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vendredi 10 novembre 2023

Charles IV, Duc de Lorraine : le cauchemar de Richelieu

 

Lorraine

Glorieuse et apaisée. C’est en ces termes que le Père Wilhelm, dans son Histoire abrégée des Ducs de Lorraine (terminée de rédiger en 1735), conte la mort, survenue trois quarts de siècle plus tôt, de Charles IV de Lorraine et de Bar, de très noble et antique lignée. Comme le comédien rêvait de mourir sur scène, Charles IV expira sur son lit de camp, dans sa douzième campagne, au quatorzième jour du cinquième mois de sa soixante et onzième année, son fidèle tambour ruisselant de larmes à ses pieds. Lorsque, soulevant le lourd brocart, le chirurgien général parut hors de la tente, sa perruque à la main, tous comprirent que l’âme de leur seigneur et duc s’en était retournée vers Dieu. Alors la plaine résonna d’une même plainte et dix mille Lorrains s’agenouillèrent pour demander pardon. Une dernière salve, puis l’instrument se tut. L’enfant avait crevé la peau du tambour. Ainsi s’acheva la vie courtoise et picaresque du chevalier Charles de Vaudémont, duc de Lorraine, descendant en ligne directe de l’Empereur Charlemagne et de Godefroy de Bouillon, le 18 septembre 1675, consacré depuis date de grande affliction pour les défenseurs des libertés ducales. La dépouille, encore toute auréolée de l’écrasante victoire remportée le 11 août à Consarbrück, non loin de la ville de Trèves, contre l’armée du roi de France, sous le commandement du présomptueux maréchal de Créqui, fut prestement embaumée et ramenée à Nancy.

Destin de reître que celui de cet aristocrate, promis à briller dans les meilleures cours d’Europe, et qui voua sa vie et sa fortune à contrecarrer les plans hégémoniques de la couronne de France sur tous les champs de bataille du continent. Fils né le 5 avril 1604 de François de Lorraine-Vaudémont et de Chrétienne de Salm, Charles va prendre une part active à tous les événements d’un siècle agité par les appétits de conquête et l’émergence, sur fonds de guerre religieuse, d’une idée nouvelle : les frontières « naturelles » des États. S’il rechigne à l’étude, le garçon montre tôt des dispositions de bretteur et de cavalier, de même qu’un goût prononcé pour l’art de la guerre, qu’il saura mettre à profit le moment venu. Sa majorité seigneuriale acquise, Charles monte sur le trône de Lorraine. L’historien Christian Bouyer nous brosse le portrait du jeune souverain : « Âgé de vingt-trois ans, Charles IV est un personnage orgueilleux, insouciant, étourdi et brouillon. Au physique, c’est un homme d’une taille élancée, avec un visage osseux, une abondante chevelure blonde et ‘‘un nez flairant loin’’. Malgré une éducation incomplète, le duc possède certaines qualités : c’est un excellent cavalier qui aime l’exercice au grand air, il est aussi un beau parleur qui ne néglige pas les choses de l’esprit. » (in : La duchesse de Chevreuse, Pygmalion, 2002)

Une autre de ses qualités, et non des moindres, est sa fidélité. Fidélité intangible au Saint Empire romain germanique. Fidélité à la parole donnée à ses sujets lors du sacre, en la chapelle des Cordeliers. Fidélité enfin au parti catholique, dont il s’érige en champion. Aussitôt, la guerre de Trente Ans le jette dans la mêlée européenne. Ses détracteurs posthumes auront beau jeu de lui reprocher son entêtement à refuser le retournement d’alliance offert par Louis XIII, sur les conseils de son Premier ministre, le cardinal de Richelieu. Rarement l’adjectif machiavélique convint davantage à un homme d’État. Depuis Louis XI, le royaume de France convoite le duché, à la fois passage obligé vers la riche Alsace, Strasbourg et le Rhin qui la borde, et obstacle intolérable dans sa politique du Pré carré. Or, Charles IV ne cache pas ses ambitions d’intercesseur dans le conflit qui déchire l’Europe rhénane. Le cardinal, que hante le souvenir des ducs de Guise et leurs intrigues – des Lorrains eux aussi – tient son prétexte.

Quarante années durant, dont vingt à cheval et en armure, Charles IV va défendre bec et ongles l’indépendance du duché. Prenant la longue route de l’exil à la tête de son armée pour soutenir la maison d’Autriche. N’hésitant pas à abdiquer en faveur de son frère Nicolas-François afin que la famille ducale ne soit pas inquiétée. L’époque, le « Grand Siècle » comme on l’appellera plus tard, est à la rouerie, la duplicité diplomatique. Charles IV évolue dans ce monde de faux semblants en grand capitaine de compagnie. Quand il ne franchit pas le Rhin pour reprendre Nancy, il chevauche du Palatinat jusqu’aux Flandres et porte secours aux Impériaux. De siège interminable en bataille rangée, sa témérité, sa crâne attitude sous la mitraille stupéfient les chroniqueurs. De Lisbonne à Moscou, les cours d’Europe s’enthousiasment au récit de ses exploits. Charles n’est pas homme à diriger ses troupes à bonne distance du feu ennemi. Piétinée par les Suédois, occupée par les Français, ravagée par les Croates, la Lorraine moribonde renaît partout où se dressent ses couleurs : « Étendard à fond jaune, traversé d’une croix rouge. Au centre, l’écusson ovale de Lorraine surmonté d’une couronne ducale ; à chaque angle une croix à double croisillon » (M. Dumontier)

En 1638, déferlant du Luxembourg, il réussit un temps à chasser l’armée royale du pays. Un camouflet pour Louis XIII et une humiliation personnelle pour Richelieu, qui désormais, jusqu’à sa mort, va poursuivre Charles IV d’une haine vengeresse. Par tous les moyens, « l’âne rouge », ainsi que le surnomme Charles, va tâcher d’attenter à la vie de son irréductible ennemi. Des tentatives d’assassinat, d’empoisonnement par lettre dont les mémorialistes tiendront le registre détaillé. Le cardinal botté et caparaçonné du siège de La Rochelle s’avère bien digne du sinistre personnage dépeint par Alexandre Dumas dans Les trois mousquetaires. Le 5 août 1643, tandis que les foudres cardinalesques se déchaînent contre le malheureux duché, Charles IV défait encore de belle manière Turenne et le Grand Condé à la bataille de Fribourg. Mais en cette vingt-cinquième année de guerre ininterrompue en Europe, les gazettes se passionnent d’abord pour ses péripéties amoureuses.

Charles IV a épousé Nicole de Lorraine en 1621. Son titre, il le doit à Nicole. Cela ne l’empêche pas en avril 1637 de contracter secrètement mariage avec Béatrix de Cusance, veuve de François-Thomas de Cantecroix, sa maîtresse. Le prince des Ligueurs, bigame ! Excédé, le Pape Urbain VIII finit par excommunier Charles le 13 avril 1642. Les Lorrains, pourtant fervents catholiques, ne lui en tiendront pas rigueur, bien au contraire, qui continueront à acclamer Béatrix comme leur seconde duchesse. Il est vrai qu’à la différence de Nicole, la belle accompagne le duc Charles dans toutes ses expéditions militaires.

En 1648, le subit mouvement de Fronde qui succède au traité de Westphalie redonne à Charles l’espoir de reconquérir son duché. Il caresse même l’idée grandiose d’assiéger Paris. Mais ses talents de négociateur révèlent bientôt leurs limites et Charles, abandonné par les Impériaux, doit rebrousser chemin. D’autres aventures l’attendent ailleurs. Contraint à un nouvel exil en 1654, sous la poussée des armées françaises, Charles IV est arrêté par les Espagnols ses alliés le 25 février et envoyé sous forte escorte à Tolède. La trahison scandalise jusqu’au Pape. Libéré en 1659, il ne fait son entrée à Nancy qu’en 1663, sous la protection, ironie de l’Histoire, de Louis XIV. L’idylle cependant ne dure pas. Le roi de France accorde certes aux Lorrains le droit de tenir cour, de légiférer, mais Charles est empêché de commander et toute politique étrangère lui est interdite. Convaincu de conspiration en 1670 par un Louis XIV qui prépare l’invasion de la Hollande et a besoin pour ce faire de garantir la paix sur ses marches, Charles IV prend la fuite à l’arrivée des mousquetaires puis rejoint le camp des Impériaux. Sa dernière campagne commence.

Laurent Schang, 2007.

Charles IV en quelques dates :

  • 5 avril 1604 : naissance de Charles IV
  • avril 1637 : Charles IV épouse en secret Béatrix de Cusance, sa maîtresse.
  • 13 avril 1642 : le pape Urbain VIII l’excommunie.
  • 5 août 1643 : Charles IV bat à plate couture Turenne et le Grand Condé à la bataille de Fribourg. Richelieu fait raser les villes fortifiées qui jalonnent les frontières sud et ouest du duché.
  • 1645 : Charles IV arme le navire « L’Espérance de Lorraine » pour venir en aide aux Irlandais insurgés.
  • 1648 : signature du traité dit de Westphalie. La Lorraine sort de la guerre dépeuplée aux deux tiers, sa population décimée par les pillages, la famine et la peste.
  • 25 février 1654 : Charles IV est arrêté par les Espagnols et envoyé en détention à Tolède.
  • 1663 : Charles IV rentre à Nancy.
  • 1665 : Charles IV épouse Marie-Louise d’Apremont, de très loin sa cadette.
  • 1670 : Charles IV s’enfuit de Nancy et rejoint le camp des Impériaux en Hollande.
  • 11 août 1675 : victoire de Charles IV à la bataille de Consarbrück
  • 18 septembre 1675 : mort de Charles IV. Enterré en l’église de la Chartreuse de Bosserville, au sud de Nancy, sa dépouille ne sera pas transférée dans le caveau ducal de la Chapelle des Cordeliers avant 1823.

À lire également :  Henry Bogdan, La Lorraine des ducs –  Sept siècles d’histoire, Perrin, 2005.

***

« Au moment où la guerre tournait mal, en 1917, je me disais : s’il faut refaire une grande Lotharingie allant de la Mer du Nord à la Suisse et englobant la Franche-Comté et la Lorraine, ne m’y retrouverais-je pas très bien ? Je n’aime pas le drapeau tricolore, j’aime le drapeau lorrain. Je me sens chez moi dans toute la vallée du Rhin, à Mayence, à Cologne, parce que je suis franc. » (Maréchal Lyautey)

http://www.archiveseroe.eu/recent/95

mardi 7 novembre 2023

La Lorraine au carrefour de l’Europe : un destin historique entre Rhin et Meuse

 

Lorraine

Il existe à propos de la Lorraine, ainsi que de l’Alsace, une vision simpliste communément admise, qui réduirait leurs existences historiques à de simples jouets ballottés entre les mains des deux puissances allemande et française. Pourtant s’il fut nécessaire à la Lorraine de toujours composer avec les ambitions de ces deux encombrants voisins, sa position géographique et historique lui permit de jouer un rôle souvent déterminant dans l’histoire de l’Europe et donc du monde. Située (avec d’autres) à la jonction des mondes thiois et romans, entités charnelles dépassant largement le cadre des États allemands et français, la Lorraine par l’oubli de sa propre Histoire et par l’idée de son impuissance face à son destin, se condamne à rester confinée dans le rôle stérile et annihilant de frontière éternelle alors qu’elle est un centre. Si avec l’Alsace, on la prétend l’enjeu d’une réconciliation entre Allemagne et France, ce n’est en réalité qu’avec sa propre réconciliation entre ce qu’elle a d’allemand et ce qu’elle a de français, ou plutôt ce qu’elle a de Teutsch et de Frank, la traduction de ces deux mots franciques mis ensembles signifiant “peuple libre”, que la Lorraine peut renouer avec son destin de moteur d’une coopération thioise et romane sans l’intermédiaire d’une tutelle protectrice.

