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lundi 9 février 2009

L'écologie manipulée

La défense de l'environnement, cause noble par elle-même, est mise à toutes les sauces politiques; les Verts allemands s'apprêtent à attaquer le congrès FN de Strasbourg, le gouvernement et Marc lepage utilisent la crainte de la pollution à des fins électorales, et Greenpeace, depuis longtemps est une entreprise idéologique et financière. Quoi de plus touchant qu'un dauphin ou un bébé-phoque ?
Greenpeace s'est bâti une réputation sur ce type de campagne. Mais l'organisation est beaucoup moins respectable que l'on croit. Un jeune journaliste, Olivier Vermont s'est infiltré au sein de la pieuvre du lobby écolo, les témoignages qu'il rapporte sont accablants : on est loin de l'image du baba chevelu censé représenter Greenpeace (entre autres dans les bédés de Franquin et Bucquoy). Outre des complicités idéologiques très douteuses, Greenpeace est une machine à fric digne de la société capitaliste qu'elle honnit tant en paroles, comme le prouve la récente éviction de la responsable de la section française de Greenpeace, Pénélope Komites.
Greenpeace aime le vert, la couleur fétiche des écolos. A la différence près que le vert chéri par l'organisation est plutôt celui des billets américains. Lors de ses pérégrinations au siège de Greenpeace-France, Olivier Vermont trouvera une brochure à l'intention des jeunes : « récolter des fonds, c'est chouette ! » On ne forme jamais assez tôt les jeunes cadres. Amasser de l'argent c'est le seul but de Greenpeace. Ainsi, ceux qui sont chargés de récolter des fonds, les ''fundraiser'', sont virés en cas d'insuffisance de résultat, comme n'importe quel commercial d'une firme multinationale. Les lettres de soutien qui n'apportent pas de fonds partent directement à la poubelle. Les lettres d'enfants connaissent le même sort, mais, « traitement de faveur », leur papier est recyclé.
Greenpeace est une multinationale : elle emploie 1 000 salariés, possède 33 bureaux nationaux et des agents dans 158 pays. Seuls ont le droit de vote au sein de la maison mère les filiales qui offrent 24 % de leurs bénéfices à Amsterdam (le QG de Greenpeace) ; à savoir les sections allemande, australienne, autrichienne, espagnole, américaine, néo-zélandaise, néerlandaise, britannique, suédoise et suisse. Le tiers monde, plus grave, n'a droit qu'à un représentant par continent. La France a perdu sa place en 1987.
$ Greenpeace aime le rouge
Excédé par le comportement des amis de Cohn-Bendit, Franz-Josef Strauss, le taureau de Bavière, avait un jour comparé les écolos aux pastèques, parce qu'ils sont verts à l'extérieur et rouges à l'intérieur. Il est vrai que le patron de Greenpeace, Théo Bode, a des liens très étroits avec les marxistes. Ami personnel de Mikhlaïl Gorbatchev, il n'a accordé que des fonds symboliques (1,3 million de francs) à Greenpeace-Moscou alors que l'environnement est gravement pollué en ex-URSS. Ayant rencontré un vieux militant allemand écœuré de cet état de fait, le journaliste fut emmené par ce dernier en Estonie, afin de constater l'indifférence de Greenpeace aux vrais problèmes. A Paldiski, les Russes font encore fonctionner deux réacteurs nucléaires vétustes. La base de Narva est la quatrième source européenne de pollution. Deux sous-marins nucléaires russes pourrissent dans le port. Les deux centrales électriques, fonctionnant au schiste bitumineux (l'Estonie en fournit 60 % de la production ex-soviétique), rendent toxique l'air de la ville. Dans la mer de Barents, gisent 52 sous-marins nucléaires hors d'usage. 28 590 m³ de déchets radioactifs et 29 095 éléments combustibles usés ont été jetés dans l'eau. Pour avoir dénoncé ce scandale, l'amiral Alexandre Nikitine a été arrêté. Dans l'indifférence totale de Greenpeace... Il est vrai que le responsable de Greenpeace-Moscou, Alexei Lablokov, est membre du cabinet d'Eltsine.
Greenpeace aime aussi Pékin, où Bode avait d'importants contacts dans la hiérarchie du PCC au temps où il travaillait dans le privé, pour les groupes sidérurgiques allemands. Ce qui explique le peu d'empressement que montra Greenpeace a dénoncer les atteintes à l'environnement faites en Chine populaire...
En France, Greenpeace est liée à l'extrême gauche et au parti communiste. Ainsi, elle collabore fréquemment avec le MRAP, le PCF et la LCR et possédait un siège clandestin au... 7 rue du Dragon, dans le fameux squat où les nervis de l'ultra-gauche paradaient. Beaucoup de militants de Greenpeace sont proches de l'extrême gauche, certains Allemands étant par ailleurs liés à des groupes terroristes gauchistes...
$ Greenpeace, not love
