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dimanche 21 juillet 2024

Un nouveau morceau de l’Histoire de la guerre des Gaules découvert ?

 Capture d'écran Inrap

Capture d'écran Inrap
Macabre charnier pour certains, filon archéologique pour d'autres. Dans tous les cas, c’est une incroyable découverte qui ne laisse pas de marbre et qui a eu lieu en 2024, non loin de la commune de Villedieu-sur-Indre (Indre). En effet, sur le site de fouilles dit de Mézières, les équipes de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) fouillent méticuleusement chaque centimètre carré de terre afin d’en savoir plus sur notre Histoire, mais aussi pour répondre à une question : des chevaux gaulois ont-ils été sacrifiés à Villedieu-sur-Indre ?

Des fouilles méticuleuses

À la demande de l’État et de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Centre-Val de Loire, l’INRAP a été chargé d’effectuer des recherches archéologiques sur le territoire de cette commune de la Champagne berrichonne, et cela avant que ne soit construite une nouvelle route. Lors des fouilles, des premiers restes de bâtiments, de fossés et de routes médiévales, datant des Ve et VIe siècles, ont été retrouvés. Cependant, le plus intéressant restait à venir. En continuant de chercher et creuser, les scientifiques sont tombés sur neufs fosses datées par le radiocarbone de la fin de la période gauloise au début de l’Antiquité romaine en France, soit entre 100 avant et 100 après Jésus-Christ. Dans ces fosses, de nombreux chevaux reposaient ainsi là, dans le sol, depuis 2.000 ans.

Les dépouilles retrouvées pour l’instant sont toutes, sans exception, couchées sur le flanc droit avec la tête en direction du sud. Les corps ont été aussi disposés sur deux rangées et sur deux niveaux et enfouis rapidement après leur mort, selon les experts. Selon Séverine Braguier, archéozoologue, « on est sur des individus qui ont au moins quatre ans […] Il s’agit de mâles […] de chevaux de petites tailles, entre 1,15 m et 1,20 m ». D’autres animaux dans d’autres fosses ont aussi été retrouvés, comme par exemple des chiens, mais à la différence des chevaux, couchés sur le flanc gauche et la tête en direction de l’ouest.

Sacrifice, épidémie ou bataille ?

Ces découvertes amènent alors plus de questions que de réponses aux archéologues. La disposition précise de tous ces corps montre un certain respect et un soin apportés par les Gaulois lors de l’enterrement de ces restes. Ces inhumations sont-elles alors les dernières traces d’un rituel, d’un sacrifice ou bien d’une épidémie, voire d’une bataille ? Pour l’instant, les scientifiques doivent encore déterminer si la mort de ces animaux est accidentelle ou volontaire. Cependant, les historiens peuvent s’appuyer sur les connaissances apportées par une ancienne découverte archéologique faite en 2002 dont la similarité troublante pourrait apporter un élément de réponse. Ainsi, en Auvergne, sur plusieurs sites de la plaine où a eu lieu la bataille de Gergovie - Gondole et L’Enfer, pour ne pas les nommer - furent retrouvés pas moins de 53 chevaux, eux aussi enfouis dans de nombreuses fosses et dans la même position que ceux de Villedieu-sur-Indre. Comme à Villedieu, il n’y a point de mobiliers ou d’autres ornements funéraires, mais ces charniers sont tous situés à quelques centaines de mètres d’un oppidum. Ce mot désigne des ensembles de fortifications celtiques construites sur des hauteurs. Ainsi la corrélation de ces informations rend « séduisant le lien entre l’enfouissement de ces chevaux et les batailles de la guerre des Gaules ». C’est ainsi un combat oublié qui aurait eu lieu à Villedieu-sur-Indre entre nos ancêtres les Gaulois et les envahisseurs romains qui pourrait être découvert. Néanmoins, les thèses d’un sacrifice afin d’obtenir les faveurs des dieux ou en hommage à des guerriers tombés au combat ne sont pas écartées non plus. En fin de compte, pour l’INRAP, dans l’attente de trouver des réponses définitives aux énigmes qu’apportent les découvertes de Villedieu-sur-Indre, ces dernières « complètent aujourd’hui celles réalisées voici deux décennies en Auvergne et amènent à reconsidérer les pratiques religieuses ou funéraires de la fin de l’âge du fer et du début de l’époque romaine ».

Eric de Mascureau

jeudi 21 mars 2024

Site d’Alésia : admettons la vérité !

 

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Vercingétorix, un film de Jacques Dorfmann.

FIGAROVOX/HISTOIRE – Le site de la bataille d’Alésia n’est pas en Bourgogne, mais dans le Jura, plaide cette semaine notre chroniqueur Franck Ferrand.
[…] L’ouvrage collectif que je viens de préfacer, aux éditions Pygmalion, sous la direction de Danielle Porte, est de ceux qu’on a longtemps attendus, et qu’on déguste ligne à ligne, empli de gratitude envers les auteurs. Enfin, voici répertoriés tous les travers, tous les défauts, toutes les tares de l’Alésia officielle, sise en Bourgogne, en Côte-d’Or, sur la commune d’Alise-Sainte-Reine.
Depuis un siècle et demi – depuis que Napoléon III, par la grâce d’un décret impérial, a décidé que l’on situerait la victoire de Rome sur les Gaules en Bourgogne, dans le pays des anciens Eduens – de nombreux savants, dont certains de grand poids, se sont manifestés pour dénoncer au mieux une erreur, au pire une supercherie. Leurs arguments sont de trois ordres:
– d’abord, ils font remarquer que le site bourguignon du Mont Auxois ne correspond en rien – en rien! – à la description détaillée qu’en donna Jules César, au Livre VII de sa Guerre des Gaules ;
– ensuite, ils soulignent les incohérences et les invraisemblances de ce site, trop petit, trop bas, trop ouvert, trop mal doté en eaux vives notamment ;
– enfin, ils rappellent que la conformation des lieux ne permet ni de situer, ni de comprendre les différentes étapes de l’affrontement censé s’y être livré, en 52 avant JC.
Qu’importe aux pontes de l’archéologie nationale ; il y a longtemps qu’ils ont fait fi de toutes ces critiques.
Depuis cinquante ans – depuis qu’un certain André Berthier a découvert, en plein Jura, dans le pays des anciens Séquanes, un site qui, lui, correspond en détail, trait pour trait, à la description fournie par César – les critiques à l’encontre du site bourguignon se sont faites plus pressantes.
Qu’à cela ne tienne: le mépris et la morgue des prétendus détenteurs du savoir n’ont fait que croître en proportion. […]

Lire la suite sur Le Figaro

https://www.fdesouche.com/2014/05/19/site-dalesia-admettons-la-verite/

mercredi 27 décembre 2023

Les Peuples Gaulois

 

Le terme de Gaulois désigne les populations protohistoriques de Celtes qui résidaient en Gaule, (Gallia en latin), c’est-à-dire approximativement sur les territoires actuels de la France, de la Belgique, de la Suisse et de l’Italie du Nord, probablement à partir du premier âge du bronze (IIe millénaire av. J.-C.).

Les Gaulois étaient divisés en de nombreux peuples qui se comprenaient entre eux, qui pensaient descendre tous de la même souche et qui en connaissaient la généalogie. A ces liens de filiation, réels ou mytiques, qui leur créaient des obligations de solidarité, s’ajoutaient des alliances qui mettaient certains d’entre eux dans la clientèle d’un autre pour former des fédérations comme celles des Arvernes et des Éduens. Chacun de ces peuples était divisé en “civitas” identifiées par un chef-lieu et un territoire appellé en latin “pagus”, lui même subdivisé en “vicus” correspondant à peu près à nos cantons.

