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mercredi 29 octobre 2025

Le massacre des Arméniens par les Turcs à Adana, en 1909

 

Le massacre des Arméniens par les Turcs à Adana (1909)

Des malheureux par milliers étaient traqués à coups de fusils, de haches, de bâtons, si bien que dans certaines rues, il y avait des murailles de corps entassés et des fleuves de sang, écrit dans une lettre d’Adana, en date du 8 nov., M. Léopold Favre, le philanthrope genevois qui a visité le théâtre du sinistre pour y faire une enquête et distribuer aux survivants les secours du comité philarmène helvétique.

Le Journal de Genève, 20 décembre 1909

Un Jésuite, qui eut le courage de sortir pendant l’émeute, me montre un ruisseau où littéralement le sang coulait «comme l’eau après une pluie d’orage».

Au pays des massacres, par Jean d’Annezay, Blond & Cie, éditeurs, Paris.

Beaucoup de témoins racontent que des Arméniens furent attachés par les deux jambes, la tête en bas, et fendus à coups de hache, comme bêtes de boucherie. D’autres furent liés avec des cordes et étendus sur un lit de bois auquel on mit le feu ; d’autres encore furent cloués vivants sur les planchers, sur des portes, sur des tables.

Il y a aussi des jeux atroces, des farces sinistres. On prend des Arméniens, on les ligote, et sur leurs genoux immobilisés on découpe en tranches ou on scie leurs enfants. Le Père Benoît, de la mission française, rapporte un autre trait :

Les bourreaux jonglaient avec des têtes fraîchement coupées et même, sous les yeux des parents, ils lançaient en l’air des petits enfants qu’ils recevaient à la pointe de leurs coutelas.

Les supplices sont tour à tour grossiers ou savamment raffinés. On soumet certaines victimes à une série de tortures appliquées avec un art consommé, de manière à prolonger la vie dans la chair du martyr afin de faire durer la fête : on les mutile lentement, méthodiquement, en leur arrachant les ongles, en leur écrasant les doigts, en leur tatouant le corps au moyen de fers incandescents, puis on leur scalpe le crâne, enfin on les réduit en bouillie que l’on jette en pâture aux chiens.

À d’autres, on brise petit à petit les os, on les crucifie ou on les fait flamber comme des torches. Tout autour des patients, des groupes se forment qui se récréent à ces spectacles et applaudissent chaque geste des tortionnaires.

Parfois ce sont des abominations infernales, des orgies sadiques. On découpe à un Arménien les extrémités du corps, puis on l’oblige à mâcher ces morceaux de sa propre chair. On étouffe des mères en leur bourrant la bouche de la chair de leur propre enfant. À d’autres, on ouvre le ventre et, dans la plaie béante, on enfonce, après l’avoir écartelé, le petit que tout à l’heure elles portaient dans leurs bras.

En 1895 des supplices analogues furent infligés aux Arméniens. C’est ainsi qu’à Malatia et ailleurs, on a détaillé sur la place publique de la chair d’Arménien en découpant le patient encore vivant. Les tortionnaires d’Adana ont cependant surpassé ceux des précédents massacres.

M. Antonio Scarfoglio, envoyé spécial du Matin à Adana, a publié dans ce journal (numéro du 5 juin 1909 et numéro du 7 juin 1909) deux récits détaillés des horreurs qui y ont été perpétrées. Voici un extrait du récit en question. « … On passait aux femmes après les hommes, après les maris. On les déshabillait, on leur coupait les pointes des seins qu’on obligeait les enfants à mâcher. Des fois, ils leur promettaient la vie sauve pourvu qu’elles baisassent le canon du fusil, et alors ils leur déchargeaient l’arme dans la bouche ; d’autres fois encore, ils les violaient seulement, puis les chassaient nues à travers les rues à coups de crosse.

Dans une ferme, ils avaient surpris toute la famille Burdikian composée du mari, de la femme, de deux enfants mâles et d’une fillette de six ans. La femme, âgée de vingt-huit ans, s’était jetée à leurs pieds en criant pitié. Ils avaient souri et lui avait répondu : « Nous aurons pitié, nous aurons pitié, tu vas voir. » Eux, ils dansaient et chantaient, autour du bûcher humain, des hymnes chrétiens.

Puis, ayant lié le mari au pied du lit, ils avaient pris la femme, l’avaient mise complètement nue et, avec trois gros clous, l’avaient clouée au mur, un clou pour chaque main, un pour les pieds.

