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mercredi 17 juillet 2024

L’URSS : 30 décembre 1922 – 26 décembre 1991

 

Le 30 décembre 1922, l’Union des Républiques socialistes soviétiques, l’URSS, est formée. 

Lors du Premier Congrès des Soviets, des représentants de la RSFSR, des Républiques socialistes soviétiques d’Ukraine et de Biélorussie et de la Fédération transcaucasienne ont signé la Déclaration sur la formation de l’URSS et le Traité d’Union.

Formellement, le nouvel État a été créé en tant que fédération de républiques souveraines avec la préservation du droit de libre sortie et d’accès ouvert à celui-ci. Cependant, le mécanisme de « sortie libre » n’a pas été envisagé. Ils n’y pensaient même pas alors, la Russie rassemblait des fragments de l’empire tsariste, qui gravitaient historiquement vers Moscou ou avaient été acquis lors des conquêtes.

Au départ, il ne s’agissait pas d’une subordination centralisée à Moscou, mais en fait tout le monde avait compris que la RSFSR occupe une position de leader en tant que territoire le plus développé, le plus riche et le plus civilisé. 

Le traité définit formellement les relations entre les Républiques et le Centre.

Les questions de politique étrangère, de commerce extérieur, de finances, de défense, de moyens de communication et de communications ont été transférées à la compétence des organes centraux alliés. 

Le reste est resté sous la juridiction des républiques fédérées. 

Compte tenu de la terrible dévastation après la guerre civile, de la pauvreté de la population et des faibles perspectives de survie dans l’ancien territoire de la Russie tsariste, Moscou a pris la responsabilité de ceux qui avaient rejoint la nouvelle entité.

Dans les années 1920-1930, le nombre de républiques fédérées au sein de l’URSS a augmenté, après la démarcation nationale des républiques d’Asie centrale en 1924-1925, les républiques ouzbèkes et turkmènes sont entrées en URSS en tant que républiques fédérées. Le Kazakhstan et le Kirghizistan reçoivent le statut de républiques autonomes au sein de la RSFSR, et la République autonome tadjike fait partie de la RSS d’Ouzbékistan.

Selon la Constitution de 1936, les républiques socialistes soviétiques de la Fédération de Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et le Tadjikistan faisaient partie de l’URSS. En 1940, avec l’annexion des États baltes et de la Bessarabie, les républiques fédérées lettone, lituanienne, estonienne et moldave sont apparues.

À différentes époques, l’URSS comprenait des entités exotiques telles que la République socialiste soviétique de Boukhara, la République socialiste soviétique de Khorezm et la RSS de Carélie-Finlande. La dernière à rejoindre l’État unioniste en 1944 fut la République populaire de Tuva, qui avant la Révolution était la région d’Uryankhai, puis une république non reconnue, coincée entre la Chine, la Mongolie et la Russie.

L’Union soviétique a cessé d’exister le 26 décembre 1991, à la grande joie des États-Unis et de l’Europe, qui ont perdu un adversaire idéologique, un rival économique, un ennemi cimentant leur unité.

En prime

J’assimile la guerre actuelle de l’Occident contre la Russie par Ukraine interposée à la guerre qui a été menée contre la révolution Russe à partir de 1917.

Maintenant comme alors, ce qui est en jeu c’est l’ordre du monde.

L’ordre du milliard doré du capitalisme financier contre l’ordre multipolaire qui émerge de la croissance des Emergents, du Sud global, et de la Chine.

Le filigrane c’est la lutte pour la domination à horizon 2030-2035.

La Russie doit etre vaincue et démantelée d’abord car elle a hérité de la puissance militaire colossale de l’URSS qu’elle a modernisée et elle constitue un ancrage civilisationnel récalcitrant.

L’Occident considéré comme l’Empire Anglo-saxon refuse de partager la domination avec les puissances montantes, il craint aussi et certainement a juste titre l’imperialisme chinois, et il souhaite mener des guerres d’affaiblissement préventives. La guerre contre la Russie qui dispose des ressources rares en fait partie.

La Russie apres la chute de l’URSS a tenté de rallier le bloc occcidental, mais le pillage sans scrupules organisé par les des Anglo-saxons a suscité un rejet et un renouveau national qui se concrétisent maintenant par cette nouvelle guerre.

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Dix armées étrangères contre la révolution russe

Avant même octobre 1917, les Alliés interviennent en Russie pour prévenir la victoire des bolcheviks. Puis, redoutant l’extension de la révolution, Français, Anglais et Japonais donnent la main aux « blancs » contre les « rouges », les Américains étant plus réservés. Après trois années d’intervention économique et militaire, ils sont défaits.

par Marc Ferro

On nomme « intervention étrangère » la croisade menée par les démocraties occidentales pour aider les contre-révolutionnaires « blancs » à triompher de la révolution bolchevique. Lors de la chute du tsarisme, en février 1917 (mars pour le calendrier occidental), les dirigeants de ces régimes sont partagés. D’un côté, ils se félicitent que l’alliance avec la Russie ne soit plus « honteuse » : désormais existerait un front uni des démocraties face aux « empires » de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. De l’autre, ils craignent que les soubresauts qui accompagnent nécessairement une révolution n’affaiblissent l’effort de guerre de la Russie.

Cette crainte-là finit par l’emporter, à la suite des troubles qui secouent l’armée et de l’exigence du soviet de Petrograd, l’une des instances du nouveau pouvoir, d’une « paix sans annexions ni réparations ». Plus encore : une opposition bolchevique, animée par Lénine, réclame dès le 4 avril « tout le pouvoir aux soviets, une paix immédiate ».

Désireux de réchauffer l’ardeur belliqueuse des Russes, les Alliés envoient deux délégations à Petrograd – une ambassade de deux ministres socialistes, Arthur Henderson et Albert Thomas, ainsi qu’une délégation composée notamment de Marcel Cachin, Marius Moutet et William Sanders, et chargée de saluer la révolution au nom des socialistes occidentaux. Toutefois, peu à peu emportés par le spectacle d’une révolution réussie, ils se convertissent à l’idéal des soviets. Partis en avocats honteux, inquiets des intérêts de leurs gouvernements, ils reviennent de Russie comme les chantres glorieux de la révolution… Serait-elle contagieuse ?

Envers et contre tout, le nouveau ministre de la guerre, le travailliste (trudovik) Alexandre Kerenski, veut continuer le combat et lance une offensive en Galicie en juin 1917. Vaine attaque qui provoque les manifestations de juillet, plus ou moins animées par les bolcheviks.

Cordon sanitaire

Dès lors, l’état-major russe décide d’abattre Kerenski : c’est le putsch de Kornilov. Les missions alliées à Petrograd pressent leurs gouvernements de liquider les bolcheviks et d’instaurer un régime militaire en Russie. Le Britannique Oliver Locker-Lampson, commandant de la mission, met au service de Kornilov ses véhicules blindés et ses soldats. Mais le coup d’État échoue, les bolcheviks ayant décidé de soutenir Kerenski – « comme la corde soutient le pendu » (Lénine).

En octobre, l’hostilité des Alliés au nouveau régime russe est acquise. Ils refusent les propositions de paix de Trotski et Lénine, de sorte que c’est une « paix séparée » (avec l’Allemagne) que conclut le gouvernement révolutionnaire russe à Brest-Litovsk.

Les Alliés y voient surtout la disparition d’un second front. Ils optent alors pour une intervention dans le Grand Nord russe, à Arkhangelsk, tant pour empêcher les Allemands et les Finlandais de tirer avantage du traité de Brest-Litovsk que pour combattre les « rouges ». Constatant que les « blancs » se renforcent très vite sous l’autorité du général Denikine et qu’en Sibérie les soldats tchèques libérés se rallient à eux, ils décident de les soutenir, dans l’espoir que leurs troupes constitueront un second front après leur victoire.

