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dimanche 20 octobre 2024

16 octobre 1793, exécution de Marie-Antoinette : le féminicide de la Révolution

 

Anonyme, photographe, CC0, via Wikimedia Commons
Anonyme, photographe, CC0, via Wikimedia Commons
Ce 16 octobre, nous commémorons la mort de la reine Marie-Antoinette, exécutée à Paris en 1793. Victime de la Révolution, elle a affronté, aux côtés de son époux Louis XVI, la haine implacable des sans-culottes. Quelques mois après l'exécution de son mari, le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette est à son tour traduite devant le Tribunal révolutionnaire. Là, elle doit affronter le jugement de ceux qui l'accusent non seulement en tant que souveraine, mais aussi en tant que mère et femme.

Un simulacre de procès

Captive à la prison du Temple, puis à la Conciergerie après la chute des Tuileries le 10 août 1792, Marie-Antoinette est présentée devant le Tribunal révolutionnaire le 14 octobre 1793. Ce dernier est alors dominé par le redoutable accusateur public Fouquier-Tinville, qui accuse « l'Autrichienne » d'avoir conspiré contre la France en informant les puissances étrangères, d'avoir corrompu le roi et d'avoir affamé le peuple. Mais cette parodie de justice n'est qu'un prétexte pour éliminer l'un des derniers symboles de la monarchie française. En effet, le verdict est déjà décidé et il ne reste qu'à mener un simulacre de procès en chargeant la future condamnée d’accusations parfois grossières et mensongères. Ainsi, on propage la rumeur que le jeune Louis XVII, fils de Marie-Antoinette, retiré à sa famille et élevé par le brutal citoyen Simon, aurait dénoncé des actes incestueux de sa mère et de sa tante, Madame Élisabeth, envers lui. Face à cette accusation abominable contre sa nature de femme et de mère, Marie-Antoinette, restée jusque-là silencieuse, se lève pour protester avec force : « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature elle-même refuse de répondre à une telle accusation faite à une mère ! J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ! » L'assemblée, notamment les femmes, jusque-là hostile, est bouleversée. Elles changent d'attitude, prenant pitié de cette mère, brisée par la séparation de ses enfants, à qui l'on inflige en plus l'horreur de l'accusation d'inceste. Saisi par cette réaction inattendue de l’assemblée, le tribunal suspend la séance. Beaucoup croient alors que l'on finira par exiler Marie-Antoinette, mais en réalité, son sort est scellé depuis longtemps.

Une dernière lettre

Marie-Antoinette est pleinement consciente de son destin et ne se fait guère d'illusions : à quel titre les bourreaux de son mari lui témoigneraient-ils davantage de respect, elle qui a toujours été perçue comme une étrangère ? Ainsi, le matin du 16 octobre, le jury rend son verdict : Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est condamnée à mort pour haute trahison. Après l'annonce de la sentence, on lui laisse le temps d'écrire une dernière lettre à sa belle-sœur, Madame Élisabeth, et à ses enfants. Mais cet ultime adieu, confisqué par Robespierre, ne leur parviendra jamais. Marie-Antoinette y exprime son déchirement : « C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux […]. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. […] Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants ; mon Dieu ! qu’il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu, adieu ! » Après avoir rédigé ces adieux poignants, elle se prépare pour son dernier voyage vers la guillotine.

Digne face à la mort

Le bourreau de la Révolution, Charles-Henri Sanson, attache les mains de Marie-Antoinette dans son dos, lui retire sa coiffure et coupe ses cheveux autrefois magnifiques. Vêtue d'une simple chemise, elle monte dans une charrette à bestiaux, un cortège funèbre bien plus modeste que celui de Louis XVI qui, huit mois plus tôt, avait été conduit en carrosse dans un silence respectueux. Aujourd'hui, ce sont des cris de haine qui accompagnent la reine déchue, sous la garde de 30.000 soldats, en direction de la place de la Révolution. Vers midi, elle arrive devant l’échafaud. En en gravissant les escaliers, elle marche sur le pied de Sanson. Et s'en excuse alors dignement : « Monsieur, je vous demande pardon, je ne l'ai pas fait exprès ». Quelques instants plus tard, sans résister, Marie-Antoinette est guillotinée. Son corps est ensuite inhumé dans une fosse commune au cimetière de la Madeleine, aux côtés de Louis XVI.

Il faudra attendre la Restauration, en 1815, pour que Louis XVIII rende hommage à son frère et à Marie-Antoinette. Leurs restes sont alors retrouvés et transportés à la nécropole des rois de France : la basilique Saint-Denis. Une chapelle expiatoire est ensuite érigée sur le site de la fosse commune, ornée de sculptures représentant le couple royal, pour que la France honore à jamais ses souverains martyrs, et notamment Marie-Antoinette. Jusqu'à la fin, elle aura su conserver sa dignité et sa grandeur, malgré une destinée frappée par la fureur révolutionnaire. Ce régicide, teinté de féminicide, ensanglante à jamais la Révolution française, que certains continuent pourtant à glorifier. Une ironie cruelle, soulignée lors de l'ouverture des Jeux olympiques, où l'on osa encore ridiculiser cette pauvre reine.

Eric de Mascureau

lundi 29 juillet 2024

Louis XVI et Marie-Antoinette : un mariage bien mal parti

 

mariage louis xvi marie antoinette
S’il est un couple, dont nous fêtons ce mois-ci le 254e anniversaire de mariage, qui est l’un des plus curieux de notre Histoire de France, c’est bien celui de Louis XVI et Marie-Antoinette. En effet, mariés pour des raisons politiques, ces deux oiseaux ne semblaient pas être faits pour le même nid. Tout les séparait et rien ne les rassemblait. L’un était le contraire de l’autre : Louis XVI souffrait d’une grande timidité et préférait se réfugier dans la chasse, la géographie ou l’horlogerie, tandis que Marie-Antoinette s'enivra dans les bals et les fêtes tout en s’entourant de confidentes et de courtisans. Mais comment a donc bien pu se former ce couple si divergent ?

Un mariage sous de sombres auspices

Afin de consolider la paix en Europe par des alliances et des mariages, Louis XV accepta de marier son petit-fils et héritier, Louis-Auguste, avec la fille de Marie-Thérèse d’Autriche, Marie-Antoinette. Afin d’éviter tout revirement dans cet accord, un premier mariage est célébré à Vienne, par procuration, le 17 avril 1770. Un mois plus tard, lorsque la future dauphine de France est enfin arrivée dans le royaume, l’union est célébrée, le 16 mai, dans la chapelle du château de Versailles. Après un somptueux souper donné dans le nouvel opéra royal du palais, les nouveaux époux sont invités à rejoindre leur chambre nuptiale. Cependant, contre toute attente, le mariage ne sera pas consommé, cette nuit-là. Il faudra attendre pas moins de sept années pour que cela se produise.

En ce temps-là, un mariage princier n’était pas réglé en une journée. La cérémonie religieuse était suivie de fêtes, bals, banquets interminables, durant plusieurs jours, voire semaines. C'est ainsi que les festivités de ce mariage grandiose s'achevèrent le 30 mai, sur la future place de la Concorde à Paris, avec un magnifique feu d'artifice offert par Louis XV à son peuple. Malheureusement, l’une des fusées allumées retomba sur une réserve de poudre et déclencha un violent incendie. La foule rassemblée prit peur, la panique se propagea au point de provoquer une cohue infernale qui causa la mort de centaines de personnes. Dès lors, l'on vit cet événement comme un signe funèbre planant au-dessus du nouveau couple royal, et notamment sur celle que l'on commença à surnommer « l’Autrichienne ».

Louis XVI, un problème technique ?