De la Lotharingie au Duché de Lorraine

La naissance de la Lorraine se confond avec la création du Saint Empire Romain et Germanique, puisqu’elle en fut un des duchés constitutifs. Pourtant, le mythe fondateur de son indépendance remonte incontestablement à la création, en 843 lors du traité de Verdun, du Lotharii regnum, domaine de Lothaire, l’aîné des trois petits-fils de Charlemagne. La Lotharingie que beaucoup ont considéré par intérêt comme une aberration géographique tirait pourtant sa légitimité de la réunion des anciens royaumes Burgonde incorporé aux conquêtes franques en 534 et d’Austrasie séparé en 511 de la Neustrie. Mais la mort sans descendance de Lothaire II, fils du précédent, allait rapidement sonner le glas du royaume et entre 870 et 879, aux traités de Meersen et de Ribemont la Lotharingie du Nord, menacée d’annexion simple par Charles le Chauve, amputée de la Bourgogne et de la Provence érigées temporairement en un royaume indépendant, allait être entièrement cédée aux héritiers de Louis le Germanique et transformée en duché. Rattachée au royaume de Germanie, la noblesse lotharingienne, déjà soucieuse du maintien de son autonomie fait appel à l’arbitrage du roi de France Charles le Simple qui annexe tout simplement le duché en 911. Après le revirement des nobles, elle sera réintégrée en 925 à la Germanie par Henri Ier l’Oiseleur qui fait nommer duc en 928, son gendre Gilbert, fils de l’un des plus puissants hommes de Lotharingie, Rainier de Hainaut. En 959, le duché est séparé en deux : la Basse et la Haute-Lorraine qui deviendra la Lorraine proprement dite. En 1048, Gérard d’Alsace, devenu premier duc héréditaire de Lorraine allait permettre au pays de connaître une relative stabilité puisque sa dynastie allait se maintenir en ligne directe pratiquement sans interruption pendant plus de 700 ans.

Des liens indéfectibles avec le Saint-Empire

Bâtie sur le même modèle que les autres duchés impériaux, la puissance lorraine est modérée par des terres épiscopales : Metz, Toul et Verdun dont les évêques nommés par l’Empereur lui sont dévoués, et par des puissants comtés : Bar, Vaudémont, Salm, échouant d’une manière générale aux branches cadettes. Les liens des ducs de Lorraine avec l’Empire semblent indéfectibles au cours des 300 premières années ; soutien de Thierry Ier de Lorraine à l’empereur Henri IV, liens matrimoniaux entre Mathieu Ier et la sœur de Frédéric Barberousse, alliance militaire avec Othon IV à Bouvines, soutien de Ferry II et Mathieu II à Frédéric II lors de sa déposition papale, soutien de Ferry III à Albert d’Autriche.

Mais avec le début de la colonisation allemande à l’Est et la reprise du commerce maritime, la Lorraine cesse d’être un important lieu d’échange, de plus la montée en puissance et le rayonnement de la France allait influencer profondément les populations romanophones de l’Empire (Ferry IV périt pour la France devant Cassel et Raoul le Vaillant s’en alla mourir avec la Chevalerie française à la bataille de Crécy) et bientôt Philippe le Bel put prendre Toul sous sa protection et imposer sa suzeraineté sur les territoires barrois de la rive ouest de la Meuse (NDLR : Dont le fief de Domrémy, qui en 1412 dépendait de la châtellenie de Vaucouleurs, propriété de la couronne de France depuis 1365 et faisait de ses habitants des sujets du roi, sans aucun rapport avec la Lorraine !!!). Cette terre dite “Barrois mouvant” allait être le levier du Drang nach Osten des ambitions françaises (NDLR : stratégie qui sera reprise par Richelieu qui avec l’Alsace put intervenir dans les affaires impériales et par le Komintern dont les soviets d’ouvriers placés dans les pays voisins purent appeler l’URSS à l’invasion ; faut-il aussi rappeler les mafias albanaises qui ont permis aux mafias social-démocrates d’occident d’envahir une partie de la Yougoslavie : Droit d’ingérence, quand tu nous tiens !!!) et dès lors les appétits des rois de France n’auront plus aucune satiété jusqu’à l’éradication totale de l’indépendance lorraine.

La politique française en Lorraine a permis à l’aîné d’une dynastie cadette de la Maison royale, René d’Anjou, duc de Bar par sa mère Yolande d’Aragon héritière du comté de Bar, d’épouser la fille de Charles Ier, mort sans héritier mâle, et de devenir duc de Lorraine. La France saura immédiatement tirer profit de cette alliance car René Ier est hostile aux Bourguignons autant par adhésion aux nécessités lorraines que par atavisme français : Autre Maison cadette des Valois, remontant à Philippe le Hardi, les ducs de Bourgogne s’éloignent de la France et nient leur vassalité d’autant plus que le duché devient une puissance de renommée internationale et acquière des terres dans le Saint Empire. La Bourgogne est une menace pour l’existence même de la France. Battu à Bulgueville en 1431, le duc de Lorraine et de Bar est fait prisonnier. Prétendant venir à son aide, le roi de France intervient mais est bloqué en 1468 devant Metz par les troupes lorraines refusant plus que jamais de tomber sous le joug français.

Le “Grand Duc d’Occident”

Le règne des Anjou en Lorraine ne sera qu’un intermède de trois générations et de la même façon qu’ils avaient acquis la Lorraine par alliance, la dignité ducale échoit au fils de Ferry II de Vaudémont, d’une branche cadette de la Maison de Lorraine, qui épouse Yolande d’Anjou. Mais la Lorraine est menacée par la politique anarchique du nouveau duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui après avoir visé la couronne impériale, veut réunir ses terres éparpillées en annexant la Lorraine. Cette politique du grand duc d’Occident visait à terme le rétablissement d’une nouvelle Lotharingie érigée en royaume indépendant. Mais le duc, mauvais diplomate et exécrable tacticien profite de l’inexpérience du jeune duc René II pour parader à Nancy et entre en Alsace en conquérant, bafouant les droits des Suisses dans le Sundgau. Rapidement une coalition armée réunit ces trois nations humiliées et en 1477 le Téméraire est battu et tué devant Nancy par les troupes du comte de Sohn, maréchal de Lorraine. Ainsi ce sont paradoxalement les principales nations concernées qui anéantissent la réalisation d’une ouvre lotharingienne qui aurait totalement changé la face du monde. Et ceci pour le plus grand bénéfice des Capétiens qui annexent les territoires de Bourgogne et tentent de faire subir le même sort mais sans y parvenir pour l’instant à ceux qui se trouvent en territoire impérial. La France vient d’augmenter son territoire à moindre frais et surtout, une fois La Bourgogne disparue les Français voient se prolonger devant eux un pont d’or qui les mènera jusqu’aux portes de Lorraine, le prochain objectif du nord-est.

Un duché “libre et non incorporable”

En revendiquant la couronne impériale, François Ier, qui s’alliera à la Turquie pour attaquer l’Empire sur deux fronts, ne fit qu’annoncer la couleur de ses ambitions à l’Est alors que les ducs de Lorraine avaient eu soin d’annoncer leur neutralité. Les événements leur permettront même d’obtenir leur indépendance totale vis-à-vis de l’Empire en déclarant à Nuremberg en 1542 le duché “libre et non incorporable”, seul un devoir de fidélité le lie encore à l’Empire, à l’instar de la ville de Metz qui avait accueilli en ses murs Charles-Quint en 1541. Pourtant l’indépendance du duché lorrain n’empêchera pas les troupes d’Henri II de s’emparer des évêchés lorrains par surprise, profitant de la brouille survenue entre l’Empereur et l’électeur Maurice de Saxe. Elles bénéficieront même de la trahison d’un Lorrain, puisque ces troupes seront commandées par le duc François Ier de Guise, duc d’une branche cadette des Lorraine et dont les ambitions françaises ne seront pourtant pas à la hauteur du destin impérial des aînés lorrains (voir notre petite note ci-après).

Pendant la guerre de Trente ans, le duc Charles IV refuse de s’allier à la France contre l’Empire. Richelieu ne lui pardonnera pas. L’occasion prétexte en sera les combats menés par le duc contre les Suédois, alliés protestants des Français catholiques et ennemis de l’Empereur, venus ravager la région. Ce sera le prétexte à l’invasion notamment par le sinistre Henri de Turenne qui aura lieu en 1633. Réfugié de l’autre côté du Rhin, Charles IV devient maréchal d’Empire et tente en vain de libérer son duché occupé par les armées de Louis XIII. La Lorraine est saccagée et perd 50 % de sa population. Le désastre est tel qu’un chroniqueur de cette l’époque déclare : « La Lorraine était le seul pays du monde qui eut donné à l’univers un spectacle plus horrible que celui du dernier siège de Jérusalem ». Si le traité de Saint-Germain-en-Laye lui restitue en partie ses possessions en 1641, Charles IV doit encore mener une guerre larvée. Seuls quelques îlots de résistance persistent (Cf. article de V. Lalevée). En 1647, tout est fini. Si le traité de Westphalie reconnaît l’indépendance de la Lorraine — mais l’occupation française durera treize ans encore —, en accordant à la France la possession de l’Alsace, de la Sarre et des places fortes de Longwy et de Sierck ainsi que des trois évêchés, il enfermait la Lorraine dans un étau. Le répit ne durerait que le temps mis pour annexer la Franche-Comté entre autres. C’est ensuite le traité de Vincennes en 1661 qui rend au duc ses États mais le répit sera de courte durée. Charles IV refuse le protectorat que Louis XIV avait cru pouvoir lui imposer et les guerres et l’occupation du duché reprennent. Charles IV avait dû abdiquer en faveur de son frère Nicolas François et à la mort de celui-ci, Charles V, également maréchal du Saint Empire devient le nouveau duc titulaire mais ne mettra jamais les pieds dans son duché. Mort en 1675, Charles IV aura toutefois la satisfaction de battre à Konzerbrücken le maréchal de France Turenne venu ravager le Palatinat et l’Alsace révoltée et ralliée à l’Empire après l’annexion par la France de la ville libre de Strasbourg. De son côté, Charles V en tant que maréchal des armées impériales ira également défendre les frontières orientales. Les Turcs, encore une fois alliés objectifs du royaume de France, assiègent Vienne et menacent toute la Chrétienté. À la tête d’une coalition d’armées germano-slave et en compagnie du prince Eugène de Savoie, autre fidèle de l’Empire originaire d’une région romanophone également issue de la mythique Lotharingie, il délivre Vienne en 1683 puis Bude en 1686 amorçant un recul des bandes musulmanes qui ne prendra fin qu’en 1922 (NDLR : mais il existe un mouvement inverse depuis les années cinquante avec pour point culminant la triste date de 1999 où la valetaille social-démocrate encourage une invasion américano-turque de l’Europe).