Mais l’issue favorable tarde. Après leur succès sur la Marne durant l’été 1918, Clemenceau et Churchill définissent donc les nouveaux objectifs de l’intervention alliée. Ce n’est plus l’« ami des Allemands » qu’ils combattent, mais l’« ennemi social ». Le bolchevisme « menace par son Armée rouge, qu’il rêve de porter à l’effectif de 1 million d’hommes ». Il veut « étendre sur toute la Russie, et le reste de l’Europe ensuite, le régime de ces soviets […]. Les Alliés doivent provoquer la chute des soviets […] par l’encerclement du bolchevisme, la constitution d’un « cordon sanitaire » qui [isolera l’URSS] et la condamnera à périr d’inanition », écrit Clemenceau le 23 octobre 1918.

Mutinerie

Une dizaine de jours avant, dans le Kreuz-Zeitung, grand journal chrétien de Rhénanie, on pouvait lire : « La lutte contre le bolchevisme doit servir de lien entre les trois puissances alliées et leurs ennemis. Une Allemagne forte résistera au bolchevisme. Si elle succombe, le pire adviendra à l’Europe ». En France, le maréchal Foch se montre sensible à l’argument.

Déjà, Français et Anglais s’attribuent des « zones d’influence » : aux premiers l’Ukraine et les minerais ; aux seconds le Caucase et son pétrole. À l’autre bout de la Russie, les Japonais débarquent pour s’emparer de la province orientale. Puis c’est au tour des Américains d’intervenir en Sibérie orientale, moins pour soutenir les « blancs » que pour contrôler l’expansion des Nippons.

Cette intervention militaire se réduit à une cinquantaine de milliers d’hommes au total. Elle n’est vraiment utile aux « blancs » qu’au bord de la mer Baltique, leur permettant de menacer Petrograd. Ailleurs, c’est l’aide financière et matérielle qui compte. Efficacité toutefois contrebalancée par une rébellion de soldats français à Arkhangelsk le 15 octobre 1918 : une compagnie du 21e bataillon d’infanterie coloniale refuse de se battre contre les bolcheviks. Puis survient une mutinerie parmi les marins de la mer Noire.

Le résultat essentiel est que, dans la mesure où les « rouges » obtiennent finalement la victoire par eux-mêmes, l’intervention étrangère fait des bolcheviks les « défenseurs de la terre russe ». Ils ne peuvent plus passer pour des « ennemis du peuple ». Voilà ce que Lénine, en 1920, retient avant tout.

Cartographie : Philippe Rekacewicz et Cécile Marin avec le concours de Dario Ingiusto et d’Agnès Stienne.

Bibliographie :

André Gide, « Retour de l’URSS, suivi de Retouches à mon Retour de l’URSS », Gallimard, Paris, 2009
Edward Hallett Carr, « La Formation de l’Union soviétique », Editions de Minuit, Paris, 3 vol., 1969
Marc Ferro, « L’Occident devant la révolution soviétique », Complexe, Bruxelles, 1991
Ewan Mawdsley, « The Russian Civil War, Unwin Hyman », Boston, 1987
Nicolas Werth, « Histoire de l’Union soviétique : De Lénine à Staline », PUF, Paris, 2007

source : Bruno Bertez

https://reseauinternational.net/lurss-30-decembre-1922-26-decembre-1991/

mardi 23 janvier 2024

Qui a créé l'Ukraine ?

 

Petite Russie — Wikipédia

Petite Russie (Wikipédia)

Lénine (ou plus exactement les bolcheviks) a-t-il créé l’Ukraine ? Oui. Plus précisément,  l’Ukraine a été créée par les bolcheviks.

1. Ils ont artificiellement divisé le peuple russe, composé de Grands Russes, de Petits Russes et de Biélorusses. Ils ont constaté que les Ukrainiens ne sont pas des Russes. Bien que cela contredise directement des milliers d’années d’histoire. L’objectif des bolcheviks était de réduire artificiellement le nombre de la population russe et d’augmenter le nombre de communautés nationales, selon le principe « diviser pour mieux régner ».

  1. Les bolcheviks ont créé une langue ukrainienne artificielle. Les dialectes régionaux du « petit russe » ne diffèrent pas beaucoup de la langue russe officielle enregistrée dans les dictionnaires. Mais sur les instructions des bolcheviks, une langue ukrainienne officielle artificielle a été créée, cherchant à utiliser le moins de mots russes possible. [De la même manière qu’ils ont créé la langue artificielle et la nation des Moldaves soviétiques, au mépris total de l’évidence selon laquelle ils sont incontestablement des Roumains de souche.]
  2. De vastes territoires ont été attribués à l’Ukraine – une partie du Donbass, de Novorossia et de Slobozhanshchina (Kharkov). Et plus tard la Crimée.
  3. Dans les années 20 et 30, les bolcheviks ont mené activement une politique d'ukrainisation forcée dans les territoires de la Petite Russie, de Novorossiya, de Slobozhanshchina et du Donbass. Cette politique d'ukrainisation sous une forme douce s'est poursuivie dans les années 60-70-80.
  4. Les bolcheviks ont persisté à appeler l’ancienne ville russeKiev “Kyiv” ukrainienne.
  5. En général, les bolcheviks ont adopté le concept polonais de l'Ukraine, abandonnant le concept russe d'une Russie unie.
  6. Par conséquent, Lénine peut être considéré comme le créateur de l’Ukraine moderne, une formation artificielle qui n’a qu’un seul objectif : la division d’un grand peuple russe en groupes distincts.
  7. Les Ukrainiens ne sont pas des non-Russes. Les Ukrainiens sont des Russes ukrainiens, tout comme il y a des Russes de Sibérie, des Russes de Moscou, des Russes de la Volga et des Russes de l'Oural.

21 janvier 2024 Blog Algora 

par Sergueï Markov

https://numidia-liberum.blogspot.com/2024/01/qui-cree-lukraine.html

samedi 20 janvier 2024

DANS L’ÉQUIPE DE STALINE, PAR SHEILA FITZPATRICK

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Les éditions Perrin continuent leur  travail de traduction d’ouvrages étrangers de premier plan avec  la publication “Dans l’équipe de Staline” de l’historienne américaine  Sheila Fitzpatrick.

Cette dernière nous propose une analyse très approfondie  du réseau de dignitaires communistes sur lequel s’appuya Joseph Staline de 1920 jusqu’à 1953. Des hommes qui ont permis au successeur de Lénine de se maintenir à la tête de l’Union soviétique pendant trente ans. Une douzaine de membres en permanence, qui réussirent presque miraculeusement aux grandes purges notamment.

Pour la première fois, les relations entre Staline et son « équipe » sont expliquées, ce qui constitue une nouvelle approche du gouvernement de l’URSS. Le livre est particulièrement intéressant, car il permet de faire mieux connaissance et de mieux cerner  les hommes qui entouraient Staline, des hommes qui lui vouaient, aussi par peur, une fidélité absolue

Un lexique imposant recense en fin d’ouvrage l’ensemble de ces personnalités, et une bibliographie impressionnante montre tout le sérieux apporté à ce travail de l’historienne américaine. Il s’agit d’un ouvrage éclairant sur l’entourage et les relations entretenues avec le boucher de la Russie.