Les civilisations gauloises sont rattachées en archéologie à la civilisation celtique de La Tène (du nom d’un site découvert au bord du lac de Neuchâtel, en Suisse). La civilisation de la Tène s’épanouit sur le continent au second âge du fer et disparut en Irlande durant le haut Moyen Âge.

suite

https://www.fdesouche.com/2007/10/20/les-peuples-gaulois/

mardi 15 août 2023

La Gaule et les Gaulois avant César (rediif)

 Avant notre ère, le territoire compris entre les Pyrénées, les Alpes et le Rhin (France, Bénélux, Suisse et Rhénanie actuels) a une unité toute fictive et ce n'est en rien un pays de sauvages selon l'idée cultivée par les historiens du XIXe siècle…

Appelé Gallia (Gaule) par Jules César dans son célèbre compte-rendu de la guerre des Gaules, ce territoire appartient à l'immense domaine de peuplement celte qui s'étend des îles britanniques jusqu'au bassin du Danube et même jusqu'au détroit du Bosphore (le quartier de Galatasarai, à Istamboul, rappelle encore aujourd'hui la présence de Galates, cousins des Gaulois, dans la région).
Brennus, le premier Gaulois
Le nord de la péninsule italienne est lui-même baptisé Gaule cisalpine par les Romains qui n'en gardent pas de bons souvenirs… En 390 avant JC, la jeune république sénatoriale avait été assiégée par des Gaulois de cette région, les Sénones. Les habitants n'avaient dû leur salut qu'à la vigilance des oies sacrées du Capitole. Selon l'historien Tite-Live, celles-ci, par leurs cris, les avaient prévenu d'une tentative d'effraction nocturne des Gaulois.
Finalement contraints à la reddition et à un lourd tribut, les Romains avaient osé mettre en doute la fiabilité de la balance utilisée par les Gaulois pour peser l'or. Le chef gaulois, Brennus, avait alors jeté son épée sur la balance en lançant : «Vae Victis ! » (Malheur aux vaincus !).
Une unité fictive
La Gaule proprement dite est partagée entre Rome et des tribus indépendantes celtes, mais aussi ibères ou encore germaniques.
Jules César lui-même a perçu cette diversité : « La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur propre langue, se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par le cours de la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de tous ces peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et des mœurs raffinées de la Province, parce que les marchands vont très rarement chez eux et n'y importent pas ce qui est propre à amollir les cœurs, parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre » (La guerre des Gaules).
Avant que le général ne débarque en Gaule, les Romains occupent déjà la partie méditerranéenne du pays, dont la capitale a été Narbonne avant de devenir Lyon. Cette région, la Gaule Narbonnaise, est aussi appelée la Province (dont nous avons fait Provence) car c'est dans l'ordre chronologique la première province de Rome !
La Gaule qui échappe à Rome est communément appelée «Gaule chevelue». En fait, ses habitants sont loin d'être tous chevelus… Ainsi, les Éduens, qui habitent au centre de l'hexagone, sont fortement influencés par la culture latine, portent les cheveux courts et s'habillent à la romaine. Les régions proches des Pyrénées sont plus précisément appelées Aquitaine ; au-delà de la Seine, elles sont appelées Belgique.
Les 64 pays gaulois («pagus») sont très différents les uns des autres et sensibles aux influences des pays riverains (Italie, Germanie, Espagne) et même plus lointains (Grèce). Certains sont des chefferies héréditaires, d'autres des républiques plus ou moins démocratiques.
Le trésor de Vix
 
 
En 1953, on a découvert à Vix, en Bourgogne, la tombe d'une princesse celte morte vers 480 avant JC.
Son trésor funéraire incluait un cratère (vase) en bronze de 1,64 mètre, originaire de l'Italie du Sud qu'on appelait alors la Grande Grèce !
Cette découverte atteste que, très tôt, les Celtes de l'hexagone, plus tard appelés Gaulois, avaient des liens commerciaux nombreux avec les civilisations de la Méditerranée
Un pays prospère et fortement peuplé
Dans son ensemble, la Gaule se caractérise par une forte densité de population. On évalue à douze millions le nombre de ses habitants, soit davantage qu'à certaines époques du Moyen-Âge.
Loin d'être un pays de forêts impénétrables uniquement peuplées de sangliers comme le laisseraient croire certaines bandes dessinées, la Gaule est en grande partie défrichée et couverte de belles campagnes comme l'atteste l'archéologie aérienne.
Ses habitants manifestent un exceptionnel savoir-faire dans l'art de l'agriculture et de l'élevage comme l'atteste un bas-relief en pierre découvert dans le bassin parisien : il montre une moissonneuse-batteuse antique, poussée par des chevaux et manoeuvrée par deux hommes ! D'ailleurs, le potentiel agricole de la Gaule compte pour beaucoup dans l'intérêt que lui portent les Romains.
Les Gaulois reviennent à la vie
En janvier 1789, à la veille de la Révolution française, l'abbé Joseph Sieyès publie un opuscule retentissant : Qu'est-ce que le tiers état ? Dans ce petit ouvrage, il présente les Gaulois et plus précisément les Gallo-Romains comme les ancêtres du tiers état (le peuple), en les opposant aux Francs, ancêtres des nobles et aristocrates.
C'est ainsi que sortent de l'ombre «nos ancêtres les Gaulois», éclipsés jusque-là par les chroniqueurs officiels qui se contentaient de relater les exploits de la monarchie et faisaient remonter celle-ci à Clovis (Ve siècle de notre ère).
Les Gaulois vont acquérir leurs lettres de noblesse avec Napoléon III ! Féru d'histoire antique, l'empereur écrit en collaboration avec Victor Duruy une biographie de Jules César et par la même occasion, se pique de passion pour Vercingétorix. Il le fait représenter sous ses traits à Alise-Sainte-Reine, lieu supposé de la bataille d'Alésia.
C'est le début d'une étrange dichotomie chez les Français cultivés qui considèrent les Gaulois comme leurs ancêtres et dans le même temps, les voient comme des sauvages que les Romains ont eu le bon goût de soumettre et civiliser… Les historiens et archéologues de la fin du XXe siècle ont fait litière de ces schémas.
La Gaule à la veille de la conquête romaine
Cliquez pour agrandir
 
Le territoire entre Rhin et Pyrénées que César appelle Gaules est composé d'environ 64 pays relativement divers et d'une unité très factice… C'est aussi un territoire fortement peuplé, aux ressources agricoles et minières abondantes…

mardi 18 juillet 2023

Nos ancêtres les Gallo-Romains : une nécropole découverte en plein Paris

 

Si Paris n’est pas la première ville révolutionnaire de l’Antiquité, comme l'a affirmé récemment Jean-Luc Mélenchon, elle reste néanmoins l’une des plus grandes métropoles de l’ancienne Gaule romanisée dont les vestiges nous racontent, encore aujourd’hui, la longue histoire. Alors que des ouvriers creusaient près de la station Port-Royal en raison de travaux d’aménagement du RER B, un élément de notre antique passé a surgi du sol où il demeurait caché depuis plus de dix-huit siècles. Cette mine d’or archéologique était insoupçonnée par les historiens pensant que la majorité des sites de fouilles de la capitale avaient été découverts lors des grands travaux haussmanniens du XIXe siècle. C’est aujourd’hui une véritable nécropole datant du IIe siècle après J.-C. qui fait face aux yeux des vivants et nous livre ses secrets.

Les fouilles, dirigées depuis le début du mois d’avril 2023, par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de l’Île-de-France et par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), ont permis la découverte de nombreuses tombes éparpillées sur 200 m² et situées en dehors de l’enceinte de l’ancienne cité de Lutèce. En effet, selon la tradition romaine, le monde des morts ne devait pas côtoyer le monde des vivants. L’actuel site de fouilles n’est alors qu’une simple parcelle de la nécropole dite « nécropole sud » qui s’étend le long du cardo maximus (l’actuelle rue Saint-Jacques) et sur plus de quatre hectares.