La fin de l’indépendance lorraine

Enfin en 1697, le traité de Ryswick rend le duché de Lorraine au fils de Charles, Léopold après vingt-sept ans d’occupation française. Le duc est accueilli dans la liesse générale, incontestable témoignage de l’attachement des Lorrains à leur indépendance et leurs ducs. Mais la guerre de succession d’Espagne, de 1701 à 1714 fournira le prétexte à la France pour encore une fois pénétrer sur le territoire ducal afin d’apporter des troupes dans la place forte de Sierck et combattre Les armées coalisées anglaises et impériales commandées par le duc de Marlborough et Eugène de Savoie. En 1728, la neutralité perpétuelle du duché est reconnue par la France, le Saint Empire et l’Angleterre. Mais la guerre de succession de Pologne fournira un nouveau prétexte à Louis XV pour fouler la neutralité lorraine qu’il avait lui-même reconnue — comme l’avait été avant la neutralité perpétuelle de la Franche-Comté. Pour se venger des Autrichiens et des Russes qui avaient préféré installer Auguste III de Saxe sur le trône polonais plutôt que son beau- père, Stanislas Leszcsynski, Louis XV occupe la Lorraine à titre de terre d’Empire alors que son indépendance avait été assurée en 1542. Obligé de fuir, le jeune duc François III se réfugie en Autriche puis épouse en 1736 Marie-Thérèse d’Autriche future héritière de la couronne impériale. Sur intervention de la France, le prochain empereur sous le nom de François Ier de Habsbourg-Lorraine doit abandonner en 1735 son duché au profit du roi sans royaume Stanislas devenu le nouveau duc de Bar et de Lorraine. Simple pantin entre les mains françaises, la baudruche polonaise transmettrait en viager “son” domaine à la France à l’heure de sa mort qui surviendra en 1766. En réalité le pays était commandé par un Français, Chaumont de la Galaizière, Stanislas se contentant d’être le paravent pour préparer calmement la domination française. Certains Lorrains refusent d’être “vendus comme porcelets” aux Français. À leur tête, Charles Alexandre frère du dernier véritable duc lorrain. En 1744, il épouse Marie-Anne, sœur de Marie-Thérèse et gouvernante des Pays-Bas mais auparavant et pendant deux ans, il va profiter de l’attaque coalisée des Français et des Prussiens contre l’Autriche pour tenter de récupérer son bien. D’autres résistants Lorrains l’accompagneront dans sa tentative désespérée comme le colonel Jean-Daniel de Menzel, qui rêvait de lancer ses hussards. sur Paris mais mourra d’une blessure reçue sur les bords du Rhin en 1744. Le roi de Pologne fuit rapidement vers Paris et le sort des armes semble d’abord favorable au prince Charles Alexandre. Mais, malgré la défection des Prussiens, Charles qui s’apprêtait à déferler sur la Lorraine est rappelé en Bohème et doit abandonner définitivement sa terre natale.

Ainsi se termine l’histoire de la Lorraine indépendante. Une nouvelle phase, celle de l’assimilation à la France tant combattue va s’enclencher et le résultat sera finalement assez probant, vu le nombre de Lorrains érigés en défenseurs sincères de la République française. La Maison de Lorraine, elle, est retournée à sa source, puisque le fondateur Gérard d’Alsace était issu d’une branche cadette de la Maison de Habsbourg, faisant d’eux La plus ancienne famille régnante en ligne directe. Mais, comme le rappelle Jean-Marie Cuny dans l’entretien qu’il nous a accordé, jamais les descendants des ducs de Lorraine n’ont oublié leur ancienne patrie.

Frédéric Schramme, Nouvelles de Synergies Européennes n°51, 2001

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samedi 28 octobre 2023

La Lorraine au carrefour de l’Europe : un destin historique entre Rhin et Meuse

 

Lorraine

Il existe à propos de la Lorraine, ainsi que de l’Alsace, une vision simpliste communément admise, qui réduirait leurs existences historiques à de simples jouets ballottés entre les mains des deux puissances allemande et française. Pourtant s’il fut nécessaire à la Lorraine de toujours composer avec les ambitions de ces deux encombrants voisins, sa position géographique et historique lui permit de jouer un rôle souvent déterminant dans l’histoire de l’Europe et donc du monde. Située (avec d’autres) à la jonction des mondes thiois et romans, entités charnelles dépassant largement le cadre des États allemands et français, la Lorraine par l’oubli de sa propre Histoire et par l’idée de son impuissance face à son destin, se condamne à rester confinée dans le rôle stérile et annihilant de frontière éternelle alors qu’elle est un centre. Si avec l’Alsace, on la prétend l’enjeu d’une réconciliation entre Allemagne et France, ce n’est en réalité qu’avec sa propre réconciliation entre ce qu’elle a d’allemand et ce qu’elle a de français, ou plutôt ce qu’elle a de Teutsch et de Frank, la traduction de ces deux mots franciques mis ensembles signifiant “peuple libre”, que la Lorraine peut renouer avec son destin de moteur d’une coopération thioise et romane sans l’intermédiaire d’une tutelle protectrice.

De la Lotharingie au Duché de Lorraine

La naissance de la Lorraine se confond avec la création du Saint Empire Romain et Germanique, puisqu’elle en fut un des duchés constitutifs. Pourtant, le mythe fondateur de son indépendance remonte incontestablement à la création, en 843 lors du traité de Verdun, du Lotharii regnum, domaine de Lothaire, l’aîné des trois petits-fils de Charlemagne. La Lotharingie que beaucoup ont considéré par intérêt comme une aberration géographique tirait pourtant sa légitimité de la réunion des anciens royaumes Burgonde incorporé aux conquêtes franques en 534 et d’Austrasie séparé en 511 de la Neustrie. Mais la mort sans descendance de Lothaire II, fils du précédent, allait rapidement sonner le glas du royaume et entre 870 et 879, aux traités de Meersen et de Ribemont la Lotharingie du Nord, menacée d’annexion simple par Charles le Chauve, amputée de la Bourgogne et de la Provence érigées temporairement en un royaume indépendant, allait être entièrement cédée aux héritiers de Louis le Germanique et transformée en duché. Rattachée au royaume de Germanie, la noblesse lotharingienne, déjà soucieuse du maintien de son autonomie fait appel à l’arbitrage du roi de France Charles le Simple qui annexe tout simplement le duché en 911. Après le revirement des nobles, elle sera réintégrée en 925 à la Germanie par Henri Ier l’Oiseleur qui fait nommer duc en 928, son gendre Gilbert, fils de l’un des plus puissants hommes de Lotharingie, Rainier de Hainaut. En 959, le duché est séparé en deux : la Basse et la Haute-Lorraine qui deviendra la Lorraine proprement dite. En 1048, Gérard d’Alsace, devenu premier duc héréditaire de Lorraine allait permettre au pays de connaître une relative stabilité puisque sa dynastie allait se maintenir en ligne directe pratiquement sans interruption pendant plus de 700 ans.

Des liens indéfectibles avec le Saint-Empire

Bâtie sur le même modèle que les autres duchés impériaux, la puissance lorraine est modérée par des terres épiscopales : Metz, Toul et Verdun dont les évêques nommés par l’Empereur lui sont dévoués, et par des puissants comtés : Bar, Vaudémont, Salm, échouant d’une manière générale aux branches cadettes. Les liens des ducs de Lorraine avec l’Empire semblent indéfectibles au cours des 300 premières années ; soutien de Thierry Ier de Lorraine à l’empereur Henri IV, liens matrimoniaux entre Mathieu Ier et la sœur de Frédéric Barberousse, alliance militaire avec Othon IV à Bouvines, soutien de Ferry II et Mathieu II à Frédéric II lors de sa déposition papale, soutien de Ferry III à Albert d’Autriche.

Mais avec le début de la colonisation allemande à l’Est et la reprise du commerce maritime, la Lorraine cesse d’être un important lieu d’échange, de plus la montée en puissance et le rayonnement de la France allait influencer profondément les populations romanophones de l’Empire (Ferry IV périt pour la France devant Cassel et Raoul le Vaillant s’en alla mourir avec la Chevalerie française à la bataille de Crécy) et bientôt Philippe le Bel put prendre Toul sous sa protection et imposer sa suzeraineté sur les territoires barrois de la rive ouest de la Meuse (NDLR : Dont le fief de Domrémy, qui en 1412 dépendait de la châtellenie de Vaucouleurs, propriété de la couronne de France depuis 1365 et faisait de ses habitants des sujets du roi, sans aucun rapport avec la Lorraine !!!). Cette terre dite “Barrois mouvant” allait être le levier du Drang nach Osten des ambitions françaises (NDLR : stratégie qui sera reprise par Richelieu qui avec l’Alsace put intervenir dans les affaires impériales et par le Komintern dont les soviets d’ouvriers placés dans les pays voisins purent appeler l’URSS à l’invasion ; faut-il aussi rappeler les mafias albanaises qui ont permis aux mafias social-démocrates d’occident d’envahir une partie de la Yougoslavie : Droit d’ingérence, quand tu nous tiens !!!) et dès lors les appétits des rois de France n’auront plus aucune satiété jusqu’à l’éradication totale de l’indépendance lorraine.

La politique française en Lorraine a permis à l’aîné d’une dynastie cadette de la Maison royale, René d’Anjou, duc de Bar par sa mère Yolande d’Aragon héritière du comté de Bar, d’épouser la fille de Charles Ier, mort sans héritier mâle, et de devenir duc de Lorraine. La France saura immédiatement tirer profit de cette alliance car René Ier est hostile aux Bourguignons autant par adhésion aux nécessités lorraines que par atavisme français : Autre Maison cadette des Valois, remontant à Philippe le Hardi, les ducs de Bourgogne s’éloignent de la France et nient leur vassalité d’autant plus que le duché devient une puissance de renommée internationale et acquière des terres dans le Saint Empire. La Bourgogne est une menace pour l’existence même de la France. Battu à Bulgueville en 1431, le duc de Lorraine et de Bar est fait prisonnier. Prétendant venir à son aide, le roi de France intervient mais est bloqué en 1468 devant Metz par les troupes lorraines refusant plus que jamais de tomber sous le joug français.

Le “Grand Duc d’Occident”

Le règne des Anjou en Lorraine ne sera qu’un intermède de trois générations et de la même façon qu’ils avaient acquis la Lorraine par alliance, la dignité ducale échoit au fils de Ferry II de Vaudémont, d’une branche cadette de la Maison de Lorraine, qui épouse Yolande d’Anjou. Mais la Lorraine est menacée par la politique anarchique du nouveau duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui après avoir visé la couronne impériale, veut réunir ses terres éparpillées en annexant la Lorraine. Cette politique du grand duc d’Occident visait à terme le rétablissement d’une nouvelle Lotharingie érigée en royaume indépendant. Mais le duc, mauvais diplomate et exécrable tacticien profite de l’inexpérience du jeune duc René II pour parader à Nancy et entre en Alsace en conquérant, bafouant les droits des Suisses dans le Sundgau. Rapidement une coalition armée réunit ces trois nations humiliées et en 1477 le Téméraire est battu et tué devant Nancy par les troupes du comte de Sohn, maréchal de Lorraine. Ainsi ce sont paradoxalement les principales nations concernées qui anéantissent la réalisation d’une ouvre lotharingienne qui aurait totalement changé la face du monde. Et ceci pour le plus grand bénéfice des Capétiens qui annexent les territoires de Bourgogne et tentent de faire subir le même sort mais sans y parvenir pour l’instant à ceux qui se trouvent en territoire impérial. La France vient d’augmenter son territoire à moindre frais et surtout, une fois La Bourgogne disparue les Français voient se prolonger devant eux un pont d’or qui les mènera jusqu’aux portes de Lorraine, le prochain objectif du nord-est.

Un duché “libre et non incorporable”

En revendiquant la couronne impériale, François Ier, qui s’alliera à la Turquie pour attaquer l’Empire sur deux fronts, ne fit qu’annoncer la couleur de ses ambitions à l’Est alors que les ducs de Lorraine avaient eu soin d’annoncer leur neutralité. Les événements leur permettront même d’obtenir leur indépendance totale vis-à-vis de l’Empire en déclarant à Nuremberg en 1542 le duché “libre et non incorporable”, seul un devoir de fidélité le lie encore à l’Empire, à l’instar de la ville de Metz qui avait accueilli en ses murs Charles-Quint en 1541. Pourtant l’indépendance du duché lorrain n’empêchera pas les troupes d’Henri II de s’emparer des évêchés lorrains par surprise, profitant de la brouille survenue entre l’Empereur et l’électeur Maurice de Saxe. Elles bénéficieront même de la trahison d’un Lorrain, puisque ces troupes seront commandées par le duc François Ier de Guise, duc d’une branche cadette des Lorraine et dont les ambitions françaises ne seront pourtant pas à la hauteur du destin impérial des aînés lorrains (voir notre petite note ci-après).