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Présentation de l’éditeur :

L’omniprésence de Staline au sein de l’Union soviétique a longtemps été l’alpha et l’oméga des réflexions sur le fonctionnement politique de l’Etat rouge. C’était passer à côté d’un phénomène resté jusqu’ici très largement inaperçu : l’importance et les responsabilités d’un groupe d’hommes fidèles et remarquablement efficaces depuis la fin des années 1920 jusqu’à la mort du dictateur en 1953. En s’appuyant sur une vaste documentation issue des archives russes récemment déclassifiées, Sheila Fitzpatrick offre la première recherche sur cette dizaine de camarades dévoués, qui travaillaient étroitement avec leur chef, étaient écoutés de lui et constituaient son cercle familial et social.

Cette équipe, dont Staline était le capitaine, comprenait notamment son dauphin, Molotov, resté à ses côtés, alors même que sa femme était arrêtée et exilée ; Beria, rusé chef du sinistre NKVD ; Ordjonikidzé, qui dirigeait le complexe industriel soviétique avec un flair entrepreneurial remarquable ; Andreev, qui orchestrait les grandes purges provinciales tout en écoutant Beethoven sur un Gramophone portable ; ou encore Khrouchtchev, qui démantèlera finalement l’équipe quatre ans après la mort du Vodj.
Ainsi se dessine une tout autre image de Staline, replacé dans son milieu, mais également des dignitaires de l’Union soviétique, acteurs engagés de la révolution prolétarienne. Notre compréhension de la façon dont l’Union soviétique a été gouvernée pendant la plus grande partie de son existence s’en trouve radicalement transformée.

Sheila Fitzpatrick est professeur d’histoire à l’université de Sydney et professeur émérite d’’histoire moderne à l’Université de Chicago. Ancienne présidente de l’Association américaine pour l’avancement des études slaves et co-éditrice du Journal of Modern History, elle est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur la Russie soviétique, dont The Russian Revolution, Everyday Stalinismet Tear Off the Masks !

Dans l’équipe de Staline, de si bons camarades – Sheila Fitzpatrick – Perrin – 25€

Crédit photo : Wikipedia commons (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/03/03/90424/lequipe-de-staline-sheila-fitzpatrick/

lundi 8 janvier 2024

Comment les anglo-saxons créèrent le nazisme à Versailles

 

Nous sommes en 1920. Le sociologue Thorstein Veblen rédige dans une revue de sociologie un compte-rendu assez aigre du livre spécieux de JM Keynes sur les Conséquences de la paix à Versailles.

Publié en 1919 sur les brisées d’un démentiel traité, le livre est un succès, et il est pro-allemand et anti-français; il est même antisémite selon notre maître Murray Rothbard (1). Mais il est à la mode, comme Keynes dont les théories sur le déficit budgétaire auront ruiné l’occident en ce début de siècle. Keynes est aussi celui qui nous a fait le coup de l’or comme relique barbare… Il serait aujourd’hui partisan de l’abolition du cash.

Le génial texte de Thorstein Veblen découvert par Preparata explique dès 1920 donc la Deuxième Guerre Mondiale. Il fallait, explique Veblen, « rétablir un régime réactionnaire en Allemagne et l’établir en rempart contre le bolchévisme ».

Allemagne nazie contre Russie soviétique? Guido Giacomo Preparata a donné la réponse: on l’a voulu. On, c’est l’établissement anglo-américain qui se permet de concevoir et de placer ses ennemis à dessein. L’Allemagne fut donc préservée à dessein en 1918-1919 pour attaquer le jour venu la Russie. Les élites basculent avant Brzezinski dans le fascisme géostratégique. Pour Preparata l’hostilité germano-russe est la pierre d’angle de l’édifice anglo-saxon pour dominer le monde. On comprend Merkel.
Veblen en 1920 est pro-bolchévique (Preparata non, il pense que le bolchévisme est aussi un animal domestiqué!). Il écrit que l’on préserve une impériale et militaire Allemagne sous un vernis parlementaire, et que ce noble barbarisme a un but: la destruction de l’URSS. Preparata lui va plus loin et décrit dans Conjuring Hitler (qui attend son traducteur) la conspiration — certes compliquée et risquée! — pour établir le communisme en Russie puis le militarisme en Allemagne. Le 4 février 1933 Hitler réunit son état-major et parle de la future agression. La suite s’appelle Barbarossa et fera quarante millions de morts. L’anglophilie des nazis ne se démentira pas. On se déclare la guerre, mais on ne la fait pas (Quigley).

Je cite des extraits de Veblen (merci à Hervé pour sa traduction):

« Cette tâche difficile, mais impérative, de supprimer le bolchevisme, à laquelle se trouvait dès le début confronté ce Conclave, ne participe pas à l’analyse de M. Keynes sur les conséquences à attendre du traité du Conclave. Pourtant, il est assez évident maintenant que les exigences de la campagne de ce Conclave contre le bolchevisme russe ont façonné l’élaboration du Traité jusqu’ici au-delà de toute autre considération. »

Veblen évoque une guerre clandestine contre la Russie (les sanctions…) et il explique pourquoi la Russie fait peur aux oligarques et aux négociateurs occidentaux:

« Il faut remarquer, donc, que le bolchevisme est une menace pour la propriété. Dans le même temps, l’ordre économique et politique actuel repose sur cette propriété. La politique impérialiste des grandes puissances, y compris de l’Amérique, considère également le maintien et l’extension de cette propriété comme le but principal et permanent de tout leur trafic politique ».

Et on est prêt à ne plus respecter le libéralisme pour la sauver cette propriété. En termes plus modernes cela s’appellera le fascisme. C’est ce fascisme que l’on impose aujourd’hui aux Européens pour garantir les droits des possédants, des banquiers et des plus grosses entreprises transnationales. Mais le peuple aura encore son mot à dire ici ou là.

La peur du bolchévisme russe explique tout selon Veblen:

« Le bolchevisme est une menace pour la nue-propriété; et à la lumière des événements en Russie soviétique, il est devenu évident, point par point, que seule la suppression définitive du bolchevisme et de toutes ses œuvres, à tout prix, pourrait rendre le monde sûr pour cette démocratie des droits de la propriété sur laquelle les ordres politiques et civils existants. Il est donc devenu le premier souci de tous les gardiens de l’ordre existant d’éradiquer le bolchevisme à tout prix, sans égard pour le droit international. »

Eradiquer le bolchévisme! Eradiquer la Russie! Mais comment? En utilisant l’Allemagne, comme aujourd’hui d’ailleurs (Merkel semble orpheline: déclarera-t-elle seule la guerre à Trump et à la Russie, sans oublier la Chine?). L’Allemagne vaincue doit être préservée pour constituer ce rempart contre la Russie.

Il faut donc être doux et indulgent avec cette Allemagne:

« Une indulgence notable, équivalant une sorte de négligence collusoire, a caractérisé jusqu’ici les rapports des puissances avec l’Allemagne. »

Veblen ne croit pas au bluff des réparations — que l’Allemagne ne paiera d’ailleurs jamais. Et Preparata rappelle que l’Allemagne sera refinancée et rééquipée par le plan du banquier Dawes en 1923. Veblen souligne le but et la patience aussi de notre élite anglo-saxonne:

« Comme il aurait semblé tout à fait probable auparavant, les stipulations touchant l’indemnité allemande se sont révélées provisoires et provisoires seulement — si elles ne se sont pas plutôt caractérisées comme un bluff diplomatique, destiné à gagner du temps, à détourner l’attention durant cette période de réhabilitation nécessaire et exigeant une certaine patience pour rétablir un régime réactionnaire en Allemagne et l’ériger en un rempart contre le bolchevisme. »

Il faut donc garder le militarisme prussien, la botte allemande, l’empire knouto-germanique dont a parlé un demi-siècle plus tôt le grand penseur et anarchiste russe Bakounine:

«… l’Allemagne ne doit pas être paralysée au point de laisser l’establishment impérial affaibli matériellement dans sa campagne contre le bolchevisme à l’étranger ou le radicalisme à la maison.