Les années passent, le dauphin devient le roi Louis XVI à la mort de Louis XV en 1774. Tout devoir de roi et de reine est de donner un héritier au trône afin de perpétuer la monarchie et garantir ainsi la tranquillité du royaume. Chose plus facile à dire qu’à faire. En effet, après sept années de mariage, toujours aucun enfant n'était en vue. Les théories allaient bon train. Certains avançaient que Louis XVI souffrait d’une malformation au niveau des organes génitaux qui l’empêchait d’accomplir ses devoirs conjugaux et qu'une opération chirurgicale s'imposait. D’autres racontaient que les deux jeunes époux souffraient d’une grande timidité l’un envers l’autre et que l’étiquette étouffante de la cour de Versailles rendait délicat tout rapport charnel entre eux. Selon Marie-Antoinette, « le roi n'a pas le goût de coucher à deux ». On dit même que le propre frère de la reine, le futur Joseph II, serait venu rendre visite au couple royal afin de fournir « des conseils d'une crudité que ne craint pas cette époque », comme le raconte Jean Sévillia dans Les Dernier Jours des reines. Quoi qu’il en soit, le mariage finit enfin par être fécond avec la naissance de quatre enfants : Marie-Thérèse Charlotte, née en 1778, Louis-Joseph, né en 1781 mais qui mourut en 1789, Louis-Charles, futur Louis XVII, né en 1785, et, enfin, Marie-Sophie-Béatrice, née en 1786 avant de s’éteindre avant l’âge d’un an.

Quid des relations adultérines ?

Cette histoire et cette difficulté à engendrer ont pu étonner et même amener à se demander si Louis XVI avait bel et bien hérité du sang Bourbon de ses ancêtres. En effet, il n’est pas un roi de France, durant les deux siècles durant lesquels régnèrent les Bourbons, qui n'avait pas entretenu des relations avec plusieurs maîtresses. Louis XV était ainsi le maître du fantasmé harem du Parc-aux-Cerfs, Louis XIV fut le grand roi aux multiples conquêtes féminines et bâtards, dont certains légitimés. Même le timide Louis XIII se lança dans quelques relations platoniques avec certaines dames, tandis que son père Henri IV avait gagné le surnom de Vert-Galant par ses nombreuses aventures. Ainsi, vous comprendrez que si nous devions dresser une liste de toutes les maîtresses royales, nous en aurions pour un long moment. Même les frères du roi Louis XVI, les futurs Louis XVIII et Charles X qui lui succéderont, ont fait honneur à l’héritage amoureux des rois de France. Ainsi, Louis XVI est le seul roi Bourbon auquel on ne connaît aucun amour extra-conjugal.

A contrario, la reine Marie-Antoinette entretient une relation passionnée avec le jeune comte suédois Axel de Fersen. Cet amour fut tel que ce dernier chercha jusqu’à la fin à sauver le roi et surtout la reine de la Révolution et de sa guillotine en 1793. Néanmoins, c’est durant cette triste période pour la monarchie française que le couple royal aura su faire fi de ses différences pour mieux faire face ensemble aux dures épreuves qui les attendaient. Ainsi, selon Jean Sévillia, « Marie-Antoinette a appris à estimer son mari. Il l'a impressionné par son sang-froid, sa hauteur d'âme, sa bonté. En retour, elle s'est associée à lui dans l'épreuve, refusant de l'abandonner […]. Au temple, la foi chrétienne et la vie de famille sont dorénavant leur seul recours », et ce fut le cas jusqu’à la fin de ce couple si particulier.

Eric de Mascureau

mardi 17 octobre 2023

La dernière lettre de la reine Marie-Antoinette

 

Dernière lettre de la reine Marie-Antoinette

Dernière lettre de Marie-Antoinette : elle s’adresse à sa belle-sœur, Élisabeth de France, sœur du roi Louis XVI. Celle-ci ne reçut jamais cette lettre, elle fut exécutée peu après.

« Ce 16 octobre 1793 à 4h1/2 du matin,

C’est à vous, ma sœur, que j’écris pour la dernière fois.

Je viens d’être condamnée, non pas à une mort honteuse – elle ne l’est que pour les criminels – mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui, innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme, comme on l’est quand la conscience ne reproche rien ; j’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants. Vous savez que je n’existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur. Vous qui avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J’ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! La pauvre enfant, je n’ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre […] Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j’ai été élevée et que j’ai toujours professée. N’ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s’il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s’ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j’ai pu commettre depuis que j’existe. J’espère que, dans Sa bonté, Il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps, pour qu’Il veuille bien recevoir mon âme dans Sa miséricorde et Sa bonté. […] Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils m’ont fait. […] Adieu, ma bonne et tendre sœur. Puisse cette lettre vous arriver. Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu ! qu’il est déchirant de les quitter pour toujours ! »

https://www.medias-presse.info/la-derniere-lettre-de-la-reine-marie-antoinette/181220/

vendredi 4 août 2023

Jeanne du Barry, la Mal-Aimée

 

Baptisée sous le nom de Jeanne Bécu en 1743, la jeune fille a pu sortir de sa petite condition grâce à sa beauté et attirer l’attention de la noblesse parisienne qui fit d’elle la maîtresse et l’amante de nombreux aristocrates, parmi eux le comte du Barry-Cérès. Ce dernier utilisa le charme de sa jeune conquête amoureuse comme une arme afin de s’attirer les honneurs et le pardon de Louis XV pour ses fautes passées. Il la maria à son frère Guillaume du Barry en vue d'obtenir un titre et un nom pour franchir les grilles dorées du château de Versailles et, si le roi le voulait, pouvoir y demeurer.

Réveillant par sa beauté l’amour d’un souverain endormi par le deuil récent de son épouse la reine Marie Leszczynska, la jeune Comtesse du Barry devint, en 1768, la nouvelle maîtresse royale. Elle succédait ainsi aux nombreuses autres conquêtes amoureuses de Louis XV, comme Madame de Pompadour. Mais les titres, les robes et les parures somptueuses, ainsi que les manières de cour apprises rapidement, ne firent pas effacer aux yeux de la noblesse de Versailles les origines roturières de la nouvelle venue et dont la seule présence était une injure au sang des rois. La locataire du lit de Louis XV finit par se faire accepter par l’aristocratie et devint même un enjeu politique de premier ordre : ayant l’oreille et le cœur du souverain, elle pouvait l’influencer. Ainsi, la comtesse du Barry se retrouva au milieu des intrigues menées par le duc de Richelieu et le duc de Choiseul, ministre d’État. Ce dernier travaillait notamment au mariage du futur Louis XVI et de celle qui fut l’une des plus grandes rivales de la maîtresse royale : l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche.

Mariée en 1770 avec le dauphin, la future reine de France ne supportait pas la présence de cette roturière dont la beauté égalait la sienne : comment le sang des Habsbourg pouvait-il côtoyer celui des gens du commun, et comment le roi de France, roi très chrétien, pouvait-il avoir une vie aussi dissolue ? Naïve, Jeanne du Barry chercha obstinément à devenir l’amie de la dauphine mais ne reçut en récompense qu’une froide hostilité. Cette relation faillit même menacer l’alliance franco-autrichienne que Louis XV était prêt à sacrifier au nom de son amour. Marie-Antoinette, consciente des enjeux pour son pays natal, ravala son orgueil et accepta publiquement de mettre fin à sa rivalité en adressant la parole à la comtesse du Barry à l’aide de quelques mots passés à la postérité : « Il y a bien du monde, aujourd’hui, à Versailles. »

Mais le roi et sa santé déclinaient. Tombé malade en 1774, Louis XV demanda à sa maîtresse de quitter Versailles, malgré les bons soins qu’elle lui avait prodigués, afin qu’il puisse se préparer chrétiennement à sa mort. Après une vie de plaisir, le roi de France devait rendre désormais son âme à Dieu. Pour Jeanne du Barry, les portes de Versailles se clôturaient définitivement. S’exilant dans son château de Louveciennes, la comtesse du Barry tenta d’y revivre son bonheur passé en compagnie de nouveaux amants, mais qui est loin de la cour tombe peu à peu dans l’oubli.