Pendant la guerre de Trente ans, le duc Charles IV refuse de s’allier à la France contre l’Empire. Richelieu ne lui pardonnera pas. L’occasion prétexte en sera les combats menés par le duc contre les Suédois, alliés protestants des Français catholiques et ennemis de l’Empereur, venus ravager la région. Ce sera le prétexte à l’invasion notamment par le sinistre Henri de Turenne qui aura lieu en 1633. Réfugié de l’autre côté du Rhin, Charles IV devient maréchal d’Empire et tente en vain de libérer son duché occupé par les armées de Louis XIII. La Lorraine est saccagée et perd 50 % de sa population. Le désastre est tel qu’un chroniqueur de cette l’époque déclare : « La Lorraine était le seul pays du monde qui eut donné à l’univers un spectacle plus horrible que celui du dernier siège de Jérusalem ». Si le traité de Saint-Germain-en-Laye lui restitue en partie ses possessions en 1641, Charles IV doit encore mener une guerre larvée. Seuls quelques îlots de résistance persistent (Cf. article de V. Lalevée). En 1647, tout est fini. Si le traité de Westphalie reconnaît l’indépendance de la Lorraine — mais l’occupation française durera treize ans encore —, en accordant à la France la possession de l’Alsace, de la Sarre et des places fortes de Longwy et de Sierck ainsi que des trois évêchés, il enfermait la Lorraine dans un étau. Le répit ne durerait que le temps mis pour annexer la Franche-Comté entre autres. C’est ensuite le traité de Vincennes en 1661 qui rend au duc ses États mais le répit sera de courte durée. Charles IV refuse le protectorat que Louis XIV avait cru pouvoir lui imposer et les guerres et l’occupation du duché reprennent. Charles IV avait dû abdiquer en faveur de son frère Nicolas François et à la mort de celui-ci, Charles V, également maréchal du Saint Empire devient le nouveau duc titulaire mais ne mettra jamais les pieds dans son duché. Mort en 1675, Charles IV aura toutefois la satisfaction de battre à Konzerbrücken le maréchal de France Turenne venu ravager le Palatinat et l’Alsace révoltée et ralliée à l’Empire après l’annexion par la France de la ville libre de Strasbourg. De son côté, Charles V en tant que maréchal des armées impériales ira également défendre les frontières orientales. Les Turcs, encore une fois alliés objectifs du royaume de France, assiègent Vienne et menacent toute la Chrétienté. À la tête d’une coalition d’armées germano-slave et en compagnie du prince Eugène de Savoie, autre fidèle de l’Empire originaire d’une région romanophone également issue de la mythique Lotharingie, il délivre Vienne en 1683 puis Bude en 1686 amorçant un recul des bandes musulmanes qui ne prendra fin qu’en 1922 (NDLR : mais il existe un mouvement inverse depuis les années cinquante avec pour point culminant la triste date de 1999 où la valetaille social-démocrate encourage une invasion américano-turque de l’Europe).

La fin de l’indépendance lorraine

Enfin en 1697, le traité de Ryswick rend le duché de Lorraine au fils de Charles, Léopold après vingt-sept ans d’occupation française. Le duc est accueilli dans la liesse générale, incontestable témoignage de l’attachement des Lorrains à leur indépendance et leurs ducs. Mais la guerre de succession d’Espagne, de 1701 à 1714 fournira le prétexte à la France pour encore une fois pénétrer sur le territoire ducal afin d’apporter des troupes dans la place forte de Sierck et combattre Les armées coalisées anglaises et impériales commandées par le duc de Marlborough et Eugène de Savoie. En 1728, la neutralité perpétuelle du duché est reconnue par la France, le Saint Empire et l’Angleterre. Mais la guerre de succession de Pologne fournira un nouveau prétexte à Louis XV pour fouler la neutralité lorraine qu’il avait lui-même reconnue — comme l’avait été avant la neutralité perpétuelle de la Franche-Comté. Pour se venger des Autrichiens et des Russes qui avaient préféré installer Auguste III de Saxe sur le trône polonais plutôt que son beau- père, Stanislas Leszcsynski, Louis XV occupe la Lorraine à titre de terre d’Empire alors que son indépendance avait été assurée en 1542. Obligé de fuir, le jeune duc François III se réfugie en Autriche puis épouse en 1736 Marie-Thérèse d’Autriche future héritière de la couronne impériale. Sur intervention de la France, le prochain empereur sous le nom de François Ier de Habsbourg-Lorraine doit abandonner en 1735 son duché au profit du roi sans royaume Stanislas devenu le nouveau duc de Bar et de Lorraine. Simple pantin entre les mains françaises, la baudruche polonaise transmettrait en viager “son” domaine à la France à l’heure de sa mort qui surviendra en 1766. En réalité le pays était commandé par un Français, Chaumont de la Galaizière, Stanislas se contentant d’être le paravent pour préparer calmement la domination française. Certains Lorrains refusent d’être “vendus comme porcelets” aux Français. À leur tête, Charles Alexandre frère du dernier véritable duc lorrain. En 1744, il épouse Marie-Anne, sœur de Marie-Thérèse et gouvernante des Pays-Bas mais auparavant et pendant deux ans, il va profiter de l’attaque coalisée des Français et des Prussiens contre l’Autriche pour tenter de récupérer son bien. D’autres résistants Lorrains l’accompagneront dans sa tentative désespérée comme le colonel Jean-Daniel de Menzel, qui rêvait de lancer ses hussards. sur Paris mais mourra d’une blessure reçue sur les bords du Rhin en 1744. Le roi de Pologne fuit rapidement vers Paris et le sort des armes semble d’abord favorable au prince Charles Alexandre. Mais, malgré la défection des Prussiens, Charles qui s’apprêtait à déferler sur la Lorraine est rappelé en Bohème et doit abandonner définitivement sa terre natale.

Ainsi se termine l’histoire de la Lorraine indépendante. Une nouvelle phase, celle de l’assimilation à la France tant combattue va s’enclencher et le résultat sera finalement assez probant, vu le nombre de Lorrains érigés en défenseurs sincères de la République française. La Maison de Lorraine, elle, est retournée à sa source, puisque le fondateur Gérard d’Alsace était issu d’une branche cadette de la Maison de Habsbourg, faisant d’eux La plus ancienne famille régnante en ligne directe. Mais, comme le rappelle Jean-Marie Cuny dans l’entretien qu’il nous a accordé, jamais les descendants des ducs de Lorraine n’ont oublié leur ancienne patrie.

Frédéric Schramme, Nouvelles de Synergies Européennes n°51, 2001

http://www.archiveseroe.eu/recent/95

vendredi 15 septembre 2023

Aux sources de l’autonomisme alsacien-mosellan, par Michel Krempper

 

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20/12/2015 – 07H30 Strasbourg (Breizh-info.com)  – Les éditions Yoran Embanner ont publié un livre de l’Alsacien Michel Kemper intitulé « aux sources de l’autonomisme alsacien-mosellan». Nous présentons cet ouvrage alors qu’en Alsace, à l’occasion des élections régionales de décembre et malgré la nouvelle région Alsace – Moselle – Champagne – Ardennes, le parti autonomiste alsacien « Unser Land » est devenu la troisième force politique d’Alsace (+ de 11% des suffrages, 11 000 voix). Une percée historique qui s’explique par un large sentiment de frustration ressenti par les Alsaciens suite à la réforme territoriale pour laquelle ils n’ont pas été consultés et qui les dissout dans un ensemble sans cohérence identitaire, culturelle et historique.

Conquise par la France en 1648, l’Alsace, qui faisait partie du Saint-Empire, développe une identité propre, à la fois germanique et française. En 1871, lorsque la France doit céder à l’Empire allemand l’Alsace et la Moselle (Traité de Francfort), les députés alsaciens-mosellans sont unanimement protestataires. Cependant, dès 1874 une revendication authentiquement autonomiste s’affirme et une conscience nationale se développe. C’est l’âge d’or du Reichsland Elsass-Lothringen.

En 1911, Berlin finit par accorder une constitution à l’Alsace-Lorraine avec un gouvernement régional et une assemblée : le Landtag. À la veille de la Grande Guerre, la mouvance francophile est laminée, ne représentant plus que 3% des votes.

Novembre 1918 : retour de la France jacobine et de son centralisme. L’autonomisme renaît et, dès 1928, les Alsaciens-Mosellans envoient une forte majorité de députés autonomistes à l’Assemblée Nationale. Paris réprime mais est contraint de lâcher du lest. L’Alsace-Moselle conserve ses droits particuliers. Même l’allemand sera ré-introduit à petite dose dans l’enseignement à partir de 1927.

Septembre 1939: «évacuation-transplantation» de 600 000 Alsaciens -Mosellans dans le Sud-Ouest. La répression s’abat sur les autonomistes.

Juin 1940 : Annexion de facto au IIIe Reich. L’Alsace est incorporée au pays de Bade pour former le Gau Oberrhein. L’autonomisme est proscrit. A partir d’août 1942, 135 000 Alsaciens-Mosellans sont incorporés de force.

1945 : Epuration sévère, elle durera 3 ans. Tout ce qu’il y a d’allemand est considéré comme nazi y compris la langue de Goethe.

2014 : Méga région ACAL et renaissance immédiate de l’autonomisme.

C’est toute cette histoire singulière et passionnante que l’auteur, très documenté, nous raconte dans un style vivant qu’on lit comme un roman.

Michel Krempper est issu d’une vieille famille alsacienne du Sundgau fondée après la Guerre de Trente ans (1618-1648) par un immigré de Suisse et une descendante d’un instigateur de la révolte paysanne du Bundschuh de 1525. Il a passé sa jeunesse à Mulhouse avant de rejoindre l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg puis de préparer une thèse de sciences économiques consacrée au développement régional. Artisan de la régionalisation des années 1960 au sein des Comités d’Expansion régionale aux côtés de Pierre Schneiter, ancien président (MRP) de l’Assemblée nationale alors président du Conseil National des économies régionales.

Corédacteur du rapport « Décoloniser la province » présenté par Michel Rocard (PSU) au colloque de Grenoble qui ouvrira la voie aux lois de décentralisation de 1982. Après une carrière professionnelle dans l’aménagement et l’équipement du territoire puis dans l’urbanisme et les transports publics, il se consacre à la recherche historique.

Suite à la décision de liquidation de la région Alsace et à sa fusion avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne au sein de la méga-région ALCA, qui le choque et qui voit monter lune contestation régionaliste puissante, opposée aux dispositions édictées par le pouvoir et résolue à défendre « bec et ongles » l’identité alsacienne, il entreprend de remonter « aux sources de l’autonomisme alsacien-mosellan » en s’intéressant plus particulièrement à la période 1871-1945.

Ci-dessous, un entretien qu’a donné l’auteur.

Aux sources de l’autonomisme Alsacien-Mosellan – Michel Krempper – Yoran Embanner – 20€

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2015/12/20/36368/aux-sources-de-lautonomisme-alsacien-mosellan/

dimanche 20 octobre 2019

Un bon Vent d’Est sur l’Alsace !