Avec la pointe d’un yatagan ils avaient tatoué sur son ventre un des symboles chrétiens ; puis tandis que, folle d’épouvante, elle se taisait et regardait de ses yeux écarquillés, ils avaient conduit le mari devant elle au milieu de la chambre, l’avait déshabillé, l’avaient enduit de pétrole et l’avaient allumé comme une torche.

Le corps avait pris feu gaiement en grésillant, les cheveux avaient fait une flambée, la chair était calcinée et détachée avant qu’il ne mourût… Eux, ils dansaient et chantaient, autour du bûcher humain, des hymnes chrétiens. Les enfants pleuraient dans un coin, la femme regardait du haut de son mur, les bras ouverts, tout son jeune corps offert, avec son ventre sanglant, devenu tabernacle. Puis on lui avait coupé les seins et forcé les enfants à sucer cette chair saignante, on lui arracha les ongles, on lui coupa les doigts, lui trancha le nez, lui brûla les cheveux. Enfin, sous ses yeux d’agonisante, on scia la tête aux enfants mâles, on violenta la fillette, puis on leur enleva le foie et le cœur, que l’on mit dans la bouche de la mère en criant : «Sainte Vierge Marie, sauve-les ! Viens, descends. Ne vois-tu pas qu’ils meurent ? C’est le cœur, tu sais, que tu manges, le cœur de tes fils, tes fils chers, que tu aimais tant, de tes fils, si jolis, si blonds ! …»

On l’acheva à coups de hache.

Et encore et encore.

Adossidès A., Arméniens et Jeunes Turcs, P.V. Stock Editeur, Paris, 1910

https://www.imprescriptible.fr/aram/armeniens-et-jeunes-turcs

Le Petit Journal, supplément illustré du 2 mai 1909

PS : Aujourd’hui encore, le gouvernement turc nie les faits et a fait récemment assassiner en 2007 Hrant Dink, un journaliste turc qui exigeait une repentance de son pays à propos de ces abominations.

À Istanbul et Ankara, des rues portent encore le nom des politiciens et militaires Turcs qui ont ordonné le génocide. Imaginez une rue Adolf Eichmann à Berlin ou à Francfort…

Propos recueillis par Elise Wack.

jeudi 2 février 2023

Arméniens, Assyro-Chaldéens, Vendéens, même combat ?

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Michel Festivi

Il y a plus de vingt ans, le parlement français, au grand dam du Sultan Erdogan, avait reconnu le génocide arménien, et ce n’était que justice ! On ne peut que regretter que cette reconnaissance légitime, n’ait pas été suivie de faits concrets, loin s’en faut, dans la défense de l’Arménie en proie à la volonté Azérie de la détruire. Très peu de pays ont apporté leur aide à cette très ancienne enclave chrétienne (qui existe depuis l’an 311) dans le Caucase, enserrée dans un océan islamiste, qui n’a qu’une idée en tête la faire disparaître, sans que cela n’émeuve beaucoup nos européistes mondialisés. La papauté a été aussi d’une discrétion de violette au regard du calvaire d’Erevan, et de l’enclave du Haut-Karabakh, pourtant le Pape François n’hésite pas à élever la voix dans la défense des migrants illégaux.

L’on comprend mieux alors, que le minuscule état d’Israël n’ait pas d’autres options que celles qu’il adopte actuellement, pour survivre, lui aussi encerclé par des ennemis sunnites ou chiites qui veulent l’anéantir.

Le peuple arménien a subi l’un des pires cataclysmes de son histoire récente, par une volonté affirmée des Ottomans, de le réduire en poussière, parce que chrétien, et ce à l’égal de la Shoah.

Mais les arméniens ne furent pas les seuls à subir les foudres des volontés islamistes de faire disparaître des chrétiens partout où ils se trouvaient en Orient ou en Asie. Les Assyro-Chaldéens ont subi un sort identique.

Justement, le Sénat français doit prochainement débattre d’une proposition de loi déposée par Bruneau Retailleau et Valérie Boyer, proposition signée par 70 Sénateurs, pour la reconnaissance de ce génocide. Un homme est à la pointe de ce combat, c’est Joseph Yacoub, professeur honoraire de sciences politiques à l’Université Catholique de Lyon et auteur de nombreux ouvrages sur ce sujet.

