impliqués dans toutes les tueries et en profitent pour annexer les terres et villages des chrétiens.
Ainsi, en 1843, l'émir Bader Khan de Bohtan fait massacrer, par ses fidèles kurdes, dix mille Assyriens et Chaldéens. À la fin du XIXe siècle, les massacres s'intensifient dans le Sud-Est de l'Asie mineure, notamment à Mardin et à Adana. En novembre 1914, l'Empereur Resad, qui vient de déclarer la guerre aux cotés des empires centraux, émet un firman aux termes duquel tous les chrétiens de l'empire doivent être exterminés. L'armée russe pénètre alors très profondément en Asie mineure, soit jusqu'à Bitlis et à son arrivée, les chrétiens manifestent leur allégresse. Mais le 25 avril 1915, la lettre à Talat Pacha ordonne le massacre de tous les Arméniens. D'autres chrétiens sont tués, notamment des Grecs, des Syriaques orthodoxes et catholiques, des Assyriens, des Chaldéens, des Roums(Grecs) orthodoxes et catholiques, des Maronites, les Kurdes s'emparant de leurs terres et de leurs maisons.
Enfants et jeunes femmes vendus comme esclaves
Les Assyriens (ex-Nestoriens) sont animés par un sentiment nationaliste, comme les Kurdes avec lesquels ils se trouvent en rivalité de territoire à l'Est du Tigre. Et c'est encore un carnage à partir de 1915. Les Assyriens fuient. Vers le Sud-Est (territoire actuel de l'Iraq), ils sont massacrés - évêques, prêtres, vieillards, femmes, enfants -, par des Kurdes qui les guettent sur la route de leur exil. Vers le Nord-Est (Transcaucasie, Iran, région d'Urumiye-Ormia), ils jouissent de la protection de l'armée russe, mais la révolution bolchevique entraîne le départ de cette armée. Et c'est à nouveau la destruction des églises et les massacres perpétrés par des irréguliers turcs, azéris et kurdes, ces derniers s'emparant une fois encore des villages chrétiens. Le patriarche assyrien Benyamin Mar Shimun, attiré dans un guet-apens à Koneshor, est assassiné par le Kurde Simko, le 3 mars 1918. Et l'intervention de l'armée ottomane aggrave le malheur des chrétiens.
En 1918, l'Empire ottoman capitule et le traité de Sèvres organise en 1920 l'occupation de l'Asie mineure. Les Grecs sont en Thrace et à l'Ouest égéen, les Italiens au Sud, les Russes au Nord-Est, et les Français au Sud-Est. La région de la Marmara et l'extrême Sud-Est sont occupés par les Britanniques installés en Iraq. Il est prévu que le Nord-Est sera arménien et le Sud-Est, kurde.
Mais en 1921, les Russes quittent le Nord-Est, où ils auraient pu protéger les chrétiens arméniens. La même année, les Français sont battus à Mara par les insurgés musulmans kémalistes turcs et kurdes, avec lesquels ils doivent signer la paix. Ils évacuent alors le Sud-Est, où ils protégeaient les chrétiens. Ce départ à la cloche de bois m'a été narré par le colonel Pierre Chavane et par de vieux Arméniens qui reprochaient aux Français d'être partis sans prévenir, dans la nuit, en emballant les sabots des chevaux dans de la paille pour ne pas réveiller les chrétiens qu'ils allaient abandonner à la merci des insurgés musulmans.
Pire ! La France vend des armes aux musulmans kémalistes, qui les utilisent contre les occupants grecs, chrétiens orthodoxes. En conséquence, les Grecs sont battus et chassés d'Asie mineure en 1922. La seule frontière encore floue est celle de l'extrême Sud-Est avec l'Iraq.
En 1923, le traité de Lausanne transforme la capitulation de l'Empire ottoman en une victoire des Turcs kémalistes, qui récupèrent la Thrace, les détroits, les zones arménienne et kurde. Ils contrôlent donc de nouveau toutes les minorités d'Asie mineure (dont les chrétiens) et noient dans le sang une révolte islamiste kurde en 1924.
En cette même année 1924, les Assyriens tentent de revenir dans leurs villages de l'extrême Sud-Est de la Turquie. Ils y sont encouragés par les Britanniques, qui leur ont promis le Nord de l'Iraq, qui est contigu. (Ce Nord de l'Iraq sera donné aux Kurdes par les Américains en 2003). Mais, l'armée turque du nouveau régime de Mustafa Kemal réagit avec la même cruauté que celle qui avait été appliquée aux Arméniens lors du génocide. Les Turcs massacrent, déportent, achèvent les traînards. Le soir venu, les soldats turcs vendent aux Kurdes, comme esclaves, les jeunes femmes et les enfants assyriens.
Lorsque d'autres Assyriens essaieront, en 1933, de regagner les villages assyriens de l'Iraq, ils seront massacrés, à Semmel, par des Kurdes commandés par le général Bashir Sidki. Ainsi, en 2012, les Assyriens ont-ils perdu tous leurs villages de Turquie, d'Iraq et d'Iran, annexés par les Kurdes. Es ne subsistent que dans les grandes villes de ces pays et en Amérique.
Antioche cédée aux Turcs
Dès 1916, par les accords secrets « Sykes-Picot », Français et Britanniques se sont partagé l'Orient arabe. En 1918, Damas est libérée par les Britanniques, mais, en 1919, ceux-ci cèdent le contrôle de la Syrie aux Français. En 1920, le Congrès national syrien proclame l'indépendance, mais la conférence de San Remo accorde aux Français le mandat sur la Syrie et le Liban. Et les troupes du Général Gouraud entrent à Damas.