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Assurer la défense et la promotion du patrimoine culturel alsacien, la remise en cause du système mondialiste et la promotion du travail social et solidaire. Vent d’Est qui a vu le jour à Strasbourg s’avère un mouvement prometteur par ses actions mais également par sa philosophie de l’enracinement, essentielle,  pour faire face à la déliquescence de la société française. 
 Pourquoi avez-vous décidé de mettre en place un mouvement de solidarité nationale ?Vent d’Est : Vent d’Est n’est pas juste une réponse à la répression étatique (physique ou administrative) ou une démonstration de persévérance face à cette dernière. Nous avons à l’esprit la forme précise que nous voulons donner à notre société, à notre temps, et à notre échelle, nous tentons d’en poser les premières pierres. De fait, Vent d’Est n’a pas vocation à organiser des actions qui ne seraient que des réponses aux mesures gouvernementales et aux tares sociétales contemporaines, mais à passer outre ces dernières en appliquant dans la rue notamment, les objectifs que nous sommes déterminés à atteindre, en profondeur, sur le temps long si cela est nécessaire. Si nous sommes bien sûr attentifs à l’actualité nationale et internationale, nous souhaitons rester ancrés dans le concret, dans le réel, et investir notre énergie à l’échelle locale sur des thématiques qui nous sont chères, en toute indépendance, dans une perspective d’enracinement, de justice sociale, d’écologie, dans un esprit de communauté et d’amitié, « dont nous voudrions qu’il s’élève jusqu’à l’amitié nationale », comme dirait l’autre. Et, évidemment, Vent d’Est n’a pas non plus vocation à être une enclave idéologique hermétique. Si nous sommes là, c’est pour rassembler, unir, construire. Comme tu as pu le lire sur nos réseaux, nos portes sont grandes ouvertes à tous les Alsaciens et Alsaciennes ayant la fougue de mettre en action leur idéal de solidarité, de justice, de réappropriation.

mardi 20 octobre 2015

La Lorraine au carrefour de l’Europe : un destin historique entre Rhin et Meuse

Il existe à propos de la Lorraine, ainsi que de l’Alsace, une vision simpliste communément admise, qui réduirait leurs existences historiques à de simples jouets ballottés entre les mains des deux puissances allemande et française. Pourtant s’il fut nécessaire à la Lorraine de toujours composer avec les ambitions de ces deux encombrants voisins, sa position géographique et historique lui permit de jouer un rôle souvent déterminant dans l’histoire de l’Europe et donc du monde. Située (avec d’autres) à la jonction des mondes thiois et romans, entités charnelles dépassant largement le cadre des États allemands et français, la Lorraine par l’oubli de sa propre Histoire et par l’idée de son impuissance face à son destin, se condamne à rester confinée dans le rôle stérile et annihilant de frontière éternelle alors qu’elle est un centre. Si avec l’Alsace, on la prétend l’enjeu d’une réconciliation entre Allemagne et France, ce n’est en réalité qu’avec sa propre réconciliation entre ce qu’elle a d’allemand et ce qu’elle a de français, ou plutôt ce qu’elle a de Teutsch et de Frank, la traduction de ces deux mots franciques mis ensembles signifiant “peuple libre”, que la Lorraine peut renouer avec son destin de moteur d’une coopération thioise et romane sans l’intermédiaire d’une tutelle protectrice.
De la Lotharingie au Duché de Lorraine
La naissance de la Lorraine se confond avec la création du Saint Empire Romain et Germanique, puisqu’elle en fut un des duchés constitutifs. Pourtant, le mythe fondateur de son indépendance remonte incontestablement à la création, en 843 lors du traité de Verdun, du Lotharii regnum, domaine de Lothaire, l’aîné des trois petits-fils de Charlemagne. La Lotharingie que beaucoup ont considéré par intérêt comme une aberration géographique tirait pourtant sa légitimité de la réunion des anciens royaumes Burgonde incorporé aux conquêtes franques en 534 et d’Austrasie séparé en 511 de la Neustrie. Mais la mort sans descendance de Lothaire II, fils du précédent, allait rapidement sonner le glas du royaume et entre 870 et 879, aux traités de Meersen et de Ribemont la Lotharingie du Nord, menacée d’annexion simple par Charles le Chauve, amputée de la Bourgogne et de la Provence érigées temporairement en un royaume indépendant, allait être entièrement cédée aux héritiers de Louis le Germanique et transformée en duché. Rattachée au royaume de Germanie, la noblesse lotharingienne, déjà soucieuse du maintien de son autonomie fait appel à l’arbitrage du roi de France Charles le Simple qui annexe tout simplement le duché en 911. Après le revirement des nobles, elle sera réintégrée en 925 à la Germanie par Henri Ier l’Oiseleur qui fait nommer duc en 928, son gendre Gilbert, fils de l’un des plus puissants hommes de Lotharingie, Rainier de Hainaut. En 959, le duché est séparé en deux : la Basse et la Haute-Lorraine qui deviendra la Lorraine proprement dite. En 1048, Gérard d’Alsace, devenu premier duc héréditaire de Lorraine allait permettre au pays de connaître une relative stabilité puisque sa dynastie allait se maintenir en ligne directe pratiquement sans interruption pendant plus de 700 ans.
Des liens indéfectibles avec le Saint-Empire
Bâtie sur le même modèle que les autres duchés impériaux, la puissance lorraine est modérée par des terres épiscopales : Metz, Toul et Verdun dont les évêques nommés par l’Empereur lui sont dévoués, et par des puissants comtés : Bar, Vaudémont, Salm, échouant d’une manière générale aux branches cadettes. Les liens des ducs de Lorraine avec l’Empire semblent indéfectibles au cours des 300 premières années ; soutien de Thierry Ier de Lorraine à l’empereur Henri IV, liens matrimoniaux entre Mathieu Ier et la sœur de Frédéric Barberousse, alliance militaire avec Othon IV à Bouvines, soutien de Ferry II et Mathieu II à Frédéric II lors de sa déposition papale, soutien de Ferry III à Albert d’Autriche.
Mais avec le début de la colonisation allemande à l’Est et la reprise du commerce maritime, la Lorraine cesse d’être un important lieu d’échange, de plus la montée en puissance et le rayonnement de la France allait influencer profondément les populations romanophones de l’Empire (Ferry IV périt pour la France devant Cassel et Raoul le Vaillant s’en alla mourir avec la Chevalerie française à la bataille de Crécy) et bientôt Philippe le Bel put prendre Toul sous sa protection et imposer sa suzeraineté sur les territoires barrois de la rive ouest de la Meuse (NDLR : Dont le fief de Domrémy, qui en 1412 dépendait de la châtellenie de Vaucouleurs, propriété de la couronne de France depuis 1365 et faisait de ses habitants des sujets du roi, sans aucun rapport avec la Lorraine !!!). Cette terre dite “Barrois mouvant” allait être le levier du Drang nach Osten des ambitions françaises (NDLR : stratégie qui sera reprise par Richelieu qui avec l’Alsace put intervenir dans les affaires impériales et par le Komintern dont les soviets d’ouvriers placés dans les pays voisins purent appeler l’URSS à l’invasion ; faut-il aussi rappeler les mafias albanaises qui ont permis aux mafias social-démocrates d’occident d’envahir une partie de la Yougoslavie : Droit d’ingérence, quand tu nous tiens !!!) et dès lors les appétits des rois de France n’auront plus aucune satiété jusqu’à l’éradication totale de l’indépendance lorraine.
La politique française en Lorraine a permis à l’aîné d’une dynastie cadette de la Maison royale, René d’Anjou, duc de Bar par sa mère Yolande d’Aragon héritière du comté de Bar, d’épouser la fille de Charles Ier, mort sans héritier mâle, et de devenir duc de Lorraine. La France saura immédiatement tirer profit de cette alliance car René Ier est hostile aux Bourguignons autant par adhésion aux nécessités lorraines que par atavisme français : Autre Maison cadette des Valois, remontant à Philippe le Hardi, les ducs de Bourgogne s’éloignent de la France et nient leur vassalité d’autant plus que le duché devient une puissance de renommée internationale et acquière des terres dans le Saint Empire. La Bourgogne est une menace pour l’existence même de la France. Battu à Bulgueville en 1431, le duc de Lorraine et de Bar est fait prisonnier. Prétendant venir à son aide, le roi de France intervient mais est bloqué en 1468 devant Metz par les troupes lorraines refusant plus que jamais de tomber sous le joug français.
Le “Grand Duc d’Occident”
Le règne des Anjou en Lorraine ne sera qu’un intermède de trois générations et de la même façon qu’ils avaient acquis la Lorraine par alliance, la dignité ducale échoit au fils de Ferry II de Vaudémont, d’une branche cadette de la Maison de Lorraine, qui épouse Yolande d’Anjou. Mais la Lorraine est menacée par la politique anarchique du nouveau duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui après avoir visé la couronne impériale, veut réunir ses terres éparpillées en annexant la Lorraine. Cette politique du grand duc d’Occident visait à terme le rétablissement d’une nouvelle Lotharingie érigée en royaume indépendant. Mais le duc, mauvais diplomate et exécrable tacticien profite de l’inexpérience du jeune duc René II pour parader à Nancy et entre en Alsace en conquérant, bafouant les droits des Suisses dans le Sundgau. Rapidement une coalition armée réunit ces trois nations humiliées et en 1477 le Téméraire est battu et tué devant Nancy par les troupes du comte de Sohn, maréchal de Lorraine. Ainsi ce sont paradoxalement les principales nations concernées qui anéantissent la réalisation d’une ouvre lotharingienne qui aurait totalement changé la face du monde. Et ceci pour le plus grand bénéfice des Capétiens qui annexent les territoires de Bourgogne et tentent de faire subir le même sort mais sans y parvenir pour l’instant à ceux qui se trouvent en territoire impérial. La France vient d’augmenter son territoire à moindre frais et surtout, une fois La Bourgogne disparue les Français voient se prolonger devant eux un pont d’or qui les mènera jusqu’aux portes de Lorraine, le prochain objectif du nord-est.
Un duché “libre et non incorporable”
En revendiquant la couronne impériale, François Ier, qui s’alliera à la Turquie pour attaquer l’Empire sur deux fronts, ne fit qu’annoncer la couleur de ses ambitions à l’Est alors que les ducs de Lorraine avaient eu soin d’annoncer leur neutralité. Les événements leur permettront même d’obtenir leur indépendance totale vis-à-vis de l’Empire en déclarant à Nuremberg en 1542 le duché “libre et non incorporable”, seul un devoir de fidélité le lie encore à l’Empire, à l’instar de la ville de Metz qui avait accueilli en ses murs Charles-Quint en 1541. Pourtant l’indépendance du duché lorrain n’empêchera pas les troupes d’Henri II de s’emparer des évêchés lorrains par surprise, profitant de la brouille survenue entre l’Empereur et l’électeur Maurice de Saxe. Elles bénéficieront même de la trahison d’un Lorrain, puisque ces troupes seront commandées par le duc François Ier de Guise, duc d’une branche cadette des Lorraine et dont les ambitions françaises ne seront pourtant pas à la hauteur du destin impérial des aînés lorrains.
Pendant la guerre de Trente ans, le duc Charles IV refuse de s’allier à la France contre l’Empire. Richelieu ne lui pardonnera pas. L’occasion prétexte en sera les combats menés par le duc contre les Suédois, alliés protestants des Français catholiques et ennemis de l’Empereur, venus ravager la région. Ce sera le prétexte à l’invasion notamment par le sinistre Henri de Turenne qui aura lieu en 1633. Réfugié de l’autre côté du Rhin, Charles IV devient maréchal d’Empire et tente en vain de libérer son duché occupé par les armées de Louis XIII. La Lorraine est saccagée et perd 50 % de sa population. Le désastre est tel qu’un chroniqueur de cette l’époque déclare : « La Lorraine était le seul pays du monde qui eut donné à l’univers un spectacle plus horrible que celui du dernier siège de Jérusalem ». Si le traité de Saint-Germain-en-Laye lui restitue en partie ses possessions en 1641, Charles IV doit encore mener une guerre larvée. Seuls quelques îlots de résistance persistent (Cf. article de V. Lalevée). En 1647, tout est fini. Si le traité de Westphalie reconnaît l’indépendance de la Lorraine — mais l’occupation française durera treize ans encore —, en accordant à la France la possession de l’Alsace, de la Sarre et des places fortes de Longwy et de Sierck ainsi que des trois évêchés, il enfermait la Lorraine dans un étau. Le répit ne durerait que le temps mis pour annexer la Franche-Comté entre autres. C’est ensuite le traité de Vincennes en 1661 qui rend au duc ses États mais le répit sera de courte durée. Charles IV refuse le protectorat que Louis XIV avait cru pouvoir lui imposer et les guerres et l’occupation du duché reprennent. Charles IV avait dû abdiquer en faveur de son frère Nicolas François et à la mort de celui-ci, Charles V, également maréchal du Saint Empire devient le nouveau duc titulaire mais ne mettra jamais les pieds dans son duché. Mort en 1675, Charles IV aura toutefois la satisfaction de battre à Konzerbrücken le maréchal de France Turenne venu ravager le Palatinat et l’Alsace révoltée et ralliée à l’Empire après l’annexion par la France de la ville libre de Strasbourg. De son côté, Charles V en tant que maréchal des armées impériales ira également défendre les frontières orientales. Les Turcs, encore une fois alliés objectifs du royaume de France, assiègent Vienne et menacent toute la Chrétienté. À la tête d’une coalition d’armées germano-slave et en compagnie du prince Eugène de Savoie, autre fidèle de l’Empire originaire d’une région romanophone également issue de la mythique Lotharingie, il délivre Vienne en 1683 puis Bude en 1686 amorçant un recul des bandes musulmanes qui ne prendra fin qu’en 1922 (NDLR : mais il existe un mouvement inverse depuis les années cinquante avec pour point culminant la triste date de 1999 où la valetaille social-démocrate encourage une invasion américano-turque de l’Europe).
La fin de l’indépendance lorraine
Enfin en 1697, le traité de Ryswick rend le duché de Lorraine au fils de Charles, Léopold après vingt-sept ans d’occupation française. Le duc est accueilli dans la liesse générale, incontestable témoignage de l’attachement des Lorrains à leur indépendance et leurs ducs. Mais la guerre de succession d’Espagne, de 1701 à 1714 fournira le prétexte à la France pour encore une fois pénétrer sur le territoire ducal afin d’apporter des troupes dans la place forte de Sierck et combattre Les armées coalisées anglaises et impériales commandées par le duc de Marlborough et Eugène de Savoie. En 1728, la neutralité perpétuelle du duché est reconnue par la France, le Saint Empire et l’Angleterre. Mais la guerre de succession de Pologne fournira un nouveau prétexte à Louis XV pour fouler la neutralité lorraine qu’il avait lui-même reconnue — comme l’avait été avant la neutralité perpétuelle de la Franche-Comté. Pour se venger des Autrichiens et des Russes qui avaient préféré installer Auguste III de Saxe sur le trône polonais plutôt que son beau-père, Stanislas Leszcsynski, Louis XV occupe la Lorraine à titre de terre d’Empire alors que son indépendance avait été assurée en 1542. Obligé de fuir, le jeune duc François III se réfugie en Autriche puis épouse en 1736 Marie-Thérèse d’Autriche future héritière de la couronne impériale. Sur intervention de la France, le prochain empereur sous le nom de François Ier de Habsbourg-Lorraine doit abandonner en 1735 son duché au profit du roi sans royaume Stanislas devenu le nouveau duc de Bar et de Lorraine. Simple pantin entre les mains françaises, la baudruche polonaise transmettrait en viager “son” domaine à la France à l’heure de sa mort qui surviendra en 1766. En réalité le pays était commandé par un Français, Chaumont de la Galaizière, Stanislas se contentant d’être le paravent pour préparer calmement la domination française. Certains Lorrains refusent d’être “vendus comme porcelets” aux Français. À leur tête, Charles Alexandre frère du dernier véritable duc lorrain. En 1744, il épouse Marie-Anne, sœur de Marie-Thérèse et gouvernante des Pays-Bas mais auparavant et pendant deux ans, il va profiter de l’attaque coalisée des Français et des Prussiens contre l’Autriche pour tenter de récupérer son bien. D’autres résistants Lorrains l’accompagneront dans sa tentative désespérée comme le colonel Jean-Daniel de Menzel, qui rêvait de lancer ses hussards. sur Paris mais mourra d’une blessure reçue sur les bords du Rhin en 1744. Le roi de Pologne fuit rapidement vers Paris et le sort des armes semble d’abord favorable au prince Charles Alexandre. Mais, malgré la défection des Prussiens, Charles qui s’apprêtait à déferler sur la Lorraine est rappelé en Bohème et doit abandonner définitivement sa terre natale.
Ainsi se termine l’histoire de la Lorraine indépendante. Une nouvelle phase, celle de l’assimilation à la France tant combattue va s’enclencher et le résultat sera finalement assez probant, vu le nombre de Lorrains érigés en défenseurs sincères de la République française. La Maison de Lorraine, elle, est retournée à sa source, puisque le fondateur Gérard d’Alsace était issu d’une branche cadette de la Maison de Habsbourg, faisant d’eux La plus ancienne famille régnante en ligne directe. Mais, comme le rappelle Jean-Marie Cuny dans l’entretien qu’il nous a accordé, jamais les descendants des ducs de Lorraine n’ont oublié leur ancienne patrie.
► Frédéric Schramme, Nouvelles de Synergies Européennes n°51, 2001