Greenpeace est organisée comme un groupe paramilitaire. Les militants du siège parisien sont tenus au silence le plus absolu sur leurs activités, les nouveaux adhérents doivent remplir une véritable fiche de police, avec revenus, niveau scolaire des enfants, sports pratiqués... L'organisation possède son propre réseau de communication (la Greenlink) et tous ses fichiers ordinateurs sont munis de judas. Ainsi, à tout instant, l'on peut savoir si tel ou tel fichier a été ouvert et quand; mais aussi, on peut «contrôler» le texte qui est sur un autre ordinateur, grâce au système File Maker 2.1.
Greenpeace international possède ses propres camps d'entraînement où les militants de choc, équipés de matériel est-allemand, apprennent les techniques commandos. Situé près de Hambourg, le camp principal a formé environ mille hommes, à raison de 50 par «classe». Sous le commandement de Harald Zindler, les sections d'assaut de Greenpeace, essentiellement des Allemands et des Néerlandais, sont soumises à un traitement digne des Marines... : douche froide, nuits blanches, café brûlant, footing en tenue de combat, descente de grues en rappel et... passages à tabac. Les militants reçoivent des cours de guerre psychologique afin de pousser à bout les forces de l'ordre, attirer la répression et ainsi jouer les martyrs.
Greenpeace se livre aussi au fichage et à l'espionnage : elle possède les plans de l'Elysée, y compris les heures des rondes et l'identité des 252 gardes républicains ; elle peut se procurer n'importe quel numéro de téléphone sur la liste rouge, elle possède des fichiers sur tous les élus de l'Assemblée nationale et du Sénat, des journalistes « aux ordres » dans divers journaux (Le Figaro, Le Monde, Libération, The Times et bien sûr Charlie Hebdo). Plus inquiétant, elle possède une équipe de sabotage à la centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime) ; et ses liens avec le groupe UDB, des indépendantistes bretons, lui permettent d'avoir des renseignements sur les bases de Brest et Saint-Nazaire. Autres informations sensibles détenues par Greenpeace : la liste des agents de la DGSE ayant coulé le Rainbow Warrior (nom de combat inclus), la liste des ouvriers ayant construit le SNLE Triomphant et la liste du personnel de la FOST et du centre de la Hague !
Pour émouvoir l'opinion publique et récolter plus de fonds, Greenpeace n'hésite pas à filmer des images d'animaux mis à mort... par leurs propres soins. Ainsi, le cinéaste islandais Magnus Gudmunsson révéla la supercherie dans deux films, Survival in the high north et Reclaiming paradise. Pour les besoins de la cause, Greenpeace a massacré des bébés phoques, assassiné un bébé dauphin et, dans le film Good bye Joey, torturé à mort des kangourous.
$ Tortionnaires, menteurs, escrocs
Les « cautions scientifiques » de Greenpeace sont douteuses : le CNRS, dont les membres n'ont de savants que le nom (on trouve même une disciple du gourou de la secte de Mandarom). Selon le journaliste, les dossiers de Greenpeace ne sont que poudre aux yeux : ainsi, la soi-disant « augmentation massive des cas de tyroïde » en PACA suite à Tchernobyl ne repose sur aucun éléments sérieux et a été contesté par l'ensemble du corps médical.
Les deux autres «arnaques» de Greenpeace sont la fameuse voiture Gringo et le frigo Greenpeace. La Gringo fut ni plus ni moins que le vol caractérisé de la voiture à faible consommation « Vesta 2 » mise au point par Renault en février 1993. Mais comme pour le Concorde, les Français avait été plus malins que prévu et Greenpeace ne put jamais percer les secrets du moteur. Coût de l'opération : 8,5 millions de francs pour un échec total. Quant au frigo «écologique» de Greenpeace, fabriqué par l'entreprise est-allemande Foron, n'eut pour acheteur... que la Chine populaire. Greenpeace n'hésite pas à s'allier avec lkéa, pilleur des forêts tropicales et exploiteurs d'enfants (selon le journaliste... ) et a passé un contrat avec Daimler : achat du coton de Greenpeace-Australie contre silence sur sa pollution... Obsédé par l'argent, Greenpeace n'hésite pas à gruger ses militants : l'un de ses fondateurs, David Mac Taggart, a volé la fortune de sa troisième femme.
L'opération d'achat de parcelle de terre pour s'opposer au tunnel de Somport profita surtout à Greenpeace. De plus, sur chaque billet de 100 francs versés à l'organisation, seul 6 francs servent à la protection de l'environnement. Le vrai visage de Greenpeace, qui survient après le scandale de l'ARC... montre que la pollution, à l'instar du racisme et du cancer, fait vivre beaucoup plus gens qu'elle en tue...
✍ Henri de FERSAN National Hebdo Semaine du 13 au 19 mars 1997
L'illustration de Greenpeace vu par Franquin est dans Gaston Lagaffe n° 14 : La saga des Gaffes.