Les recherches effectuées vont permettre aux scientifiques d’en apprendre plus sur l’art funéraire sous l’Antiquité mais aussi sur la vie des Parisii, ce peuple gaulois qui donna son nom à notre capitale. Actuellement, les archéologues ont pu identifier les corps d’une cinquantaine de femmes, d’hommes mais aussi d’enfants placés dans des cercueils de bois dont il ne reste que de simples clous. Cependant, l’absence d’urnes, révélant la pratique d’incinération funéraire pourtant usuelle à l’époque, interroge les scientifiques.

Les historiens vont aussi pouvoir se documenter sur les coutumes vestimentaires des Gallo-Romains grâce aux restes de vêtements, de bijoux et de chaussures dont subsistent seulement quelques éléments métalliques. De nombreux autres objets du quotidien ont pu être aussi retrouvés malgré des siècles passés sous terre. Ainsi furent déterrés des céramiques et des objets en verre comme des balsamaires, censés recueillir des huiles et des parfums funéraires, ainsi que des lacrymatoires. Ces derniers, destinés à conserver des onguents, étaient faussement imaginés comme des récipients recueillant les larmes des proches du défunt. Tous ces éléments furent placés près des morts comme des offrandes pour leurs vies dans l’au-delà. Les restes d’un porc et d’un autre petit animal furent même déterrés au sein d’une fosse considérée « à offrandes » et non sépulcrale. La présence de pièces de monnaie dans la bouche des morts témoigne aussi de la croyance et de la peur que le passeur des enfers, Charon, ne laisse pas les âmes des morts passer le Styx et rejoindre les Champs-Élysées ou le Tartare si elles ne payaient pas l’obole rituelle. Dans le cas contraire, les trépassés étaient condamnés à errer sur les bords du fleuve infernal pour l’éternité.

De tels sites et découvertes archéologiques ne sont pas sans rappeler les fouilles effectuées, en avril 2022, sur l’île de la Cité, au sein même de la cathédrale Notre-Dame, et qui ont permis l’exhumation de plusieurs sarcophages oubliés.

Toutes ces fouilles nous prouvent que nous pourrions tirer enfin quelque chose de positif des incessants travaux et chantiers menés par Mme Hidalgo dans Paris, qui conserve peut-être encore de nombreux secrets et histoires concernant notre passé.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/nos-ancetres-les-gallo-romains-une-necropole-decouverte-en-plein-paris/

mardi 27 juin 2023

LA FEMME GAULOISE (CELTE) (redif)

 La femme celte n'était ni effacée ni passive, elle ne jouait pas un rôle secondaire, comme à Rome ou en Grèce. Cet aspect des choses est inhérent à la nature de la culture celtique, dans la spiritualité qui servait jadis de ciment à celle-ci, le principe divin supérieur n'était pas masculin mais bien féminin. Les Celtes avaient un grand respect de la femme qu'ils ont toujours considérée comme un être moralement supérieur, tandis que les Germains et les Romains en ont fait un être hypocrite et mensonger.

La femme gauloise jouit d'un statut particulier, exceptionnel même si on le compare à celui de la femme romaine dont la dépendance à l'égard du mari est non seulement morale mais aussi économique. La Gauloise, au contraire, dispose d'une certaine indépendance financière et assume une part de son destin à la mort de son mari. Ce privilège, qu'il faut malgré tout relativiser, a un prix : cette place dans la société et dans l'économie de la maison a été acquise par des générations de femmes qui, d'une manière générale, ont travaillé plus que les hommes. Strabon présente cette évidence comme un topos, un lieu commun qui caractérise les civilisations barbares : « Le fait qu'entre les hommes et les femmes les travaux sont distribués à l'inverse de ce qu'ils sont chez nous (c'est-à-dire en Grèce et à Rome) est commun à beaucoup d'autres peuples parmi les barbares. » Mais Poseidonios qui, le premier, donne cette information, l'accompagne d'exemples qui confirment cependant sa profonde réalité. Lui-même, lorsqu'il était hébergé chez un riche propriétaire terrien, a vu des femmes travailler aux champs (d. Naissance, ch. 5). Mais surtout sa description générale de la société gauloise met particulièrement en évidence la répartition générale des activités. Aux hommes sont réservés la guerre, son entraînement, l'équitation, la chasse, les pratiques cultuelles, l'exercice de la politique, du droit et de l'éducation, certains métiers artisanaux (les métiers du feu et des métaux entre autres). Aux femmes reviennent la plupart des tâches domestiques, c'est-à-dire une bonne part des travaux des champs, la gestion des troupeaux, la réalisation de certains types d'objets, tels que la céramique, les vêtements, peut-être la cordonnerie, la bourrellerie, la tabletterie. Le travail à la maison et à la cuisine était considérable du point de vue du temps passé et de l'énergie déployée.
C'était vrai avant tout pour moudre les céréales, tâche qui pouvait occuper plusieurs heures. Cela exigeait un soin particulier, car la présence de résidus d'abrasion de la pierre dans la farine provoquait une usure accrue des dents.
Des moulins comme on en connaît dans de nombreuses citées celtes facilitaient le travail en comparaison de l'antique pilon.
La place de l'homme et de la femme dans la société gauloise des cinq derniers siècles précédant notre ère est le résultat tardif d'une situation plus ancienne, au cours de laquelle une grande partie de la population mâle était occupée à la guerre, obligeant les femmes à subvenir à tous les autres besoins.
Par opposition aux Romains qui voyaient dans la femme une reproductrice et un objet de plaisir, les druides associaient les femmes à la vie politique et religieuse de leurs peuples.
La femme gauloise jouissait d'une situation qui la mettait au même rang que son marri.
On comprend mieux dès lors l'étonnant contrat de mariage dont César, toujours d'après Poseidonios, expose les modalités : « Les hommes, quand ils se marient, mettent en communauté une part de leurs biens, équivalant, après qu'en a été faite l'estimation, à la somme d'argent apportée en dot par les femmes. On fait de ce capital un compte unique, et les intérêts en sont mis de côté ; le conjoint survivant reçoit l'une et l'autre part, avec les revenus accumulés. » Le juriste du IIIè siècle Ulpien, précise qu'en plus de sa dot, la femme possède « ce que les Gaulois appellent pécule ». Cette gestion de leurs biens illustre mieux que tout autre exemple l'égalité de l'homme et de la femme qui existe dans le domaine de l'économie (au sens grec du terme, c'est-à-dire celui de la bonne marche de la maison), César a beau ajouter, à la suite, que l'homme a droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants, on voit bien qu'il s'agit d'une formule rhétorique qui renvoie, par comparaison, au droit romain : le Gaulois comme le Romain est le pater familias, il a l'autorité sur tous les membres de la famille. César ajoute que, lorsqu'un chef de famille meurt de façon anormale, on soumet sa femme à la question jusqu'à ce qu'elle avoue son crime. Celle qui est reconnue coupable est jetée au feu. Cette pratique paraît fort archaïque et n'a probablement plus aucune réalité dans les décennies qui précèdent la conquête. À contrario, elle témoigne qu'en des temps anciens les femmes avaient déjà suffisamment de pouvoir pour tenter d'empoisonner leur mari et de prendre leur place.
Le rôle de l'épouse gauloise est encore renforcé par celui que joue le mariage lui-même dans les relations entre les grandes familles patriciennes ou riches, dans les accords politiques voire diplomatiques entre les États, Le cas de Dumnorix est à cet égard révélateur (cf. Mariage, ch, 5). Les femmes comme les enfants sont les meilleurs instruments des unions à longue distance entre les peuples, ils sont également leur meilleure garantie de pérennité.
Le divorce était très facile chez les Celtes, d'abord parce que le mariage n'avait pas un caractère sacré et obligatoire. C'était un contrat, soumis à des clauses, les clauses n'étant plus respectées, le contrat devenait caduque. Acte essentiellement contractuel, social, mais non pas religieux, acte reposant sur la liberté des époux, le mariage celtique apparaît donc comme une sorte d'union libre protégé par les lois, et qu'il est toujours possible de rompre. Dans le divorce celtique, l'homme et la femme sont placés sur un plan de strict égalité.
Enfin, les Celtes ont toujours hésités entre la monogamie et la polygamie, voire même la polyandrie(1).
(1) polyandre, se dit d'une femme ayant plusieurs maris.
Un concubinage ou mariage annuel existait qui ne préjugeait en rien des droits de la femme légitime qui était la seule épouse en titre et qui pouvait se faire aider dans son travail domestique par la ou les concubines de son mari, de toute façon, si le mari passait outre elle pouvait toujours divorcer et de ce fait reprendre son pécule.
D'après Diodore de Sicile (V.32) « chez les Gaulois, les femmes sont presque de la même taille que les hommes, avec lesquels elles rivalisent de courage ».
« l'humeur des Gaulois est querelleuse et arrogante à l'excès. Le premier venu d'entre eux, dans une rixe, va tenir tête à plusieurs étrangers à la fois, sans autre auxiliaire que son épouse, champion bien redoutable encore. Il faut voir ces viragos, les veines du cou gonflées par la rage, balancer leurs bras robustes d'une blancheur de neige et jouer des pieds et des poings, assurant des coups qui semblent partir de la détente d'une catapulte ». Ammien Marcellin (XV.12)
Les épouses d'origine étrangère, représentant dans la cité de leur mari les intérêts du peuple dont elles sont issues, ont nécessairement une position sociale et, pour une certaine part, politique qui les situe presque au niveau des hommes. Elles ne perdent pas toute individualité en se mariant, mais gardent d'étroits contacts avec leur famille qu'elles retrouvent naturellement à la mort de leur mari. Les remariages sont possibles, et dans ce cas la femme peut une nouvelle fois représenter les intérêts de sa famille, comme on le voit faire à la mère de Dumnorix. De telles femmes, réellement puissantes, souvent riches, sont honorées à l'égal de certains hommes. On comprend dès lors l'étonnement de Clément d'Alexandrie qui écrit : « Il y a beaucoup de Celtes pour élever en l'air les litières des femmes et les porter sur leurs épaules. »
D'après Plutarque, les femmes peuvent jouer un rôle imminent dans les assemblées confédérales, celles communes à plusieurs peuples et qui traitent des alliances ou des conflits. La qualité de leur bon jugement et de leur impartialité y est reconnue. C'est pourquoi on leur confie la tâche d'arbitrer entre les deux parties.
Plutarque, dans son traité Des vertus des femmes, donne l'exemple d'une convention passée entre Hannibal et les peuples riverains des Pyrénées qui précise que, si les Gaulois ont des plaintes au sujet des Carthaginois, ils doivent les adresser à leurs généraux qui demeurent en Espagne, mais que les Carthaginois qui ont à se plaindre des Gaulois doivent faire valoir leurs droits auprès de certaines femmes gauloises qui jouent le rôle d'arbitres.
Les auteurs notent chez les Celtes une certaine tendance à la promiscuité : « Elles accordent généralement leur virginité à d'autres et ne considèrent pas ceci comme une disgrâce, mais se sentent plutôt méprisées lorsque quelqu'un refuse leurs faveurs librement offertes. » (Diodore de Sicile Hist 5-32)
Certaines reines avaient des époux qui n'étaient pas rois eux-mêmes.
Aux vues des objets et trésors découverts dans la tombe de la princesse de Vix, on mesure le pouvoir qui était le sien dans la société.
Cartimandua, reine des Brigandes de Grande-Bretagne, n'hésite pas à se séparer de son mari pour épouser son écuyer.
Toujours en Grande-Bretagne, la célèbre Boudica conduira un soulèvement contre les Romains.
Patrice Plard
sources :
Keltia n°5
L'Archéologue n°84
La femme celte J.Markale
Les gaulois J.L Brunaux
Les Celtes O Buchsenenschutz
Nos ancêtres les Gaulois J.L Brunaux
Les Celtes Barry Cunliffe
La N.R.H (Vincent Kuta)