Car sous l’Empire Ottoman, de 1915 à 1918, un autre génocide s’est produit, celui des Assyro-Chaldéens, et « plus de la moitié d’une population estimée à 500 000 personnes fut martyrisée ». Comme le relève Joseph Yacoub dans une tribune du FigaroVox du 24 janvier 2023, « ce fut une politique d’élimination concertée et planifiée, appuyée par une abondante documentation en plusieurs langues. »

Cette proposition de loi, proposition de résolution en vertu de l’article 34-1 de notre constitution, invite le gouvernement français à reconnaître officiellement cette extermination de plus de 250 000 personnes par le gouvernement Jeunes-Turcs de l’époque, comme génocide. Cette loi, si elle était votée, ferait également du 24 avril la date commune de la commémoration des génocides arméniens et assyro-chaldéens.

Gageons que les autorités turques devenues totalement islamisées, et tous les islamo-gauchistes de nos assemblées vont monter au créneau pour s’opposer à cette proposition.

Car Erdogan, qui a transformé unilatéralement la lumineuse Cathédrale Sainte Sophie en mosquée, avait déclaré : « nos mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats », reprenant ainsi un poème turc.

Pourtant en 1934, Mustafa Kemal avait fait de Sainte Sophie « un musée offert à l’humanité ».

Selon Jacques Benoist-Méchin, le Père de la Turquie Moderne aurait déclaré : « Depuis plus de 500 ans, les règles et les théories d’un vieux Sheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’islam, cette théologie absurde d’un bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. » In « Mustafa Kemal ou la mort d’un empire » de Jacques Benoist-Méchin.

Mais l’on sait qu’Erdogan a mis à bas toute la construction laïque de la Turquie, que Kemal Atatürk et ses successeurs avaient élaborée vaillamment depuis 1923, en interdisant le port du fez et du voile, en adoptant l’alphabet latin, en promouvant la scolarisation des femmes, et en reléguant hors de l’espace public les mollahs de toutes espèces, faisant de l’Armée turque la gardienne de cette laïcité.

Car ces génocides ont bien pour fondement des sourates du coran, qui très clairement, édictent l’anéantissement de tous ceux qui n’ont pas rejoint l’islam. « Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez tous les infidèles partout où vous les trouverez… » S 3, V 32. Ou encore : « Certes ceux qui ne croient pas à nos versets nous les brûlerons bientôt dans le feu. Chaque fois que leurs peaux auront été consumées, nous leur donneront d’autres peaux en échange afin qu’ils goûtent au châtiment. Allah est certes puissant et sage. » S4, V 55-56.

Claude Sicard un spécialiste des textes coraniques explique cette logique islamique : « Mahomet ayant révélé à ses disciples que les chrétiens sont totalement dans l’erreur : Jésus n’est pas le fils de Dieu, il n’est pas mort sur la Croix, et le concept de Trinité relève du polythéisme. Les chrétiens encore qualifiés de « gens du livre » seront admis dans la société… mais on les traitera en citoyen de second rang, et on leur appliquera une fiscalité spécifique particulièrement dissuasive. » in le FigaroVox du 21 janvier 2016. Sachant qu’aujourd’hui en Turquie, il ne reste qu’environ 1% de chrétiens, contre plus de 40% en 1914.

Mais alors, pourquoi en titre, évoquer le « génocide Vendéen » ? Parce que l’actualité se télescope. Dans son article du 30 janvier dernier sur le site Eurolibertés, Philippe Randa nous a magistralement rendu compte de la « folie » furieuse qui s’est emparée des médias de gauche et des pseudo intellectuels ou journalistes de gauche qui n’ont pas eu de mots assez ineptes à la suite de la sortie en salle du film « Vaincre ou Mourir », pour le dézinguer, film qui relate un épisode des guerres de Vendée et des exploits de l’un de ses chefs emblématiques, François-Athanase de Charette. Il faut absolument aller voir ce film produit par Le Puy du Fou. Philippe de Villiers vient d’ailleurs de demander officiellement au Président Macron de « reconnaître le génocide Vendéen ».

Or Soljenitsyne, qui était venu en Vendée il y a plusieurs années, avait fait une analyse des plus pertinente sur la ressemblance entre les révoltes paysannes vendéenne et les révoltes paysannes russes contre les bolchéviques : « Pour moi, la Vendée est un symbole important : c’est l’analogie exacte de nos deux grandes révoltes contre les révolutionnaires et contre les bolchéviks ». Et il a mis en parallèle, l’insurrection paysanne russe de la région de Tambov en 1920/1921 qui eut pour leader Alexandre Antonov, révolte qui fut matée dans le sang, comme en Vendée.