Par conséquent, il ne saurait être permis de détourner une partie de ces revenus gratuits des propriétaires allemands pour secourir ceux qui ont souffert de la guerre que ces propriétaires avaient déplacé dans les pays Alliés. »

On épargnera les responsables de la Guerre et on châtie les victimes; comme dans la crise bancaire de 2008 finalement.

Veblen observe froidement:

«… les hommes d’État des puissances victorieuses ont pris le parti des propriétaires allemands coupables de cette guerre contre leur population…les dispositions conservatrices que le traité prévoit pour indemniser les victimes de guerre n’ont été appliquées jusqu’à présent qu’avec une indulgence judicieusement gérée, marquée par un biais partisan indubitable en faveur du statu quo ante de l’Allemagne impériale. »

Sans inquiéter personne, Hitler sera condamné à neuf mois de prison pour tentative de coup d’Etat, toujours en 1923 quand les USA de Dawes et de ce bon Coolidge financent et rééquipent leur obéissante colonie. Et le vieil Hindenburg sera élu président de cette triste république de Weimar en 1925.

La suite on la connait, mais on aimerait bien ne pas la répéter.

Nicolas Bonnal

Notes :

(1) Rothbard cite le texte de Keynes sur le représentant français Klotz qui demandait des comptes aux Allemands qui avaient dévasté notre France pendant quatre ans. Il en dit long sur ce qui va se passer vingt ans plus tard en Europe. On le cite en anglais pour le plaisir:

“He leant forward and with a gesture of his hands indicated to everyone the image of a hideous
Jew clutching a money bag. His eyes flashed and the words came out with a contempt so violent that he seemed almost to be spitting at him. The anti-Semitism, not far below the surface in such an assemblage as that one, was up in the heart of everyone (p.34).”

Bibliographie

Jacques Bainville — La paix de Versailles (sur Uqac.ca)
John Maynard Keynes — Les conséquences économiques de la paix (1919)- sur Uqac.ca
Guido Giacomo Preparata — Conjuring Hitler — How Britain and America made the Third Reich (Pluto Press)
Murray Rothbard — Keynes, the Man (Mises.org)
Thorstein Veblen — Review of John Maynard Keynes, The economic consequences of the Peace, Political Science Quarterly, 35, pp. 465-472

 source: https://fr.sputniknews.com/blogs/201701231029732030-Versailles-nazisme-Allemagne-URSS/

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

samedi 16 décembre 2023

Aktion T4 : L’holocauste nazi des personnes handicapées adultes

 

Photographie de propagande de 1934 avec la légende « ce malade mental coûte annuellement 2 000 marks à l'État »

Aktion T4 est le nom, donné après la guerre, à la campagne nazie d’extermination des personnes adultes handicapées mentales ou physiques qui dura de janvier 1940 à août 1941. Ce seul programme fit entre 70 000 et 80 000 victimes allemandes. Bien au-delà de l’euthanasie (Mort sans douleur), ce fut un holocauste psychiatrique, préfiguration conceptuelle en même temps que technique et administrative de l’extermination des Juifs d’Europe (Shoa).

Dans l'esprit d’Hitler, le darwinisme apportait la justification morale de l'infanticide, de l'euthanasie, et par la suite du génocide. Il lui permettait d'atteindre son objectif : la perfection biologique de la race nordique.

Bien que déjà présente dans Mein Kampf, cette idéologie de l’eugénisme n’est pas spécifique au National-socialisme. Elle fut même très à la mode à partir du début des années 1920 dans les milieux progressistes européens et américains. Elle fut même la justification de la création aux Etats-Unis de l’association du planning familial et de son très controversé programme d’extermination de la communauté noire par la contraception obligatoire.

Le mouvement eugénique tend à créer une hiérarchie de races ou de groupes sociaux, plus ou moins valables, plus ou moins susceptibles de dégénérer. Afin d’améliorer la race humaine, les eugénistes font la chasse (Encore de nos jours) aux plus fragiles qui contrarient l’avancée vers la perfection de la race humaine. Alexis Carrel, Prix Nobel de médecine 1912, fut un des ténors de ce courant de pensée. N’a-t-il pas écrit : « Beaucoup d'individus inférieurs ont été conservés grâce aux efforts de l'hygiène et de la médecine ». Individus inférieurs, c’est déjà le concept de sous-race national-socialiste.

Le mouvement eugéniste, avec son idéologie bio-médicale, avait une grande influence en Amérique et en Europe avant l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933. Dès cette date, il a trouvé en Allemagne des conditions favorables à la mise en œuvre de ses propositions les plus radicales.

Dès son arrivée au pouvoir, Adolf Hitler va mettre en œuvre les nombreuses propositions du courant eugéniste allemand. 14 juillet 1933 : Loi portant obligation de stériliser les patients atteints d’une maladie héréditaire ; seule l’Eglise catholique s’y opposa. A partir de 1933, campagne cinématographique intense dénonçant le coup pour la société de « ces inutiles » à la Nation. Trois autres lois eugénistes vont être mises en application : Loi sur les criminels irrécupérables et dangereux ; Loi d’organisation unifiée du système de santé ; loi sur les examens prénuptiaux. La communauté scientifique accueillera favorablement les lois imposant la stérilisation des « êtres inférieurs ».

Le programme Aktion T4 d'extermination des personnes handicapées majeures fut envisagé par Hitler de longue date : Il l'évoque en 1933. Mais des fortes réticences des milieux médicaux et juridiques font qu’il renonce. Il faudra le déclenchement de la seconde Guerre mondiale et le durcissement idéologique du Régime nazi pour voir sa  mise en œuvre de façon radicale.

En juillet 1939, lors d'une réunion entre dignitaires nazis, Hitler envisage l'extension des mesures de destruction des « vies sans valeur » déjà mises en œuvre pour les enfants handicapés et d'incorporer les malades psychiques adultes au programme d'assassinat.

Rédigée au cours du mois d'octobre mais antidatée au 1er septembre 1939 pour coïncider avec l'invasion de la Pologne qui marque le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l'« autorisation » d’Hitler ne repose sur aucune base juridique. Refusant de promulguer une loi en la matière, parce qu'il craint la mise en place d'une bureaucratie pesante et des contraintes juridiques, Hitler se limite à donner une « permission » écrite en dehors du cadre gouvernemental. Il nomme pour réaliser cet holocauste le responsable de l’euthanasie des enfants, Philipp Bouhler.

Va alors commencer une gigantesque opération de camouflage comme ce sera le cas pour la Shoa. Outre le nom de code de l'opération elle-même, les centres de mise à mort ont des noms codés constitués d'une lettre, de A à E ; les dirigeants de l'Aktion T4 et les médecins qui travaillent à son siège central prennent des noms d'emprunt. Les organisations créées pour servir de couverture à l'Aktion T4 portent des noms anodins dissimulant leur caractère mortifère, comme la Fondation caritative des soins en institution, chargée de l'embauche du personnel, ou le comité chargé des asiles psychiatriques du Reich, qui est chargé de la correspondance avec les institutions à propos de l'inscription et du transfert des patients.

Pour ne pas éveiller les soupçons des familles, chaque certificat de décès va être falsifié. Cette falsification doit éviter qu'un grand nombre de décès ne soit relié à un endroit et à une période particulière. Les décès sont donc attribués à des causes reliées à l'état de santé des victimes ou à des maladies ou infections qu'elles auraient pu contracter. Il n'est pas exagéré de dire que le rôle « médical » premier —  et peut-être le seul — des médecins des centres de mise à mort consistait à déterminer la falsification la plus crédible des certificats de décès de chaque victime.