mardi 2 mai 2023

Nos ancêtres les Gallo-Romains : une nécropole découverte en plein Paris

 

Si Paris n’est pas la première ville révolutionnaire de l’Antiquité, comme l'a affirmé récemment Jean-Luc Mélenchon, elle reste néanmoins l’une des plus grandes métropoles de l’ancienne Gaule romanisée dont les vestiges nous racontent, encore aujourd’hui, la longue histoire. Alors que des ouvriers creusaient près de la station Port-Royal en raison de travaux d’aménagement du RER B, un élément de notre antique passé a surgi du sol où il demeurait caché depuis plus de dix-huit siècles. Cette mine d’or archéologique était insoupçonnée par les historiens pensant que la majorité des sites de fouilles de la capitale avaient été découverts lors des grands travaux haussmanniens du XIXe siècle. C’est aujourd’hui une véritable nécropole datant du IIe siècle après J.-C. qui fait face aux yeux des vivants et nous livre ses secrets.

Les fouilles, dirigées depuis le début du mois d’avril 2023, par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de l’Île-de-France et par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), ont permis la découverte de nombreuses tombes éparpillées sur 200 m² et situées en dehors de l’enceinte de l’ancienne cité de Lutèce. En effet, selon la tradition romaine, le monde des morts ne devait pas côtoyer le monde des vivants. L’actuel site de fouilles n’est alors qu’une simple parcelle de la nécropole dite « nécropole sud » qui s’étend le long du cardo maximus (l’actuelle rue Saint-Jacques) et sur plus de quatre hectares.

Les recherches effectuées vont permettre aux scientifiques d’en apprendre plus sur l’art funéraire sous l’Antiquité mais aussi sur la vie des Parisii, ce peuple gaulois qui donna son nom à notre capitale. Actuellement, les archéologues ont pu identifier les corps d’une cinquantaine de femmes, d’hommes mais aussi d’enfants placés dans des cercueils de bois dont il ne reste que de simples clous. Cependant, l’absence d’urnes, révélant la pratique d’incinération funéraire pourtant usuelle à l’époque, interroge les scientifiques.

Les historiens vont aussi pouvoir se documenter sur les coutumes vestimentaires des Gallo-Romains grâce aux restes de vêtements, de bijoux et de chaussures dont subsistent seulement quelques éléments métalliques. De nombreux autres objets du quotidien ont pu être aussi retrouvés malgré des siècles passés sous terre. Ainsi furent déterrés des céramiques et des objets en verre comme des balsamaires, censés recueillir des huiles et des parfums funéraires, ainsi que des lacrymatoires. Ces derniers, destinés à conserver des onguents, étaient faussement imaginés comme des récipients recueillant les larmes des proches du défunt. Tous ces éléments furent placés près des morts comme des offrandes pour leurs vies dans l’au-delà. Les restes d’un porc et d’un autre petit animal furent même déterrés au sein d’une fosse considérée « à offrandes » et non sépulcrale. La présence de pièces de monnaie dans la bouche des morts témoigne aussi de la croyance et de la peur que le passeur des enfers, Charon, ne laisse pas les âmes des morts passer le Styx et rejoindre les Champs-Élysées ou le Tartare si elles ne payaient pas l’obole rituelle. Dans le cas contraire, les trépassés étaient condamnés à errer sur les bords du fleuve infernal pour l’éternité.

De tels sites et découvertes archéologiques ne sont pas sans rappeler les fouilles effectuées, en avril 2022, sur l’île de la Cité, au sein même de la cathédrale Notre-Dame, et qui ont permis l’exhumation de plusieurs sarcophages oubliés.

Toutes ces fouilles nous prouvent que nous pourrions tirer enfin quelque chose de positif des incessants travaux et chantiers menés par Mme Hidalgo dans Paris, qui conserve peut-être encore de nombreux secrets et histoires concernant notre passé.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/nos-ancetres-les-gallo-romains-une-necropole-decouverte-en-plein-paris/

mercredi 28 décembre 2022

L’archéologie face à la pensée militaire : Bibracte, Gergovie, Taisey...