La Révolution française éclatant, elle ne fuit pas à l’étranger comme le reste de l’aristocratie, pensant être protégée par ses origines dont elle avait pourtant cherché à effacer toute trace. Subissant un cambriolage en 1791, elle partit en Angleterre afin de retrouver les voleurs mais, apprenant en 1793 la volonté d’apposition de scellés sur sa propriété et ses biens de Louveciennes, elle revint en hâte. Devenue suspecte aux yeux de la Révolution pour son séjour anglais et pour son passé versaillais, elle fut arrêtée et condamnée à mort par le terrible tribunal révolutionnaire. Montant à la guillotine le 8 décembre 1793, elle tenta jusqu’au dernier instant de retarder son exécution, suppliant Samson de lui laisser « encore un moment, Monsieur le bourreau ! »

Jeanne Bécu, comtesse du Barry et maîtresse royale, ne réussit jamais à trouver réellement sa place entre le mépris d’une noblesse pour sa basse extraction et un peuple qui lui reprocha son amour pour celui qui fut considéré comme un tyran. Louis XV le Mal-Aimé aura su léguer a posteriori son sobriquet comme ultime héritage à sa dernière amante.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/jeanne-du-barry-la-mal-aimee/

dimanche 23 juillet 2023

Marie-Antoinette, une princesse autrichienne

 

Nous célébrons, le 2 novembre, la naissance, en 1755, de Marie-Antoinette d’Autriche, à Vienne. Cette dernière n’est pas le premier enfant du couple impérial autrichien formé par la reine de Hongrie et de Bohême, Marie-Thérèse (1717-1780), et par l’empereur François Ier (1708-1765). En effet, elle naît après quatorze frères et sœurs et ne sera que l’avant-dernière de cette famille nombreuse.

Marie-Antoinette vient au monde, au palais de la Hofburg, le jour même où l’Église catholique commémore les défunts. Un présage que l’on pourrait qualifier de sinistre pour celle dont le destin finira ses jours sous le couperet de la guillotine, d’autant que la veille, le 1er novembre, un terrible tremblement de terre détruisit la ville de Lisbonne. Mais pour l’instant, la petite princesse grandit sous les tendres soins de ses gouvernantes dans les magnifiques demeures impériales de la Hofburg ou de Schönbrunn.

C’est dans celui-ci que se produisit une histoire des plus touchantes. Afin d’animer la cour de Vienne, il était de coutume de faire venir de nombreuses distractions et curiosités, comme la présentation de jeunes enfants jouant avec un talent rare des instruments de musique. Lors d’un récital, le 13 octobre 1762, Marie-Antoinette vit l’un de ces jeunes prodiges tomber de son tabouret alors qu’il jouait du clavecin et l’aida à se relever. Celui-ci, touché par la beauté, la grâce et la gentillesse de la princesse, lui aurait promis de l’épouser une fois le temps venu. Cet enfant, audacieux et ingénu, n’était autre que Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791).

En dehors de ces moments de détente, Marie-Antoinette reçoit une éducation digne de son rang. Ainsi lui est inculqué la danse, la musique ainsi que le français et l’italien, mais cette éducation cache en vérité un projet politique. Comme tout souverain, Marie-Thérèse d’Autriche voit en ses enfants des armes qu’elle peut utiliser au nom de la raison d’État et de la diplomatie. En effet, afin de se réconcilier avec les monarchies européennes dont le royaume de France, suite à la terrible guerre de Sept Ans (1756-1763), la souveraine d’Autriche entreprend de marier ses nombreuses filles aux descendants des têtes couronnées. Ainsi, en 1770, est arrangé avec l’accord du roi de France, Louis XV (1710-1774), l’union de son petit-fils et dauphin, Louis Auguste (1754-1793), futur Louis XVI, avec la princesse Marie-Antoinette.

Pour sceller rapidement l’accord, un premier mariage par procuration a lieu le 17 avril 1770 à Vienne. Deux jours plus tard, Marie-Antoinette, sans le savoir, quitte pour toujours son pays natal en direction de la France. Après un mois de voyage éreintant, de haltes sans fin dans de nombreux châteaux et de réceptions interminables, la future dauphine de France arrive en France. Installée au château de la Muette, elle se prépare à son mariage qui eut lieu le 16 mai 1770. Quinze jours plus tard, afin de célébrer le mariage de son petit-fils, le roi fait donner un formidable feu d’artifice sur la place Louis-XV, aujourd’hui place de la Concorde. Malheureusement, l’un des artifices tombe sur une réserve de poudre et entraîne un incendie faisant paniquer la foule rassemblée. La cohue provoque la mort de plus d’une centaine de personnes. Un désastre que le peuple attribue à celle que l’on a déjà commencé à appeler avec haine « l’Autrichienne ».

Ainsi le passage de l’enfance à l’âge adulte, de l’Autriche à la France, pour Marie-Antoinette se fit dans le sang. Comme un signe du destin, c’est sur le lieu même de l’accident que, 23 ans plus tard, la dernière reine de l’Ancien Régime, après avoir affronté les horreurs de la Révolution, est guillotinée le 16 octobre 1793.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/marie-antoinette-une-princesse-autrichienne/

mercredi 28 septembre 2022

Marie-Antoinette et le complot maçonnique (Louis Dasté)

 

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Louis Dasté est l’auteur de plusieurs ouvrages dénonçant l’action des sociétés secrètes.

Lors de l’avènement de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le peuple de France idolâtrait ses jeunes souverains. La Reine surtout avait touché son cœur.

Vingt ans après, ce n’est plus d’amour mais de haine que la France est enivrée. Ce livre démontre que les auteurs de ce renversement se trouvent dans les forces occultes.

Au commencement du XVIIIème siècle, la France était encore attachée avec ferveur à ses traditions religieuses et politiques. A la fin du même siècle, elle rompt – ou plutôt une influence cachée la fait rompre – avec toutes ses traditions à la fois. Quelle est cette influence ? Toujours celle de la Maçonnerie. Or, dès 1791, un admirable prêtre, l’abbé Le Franc, osa l’écrire. Un an plus tard, le 2 septembre 1792, à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, il paya de son sang le courage d’avoir dénoncé la Maçonnerie comme la mère de la Révolution, alors déjà toute souillée de crimes.

La franc-maçonnerie était, dès le commencement, l’ennemie mortelle de la Foi chrétienne, de l’ordre chrétien, de la civilisation chrétienne toute entière.

A partir du milieu du XVIIIème siècle, dans la plupart des villes françaises s’ouvrirent des Sociétés dites de Lecture. Ainsi que les sociétés actuelles de Libre-Pensée, elles étaient conduites par des francs-maçons. Ces Sociétés de Lecture, comme leur nom l’indique, avaient pour but de faire lire aux Français qu’on y enrôlait toute une gamme de livres et brochures imprégnés de venin maçonnique et savamment gradués, depuis le respect hypocrite des traditions françaises jusqu’à la haine la plus atroce contre ces mêmes traditions. Ces Sociétés de Lecture, conjointement avec les Loges, changèrent des catholiques tièdes en incroyants et des incroyants en fanatiques antichrétiens.

Marie-Antoinette, fille des Césars catholiques d’Autriche et femme du Roi Très-Chrétien de France, devint une cible des mensonges et calomnies propagées par les sociétés secrètes.

Le 17 août 1790, la Reine Marie-Antoinette écrivait à son frère le Roi Léopold II : « Prenez bien garde à toute association de Francs-Maçons !… C’est par cette voie que tous les monstres d’ici comptent d’arriver dans tous les pays au même but…« 

Marie-Antoinette et le complot maçonnique, Louis Dasté, éditions Omnia Veritas, 335 pages, 23 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/marie-antoinette-et-le-complot-maconnique-louis-daste/51021/

vendredi 3 juin 2022

Hommage à la Reine Marie-Antoinette

 

reine-marie-antoinette

Rendons un hommage tout particulier à notre reine Marie-Antoinette assassinée il y a aujourd’hui 223 années.