jeudi 9 octobre 2008

Le coût de l'avortement

L'avortement pose un problème moral personnel, que chacun tente de résoudre selon ses croyances et opinions. Mais, sachons-le, il y a par-delà les clivages idéologiques une dimension économique au dilemme posé. D'après des estimations de la Banque mondiale, dans moins d'une génération, en 2025, la population du Nord devrait avoir baissé de 29 millions, alors que celle du Sud aura augmenté de 1,6 milliard. Les conséquences sur les pays de l'Europe de l'Ouest sont incalculables. Pourquoi ? Une étude sur l'avenir de la démographie mondiale et ses répercussions économiques récemment publiée va à l'encontre des idées reçues. Selon cette étude de la BNP, la forte croissance démographique dans le monde et particulièrement en Asie au cours des prochaines décennies devrait entraîner un déplacement de richesses des pays développés vers les pays émergents. L'appauvrissement de l'Europe est subséquemment inévitable. La Terre devrait compter 9 milliards d'individus ou plus d'ici à 2050 (contre 6 aujourd'hui), soit une croissance de 50 %, essentiellement concentrée en Asie et en Afrique, tandis que la population des pays développés devrait plafonner à 1,26 milliard de personnes.
En 2050, les plus de 60 ans seront 2 milliards et la proportion des inactifs par rapport aux actifs devrait passer de 11 % aujourd'hui à plus de 25 % en 2050 dans le monde. Ce choc démographique va induire un déplacement des richesses spectaculaire.
Avec le taux de fécondité le plus faible du monde, l'Europe devrait être la plus touchée, avec un manque à gagner estimé à 18 % (soit 0,35 % par an) suivie par l'Amérique du Nord (9,3 % soit 0,2 % par an). Tous les pays d'Europe occidentale sont menacés d'un appauvrissement sensible, avec une baisse du revenu par tête allant de 9 à 23 % selon les cas. Dans un tel contexte, le rapport 2008 intitulé l'« évolution de la famille en Europe » dressé par l'Institut de Politique Familial (IPF) présente des chiffres édifiants.
Il y a en Europe un avortement toutes les 27 secondes, et un divorce toutes les 30 secondes, pour un résultat de près d'un million de naissances en moins par rapport à 1980. Entre 2000 et 2007 la population de l'Union européenne a augmenté de 14,2 millions de personnes, mais 84 % de cette croissance (12 millions de personnes - "officiels") sont dus à l'immigration. Chaque année, l'Europe enregistre à cause de l'avortement, une baisse de population égale à celles que comptent le Luxembourg, Malte, la Slovénie et Chypre additionnés ; c'est-à-dire qu'un enfant sur cinq conçus (20 %) ne voit pas le jour. Sur 6 390 014 de grossesses en 2004, 1 167 683 ont été interrompues. Or, au risque de choquer ceux qui trouvent l'avortement du dernier chic, il y a un coût à ces cadences infernales : il se trouve que l'immigration a été la méthode choisie depuis 1975 pour suppléer à la défaillance des naissances, celle-ci s'expliquant par un ensemble de facteurs purement sociétaux qui frappe tant le monde occidental (modèle hédoniste axé sur la consommation, reconnaissance juridique du modèle homosexuel, affaiblissement des aspirations spirituelles, mais aussi difficultés de logement dues à la montée de l'immobilier ces trentes