 Jacques Chirac les qualifiait de "technostructures" ; François Mitterrand, quand il s'est rendu compte qu'il s'était fait piéger (1), avait mis les choses au point dans sa dernière déclaration publique : Le 15/5/95, il accordait au Monde une interview (édition du 29 août), dans laquelle il mettait en exergue l'importance de l'Histoire, véritable culture de l'homme politique, mais il rejettait sur l'historien la responsabilité de l'interprétation... étonnant testament. Ces technostuctures s'expriment dans les médias par la voix ou la plume de journalistes soi-disant qualifiés jusqu'à nier l'évidence.

 L'évidence : oubliées dans les archives de la Bibliothèque Nationale, quatre cartes anciennes nous indiquent les véritables emplacements de Bibracte et de Gergovie. J'en fais état dans mes articles publiés. L'internet en a diffusé des extraits irréfutables que les autorités en poste de responsabilités ne peuvent ignorer. M. Vincent Guichard, archéologue, président du centre archéologique européen, M. Matthieu Poux, archéologue, ne peuvent les ignorer, et pourtant....

Les véritables emplacements de Bibracte et de Gergovie révélés par deux cartes  anciennes - AgoraVox le média citoyen

Sous le A de Auvergne, il faut comprendre que Gergovie désigne deux vignettes, l'une nommée Clermont, c'est la ville de Clermont-Ferrand reconnaissable à son clocher, l'autre, nommée Mont-Ferrand, c'est Le Crest dans son enceinte fortifiée percée d'une porte d'entrée.

Sur la bretelle haute qui va de la Saône à la Loire, depuis l'importante ville de Chalon-sur-Saône, il faut voir une importante position fortifiée "Bibracte"...

Musée de New-York, décoration d'un char d'apparat considéré comme étrusque... Non ! Il s'agit d'un char celte.

A qui d'autres que toi pourrais-je dédier mes écrits, ô toi Héraclès, qui sous le nom de Melqart, partis jadis de Tyr pour porter au monde des océans et des mers la splendeur de ta culture phénicienne. Debout sur ton char celte d'apparat, tu dresses une lance qui perce les cuirasses les plus dures, tandis que les âmes des ancêtres réincarnées dans les alouettes du ciel rongent celles de tes adversaires dont la pointe s'émousse et glisse sur ton casque d'airain.

Sur ton bouclier frappé de deux blasons, j'ai vu surgir le lion de Bibracte (à Mont-Saint-Vincent) et la Gorgone de Gergovie (au Crest). 

À gauche la lune, à droite le soleil, en symboles personnifiés. On peut aussi y voir la nuit et le jour. Les deux divinités présentent l'équipement militaire sacré du guerrier celte : le casque et le bouclier.

En dessous, le grand cerf renversé sur le dos accueille le guerrier courageux mort au combat. La bélier dont on voit la tête, en haut, lui promet la "revie". Morts, nus mais purs, les hommes braves montent au ciel par les couloirs latéraux. Ils y survivent et s'y manifestent en revenant sur terre dans des corps d'alouettes pour soutenir le combat des citoyens combattants qui ont pris la relève.

Les Gaulois ne veulent aller ni dans les tristes royaumes du dieu des profondeurs, ni dans les silencieux séjours de l'Erèbe. Ils disent que le corps-âme vit dans l'autre monde (orbe alio). La mort est une phase intermédiaire avant une longue vie. » Et le poète ajoute : Les Gaulois sont heureux quand la crainte de la mort, la plus terrible de toutes, les talonne. Ils se ruent au combat, l'esprit plein de courage. Leurs âmes sont prêtes à recevoir la mort. Ils savent que leur récompense sera la revie qui sera refusée au poltron. (Lucain : Pharsale, livre II)

Le vase de Vix est l’un des plus extraordinaires témoins de la civilisation de Gergovie.

Voici l'armée de Gergovie ! Voyez comme elle défile dans un ordre impeccable, au rythme d'un seul pas. A un escadron de cavalerie succède une unité d'infanterie, puis un autre escadron de cavalerie, puis une autre troupe d'infanterie, et ainsi de suite ; il n'y a ni début, ni fin. L'armée de Gergovie est une armée innombrable et invincible.

 Admirez la légèreté et la rapidité du quadrige, la maîtrise du cavalier dans la tenue des rênes, la finesse et l'intelligence du cheval ! Derrière, l'infanterie lourde n'est-elle pas impressionnante de muscles, de force et de virilité ?

 Voilà donc ces Gaulois dont on a dit qu'ils combattaient "tout nus". Dressée sur son cône volcanique, voici la déesse Gergovie ! Voici l'image douce, intelligente et souriante de la civilisation ! Dans sa main droite, elle tient une phiale, symbole d'hospitalité ; de la main gauche, elle indique la voie à suivre : une voie toute droite sans compromission ni péché.

Décorant les deux anses du vase, voici encore Gergovie, mais cette fois dans son aspect terrible et effrayant. Voici les serpents de la montagne de la Serre ! Voici les deux pattes arrière de la Gorgone qui serpentent, l’une vers le Puy de la Vache, l’autre vers le Puy de l’Enfer. Elles rampent sur le flanc du cratère dans l’aveuglement de leur instinct, irrésistiblement attirées par les puissances infernales qui leur ont donné naissance. Elles rampent vers le royaume de Pluton d’où elles sont sorties, vers les bouillonnements nauséabonds de la lave en fusion.

                    

Le dragon/serpent (le mal) et la Salamandre (le bien) sont nés des volcans Tous deux se sont incarnés dans le plateau. Et suivant le choix qu’elle fait, Gergovie a deux visages : celui de la Gorgone ou celui de la déesse.Le témoignage de Platon : Poséidon s’étant uni à Clito, la rendit cinq fois enceinte, chaque fois de deux enfants mâles. Il donna à Atlas, le premier-né, le territoire de sa mère (Gergovie/Le Crest et la plaine de la Limagne) et à son jumeau nommé Gadire la contrée qui prit le nom de Gadirique (la région de Cadix en Espagne)... Tous ces fils de Poséidon et leurs enfants demeurèrent dans ce pays pendant plusieurs générations et régnèrent sur beaucoup d’autres îles (la Grande Bretagne etc...) situées dans la mer (l’Océan Atlantique) ; et même, comme je l’ai dit auparavant, ils étendirent leur empire en deçà du détroit jusqu’à l’Égypte et la Tyrrhénie (Critias)... Nos livres nous apprennent quelle puissante armée, Athènes a arrêtée dans sa marche insolente, lorsqu’elle envahissait à la fois l’Europe et l’Asie entière en s’élançant du milieu de la mer Atlantique... En outre, en deçà du détroit, ils (les rois de l’Atlantide) dominaient sur la Libye jusqu’à l’Égypte, et sur l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie. Un jour, cette île, réunissant toutes ses forces, entreprit d’asservir votre pays, le nôtre, et toutes les contrées situées en deçà du détroit (Timée).

3/4/1999, FR3 Bourgogne. Ma thèse fait légèrement sourire au mont Beuvray, simple agitation, juge-t-on ici, d'un amateur peu averti. Dans la communauté scientifique, déclare Vincent Guichard, ça fait belle-lurette que plus personne ne doute. Ça fait au moins 130 ans que plus personne ne doute de la localisation de Bibracte, capitale des Eduens, mentionnée par César à multiples reprises, sur le mont Beuvray. C'est absolument clair.

Wikipédia au sujet des Celtes : Habitat. Les maisons étaient en torchis et en chaume et rarement en pierre, il n'y avait pas de cheminée ni de fenêtre. Différents types de charpentes sont présentées dans le cadre du musée de Bibracte. Selon les archéologues du mont Beuvray, nos ancêtres celtes n'auraient connu l'usage de la pierre taillée et reçu la civilisation qu'à l'arrivée des Romains ! ... et pourtant...