Dans son fameux discours des Lucs, Soljenitsyne approfondira cela : « De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement réappliqués sur le corps de la Russie par les communistes léniniens et par les socialistes internationalistes ; seuls leur degré d’organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des Jacobins. » On le sait, et les travaux de Stéphane Courtois l’ont largement démontré (Exemple : « Lénine l’inventeur du totalitarisme » publié en 2017), Vladimir Ilitch Oulianov avait les yeux de Chimène pour les plus mortifères des révolutionnaires français comme le sinistre Robespierre, et il s’est inspiré de la « terreur révolutionnaire » française pour asseoir son pouvoir totalitaire.

Car en matière de génocide, tout se tient. Raphaël Lemkin, professeur de droit américain d’origine juive polonaise a été le premier à définir juridiquement ce phénomène, en étudiant justement les exterminations des Arméniens, des Assyro-Chaldéens, les massacres d’Assyriens en 1933 en Irak, puis, les crimes contre l’humanité perpétrés par les nazis contre les juifs et les tziganes.

Gracchus Babeuf, qui fut un révolutionnaire patenté, écrira en 1794 en plein massacre vendéen, un ouvrage : « Du système de dépopulation ou la vie et les crimes de Carrier », il nomme l’ensemble de ces crimes, commis par Carrier à Nantes, sous les ordres du Comité de Salut Public, comme étant un populicide. Cela sera repris tout dernièrement en France par l’excellent ouvrage de Jacques Villemain, diplomate et juriste, ayant travaillé à la Cour internationale de Justice à La Haye « Vendée 1793-1794 : Crime de guerre ? Crime contre l’humanité ? Génocide ? Une étude juridique » Edition du Cerf, où il démontre que si les massacres vendéens avaient eu lieu « aujourd’hui », le droit pénal international les qualifierait de « génocide », n’en déplaise à l’université française qui une fois de plus s’est couchée devant les totalitarismes communistes ou islamistes, mais on n’y est habitué.

 Sauf à relever ceux qui ont sauvé l’honneur de la pensée française, comme Reynal Secher, docteur d’Etat en Histoire et sa « La Vendée-Vengé, le génocide franco-français » publié en 1985, qui fut approuvé ardemment par notamment, Pierre Chaunu, Jean Tulard, Emmanuel Le Roy Ladurie, Stéphane Courtois, susnommé, qui avait relevé que Lénine a comparé « Les cosaques à la Vendée pendant la Révolution française et les a soumis avec plaisir à un programme que Gracchus Babeuf, l’inventeur du communisme moderne, a qualifié en 1795 de populicide ».

En 2012, Reynald Secher, après avoir retrouvé aux Archives nationales de nouveaux documents inédits, démontra, que ce génocide Vendéen avait été conçu, voté et mis en œuvre par le Comité de salut public (Vendée : « Du génocide au mémoricide » Editions du Cerf.)

Reynald Secher fut également soutenu directement ou indirectement par l’ancien rédacteur allemand de Die Zeit Michael Naumann, qui déclara le 28 janvier 2000 à Stockholm, lors d’un congrès officiel où il représentait son pays : « Le terme populicide a été inventé par Gracchus Babeuf en 1795 qui décrivait l’extermination de 117 000 fermiers de Vendée » ; par l’écrivain Michel Ragon, qui cite dans son livre : 1793 l’insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté publié en 1992, l’envoyé du Comité de Salut Public le dénommé Francastel qui avait fait afficher à Angers la proclamation suivante : « La Vendée sera dépeuplée… Mes frères que la terreur ne cesse d’être à l’ordre du jour et tout ira bien, salut et fraternité », ou encore Carrier le massacreur de Nantes le 12 décembre 1793 : « il entre dans mes projets…d’en exterminer tous les habitants… ».

De nombreux députés ont également proposé au vote de l’Assemblée nationale, plusieurs propositions de lois pour faire reconnaître ce génocide vendéen. Il faut lire l’exposé des motifs de celle soumise le 16 janvier 2013, relative à la reconnaissance du génocide vendéen et signée par des hommes et des femmes aussi divers que Alain Marleix, aujourd’hui Président du Groupe Les Républicains, Marion Maréchal, Lionel Luca, Véronique Besse, Jacques Bompard, Yannik Moreau etc. Tout y est magistralement résumé, comme dans celle déposée en 2008 par de très nombreux députés dont Hervé de Charette, ou en 2018 par Mesdames les députés Emmanuelle Ménard et Marie-France Lorho.

Car quelque que soit l’idéologie, religieuse ou politique ou les deux, lorsque le totalitarisme affleure, le génocide n’est malheureusement jamais loin.