dernières années, etc.). L'immigration a certes été un leurre commode pour masquer les implications économiques du non-renouvellement des générations. Elle permet la survie artificielle du système de retraite par répartition, structurellement en faillite, mais à quel prix ? Les estimations convergentes de différentes études sur le sujet - incontestées et reprises dans la presse économique française - tournent toutes autour du chiffre ! probablement assez timide de 50 milliards d'euros par an de perte sèche pour la France. Les causes en sont au principal le taux de chômage des populations immigrées (entre 30 et 40 %) et les dispositifs d'aides subséquents (logements, santé, RMI, CMU, écoles, etc.) qui s'additionnent à proportion du dénuement et de la fertilité. Si, par hypothèse, la France cessait donc de recourir à l'immigration comme méthode de résolution du problème de la natalité, on arriverait au résultat assez incroyable que 85 % de son déficit public annuel serait résorbé ... Nous devons ajouter que le coût d'un avortement par voie médicamenteuse est d'environ 400 euros, et par intervention chirurgicale du double au moins, ce qui, multiplié par 200 à 250 000 actes chaque année fait tout de même une somme située entre 100 et 200 millions d'euros, que la Sécurité sociale, bonne fille, rembourse à hauteur de 80 %.
Dans ces conditions, sans heurter les convictions des adeptes de la liberté totale sur cette question, vécue comme un triomphe du droit citoyen, limiter - fût-ce d'une façon marginale - le remboursement de l'avortement aurait un effet forcément dissuasif. Ainsi, la baisse du nombre des actes abortifs pourrait être envisagée par des gouvernants avisés en matière de finances publiques comme une piste intéressante, sachant que l'avenir passe d'une part par la réduction drastique de l'intenable dette actuelle (1 300 milliard d'euros), et d'autre part par un sursaut démographique vital sur le plan économique.
Deux cas viennent à l'esprit : la raison futile, comme par exemple le départ en vacances, n'ouvrirait pas droit au remboursement ; chez les multirécidivistes de la chose (20 % des cas selon le Planning Familial), limiter le nombre d'avortements successifs remboursés ne semble pas liberticide non plus.
A cela s'ajoute un problème culturel : au rythme actuel de l'immigration, une étude démographique menée en 2004 par deux chercheurs du CNRS a clairement montré qu'en 2030, 42 % au moins des naissances en France seront le fait de personnes « issues de l'immigration » (sic).
Mais là, nous touchons à un autre enjeu, politiquement incorrect, où le couscous remplace à terme la poule au pot.
Grégoire DUHAMEL. Rivarol du 27 juin 2008

dimanche 26 août 2007

DE LA RELATIVITÉ DES RÉPUTATIONS: EINSTEIN OU POINCARÉ

Les libraires des sous-préfectures ont de la chance : les œuvres complètes d'Albert Einstein seront bientôt disponibles en langue française, grâce au CNRS et aux éditions du Seuil. Quant à ceux, parmi leurs clients, qui souhaiteraient aussi acquérir les ouvrages de Louis de Broglie ou de Henri Poincaré, ils devront attendre que le Centre national de la recherche s'y intéresse, c'est·à-dire patienter jusqu'à une date indéterminée, au XXle ou au XXlle siècle.