4000 ans avant JC : Chassey-le-camp, position militaire sur un rocher rocailleux infertile qui ne s'explique que parce qu'il s'y trouvait un poste "sentinelle" qui gardait l'entrée d'un pagus pratiquant l'élevage et la culture, au centre duquel trônait un horst rocheux aux qualités défensives exceptionnelles : Mont-Saint-Vincent, véritable Bibracte, forme de lion couché. Les relèves pouvant se faire depuis Chalon. 

Xème siècle avant JC : Chalon-sur-Saône sur les voies de l'étain, à l'âge du bronze ; la tour de Taisey qui domine la ville est-elle une fondation cananéenne de Sephoris, alias Nazareth ? Leur tracés au sol s'inspirent d'une même interprétation astrologique, judaïque, du ciel.

A Mont-Saint-Vincent, la forteresse est-elle une fondation troyenne ? Son oppidum reproduit l'enceinte de la ville de Troie. L'Italie n'a-t-elle pas accueilli le troyen Énée ? Pourquoi d'autres Troyens n'auraient-ils pas choisi de s'installer en Bourgogne ? Il n'est pas absurde qu'ils aient choisi le horst de Mont-Saint-Vincent. Il n'est pas absurde qu'ils y aient reproduit le même ovale de leur enceinte sacrée. Fuyant la répression des Achéens après la chute de leur ville vers les années 1200, cette hypothèse n'est pas plus absurde qu'une autre. Est-ce en contradiction avec l'hypothèse que j'ai faite dans un précédent article sur les origines phéniciennes de notre identité nationale http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-origines-pheniciennes-de-notre-69205. Absolument pas ! Dans mon dernier article, j'ai proposé pour l'arrivée cananéenne une date entre l'an - 965 et l'an - 753. L'an - 965 est la date de la construction du temple de Salomon dont l'église de Mont-Saint-Vincent est la réplique. L'an - 753 est celle de la fondation de Rome. 

VIIème siècle avant JC : Chalon-sur-Saône (tour de Taisey), Nuria, colonie payant tribut aux rois assyriens, de même que Carthage (cf. stèle de Chypre."le prisme d’Assarhaddon"). A Chypre, il existe une liste de rois payant tribut aux Assyriens au VIIème siècle. Or parmi eux, on trouve un roi de « Qartihadashti » et un autre de « Nuria/e ». Ces deux noms soulèvent de sacrés interrogations. Le premier désignerait une hypothétique Carthage située à Chypre dont on a jamais trouvé la moindre trace. Quant au second, on ne sait même pas où le situer. Nous avons peut-être tout simplement affaire ici aux plus anciennes mentions connues de Carthage et de Nuerax !... Nuerax, c'est  Chalon-sur-Saône, tour de Taisey.

660 avant JC, le héros grec Persée portant un chapeau et des bottes ailées, avec la kibisis sur l'épaule, détourne le regard pendant qu'il tue Méduse, représentée ici comme un centaure femelle. Détail d'un pithos orientalisant à reliefs. 

  

... Méduse, c'est Gergovie, le cheval, c'est Chalon-sur-Saône (3)

VIème siècle avant J.C. : Mont-Saint-Vincent/Bibracte a son temple en pierres, copie de celui de Salomon. De même, les principales cités des Gaules. Chapiteaux de style sumérien ?

Hécatée de Millet, historien et géographe grec, évoquant notre région "barbare", ne cite que trois villes : Narbonne, Marseille qu'il situe en Ligurie et, au-delà de Marseille, Nuerax, habitée par les Celtes... Nuerax, Nuria, c'est Chalon-sur-Saône (tour de Taisey), ville des Celtes (Chaldéens).

char dit étrusque de Monteleone daté de — 530, que j'attribue aux Celtes avec ses symboles antropologiques de la lune et du soleil rappelant le dieu lune et le dieu soleil des Assyriens. Daté de l'an 530 av. J.-C., ce char est conservé au Metropolitan Museum of Art (Met) de New York. C'est l'époque des grandes invasions celtes en Italie. Sur environ 300 chars antiques dont l'existence est connue, seul six sont raisonnablement complets ; le char "étrusque" de Monteleone est le mieux préservé et le plus complet de tous.... Voyez les chapiteaux arvernes évoquant les reflets du soleil et de la lune dans les eaux du lac de Gergovie. Voyez le vase de Vix daté de — 520, tout cela vient de Gergovie... Le Crest. 

IVème siècle avant JC : Quand Platon, mort en 346 avant JC, évoque le pays des Atlantes dans son Atlantide, c'est la Gaule de Gergovie et de Nuerax/Taisey qu'il nous décrit : ... avec toutes ces richesses qu’ils tiraient de la terre, les habitants construisirent des temples, des palais pour les rois, des ports, des chantiers maritimes, et ils embellirent tout le reste du pays dans l’ordre que je vais dire...

L'histoire continue :

Au Ier siècle avant JC, 8000 juifs esséniens arrivent en Gaule.
Au Ier siècle avant JC, fresques judaïques de Gourdon.

IVème siècle après JC. En 363, carte de Peutinger. Augustodunum, c'est Bibracte, c'est touiours le Mont-Saint-Vincent. Les principales cités des Gaules ont déjà leur basilique, à l'image de la cathédrale d'Autun. Les villes et même les villages ont leur temple à l'image du temple de Salomon.

Renvois

1.Le 18/9/85, le Président Mitterrand fait sa première grande visite officielle au site du mont Beuvray, entouré de nombreux ministres dont celui de la Culture, Jack Lang. M. Pierre Joxe est présent. Le mont Beuvray est déclaré « site national ». Sur la plaque commémorative, on inscrit la phrase suivante : « Ici s’est faite l’union des chefs gaulois autour de Vercingétorix ». A l’issue de son allocution dans laquelle il appelle les Français à la cohésion nationale, François Mitterrand se recueille face à la grande plaine de l’Histoire comme il aimait le faire depuis la roche de Solutré. Bibracte au mont Beuvray ? Les archéologues ont-ils abusé de la crédulité de l’ancien président de la République, François Mitterrand ?... 

1. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bibracte-au-mont-beuvray-les-219318
2. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-origines-pheniciennes-de-notre-69205.

3.https://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=245433

mardi 13 décembre 2022

Romains ou barbares ? Telle est la question

 

Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César. Tableau de Lionel Royer (1899)
 

Présent dans notre classement des youtubeurs dissidents du dernier numéro d’Éléments, Christopher Lannes réalise des vidéos sur l’histoire qui laissent rarement indifférent. Si nous étions habitués à le voir pourfendre la doxa de gauche en matière historique, force est de constater que sa dernière vidéo déroge à la règle. Son sujet : « Barbares ou civilisation : choisis ton camp ! » C’est là un vieux débat qui a souvent divisé la communauté des historiens – et désormais celle des youtubeurs. Christopher Lannes a choisi son camp : la voie romaine !

ÉLÉMENTS : Pour une surprise, c’en est une : barbares ou civilisés ? Un sujet sensible pour le camp identitaire, inhabituel dans vos productions. Expliquez-nous vos motivations concernant le choix d’un thème si clivant ?

CHRISTOPHER LANNES. C’est en effet le genre de sujet que je n’ai pas pour habitude de traiter, mais ça reste quelque chose dont je voulais parler depuis un moment. Ces dernières années, on a pu constater un retour (ou un recours) au barbare dans les productions culturelles comme dans l’esprit du temps. J’ai donc cherché à analyser cette tendance, en comprendre les raisons profondes, et bien sûr expliquer en quoi il s’agit selon moi d’un mauvais réflexe. Face à notre déclin, certains se cherchent un socle, qu’ils croient trouver dans la figure du barbare. Pour moi, cette pureté originelle, entièrement fantasmée, est illusoire. Nous devons au contraire nous rattacher à nos véritables racines, à savoir celles de la civilisation grecque, romaine, puis catholique et royale.

