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jeudi 16 avril 2026

Géopolitique du chaos contrôlé: théorie des jeux, empires en déclin et longue marche vers un monde multipolaire

 

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par Mario Pietri

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32736-mari...

Il existe un fil rouge – subtil mais implacable – qui relie le langage apparemment erratique de la politique étrangère américaine contemporaine, la posture stratégique de la Russie dans la guerre d’usure en Ukraine et la tension systémique croissante qui traverse les voies énergétiques mondiales: ce fil, c’est la théorie des jeux appliquée à la géopolitique de l’effondrement.

La leçon du professeur chinois Jiang Xueqin (photo), expert en stratégies prédictives – ou, pour employer une définition plus fidèle à sa pensée, selon une sorte de « psycho-historien » contemporain mêlant théorie des jeux, cycles historiques et intuitions systémiques – ne part pas de slogans mais d’un postulat structurel: ce qui apparaît comme du chaos est souvent une forme sophistiquée de rationalité non linéaire, une séquence de mouvements qui, observés à court terme, semblent incohérents, mais qui, sur le long terme, dessinent une tentative délibérée de repositionnement systémique. Dans cette optique, la politique de Donald Trump envers l’Iran – depuis les menaces explicites de ramener le pays « à l’âge de pierre » jusqu’à la possibilité, évoquée à plusieurs reprises, d’une invasion terrestre malgré les limites opérationnelles évidentes (environ 50.000 hommes sur le théâtre d’opérations du Moyen-Orient, dans un contexte géographique extrêmement favorable à la guérilla) – ne serait pas le fruit d’une impulsivité, mais d’une stratégie disruptive: briser les chaînes d’approvisionnement mondiales pour les reconstruire autour du périmètre nord-américain, notamment par un recours délibéré à la déstabilisation comme levier systémique.

Le point névralgique, dans ce schéma, est le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial: sa déstabilisation n’affecte pas seulement le Moyen-Orient, mais génère un choc systémique qui touche le Japon (dépendant à plus de 75% des importations énergétiques du Moyen-Orient), l’Inde, l’Europe et même la Chine elle-même.

Ce n’est pas un hasard si des institutions financières telles que J.P. Morgan ont envisagé des scénarios d’épuisement des stocks mondiaux en l’espace de quelques semaines en cas d’escalade. À cela s’ajoute une crise moins visible mais tout aussi stratégique: celle des engrais (phosphates, urée, soufre), sans lesquels la production agricole mondiale subit des contractions immédiates, et celle de l’hélium et du soufre industriel, éléments clés pour les semi-conducteurs et les infrastructures d’IA, dont les besoins croissent de manière exponentielle alors même que les conditions matérielles pour les satisfaire commencent à se détériorer.

Dans ce contexte, la logique devient claire: détruire l’interdépendance mondiale pour reconstruire une dépendance sélective. Si le Moyen-Orient cesse d’être une plaque tournante stable, le monde est contraint de se tourner vers ceux qui possèdent des ressources alternatives et des capacités logistiques: l’Amérique du Nord et la Russie. C'est là qu'intervient le paradoxe stratégique américain: un pays dont la dette publique a dépassé les 39.000 milliards de dollars ne peut survivre que si le reste du monde continue à financer cette dette en achetant des bons du Trésor. Mais pourquoi le faire? La réponse, selon le professeur, est brutale: parce qu'il n'y a pas d'alternative, si l'accès aux ressources fondamentales passe par Washington, même si cela implique une subordination économique croissante pour les alliés et les partenaires.

C'est la transition d'un ordre fondé sur la finance vers un ordre fondé sur les ressources, l'industrie manufacturière et le contrôle des chaînes logistiques. Le « Nouvel Ordre Mondial » post-1991 – celui de George H.W. Bush, de la mondialisation financière, du multiculturalisme et de la sécurité garantie par les États-Unis – est progressivement remplacé par une vision néo-souverainiste, ancrée dans l’identité, l’autosuffisance et la préparation à un conflit prolongé. Le paradigme MAGA, dans cette lecture, n’est pas seulement un slogan électoral, mais un projet de reconfiguration impériale.

Parallèlement, la Russie évolue sur un axe convergent mais autonome. La guerre en Ukraine n’est pas conçue comme un conflit rapide, mais comme une guerre d’usure destinée à durer 10 ou 20 ans, un laps de temps suffisant pour transformer l’économie russe en un système pleinement militarisé et résilient. Moscou a déjà démontré une remarquable capacité d’adaptation: d’importateur de drones iraniens à exportateur vers Téhéran, dans un cycle de production qui alimente le conflit lui-même.

Cette stratégie trouve ses racines dans la pensée géopolitique d’Alexandre Douguine et dans la doctrine de la «Troisième Rome»: une idée de civilisation alternative à l’Occident libéral, fondée sur la cohésion, la religion et l’identité.

Alors que l’Occident est perçu comme pris au piège de crises internes – sociales, politiques et culturelles –, la Russie se présente comme le noyau d’un bloc autosuffisant, capable d’intégrer des ressources énergétiques, agricoles (l’Ukraine représente environ un tiers de la production mondiale de blé selon certaines estimations agrégées) et industrielles, en construisant une plateforme de résilience tournée davantage vers l’Orient que vers l’Occident.

Voilà pour la thèse du professeur: deux empires qui, conscients de la fin de l’ordre mondial actuel, se préparent à survivre en construisant des « forteresses » autosuffisantes, avec la possibilité – et c’est là le point le plus controversé – d’une convergence tactique entre les États-Unis et la Russie pour contenir l’ascension de la Chine.

Mais c’est précisément sur ce point que s’impose une lecture dialectique.

L’idée d’un réalignement russo-américain se heurte à une réalité qui apparaît de plus en plus évidente : l’irréversibilité du déclin systémique des États-Unis. Il ne s’agit pas d’une évaluation idéologique, mais d’une succession de données structurelles. Sur le plan international, Washington a progressivement érodé sa crédibilité: de l’expansion de l’OTAN malgré des engagements informels contraires, aux guerres fondées sur des hypothèses qui se sont révélées infondées (Irak 2003), jusqu’à l’utilisation sélective des sanctions comme arme géopolitique. Dans ce contexte, tout accord avec les États-Unis est perçu par Moscou comme intrinsèquement instable.

Sur le plan militaire, le discours sur l’invincibilité a été ébranlé par une série d’événements: la vulnérabilité des bases stratégiques, les difficultés des systèmes antimissiles face à des attaques ciblées, et une exposition logistique croissante dans des scénarios complexes. L'hypothèse d'une invasion terrestre de l'Iran, avec un territoire vaste et montagneux et une population hautement mobilisable, ne constituerait pas une démonstration de force, mais le risque concret d'un désastre stratégique, avec des effets internes potentiellement dévastateurs pour une société déjà traversée par des tensions latentes.

Les fragilités internes sont encore plus importantes. L’autosuffisance énergétique américaine, souvent proclamée, est remise en question par l’épuisement progressif des gisements de pétrole de schiste, dont la durabilité est estimée à quelques années seulement pour de nombreux bassins.

Sur le plan agricole, les données indiquent des niveaux de semis à leur plus bas niveau historique depuis 1912, un signe inquiétant pour un pays qui a également fondé sa sécurité sur les exportations alimentaires.

À cela s’ajoutent une tension sociale croissante, qui pourrait être exacerbée par un conflit extérieur prolongé, et une pression financière qui limite les investissements dans des secteurs critiques tels que l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques, alors même que les capitaux étrangers – notamment en provenance du Golfe – commencent à se réduire, notamment en raison de dynamiques internes telles que le ralentissement du marché immobilier à Dubaï et une prudence croissante dans les investissements à forte intensité énergétique comme les centres de données.

Dans le même temps, la Chine a consolidé une supériorité industrielle difficilement rattrapable à court terme, tandis que le système BRICS s’apprête à offrir une alternative structurée à la domination du dollar, fondée sur des ressources réelles et sur une intégration financière progressive qui pourrait réduire drastiquement la demande mondiale de dette américaine, ouvrant des scénarios de redimensionnement pour les États-Unis, non plus en tant que puissance hégémonique mondiale, mais en tant que puissance régionale forte mais contenue.

Dans ce scénario, la conclusion apparaît clairement: la Russie n’a aucun intérêt stratégique à s’allier à un empire perçu comme en déclin et structurellement instable. Au contraire, la convergence avec la Chine – déjà évidente dans les flux énergétiques, les infrastructures et la coopération technologique – représente une option bien plus solide.

C'est là que se dessine le véritable horizon systémique: un monde multipolaire tiré par les BRICS, dans lequel la domination du dollar est progressivement érodée par un nouveau système financier, potentiellement ancré dans des ressources réelles (l'or en premier lieu) et soutenu par la centralité de la monnaie chinoise. Une sorte de «nouveau Bretton Woods», qui ne repose plus sur la confiance dans l'hégémonie américaine, mais sur la convergence des intérêts entre les économies émergentes.

Dans ce rééquilibrage, l’Europe apparaît comme le maillon faible: dépourvue d’autonomie énergétique, dépendante sur le plan militaire, et surtout liée à une posture idéologique anti-russe qui a produit des effets contraires aux intérêts économiques du continent. L'abandon du gaz russe à bas prix a accéléré la perte de compétitivité industrielle, tandis que la conviction – quasi aveugle – d'une possible défaite russe et d'un accès à ses ressources semble de plus en plus éloignée de la réalité.

Dans un contexte de crise des chaînes d'approvisionnement, l'Europe risque d'être parmi les premières régions à subir des chocs systémiques, aux côtés de l'Asie du Sud-Est, fortement dépendante des importations énergétiques, de l'Afrique du Nord, exposée à des crises alimentaires et hydriques, et de vastes régions d'Afrique subsaharienne qui se trouvent déjà aujourd'hui dans une situation de fragilité structurelle. L'Amérique latine se retrouvera elle aussi divisée entre les pays exportateurs de ressources – potentiellement avantagés – et les pays importateurs, qui subiront de graves répercussions.

