Affichage des articles dont le libellé est Venise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Venise. Afficher tous les articles

dimanche 21 mai 2023

Les racines chrétiennes, byzantines et carolingiennes, de Venise refont surface

 

Venise, la ville sur l’eau, chef d’œuvre architecturale et prouesse technique de ce Moyen-âge tant décrié et pourtant si civilisé et adroit, recèle des secrets, et des beautés, qui refont surface.                 

Au nord de la lagune de Venise, sur l’île de Torcello, des fragments de fresques datant du IXe siècle ont été mises au jour lors de travaux de restauration de la cathédrale Santa Maria Assunta. Une découverte d’une importance particulière, car ce sont les plus anciennes fresques trouvées dans la région vénitienne. Les fresques, conservées en haut vers le toit, au-dessus des voûtes, sont cachées depuis le Moyen Âge par une couche de gravats qui a rendu impossible l’étude et l’analyse de ces œuvres d’art jusqu’à aujourd’hui.  

Il s’agit là d’un « témoignage des profondes racines chrétiennes de Venise, dont l’art doit son coup d’envoi à l’Évangile apporté à ces terres dès les premiers siècles de notre ère», commente pour Vatican News le patriarche de Venise, Mgr Francesco Moraglia. Ces fragments de fresques du IXe siècle ont été trouvés sous les mosaïques de la cathédrale Santa Maria Assunta, le plus ancien ancien édifice religieux de la lagune, situé sur l’île de Torcello.

En marge de la conférence de presse qui s’est déroulée le 24 juillet dernier, le prélat a rappelé la valeur de l’art sacré, faisant office de « catéchèse y compris pour les non-croyants et, dans la liturgie, [étant] comme l’expression d’une foi chrétienne célébrée et admise ».

Vatican News qui commente cette magnifique découverte le décrit comme le « témoignage du Haut Moyen Âge à Venise : l’incroyable découverte a eu lieu lors de la restauration de la maçonnerie et des mosaïques des absides et absidioles de la cathédrale, construite sur un plan basilical à trois nefs. Avant la réalisation de la décoration en mosaïque, entre les XIIe et XIVe siècles, des peintures murales, datant des IXe et Xe siècles, décoraient l’église. Elles ont émergé au-dessus des voûtes, et se trouvaient cachées par des ruines depuis le Moyen Âge: leur existence avait été supposée, mais n’avait encore jamais été étudiée de plus près. Ces fresques constituent donc une pièce fondamentale pour mieux comprendre l’histoire artistique de la cathédrale de Torcello, et plus largement,  du Haut Moyen Âge à Venise et dans la région de l’Adriatique. »

L’origine de Venise est-elle byzantine? Oui, mais pas seulement. « Je crois pouvoir affirmer, après de récentes découvertes, que Venise est à la fois byzantine et carolingienne. Simplement, ce deuxième aspect a été très bien caché jusqu’ici sous le tapis de l’histoire », explique Diego Calaon, professeur de topographie au département des sciences humaines de Ca ‘Foscari. Une déclaration que Calaon se base sur ces découvertes archéologiques exceptionnelles qui ont maintenant été mises au jour à la basilique de Torcello. Calaon a dirigé l’équipe archéologique de l’Université vénitienne qui a fourni une collaboration scientifique lors des opérations de restauration et de contrôle archéologique de la basilique de Santa Maria Assunta, sur l’île de la lagune nord. L’une des églises avec l’histoire architecturale et archéologique la plus complexe et la plus fascinante du Moyen Âge dans toute la région méditerranéenne.

Les œuvres ont révélé deux cycles iconographiques distincts : un panneau pictural avec des scènes de la vie de la Vierge Marie, où apparaît une représentation vivante de Marie et d’une servante, et un second registre pictural avec les événements hagiographiques de saint Martin. Ce dernier est représenté comme un évêque dans les mosaïques, tandis que dans les peintures murales, il présente l’iconographie traditionnelle du soldat de la charité. « Cette découverte, a expliqué Mgr Moraglia, donne des résultats inattendus: d’une manière particulière, elle met en évidence une foi mariale enracinée dans le territoire de Venise. La présence de la figure de saint Martin de Tours dans un triangle qui relie la Pologne, l’ouest de la France et l’île de Torcello à la foi christologique et à la lutte contre l’arianisme est également importante.»