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2023/02/02/armeniens-assyro-chaldeens-vendeens-meme-combat-6426104.html

mardi 27 avril 2021

De la reconnaissance d'un génocide

  

Le 24 mars est traditionnellement l'occasion de commémorer le génocide arménien. Il se réfère à la décision du gouvernement jeune-turc en 1915, et particulièrement aux ordres donnés par Talaat Pacha[1], d'éradiquer, de déporter et d'entamer un processus visant clairement à l'extermination des populations arméniennes d'Anatolie.[2]

Personne ne peut ignorer qu'au moins 1,5 million, probablement 2 millions d'Arméniens furent tués en même temps qu'eux des centaines de milliers de chrétiens d'Anatolie, des diverses confessions, Grecs, Assyriens ou Syriaques. Ce processus qui avait commencé, 20 ans plus tôt, dès 1894-1896, sous le règne d'Abdülhamid II (1842-1918)[3]. Celui-ci avait reçu, du fait de ses crimes, le surnom de Sultan Rouge. Et c'est pour ce personnage qu'Erdogan professe une nostalgie sans réserves.[4]

Dès la première guerre mondiale le consul américain Morgenthau avait alerté le monde sur l'horreur des déportations ordonnées par Talaat. En cette année 2021, enfin traduit dans notre langue, le livre de l'historien turc Taner Akçam, contraint à l'exil, permet au public français de prendre connaissance des preuves irréfutables de leur programme d'extermination.[5]

Pendant très longtemps la plupart des gouvernements ont hésité à reconnaître ce génocide. Le mot n'est d'ailleurs apparu qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour les raisons que l'on sait[6]. Le Parlement européen, en 1979, connut un terrible débat à ce sujet. Mais, depuis, et la France, et l'Allemagne, et la Russie ainsi que quelque 30 pays ont reconnu officiellement les faits.

Pourtant, les États-Unis ne l'avaient pas fait avant décembre 2019. À cette date, le Congrès adopta dans ce sens, bloqué jusqu'alors, une proposition de Bob Menendez. Sénateur du New Jersey celui-ci a été élu en janvier président de la Commission des Affaires étrangères. Et c'est donc seulement 106 ans après les événements que le président Biden a enfin reconnu le génocide arménien.

La relation de la Turquie avec les États-Unis va s'en ressentir gravement. Plus précisément d'ailleurs cette dernière prise de position confirme la dégradation des relations turco-américaines mesurable à l'exclusion d'Ankara en 2019 du programme F-35 et aussi, quoique moins connue des Français, à l'affaire en 2018 de la violation par la Halkbank des sanctions américaines contre l'Iran.

Il va donc de soi que cette rupture entraînera de nombreuses conséquences, très lourdes pour la Turquie mais aussi pour l'OTAN.

L'alliance se poursuivra sans doute, mais dans un environnement très différent.

La question qui se pose est donc pourquoi cette déclaration tardive est-elle intervenue maintenant ?

Les observateurs considèrent plusieurs raisons.

D'abord, le président Biden entretient des relations très étroites avec la communauté arménienne d'Amérique ainsi qu'avec la communauté grecque. Cette reconnaissance faisait partie des promesses de campagne. Ajoutons à cela que les relations des gouvernements turcs avec ceux d'Israël, jusque-là corrects, se sont singulièrement et constamment dégradées depuis la sortie furieuse d'Erdogan contre Shimon Pérès au forum de Davos en 2009.

D'autre part c'est l'ensemble de la classe politique américaine que le comportement de Tayyip Erdogan est parvenu à indisposer. Avec sa rhétorique anti-occidentale, ses attaques contre Israël, sa relation sinueuse avec le Kremlin, le président turc a réussi l'exploit de rassembler, contre lui à Washington, les deux partis. Ses relations personnelles avec Donald Trump ne reflétaient aucunement le point de vue de la majorité du Parti républicain.

Ainsi, ses accords d'achats des S-400, mais aussi ses actions sur d'autres fronts, comme en Syrie ou en Libye, et dans une moindre mesure, en mer Égée et en Méditerranée orientale, affaiblissent constamment  même les soutiens dont son pays dispose, dans les milieux du Pentagone et dans d'autres centres de pouvoir à Washington traditionnellement attachés à l'alliance.

Plus encore, c'est le développement de ses liens avec le Pakistan et la Chine, beaucoup plus durables que son rapprochement conjoncturel et contre-nature avec la Russie, qui inquiètent plus légitimement encore les responsables géopolitiques américains.

Enfin l'idéologie du Président américain joue un rôle. Comme bon nombre de démocrates, et dans la tradition de Woodrow Wilson, Joe Biden entend fonder son action sur des principes et des valeurs. Il estime que pour qu'un pays soit un véritable ami et allié de l'Amérique - et pas seulement un interlocuteur ponctuel - il doit montrer son respect des libertés et des droits de l'homme, et suivre son comportement international.