Les conséquences ne se limiteront pas aux secteurs traditionnels: la crise affectera également en profondeur l'économie immatérielle. L'intelligence artificielle, qui nécessite une énergie abondante, des matières premières critiques et des infrastructures sophistiquées, pourrait ralentir considérablement; la logistique mondiale, déjà mise à rude épreuve, subira de nouvelles perturbations; le tourisme – secteur vital pour de nombreuses économies européennes, y compris l'économie italienne – sera parmi les premiers à se contracter en cas d'instabilité généralisée. Des secteurs industriels européens entiers, de la chimie à la fabrication de pointe, sont aujourd’hui particulièrement exposés.

Dans ce contexte, attribuer à Trump une génialité stratégique totale semble problématique: ses comportements présentent des traits évidents de narcissisme et d’irrégularité dans la prise de décision. Il serait toutefois réducteur d’interpréter ce phénomène comme un pur hasard. Il est plus plausible de penser qu’il existe derrière son action une mise en scène systémique, expression d’intérêts profonds qui utilisent son imprévisibilité comme un instrument de déstabilisation contrôlée, fonctionnant à la redéfinition des équilibres mondiaux.

Le Moyen-Orient, dans ce scénario, reste le point le plus instable. Israël est confronté à un possible changement de paradigme: une réduction de la présence américaine pourrait se traduire par une perte de supériorité stratégique, rendant nécessaire une remise en question de sa posture, peut-être vers des formes d’équilibre régional plus pragmatiques.

Les pays du Golfe, quant à eux, traversent une phase de transition silencieuse, entre des signes de tension sur les marchés immobiliers et un repositionnement des investissements, avec des répercussions directes possibles sur la capacité américaine à financer sa dette et à soutenir son infrastructure technologique.

Pour l’Italie, tout cela se traduit par une nécessité qui ne peut plus être reportée: un changement radical d’approche. Pays manufacturier, dépendant des exportations, fragile sur le plan énergétique et fortement exposé au tourisme, elle ne peut se permettre de rester ancrée dans des schémas idéologiques ou des stratégies non alignées sur ses intérêts matériels. Il faut un retour à la réalité, une révision en profondeur des élites et des priorités stratégiques, et surtout l’abandon de l’illusion selon laquelle l’avenir passe par la défaite de la Russie plutôt que par une redéfinition pragmatique des relations eurasiennes.

Il reste toutefois une variable qui pèse sur toute analyse rationnelle: le risque existentiel lié à des décisions irrationnelles. Un empire en déclin peut, historiquement, choisir la voie de la destruction plutôt que celle de l’adaptation. L’hypothèse d’une opération terrestre en Iran, déjà discutée au plus haut niveau, ou le recours à des doctrines extrêmes telles que la soi-disant «option Samson» au Moyen-Orient, représentent des scénarios qui échappent à la logique linéaire de la théorie des jeux et ouvrent la porte à des issues catastrophiques.

Voici donc le paradoxe final: alors que les grandes puissances agissent comme des acteurs rationnels dans une partie à long terme, la possibilité d’un coup irrationnel – une erreur, un excès d’orgueil, une décision prise sous pression – reste le seul facteur capable de réduire à néant la partie elle-même.

En d’autres termes, le monde ne change pas simplement d’ordre: il entre dans une phase où la rationalité stratégique et le risque d’effondrement coexistent dans un même espace, comme les deux faces d’une même pièce géopolitique instable.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/04/15/geopolitique-du-chaos-controle-theorie-des-jeux-empires-en-declin-et-longue.html

mercredi 8 avril 2026

Géopolitique de la troisième guerre mondiale

 

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Alexandre Douguine

De nombreux analystes avancent actuellement l’hypothèse que la troisième guerre mondiale a déjà commencé et que nous en sommes à sa première phase. Que ce soit vrai ou non, nous le saurons dans un avenir proche, mais supposons pour l’instant que cette hypothèse est fondée et tentons d’en examiner les contours géopolitiques.

La signification de la troisième guerre mondiale réside dans un changement radical de toute l’architecture de la politique mondiale. Les institutions internationales existantes depuis longtemps ne correspondent plus à la réalité. Elles sont toujours structurées selon la logique du système de Westphalie et du monde bipolaire. Le modèle de Westphalie repose sur la reconnaissance de la souveraineté de tous les États reconnus au niveau international. L’ONU est bâtie sur le même principe.

Cependant, dans la pratique, au cours des cent dernières années, le principe de souveraineté est devenu une pure hypocrisie. Dans les années 1930, en Europe, un système s’était formé où seuls trois forces étaient souveraines, et de manière strictement idéologique : 1) l’Occident bourgeois-capitaliste (Grande-Bretagne, États-Unis, France, etc.) ; 2) l’URSS communiste ; 3) les pays de l’Axe, avec une idéologie fasciste.

Une telle situation a perduré après la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais un seul de ces pôles idéologiques — le fasciste — a disparu. Cependant, les deux autres — capitaliste et socialiste — se sont renforcés et étendus. Mais là encore, aucun État-nation en soi n’était souverain. Certains étaient dirigés depuis Moscou, d’autres depuis Washington. Le mouvement de non-alignement oscillait entre ces deux pôles.

L’auto-dissolution du Pacte de Varsovie et l’effondrement de l’URSS ont éliminé le bipolarisme, et à partir de ce moment, seul les États-Unis ont été porteurs de la souveraineté. L’ONU et le modèle de Westphalie sont devenus de simples paravents de l’hégémonie mondiale. Ainsi est apparu un monde unipolaire.

Dès les années 1990, il est devenu évident qu’il fallait revoir le droit international au profit soit d’un gouvernement mondial (version libérale de la fin de l’histoire selon Francis Fukuyama), soit d’une hégémonie occidentale directe (les néoconservateurs américains). Les pays européens ont suivi le scénario du gouvernement mondial, en cédant leur souveraineté en faveur de l’UE, en tant qu’étape préparatoire à celui-ci. À leur tour, il a été suggéré discrètement à tous les autres de se préparer à la même chose.

Cependant, au début des années 2000, une nouvelle tendance a émergé: la volonté de restaurer la souveraineté en Russie et en Chine. Moscou et Pékin ont tendu vers la réalisation de la souveraineté non plus comme une fiction, mais comme une réalité. C’est ainsi que la multipolarité s’est manifestée. Désormais, il était proposé que les porteurs de la souveraineté deviennent des États-civilisations — aussi bien déjà constitués (Russie, Chine, Inde) que potentiels (monde islamique, Afrique, Amérique latine). Et c’est ainsi qu’ils se sont constitués en BRICS.

En conséquence — le projet unipolaire est entré en collision avec le multipolaire. Tant les globalistes que les néoconservateurs s’opposaient au multipolarisme. Le potentiel de conflit était évident, et les anciennes normes et règles, encore issues des périodes géopolitiques précédentes, n’étaient plus applicables.

Il n’importe pas de savoir si la troisième guerre mondiale a déjà commencé ou non, mais sa teneur géopolitique est claire : c’est une guerre entre l’unipolarité et le multipolarisme pour une nouvelle architecture mondiale, pour la répartition des centres de décision souverains — soit uniquement à l’Ouest, soit parmi les États-civilisations en pleine montée en puissance.

Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche pour un second mandat en 2024 avec un programme qui laissait penser qu’il adopterait le multipolarisme : refus des interventions, critique des globalistes, conflit direct avec les libéraux, attaques virulentes contre les néoconservateurs, concentration sur les problèmes intérieurs des États-Unis, appel à revenir aux valeurs traditionnelles — tout cela laissait penser que Trump et son administration prendraient partie pour le multipolarisme, tout en cherchant à assurer aux États-Unis des positions aussi avantageuses que possible dans cette nouvelle configuration.

Cependant, très vite, l’administration américaine a commencé à se rapprocher des néoconservateurs et à s’éloigner de sa position initiale. Par la suite, elle a soutenu le génocide à Gaza, poursuivi l’approvisionnement de Kiev en renseignements, capturé Maduro, préparé une invasion de Cuba, et enfin déclaré la guerre à l’Iran avec l’assassinat des dirigeants politiques de la République islamique d’Iran.

La troisième guerre mondiale a été déclenchée par les États-Unis dans le contexte de la préservation, du renforcement et même de l’affirmation définitive du modèle unipolaire de l’ordre mondial. On propose à tous les autres d’être soit des vassaux obéissants, soit des ennemis. C’est avec ces adversaires du monde unipolaire que Washington mène cette troisième guerre mondiale. En jeu, il y a la souveraineté. Il n’existe pas encore une seule puissance capable de faire face de manière symétrique aux États-Unis, c’est pourquoi ceux-ci déploient des actions militaires sur plusieurs fronts simultanément.

Le premier front de cette guerre du monde unipolaire contre un monde multipolaire est l’Ukraine. Cette guerre a été provoquée par les néocons dès l’époque d’Obama, et ce sont surtout les globalistes qui y ont pris part, voyant en la Russie non seulement un obstacle géopolitique à l’établissement d’un gouvernement mondial, mais aussi une menace idéologique. Trump a hérité cette guerre, et il ne s’en réjouit pas vraiment (la Russie étant une puissance nucléaire avec une idéologie conservatrice, contre laquelle le président américain n’a rien à redire). Mais Moscou n’est manifestement pas prête à reconnaître sa vassalité envers Washington, insistant sur la souveraineté et la multipolarité, ce qui est incompatible avec l’hégémonie unipolaire. Quoi qu’il en soit, Washington continue de soutenir le régime de Kiev, tout en transférant l’initiative aux pays européens de l’OTAN, pour lesquels ce conflit revêt un caractère à la fois essentiel et idéologique. Ce front demeure important, et plus Moscou défend sa souveraineté, plus Washington sera dur avec la Russie.