Des légendes peintes avec des personnages typiquement haut-médiévaux accompagnent les images. Selon les archéologues et les épigraphistes de l’Université Ca’ Foscari de Venise, ce qui a émergé permettra de reconstituer l’aspect décoratif de l’église avant qu’elle ne soit recouverte de mosaïques s’inspirant des canons de l’art byzantin. Les informations stratigraphiques recueillies permettent de retracer la chronologie des phases de construction de l’ensemble de la basilique, bâtie en 639 (comme l’indique une inscription à gauche du chœur, la plus ancienne trace écrite de la lagune), et remaniée aux IXe, XIe et XIVe siècles.

Don Gianmatteo Caputo, délégué patriarcal pour le patrimoine culturel, évoque quant à lui « la nouveauté qui vient du passé et des témoignages anciens qui confirment le rôle de Venise comme pont entre l’Orient et l’Occident ». « Les fresques ne seront pas visibles parce qu’elles sont sous le toit: néanmoins, elles seront sauvegardées et conservées comme témoignage de l’histoire de Venise », précise-t-il. « L’église de Torcello est contemporaine du Palais des Doges : nous parlons donc d’une époque où Venise se développait et montrait toute sa grandeur », souligne le prêtre.

Vatican News rappelle que « Ces travaux de conservation du patrimoine ont été rendus possibles dans le cadre d’un programme visant à sécuriser le bâtiment de l’édifice, partagé avec le Patriarcat de Venise, suite aux inondations de 2019 qui ont endommagé plus de 80 églises de la région. Les contributions reçues dans le cadre de la campagne #AmericaLovesVenice par des donateurs américains qui ont estimé que Torcello était un lieu central dans l’histoire de la lagune ont elles aussi constitué une aide importante ».   

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/les-racines-chretiennes-byzantines-et-carolingiennes-de-venise-refont-surface/122840/

lundi 11 avril 2011

12 avril 1204 : Des croisés s’emparent de Constantinople

Le 12 avril 1204, les troupes de la IVe croisade s'emparent de Constantinople, capitale de l'Empire byzantin et siège du patriarcat orthodoxe. C'est à cette époque la ville la plus riche du monde et la principale cité de la chrétienté orientale.
Elle est mise à sac par les chevaliers venus de France, d'Italie ou encore d'Allemagne. Deux mille Grecs sont massacrés. Le scandale est immense dans toute la chrétienté et de ce jour fatal date la véritable rupture entre la chrétienté orthodoxe d'Orient et la chrétienté catholique d'Occident…
Querelles de marchands

À l'origine de la IVe croisade est le pape Innocent III. Énergique et désireux de faire la grandeur de l'Église, il a confié à un prédicateur célèbre, Foulque de Neuilly, le soin de recruter des troupes en vue de récupérer les Lieux saints de Jérusalem. Le prêtre entame sa tournée le dimanche 28 novembre 1199 à l'occasion d'un tournoi qui se tient près de Reims, à Écry-sur-Aisne (aujourd'hui Asfeld).

Les comtes Louis de Blois et Thibaud de Champagne répondent avec enthousiasme à l'appel du pape, ainsi que le comte Baudouin de Flandre et le duc Eudes de Bourgogne. Ces grands seigneurs sont accompagnés de nobles de moindre importance comme Geoffroi de Villehardouin, qui écrira le récit de l'expédition, ou Boniface de Montferrat (une principauté d'Italie du Nord) qui sera élu à la tête de la croisade après la mort de Thibaud. Mais les rois se dérobent et 10.000 chevaliers seulement se croisent au lieu des 30.000 attendus.

Le pape donne pour but aux croisés de débarquer en Égypte et de s'emparer des ports de ce pays, poumon du monde arabe en vue de les échanger contre Jérusalem, que le sultan Saladin a reconquise quelques années plus tôt. Pour le transport maritime, on se propose de faire appel aux marchands vénitiens. Le rassemblement général est fixé au bord de la lagune, à la Pentecôte 1202.

Le doge Enrico Dandolo, qui gouverne la République de Venise, a fixé le prix du transport à un montant considérable - 85.000 marcs d'or, non compris la moitié du butin escompté !

Mais les croisés peinent à réunir la somme demandée. Il manque encore 34.000 marcs. Les Vénitiens leur proposent alors une remise de leur dette en échange d'un petit service. Il s'agirait de conquérir le port de Zara, sur la côte dalmate (aujourd'hui Zadar, en Croatie), qui rivalise avec Venise et sur lequel le roi de Hongrie a de surcroît établi son autorité.

Les chefs croisés ont des scrupules à attaquer une ville chrétienne mais ils les surmontent et acceptent le marché, malgré les protestations du pape. Ils se gardent toutefois d'en informer leurs troupes.