jeudi 17 janvier 2013

Des souvenirs sur une Alsace-Lorraine allemande


Dans le climat d’inculture généralisée qui ne cesse de s’étendre dans un Hexagone noyé par les écrans de la bêtise voulue et du divertissement marchand de la vacuité ambiante, il importe de saluer deux sympathiques éditeurs lorrains qui copublient les moments alsaciens extraits des Mémoires (1925) du prince Alexandre de Hohenlohe-Schillingsfürst (1862 – 1924). Cette parution opportune éclaire une période méconnue de cette terre qui fut allemande entre 1871 et 1918.
Président de l’équivalent germanique du conseil général de Haute-Alsace en 1903 et fils de Clovis de Hohenlohe-Schillingsfürst (1819 – 1901), ancien gouverneur de la région et futur chancelier impérial, Alexandre appartient à une très vieille famille dont « l’anoblissement […], attesté au XIIe siècle, était antérieur à celui des Hohenzollern ! (p. 11) ». Esprit cultivé, francophone et ne cachant pas sa francophilie, ce prince allemand se retrouve au contact quotidien avec ses administrés alsaciens.
Le témoignage qu’il laisse dépeint une Alsace-Lorraine ignorée des Français. Ses souvenirs contestent les clichés et autres poncifs diffusés par une historiographie parisienne pédante et revancharde. Il souligne l’influence prépondérante dans les campagnes alsaciennes de l’Église catholique et relève qu’à la veille de la Grande Guerre, le mouvement protestataire francophile est largement minoritaire dans les urnes.
L’échec de ce mouvement subversif soutenu clandestinement par Paris ne signifie pourtant pas une adhésion sincère au modèle allemand. Bien au contraire ! Il remarque, d’une part, que « dans l’ensemble, l’Alsace-Lorraine était aussi éloignée de Berlin qu’une colonie africaine ou qu’une station navale d’Extrême-Orient (pp. 63 – 64) » et, d’autre part, que « l’« Alsacien-Lorrain » était une entité qui n’existait que sur le papier En réalité, l’Alsacien est aussi différent du Lorrain que, par exemple, un Normand peut l’être d’un Picard (p. 53) ».
Si les protestataires régressent de scrutin en scrutin, la « résistance » à l’assimilation germano-prussienne persiste et s’accentue même. Alexandre de Hohenlohe observe que les jeunes gens des milieux aisés de Strasbourg, de Colmar et de Mulhouse « étaient Français de cœur (p. 55) ». En revanche, il ne retrouve pas cette inclination « dans la population paysanne [où] la plupart avaient des sentiments alsaciens (p. 55) ». La présence française demeure prégnante et l’auteur regrette la fondation d’une université à Strasbourg parce qu’elle la renforce paradoxalement. Il aurait été préférable que les futures élites étudient dans les universités réputées d’outre-Rhin, à Heidelberg ou Fribourg…
Son pragmatisme s’appuie sur ses échanges permanents avec les milieux économiques, en particulier les industriels Jean Schlumberger (1819 – 1908) et Édouard Köchlin (1833 – 1914). Le prince de Hohenlohe constate en effet que « chez tous les Alsaciens des hautes classes, on ne parlait que français (p. 41) » si bien qu’il emploie souvent la langue de Molière lors des rencontres privées !
Les élites alsaciennes ne se formalisent pas du maintien implicite du français ! Pour preuve, Hugo Zorn von Bulach (1851 – 1921) qui, même devenu responsable politique régional, « ne possédait l’allemand qu’imparfaitement, ce qui le gênait parfois beaucoup dans ses interventions publiques au Parlement, surtout quand on est décrété la publicité des débats et l’usage de la langue allemande à la Délégation d’Alsace. Malgré cela, pour plus de commodité, les députés se servaient encore du français et du patois alsacien dans les séances des commissions (p. 41) ». Situation impensable dans la République française une et indivisible…
Alexandre de Hohenlohe ajoute qu’« il a dû être plus d’une fois pénible à ceux qui étaient d’un âge avancé de se trouver en état d’infériorité vis-à-vis des représentants du gouvernement, par suite de leur connaissance défectueuse de la langue allemande. Chose étonnante, quelques-unes d’entre eux, qui pourtant n’avaient pas appris un mot d’allemand dans leur jeunesse avaient réussi, à force d’application et de persévérance, à s’exprime couramment dans cette langue (p. 41) ». Un bilinguisme, voire un trilinguisme, existait donc de facto.
Cette situation linguistique originale découle de la spécificité institutionnelle de l’Alsace-Lorraine annexée lors du traité de paix de Francfort de 1871 par l’Empire allemand naissant. Les trois anciens départements français deviennent un Reichsland, ce qui signifie que le jeune État fédéral-impérial en est le propriétaire indivis. Par conséquent, cette « Terre d’Empire » est placée sous l’autorité directe de l’empereur allemand et de son chancelier impérial. Toutefois, le Reichsland bénéficie d’une certaine liberté administrative avec un représentant de l’empereur, le Reichsstatthalter, « littéralement “ celui qui tient lieu ”, le Statthalter fait plus figure de régent que de gouverneur dans ses attributions (p. 20) ». Nommé par Berlin, il préside à Strasbourg le Conseil d’État d’Alsace-Lorraine, dirige un proto-gouvernement régional (quatre secrétaires d’État pour l’Intérieur, la Justice et les Cultes, les Finances et les Domaines et l’Industrie, l’Agriculture et les Travaux publics) et négocie avec la Délégation d’Alsace-Lorraine (Landesausschuss) de trente, puis de cinquante-huit élus au suffrage indirect entre 1874 et 1911. On est loin de la gestion despotique du centralisme parisien.
En 1911, le Kaiser Guillaume II accorde à l’Alsace-Lorraine une constitution locale. Le Reichsland devient le vingt-sixième État de la Fédération impériale et son Landesausschuss se transforme en un Parlement bicaméral constitué d’un Sénat de quarante-six membres désignés par l’empereur et les corps intermédiaires locaux, et d’une Assemblée régionale de soixante élus au suffrage universel direct masculin. Le déclenchement de la folle tragédie européenne de 1914 suspendra ces libertés régionales.
Alexandre de Hohenlohe se montre très favorable à toute solution neutraliste. « Dès avant 1914, rappelle Laurent Schang dans une belle introduction, [il] s’était prononcé en faveur de la constitution du Reichsland Elsass-Lothringen en État neutre autonome assortie d’un référendum d’autodétermination (p. 13). » Il s’agissait surtout d’éviter tout nouveau drame franco-allemand. Il regrette que Berlin ait finalement choisi la voie du Reichsland pour l’Alsace-Lorraine alors que d’autres solutions étaient à ses yeux possibles. Il en esquisse certaines : une tutelle paternaliste comme le fit son père, Statthalter avant de devenir chancelier, une large autonomie opérée dès 1874 ou 1875 ou, plus surprenant, le partage du territoire alsacien-lorrain entre les principaux États fédérés allemands (Prusse, Bavière, Bade, Wurtemberg). L’auteur de ces Souvenirs a compris que la perte de l’Alsace-Lorraine rend la France inguérissable. Il n’accuse pas Bismarck de cette erreur. « Bismarck pressentait bien les conséquences désastreuses que l’annexion de l’Alsace-Lorraine allait voir pour la politique européenne, avec un caractère comme celui du peuple français. Il voyait plus loin que les généraux, pour qui seules les considérations stratégiques entraient en ligne de compte, mais le côté tragique du grand génie politique qu’a été Bismarck, c’est qu’il n’a pu se libérer de la croyance en la force et en l’épée et qu’il a sous-estimé la puissance des valeurs morales en politique. C’est ainsi que l’avis de Moltke prévalut finalement et que la “ Terre d’Empire ” devient le “ glacis ” de l’Empire (p. 67). »
L’auteur sait qu’en 1866, après la victoire prussienne à Sadowa, le futur « Chancelier de Fer » avait pesé de tout son poids pour que le roi Guillaume Ier ne se rangeât pas du côté d’un état-major imbu de pensées frédériciennes qui rêvait de s’emparer de contrées autrichiennes. En 1870, la pression était trop forte pour résister frontalement à l’opinion des militaires victorieux… « On ne lira qu’avec plus d’intérêt ces pages grosses de nostalgie, desquelles émerge le regret d’une soudure “ germano-alsacienne-lorraine ” en bonne voie, sinon achevée, au seuil de la Première Guerre mondiale  (p. 12) », écrit Laurent Schang à propos de ce beau témoignage d’un Européen de langue allemande sur une région-charnière d’Europe occidentale.
Georges Feltin-Tracol  http://www.europemaxima.com/
• Prince Alexandre de Hohenlohe, Souvenirs d’Alsace-Lorraine 1870 – 1923, Introduction et notes de Laurent Schang, traduction d’Edmond Dupuydauby, Édition des Paraiges (4, rue Amable-Tastu, 57000 Metz) – Le Polémarque Éditions (29, rue des Jardiniers, 54000 Nancy), Metz – Nancy, 2012, 77 p., 10 € (+ 5 € de frais de port), à commander aussi sur les sites des éditeurs.