Le mandat français prépare un Grand Levant réparti en plusieurs États : Damas, Alep, L'État des Alaouites, plus le Djebel druze et le Sandjak d'Alexandrette (Antioche). (Notons que cet éclatement de la Syrie, plus un État Kurde au Nord-Est, a été envisagé par les médias français en 2011-2012). En 1926 est créée la République libanaise. Et de 1925 à 1927, le général Sarrail, haut commissaire de la République française et commandant en chef de l'Armée du Levant, combat la révolte des Druzes en Syrie.
Depuis 1921, la France, qui a rendu le Sud-Est de l'Asie mineure aux Turcs, se trouve confrontée au problème des chrétiens du territoire désormais turc. Les officiers de l'armée française, qui sont, à cette époque, majoritairement catholiques, vont laisser, par « charité chrétienne », entrer sur le territoire du Mandat français sur la Syrie des dizaines de milliers de chrétiens. Ils les installent souvent dans le Nord, à Antioche et Alep et dans des villes nouvelles créées par l'administration française sur la frontière Nord de la Syrie : Ras el-Ain, Haseke, Qamishli, Malkiye. Ces villes se remplissent ainsi de chrétiens qui ne sont pas de souche arabe et parlent arménien, suryoyo, turoyo, sureth, etc. Les Assyriens s'installent sur les rives du Habur-Ouest et y font fleurir le désert.
Mais les Kurdes, toujours aussi expansionnistes, se précipitent vers ces villes et finissent par constituer la majorité de leur population. C'est ainsi qu'en 2012, ils revendiquent le Nord-Est de la Syrie qu'ils ont progressivement envahi. Ici aussi, les chrétiens vont passer du joug musulman arabe au joug musulman kurde.
En 1939, la France, espérant qu'à la prochaine guerre, la Turquie sera aux côtés des alliés, cède Antioche, berceau de la chrétienté et fleuron de la Syrie, aux Turcs par un référendum contesté. C'est à nouveau l'exode pour les chrétiens qui s'y trouvaient installés et qui se réfugient principalement à Alep. De nos jours, Antioche est complètement turquifiée, au plan institutionnel, mais on entend encore parler arabe dans les rues et l'on peut visiter la grotte de Saint-Pierre et la cathédrale grecque orthodoxe.
En juillet 1940, l'armée française de Syrie, commandée par le général Dentz, passe sous le contrôle du gouvernement de Vichy. Les officiers incitent les chrétiens à faire valoir leurs droits fonciers, ce qui suscite la reconnaissance durable de ces derniers. Mais en 1941, les troupes fidèles au maréchal Pétain sont attaquées par les armées française libre et britannique, qui chassent le Général Dentz. Le Général Catroux, gaulliste, reconnaît alors l'indépendance de la Syrie, sans s'en retirer. Et en 1945, le Général de Gaulle envoie les tirailleurs sénégalais mater la rébellion et fait bombarder Damas, détruisant le Palais Azzem, un joyau reconstruit depuis lors.
L'Alliance atlantique en appui des islamistes
En 1946, les indépendances du Liban et de la Syrie sont cependant reconnues. Beaucoup de chrétiens qui s'étaient engagés dans l'armée française et aiment la France sont alors démobilisés. Mais il n'y a ni épuration, ni propagande revancharde anti-française.
En 2005, l'on voyait encore, plaquée sur la porte de la caserne de Haseke, l'inscription en français : « Premier régiment de marche du Levant ».
Libre, la Syrie est présidée en 1946 par Shukri al-Kuwaitli, qui obtient le départ des Français. Puis, des coups d’État réguliers provoquent une certaine instabilité. De 1958 à 1961, la Syrie s'allie avec l’Égypte. Les médias français la fustigent à l'occasion de la guerre des Six jours en 1967 et de la guerre du Kippur-Ramadan en 1973. En 1971, le général Hafez al-Asad devient président et accorde une constitution. Le parti Baath va assurer au pays une stabilité autoritaire et la fermeté face à Israël.
L'Occident cherche alors des prétextes pour attaquer la Syrie : la guerre civile libanaise en 1975 (l’armée syrienne a pourtant libéré les chrétiens de Zahle encerclés par les musulmans), l'amitié avec l'Union soviétique en 1980, la répression de la révolte des frères musulmans en 1982, la tutelle sur le Liban en 1989, etc. En 1994, le fils aîné de Hafez se tue. Bashar, fils cadet, médecin ophtalmologiste à Londres, devient président en 2000. On accuse la Syrie de l'assassinat du président libanais Hariri en 2005 et les Syriens. doivent évacuer le Liban. Bashar, qui apprécie les chrétiens, reçoit chaleureusement le pape Jean Paul II avant la messe pontificale au Stade des Abbassides.
Mais l'Alliance atlantique est prête à l'agression. Des pays non-atlantiques comme Israël, l'Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie sont aussi agacés par la stabilité laïque de la Syrie. La Turquie, qui a des nostalgies ottomanes, a envahi Chypre en 1974 et y reste. Elle a participé aux guerres de l'Alliance atlantique, occupant ainsi le Kosovo, la Tripolitaine, etc. Elle mène des incursions régulières en Iraq du Nord et souhaite en faire aussi en Syrie. La campagne médiatique élaborée par l'Occident est comparable à celles qui ont abattu Milosevi et Saddam Husayn. Les « guerres contre les tyrans » sont en fait des guerres d'islamisation
Pr. Jean-Claude Chabrier monde & vie 10 novembre 2012