Femme, reine et mère, Marie-Antoinette est lâchement exécutée après un procès en sorcellerie dont s’inspireront les pires réquisitoires staliniens.

Reine de France et non “citoyenne Capet”, Marie-Antoinette meurt en martyre comme une grande sainte. Veuve, elle endure un calvaire physique et moral abominable qui lui fera dire qu’elle n’a “plus de larmes pour pleurer”. Aux fenêtres de sa prison, à travers les barreaux de sa cellule, les barbares révolutionnaires lui présentent la tête empalée de sa meilleure amie. Montant à l’échafaud, la Reine de France présente ses excuses à Sanson, son bourreau, pour lui avoir effleuré le pied. Parfaitement innocente des crimes dont on l’accuse, Marie-Antoinette est sauvagement guillotinée, et rend sa belle âme à Dieu le 16 Octobre 1793, elle n’avait que 37 ans.

Sa lettre testamentaire à Madame Elisabeth, sœur du feu Roi Louis XVI, demeure un chef-d’oeuvre poignant de foi, de fidélité, d’abnégation, de courage et de vérité.

Que Marie-Antoinette bénisse et protège, du haut du Ciel, la France, son Royaume qu’elle aimait tant.

https://www.medias-presse.info/hommage-a-la-reine-marie-antoinette/62676/

jeudi 5 mai 2022

Marie-Antoinette …racontée par ceux qui l’ont connue

 Cette anthologie inédite rassemble des textes écrits aux différents âges de la vie de la reine Marie-Antoinette par des personnes qui l’ont rencontrée. Lors de son arrivée en France en 1770, Marie-Antoinette est accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. La baronne d’Oberkirch décrit l’entrée de la jeune dauphine dans la ville de Strasbourg.  » Oh, je vivrais cent ans que je n’oublierais pas cette journée, ces fêtes, ces cris de joie poussés par un peuple ivre de bonheur à l’aspect de sa souveraine.  » Il faut rappeler que Marie-Antoinette n’a que quinze ans lorsqu’elle arrive en France en tant que dauphine.

Le lecteur sera frappé par la méchanceté que l’on retrouve rapidement dans maints écrits d’aristocrates qui l’observent et critiquent sa frivolité sans tenir compte de son jeune âge. Qui plus est, on constate aussi vite les jalousies de membres de la cour, vexés de ne pas être du cercle d’amis dont s’entoure Marie-Antoinette, parfois il est vrai avec une certaine maladresse.

Le Comte d’Hézecques, qui fut page à la cour de Louis XVI, raconte dans ses souvenirs :  » Echappant à la tutelle d’une mère sévère, cette princesse était arrivée, à quinze ans, sans autre guide que les dernières recommandations maternelles, au milieu d’une cour dissolue, où le vice régnait ouvertement, protégé par un monarque faible. Elle sut s’y faire respecter; mais elle crut pouvoir s’affranchir des entraves de l’étiquette pour se procurer d’innocentes distractions; et comme il fallait à la méchanceté quelque prétexte, on lui en fit un crime : ce fut la source de toutes les calomnies qu’on répandit contre elle « .

Le Comte d’Hézecques précise encore :  » Elle fut la plus tendre des mères et sut conserver l’affection de son époux, faveur que l’épouse infidèle perd bien vite. Jamais elle ne s’écarta des devoirs de la religion, et, sans les suivre avec l’exactitude de sa mère, elle imitait le roi, principe aussi religieux qu’on peut l’être au milieu des embarras de la royauté « .

Les pages qui vont de la révolution de 1789 à l’exécution de la Reine ne manquent pas d’intérêt et plongeront parfois le lecteur dans une vive émotion.

Mais on reste interloqué par cette façon de finalement tout mettre sur le même pied, des mesquineries et ragots colportés par les membres de la cour les plus jaloux, aux témoignages les plus intéressants. Quant à la préface d’Arthur Chevallier, elle est hélas dans l’esprit du temps présent.

Marie-Antoinette …racontée par ceux qui l’ont connue, éditions Grasset, collection Les Cahiers Rouges, 286 pages, 9,80 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/marie-antoinette-racontee-par-ceux-qui-lont-connue/65333/

vendredi 29 avril 2022

La captivité et la mort de Marie-Antoinette (G. Lenotre)

 G. Lenotre (1855-1936), membre de l’Académie française, est l’un des plus importants historiens populaires français du vingtième siècle.

Ce livre est une reconstitution presque journalière de la vie de la Reine Marie-Antoinette devenue prisonnière aux Feuillants, au Temple, puis à la Conciergerie.

N’y figurent que les faits relatés par des témoins oculaires, de ceux qui, à un titre quelconque, ont pu pénétrer jusqu’à la Reine pendant la période comprise entre le 10 août 1792 et le 16 octobre 1793. Ces témoignages ne sont pas ceux de gentilshommes de la Cour ni d’historiographes à brevet. Les faits sont rapportés par une concierge, un garçon d’office, un tapissier, une servante, un gendarme, un balayeur…

Ces relations ne manqueront pas d’émouvoir le lecteur en découvrant l’obscure cave de la Conciergerie où agonisa la malheureuse Marie-Antoinette. Elles surprendront en constatant l’embarras mal dissimulé des commissaires de la Commune, esprits étroits, gens sans éducation, pour la plupart, acceptant la tâche de garder les prisonniers, venant au Temple par une sorte de bravade, tout secoués d’une grosse joie vulgaire à l’espoir d’entendre gémir Capet et de rabattre le caquet de l’Autrichienne. A mesure qu’ils approchent de la Tour, une vague pitié les gagne; une angoisse les étreint lorsqu’ils empruntent l’escalier; devant les détenus un instinctif  respect, maladroitement déguisé, fait taire les plus hâbleurs et amollit les plus rudes. Ces gens simples, artisans ou boutiquiers, sont gênés du rôle dont on les a investis; sans qu’ils en conviennent, ils ont honte de voir le Roi et la Reine dans cet étroit logement, bas de plafond. Ce sentiment de confusion est si réel que, bientôt, les municipaux évitent la corvée du Temple et qu’on ne trouve plus pour la remplir, que certains membres de la Commune, toujours les mêmes, dont le dévouement est acquis aux prisonniers.

Une autre face de ces descriptions ne surprendra pas moins : c’est le calme, on pourrait dire l’insouciance des prisonniers et l’espèce de camaraderie familière qu’ils apportaient dans les relations avec leurs gardiens.

Les témoignages groupés sur les dernières heures de la Reine sont saisissants, bouleversants.

La captivité et la mort de Marie-Antoinette, G. Lenotre, éditions Perrin, collection Tempus, 416 pages, 10 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-captivite-et-la-mort-de-marie-antoinette-g-lenotre/66188/

dimanche 17 octobre 2021

Marie-Antoinette, la reine martyre (1755-1793)

 

Marie-Antoinette, la reine martyre (1755-1793)

Peu de personnages de l’histoire de France ont suscité autant de passions que Marie-Antoinette, dont la vie, commencée dans les palais viennois, s’est tragiquement achevée dans la boue fangeuse du Paris révolutionnaire.

Princesse jugée tout à la fois frivole et manipulatrice par ses détracteurs, martyre injustement décriée aux yeux de ses partisans, elle est même devenue une sorte d’« icône universelle », une femme libérée et incomprise, à mi-chemin entre Sissi et Antigone. Un temps adulée par ses sujets avant d’être l’objet de toutes les avanies, elle semble surtout avoir été un pur produit de son milieu, une jeune ingénue imprudente, certainement coquette, et sans grande intelligence politique. Mais quels qu’aient pu être ses défauts ou ses faiblesses, tous s’accordent aujourd’hui à reconnaître qu’ils ne pesaient pas lourds dans la balance, comparés à ses malheurs et à son courage dans l’adversité.