Avec la Turquie d'Erdogan on est loin du compte.

JG Malliarakis  

Apostilles

[1] Talaat Pacha (1874-1921), le ministre de l'Intérieur était un des membres du triumvirat dirigeait l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. Il fut le principal instigateur et exécutant d'un programme visant à la turquisation totale de l'Anatolie, supposant un nettoyage ethnique brutal à l'encontre des chrétiens et particulièrement des Arméniens. Condamné à mort par contumace par la cour martiale de Constantinople en 1919 pour son rôle au cours du génocide, il mourut assassiné à Berlin par un militant de la vengeance arménienne.  En 1943, l'Allemagne permit le transfert de ses cendres à Istanbul, où un mausolée lui est dédié ainsi qu'un important quartier. Un des principaux boulevards d'Ankara porte son nom, ainsi qu'à Smyrne, etc.

[2] Je me permets de renvoyer à ce sujet à mon petit livre "La Question turque et l'Europe"

[3] Né en 1842, ce 46e sultan de la dynastie ottomane, fut déposé en 1909 par la seconde révolution jeune turque. Il mourut à Constantinople en 1918.

[4] Au point de s'employer à intoxiquer le public au gré d'une image  propagée par la série télévisée de grande diffusion Payitaht Abdulhamid montrant (nécessairement) un personnage grand, fort et courageux... tout le contraire de la réalité de ce monarque craintif et fourbe. Ce mensonge a connu un grand succès.

[5] Le livre de Taner Akçam a été publié aux éditions du CNRS sous le titre "Ordres de tuer. Arménie 1915"

[6] Dans son livre de souvenirs, l'ambassadeur français Coulondre, relève que, lors du dernier entretien que lui accorda Hitler, celui-ci considérait l'impunité comme acquise et posait la question : "qui se souvient des Arméniens ?".