 Ce qui est tragique, c'est qu'aucun de ces médecins n'eut besoin d'une loi pour participer à cette entreprise d'euthanasie. Aucun d'entre eux n'hésita sérieusement à participer à une telle entreprise. Sans y avoir été contraints en aucune façon, ils élaborèrent eux-mêmes les règles déterminant si tel patient devait vivre ou mourir. Leur participation fut entièrement volontaire et inconditionnelle.

 Au fur et à mesure que l'entreprise d'extermination se développait, les victimes ne furent plus seulement les malades mentaux ou les handicapés physiques gravement atteints, mais tous les patients « indésirables » internés dans les asiles. Les patients juifs furent l'objet d'un sort particulier : Concentrés dans quelques asiles, ils ont été presque tous gazés à Brandebourg-sur-la-Havel à partir de juillet 1940.

Alors que, dans le cadre du programme d'« euthanasie » des enfants (Il fut le premier programme à être mis en œuvre et fit plus de 5 000 victimes entre 1939 et 1945), les enfants handicapés étaient assassinés par injection de morphine-scopolamine, par l'ingestion de comprimés de luminal ou par sous-alimentation, le gazage au moyen de monoxyde de carbone fut choisi comme méthode de mise à mort de préférence à l'empoisonnement médicamenteux. Ce mode d'assassinat n’était pas une nouveauté d’Aktion T4 ; il avait déjà été utilisé sur des malades mentaux polonais, après l'invasion du pays, à l'automne 1939 à Poznań, puis en Prusse orientale. Il sera employé à partir de janvier 1940 dans le cadre de ce programme d’euthanasie.

 

La chambre à gaz de Bernburg

Compte tenu du nombre important de personnes recensées, entre 1939 et 1941 six centres de gazage ont été mis en service dans le Reich pour réaliser cette campagne d’euthanasie des personnes adultes handicapées.

Le bilan est terrible :

  • Centre A (Grafeneck) 10 654 victimes (20 janvier 1940 à décembre 1940)
  • Centre B (Brandebourg-sur-le-Havel) 9 772 victimes (8 février 1940 à octobre 1940)
  • Centre C (Schloss-Hartheim) 18 269 victimes (6 mai 1940 à décembre 1944)
  • Centre D (Pirna sommestein) 13 720 victimes (Juin 1940 à septembre 1942)
  • Centre B (Bernburg) 8 601 victimes (21 novembre 1940 à 30 juillet 1943)
  • Centre E puis A (Hadamar) 10 072 victimes (Janvier 1941 à 31 juillet 1942)

Aktion T4 fut officiellement arrêtée le 24 août 1941 suite à la protestation publique de l’Eglise catholique allemande qui connaitra un large écho. Si une critique fut émise dès le 2 décembre 1940 par le Vatican, C’est à l’évêque de Munster, Clemens August von Galen que l’on doit le sermon lu en chaire le 3 août 1941. Il y exprime toutes les critiques sur ce programme : « Il y a un soupçon général, confinant à la certitude, selon lequel ces nombreux décès inattendus de malades mentaux ne se produisent pas naturellement, mais sont intentionnellement provoqués, en accord avec la doctrine selon laquelle il est légitime de détruire une prétendue « vie sans valeur »[...] Une doctrine terrible qui cherche à justifier le meurtre des personnes innocentes, qui légitime le massacre violent des personnes handicapées qui ne sont plus capables de travailler ! [...] Si on l'admet, une fois, que les hommes ont le droit de tuer leurs prochains « improductifs » [...], alors la voie est ouverte au meurtre de tous les hommes et femmes improductifs [...]. La voie est ouverte, en effet, pour le meurtre de nous tous, quand nous devenons vieux et infirmes et donc improductifs. Alors on aura besoin seulement qu’un ordre secret soit donné pour que le procédé, qui a été expérimenté et éprouvé avec les malades mentaux, soit étendu à d'autres personnes « improductives » !

Cette décision d'arrêter l'opération fait suite aux protestations de Mgr Galen, à l'obstruction de nombreuses infirmières et aides-soignants, à l'inquiétude exprimée de plus en plus ouvertement par les parents, amis et voisins des victimes. Elle découle aussi de la crainte de Hitler de se voir rendu directement responsable des assassinats et du fait que le quota de 70 000 victimes qu'il avait initialement fixé a été atteint et même légèrement dépassé.

Le nombre des victimes de l’ensemble des programmes de « guerre contre les malades » est estimé à 260 000 personnes. Ont été mis en œuvre : L’Euthanasie des enfants (1939 à 1945) ; l’euthanasie des adultes handicapés (1940 à 1945) avec Aktion T4 (Programme centralisé d’assassinat par le gaz) ainsi que des programmes décentralisés d’assassinat médicamenteuse ou par sous nutrition (En remplacement d’Aktion T4) ; Aktion 14f13 concernant les invalides et les détenus (Avril 1941 à décembre 1944) ; Aktion Brandt concernant les malades incurables afin de dégager des lits d’hôpitaux à la fin de la guerre (Juin 1943 à 1945).

Après l’arrêt du programme Aktion T4, les participants seront employés dans un autre programme d’extermination nazi, le programme Aktion Reinhard. Celui-ci avait comme objectif l’extermination systématique des juifs et des roms de Pologne. De mars 1942 à octobre 1943, date de fin de ce programme, 50 000 roms et plus de deux millions de juifs polonais périrent victimes de la barbarie nazie. Aktion Reinhard est la première étape de la Solution finale de la question juive en Pologne. Il ouvre la voie à la Shoa.

Terrible bilan des propositions les plus extrêmes du courant progressiste eugéniste des années 1920. Alors qu’un conseiller influant de présidents de Gauche propose d’euthanasier les retraités, qu’un enfant malade anglais est assassiné à cause des coûts médicaux pour la société… la bête immonde est toujours active. Soyons vigilant !

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/04/aktion-t4-l-holocauste-nazi-des-personnes-handicapees-adultes.html

mardi 14 novembre 2023

L’Armée rouge

 

L'Armée rouge, album, Jean Lopez, éditions Perrin

C’est sous la direction de Jean Lopez, directeur de la rédaction de Guerres & Histoire et auteur de nombreux ouvrages d’histoire militaire, notamment consacrés à la Seconde Guerre mondiale, que les éditions Perrin viennent de publier un impressionnant album sur l’Armée rouge. Certes, l’Armée rouge a déjà fait l’objet de nombreuses études, mais voici un ouvrage qui traite le sujet sous les angles les plus complets (les chefs, les doctrines, les stratèges, les matériels, les batailles,…), à la lumière des connaissances des dernières archives et avec une iconographie originale.

L’Armée rouge naît du coup d’Etat bolchévique de 1917. Elle a cette particularité d’avoir rapidement intériorisé l’usage de la terreur massive pour maintenir ses hommes au combat. La première exécution de soldats récalcitrants se produit près de Sviajsk, le 29 août 1918. Des centaines de milliers d’autres suivront jusqu’en 1945. C’est durant la guerre civile également que le RKKA acquiert la pratique d’une propagande massive en direction des soldats : pas d’Armée rouge sans commissaires politiques, sans sections spéciales de la police politique – Tchéka ou NKVD.