Le deuxième front des États-Unis concerne l’hémisphère occidental: l’enlèvement de Maduro et la prise de contrôle du Venezuela, la préparation d’une invasion de Cuba, des actions contre les cartels au Mexique, en Colombie, en Équateur, etc. En substance, c’est une guerre contre toute l’Amérique latine dès lors qu’un pays tente de résister au diktat direct des États-Unis.

Le troisième front, actuellement à la phase la plus intense, est l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, qui a enflamé tout le Moyen-Orient. Cela inclut également la poursuite des opérations militaires de Tel-Aviv à Gaza, au Liban, au Yémen, ainsi que la refonte de toute la carte du Moyen-Orient.

En substance, l’Occident mène actuellement une guerre simultanée contre trois pôles du monde multipolaire (Russie, monde islamique, Amérique latine). À l’ordre du jour, l’ouverture d’un quatrième front — dans le Pacifique. Le conflit avec la Chine est inévitable selon la logique globale des changements en cours dans la politique mondiale.

L’Inde — un autre État-civilisation — adopte encore une position fluctuante et, en raison des contradictions avec la Chine et le Pakistan, penche vers les États-Unis et Israël. Mais pour jouer le rôle de vassal docile, l’Inde, avec son potentiel, ne semble guère adaptée, d’autant plus que la multipolarité constitue la ligne officielle de son gouvernement.

Ainsi, la carte de la géopolitique de la troisième guerre mondiale est esquissée dans ses grandes lignes. La faction du monde unipolaire y est représentée par les États-Unis, l’Occident dans son ensemble et leurs vassaux, y compris le Japon et la Corée du Sud en Extrême-Orient. Ils se battent selon deux scénarios qui ne sont pas totalement identiques: le mondialisme (l’UE et le Parti démocrate des États-Unis) et l’hégémonie américaine directe (les néocons).

Par ailleurs, Netanyahu a dans cette configuration ses propres plans autonomes pour la construction d’un grand Israël, ce qui est difficilement conciliable avec le mondialisme libéral, mais tout à fait soutenu par la Maison-Blanche, les néocons et les chrétiens sionistes. Cependant, dans l’ensemble, cette coalition reste relativement solidaire face au monde multipolaire et, à mesure que l’escalade augmente, elle sera contrainte d’agir de plus en plus de manière unie, en laissant les contradictions internes pour plus tard.

Le camp du monde multipolaire est beaucoup plus dispersé. Ses principaux centres sont la Russie et la Chine. La Russie mène déjà sa guerre en Ukraine, tandis que la Chine évite pour l’instant une confrontation directe. Le monde islamique est divisé, une partie des pays musulmans étant sous contrôle total des États-Unis. L’Iran et le monde chiite en général sont les plus radicaux, ils sont en première ligne de la confrontation contre l’Occident, mais les Iraniens ne comprennent pas encore totalement que d’autres fronts de cette guerre, notamment l’Ukraine, les touchent directement.

La direction de la RPDC comprend parfaitement la situation géopolitique globale, étant la plus ouverte à soutenir la Russie dans la confrontation contre l’Occident sur le front ukrainien.

L’Amérique latine est également fragmentée. Le gouvernement de Lula au Brésil penche vers la multipolarité, tandis que le régime de Milei en Argentine soutient, au contraire, l’axe américano-israélien.

En Afrique, la multipolarité est la plus fortement ressentie par les pays de l’Association du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger). La position leur est proche, tout comme celle de l’Afrique du Sud, de la Centrafrique, de l’Éthiopie et de certains autres pays. Mais aucun d’eux ne possède une position consolidée.

L’Inde adopte une position neutre — d’un côté, en tant que membre du bloc multipolaire, et de l’autre, en raison de ses relations étroites avec les États-Unis et Israël.

Globalement, les forces unipolaires, malgré toutes leurs contradictions internes, sont plus consolidées et ont une vision plus claire de contre qui, pour quels intérêts et quelles valeurs elles combattent. La divergence de priorités et même de visions sur le modèle final de l’ordre mondial souhaité par l’Occident — les États-Unis — ne constitue pas un obstacle à leur stratégie commune, à leur coopération étroite dans le domaine du renseignement, à l’échange de technologies militaires, etc.

De leur côté, le camp multipolaire est beaucoup plus dispersé. Même les pays directement attaqués par l’Occident unipolaire ne se précipitent pas pour intégrer leur potentiel ni pour soutenir directement les autres.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/04/06/geopolitique-de-la-troisieme-guerre-mondiale.html

mardi 13 janvier 2026

La Russie lance sa deuxième frappe Oreshnik contre l’Ukraine, et Martyanov publie une «carte du partage tripolaire»

 

par Alfredo Jalife-Rahme

La carte, publiée par Andrei Martyanov, proche de l’armée russe, laisse pantois. Les présidents Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping se seraient partagés le monde lors de la conférence de Yalta-2 à Anchorage (Alaska), le 15 août 2025. Si les États-Unis auraient pris l’ensemble du continent américain de l’Alaska à la Patagonie, plus le Groenland et l’Islande ; la Russie aurait pris tout le continent européen, Royaume-Uni compris ; et la Chine aurait reçu toute l’Asie, l’Océanie et le Levant, y compris Israël.

Dans le contexte des tensions entre les trois superpuissances – les États-Unis, la Russie et la Chine – la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, catholique, a déclaré que malgré le différend concernant le Venezuela, Trump maintiendrait de bonnes relations avec Poutine et Xi : «Je pense que le président entretient une relation très ouverte, honnête et «bonne» avec le président Poutine de Russie et le président Xi de Chine… Il s’est entretenu avec eux à de nombreuses reprises depuis son entrée en fonction il y a un an, et je crois que ces relations personnelles se poursuivront».1

Aujourd’hui, les limites de l’irrédentisme états-unien sont les intérêts inaliénables de la Russie et de la Chine, qui fonctionnent comme un G2.

Le Financial Times rapporte que «la Chine, la Russie et l’Iran (sic !) ont envoyé des navires en Afrique du Sud en prévision de leurs exercices navals» : des exercices «BRICS-Plus pré-planifiés» font suite aux tensions croissantes liées aux opérations militaires US au Venezuela et dans l’Atlantique.2

Le monde d’aujourd’hui évolue dans le cadre d’un chaos globalisé, où subsistent ce que j’ai appelé des «fractales de paix», comme dans le cas de la libération de deux marins russes capturés à bord d’un mystérieux navire pirate (le «navire russe», qui n’était en réalité pas russe, mais ukrainien3, ce qui a valu à Moscou la gratitude de ses homologues aux États-Unis.4

Pendant ce temps, Trump, dans sa désormais célèbre interview au New York Times, a déclaré qu’«il n’existe pas de lois internationales» et que la limite de ses actions, c’est sa «moralité».5

Le fait que Trump, submergé par ses graves problèmes intérieurs, se soit lancé dans une offensive risquée aux implications mondiales ne signifie pas que la Russie (lancement de son deuxième missile hypersonique Oreshnik) et la Chine (exercices militaires récents autour de Taïwan) restent sans défense dans leurs propres sphères d’influence.

Il pourrait sembler absurde, dans ce contexte délicat de fortes tensions mondiales, que le célèbre analyste militaire russe Andrei Martyanov ait publié une carte de la division tripolaire entre Trump, Poutine et Xi Jinping, sans en préciser l’auteur.6

De fait, la carte de division tripolaire ci-dessus n’aurait aucune validité sans sa divulgation par Andrei Martyanov, qui entretient une relation étroite avec l’armée russe.

1. La sphère d’influence de Trump s’étend du Groenland à la frontière antarctique, annexions comprises ou non, englobant l’Amérique latine et les Caraïbes (représentées par le CELAC). L’absorption de l’Islande et de certains pays d’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Sierra Leone, Libéria) est surprenante.

2. La sphère d’influence de Poutine engloberait toute l’Europe, y compris le Royaume-Uni, une grande partie de l’Afrique du Nord, ainsi que la Turquie, le Caucase, le Sahel africain et les îles norvégiennes septentrionales (Svalbard). Elle trace une ligne de démarcation avec la partie chinoise, dont l’Égypte et les pays de la Méditerranée orientale (Syrie, Liban, etc.) font partie.

Et 3. La sphère d’influence de Xi Jinping comprend la Mongolie, les deux Corées, le Japon, les Philippines, toute l’Asie du Sud-Est, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le sous-continent indien (avec l’Inde et le Pakistan), l’Iran, une grande partie du Kazakhstan, l’Asie centrale, la péninsule arabique et la majeure partie de l’Afrique.

Il est frappant de constater que la «carte tripolaire» publiée par Andreï Martyanov n’a pas eu l’impact escompté. Ce qui mérite d’être souligné ici, plus encore que ces lignes de démarcation abstraites, c’est la franchise avec laquelle Andreï Martyanov l’a présentée.

Je me souviens que Newsweek avait dressé une carte montrant «comment Trump, Poutine et Xi peuvent diviser le monde».7

Ces cartes se trouvent à la croisée des chemins : entre une troisième guerre mondiale nucléaire et une négociation clandestine entre les trois superpuissances.