https://www.insolent.fr/2021/04/de-la-reconnaissance-dun-genocide.html

samedi 21 novembre 2015

Génocide arménien et populicide vendéen

Avant le terme gréco-latin génocide, datant de la Seconde Guerre mondiale, le ternie populicide, cent pour cent latin, a été conçu par le Comité de Salut public français. Il fait donc partie des valeurs de la république française qu'on ne rappelle jamais aux enfants des écoles. Rappelons le contexte de sa concrétisation. Les Vendéens, catholiques et monarchistes s'il en est, avaient perçu la décollation du Roi Louis XVI comme un crime. Ils étaient de plus choqués par l'arrestation de leurs prêtres réfractaires envoyés en camp d'extermination à Brouage et remplacés par des prêtres jureurs. De plus, des agents de conscription de la république voulaient les envoyer faire la guerre au profit du régime impie. Ils molestèrent ces envoyés du diable, allèrent se chercher des chefs et se soulevèrent en masse dès 1793, cumulant les victoires. C'est alors que le Comité de Salut public décida le populicide des Vendéens. Il s'agissait de massacrer tous ces brigands (sic), hommes, femmes et enfants, d'exterminer le bétail et de brûler les récoltes. Ont participé à ce péché originel de la république des officiers illustres, comme Turreau, Hoche, Kléber, Marceau, dont les noms ornent l'Arc de Triomphe et les avenues issues de la place de l'Étoile à Paris. Cette politique de la terre brûlée accomplie et les brigands exterminés (on parle de trois cent mille morts), on voulait repeupler la Vendée avec de "bons" citoyens. Tel fut le premier génocide des temps modernes, péché originel de la république française qui n'a jamais été expié.
Des autochtones de l’Asie mineure
Le génocide arménien se présente différemment. Les Arméniens, comme les Grecs et d'autres chrétiens des premiers siècles, sont des autochtones de l'Asie mineure où ils se sont installés bien avant notre ère. Les musulmans sont des envahisseurs : Arabes au VIIe siècle, Turcs à partir du Xe siècle, puis Kurdes venus du Zagros et Tcherkèsses, etc. sédentarisés. Les Turcs s'installent et prennent le pouvoir en Asie mineure, puis conquirent l'Europe balkanique et danubienne. Ils encercleront Vienne sans arriver à la conquérir. Le 29 mai 1453, ils s'emparent de Constantinople, dernier îlot de l'Empire byzantin et procèdent à un massacre dé la population. Mais, petit à petit, les chrétiens rescapés s'organisent et le Padisah reconnaît deux Patriarches chrétiens. Le patriarche orthodoxe pour les chrétiens occidentaux, te patriarche arménien pour les chrétiens orientaux. Au sein de l'Empire ottoman, les chrétiens représentent 25 % de la population. Citoyens de deuxième ordre, considérés comme dhimmis ou rayas, n'ayant pas le droit de monter à cheval, ils peuvent néanmoins devenir artisans, musiciens, médecins, fonctionnaires, officiers ou même ministres.
Massacres précurseurs
Au XIXe siècle, l'Empire ottoman va de défaite en défaite. Les populations musulmanes (essentiellement Turcs et Kurdes) sont mécontentes et jalouses des richesses des chrétiens, qui sont des travailleurs sérieux, et plus particulièrement des Arméniens. La fin du XIXe siècle marque l'accélération des massacres de chrétiens et plus particulièrement des Arméniens par les Turcs et les Kurdes en Cilicie et dans le Sud-Est. En novembre 1914, l'Empire, très influencé par les Allemands, entre en guerre aux côtés des empires centraux et le Padisah Resad émet un firman aux termes duquel tous les chrétiens de l'Empire devraient être massacrés. Les Kurdes du Sud-Est en profitent pour attaquer les bourgades chrétiennes, mais, ne recevant du pouvoir central ni argent ni munitions pour parachever cette extermination, ils finissent par conclure des trêves avec les chrétiens.
L'armée russe fait, au cours de l'hiver 1914-1915, une percée spectaculaire jusqu'au Lac de Van et jusqu'à à Bitlis, terres peuplées essentiellement d'Arméniens. Il y a en effet des centaines de villages arméniens avec leurs églises autour du Lac de Van (comme l'atteste la carte de Guréghian). Voyant ces soldats chrétiens arborant des bannières orthodoxes, les chrétiens laissent paraître une allégresse qui va leur coûter cher. Le Comité Union et Progrès qui a le pouvoir sur l'Empire ottoman, est composé de Turcs originaires des Balkans, parfois convertis du judaïsme et qui professent une sorte d'islamisme totalitaire. Il décide l'extermination des Arméniens qui aura des répercussions sur les autres chrétiens : assyriens (essentiellement), chaldéens, grecs, maronites, roums-catholiques, roums-orthodoxes, syriaques catholiques, syriaques orthodoxes, etc.
Le génocide systématique
La nuit du 23 au 24 avril 1915, une rafle capture des centaines d'Arméniens à Istanbul. A partir de la lettre à Talaat Pasha, la rafle va s'étendre à toute l'Asie mineure et au Nord de la Syrie. Elle est suivie d'exécutions pour la plupart des hommes. Les vieillards, les femmes et les enfants sont emmenés à pieds en cadrés par une soldatesque cruelle qui achève les traînards à la baïonnette. Les femmes enceintes qui accouchent en chemin doivent le faire sur le bord de la route caillouteuse et voient leurs nouveau-nés assassinés à la baïonnette et les placentas exposés. Ces convois sont conduits en direction du Sud-Est : Alep, Urfa (Edesse), Mardin, et même jusqu'à Deyr-i-Zor en Syrie sur les bords de l'Euphrate, ce qui représente plus de mille kilomètres de calvaire.