L’archiduchesse Marie-Antoinette est le quinzième enfant de Marie-Thérèse d’Autriche et de François Ier. Tandis que sa mère, femme de tête à l’apogée de sa gloire, mène une active politique matrimoniale pour assurer à son abondante progéniture une place de choix dans les capitales européennes, la petite « Antonia » est élevée dans la simplicité des cours allemandes, entre les châteaux de la Hofburg et de Schönbrunn. En 1764, des pourparlers sont engagés avec Choiseul, le ministre de Louis XV, pour la marier au dauphin, afin de sceller la fameuse alliance franco-autrichienne de 1756. Une fois la chose assurée, l’impératrice se soucie alors davantage de l’instruction négligée de sa fille, « née pour obéir et devant apprendre en temps voulu à le faire ».

Car si Marie-Antoinette excelle dans les usages auliques comme la musique et la danse, elle ne maîtrise pas le français, peine à se concentrer et sa conversation est décousue. L’abbé Vermond, envoyé par Louis XV pour parfaire ses connaissances, ne peut que constater qu’« un peu de paresse et beaucoup de légèreté m’ont rendue son instruction difficile ». Même son frère Joseph, en dépit de l’affection qu’il lui porte, ne voit en elle qu’une « tête à vent » et sa mère doit se rendre à l’évidence : « Son âge demande de l’indulgence ».

« Née pour obéir et devant apprendre en temps voulu à le faire »

Marie-Antoinette n’a en effet que 14 ans lorsqu’elle arrive en France au printemps 1770. Elle ne peut s’en remettre qu’à son mentor, l’ambassadeur d’Autriche, le comte Mercy d’Argenteau, qui rend compte à Vienne des moindres détails de son quotidien. Malgré la profonde méfiance qu’inspire le rapprochement franco-autrichien, elle charme immédiatement tous ceux qui la rencontrent. Dans une cour vieillissante, on célèbre sa jeunesse, sa fraîcheur et surtout la grâce légendaire de sa démarche et de son port de tête. Même les Parisiens acclament la dauphine, à laquelle tout semble sourire.

Pourtant, passés les premiers étourdissements, les rigueurs du cérémonial de Versailles lui pèsent. Son lever donne lieu à un nombre incalculable de gestes codifiés et hiérarchisés, mettant à mal la pudeur de celle que l’on fera plus tard passer pour une horrible Messaline. Son coucher est ausculté à travers l’Europe entière. Tous en effet s’interrogent en effet sur la non-consommation, sept années durant, de cette union entre un trop jeune dauphin, le futur Louis XVI, assurément maladroit et inhibé, fuyant une épouse qui cherchait tout autant que lui à se dérober à ce qui est vécu comme une corvée. Il faut attendre la venue « incognito », en 1777, du frère de Marie-Antoinette, Joseph, chargé de sermonner les jeunes époux, pour que la situation évolue. Dès l’année suivante naissait Madame Royale. Elle allait devenir l’aînée des quatre enfants à l’éducation desquels, chose nouvelle, Marie-Antoinette voudra activement participer en leur inculquant les idéaux rousseauistes tels que la simplicité et la spontanéité.

Reine à 19 ans, face à la vieille cour de Versailles…

L’étiquette contraignante de la cour lui déplaît également et elle ne manque pas de le manifester. Elle refuse longtemps d’adresser la parole à la favorite de Louis XV, la Du Barry, et dédaigne d’illustres figures, s’attirant l’inimitié de la vieille cour. Reine à 19 ans, elle continue de privilégier ses désirs personnels aux dépens des contraintes qu’impose son rôle public. Aux représentations officielles, elle préfère les escapades à Paris, pour aller à l’opéra, les promenades nocturnes dans les jardins de Versailles pour assister au lever du soleil, et surtout le Trianon, que lui a offert le roi. À partir de 1774, c’est là son domaine, dont l’étiquette est bannie : « J’y vis en particulière ». Elle y reçoit ceux pour lesquels elle éprouve une folle amitié, car la mode est à l’épanchement des cœurs et à une certaine sensiblerie préromantique. Bénéficient ainsi de l’exclusivité de ses faveurs la princesse de Lamballe, surintendante de la Maison de la Reine, et surtout la duchesse de Polignac, qui sera nommée gouvernante des enfants de France, au détriment d’autres dames de haut rang de la cour. Des hommes sont aussi conviés dans cette petite société, parmi lesquels le séduisant aristocrate suédois Fersen auquel on a prêté une liaison avec la reine.

Le secret entretenu autour de ces réunions au Trianon ne manque pas de donner naissance à une série de critiques venimeuses de la part de ceux qui n’y sont pas admis. On y imagine une reine volage à la sensualité débridée, des relations incestueuses avec Artois, le frère du roi, mais aussi un goût pervers pour les femmes : autant de rumeurs donnant matière aux libellistes qui s’attaquent de plus en plus à Marie-Antoinette. Mais les pamphlets glissent sur le jeune reine qui, insouciante, se contente de jouer à la bergère ou de s’investir dans la décoration pastorale de son domaine.

En plus des anecdotes scandaleuses qui courent à son sujet, on reproche à « Madame Déficit » ses dépenses, supposées être responsables de la faillite de l’État. Elles étaient certes considérables, comme celles des autres membres de la famille royale d’ailleurs. Marie-Antoinette a ainsi beaucoup perdu au jeu qui a été quelques temps l’une de ses marottes. Sa garde-robe extravagante, son goût excessif pour les coiffures les plus extraordinaires ont assurément fait la richesse de la couturière Rose Bertin et de son coiffeur Léonard qui avaient leurs entrées dans ses appartements. Lorsqu’elle adoptera des tenues plus simples, on l’accusera, non plus de ruiner les dames françaises voulant l’imiter, mais de mettre à mal les soyeux de Lyon !

Il en va de même pour les bijoux. Louis XVI a dû quelquefois régler les dettes de son épouse qui les achetaient de façon compulsive, avant de réduire ces dépenses. Mais il est trop tard lorsqu’éclate, en 1785, l’Affaire du Collier qui lui fait enfin prendre conscience de son impopularité. En dépit de son innocence dans cette escroquerie montée par une mystérieuse comtesse de Lamotte, elle est totalement décrédibilisée aux yeux de l’opinion par l’acquittement, prononcé au parlement de Paris, des principaux protagonistes de cette histoire rocambolesque.

Bouc-émissaire facile de toutes les faiblesses de la monarchie

On lui reproche également son influence sur le roi, en lui attribuant en matière de politique bien plus qu’elle n’en a fait. Elle a certes voulu le renvoi du duc d’Aiguillon en 1774, mais il était déjà condamné à quitter la cour à la mort de Louis XV. Elle a également poussé Loménie de Brienne aux plus hautes charges. Mais elle n’a jamais par exemple obtenu le retour de Choiseul. Bien incapable d’imposer ses « vetos » au roi qui ne s’est jamais laissé manœuvrer, elle a en réalité mené une activité fébrile, sans grande cohérence.

Il en est de même dans le domaine des affaires étrangères, où son influence semble avoir été nulle. Sa mère, qui l’enjoignait à « rester une bonne Allemande », puis son frère, qui l’accablait de demandes incessantes, auraient souhaité en faire un agent au service des Habsbourg sur l’échiquier européen. Mais ce fut en vain. Ainsi quand Joseph intervient en Bavière, à la mort de son électeur, sans héritier, ou quand il veut forcer le monopole sur les bouches de l’Escaut, Louis XVI ne soutient pas l’expansionnisme de son beau-frère.