En cas de Troisième Guerre mondiale, il ne resterait ni carte, ni trace des êtres vivants de la création, puisque Trump lui-même a déclaré que les États-Unis ont la capacité de détruire la planète 150 fois.

source : La Jornada via Réseau Voltaire

traduction Maria Poumier

  1. «White House thinks Trump will preserve good relations with Putin, Xi, despite Venezuela», TASS, January 7, 2026.
  2. «China, Russia and Iran send ships to South Africa ahead of naval drills», Financial Times, January 9, 2026.
  3. «El «barco ruso» FAKE que siempre no fue ruso sino Ucraniano», Alfredo Jalife-Rahme, YouTube, 9 de enero de 2026.
  4. «Russia grateful to US for decision to release two Russians from Marinera crew – diplomat», TASS, January 9, 2026.
  5. «Trump Lays Out a Vision of Power Restrained Only by «My Own Morality»», David E. SangerTyler PagerKatie Rogers & Zolan Kanno-Youngs, The New York Times, January 8, 2026.
  6. «Voir la 26° minute de «Orthodox Christmas»», Andrei Martyanov, YouTube, January 8, 2026.
  7. «Map Shows How Trump, Putin and Xi Could Carve Up the Globe», John Feng and Brendan Cole, Newsweek, April 13, 2025. «Reparto del mundo : el «mapa tripolar» de Newsweek», Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 16 de abril de 2025.

https://reseauinternational.net/la-russie-lance-sa-deuxieme-frappe-oreshnik-contre-lukraine-et-martyanov-publie-une-carte-du-partage-tripolaire/

lundi 28 juillet 2025

De Potsdam 1945 à Istanbul 2025 : la métaphysique des promesses trahies

 

par Cassandre G

L’Histoire ricane. Crue. Cyclique. Cruelle. Chaque traité de paix accouche d’un champ de ruines. Chaque serment solennel se transforme, sitôt proclamé, en promesse trahie. Subtilement – et parfois férocement.

Le serment souillé

En 1945, à Potsdam1, les Alliés jurent d’édifier un monde nouveau. Quatre idéaux sont tracés à l’encre fraîche, tandis que les cendres encore chaudes de l’Apocalypse flottent au-dessus de la banlieue berlinoise. À peine l’incendie européen s’est-il éteint que, dans l’ombre, d’autres – mus par l’idéologie ou la convoitise – attisent des braises plus vives.

La bombe nucléaire n’a pas encore frappé Hiroshima, mais l’heure est imminente. Dans un dernier élan d’espoir, les Alliés proclament un serment solennel : Déraciner le nazisme. Désarmer la haine. Libérer les peuples. Briser les cartels.

Un rêve. Des vœux pieux, peut-être sincères. Mais ce serment, né à l’aube de l’ère atomique, portait déjà en lui la menace qui hante encore le monde. Sitôt né – déjà trahi.

De l’utopie à la realpolitik : la perversion des idéaux

Ce serment trahi ouvre la voie à un cynisme froid. «Le but de l’OTAN est de tenir les Soviétiques à l’écart, les Américains en Europe, et les Allemands à terre», glissera plus tard Hastings Ismay, son tout premier secrétaire général.

«De Platon à l’OTAN», répètent à la légère diplomates, éditorialistes et initiés – comme une boutade brillante dans les cercles qui se croient lucides. De l’idéal à la frappe ciblée. De la cité juste à la guerre préventive. De la dialectique habile à l’injonction abrupte. C’est l’humour noir des experts, le clin d’œil complice dans les Think tanks où l’on refait le monde à huis clos, le temps d’une pause-café – inspirant, avec désinvolture, les prochains désastres.

Dans l’ombre des années 1930, un souffle discret des chancelleries esquissait la brutalité nazie comme atout, vite consumé par l’horreur.

Un autre aphorisme, tout aussi accablant : «D’Adam à Potsdam». Une formule brillante née dans l’après-guerre, évoquant l’homme, l’origine, la civilisation… Mais masquant, en creux, le naufrage moral des temps nouveaux. Tant la perversion de certains humains est – et demeure – irréversible. Les nostalgiques de l’inhumanité sont tenaces, sans remords ni repentir.

Car Potsdam n’a pas seulement été le théâtre d’un nouvel ordre mondial. Ce fut aussi le prélude au grand spectacle des renoncements – maquillés en promesses. Dès 1945, l’opération «Paperclip»2 incarne ce renoncement, éclatant et cynique : les États-Unis exfiltrent plus de 1600 scientifiques nazis, présentés comme de précieux experts. Werner von Braun3, concepteur des missiles V2 tombés sur Londres, devient bientôt le père de la conquête spatiale américaine. Naturalisé, décoré, célébré comme un héros du monde libre.

Dans les coulisses, le général Reinhard Gehlen, chef du renseignement nazi sur le front de l’Est, est protégé par Washington. Il fondera bientôt les services secrets ouest-allemands.

Theodor Oberländer, nazi de la première heure dès 1923 et impliqué dans les massacres de la communauté juive de Lvov, devient dès les années cinquante ministre de la RFA.

Iaroslav Stetsko, chef d’un État ukrainien fantoche pro-nazi en 1941, défile à Washington, accueilli à bras ouverts. Il est reçu à la Maison-Blanche et félicité par le président Ronald Reagan.

Et ce pragmatisme ténébreux, murmuré jadis, se mua désormais en un choix sans scrupules où l’utilité l’emportera sur la mémoire.

Autre scandale oublié : à l’ONU, Kurt Waldheim, ancien officier de la Wehrmacht, préside de 1972 à 1981 – sans que cela ne provoque de véritable indignation. En 1968, seule Beate Klarsfeld4 gifle cet oubli en plein visage, frappant publiquement Kurt Kiesinger, ancien dignitaire nazi devenu chancelier. Le fait que Kiesinger ait pu accéder au pouvoir malgré son passé témoigne d’un repentir douteux et constitue une blessure et un affront insoutenables envers les innombrables victimes de l’abomination nazie.

Aujourd’hui encore, la machine du révisionnisme pragmatique tourne. En 2023, le Parlement canadien ovationne Yaroslav Hunka, ex-SS de la division Galicie (CBC News, 2023), simplement parce qu’il avait combattu les Russes – nos alliés d’hier. Ignorance ? Cynisme ? Apologie concertée du nazisme ? Certains prétendent à l’ignorance. D’autres à la complexité historique. Mais tous taisent l’essentiel : le récit de guerre efface l’éthique comme on essuie une ardoise pleine.

Pendant que les experts vantent les «valeurs européennes», on acclame Oleksandr Alferov, ex-bataillon Azov, qui voit en Hitler un homme cultivé et raffiné.

Les victimes d’hier sont instrumentalisées contre celles d’aujourd’hui. La mémoire devient un outil. Un outil de guerre, aussi. Alors non, ces aphorismes ne sont pas des traits d’esprit. Ce sont des avertissements. «De Platon à l’OTAN» trace une ligne droite, sans détour, de l’utopie philosophique à la technologie militaire. «D’Adam à Potsdam» retrace la chute – non pas de l’homme, mais de ses promesses.

2025 : Le chaos perpétré par l’OTAN

Quatre-vingts ans après Potsdam, le chaos succède aux promesses. En juillet 2025, à Istanbul, la troisième tentative de paix entre l’Ukraine et la Russie s’enlise, minée par le bellicisme désordonné des dirigeants européens.

Un ballet de sourds dans une salle close. On parle, on signe, on s’observe – un progrès timide, une amorce de dialogue. Mais derrière cette façade, la diplomatie européenne, discréditée et spectatrice, entretient l’illusion d’une paix imposée par la force et une coalition sans moyens ni munitions. Convient-il d’en sourire ? Peut-être, avec exaspération et fatalisme. Ce théâtre diplomatique n’existe que pour la photo. Les positions restent figées.

L’Occident s’accroche à ses fables, fantasme un «ennemi» qu’il a lui-même construit, porté par une foi arrogante et illusoire en ses «valeurs», ou par un déni obstiné des faits. Le coup d’État de Maïdan, en 2014, renverse Ianoukovytch et fracture l’Ukraine. Les accords de Minsk sont piétinés. L’expansion obsessionnelle de l’OTAN se poursuit. Le gouvernement ukrainien, noyauté par des factions extrémistes – nationalistes et néonazies – tait ces vérités documentées.

L’Occident, aveuglé par ses certitudes, finit par croire ses propres mensonges. Comprend-il au moins les causes profondes du conflit ? Lois discriminatoires, russophobie d’État, bombardements du Donbass dès 2014, trahisons de Minsk I et II, et demandes de Moscou – neutralité de l’Ukraine, reconnaissance du Donbass, fin de l’expansion de l’OTAN, protection des russophones, dénazification – toutes ignorées.

Ces exigences, ancrées dans un souci d’équilibre géopolitique, sont rejetées en bloc. La diplomatie, balayée par l’obsession atlantiste. La guerre devient inévitable. Le refus de paix se mue en doctrine.

Les naïfs s’accrochent à leurs illusions, les autres à une morale fragile – réservée aux ennemis désignés, ignorée dès qu’elle gêne le récit dominant.

L’Occident enivré : la guerre des récits

Après l’enlisement d’Istanbul, l’Occident persiste dans son aveuglement. Que feront-ils, ces élites de l’UE et de l’Occident ? Proclamées cavaliers de l’Apocalypse par les observateurs comme par les peuples, initiateurs d’une «coalition des volontaires» ? Vont-ils «lutter jusqu’au dernier Ukrainien» ? Pourquoi pas – ce n’est pas leur peau. Ruiner définitivement leurs économies, épuiser leurs sociétés pour armer l’Ukraine ? Et surtout : refusent-ils encore d’envisager la paix autrement qu’à leurs conditions, sans interroger les causes réelles du conflit ?

S’il y a cessez-leu, ce n’est qu’un répit. Juste assez de souffle pour raviver le conflit. Pensent-ils aux peuples, à leur bien-être ? Ou, même de bonne foi, s’égarent-ils dans une croisade abstraite, où l’OTAN dicte, et les peuples paient ?

En réalité, leurs certitudes s’effondrent : ces élites ont perdu la partie stratégique et morale. Alors, dans un réflexe désespéré, elles cherchent à sauver la face – quitte à tout embraser. C’est cela, le véritable «Great Reset» qu’elles préparent.