Pourquoi Einstein sur fonds publics français ? Et pourquoi maintenant ? A la vérité, il en va pour lui comme pour certaines boules de billard: quand on les voit passer, il faut chercher celle qui a transmis le mouvement. Dans le cas d'Einstein, le moteur s'appelle Henri Poincaré, un génie français méconnu, resté dans les cartons poussiéreux de la mémoire scientifique jusqu'à ce qu'on l'exhume récemment pour cause de perspicacité incontournable. Depuis une dizaine d'année, en effet, les physiciens et les biologistes intéressés par la mathématique des évènements aléatoires se rendent compte qu'ils lui doivent tout. Voilà près d'un siècle (Théorie du tourbillon, 1893) qu'il a mis au point les outils dont ils se servent. Et personne n'a songé à lui rendre un hommage posthume.
Du côté des einsteiniens pur beurre, le retour à Poincaré inquiète : on risque en effet de découvrir que l'invention de la relativité n'est pas attribuable à leur idole, mais à Poincaré qui l'a précédé de quelques années. Pourquoi, dira-t-on, l'auteur lui-même n'a-t-il pas insisté de son vivant pour le faire savoir ? C'est que Poincaré, comme beaucoup de génies authentiques, avait l'intelligence généreuse, et ne cessait de pondre du nouveau sans se soucier outre mesure du sort médiatique de ses œuvres. En outre, la mécanique relativiste n'est devenue à la mode qu'après sa mort intervenue en 1912. Poincaré a eu le savoir-faire, mais pas le faire-savoir.

L' ANTÉRIORITÉ DE POINCARÉ

Pour autant, si l'on reprend la chronologie des évènements intellectuels de la fin du XIX' siècle, les choses sont claires. Remontons à 1885. Le roi Oscar II de Suède organise un concours. Non une eurovision de la chanson, mais un défi sur le thème du problème des n-Corps. Un siècle avant les Grimaldi de Monaco, les têtes princières s'intéressaient plus à la physique qu'au showbiz. De quoi s'agissait-il? Soient le Soleil et la Terre. Peut -on calculer raisonnablement l'influence de l'un sur le mouvement de l'autre ? Question simple pour les spécialistes : la loi de gravitation de Newton un peu améliorée donne la solution: Mais si l'on repose la même question avec trois corps : la Soleil, la Terre et la Lune, par exemple, la réponse devient beaucoup plus compliquée. Et le problème est considéré comme insoluble si l'on veut tenir compte en même temps des dix planètes du système solaire ou, plus généralement, de 17 corps en nombre indéterminé.
Poincaré, le premier, explique pourquoi il n'existe pas de solution finie au problème des n-corps, et propose une approximation restée sous le nom de «conjecture de Poincaré ». Les membres du jury sont émerveillés de la puissance d'esprit de ce mathématicien trentenaire. Et le grand Karl Weierstrass, auteur d'une célèbre théorie des fonctions et membre du jury, prédit « une ère nouvelle dans la mécanique céleste ».
Les premiers bouleversements sont confirmés en 1896 par Poincaré lui-même. Dans une conférence adressée au premier Congrès international de mathématiques réuni à Zurich, il note : « L'espace absolu, le temps absolu, la géométrie euclidienne même, ne sont pas des conditions qui s'imposent à la mécanique; on pourrait énoncer les faits en les rapportant à un espace non euclidien... » Voilà déjà en germe l'espace à quatre dimensions. Or. remarquera utilement qu'un jeune étudiant entrait à l'époque en première année au Polytechnicum de Zurich : un certain Albert Einstein. A-t-il assisté au Congrès? Silence prudent des biographes officiels.
Deuxième temps : la publication par Poincaré de La science et l' hypothèse en 1902. Dans ce livre, il avance des notions nouvelles en mécanique céleste, et principalement ceci: « L'état de corps et leurs distances mutuelles à un instant quelconque dépendront seulement de l'état de ces mêmes corps et de leurs distances à l'instant initial, mais ne dépendront nullement de la position absolue initiale du système et de son orientation initiale. C'est ce que je pourrai appeler la loi de relativité. » A quoi il ajoute: « Un pareil énoncé est indépendant de toute interprétation des expériences. Si la loi est vraie dans l'interprétation euclidienne, elle sera vraie aussi dans l' interprétation non euclidienne. »
Dans son article des Annalen der Physik, rédigé en juin 1905 et considéré comme fondateur de la mécanique relativiste, Einstein écrira : « Les lois de l'électrodynamique et de l'optique seront également valables pour tous les systèmes de référence dans lesquels les équations de la mécanique sont valables. Nous érigerons cette conjoncture (dont nous appellerons, dans ce qui suit, l'énoncé: Principe de relativité) en postulat ... » A trois ans de distance, on constate une évidente priorité pour Poincaré dans des énoncés extrêmement proches, priorité qui n'est toujours pas reconnue au mathématicien français.
On peut se demander, à ce propos, si Einstein avait lu l'ouvrage de Poincaré, et si, par exemple, il avait pu s'en « inspirer ». Son biographe et condisciple Maurice Solovine, qui rédigera plus tard une bonne partie de l'hagiographie einsteinienne, est formel sur ce sujet : Einstein et quelques amis avaient lu La science et l' hypothèse à Berne avant 1905; et Solovine d'avouer que c'était« un livre qui nous avait profondément impressionnés et retenus en haleine pendant de longues semaines ». Il devient, dans ces conditions, difficile d'affirmer que l'article d'Einstein de 1905 relève d'un cas de génération spontanée des idées, unique dans les annales de l'histoire des sciences ...