ÉLÉMENTS : La question des origines romaines ou germaniques de la France est un vieux débat. En 2003, Claude Nicolet, dans un essai, La fabrique d’une nation, retraçant ces querelles entre historiens auxquelles participèrent d’immenses figures comme Theodor Mommsen ou Fustel de Coulanges, revenait sur cette question. Vous semblez pencher, comme dirait Rémi Brague, pour la voie romaine. Pourquoi ?

CHRISTOPHER LANNES. L’Histoire nous le montre ! La Gaule s’est romanisée rapidement, et il n’a jamais fait si bon vivre en Gaule que lorsque celle-ci fut romaine. Cet équilibre parfait entre identité locale et civilisation, le voilà notre socle ! Puis, Clovis a été l’exemple parfait du barbare (certes déjà romanisé) qui fait le choix d’abandonner la tradition des rois incultes et brutaux pour inscrire son peuple dans la civilisation. En se faisant baptiser et en recevant le titre de « patrice des romains », il ne fait pas autre chose que de reprendre la couronne de l’Empire romain d’Occident déchu. Clovis et ses successeurs se voient comme les héritiers de Rome, et c’est pour cela qu’ils ne remettent pas en cause la légitimité de l’empereur – à l’époque Anastase – qui règne en Orient, à Constantinople. De même pour Charlemagne, puis bien plus tard Napoléon, avec le titre impérial. Charlemagne a d’autant plus affirmé ce clivage avec sa (terrible) répression face aux Saxons, païens et barbares, pour mettre fin à leurs raids et pillages incessants. Viendront ensuite les raids vikings qui opposeront, une fois de plus, le monde barbare à celui des bâtisseurs. Nous sommes les héritiers de Rome. Nous l’avons toujours été et nous devons assumer cette identité, la consolider et la défendre.

ÉLÉMENTS : Dans cette vidéo, vous vous faites un ardent défenseur de la civilisation romaine, du « monde des bâtisseurs » comme vous dites. Or, d’autres youtubeurs – comme Baptiste Marchais dans son dernier livre (Instinct primaire, Éditions Hétairie, 2022) – n’hésitent pas à prôner le retour à la loi de la nature (violence, absence d’État) et à un mode de vie présumé être plus proche de celui de nos ancêtres. Y a-t-il, selon vous, un clivage naissant sur ces questions ?

CHRISTOPHER LANNES. Dans ma vidéo, j’explique qu’il ne faut pas totalement renier ce barbare qui sommeille en nous. Il est là, justement, pour nous éviter ce qui est arrivé à l’Empire romain d’Occident, à savoir le confort, la décadence ainsi que sa propre barbarisation progressive. Nous pouvons aujourd’hui constater des symptômes similaires, et les nouveaux barbares qui nous menacent n’ont jamais autant imprégné jusqu’au cœur de nos sociétés. Ils ne sont même plus au limes, ils sont déjà en nos murs ! Face à cela, il ne faut pas nous laisser barbariser, mais au contraire faire le choix de la civilisation, et d’un retour à son essence, afin de ne pas vivre notre propre 476. Nous avons d’ores et déjà un héritage solide et glorieux, guerrier et conquérant. Il est inutile d’aller le chercher chez le barbare, c’est-à-dire par définition : « celui qui n’est pas nous ».

Quant à la critique de l’État, la France est un pays qui ne s’est structuré que par la puissance de l’État, qui n’existe en tant que nation qu’à travers lui. Là aussi, nous sommes les héritiers de la lente structuration de l’État par les Capétiens, puis de la centralisation d’Ancien Régime. La France s’est faite ainsi. Ce qui n’enlève rien au fait que, depuis la Révolution, le jacobinisme a poussé cette centralisation à son paroxysme, et nous en vivons effectivement les tristes conséquences aujourd’hui. De puissant et fédérateur, l’État est devenu totalitaire et parasite.

ÉLÉMENTS : Aussi, vous mentionnez le livre de Sylvain Durain, La fin du sacré ou le retour du sacrifice humain (Éditions La Nouvelle Librairie, 2022), pour marquer votre critique concernant cet attrait nouveau pour les mythologies païennes – notamment nordiques et germaniques dans ce cas. Comment analysez-vous cette recherche identitaire dans les racines « lointaines et profondes » de l’Europe ?

CHRISTOPHER LANNES. C’est une fois de plus une réaction à notre déclin brutal. Celui de l’Occident comme, en ce qui concerne le retour au paganisme, celui du catholicisme. Aujourd’hui la société semble vidée de son sens. Ainsi, nombreuses sont les tentations de se trouver des repères parmi des ancêtres lointains et primitifs. Pour moi, c’est un effet de réaction qui nous éloigne de nos vraies racines, celles de la civilisation. Celles de Rome.

ÉLÉMENTS : Vous vantez, à plusieurs reprises, le rôle capital du christianisme pour la construction de notre identité en tant que Français héritiers de Rome. Pensez-vous que le retour d’un christianisme « fort » soit souhaitable pour enrayer le déclin de notre pays ?

CHRISTOPHER LANNES. Il est évident que, depuis Vatican II, le catholicisme, qui avait déjà eu fortement à souffrir de la Révolution, puis de la IIIe République, s’est tiré une balle dans le pied. En souhaitant s’ouvrir à la modernité, il s’est vidé de tout son sacré, de son âme, et a perdu en force. C’est d’autant plus problématique que nous faisons face aujourd’hui à un islam fort et conquérant. Or, la « laïcité » comme les « valeurs de la République » ne sont que des concepts abstraits et ne suffisent pas à maintenir une unité. On n’oppose pas le vide à une force en mouvement. Le retour à un catholicisme traditionnel, assumé et viril serait évidemment la solution. Malheureusement, ce n’est pas le chemin que semble avoir choisi l’Église actuelle…

ÉLÉMENTS : Depuis le début du conflit russo-ukrainien, beaucoup d’occidentalistes ont pris de l’assurance. Ainsi nous voyons toute une partie de la droite identitaire, dont certains youtubeurs, suivre cette pente et glisser dans le camp de l’« otano-occidentalisme ». Cette dérive vous semble-t-elle compatible avec votre vision d’un Occident en lien direct avec l’image, l’histoire et la civilisation développée autour de Rome ?

CHRISTOPHER LANNES. Il est vrai que ce conflit semble avoir marqué une rupture, de la part de la droite identitaire, avec la Russie. Et c’est très encourageant ! En bon napoléonien, je n’ai jamais été un fervent partisan de la Russie. Certes, nous avons tous pu envier le charisme et l’incarnation du pouvoir de Vladimir Poutine, surtout sous le mandat de François Hollande ! Mais de là à se revendiquer pro-russe, c’est une absurdité, aussi bien historique que géopolitique. Les Russes ne sont pas nos amis ! D’ailleurs, un État n’a pas d’amis. Sur ce plan, je me situe sur une ligne gaullienne, à savoir qu’il est question aujourd’hui pour la France d’incarner une troisième voie. Et quand bien même les États-Unis font partie de l’Occident, je ne suis pas non plus favorable à l’idée de nous jeter dans les bras asservissants de l’OTAN pour devenir, à l’instar de l’Angleterre ou de l’Allemagne, leur valet sur le continent. De Gaulle a refusé l’AMGOT (le gouvernement militaire d’occupation constitué par des officiers américano-britanniques) pour ces raisons. Les alliances géopolitiques sont une question de circonstances. Nous ne devons être ni russolâtres, ni américanolâtres. Soyons Français avant tout, et fiers d’être les héritiers de cette civilisation.

© Illustration : Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César. Tableau de Lionel Royer (1899).

Lien vers la vidéo de Christopher Lannes « Barbares ou civilisation : choisis ton camp ! »

https://www.revue-elements.com/romains-ou-barbares-telle-est-la-question/

vendredi 4 novembre 2022

Ecologie et spiritualité : Jules César et la destruction de la forêt gauloise – par Nicolas Bonnal

 

La destruction du monde ne date pas d’hier. La destruction des bois et des forêts a été maintes fois commentée dans l’Antiquité, notamment par Ovide.