Une guerre d’images, pas d’issues

C’est diabolique – mais c’est bien ce qui se joue sous nos yeux. La guerre n’a pas besoin d’issues. Elle a besoin d’images. Et les civils, eux, ne jouent pas : ils crèvent.

Un autre théâtre d’hypocrisie tourne en boucle sur les chaînes occidentales. L’information, alignée sur les récits kieviens et atlantistes, est simplifiée à l’extrême, sous l’angle du spectaculaire. On titre que les négociateurs sont repartis après moins d’une heure. Mais on omet de dire qu’il y avait eu des entretiens préalables.

Des accords, modestes mais réels, sur des échanges de prisonniers, de civils. C’est peu ? C’est déjà beaucoup. Et il reste tant à dire sur le reste.

Une diplomatie hors-champ

La diplomatie réelle ne se joue pas en direct, sur les plateaux, commentée par des idéologues obsédés par la formule qui fera grimper l’audimat. Aujourd’hui, la paix se cherche ailleurs : en visioconférence, dans des groupes de travail discrets. C’est fragile, incertain – mais c’est un début. Je le crois.

La paix ne se décrète pas en prime time. Elle s’élabore, silencieuse, fragile – mais elle est la seule issue. Sous Biden – démocrate d’apparence, néo-conservateur de fait – la paix était taboue. Avec Trump, ce sera du deal, du pragmatisme. Business is business. Du MAGA en uniforme, pour justifier la vente d’armes. Ça rapporte, et ça redonne à l’Amérique un rôle supposément central.

Pour l’Europe, c’est de l’acharnement, de la névrose – un désastre. Au fond du trou, elle creuse encore, embourbée dans ses dénis.

L’Histoire sous drone

Et pendant ce temps, la guerre continue : en plein écran, en direct, sur les terrains comme sur les réseaux. L’Histoire ne bégaie pas. Elle se répète – différemment, mais toujours avec cynisme.

De Platon à l’OTAN : quelle ironie. Du penseur au drone. De la cité idéale aux convois de chars Leopard, alignés sous les drapeaux d’étoiles et d’hypocrisie. Imaginiez-vous, quatre-vingts ans plus tard, des chars allemands portant la croix baltique de retour aux abords de Koursk et dans le Donbass ?

Autrefois, on récitait : «D’Adam à Potsdam» – comme une litanie civilisatrice. Mais derrière le slogan brillant, les intentions bavardes et les mots creux : que reste-t-il ? La vérité mutilée.

La mémoire profanée

On nous avait promis : plus jamais ça. Mais le cynisme a la vie dure. Dans les couloirs feutrés, les anciens nazis furent recyclés comme «techniciens de la paix». Von Braun, SS notoire, bâtit la NASA. Oberländer, complice de massacres, devient ministre. Stetsko, collaborateur ukrainien, parade à Washington. Et Klarsfeld, seule, courageuse, gifle Kiesinger, stupéfiant la République fédérale d’Allemagne amnésique.

Et pendant que ces vestiges camouflés sont salués, les charniers s’ouvrent ailleurs, menaçant de nouveaux massacres. Gaza suffoque. Koursk saigne. Le Donbass brûle depuis 2014.

Mais l’émotion est sélective. La compassion, dictée par les impératifs des oligarques. L’Europe aurait pu redevenir «pensée», puissance d’équilibre. Elle s’égare. Se décrédibilise. S’emberlificote dans ses idéologies, ses prétentions, son arrogance insoutenable.

L’arrogance dérisoire

France, Allemagne, Pologne, Grande-Bretagne – chacun y va de son arsenal. La guerre est devenue spectacle. Une scène dramatique où les puissants – ceux qui se connaissent – ne saignent pas. Les civils, eux, succombent sous les bombes.

Et pendant ce temps, les BRICS tissent une autre géographie. Ils défient l’hégémonie du dollar. Relient les peuples que l’Occident veut punir pour avoir désobéi. Jean-Noël Barrot, ce soi-disant chef de la diplomatie française, agissant en bon «Young Leader», exalté, applique avec zèle l’idéologie des sanctions – et punit une économie russe… qui grimpe au rang de 4ème puissance mondiale. Mais chut ! Il ne faut pas perturber la narration officielle. Même si elle vacille : parler russe est interdit à Odessa, à Kharkov – comme être modéré l’est sur un plateau télé.

Les slogans prolifèrent : COP29, ZFE, Paquet Climat, Paquet Défense. Tout est «pour notre bien». Même le bâillon ou plutôt le masque.

La démocratie se joue désormais à huis clos, dans une langue morte, sous la lumière froide des studios et des Think tanks. Et l’on rit – ou plutôt, on grince. On appelle «mougeons» ces citoyens trop épuisés pour bêler ou roucouler. Mais qui les a plumés ? Qui les a tondus ?

Un dernier affront tellement révélateur !

À Drap, près de Nice, une autre guerre se joue – celle de la mémoire. Le boulevard Stalingrad a été effacé des cartes. Rebaptisé, sans vergogne. La vice-maire prétend que cette bataille ne mérite pas d’hommage. Que la victoire sur le nazisme n’a plus de sens.

Ainsi, on enterre les résistants une seconde fois. Non plus sous les bombes, mais sous les arrêtés municipaux. On raye une ville martyre. On efface la maison Pavlov, où, durant 58 jours de siège, une poignée de soldats de l’Armée rouge tint bon, brisant l’épine dorsale de la Wehrmacht – quand l’armée française, en 1940, céda, elle, en 41 jours.

Le révisionnisme n’a plus besoin du bruit des bottes. Il a des fonctionnaires, des élus, des conseils municipaux zélés et amnésiques. Et le souvenir de Potsdam – ce vieux serment souillé – s’efface doucement des esprits.

Conclusion : Briser l’imbroglio, rallumer l’utopie

De Potsdam à Istanbul, des promesses trahies au chaos médiatique, l’Occident s’enferre dans son propre piège. Les élites, engluées dans leurs slogans – «D’Adam à Potsdam», chimère d’ordre ; «De Platon à l’OTAN», mirage guerrier – orchestrent un chaos qui broie les peuples, de Gaza au Donbass, de Koursk à Odessa.

De l’opération Paperclip aux pourparlers sabordés d’Istanbul, des promesses rompues de Minsk à l’expansion insatiable de l’OTAN, leur amnésie morale a noyé la vérité dans un brouillard toxique.

Mais l’Histoire n’est pas leur monopole. Comme aurait pu l’écrire aujourd’hui le jeune La Boétie, revisitant notre époque : «Notre soumission nourrit la bête insidieuse». À Mouseland5, dans cette fable de Tommy Douglas, les souris élisent encore des chats qui les dévorent.

Et, pourtant, des sans-voix se dressent, tentent l’impossible, et parfois parviennent à troubler le récit. Les Gilets jaunes, malgré les récupérations et les diffamations, ont défié le conformisme.

Récemment, Thierry Laurent-Pellet6, analyste ayant vécu en Ukraine, a interpellé Jean-Noël Barrot lors d’une conférence publique à Aix-en-Provence, livrant des vérités crues sur la situation ukrainienne – ce qui lui valut d’être hué par une salle manifestement incapable d’entendre une autre réalité.

Fait troublant : la vidéo complète de cet échange, initialement diffusée, a depuis disparu du web. Il n’en subsiste qu’un court extrait, relayé dans une compilation indépendante[6]. Ce genre d’effacement laisse songeur : ce qui a bel et bien eu lieu, aux yeux de nombreux témoins, semble n’avoir jamais existé. Pourtant, nous n’avons pas rêvé.

Ils sont rares, mais ils existent : ceux qui parlent encore, qui osent, qui montrent. Ceux qui rappellent que «lucide» ne veut pas dire muet. Soyons vigilants. Traquons les faits dans les archives, les témoignages, les documents bruts – loin des plateaux aseptisés où la «modération» masque la censure, et où la vérité dérange.

Soutenons ces voix indépendantes, celles qui critiquent et analysent les récits rafistolés par des élites souvent plus cyniques et stratèges, mais jamais bienveillantes. Refusons d’être ces «mougeons» dociles, bêlant et roucoulant à tous les narratifs imposés. Puisque, comme l’écrivait Orwell : «Qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Qui contrôle le présent contrôle le passé», seule une parole libre, éclairée et collective pourra troubler cette mascarade et raviver la promesse d’un monde humain réconcilié.

Sans cela, c’est effarant – mais la bête nous engloutira.