Armée révolutionnaire

L’Armée rouge est marquée par des débats doctrinaux incessants, qui se traduisent par une complexité et une instabilité institutionnelle qui dure jusqu’en 1925. La faible compétence militaire de Lénine, la rivalité entre Trotski et Staline ajoutent au chaos. L’armée qui émerge de ce maelstrom ne ressemble à aucune autre. Son nom initial est Armée rouge des ouvriers et paysans. Elle est une armée révolutionnaire dans son fonctionnement et ses objectifs et affirme vouloir la victoire de la révolution mondiale. Elle est la créature et l’instrument du Parti bolchévique qui se donne tous les moyens de la soumettre en permanence à ses objectifs. Mais elle a bien du mal à recruter des chefs qualifiés et lance donc un appel aux anciens officiers et sous-officiers du Tsar à entrer dans l’Armée rouge comme “spécialistes militaires”. 22 315 ex-officiers impériaux et 128 168 ex-sous-officiers impériaux répondront à l’appel, parmi lesquels plusieurs futurs maréchaux soviétiques. Ce qui n’empêchera pas bon nombre d’entre eux d’être éliminés lors des purges de juin 1937.

Guerres contre la Pologne, le Japon et la Finlande

L’ouvrage examine ensuite la guerre soviéto-polonaise commencée au printemps 1919, qui se joue d’abord entre trois partis : les Polonais, les Russes blancs et les bolcheviks, sans oublier les Alliés franco-britanniques que les appétits de Varsovie indisposent. La résurrection de la république polonaise pose les problèmes des frontières de cet Etat qui se verrait bien profiter de la guerre opposant Russes blancs et bolcheviks. La nouvelle armée polonaise amalgame les traditions des armées prussienne, autrichienne, française et russe. Misère matérielle et moral élevé caractérisent tant l’armée polonaise que l’Armée rouge. Ces deux armées disposent des deux plus grosses cavaleries du monde. Les Polonais vont se révéler très doués pour casser le chiffrement utilisé pour les messages codés soviétiques, grâce à une section spéciale de professeurs de mathématiques. En octobre 1920, quand la guerre avec les Soviétiques s’achève, cette équipe polonaise aura déchiffré près de 4 000 radio-cryptogrammes soviétiques.

Autre étude très intéressante, celle qui concerne le conflit, en 1939, entre le Japon, qui occupe la Mandchourie, et la Mongolie prosoviétique. La bataille de Khalkhin Gol voit l’Armée rouge annihiler les ambitions japonaises sur la région. Les Soviétiques ont pourtant en face d’eux des hommes que l’on considère comme la meilleure infanterie du monde par sa discipline, sa capacité à se faire tuer sur place et sa science du combat de nuit. Et si les artilleurs nippons sont mieux formés que leurs homologues soviétiques, ils seront écrasés sous le feu de pièces plus lourdes et trois fois plus nombreuses.

Le lecteur est ensuite entraîné dans le conflit qui oppose l’armée finlandaise à l’Armée rouge. Les Finlandais ont su dominer les Soviétiques dans la défense, s’appuyant sur la rusticité de leur infanterie paysanne, bien adaptée aux conditions naturelles. 64 000 Soviétiques sont capturés pendant la guerre dite de Continuation. L’Armée rouge perd en outre environ 270 000 tués et dénombre 550 000 blessés.

Le choc titanesque de la Seconde Guerre mondiale

Bien entendu, cet album accorde ensuite une large place au conflit entre deux armées gigantesques que sont l’armée allemande et l’armée soviétique à partir de l’Opération Barbarossa. Six millions d’hommes, 18 000 chars et 12 000 avions se font face. L’armée allemande réussit en Union soviétique une campagne de France à l’échelle 10. Quelques semaines après le début de l’offensive, il ne reste presque rien de l’Armée rouge qui s’alignait sur les frontières. Paradoxalement, cette victoire sans précédent dans l’histoire débouche sur un échec de portée stratégique. L’ouvrage examine tant les erreurs soviétiques qu’allemandes. A l’été 1942, l’Armée rouge paraît au bord du gouffre. Six mois plus tard, c’est son adversaire qui semble à la dérive. Mais à Stalingrad, la résistance de la VIe armée allemande durant plus de deux mois est un exploit sans précédent dans l’histoire des guerres, exploit qui a immobilisé pas moins de sept armées soviétiques.

Ce livre ne manque pas d’aborder l’art opératif, innovation théorique majeure de la pensée soviétique combinant l’ensemble des activités militaires relevant de techniques différentes – la tactique, la logistique, le renseignement, la désinformation et le contrôle des troupes. Bien sûr, il est aussi attentivement question du NKVD qui, alignant jusqu’à 10 % des effectifs de l’Armée rouge, a participé à la Seconde Guerre mondiale comme une véritable troupe d’élite, abonnée aux missions spéciales et volontiers sacrifiée. Mais c’est surtout en tant que bras armée de la terreur stalinienne et, à ce titre, une des pires organisations criminelles de l’histoire, que le NKVD est resté dans les mémoires.

Cet album de très grande qualité renouvelle le sujet et intéressera tous les amateurs d’histoire militaire.

L’Armée rouge, sous la direction de Jean Lopez, éditions Perrin, 400 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/larmee-rouge/182123/

mardi 23 mai 2023

Mémoires du Général Wrangel

 

Les Mémoires du Général Wrangel sont parues pour la première fois en français en 1930 chez Tallandier. Ce livre était devenu fort rare. Il vient heureusement d’être réédité et constitue un document de première main pour comprendre la résistance héroïque de l’armée russe blanche contre le déferlement bolchévique.

Le Général Piotr Nikolaïevitch Wrangel est l’un de ces  personnages hors du commun de la Russie impériale. Né en 1878 en Russie, il est mort en exil à Bruxelles en 1928.

Toute la vie de cet homme fut voué au combat. Tout jeune officier sorti de l’école de cavalerie de Saint-Pétersbourg, il a participé à la guerre russo-japonaise (1904-1905). Dès le début de la Première Guerre mondiale, il s’illustre en tant que capitaine de la Garde à cheval, s’emparant notamment d’une batterie d’artillerie prussienne à l’issue d’une charge de cavalerie héroïque. En octobre 1915, fait Colonel, il reçoit le commandement du 1er régiment de Nertchinsk des cosaques de Transbaïkalie. En 1917, il devient commandant de la 2ème brigade de la division des Cosaques de l’Oussouri. Arrêté puis libéré par des marins bolchéviques, il rejoint le Général Dénikine en septembre 1918. Le 4 avril 1920, il participe au Grand conseil des généraux blancs et reçoit les pleins pouvoirs. Mais malgré l’intrépidité de son armée, les troupes bolchéviques sont rapidement trop nombreuses et le Général Wrangel n’a plus d’autre issue que de procéder à l’évacuation de ses hommes et de nombreux civils tsaristes. C’est le temps de l’exil. Mais aussi de la mise en place de réseaux internationaux des combattants russes blancs.

Les Mémoires du Général Wrangel, éditions Ars Magna, 492 pages, 32 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/memoires-du-general-wrangel/122029/

dimanche 4 septembre 2022

« L’eurasisme de Douguine est incompatible avec le nationalisme »

 

Alain de Benoist et Alexandre Douguine
 

Entre confusion et malveillance, les médias français disent souvent n’importe quoi sur Alexandre Douguine. Ce n’est pas le cas de « Front populaire » qui a donné la parole à Alain de Benoist pour éclairer la pensée de Douguine et le courant eurasiste dont il est le principal théoricien.

FRONT POPULAIRE. Vous avez déjà rencontré Alexandre Douguine. Pouvez-vous nous expliquer qui il est, notamment sur le plan intellectuel ? Quelles sont ses idées, ses influences philosophiques et politiques, etc. ?

ALAIN DE BENOIST : Alexandre Douguine, que je connais depuis plus de trente ans, est un théoricien de l’eurasisme. Ce courant de pensée est apparu dans les années 1920, tant dans les milieux de l’émigration russe (les « Russes blancs ») que dans la jeune Union soviétique, dans le cadre de la querelle des Slavophiles et des Occidentalistes (Zapadniki) qui divisait déjà les élites russes dans les années 1840.