PAS DE GÉNÉRATION SPONTANÉE DES IDÉES

Pour fonder la priorité de Poincaré, on peut encore citer deux textes importants. Tout d'abord une conférence de 1904 au Congrès des Arts et Sciences de Saint-Louis, dans laquelle il indique que dans une mécanique nouvelle les surfaces d'onde pourraient ne plus être des sphères mais des ellipsoïdes ; c'est la première intuition de la courbure de l'espace. Puis un mémoire sur la dynamique de l'électron, adressé en juillet 1905 aux Comptes-rendus du cercle mathématique de Palerme, publié en 1906 seulement. Poincaré y indique à propos des célèbres expériences de Michelson sur le mouvement de la Terre dans l'espace, et à propos des commentaires qu'en fit le physicien hollandais Hendrik Lorentz : « Il semble que cette impossibilité de mettre en évidence expérimentalement le mouvement absolu de la Terre soit une loi générale de la nature ; nous sommes naturellement porté à admettre cette loi, que nous appellerons le Postulat de Relativité et à l'admettre sans restrictions. » Sur cette base, Poincaré introduit dans la théorie une quatrième dimension de l'espace, fondement de la relativité générale que Minkowski ne développera qu'en 1907-1909 pour donner un cadre mathématique cohérent aux travaux de son élève Einstein.
Une note résumant cet article, adressée à l'Académie des Sciences de Paris, fut débattue le 5 juin 1905, soit vingt cinq jours avant l'expédition par Einstein de son mémoire « fondateur» aux Annalen der Physik. Poincaré y expliquait déjà qu'il fallait considérer que la propagation de la gravitation n'est pas instantanée mais « se fait avec la vitesse de la lumière ». Il prenait en outre parti pour la vitesse de la lumière comme référent dans tous les calculs de mécanique céleste, et donnait une solution mathématique au problème du mouvement relatif : la structuration en groupe abélien des équations de Lorentz. Dès lors, tout était en place.
En 1924, douze ans après la mort de Poincaré, le physicien Edouard Guillaume faisait republier les textes importants de son maître sur la mécanique nouvelle et considérait comme « incroyable » que son travail « génial» soit « à peu près inconnu et presque jamais cité ». A la fin d'un siècle qui aura été marqué presque entièrement par un Poincaré enfin redécouvert, il est temps de faire justice de quelques mythes de l'histoire de la relativité. Certes, il n'est pas étonnant que certains lobbies publicitaires, ceux-là même qui avaient poussé sa candidature à la présidence de l'Etat d'Israël en 1952, à la mort de Chaim Weizmann, militent en faveur d'Einstein et poussent à la publication des Œuvres complètes. Mais la chronologie exacte de l'invention de la théorie montre une belle supercherie.

Henri Poincaré, La mécanique nouvelle, Conférence, Mémoire et Note sur la Théorie de la relativité ; réimpression par la librairie Jacques Gabay, 151 bis, rue Saint-Jacques, 75005 Paris.
Albert Einstein, Œuvres complètes, CNRS-Le Seuil.
Jean-François Gauthier. Le Choc du Mois. Juillet-août 1991 • N° 42-43