  1. La conférence de Potsdam – https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/la-conference-de-potsdam
  2. Paperclip : le programme secret qui a conduit des scientifiques nazis aux États-Unis https://www.nationalgeographic.fr/operation-paperclip-le-programme-secret-qui-a-conduit-des-scientifiques-nazis-aux-etats-unis-seconde-guerre-mondiale
  3. Wernher von Braun : un nazi à la NASA – https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/wernher-von-braun-les-v2-et-redstonehttps://www.youtube.com/watch?v=Ti8HJJUOBy4
  4. La gifle de Beate Klarsfeld – https://www.dailymotion.com/video/x6ehzcf – https://www.youtube.com/watch?v=abTOJm5xhNs
  5. Au pays des souris, Thomas Douglas – https://www.monde-diplomatique.fr/2015/01/DOUGLAS/52600
  6. Pellet ou l’effacement d’une vérité : Le 4 juillet 2025, vers 11h30, au Parc Jourdan à Aix-en-Provence, Thierry Laurent-Pellet, analyste ayant vécu à Kiev, a interpellé Jean-Noël Barrot sur le soutien à un régime glorifiant Stepan Bandera, provoquant huées et une réponse évasive. Initialement diffusée par les services de Barrot, cette vidéo, vue en lieux publics comme des salles de sport, est devenue virale avant de disparaître en 24-48 heures. Et tandis que l’Occident s’accroche à ses fables, cette vérité filmée, née d’un cri à Aix, s’évanouit sous nos yeux, effacée par ceux qui l’avaient brandie, preuve d’un récit trop dangereux à contempler. Censurée sur X, Odysee et ailleurs, remplacée par une séquence inversée, elle m’interpelle, m’indigne et terrifie : quels moyens – pressions légales, algorithmes ou manipulation orchestrée – ont permis cet effacement ? Le passé – et le présent – pro-russe de Pellet l’aurait-il discrédité d’office ? Ou bien la censure, plus insidieuse et audacieuse que jamais, invite-t-elle désormais toute voix dissonante à la prudence, par la seule force du silence ? Ce silence forcé résonne avec le brouillard toxique que je dénonce. https://www.youtube.com/watch ?v=AormNIr6fbM

https://reseauinternational.net/de-potsdam-1945-a-istanbul-2025-la-metaphysique-des-promesses-trahies/

jeudi 17 juillet 2025

La guerre à l’heure des grands blocs civilisationnels

 

La guerre à l’heure des grands blocs civilisationnels

Dans cet article à contre-courant, Frédéric Saint Clair convoque Athéna, déesse grecque de la guerre intelligente, pour penser les conflits du XXIe siècle à rebours du prêt-à-penser moral occidental. De l’Ukraine à Gaza, de l’Iran à Israël, il démonte l’illusion humanitaire et celle du droit international, pour réaffirmer la centralité de la puissance dans les relations internationales. Face aux discours dépolitisés, Athéna ricanerait : la guerre n’a jamais cessé d’être le prolongement de la politique. C’est vrai plus encore à l’heure des grands blocs civilisationnels. Merci au site « Première Nouvelle » où cette analyse a d’abord été publiée.

La guerre est, aujourd’hui plus que jamais, un phénomène médiatique. Elle est commentée heure par heure, minute par minute, sur les chaînes d’info en continu. Chaque Français est devenu fin connaisseur des régions les plus reculées de l’Ukraine autant que des missiles longue portée iraniens. Et pour ambiancer le tout, les journalistes se survoltent, passent en mode « breaking news », saturent les ondes, chaque fois qu’ils ont l’impression de vivre un moment historique, un moment décisif pour l’avenir du monde : envoi massif de drones sur Kiev, salve de missiles iraniens sur Tel-Aviv… Pendant ce temps, Athéna, la déesse de la guerre, les regarde en ricanant. Car depuis l’invasion de l’Ukraine jusqu’au pilonnage de Gaza, elle n’a pas bougé un sourcil. C’est qu’il y a, dans la mythologie grecque, deux dieux de la guerre : Arès et Athéna. Le premier est attaché à la force brute, au choc frontal et à la destruction ; la seconde est l’incarnation de la mètis qu’elle a héritée de son père, Zeus ; elle s’occupe de stratégie, de la dimension politique de la guerre. Elle a inspiré à Clausewitz, entre autres, sa conception de la guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens. La seule question qui devrait nous occuper en ce moment est : à quoi pense Athéna lorsqu’elle regarde les guerres du XXIe siècle ?

Pourquoi Athéna méprise les discours de paix de l’Europe occidentale

Soyons clairs : Athéna ne se soucie pas de l’utilisation de drones, ni de l’obsession technologique de la guerre de manière générale, dont elle ne nie pourtant pas l’importance. Elle ne soucie pas davantage de la querelle sémantique : Hamas, mouvement de résistance ou groupe terroriste ? Selon elle, il s’agit d’un mouvement de résistance. Non pas pour les raisons évoquées par LFI, mais pour des raisons théoriques, parce que le terrorisme est un moyen, pas une fin. Tout comme la guerre d’ailleurs. Le Hamas est, à ce titre, plutôt un mouvement de résistance engagé dans une guérilla, menant parfois une guerre irrégulière contre une armée régulière, Tsahal, et parfois organisant des attaques terroristes contre les populations civiles. Athéna se dit que, de toutes façons, ceci a peu d’importance ; la question qui l’occupe en ce moment est : jusqu’à quand l’Occident soutiendra-t-il une solution impossible à deux États ? Quand le nationalisme islamique et le nationalisme hébreux, tous deux habités par le principe d’un seul État, se retrouveront-ils face à face ? Il ne peut en être autrement. Et la guerre ne cessera pas tant qu’une solution territoriale quasi unitaire ne sera pas trouvée. Ce que l’Occident nomme « radicalisation » du conflit israélo-palestinien est en réalité une clarification inédite et salutaire. La confrontation Iran-Israël est à ce titre un grand pas en avant vers une solution négociée puisqu’enfin les deux véritables protagonistes sont face à face, à couteaux tirés. Quelle place les pays de la région sont capables de faire à une diaspora palestinienne refusant de vivre sous un État israélien quasi global et accueillant la part du peuple palestinien désireux d’y résider en paix est l’unique nœud que le dialogue diplomatico-militaire Israël-Iran mérite de trancher. Athéna le sait, même si elle n’en parle pas… car personne n’est encore prêt à l’entendre.

Mais revenons un instant au réalisme politique d’Athéna, et à la question plus globale de la guerre au XXIe siècle. Rappelons que l’entrée du monde dans le XXIe siècle se fait par deux chocs consécutifs : les attentats du 11 septembre 2001 et l’entrée de la Chine dans l’OMC au mois de décembre de la même année.

1°) L’irruption du Choc des civilisations dans la grammaire des relations internationales.

2°) Le basculement à l’Est de l’ordre du monde signant la défaite du projet néo-libéral formalisé dix ans plus tôt par Francis Fukuyama.

Fin de partie pour les idéalistes

Voilà plus de vingt ans que cela s’est produit, et on entend encore, tous les dimanches sur France Culture, le même vieux discours libéral-idéaliste d’un Bertrand Badie. Athéna, qui ne pense pas de manière « morale », s’en agace parfois. Elle s’irrite de l’habitus idéaliste de l’Europe de l’Ouest : « La guerre c’est mal » ; « Nous devons œuvrer résolument à l’établissement de la paix » ; « La première condition est d’obtenir un cessez-le-feu » ; « Il faut protéger les populations civiles à tout prix » ; « Le droit international a été bafoué » ; « Les criminels de guerre doivent être traduits en justice ». Or, Bertrand Badie, icône du social-libéralisme intellectuel en matière de relations internationales, prend toujours l’exact contre-pied d’Athéna. Pour s’en convaincre, deux ouvrages, entre autres : La Fin des territoires (en 1995) et L’Impuissance de la puissance (en 2004). Autant dire qu’il a faux sur toute la ligne. Mais il persiste ! Voici deux citations qui ne résument pas seulement sa pensée, mais celle de toute la classe politique progressiste française : « Penser le monde à travers une filiation où se succèdent Hobbes, Metternich, Clausewitz, Carl Schmitt et Kissinger ne permet plus d’accéder à la complexité du jeu international qui a cours aujourd’hui » et « Dès les « quatorze points », Wilson réintroduisait le rôle équilibrant des sociétés… L’ancien professeur de Princeton était certain que l’ordre triompherait par la démocratie, et donc par le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, complété des vertus de la délibération collective. Les nations libres devaient décider entre elles de la marche du monde, selon les codes naissants d’un multilatéralisme que la SDN devait annoncer. »

Rappelons-le, encore et encore : si, Hobbes, Clausewitz, Schmitt et Kissinger sont essentiels pour comprendre notre monde ! Et, pour ceux qui souhaitent poser un regard pertinent sur le conflit russo-ukrainien, La Grande Rupture de Georges-Henri Soutou est sans nul doute l’ouvrage à lire : revisiter l’époque Eltsine en Russie ; se remémorer le rejet de la greffe libérale à la fois par les communistes post-URSS et par les nationalistes ; comprendre le changement de paradigme résolument impérialiste de Bill Clinton, dont le wokisme actuel est largement issu ; rappeler les contradictions de l’Europe occidentale, une Europe de l’Ouest que Robert Kagan associe à la faiblesse quand les États-Unis – démocrates et républicains confondus – persistent dans une logique de puissance. C’est l’idéal wilsonien, lequel anime autant un Badie qu’un Macron, qui est mort ! Les penseurs de la puissance sont, à l’inverse, plus vivants que jamais ; indispensables pour comprendre un monde où se superposent deux logiques : une logique civilisationnelle oubliée du XXe siècle, principalement lors de la guerre froide, mais omniprésente au XXIe, et une logique impérialiste réhabilitée.

Empire et bloc civilisationnel

Les blocs civilisationnels ont ceci de spécifique qu’ils mélangent habilement hard power et soft power. Ces grands espaces se conçoivent comme des empires à part entière. L’Union européenne ne fait d’ailleurs pas exception. L’obsession macroniste visant à nier la souveraineté propre de la France pour faire de celle-ci une région de l’Europe – si possible la principale ; la multiplication des discours de propagande affirmant que telle ou telle question (immigration, industrialisation, etc.) ne peut pas être réglée au niveau national, mais seulement au niveau européen, sont autant de signes témoignant d’une volonté impériale européenne. Une spécificité : l’annexion territoriale ne se fait pas par la guerre, mais par l’adhésion contrôlée des pays postulant. Pas de coercition dans l’univers idéologique wilsonien, mais une coopération basée sur l’accord des peuples (et quand ils ne veulent pas, les responsables politiques progressistes les aident un peu…). Le trumpisme, aux États-Unis, rime également avec néo-impérialisme. Le moyen et la fin sont tout autres en revanche. Le projet d’hyper-puissance demeure, mais il a muté : on ne parle plus seulement d’imposer un régime démocratique et libéral à la planète par les armes – en n’oubliant jamais les contreparties financières –, mais aussi d’annexion territoriale en bonne et due forme, de prise de terre, pour parler comme Carl Schmitt : Canal de Panama, Canada, Groenland… La logique russe n’est pas très différente. Le moyen seul diffère. À ce titre, la guerre russo-ukrainienne n’est pas un objectif militaire en soi, ni même strictement politique. Seule la guerre civilisationnelle sous-jacente importe – d’un côté comme de l’autre d’ailleurs, pour la Russie comme pour les pays membres de l’Otan.