Les Occidentalistes considéraient la Russie moderne comme issue d’une « occidentalisation » de la société russe entamée au XVIIIe siècle à l’initiative de Pierre le Grand, tandis que pour les Slavophiles, comme Alexis Khomiakov, Constantin Aksakov ou Ivan Kirevsky (sur le plan littéraire, il faut aussi bien sûr citer Dostoïevski), la « vraie » Russie était celle d’avant les réformes pétroviennes, la Russie du patriarcat de Moscou organisée sur le modèle de l’unité conciliaire de l’Église orthodoxe, et se devait donc de combattre les influences délétères de l’Europe occidentale (rationalisme, individualisme, obsession du progrès technique), considérées comme portant atteinte à la personnalité du peuple russe.

Les eurasistes, parmi lesquels figurent alors des personnalités comme les linguistes Nikolaï Troubetskoï, auteur de L’Europe et l’humanité (l’« Europe » correspondant à l’Occident), et Roman Jakobson, l’économiste Piotr N. Savitsky, le juriste et politologue Nicolas N. Alexeiev, l’historien et géopoliticien George V. Vernadsky, et bien d’autres, estiment comme les Slavophiles que la Russie et l’Occident constituent des mondes totalement différents, mais ajoutent à cette idée des éléments nouveaux. Selon eux, l’identité russe se fonde sur la superposition, à partir d’un substrat slavo-finno-touranien, d’une culture « kiévienne », née au contact des Varègues et fortement marquée par le christianisme byzantin, et d’une culture « moscovite » largement héritée, notamment quant aux formes du pouvoir, de l’empire tataro-mongole qui domina la Russie pendant trois siècles. Spirituellement, la Russie est byzantine, donc « orientale » (c’est le thème de la « troisième Rome »). Enfin, pour les eurasistes, la Russie n’est ni un « pays » ni une nation, mais une civilisation distincte de forme nécessairement impériale.

Alexandre Douguine, né en 1962, appartient à la seconde génération eurasiste. Son apport principal à cette école de pensée tient à l’importance qu’il attache à la géopolitique, qu’il a longtemps enseigné à l’Université Lomonossov de Moscou (Fondamentaux de géopolitique, 1997), de pair avec un attachement viscéral à la mystique orthodoxe (il appartient lui-même au courant starovère ou « vieux-croyant » de l’Église orthodoxe, né du refus des réformes introduites au XVIIe siècle par le patriarche Nikon), selon laquelle la religiosité doit se fonder sur la foi, et non sur la raison.

Le géopoliticien anglais Halford Mackinder, mort en 1947, avait développé l’idée (reprise par bien d’autres après lui, à commencer par Carl Schmitt), d’une opposition fondamentale entre les puissances maritimes et les puissances terrestres, les premières ayant été successivement représentées par l’Angleterre et les États-Unis, les seconds par le grand continent eurasiatique, dont le « cœur », le Heartland, correspond à l’Allemagne et à la Russie. Qui parvient à contrôler le Heartland, estimait Mackinder, contrôle le monde. C’est avec cette conviction présente à l’esprit que Zbigniew Brzezinski, dans Le Grand Echiquier (1997), a pu écrire que « l’Amérique doit absolument s’emparer de l’Ukraine, parce que l’Ukraine est le pivot de la puissance russe en Europe. Une fois l’Ukraine séparée de la Russie, la Russie ne sera plus une menace ».

On comprend mieux par là les positions politiques d’Alexandre Douguine, qui ne voit pas seulement dans l’affrontement de l’Ukraine et de la Russie une « guerre fratricide », mais aussi une projection militaire d’une guerre idéologique débordant largement les frontières, une guerre mondiale entre les démocraties libérales, aujourd’hui en crise, considérées comme ordonnées à l’idée d’État universel et porteuses de décadence, et les démocraties illibérales ordonnées à l’idée de continuité historique des peuples désireux de maintenir leur sociabilité propre et leur souveraineté.

Mais pour répondre complètement à votre question, il faudrait aussi parler des nombreux auteurs qui ont influencé Douguine. Celui-ci, qui parle couramment une bonne douzaine de langues (qu’il a apprises seul), s’est très tôt familiarisé avec des auteurs aussi différents que l’historien et géographe Lev Gumilev, fils de la poétesse Anna Akhmatova, théoricien du « lieu-développement » (mestorazvitiye), Arthur Moeller van den Bruck, le « jeune-conservateur » allemand partisan de l’« orientation à l’Est », Vico, Danilevski, Mircea Eliade, René Guénon, Jean Baudrillard, Marcel Mauss, Gilbert Durand, Claude Lévi-Strauss, Louis Dumont, Friedrich List, Heidegger, etc. Mais cela déborde le cadre de notre entretien !

FRONT POPULAIRE. Dans votre ouvrage Contre l’esprit du temps, vous écrivez avoir de la sympathie pour son idée d’une « quatrième théorie politique ». Qu’est donc cette théorie et en quoi la trouvez-vous intéressante ?

ALAIN DE BENOIST : Trois grandes doctrines politiques concurrentes ont été successivement engendrées par la modernité : le libéralisme au XVIIIe siècle, le socialisme au XIXe siècle, le fascisme au XXe siècle. Dans le livre qu’il a consacré à ce sujet, Douguine développe l’idée qu’il est nécessaire de faire apparaître une « quatrième théorie politique » qui dresserait un bilan de celles qui l’ont précédée, sans pour autant s’identifier à aucune d’elles. C’est une proposition stimulante pour l’esprit.

Aux yeux de Douguine, le XXIe siècle sera aussi celui du quatrième Nomos de la Terre (l’ordre général des relations de pouvoir à l’échelle internationale). Le premier Nomos, celui des peuples vivant relativement à l’écart les uns des autres, a pris fin avec la découverte du Nouveau Monde. Le deuxième Nomos, représenté par l’ordre eurocentrique des États modernes (l’ordre westphalien), s’est achevé avec la Première Guerre mondiale. Le troisième Nomos fut celui qui a régné à partir de 1945, avec le système de Yalta et le condominium américano-soviétique. Que sera le quatrième Nomos ? Pour Douguine, soit il prendra la forme d’un monde unipolaire américanocentré, soit au contraire celle d’un monde multipolaire où les « États civilisationnels » et les grands espaces continentaux, à la fois puissances autonomes et creusets de civilisation, joueraient un rôle régulateur vis-à-vis de la mondialisation, préservant ainsi la diversité des modes de vie et des cultures.

Douguine estime encore que nous sommes entrés dans une quatrième guerre mondiale. La Première Guerre mondiale (1914-18), avait abouti au démantèlement des empires austro-hongrois et ottoman. Les deux grands vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale (1939-45) ont été les États-Unis d’Amérique et la Russie stalinienne. La troisième guerre mondiale correspond à la guerre froide (1945-89). Elle s’est terminée avec la chute du Mur de Berlin et la désintégration du système soviétique, principalement au profit de Washington. La quatrième guerre mondiale a commencé en 1991. C’est la guerre des États-Unis contre le reste du monde, guerre multiforme, aussi bien militaire qu’économique, financière, technologique et culturelle, indissociable de l’arraisonnement général du monde par l’illimitation dissolvante de la logique du capital.

FRONT POPULAIRE. « Extrême droite », « rouge-brun », « antimoderne », « ultra-nationaliste », « traditionaliste », « néofasciste », sont autant de termes qui servent à qualifier ou renvoient à Douguine. Ces qualificatifs sont-ils pertinents ?