mardi 28 février 2012

Décembre 1944, le 1er RCP s'illustre brillamment à Jebsheim (Alsace)

Issu de l'Armée d'Afrique et instruit au Maroc par les Américains, le 1er régiment de chasseurs parachutistes devait brillamment s'illustrer lors de la campagne d'hiver 1944-1945 sur le front des Vosges, où les Calots bleus aux "charognards" d'or allaient écrire des pages aussi glorieuses que les Alpins de 1914-1918. 

Depuis le 4 octobre 1944, date de son tout premier engagement sur le front allié, principalement dans la région boisée du Mesnil-Thillot, le 1er régiment de chasseurs parachutistes a perdu 468 hommes en vingt jours de combats acharnés dans les Vosges. Reconstitué, il remonte au feu en Alsace, le 7 décembre 1944. Le colonel Geille, l'homme qui a pratiquement créé l'arme parachutiste française, a été appelé à de hautes fonctions à l'état-major de l'air le 29 novembre. Il a transmis le commandement du 1er RCP au commandant Faure, qui était jusque-là son second. Le nouveau chef de corps, grand homme à lunettes et au profil aquilin, installe ses deux bataillons à 25 kilomètres au sud de Strasbourg, à Gerstheim, tout près du Rhin. Des pluies gelées freinent considérablement le déroulement des offensives lancées par le général de Lattre de Tassigny. Les aviateurs alliés, gênés par les intempéries, sont obligés de mettre un bémol à la fureur de leurs bombardements sur les lignes allemandes. L'artillerie allemande, tapie sur la rive est du Rhin, pilonne inlassablement la vallée d'Alsace.
De Lattre est obligé de changer ses plans de bataille. Les ordres qu'il donne à la 2e DB du général Leclerc (à laquelle le 1er RCP a été rattaché pour emploi) ne parlent plus de "s'emparer de Colmar", mais précisent seulement qu'elle "doit lancer des attaques méthodiques et successives sur les villages tenus par l'ennemi", pour permettre à la 36e division d'infanterie US du général Dahlquist de défaire une à une les défenses allemandes solidement installées de Kaysersberg à Andolsheim afin de pouvoir déborder Colmar par l'est, tandis que le groupement tactique n°4 du général Schlesser achèvera l'encerclement de la ville à libérer en accentuant ses pressions sur l'axe Heilisheim — Turckheim — Les-Trois-Épis — Hachimette.
L'ennemi devine le piège. Il lance de furieuses contre-attaques qui réussissent presque à désorganiser la l’armée française. Les chasseurs parachutistes de Faure lancent des patrouilles près des lignes allemandes. Ils capturent des voltigeurs qui apprennent, par bribes, aux officiers alliés que le haut commandement allemand a dépêché des régiments frais et superbement équipés tout autour de Colmar. Ces renforts viennent de Salzbourg, Constance, Garmisch-Partenkirchen, Frilda, et même de plus loin au coeur du Reich. Ces troupes obligent les chefs français à revoir leurs plans de bataille. 
Le rush des paras du commandant Mayer sous le feu des MG 42Les deux bataillons de Faure, le premier mené par le commandant Mayer et le second sous les ordres du commandant Fleury sont dirigés sur Herbsheim et Fraesenheim. Les paras attaquent à l'aube du 13 décembre derrière les blindés du groupement Vézinet qui roulent en grondant dans la grisaille vers Witternheim. Le terrain est gorgé d'eau. Les chars s'embourbent les uns après les autres, les chasseurs les dépassent et poursuivent seuls leur mouvement dans la brume. Peu après 6h30, l'artillerie ennemie prend soudain la progression sous un déluge de feu. Les canons des chars enlisés répondent sans grand succès aux artilleurs allemands. Les parachutistes sont en enfer. Les obus amis et ennemis se croisent en hurlant au-dessus de leurs sections aveugles. Des hommes tombent en hurlant de douleur. Les sections du capitaine Mayer atteignent enfin leur base d'assaut, à 1.500 mètres de Witternheim. Les voltigeurs, essoufflés et aux oreilles torturées, découvrent leur objectif qui sort peu à peu des brumes matinales. Un bois leur en masque la plus grande partie. Mayer donne le signal du rush. Ses 4e et 5e compagnies foncent à l'est de l'objectif, tandis que la 6e compagnie du capitaine Drouant approche l'ennemi par l'ouest. La 4e compagnie, commandée par le lieutenant Charvet, se trouve prise, bien avant d'amorcer sa progression, sous un formidable déluge d'obus. Des hommes en sang se tassent au sol. Le lieutenant Dié a un pied arraché. Le chef de la compagnie matraquée se relève dans le vacarme et entraîne sa première vague d'assaut. Des mitrailleuses allemandes prennent le relais des artilleurs. Leurs rafales taillent à vif dans la ligne pressée des fantassins français. Le lieutenant Bertin est tué. Charvet rameute les survivants des 37 voltigeurs de l'assaut. De nouvelles MG se dévoilent lorsque les paras ne sont plus qu'à 200 mètres de leurs positions. Elles prennent les hommes de Charvet de face. Cinq chasseurs réussissent à se jeter tout contre les Allemands. Charvet lance alors sa deuxième vague sur les brisées sanglantes du premier mouvement. L'artillerie allemande faiblit. Les sections du 1er RCP enlèvent un à un leurs objectifs.
Il est 10h30 lorsque Witternheim est pris. Un drapeau français flotte sur le clocher de l'église dont les cloches sonnent le branle de la liberté. Quarante-deux parachutistes sont morts en quelques heures. Les chars du groupement Vézinet se désembourbent à la mi-journée. Leur avance ajoute encore à la déroute allemande. Charvet mène les survivants de sa compagnie vers Neunkirch, à l'est du village conquis, pendant que le reste du bataillon Mayer s'installe dans le bourg arraché aux Allemands au prix du sang.
Neunkirch est enlevé sans combat. La nuit tombe sur le champ de bataille jonché de gisants des deux camps. L'artillerie ennemie redonne de la voix. Les paras qui ne sont pas de veille se sont terrés dans les caves profondes des fermes qu'ils occupent, et ne subissent pas de pertes. L'attaque est relancée à l'aube du 14 décembre vers Binderheim. Les paras parviennent à se porter à 800 mètres du bourg mal- gré un matraquage continuel d'artillerie. La neige a succédé aux pluies gelées. Des chars Tigre et Panther, dont l'approche avait été trahie à la fin de la nuit par l'incessant grondement des moteurs, entrent dans la bataille. la 6e compagnie du capitaine Drouant est obligée de traverser un champ de mines. Les paras hésitent à avancer plus. Les explosions des pièges allemands se mêlent au concert des canons et des mitrailleuses lourdes. Des spécialistes du déminage sont dépêchés de l'arrière. Des chapelets de mines explosent en sympathie. Le carnage est atroce.
On doit passer tout de même ! hurle le sergent René Leguéré, de la section Lambert.
Le sous-officier donne l'exemple. Il bondit vers le village bien défendu. Un hurlement inhumain l'oblige à se retourner : l'un de ses voltigeurs est déchiqueté par des éclats. Ses yeux implorent de l'aide, son corps sanglant est agité de soubresauts. Son chef devine la mort.
Plaque-toi au sol ! hurle-t-il en se relançant vers l'ennemi, les copains vont venir te tirer de là...
Les paras font un nouveau bond qui les mène à 600 mètres à peine des premières maisons de Binderheim. Ils reprennent leur souffle à l'abri relatif d'un bois de sapins. Les chars allemands manoeuvrent bien. Leurs tirs couvrent bientôt toute la ligne d'attaque sous un manteau de fer et de feu. Le bois qui abrite la 6e compagnie n'est plus qu'un amas de troncs éclatés. Les chasseurs sont paralysés. La pression allemande se fait de plus en plus forte.
Pas possible, rumine Leguéré en cherchant du regard les survivants de la section Lambert, on va tous crever ici !
L'artillerie amie ne riposte pas à la furie allemande. L'enfer dure près de trois heures. Seuls, dérisoires, les mortiers de Faure essaient de tempérer un peu les ardeurs des pièces ennemies les plus rapprochées. Pris eux aussi sous les éclatements aveugles de leurs obus, des soldats allemands lancent des assauts désespérés vers les paras bloqués. Ces derniers réagissent bien. Leurs armes individuelles et leurs mitrailleuses légères redonnent de la voix à l'unisson. La folle attaque se brise net. Pour la vingtième fois au moins un ordre circule de groupe en groupe : "Il faut tenir à tout prix !"
Les plaintes des blessés, dans l’enfer déclenché par l’artillerie allemande 
D'horribles plaintes montent dans le bois fracassé. Des blessés implorent Dieu. Certains appellent leurs mères. D'autres maudissent le diable en expirant.
Les paras de Drouant, bien couverts par les mitrailleuses de la 4e compagnie, bondissent vers l'objectif enfumé. Ils sont vite obligés de se tasser dans la boue, tout contre les cadavres des soldats allemands dont l'attaque a tourné court. L'après-midi se meurt lorsqu'arrive enfin un ordre de repli. Les sections, bien entamées, refont par bonds les 3 kilomètres parcourus depuis le matin. Le bataillon Mayer réussit à sortir tout entier de l'enfer, et s'installe à la nuit aux franges du bois de Mayhols. Des volontaires repartent presque aussitôt en patrouille, pour tenter de récupérer des blessés qui appellent à l'aide, sous le pilonnage incessant de l'artillerie ennemie.
Le 1er bataillon a perdu le tiers de son effectif en quarante-huit heures, dont 136 chasseurs au cours de l'attaque vaine sur Binderheim. Les survivants reprennent des forces sous la protection de trois tanks destroyers et de trois Sherman. Les Allemands passent à l'attaque à l'aube du 16 décembre. Ils concentrent leurs efforts sur le nord-ouest du bois de Mayhols, dans lequel se sont repliés les 4e et 5e compagnies du bataillon Mayer. Le lieutenant Guiraut replie sa 5e compagnie au sud du bois, après avoir supporté le premier choc de l'assaut allemand.
Les TD et les Sherman protègent efficacement le repli des paras. Mayer réorganise ses lignes. Son bataillon est bientôt déployé face au mouvement ennemi bien épaulé par une douzaine de Panther. L'artillerie amie, amenée en ligne au cours de la nuit, se déchaîne enfin. Les Allemands subissent à leur tour la loi du feu en pluie.
Chacun son tour, jubile Jules Rechignat, un tireur à la mitrailleuse de 7,62, qu'est-ce qu'ils prennent...