Parce que les empires mélangent habilement soft et hard power, aucune forme de puissance ne mérite d’être négligée. C’est ainsi que nous vivons probablement le siècle non pas de la « guerre totale » – dont Ludendorff est le théoricien et qui n’a rien à voir avec cela –, mais de la puissance totale. Le soft power civilisationnel a été reconnu par les blocs chinois, russe et islamique comme le fondement de toute puissance digne de ce nom. Ils ont retrouvé ce que l’Occident romain avait rangé sous le vocable imperium et qui comprenait une dimension éminemment spirituelle. Dimension que l’Europe de l’Ouest, sous l’influence combinée du matérialisme athée socialiste et du sécularisme « laïc » libéral, a détruite. Dès lors, comprendre la guerre russo-ukrainienne, c’est comprendre la réaffirmation de la dimension eurasienne de la Russie au travers du conflit, avec en ligne de mire l’offensive idéologique woke d’une partie de l’Europe et des États-Unis. L’incompatibilité entre le modèle de développement progressiste occidental et le trio Russie-Chine-Islam est désormais totale. La recomposition du monde en blocs civilisationnels adverses suppose une concurrence féroce dans la constitution de ces blocs. Et s’il faut la guerre, il y aura la guerre. Car l’économie se reconstruit, parfois avec une étonnante facilité. La civilisation et son socle spirituel, non. La fracture idéologique qui traverse l’Ukraine – et qui est politiquement affichée depuis l’Euromaïdan de novembre 2013 – ne pouvait pas ne pas poser la question de la fracture territoriale du pays. Si Poutine a échoué à ramener Kiev à lui. S’il a échoué à imposer militairement la supériorité de la Russie. Il a en revanche réussi à tracer une frontière culturelle, civilisationnelle, encore politiquement imprécise à ce jour, car tout se décide en ce moment-même, mais dont on sait d’ores et déjà que l’Histoire retiendra qu’elle est la nouvelle ligne de démarcation de la guerre civilisationnelle globale ouverte en 2001. L’objectif ? Convaincre ou annexer. Dominer. Refaçonner de nouveaux hegemon. Et surtout, mettre un terme à une époque, celle des Badie & Co, celle du droit international sacralisé, celle des institutions internationales vénérées, celle même des droits de l’Homme divinisés. Celle du progressisme occidental. Athéna sait que la morale progressiste ne fera pas le poids face au soft power des centres spirituels russes, chinois et islamique. D’où ce léger ricanement que l’on entend parfois lorsqu’on éteint les chaînes d’info en continu.

Pour retrouver l’article de Frédéric Saint Clair, le site Première Nouvelle :

https://www.revue-elements.com/la-guerre-a-lheure-des-grands-blocs-civilisationnels/

samedi 28 juin 2025

Donbass : 339 enfants, le mensonge enfin révélé, mais la vérité bâillonnée

 

par Cassandre G

Seulement 339 enfants, une vérité qui dérange, face à une propagande qui aveugle. Le Donbass crie, l’Occident se tait. La Cour pénale internationale reste muette ! Un mensonge s’effondre et aucun repentir ! Alors analysons !

Récemment, lors des derniers accords, à Istanbul, ils étaient 339, listés enfin officiellement par Kiev. L’Ukraine dit avoir remis à la Russie une liste d’enfants ukrainiens «déportés illégalement», exigeant leur retour. Pas 712 000. Pas 150 000. Pas 19 546. Comme autrefois clamé par la Cour pénale internationale (CPI) et les médias, mais trois cent trente-neuf enfants, point de départ vérifié, pour la plupart du Donbass, surgissant dans une lumière que nul n’attendait.

Celle de la vérité, cette illusion clandestine, qui traverse parfois les frontières, l’oubli, et le temps œuvrant, éclate enfin : un fait avéré et reconnu, mettant soudainement le feu aux récits fabriqués et martelés. Bien sûr, la vérité dérange. Elle déstabilise et divise. Elle fait tache, se fait remarquer discrètement, et dans ce grand théâtre du récit bien arrangé – la guerre racontée, contrôlée par l’Occident – elle ne correspond manifestement pas aux délires émotionnels et aux slogans des grands médias. Tant pis, taisons-la, ça passera ! Car seulement 339 enfants, et pas 712 000, même pas 150 000, ni même 19 546 ; les médias, la CPI se seraient-ils emportés, voire trompés ? Passons notre chemin, ignorons ces chiffres, et tant pis s’ils n’accablent pas assez Poutine, le grand accusé !

Les médias dits de grands chemins ? Chefs d’orchestre magistraux, imposant leur partition unique, valse répétitive et cadencée. Ils organisent l’incompréhension, alimentent le prêt-à-penser, et jouent faux. Le «brainwashing», comme disent ces experts autoproclamés qui adorent utiliser les anglicismes à la mode, préférant un jargon «tendance» pour ne pas dire ce que nous savions déjà tous : un superbe lessivage à 100 degrés de l’opinion.

Ils couvrent, maquillent, détournent. Et face à cette vérité, aucun repentir n’a été, ne semble-t-il, exprimé. Pas de correctif, pas de démenti, rien, comme si la désinformation allait de soi. Pourtant, certains ont œuvré à fabriquer ces mensonges et continueront leurs méfaits.

Que faire ? Quand verra-t-on un journalisme d’investigation digne de ce nom, capable d’enquêter, d’informer, de cibler ceux qui manipulent l’opinion ?

L’Europe du jardinier

Moi, européenne, citoyenne ordinaire bouleversée par ce silence volontaire, je ne me résigne pas. Qui manipule les chiffres ? Qui confisque la vérité ? Qui tord les mots pour museler nos pensées dites hors champ et dissidentes ? Les victimes ne peuvent s’exprimer ; alors parlons.

On dit souvent : il faut doser pour convaincre. Faux. Doser, aujourd’hui, c’est diluer. Et diluer, c’est collaborer. Dans ce monde saturé de récits verrouillés, une émotion trop franche, un mot trop net, et vous voilà jugée, étiquetée, annulée, disqualifiée parmi les inopportuns, sous influence ou en état de folie ? Pourtant, que faire d’autre que dire, répéter, insister ? Surtout quand les sceptiques, les tièdes, les fatigués auraient précisément besoin de textes qui éveillent.

Aujourd’hui, je regarde en face ce grand récit auto-éclairé : celui d’un Occident qui prétend être «un jardin», alors que le reste du monde serait «une jungle» – comme le dit sans honte et sans détour Josep Borrell1. Nous serions la civilisation ; les autres, les barbares.

Nous exigeons la paix, la fameuse «Paix par la force» lancée avec une conviction glaçante par Ursula von der Leyen et tant d’autres, mais surtout à coups de sanctions, de drones, de missiles et de dogmes.

Nous imposons nos règles – pour ne plus parler de valeurs – tout en accusant les autres de transgresser les nôtres. Résultat ? 88% de l’humanité ne se dit pas «occidentale», mais multipolaire. Et nous ne comprenons même pas pourquoi.

UE, OTAN, CPI – ces acronymes chantés comme garanties d’équité et de morale – imposent un narratif formaté, totalement verrouillé.

Il ne s’agit même plus d’arranger ou de rafistoler la vérité, mais d’une mécanique parfaitement huilée : qui en détient le manche en pilote les mots, et valide l’émotion utile.

Celle qui sera appréciée dans les chaumières, la larme à l’œil, à l’affût de nos mirages et fantasmes, espérant surtout préserver notre illusion de bonne conscience.

Non, il ne s’agit plus de dire «tous les camps ont leur part d’ombre». Trop commode.

Il faut poser les vraies questions et les ajuster aux faits incontournables :

Qui bombarde ? Qui déclenche ? Qui arme ? Qui ment ? Qui finance ? Et surtout, à qui profitent ces crimes ? Les réponses dérangent. Alors on les ensevelit.

Nous sommes face à une démocratie qui se déguise. Une démocrature. Un système poli, propre, efficace, qui interdit subtilement en prétendant interdire pour notre mieux. Soyons pragmatiques, modernes : le citoyen, peu à peu, n’a plus le droit de douter. Ou alors, on le traite de complice. D’extrême. De dangereux.

La démocratie des élites auto-proclamées n’oscille plus dans la demi-mesure, elle frappe fort et tétanise les récalcitrants. Mais ce cri pour les enfants du Donbass sera-t-il, lui aussi, écrasé par cette implacable mécanique ?

339 âmes : la vérité révélée

Qui sont ces 339 ? Des enfants russophones. Nés dans un Donbass où plus de 90% parlent russe. Arrachés à une guerre ukrainienne qui, de 2014 à 2021, avait déjà tué 3400 civils2. Protégés, déplacés, parfois adoptés. Pas volés, pas exterminés, pas effacés. L’agence de presse TASS rapporte : 101 ont retrouvé leurs familles. Les autres attendent. Ils ne se plaignent pas ; ne crient pas ; ils existent, vivent enfin en sécurité, pris en charge et réconfortés.3

Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l’enfant, avait évoqué 350 orphelins accueillis pour leur sécurité, comme ce garçon de Marioupol adopté dans sa propre famille. La Russie n’a jamais refusé de rendre un enfant si la famille existe, selon ses déclarations officielles. Et l’Ukraine ? Silence radio.