Faire de Marie-Antoinette le bouc émissaire responsable de toutes les faiblesses et de tous les échecs de la monarchie ne suffit pas à calmer la fermentation politique qui agite le royaume. L’incapacité du pouvoir à réformer la fiscalité entraîne bientôt la convocation des États Généraux, durant lesquels la reine, qui a déjà perdu une fille, ne peut même pas assister aux funérailles du dauphin. Insultée jusque dans Versailles par les poissardes, il lui faut, en octobre 1789, accepter de s’installer avec les siens aux Tuileries.

De là, elle assiste, impuissante, à l’enchaînement des événements révolutionnaires. À l’émigration des nobles et, depuis l’étranger, aux conspirations qui menacent la propre sécurité de la famille royale. À la constitution civile du clergé et à la division religieuse du pays, avec le retour du spectre de la guerre civile… Les rumeurs enfin qui lui font craindre d’être enfermée dans un couvent.

Un regain d’énergie dans l’adversité

Contrairement à Louis XVI, qui paraît souvent désemparé et irrésolu, la reine trouve néanmoins un regain d’énergie dans l’adversité. Elle semble ainsi être à l’origine de la fuite à Varennes qui, mal conduite, est un dramatique échec. Tandis que le comte de Provence  réussit à gagner la Belgique, le couple royal est ramené à Paris sous les huées. Événement capital qui ouvre un abîme définitif entre la royauté et un peuple révolté.

En septembre 1791, la constitution que Louis XVI doit accepter est aux yeux de la reine « monstrueuse », un véritable « tissu d’absurdités ». Elle ne conçoit qu’un retour à l’ordre antérieur, jouant une sorte de double jeu. Elle se rapproche du député Barnave, visiblement fasciné, qui cherche à la convaincre du bien-fondé de la monarchie constitutionnelle. Mais, dans le même temps, elle double sa correspondance de suppliques aux puissances étrangères, défendant l’idée dangereuse d’une démonstration militaire – et non pas d’une invasion qui conduirait à l’amputation du royaume – pour effrayer les Français.

La déclaration de guerre à l’Autriche, en avril 1792, conduit à une nouvelle dégradation de sa situation. Lorsque, le 20 juin, les Tuileries sont envahies une première fois, elle craint pour ses enfants. Quelques semaines plus tard, la publication du « manifeste de Brunswick » qu’elle appelait tant de ses vœux, précipite les événements : en menaçant de représailles ceux qui s’attaqueraient à la famille royale, ce texte stupide lance les sans-culottes à l’assaut du palais et sonne le glas de la monarchie.

Après avoir trouvé refuge à l’Assemblée, c’est depuis sa prison de la tour du Temple que le couple royal assiste à sa déchéance et à la proclamation de la république. Au moins aura-t-il ainsi été à l’abri du délire sanguinaire des massacres de septembre, durant lesquels la princesse de Lamballe est sauvagement tuée pour avoir refusé de jurer la haine du roi et de la reine. La foule vient alors montrer sa tête, plantée sur une pique, sous les fenêtres de Marie-Antoinette.

Combien d’épées pour la sauver ?

Le nouveau régime ne met pas un terme aux épreuves qui devaient avoir raison de Louis Capet, comme on l’appellerait désormais, et de sa femme. La découverte de l’« armoire de fer » et de la correspondance – bien anodine – du souverain avec des hommes comme Mirabeau et La Fayette, permet de façon opportune de faire juger le roi. Séparé des siens durant tout le temps du procès, il ne revoit sa femme et ses enfants que brièvement la veille de son exécution, le 21 janvier 1793. Sa mort laissa longtemps Marie-Antoinette, de surcroît malade, dans un état de totale prostration.

Oubliée un temps par la fureur révolutionnaire, elle espère être échangée, mais c’était sans compter la profonde indifférence à son égard du nouvel empereur, son neveu François II. Les succès de la coalition formée contre la France et la trahison de Dumouriez la rappellent au bon souvenir de Robespierre et d’Hébert, qui réclame ouvertement sa tête.

Au début de l’été 1793, on lui enlève son fils de huit ans, le petit Louis XVII, avant de la transférer à la Conciergerie, antichambre du tribunal révolutionnaire. C’est là qu’elle doit supporter quelques mois plus tard une mascarade de procès. Transfigurée et les cheveux « blanchis par le malheur » (elle n’a que 38 ans), elle est mise en accusation trente heures durant. Elle conserve un calme marmoréen, du moins jusqu’à ce qu’on l’accuse d’inceste avec son fils. Elle en appelle alors de façon pathétique aux mères de France. Sa dignité impressionne l’assistance et exaspère les plus fanatiques, qui y voient, comme Le Père Duchesne, « de l’audace et de l’insolence ».

Condamnée à mort, promenée deux heures durant sur une charrette, elle est guillotinée le 16 octobre par le fils du bourreau de Louis XVI, avant que son corps, la tête entre ses jambes, ne soit quelque temps abandonné dans l’herbe du cimetière de la Madeleine.

« Dans une nation de galanterie, dans une nation composée d’hommes d’honneur et de chevaliers, je croyais que 10 000 épées seraient sorties de leurs fourreaux pour la venger même d’un regard qui l’aurait menacée d’une insulte ! Mais le siècle de la chevalerie est passé », déplorait Burke dès 1790, dans ses Considérations sur la Révolution française. Trois ans plus tard, en pleine Terreur, rares sont ceux qui ont essayé de la sauver, au grand désespoir du seul chevalier qui ne l’ait jamais servie, Axel de Fersen.

Sa mort et son courage sur l’échafaud lui auront néanmoins rendu la dignité dont les pamphlets et les épreuves l’avaient privée.

Emma Demeester

Bibliographie

  • Stefan Zweig, Marie-Antoinette, 1933, rééd. Livre de Poche, 1999.
  • Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005.
  • Evelyne Lever, C’était Marie-Antoinette, Fayard, 2006.
  • Jean-Clément Martin et Cécile Berly, Marie-Antoinette, Citadelles et Mazenot, 2010.

Chronologie

  • 1755 : Naissance de l’archiduchesse Marie-Antoinette à Vienne.
  • 1770 : Mariage avec le dauphin Louis.
  • 1774 : A la mort, de Louis XV, elle devient reine de France.
  • 1778 : Naissance de Madame Royale.
  • 1785 : Affaire du Collier.
  • 1789 : Début de la Révolution ; mort du dauphin.
  • 20 juin 1791 : Fuite à Varennes.
  • Septembre 1792 : Proclamation de la république.
  • 21 janvier 1793 : Exécution de Louis XVI.
  • 16 octobre 1793 : Exécution de Marie-Antoinette.

Photo : Marie-Antoinette, portrait par Élisabeth Vigée Le Brun, 1783 (détail). Collection du prince Ludwig von Hessen und bei Rhein, château de Wolfsgarten, Allemagne. Domaine public.

https://institut-iliade.com/marie-antoinette-la-reine-martyre-1755-1793/

samedi 18 septembre 2021

Les femmes illustres de la France (Oscar Havard)

 

Oscar Havard (1845-1922) était un journaliste et historien catholique.

Les éditions Saint-Remi viennent de rééditer son livre Les femmes illustres de la France paru en 1885, en conservant comme illustrations les 73 anciennes gravures. Cet ouvrage avait pour objectif de rendre hommage à la femme chrétienne française. Dès les premiers temps de l’Eglise, les femmes chrétiennes concourent puissamment par leur chasteté, leur piété, leur dévouement, leur foi vive et persévérante, au triomphe du christianisme.

Elles comprennent ce qu’avaient ignoré ou méconnu les civilisations primitives et l’antiquité pré-chrétienne : la dignité de leur sexe, la sainteté du mariage, la sublimité des affections de fille, d’épouse et de mère. Les femmes savent aussi rendre témoignage à la foi par le martyre.