La flotte, environ 300 navires, appareille pour l'Égypte comme si de rien n'était, puis dévie vers Zara.

Le 24 novembre 1202, après quelques jours de siège et un bombardement en règle, la ville capitule.

Les habitants ont la vie sauve mais leurs biens sont partagés entre croisés et Vénitiens. Le pape, mettant ses menaces à exécution, adresse une bulle d'excommunication aux croisés comme aux Vénitiens.

De mal en pis

Là-dessus survient un événement qui va discréditer cette expédition déjà entachée par une excommunication : en décembre, des ambassadeurs du roi d'Allemagne Philippe de Souabe se présentent à Zara, au palais du doge Enrico Dandolo, celui-ci ayant pris part à la croisade. Ils expliquent au doge et aux chefs croisés que l'empereur a reçu un appel au secours de son beau-frère Alexis Ange. Le jeune homme est le fils de l'ancien empereur byzantin Isaac II Ange, détrôné, incarcéré et qui plus est aveuglé par son frère, devenu empereur sous le nom d'Alexis III.

Par la voix de ses ambassadeurs, l'empereur allemand demande aux croisés de restaurer Alexis Ange dans ses droits. Alexis Ange promet en échange 200.000 marcs d'argent et un appui militaire pour marcher sur l'Égypte.

Beaucoup de croisés jugent que la trahison dépasse les bornes et préfèrent s'en revenir chez eux. Mais les autres cèdent à l'attrait du fruit défendu. Ils occupent une première fois Constantinople, le 17 juillet 1203, sans coup férir.


Les Vénitiens veulent alors en finir avec l'anarchie qui règne à la tête de l'empire byzantin et compromet leur fructueux commerce. Avec l'aide des croisés, le doge Enrico Dandolo chasse le basileus (ou empereur) Alexis III et intronise son neveu sous le nom d'Alexis IV. Mais celui-ci, tenu pour un traître par la population, se montre incapable d'imposer son autorité.

Quelques mois plus tard, la population se rebelle contre les chevaliers venus d'Occident, que la découverte de Constantinople et de ses fabuleuses richesses a rendus particulièrement cupides. C'est ainsi que ces derniers attaquent une nouvelle fois la «deuxième Rome» le 12 avril 1204. Il ne s'agit plus d'une simple occupation mais d'une mise à sac de la prestigieuse cité.

Un empire latin sans assise

Après cet assaut d'une extrême brutalité, les croisés détrônent l'empereur et mettent la main sur ses possessions. Quelque peu conscients du caractère scandaleux de ce combat fratricide, ils commencent à se justifier en invoquant une bulle d'excommunication vieille de 150 ans qui mettrait les Grecs «schismatiques» au ban de la chrétienté !…

Dès le 9 mai 1204, les croisés installent l'un des leurs, le comte Baudouin de Flandre et de Hainaut, sur le trône impérial. Celui-ci devient le premier titulaire de l'Empire latin d'Orient sous le nom de Baudouin 1er.

Il brise aussitôt l'administration relativement moderne de l'empire grec et remplace celui-ci par une mosaïque de principautés féodales comme le royaume de Thessalonique, dont le titulaire est Boniface de Montferrat, et la principauté d'Achaïe, dans le Péloponnèse, octroyée aux Français Guillaume de Champlitte et Geoffroy de Villehardouin (celui-là même qui écrira plus tard une mémorable Histoire de la conquête de Constantinople).

Les Vénitiens se taillent la part du lion avec les principaux ports, les îles, une franchise commerciale dans tout l'empire et le monopole de l'élection du patriarche.

Toutefois, la conquête latine reste très partielle. Dès 1205, le tsar bulgare Kalojean inflige aux croisés une défaite cuisante alors qu'ils tentaient de s'implanter à Andrinople, grande cité de l'arrière-pays… D'autre part, des royaumes grecs indépendants se constituent immédiatement autour de l'empire latin de Constantinople : le despotat d'Épire, à l'ouest, sur la rive de l'Adriatique, dirigé par Michel Ange-Doukas, et l'empire de Trébizonde, sur les bords de la mer Noire, à l'est, constitué par des petits-fils de l'ancien empereur Andronic, David et Alexis Comnène.