Les grands médias ? ReutersNYTLCICNN… Aucun n’a relayé cette liste. Aucune enquête, aucun débat. Ils préfèrent le chiffre gonflé, non vérifié, «19 546». C’est plus vendeur. C’est choc, époustouflant et bien plus utile. Sur les réseaux sociaux, des posts, des voix s’élèvent : «339 enfants, pas 20 000 !»4. Mais leur cri est étouffé.

Ces 339 ne collent pas au narratif. Ils perturbent. Ils obligent à penser autrement. Imaginer que les citoyens lambda s’autorisent un doute ou l’expression d’une pensée divergente ? À comparer. À croiser les sources. À douter. Et ça, dans nos démocratures, ça ne se fait pas.

Les mots qui enchaînent

Les chiffres vacillent, les mots enferment. Dans la grande chorégraphie de l’indignation bien calibrée par nos médias, certains termes ne sont pas des descriptions : ce sont des armes. «Déportation», «génocide», «crimes contre l’humanité» – un lexique sacralisé, parfaitement cadenassé et sans ambiguïtés, prêt à l’emploi pour condamner les ennemis désignés, quand il faut. Des prêtres médiatiques, au service d’une dévotion atlantiste sans faille, psalmodient leurs dogmes, excommuniant en inquisiteurs modernes quiconque prétendait oser seulement douter. Et toujours, bien évidemment, la même cible. La Russie.

Les médias relaient à tous vents, à toutes heures, la décision de la CPI, forte de sa prétendue équité. Les comparaisons pleuvent : par les mots «enfants déportés», on évoque Auschwitz, les wagons, les camps. L’émotion est invoquée comme preuve irréfutable, la morale comme argument. «Déportation», un mot fétiche bien connoté qui fauche et disqualifie.

Et pourtant. Les 339 enfants du Donbass, ces «déportés» supposés, sont protégés et soignés. Certains orphelins, certains blessés. Aucun chiffre ne justifie cette inflation sémantique. Mais le mot «déportation» suffit à déclencher un réflexe bien conditionné. On n’enquête plus. On condamne. On excommunie.

Où sont les «génocides» de russophones, comme les civils tués avant 2022, le massacre d’Odessa ou, selon des témoignages, les enfants disparus sous couvert d’évacuations ukrainiennes, oubliés et invisibles hors caméras ?5 Où est CNN quand il s’agit d’enquêter sur Marioupol ou le massacre d’Odessa ?6 Où est Le Monde quand la Russie rend les corps par milliers et que Kiev retarde leur identification ?[3] Silence. Ce n’est pas de l’oubli. C’est du choix.

Scandales tus, vérités bâillonnées

Le pire n’est pas l’accusation. Le pire, c’est ce qu’on refuse de regarder. Ce que commettent ceux qui accusent !

Les Anges blancs : silence sur un scandale

Les «Anges blancs», agissant pour les forces ukrainiennes de Kiev, prétendent extraire les enfants du danger. Leur mission réelle, selon des témoignages russophones : arracher ces enfants à leurs proches pro-russes pour les transférer vers des zones ukrainisées.

À Artiomovsk, Viktoria, mère de famille, raconte avoir fui avec ses enfants pour échapper à ces forces qui, sous la menace, forçaient les familles russophones à partir, craignant l’exécution de son mari, citoyen russe.

À Volnovakha, des parents ont vu leurs enfants emmenés sous prétexte de «colonies de repos», sans jamais les retrouver.

À Pokrovsk, des mères ont caché leurs enfants dans des caves, terrorisées à l’idée de les voir partir «pour leur bien».7

Et oui, équilibrer un récit revient à percevoir les sources des deux côtés, car les médias occidentaux comme Reuters ou AFP n’en parlent pas, seraient-ils moins inspirés à aller enquêter ? Et ces enfants-là ? Personne n’en parle. Pas plus que des 339. Ils sont hors-catégorie, donc réellement et dangereusement hors-médias.

CPI : justice ou bras armé ?

La Cour pénale internationale n’accuse pas, elle stigmatise. Elle cible. Une justice si impartiale qu’elle frappe là où l’OTAN regarde. Poutine, Lvova-Belova, visés pour «déportation» de 19 546 enfants. Mais pour les 339 prouvés, documentés, listés ? Rien. Pas un mot. Pas un rapport.[3]

Karim Khan, le procureur en chef de la CPI, sera félicité ; il est le premier à avoir lancé un mandat contre un chef d’État permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Où est la neutralité ? Où est la justice ? La CPI semble, dans ce cas, alignée sur des intérêts géopolitiques occidentaux.

Néo-nazis ukrainiens : l’omerta sélective

Amnesty, UNICEF, OSCE – voix de qui, au juste ? Les 3400 civils du Donbass ne déclenchent aucun rapport spécial[2]. Les milices néo-nazies, connues, documentées, affichées jusque sur les réseaux, n’émeuvent pas. Rien sur Azov. Rien sur les purges. Silence. La Russie, elle, est placée au banc des accusés. Les États-Unis sanctionnent la CPI quand elle ose regarder leurs propres crimes, puis l’utilisent quand elle sert leur narratif. Hypocrisie structurelle. Justice à géométrie variable.

Et les enfants du Donbass ? Peu importe. Le chiffre faux et le grand mensonge – ce ne sont là que les nuances et dégâts collatéraux d’un récit effacé et modelé selon l’agenda et l’idéologie.

Brisons les chaînes de l’illusion

«Nous sommes comme des prisonniers enchaînés, prenant les ombres pour la réalité», écrivait Platon. Aujourd’hui, le spectacle d’ombres s’appelle «mise en scène des valeurs occidentales», et la réalité, elle, se dissimule à Istanbul.

De 712 000 enfants prétendument déportés, à 150 000, puis 19 546… jusqu’à 339, vérifiés, listés, montrés. Le chiffre fond. La propagande, elle, gonfle. Les médias titrent sur un «génocide» – CPI en renfort, NYT en relais, Borrell en chœur. Ce n’est pas un oubli : c’est un système qui, comme le disait Chomsky, fabrique le consentement.

Mais la liste des 339 pulvérise cette construction : 101 enfants ont retrouvé leurs familles, les autres sont protégés ; les parents, les proches, introuvables, peut-être oubliés, mais plus jamais abandonnés[3]. Où est la preuve d’un crime massif ? Où est le débat ? Enterré.

Et ceux qui osent fouiller sont aussitôt assignés à résidence mentale : complotistes, prorusses, «Z» notoires. Oser confronter les 339 aux 19 546 ? Un crime majeur : le doute. Un blasphème dans une religion où les éditorialistes sont prêtres et les narratifs, dogmes. Accusés d’excès émotionnel, de discours «polarisant». Comme si s’indigner d’un mensonge était devenu plus grave que le mensonge lui-même.

La Russie ment, dit-on. Elle manipule. Mais qui décide du vrai ? Qui impose son lexique, son tempo, ses «valeurs universelles» comme unique horizon moral ? Nous sommes dans une caverne de mots, de chiffres surgonflés, de récits montés en laboratoire.

La vérité n’est pas symétrique. Elle est dissimulée. Et tant qu’aucune enquête neutre – l’OSCE, le CICR, la Turquie ou d’autres pays réellement indépendants – n’est menée, tout procès est un simulacre. Sans dissidence, pas de démocratie. Sans doute, pas de vérité.

Les enfants du Donbass attendent. Ils n’intéressent ni Washington, ni Bruxelles, ni CNN. Ils ne sont plus vendables, ni exploitables. Tant la liste réelle correspond à la réalité des faits. Alors on les réduit au silence. À la marge.

Et nous ? Complices ou prisonniers ? Spectateurs anesthésiés ou citoyens libres ? Ce texte est un simple cri, celui d’une déduction que tout citoyen voulant s’informer aurait pu faire. Pas une conclusion. Pas un réquisitoire, mais un constat au vu et au su de tous. Un appel : à scruter les évidences, à résister aux slogans, à éclater les mensonges.

Note aux lecteurs : Les sources, qu’elles viennent de médias occidentaux (Euronews, Le Monde, Wikipédia) ou russes (TASS, AIF.ru, Rodina na Neve), sont proposées comme point de départ pour refléter les deux perspectives. Je vous invite à croiser et vérifier les informations, tant du côté occidental que russe, pour comparer les faits tels qu’ils sont, et non tels qu’on voudrait qu’ils soient. La vérité exige un regard critique et indépendant.

  1. Josep Borrell, déclaration sur l’Occident comme «jardin» vs «jungle», 2022.
    https://www.courrierinternational.com/tolle-racistes-les-propos-de-josep-borrell-sur-la-jungle-mondiale-font-polemique
  2. Environ 3400 civils tués dans le Donbass, avril 2014-décembre 2021.
    https://embed.reddit.com/r/lazerpig/comments
  3. Liste des 339 enfants, Istanbul, 5 juin 2025.
    https://fr.euronews.com/2025/06/05/lukraine-demande-le-retour-des-enfants-enleves-par-la-russie-comment-kyiv-a-t-il-dresse-ce
  4. X : Posts sur «339 enfants, pas 20 000 !» https://x.com/camille-moscow
  5. Marina Kharkova, «Destins brûlés des enfants du Donbass», Rodina na Neve, juillet 2022.
    https://rodinananeve.ru/opalyonnye-sudby-detej-donbassa
  6. Massacre d’Odessa, 2 mai 2014.
    https://www.lemonde.fr/2015/05/02/odessa-un-an-apres-le-drame-du-2-mai
  7. Anges blancs, accusations à Pokrovsk, 2023.
    https://aif.ru/sletelis-belye-angely-specnaz-ukrainy-uvozit-detey-ot-semey-pokrovska

https://reseauinternational.net/donbass-339-enfants-le-mensonge-enfin-revele-mais-la-verite-baillonnee/