Ce volume épais d’un peu moins de 600 pages nous dresse un florilège de ces modèles de femmes chrétiennes vertueuses et héroïques de notre sol et de notre sang. C’est un voyage à travers les siècles et l’Histoire de France. Voici les portraits de sainte Blandine, sainte Geneviève, sainte Clotilde, sainte Radegonde, reine de France, sainte Bathilde, reine de France, sainte Odile, patronne de l’Alsace, Blanche de Castille, Isabelle de France, Marguerite de Provence, Christine de Pisan, sainte Jeanne d’Arc, Anne de Bretagne, sainte Chantal, mademoiselle Le Gras, fondatrice des Filles de la Charité, madame Acarie, fondatrice du Carmel en France, madame de Longueville, madame de Maintenon, Henriette de France, madame de Sévigné, madame de Miramion, Marie-Antoinette, reine de France, madame Louise de France, madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, , madame de Staël, madame Récamier, sœur Rosalie, Jeanne Jugan et madame Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus.

Les femmes illustres de la France, Oscar Havard, éditions Saint-Remi, 582 pages, 28 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-femmes-illustres-de-la-france-oscar-havard/98341/

dimanche 27 septembre 2020

Entretien avec Éric Leclercq, auteur du Roman de Marie-Antoinette en deux volumes aux éditions Dualpha

 

3218666850.jpgPropos recueillis par Arnaud Dutilleul

Pourquoi ces deux nouveaux livres sur Marie-Antoinette ?

Si cette Reine est célèbre, elle est surtout très mal connue, tout particulièrement par les ragots et les légendes qui ont toujours la vie dure. Le Roman de Marie-Antoinette n’est pas une fiction, mais un récit historique, très documenté et que j’ai mis plusieurs années à écrire afin que les lecteurs connaissent la « véritable » Marie-Antoinette.

Qu’apportez-vous de nouveau dans ce livre ?

Eh bien ! tout au long de ce récit, j’explique que dès l’avènement de Louis XVI et Marie-Antoinette, en 1774, des loges maçonniques attaquèrent la Reine à travers différents pamphlets. Pour pouvoir assassiner la Reine, il fallait déjà la tuer dans les esprits, faire passer Louis XVI pour un impuissant pour mieux dépeindre Marie-Antoinette comme une femme de mauvaise vie, multipliant les adultères avec des hommes, mais aussi des femmes. Les ennemis de la Monarchie travaillèrent à salir cette femme de façon incessante. L’Affaire du Collier qui éclata en 1785 fut montée de toutes pièces par les Illuminati et le fameux Cagliostro, membre des Illuminati… Ce dernier s’installa à Strasbourg en 1779, comme par hasard en même temps que le Cardinal de Rohan qui prenait ses fonctions d’Évêque de Strasbourg. Pour ma part, dès ce moment-là, l’intention de nuire à la Monarchie était évidente, et le Cardinal de Rohan, naïf à souhait, était la proie toute trouvée, voire rêvée par ces forces occultes.

Contrairement à beaucoup d’auteurs qui n’osent pas aller au fond des choses et qui mettent la Révolution française sur le compte du soi-disant ras-le-bol des Français, j’ai relaté les faits : oui, des loges maçonniques du XVIIIe siècle, les Illuminati en tête, provoquèrent le drame de la France.

Vous voulez parler de la Révolution française ?

Ce fut un véritable travail de sape. Comme ces ennemis de la Monarchie avaient tué la Reine grâce à l’Affaire du Collier, les Français étaient maintenant mûrs pour la mise à mort de la Reine et de la Royauté en général. Car n’oublions pas qu’à travers toute la France, lors de l’été 1789, les Francs-maçons envoyèrent une multitude de satellites ameuter les villes, les villages, le moindre des hameaux, avec une proclamation comme quoi Louis XVI ordonnait à son bon Peuple de brûler les châteaux des aristocrates afin de juste conserver le sien. Partout, les loges maçonniques colportèrent qu’il y avait des brigands et soulevèrent le Peuple, si bien que tout fut mis à feu et à sang.

Le duc d’Orléans, futur Philippe Égalité, était Grand Maître du Grand Orient de France depuis 1772, et il joua un rôle très actif dans cette Révolution, très certainement parce qu’il imaginait prendre la place de Louis XVI. De plus, contrairement à ce qui est dit dans les manuels scolaires, les atrocités ont bien commencé dès 1789, et sur ce point-là, j’ai tenu à aller dans les faits

Pour vous, le sort de la Reine était joué d’avance ?

Pour moi, le sort de la Reine était décidé dès 1785 avec l’Affaire du Collier. En 1786, le Cardinal de Rohan était acquitté par le Parlement de Paris, et la Reine, définitivement salie. Et cette même année 1786, lors du Grand Congrès maçonnique de Francfort, les Illuminati programmèrent la Révolution, dite Française, qui devait éclater trois ans plus tard. Eh oui ! une Révolution n’est jamais spontanée, mais toujours orchestrée par des gens, et pour la France, ce sera le drame du XVIIIe siècle, et qui perdure encore de nos jours. Il faut bien avouer que la propagande maçonnique, mais aussi la désinformation, ont bien joué leur rôle. Et l’objectif des ennemis de la Monarchie était atteint : tuer le trône et l’autel, surtout en France, parce que la France était la Fille Aînée de l’Église.

Pensez-vous qu’à l’issue de la lecture de votre livre, les lecteurs auront une image plus positive de la Reine ?

En tout cas, c’était mon objectif. Marie-Antoinette fut une femme vertueuse, fidèle à Louis XVI, et si elle avait eu Fersen pour amant, le Tribunal Révolutionnaire, qui n’était pas à une indécence près envers la Reine, aurait été trop heureux de l’étaler sur la place publique. Or, Fouquier-Tinville ne dit jamais un mot sur ce point.

En vérité, Marie-Antoinette fut mal entourée, mal conseillée, dès son arrivée en France. Et malheureusement, elle n’avait pas un époux à la hauteur des événements dramatiques qui s’abattirent sur la France.

Je finirai en disant que celle qu’on surnommait « l’Autrichienne » était la fille de François de Lorraine et qu’elle avait bien plus de sang français que Louis XVI, car Marie-Antoinette, c’est aussi cela.

3599791890.jpgLe Roman de Marie-Antoinette, Eric Leclercq, Dualpha, 2 volumes cliquez ici et cliquez là

mercredi 25 juillet 2018

Passe Présent n° 205 – Le monde rêvé de Marie-Antoinette

Ce soir dans “Passé-Présent”, une rediffusion sur l’histoire du service militaire puis Philippe Conrad reçoit Jean des Cars pour la présentation de son ouvrage “Le Hameau de la Reine – Le monde rêvé de Marie-Antoinette”.