Les vagues ennemies reculent. La 6e compagnie glisse à l'ouest et au sud-ouest de Neunkirch, tandis que les survivants de la 4e se portent au sud-est de la localité. L'artillerie allemande se manifeste encore tout au long de la journée. Les parties en présence semblent s'observer. Mayer ne compte au soir du 15 décembre "que" cinq tués. Les choses se calment encore dans les jours qui suivent.
La trêve, toute relative, dure jusqu'au 22 décembre. Le 2e bataillon du capitaine Fleury est mis en alerte. Il doit attaquer le lendemain les villages de Zelsheim et Diebolsheim pendant que le 1er bataillon suivra le mouvement de très près. Les paras sont impatients de foncer sur l'ennemi qui ne donne plus signe de vie, mais l'attaque est décommandée au tout dernier moment. Le régiment Faure est placé en repos. Les paras fêtent Noël loin du feu, au Val d'Ajol, à Plombières et à Ruaux. Ils remontent en ligne le 30 décembre. Leurs camions ont du mal à franchir le col du Bonhomme qui est fortement enneigé, et c'est à pied que les chasseurs relèvent le 1er régiment de tirailleurs algériens sur les crêtes du secteur de Labaroche, vers Hachimette.
Les Allemands attaquent en force pendant la dernière nuit de l'année 1944: six divisions d'infanterie et une division blindée bousculent le dispositif allié sur la ligne Sarreguemines — Bitche — Bannstein — Benhoffen ; le but principal de leur manœuvre étant de reconquérir la trouée de Saverne.
La pression ennemie est si forte que, dès le 1er janvier 1945, le général Eisenhower doit se résoudre à ordonner le repli de son 6° groupe d'armées. L'aile gauche de la 1re armée française est obligée de suivre le mouvement. Le général de Gaulle n'accepte pas la tactique US. Il écrit au général de Lattre dès le début du repli : "Dans l'éventualité où les forces alliées se retireraient de leurs positions actuelles au nord du dispositif de la l'armée française, je vous prescris de prendre à votre compte et d'assurer la défense de Strasbourg."
Sous le feu des tireurs d’élite allemands
Pendant que se joue ainsi le sort de la guerre, les paras de Faure poursuivent leur mise en place de relève. Le 1er bataillon du 1er RCP s'étale au sud d'Orbey, tandis que le 2e bataillon occupe l'ouest de la localité, sur la route des lacs Blanc et Noir. Des TD appuient quelques pressions du 1er bataillon vers le Gros-Gazon et le haut Honeck. Les Allemands contre-attaquent. Le combat est longtemps incertain, puis l'ennemi reflue sur les hauteurs qu'il occupait avant l'assaut. Les chasseurs du 2e bataillon, qui ont chargé leur matériel lourd sur un train de mules, s'installent au nord du village de Pairs. Les Allemands, vêtus de blanc et invisibles dans la neige, ne sont qu'à 200 mètres de là. Leurs tireurs d'élite empêchent tout mouvement des Français. Les combattants s'observent. Une unité américaine relève les paras dans la nuit du 6 au 7 janvier. Les forces du Reich attaquent une nouvelle fois le 10 janvier. L'affaire est des plus sérieuses. Le général von Maur, qui commande l'attaque de l'armée Oberrheim, est sûr de son fait. L'ordre du jour qu'il diffuse avant l'assaut est net :
"Je compte sur vous pour pouvoir annoncer au Führer, dans quelques jours, que le drapeau à croix gammée flotte à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg."
La 1re division française libre du général Garbay résiste tant qu'elle peut à la ruée des chars blancs de la brigade Feldherrnhalle et aux fantassins de la 198e division. Les efforts du bataillon du Pacifique, du 1er bataillon de la Légion étrangère, des paras de Faure et des fusiliers marins du 1er RFM permettent aux lignes alliées de tenir. Les Allemands piétinent, reculent — et Strasbourg, qui avait été évacuée en hâte, demeure française. Le général Wiese, qui commandait en chef le mouvement de la 19e armée allemande, est remplacé par le général Rasp. De Lattre décide de lancer de nouvelles actions pour délivrer enfin Colmar. Il obtient des Américains le solide appui aérien nécessaire à l'attaque.
Le jour J est fixé au 20 janvier 1945. Le 1er RCP, regroupé à Obernai, effectue un mouvement vers Guémar et s'insère dans le dispositif tactique de la 5e DB du général Vernejoul, qui détache aussitôt les paras au groupement tactique n°6 du colonel Boutaud de Lavilléon.
La bataille commence à l'heure prévue dans une tourmente de neige. Le 1er corps d'armée français attaque en premier, bien soutenu par 102 batteries d'artillerie. Le 2e corps d'armée entre à son tour dans l'action à J+2. Les Allemands tiennent parfaitement le verrou de Colmar. De Lattre lance un troisième corps d'armée dans la bataille. Les parachutistes de Faure reçoivent pour mission principale de s'emparer de Jebsheim, position clé au nord-est de Colmar.
Le capitaine Fleury attaque sous la neige. Ses sections dépassent sans encombre le moulin de Jebsheim, déjà enlevé de haute lutte par des fantassins américains. Les Allemands se dévoilent à l'orée du bois. Le combat est tout de suite d'une violence inouïe. A l'avant, les paras luttent de front. Les Allemands finissent par reculer. Faure reçoit alors l'ordre d'occuper et de tenir à tout prix la forêt jonchée de cadavres gelés. La température atteint — 20 °C. Les Allemands contre-attaquent. L'issue du combat demeure incertaine sur toute la longueur du front. Le 2e bataillon du 1er RCP reste ainsi au contact physique de l'ennemi pendant trois jours. L'artillerie allemande entretient une pression constante sur les positions françaises. Plus de 120 paras meurent, déchiquetés. Les défenseurs de Jebsheim repoussent les Américains du 254e régiment d'infanterie dans la nuit du 25 au 26 janvier. Les Yankees, bien soutenus par les chars du sous-groupement du Chayla et flanqués par les paras du 1er bataillon du 1er RCP, réussissent à reprendre les premières habitations du bourg transformé en forteresse par les soldats du Reich. Les fantassins américains accentuent encore leur pénétration dans la nuit du 27. Le commandement ennemi prend alors les assaillants sous un déluge d'obus d'artillerie. Les Français, légionnaires du 3e RMLE et paras du RCP se lancent à la rescousse en vagues hurlantes. Les maisons de Jebsheim sont arrachées à l'ennemi une à une après de furieux corps à corps. Les positions dévastées changent plusieurs fois de camp. Il y a du sang sur la neige. Les morts gèlent très vite. Les survivants des attaques, hagards, ont dépassé depuis longtemps le seuil de la résistance humaine. Ils sont devenus des "robots de guerre". Il part en moyenne, dans les deux camps de la bataille, un obus d'artillerie toutes les cinq secondes. Le combat s'exaspère le 28 janvier. Les Allemands sont enfin bousculés. Leurs blindés, jusque-là embossés à l'abri des regards alliés, décrochent un à un, poursuivis par l'artillerie amie. La 9e compagnie du 2e bataillon du RCP oblige le plus gros d'un bataillon de chasseurs de montagne, qui venait de rejoindre la bataille, à jeter les armes. Le vacarme décroît, puis meurt. Le colonel Boutaud de Lavilléon peut annoncer enfin la prise de Jebsheim.
Les paras se terrent dans les positions qu'ils ont enlevées. Ils ont tous des visages de morts vivants. La victoire, trop chèrement payée, ne les grise pas. Ils sont devenus indifférents à tout ce qui les entoure. Ils devinent que l'ennemi peut revenir en force. C'est ce qui se passe à l'aube du 29 janvier. Les généraux allemands jettent le 136e Gebirgsjagerregiment et les Jagdpanther du 654e Panzerjagerabteilung pour soulager les derniers enragés qui tiennent encore quelques maisons au sud de Jebsheim. Le général Haus Degen, qui commande la 2. Gebirsdivision, a reçu des ordres formels :
"La brèche dans la HKL (Hauptkamflinie, ligne principale de résistance), entre Grussenheim —Jebsheim et le canal compris au nord de Muntzenheim, doit être fermée avec toutes les forces dont le corps dispose, renforcée et défendue. L'ennemi ne doit pas pouvoir franchir cette HKL et pousser en direction de l'est, sous peine de provoquer de graves perturbations dans la conduite d'ensemble du corps. De nouvelles réserves doivent être constituées à l'est de Jebsheim et au sud de Muntzenheim."
Cet ordre, qui montre bien tout l'intérêt de la prise de Jebsheim pour les Alliés, n'est, en fait, que le prolongement d'un rapport que le Führer en personne a remis au SS Oberstgruppenführer Hausser, qui commande le groupe d'armées Oberrheim :
"Il importe de consolider le front nord de Colmar et de fortifier la ville elle-même, dont la perte aurait une signification bien plus grande que celle d'une autre partie de terrain."
La ruée allemande se brise sur les défenses alliées à 9 heures. Les paras resserrent leurs rangs à nouveau clairsemés. Les Allemands qui ont tout de même réussi à se réinstaller dans la partie sud de Jebsheim lancent un second coup de boutoir vers 15 heures. Leurs efforts échouent. Ils arrachent quelques nouvelles maisons aux Français et aux Américains, mais sont bientôt forcés de reculer encore. Ils abandonnent cette fois le village tout entier. Jebsheim est en ruine. Un demi-millier de cadavres allemands jonchent les rues éventrées, les jardinets dévastés et les champs alentour. Trois centaines de GI et de paras sont morts. Une longue colonne de plus de mille prisonniers est lentement évacuée. Des explosions brisent le calme si chèrement mérité. Les vaincus ont diaboliquement piégé tout le morne site. Des démineurs du génie assainissent lentement le village. Les chasseurs de Faure les aident en fouillant le sol de leurs baïonnettes. La nuit tombe sur le village mort. La route de Colmar est ouverte. La ville sera bientôt investie. Le 8 février 1945, les troupes alliées défilent devant leurs chefs. Le 1er RCP, qui est tout naturellement de la parade, a perdu l'équivalent de son effectif après trois mois d'une sanglante bataille. Le régiment déplore en effet depuis le 4 octobre 1944, 1.156 hommes hors de combat, morts et blessés confondus ! http://www.theatrum-belli.com
A lire :
Georges FLEURY : Le 1er Régiment de chasseurs parachutistes, tome 1 (1935-1945), Lavauzelle, 1982.
Georges FLEURY : Le Para Roger Léguéré : L'Épopée d'un para, des Vosges (1944) à Dien Bien Phu (1954), Grasset, 1982.