« Les pins abattus sur les montagnes n’étaient pas encore descendus sur l’océan pour visiter des plages inconnues. Les mortels ne connaissaient d’autres rivages que ceux qui les avaient vus naître. Les cités n’étaient défendues ni par des fossés profonds ni par des remparts. »

L’âge d’or: quand on ne touche pas aux forêts? 

Car l’âge d’or, c’est quand on ne touche pas aux forêts. La dimension sacrée, si présente dans la Norma de Bellini, est aussi soulignée par Tacite dans sa Germanie. J’évoquerai les splendeurs d’Ovide une autre fois (c’est le poète qu’on nous fit le plus rater à l’école…).

Grâce à une page de l’historien des celtes Venceslas Kruta, j’ai enfin découvert la Pharsale de Lucain, rival et martyr de Néron. Comme chez Tolkien, on y trouve un bois sacré que va détruire César. Il est situé près de Massilia, ville alors phocéenne et prestigieuse pour sa résistance à César.

La forêt sacrée évoquée par Lucain

Je laisse la parole à Lucain (Pharsale, chant III, vers 400-430 environ) : « Non loin de la ville était un bois sacré, dès longtemps inviolé, dont les branches entrelacées écartant les rayons du jour, enfermaient sous leur épaisse voûte un air ténébreux et de froides ombres. Ce lieu n’était point habité par les Pans rustiques ni par les Sylvains et les nymphes des bois. Mais il cachait un culte barbare et d’affreux sacrifices. Les autels, les arbres y dégouttaient de sang humain ; et, s’il faut ajouter foi à la superstitieuse antiquité, les oiseaux n’osaient s’arrêter sur ces branches ni les bêtes féroces y chercher un repaire ; la foudre qui jaillit des nuages évitait d’y tomber, les vents craignaient de l’effleurer. Aucun souffle n’agite leurs feuilles ; les arbres frémissent d’eux-mêmes. »

La forêt est fascinante et périlleuse. Mais vivante.

Lucain poursuit : « Des sources sombres versent une onde impure ; les mornes statues des dieux, ébauches grossières, sont faites de troncs informes ; la pâleur d’un bois vermoulu inspire l’épouvante. L’homme ne tremble pas ainsi devant les dieux qui lui sont familiers. Plus l’objet de son culte lui est inconnu, plus il est formidable. »

Chez Dante aussi il y a des arbres qui saignent en enfer. Je cite mon livre sur Tolkien : 

« Comme on aura compris, Dante arrive donc avec Virgile dans une forêt très obscure (nous sommes au chant XIII de l’Enfer). Dans un univers encore plus terrifiant, il dialogue avec des arbres, et il comprend le drame sanglant de ces troncs qui sont des âmes de suicidés punis : « Ainsi que le bois vert pétille au milieu des flammes, et verse avec effort sa sève qui sort en gémissant, de même le tronc souffrant versait par sa blessure son sang et ses plaintes. Immobile, et saisi d’une froide terreur, je laisse échapper le rameau sanglant… Quand une âme furieuse a rejeté sa dépouille sanglante, le juge des Enfers la précipite au septième gouffre : elle tombe dans la forêt, au hasard ; et telle qu’une semence que la terre a reçue, elle germe et croît sous une forme étrangère. Arbuste naissant, elle se couvre de rameaux et de feuilles que les harpies lui arrachent sans cesse, ouvrant ainsi à la douleur et aux cris des voies toujours nouvelles… Chacune traînera sa dépouille dans cette forêt lugubre, où les corps seront tous suspendus : chaque tronc aura son cadavre (chant XIII de l’Enfer)… »

On repart sur Lucain (toujours cet étonnant chant III de la Pharsale) : « Les antres de la forêt rendaient, disait-on, de longs mugissements ; les arbres déracinés et couchés par terre se relevaient d’eux-mêmes ; la forêt offrait, sans se consumer, l’image d’un vaste incendie ; et des dragons de leurs longs replis embrassaient les chênes. Les peuples n’en approchaient jamais. Ils ont fui devant les dieux. Quand Phébus est au milieu de sa course, ou que la nuit sombre enveloppe le ciel, le prêtre lui-même redoute ces approches et craint de surprendre le maître du lieu. »

On a ainsi les dragons et l’Apollon hyperboréen.

Sacrilège Jules César

Mais survient César (lisez la Vie de Suétone pour rire un peu de lui). Il va agir comme le Saroumane de Tolkien, comme un agent du Mordor : « Ce fut cette forêt que César ordonna d’abattre, elle était voisine de son camp, et comme la guerre l’avait épargnée, elle restait seule, épaisse et touffue, au milieu des monts dépouillés. »

Les hommes de César hésitent car on respecte alors encore un peu la forêt.

« À cet ordre, les plus courageux tremblent. La majesté du lieu les avait remplis d’un saint respect, et dès qu’ils frapperaient ces arbres sacrés, il leur semblait déjà voir les haches vengeresses retourner sur eux-mêmes. »

César prend même le risque de défier les divinités et de se maudire pour détruire le bois sacré : « César voyant frémir les cohortes dont la terreur enchaînait les mains, ose le premier se saisir de la hache, la brandit, frappe, et l’enfonce dans un chêne qui touchait aux cieux. Alors leur montrant le fer plongé dans ce bois profané : “Si quelqu’un de vous, dit-il, regarde comme un crime d’abattre la forêt, m’en voilà chargé, c’est sur moi qu’il retombe”. Tous obéissent à l’instant, non que l’exemple les rassure, mais la crainte de César l’emporte sur celle des dieux. »

On a détruit la littérature latine à l’école….

Lucain oublie les sacrifices humains et redevient lyrique : « Aussitôt les ormes, les chênes noueux, l’arbre de Dodone, l’aune, ami des eaux, les cyprès, arbres réservés aux funérailles des patriciens, virent pour la première fois tomber leur longue chevelure, et entre leurs cimes il se fit un passage à la clarté du jour. Toute la forêt tombe sur elle-même, mais en tombant elle se soutient et son épaisseur résiste à sa chute. À cette vue tous les peuples de la Gaule gémirent… le laboureur consterné vit dételer ses taureaux, et, obligé d’abandonner son champ, il pleura la perte de l’année. »

Mais le destin malheureux de la forêt sacrée est de toute manière fait de destruction : « Les bois sacrés tombent, dit Lucain, et les forêts sont dépouillées de leur force… » (Procumbunt nemora et spoliantur robore silvae)

Notre Ronsard s’en souviendra à sa gentille manière scolaire (Écoute bûcheron…).

On citera le magicien Tacite pour terminer : « Emprisonner les dieux dans des murailles, ou les représenter sous une forme humaine, semble aux Germains trop peu digne de la grandeur céleste. Ils consacrent des bois touffus, de sombres forêts ; et, sous les noms de divinités, leur respect adore dans ces mystérieuses solitudes ce que leurs yeux ne voient pas » (« lucos ac nemora consecrant, deorumque nominibus appellant secretum illud, quod sola reverentia vident… »).

Il y a la destruction de la forêt gauloise, et aussi de la littérature romaine à l’école…

Bibliographie

Bonnal – Le salut par Tolkien, Avatar, p. 96.

Dante – Enfer, chant XIII.

Kruta – Les Celtes, histoire et dictionnaire, « Bouquins » Robert Laffont.

Lucain – La Pharsale, III (sur Remacle.org).

Ovide – Les métamorphoses, I (ebooksgratuits.com).

Suétone – Vie de César (sur Wikisource).

Tacite – Germanie, IX.

https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/11/03/ecologie-et-spiritualite-jules-cesar-et-la-destruction-de-la-foret-gauloise-par-nicolas-bonnal/