samedi 8 juillet 2017

La Bastille par Jean-Christian Petitfils

On ne présente plus Jean-Christian Petitfils. Il est l’auteur de nombreux ouvrages couronnés de succès, dont de nombreuses biographies (1) qui nous permettent de mieux connaître et comprendre notre histoire.
Dans le présent livre, sous titré Mystères et secrets d’une prison d’Etat, il nous présente une Bastille bien éloignée des clichés propagés par le système éducatif républicain. La force de ce nouvel opus repose sur deux éléments. Comme à son habitude, l’auteur a fouillé et décrypté les archives. De plus, son ouvrage n’est pas qu’historique au sens académique du terme. Il se lit également comme un véritable roman d’aventures. En effet, les embastillés se livrèrent à des activités tellement diverses et variées que nous avons peine à y croire. Au sein de la vieille forteresse royale, il y eut des rebellions, des expériences alchimiques autorisées par le gouvernement, des évasions ratées ou réussies, la naissance d’un enfant, l’écriture de grands livres (2) et bien évidemment des histoires d’amour. Bien qu’elles ne représentent que 10% des prisonniers tout au long de l’histoire de la Bastille, les femmes enfermées ne se privaient pas de coquetterie et de galanteries, au point de faire tourner la tête de leurs gardiens et confrères prisonniers. A ce sujet, les murs les plus épais n’empêchèrent point l’amour courtois, mais il est vrai que nous étions dans une autre époque…
Comme chacun sait, la Bastille fut prise le 14 juillet 1789 par les émeutiers. Elle devait avoir une triste réputation à cette époque pour représenter un « symbole de l’absolutisme royal ». Déjà, son aspect massif en imposait aux parisiens. Restif de La Bretonne a écrit : « C’était un épouvantail que cette Bastille redoutée, sur laquelle, en allant chaque soir dans la rue Saint-Antoine, je n’osais lever les yeux » (3). De même, les écrits des philosophes, non dépourvus d’exagération, contribuèrent à sa mauvaise réputation. A ce sujet le chapitre intitulé La Bastille et l’opinion expose comment la propagande et la force du verbe peuvent altérer et transformer la vérité. Voltaire, lors de son deuxième embastillement, écrivit des vers (4) dans lesquels il se plaignait de son fort mauvais traitement, alors qu’il fut bien considéré. Il put même dresser la liste de ses besoins : « Deux livres d’Homère, latin-grec ; deux mouchoirs d’indienne ; un petit bonnet ; deux cravates ; une coiffe de nuit ; une petite bouteille d’essence de geroufle. » L’ironie de l’histoire reste que la Bastille souffrait de la réputation contraire d’être à la fois « La plus douce et la plus dure prison de France ». Comme pour la vie en dehors de la forteresse, tout dépendait du statut social du prisonnier. Certains finissaient par mourir des mauvais traitements, de l’absence d’hygiène et des misérables conditions de vie. D’autres, à l’image du Cardinal de Rohan pouvait se promener librement dans l’enceinte. Il recevait même ses amis et autres affiliés : « Il préférait, quant à lui, recevoir dans son appartement aménagé dans le bâtiment de l’état-major, où rien ne ressemblait à une prison. Les festins qu’il y donnait étaient des plus fins et des plus recherchés. On mettait dix, quinze, vingt couverts, les repas, en robes brodées, gilets de soie, manchettes de dentelles et perruques poudrées, s’achevaient fort tard. » Ces conditions de vie ne se voyaient réserver qu’aux hôtes les plus prestigieux comme écrit plus haut. Certains prisonniers ne disposaient que d’une maigre paillasse pour dormir, et d’autres devaient attendre plusieurs mois avant de recevoir une couverture. Des détenus ne supportant pas leurs détentions refusaient de manger et se laissaient mourir. Pourtant dans la même prison, des reclus de haute naissance préféraient - malgré leur élargissement - rester quelques jours de plus, voire même des mois pour profiter du traitement « royal » qui leur était réservé. Comme quoi, l’histoire n’est jamais simple.
Concrètement, ce livre commence par un historique de la Bastille en expliquant les raisons de sa création et de son appellation. Nous voyons alors naître ce bâtiment qui deviendra un acteur majeur de l’histoire de la ville de Paris, et bien évidemment de l’histoire de France. Indubitablement ce château aura toujours représenté un intérêt stratégique, durant les guerres de religion, pendant la Fronde et la Révolution. Après ces salutaires rappels historiques, Petitfils aborde par le menu le fonctionnement de cette prison d’Etat. Il évoque également dans les grandes lignes les mécanismes de la justice royale. Puis, il nous livre des faits historiques intéressants qui confirment que la Bastille permet d’en apprendre beaucoup sur notre grande histoire française et sur la Révolution (5). En effet, les grands du royaume rebelles à l’autorité royale connurent l’hospitalité de la Bastille, en même temps que des sujets de la plus basse extraction. Des prisonniers d’Etat, comme les espions ennemis et autres assassins, séjournèrent dans cette prison. Suite à l’Affaire des Poisons qui gâta plusieurs années du règne de Louis XIV, les protagonistes connurent les geôles de la Bastille…  Le Masque de Fer même y mourut. La fausse Marie-Antoinette du bosquet de Vénus, dans l’Affaire dite du Collier de la Reine, enfanta dans cette prison. Autant dire que la haute et sérieuse politique se mêla aux plus vils intrigues dans cette forteresse construite par Charles V en 1370, que les révolutionnaires saccagèrent le 14 juillet de 1789, en prenant le soin, comme la coutume de la tabula rasa l’impose, de détruire et brûler les archives. Quant à nous, nous préférons les lires et les étudier. Ainsi nous recommandons fortement La Bastille qui ravira les passionnés d’histoire…
(1) Nous citons notamment les ouvrages suivants que nous avons lus et grandement appréciés : Louis XIIILouis XIVLouis XVLouis XVI et Jésus.
(2) Sacy, prêtre et théologien de Port Royal, y traduisit son commentaire de l’Ancien Testament. Bassompierre en profita pour y achever Ses Mémoires. L’Abbé Roquette commença un volume de commentaires sur les Psaumes. Sade au cours de son séjour y commit Les Cent vingt journées de Sodome etc.
(3) Ses Nuits de Paris
(4) « Me voici donc en ce lieu de détresse, embastillé, logé à l’étroit, ne dormant point, buvant chaud, mangeant froid, trahi de tous, même de ma maîtresse… »
(5) Les pages consacrées aux émeutes et aux exactions commises au nom de la Liberté montrent et démontrent la folie et la barbarie des révolutionnaires.

dimanche 18 septembre 2016

MARIE-ANTOINETTE : PROCÈS D'UN PROCÈS

293647764.jpgC'est un des procès politiques les plus célèbres de l'Histoire. Marie-Antoinette, internée après la prise des Tuileries, le 10 août 1792, emprisonnée au Temple avec Louis XVI et ses enfants, restée avec ces derniers et sa belle-soeur Madame Elisabeth après l'exécution du roi, séparée de son fils Louis XVII le 3 juillet 1793, la reine, donc, est transférée à la Conciergerie le 2 août suivant en vue de comparaître devant le Tribunal extraordinaire. Après deux mois d'enfermement, dans des conditions d'isolement et d'humiliation qu'on n'impose pas aux grands assassins, la souveraine, malade, amaigrie et prématurément vieillie, subit un premier interrogatoire, le 12 octobre, puis passe devant le Tribunal entre le 14 octobre, de 8 heures du matin à 11 heures du soir, et le 15 octobre, de 8 heures du matin à l'aube de la nuit suivante. Condamnée à mort, elle sera décapitée le 16 octobre 1793 à midi.
Quel crime avait-elle commis ? Dossier vide, absence de preuves, accusations fausses, juges partiaux, réquisitoire attendu, défense inutile, verdict écrit d'avance : tel fut le procès de Marie-Antoinette. Emmanuel de Waresquiel ne se contente pas de relater une nouvelle fois cet épisode honteux. En bon chercheur, le spécialiste des XVIIIe et XIXe siècles, biographe de Talleyrand et de Fouché, est allé dans les archives pour consulter les pièces originales du procès, comme pour fouiller, ce qui n'avait jamais été fait, la biographie des jurés. Son enquête va jusqu'à reconstituer la topographie des lieux, aujourd'hui occupés par la Ière chambre du tribunal de grande instance de la cour d'appel de Paris. Le récit, remarquablement écrit, se lit d'un trait. Moins de trois jours auront été nécessaires pour conduire à l'échafaud une femme dont le seul tort était d'être archiduchesse d'Autriche, reine de France, veuve d'un roi sacrifié, mère d'un roi potentiel.
En conclusion, l'auteur s'adonne à une belle méditation sur cette figure tragique qui, toute sa vie, avait cherché à échapper à son destin, puis avait décidé, enfin, de le rejoindre : « Elle a été reine, elle a fait son métier de reine, elle en a été grandie et elle en est morte. » Un livre à la fois personnel et d'une rigueur historique totale : saluons cette réussite.  
Juger la reine. 14-15-16 octobre 1793, d'Emmanuel de Waresquiel, Tallandier, 368 p., 22,50 €.
Repris du Figaro Magazine du 9 & 10 septembre