Par ailleurs, l'énergique Théodore Lascaris, gendre de l'empereur Alexis III rétablit un empire byzantin en Asie mineure, autour de Nicée, de la mer Égée à la mer Noire. Il en est élu empereur par le clergé orthodoxe et dès lors ne va avoir de cesse de reconquérir Constantinople et d'en chasser les Latins.
 Joseph Savès.   http://www.herodote.net 

jeudi 8 octobre 2009

7 octobre 1571 : La flotte turque est détruite à Lépante

Le 7 octobre 1571, une flotte chrétienne livre bataille à la flotte turque. C'est le point d'orgue d'une croisade organisée par le pape Pie V pour délivrer l'île de Chypre que les Turcs viennent de conquérir.
Les Turcs sont défaits à la surprise générale. Avant Lépante, ils n'avaient connu aucune défaite face aux chrétiens, après Lépante, ils n'allaient plus connaître aucune victoire.

Des Occidentaux peu empressés de se battre
Quand le pape appelle les chrétiens d'Occident à une nouvelle croisade, l'empire ottoman est déjà sur le déclin.
Le sultan qui réside à Istamboul a nom Sélim II Mast, c'est-à-dire l'Ivrogne. Il est le fils aîné du sultan Soliman le Magnifique qui porta l'empire à son apogée.
Seules des grandes puissances, l'Espagne, la Sicile, la Savoie, Gênes, Malte et la République de Venise, suzeraine de Chypre, répondent à l'appel du pape Pie V.
Il est vrai que la ferveur religieuse en cette fin de Renaissance n'est plus ce qu'elle était au coeur du Moyen Âge, trois ou quatre siècles plus tôt...
Les États alliés forment solennellement une «Sainte Ligue» le 24 mai 1571 à Rome. Leurs galères se regroupent aussitôt à Messine, au sud de l'Italie, sous le commandement de don Juan d'Autriche, demi-frère du roi Philippe II d'Espagne. Même le modeste duc de Savoie Emmanuel Philibert contribue à l'effort militaire en envoyant ses trois galères basées à Nice.

Victoire totale
En secret, les Vénitiens construisent dans leur chantier naval de l'Arsenal, sur la lagune, six galères d'un genre inédit : baptisées galéasses, elles sont équipées de canons pointant dans toutes les directions.
Les Turcs, de leur côté, se préparent à l'affrontement en regroupant leur flotte près de la base navale de Lépante, non loin de la ville grecque de Corinthe.
La rencontre entre la flotte croisée et la flotte turque se produit dans le golfe de Lépante. Elle met aux prises les 213 galères de la «Sainte Ligue» (dont une moitié de vénitiennes) et quelques 300 vaisseaux turcs.
On estime à environ cent mille le nombre total de combattants (marins et soldats) dont 30.000 du côté chrétien.
Les équipages des deux camps sont composés de Grecs. Du côté chrétien, ils viennent des îles Ioniennes occupées par Venise, du côté turc du reste de la péninsule.
Les navires s'éperonnent et très vite les fantassins s'affrontent sur les ponts comme sur un champ de bataille. Les Occidentaux, dont les galéasses font des exploits, remportent une victoire complète. Une cinquantaine de galères turques sont coulées, une centaine d'autres capturées.
L'amiral turc Ali Pacha est fait prisonnier et décapité. 15.000 captifs chrétiens sont libérés. Les croisés eux-mêmes ne perdent que 12 navires et (tout de même) 8.000 hommes.

Retentissement de Lépante
La victoire de Lépante a un immense retentissement dans la chrétienté car elle libère les Occidentaux de la peur ancestrale des Turcs.
Elle permet accessoirement au roi d'Espagne de se poser en champion de la Contre-Réforme catholique.
Pour Venise, cependant, Lépante a le goût amer d'une victoire à la Pyrrhus. Ruinée par l'effort de guerre et la suspension de son commerce avec l'Orient ottoman, la République se détache de ses alliés et négocie avec les Turcs. À ceux-ci, elle reconnaît la possession de Chypre, qui avait été pourtant son but de guerre, en échange de la reprise de son commerce.
Les Turcs n'ont guère de raison de se réjouir. Ils conservent l'île de Chypre malgré leur défaite mais ne sont plus en état de se lancer dans de nouvelles aventures.
Ce tournant est lourd de conséquences pour l'empire ottoman. Sa richesse ne reposait en effet que sur l'expansion territoriale et l'exploitation des nouvelles conquêtes, comme beaucoup plus tôt l'empire arabe. À la différence de l'Occident chrétien, il était incapable de se développer par lui-même. Dès lors que l'ère des conquêtes est close, il ne va plus cesser de s'appauvrir.
Marie Desclaux. http://www.herodote.net