ALAIN DE BENOIST : Quand les journalistes, dont la culture en matière de philosophie politique et d’histoire des idées est à peu près nulle, sont confrontés à un phénomène auquel ils ne comprennent rien, ils ânonnent la vulgate dominante et récitent des mantras. L’« extrême droite », mot-caoutchouc, est le couteau suisse préféré de ces esprits paresseux. Tous ces qualificatifs, à la possible exception de « traditionaliste antimoderne », mais à condition d’entendre le terme au sens de Guénon, sont tout simplement ridicules. Ils n’apprennent rien au sujet d’Alexandre Douguine, mais en disent beaucoup sur ceux qui les emploient. Le plus grotesque est sans doute le qualificatif de « nationaliste » ou d’« ultra-nationaliste », que la plupart des commentateurs utilisent en permanence à son propos. Douguine, je le répète, est un eurasiste. Or, l’eurasisme est incompatible avec le nationalisme, puisqu’il se réclame de l’idée d’Empire, c’est-à-dire d’un refus de principe de la logique du nationalisme ethnique et de l’État-nation (ce qui explique d’ailleurs les liens étroits qu’entretient Douguine avec les représentants des communautés juives et turco-musulmanes).

FRONT POPULAIRE. Depuis quelques jours, Alexandre Douguine est beaucoup présenté dans les médias comme le « cerveau » de Poutine en politique étrangère, comme une sorte de Raspoutine un peu mystérieux. Quel est son niveau d’influence auprès de Poutine ? Est-il écouté par la société civile russe ?

ALAIN DE BENOIST : Le « cerveau » de Poutine ! Quand on sait que Douguine et Poutine ne se sont jamais rencontrés une seule fois en tête-à-tête, on mesure le sérieux de ceux qui emploient cette expression. La réalité est plus prosaïque. Alexandre Douguine, qui a été traduit dans dix ou douze langues différentes, est un auteur connu et lu, tant en Russie qu’à l’étranger. Il a ses réseaux et son influence. Lorsqu’en avril 1992, j’avais eu l’occasion de donner une conférence de presse au siège de la Pravda à Moscou et de parler de géopolitique avec des généraux et officiers supérieurs de l’armée, j’avais déjà pu me rendre compte de l’écho que recevaient dans l’opinion les idées eurasistes. Depuis, Douguine a lancé en 2003 le Mouvement eurasiste international, qui s’est beaucoup développé dans les populations non russes de Russie, et il a même été reçu à Washington par Zbigniew Brezinski et Francis Fukuyama.

Douguine connaît incontestablement bien l’entourage de Poutine, mais il n’a jamais fait partie de ses intimes ni de ses « conseillers spéciaux ». Il est certes reconnaissant à Poutine d’avoir rompu avec l’atlantisme libéral de Boris Eltsine, mais il pense qu’il n’est qu’un « eurasiste malgré lui ». Le livre qu’il a écrit il y a quelques années sur Poutine est d’ailleurs loin d’être un exercice d’admiration : Douguine y explique au contraire à la fois ce qu’il approuve chez Poutine et ce qui lui déplaît. Mais de toute évidence ceux qui pérorent en France à son sujet n’ont jamais lu une ligne de lui.

FRONT POPULAIRE. Vous connaissez bien Alexandre Douguine et son œuvre. Vous avez par ailleurs récemment publié un ouvrage critique sur les médias intitulé Survivre à la désinformation (2021). Comment jugez-vous globalement son traitement médiatique et celui du conflit russo-ukrainien ?

ALAIN DE BENOIST : Le traitement médiatique est celui que vous connaissez. Les grands médias français sont tellement habitués à se faire les relais de l’idéologie dominante, ils trouvent tellement normal qu’il n’y ait plus dans ce pays de débats dignes de ce nom, qu’il leur apparaît tout aussi naturel de ne jamais donner la parole à ceux dont ils ignorent ou caricaturent les idées. C’est vrai dans le cas de Douguine comme dans celui de la guerre en Ukraine : le point de vue ukrainien est omniprésent, le point de vue russe n’est même pas mentionné. On crée ainsi un formidable refoulé. Il faut toujours se méfier du refoulé.

Source : Front Populaire

Photo : Patrick Lusinchi. Conférence,  »La voie eurasiste » du samedi 25 mai 2013.

https://www.revue-elements.com/leurasisme-de-douguine-est-incompatible-avec-le-nationalisme/

lundi 8 août 2022

Dans la collection "Les Grands classiques de Synthèse nationale" : sortie de "La Garde de Fer" de Corneliu Zelea-Codreanu

 

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Pour comprendre un livre, il convient tout d’abord de se placer dans l’époque et dans le contexte où il a été écrit.

Dans les années 1920 et 1930, la Roumanie, située aux frontières de l’URSS impérialiste et sanguinaire naissante, est dirigée par de piètres politiciens opportunistes et sans véritable armature idéologique.

Cette situation peu enviable (mais hélas toujours actuelle dans bien des pays) incita la jeunesse roumaine, éprise de sentiments nationaux et fortement attachée à la chrétienté, à se soulever. À la tête de cette gigantesque révolte, un jeune étudiant qui deviendra, au fil du temps, l’avocat de son peuple : Corneliu Zelea-Codreanu.

Quelques mois avant son assassinat, en 1938, il raconta sa vie en exposant ses idées et sa stratégie dans ce livre, « La Garde de Fer ».

Document historique, cet ouvrage est indispensable à ceux qui veulent comprendre avant de juger.

La Garde de Fer, Corneliu Zelea-Codreanu, préface de Dr Merlin, Le Grands classiques de Synthèse nationale, août 2022, 498 pages, 30,00 € (+ 5,00 € de port).

Pour le commander dès maintenant cliquez ici

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2022/08/07/dans-la-collection-les-grands-classiques-de-synthese-nationa-6395327.html

mardi 26 juillet 2022

La grande dissimulation : l’histoire secrète de l’UE révélée par les Anglais (Christopher Booker et Richard North)

 

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Christophe Booker est journaliste. Richard North est ancien directeur de recherches au Parlement européen.

Ce livre est la traduction d’un ouvrage publié en anglais en 2003. Il donne une lecture britannique de la construction européenne et en établit de manière rigoureuse la généalogie. Le calendrier de l’éditeur de cette traduction française ne pouvait pas mieux tomber. Le Brexit lui donne une saveur toute particulière.

Les cercles européistes tentent fréquemment de faire croire que cette construction européenne est un objet « sui generis » dont l’origine est relativement récente. Ce mensonge a pour but de masquer des origines plus que discutables, notamment le projet des Etats-Unis de contrôle indirect du continent. Les auteurs de cet ouvrage retracent le rôle des agences de renseignement américaines dans le processus de création des institutions européennes, ainsi que les liens que certains des acteurs européens, dont Jean Monnet, avaient avec ces services secrets américains.

Dès lors, il n’est plus possible de croire que l’Union européenne « défend » l’indépendance des Européens.

D’autre part, cet ouvrage démontre comment, sous prétexte de nous assurer la paix, cette Union européenne s’est développée sur un modèle d’abandon des souverainetés au profit d’une entité supranationale selon un plan conçu dès les années 1920 par Monnet et Salter.

Pour les auteurs de ce livre, cela ne fait aucun doute : l’Union européenne s’est construite sur une succession de tromperies. Et c’est une véritable entreprise de propagande mensongère qui a été utilisée depuis des décennies pour obtenir l’assentiment des populations à ce projet devenu un dogme. 

La grande dissimulation, Christophe Booker & Richard North, préface de Jacques Sapir, éditions de l’Artilleur, 832 pages, 27 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-grande-dissimulation-lhistoire-secrete-de-lue-revelee-par-les-anglais-christopher-booker-et-richard-north/57543/