Lorsque la colonne de captifs arrive dans les aires peuplées de Kurdes, les soldats turcs vendent Jes jeunes femmes et les fillettes aux Kurdes qui en feront des prostituées, des épouses surnuméraires, des concubines captives ou des esclaves. Pour cette raison, un nombre important de Kurdes ont des bisaïeules ou des trisaïeules arméniennes. J'en ai rencontré dès mes premiers voyages à partir de 1957, mais, à l'époque, personne n'ébruitait ce métissage et sa descendance. Depuis quelques temps, les média ont abordé ce problème. Un nombre important de personnes élevées dans l'islam se découvrent une ancestralité chrétienne et rencontrent des problèmes d'identité. Mais le retour au christianisme est interdit par les lois islamiques et il correspond en Turquie à une récession sociale, puisque dans ce pays qui fut chrétien, il n'y a plus qu'un chrétien pour mille habitants.
En souvenir de ce chemin de croix de mille kilomètres subi par les Arméniens, un mémorial sis à Deyr-i-Zor en Syrie sur les bords de l'Euphrate avait été érigé. Il a été dynamité récemment par les djihadistes de l'Etat islamique. Cette obsession de détruire les tombes et les mausolées chrétiens, donc de profaner les sépultures n'est pas l'apanage exclusif de cet Etat islamique extrémiste puisqu'on peut l'observer en Algérie et en Europe, pays peuplés par des musulmans jugés modérés par les média.
D’autres génocides de chrétiens
Le génocide systématique va durer aussi longtemps que la Première Guerre mondiale. Ainsi en 1918, lorsque l'Empire ottoman capitule, l’ensemble de l'Asie mineure a été "nettoyé" de ses Arméniens. Dans le Sud-Est, les Kurdes, qui jalousaient les chrétiens et leurs terres, s'en sont pris à tous les chrétiens. Les moines syriaques orthodoxes du monastère Mor Gabriel ont été assassinés et leur monastère occupé par les Kurdes. Les Assyriens (nestoriens, Église de l'Orient), très nombreux dans le Sud-Est, ont dû abandonner leur patriarcat de Qoçannès, leurs églises des bords du Zab et des régions de Gawar et Çemdinan. Un groupe part en direction de l'Iraq. Un autre groupe part en direction du Nord-Est. Ils seront harcelés dans les défilés et les gorges par les Kurdes qui massacrent enfants, femmes vieillards, adultes, prêtres et évêques et finalement le patriarche pris dans le guet-apens que lui a tendu le kurde Simko. Les rescapés du groupe Nord-Est finiront en Iran, dans les régions de Salmas et Ormia, à nouveau massacrés comme tous les chrétiens par les Kurdes, les Azéris et les Turcs appuyés par l'armée ottomane.
Après ces massacres, chrétiens divers et Arméniens pourront s'établir en Iran, notamment en Azerbaijan de l'Ouest où l'on trouve des monastères arméniens comme Saint Thaddée et Saint Stefan. En 1923, les Assyriens voudront revenir en Asie mineure du Sud-Est, mais Mustafa Kemal, qui tolère les chaldéens rescapés, s'oppose au retour des Assyriens et les fait massacrer par la jeune armée turque qui égale en cruauté l'armée ottomane. C'est cet épisode qu'on appelle le génocide assyrien.
L’après génocide
Après la capitulation de 1918, l'armée française occupe la Cilicie et le Sud-Est vidés de leurs Arméniens et protège les rares rescapés. Mais cette armée, battue à Maras, par les insurgés turcs et kurdes kémalistes se replie sur le territoire syrien en abandonnant les chrétiens rescapés (qu'elle accueillera plus tard en Syrie). Mustafa Kémal Ataturk entérinera l'interdiction de retour imposée aux Arméniens qui ont quitté la Turquie et imposera aux Grecs et aux Arméniens rescapés du génocide de s'installer à Istanbul où ils redeviennent très actifs dans l'artisanat et le commerce, mais sont exclus de tous les emplois publics. Grecs et Arméniens acquièrent le statut de minoritaires. Petit à petit, les Grecs quittent Istanbul et vont en Grèce. Lors de mon premier séjour en 1956, ils étaient plus de cinquante mille. Ils ne sont plus que deux mille. Les Arméniens, plus résistants aux vexations, et peu tentés par l'exil en Arménie, alors soviétique, sont restés et sont actuellement au nombre de soixante mille. Mais si, à Istanbul, en 1956, outre le turc moderne, on entendait encore parler grec, arménien et français, en 2015, le turc, encore plus modernisé (ôz turkçé), est concurrencé par le Kurde-kurmanjî et le français disparaît au profit de l'anglais.
La reconnaissance et la réparation des génocides
Cent années ont passé depuis la lettre à Talaat Pasa préconisant le massacre de tous les Arméniens. Il en a ainsi disparu un million cinq cent mille dans des circonstances atroces. Les gouvernements turcs successifs n'ont pas reconnu ce génocide et préfèrent parler de guerre civile. Mais on peut remarquer que les gouvernements français n'ont pas reconnu le génocide vendéen, péché originel de la république française, et préfèrent rendre obligatoire l'enseignement de la Shoah en culpabilisant le gouvernement de Vichy et le peuple français ayant subi l'occupation, nonobstant sa participation à la résistance (j'en suis). En fait, les horreurs du génocide vendéen évoquent celles du génocide arménien. Seul le nombre des victimes diffère. Trois cents mille Vendéens pour un million cinq cents mille Arméniens.
La France a reconnu le génocide arménien par une loi. L'Europe et l’ONU s'en mêlent et ont également reconnu le génocide arménien. Les Arméniens réclament des réparations. Lors de mes voyages récents dans le Sud-Est, j'ai constaté que certains Kurdes reconnaissaient leurs torts. Les uns parlaient d'indemniser ; les autres évoquaient l'éventualité d'un retour des Arméniens et d'une restitution des terres volées, mais pas la restitution des maisons, car la polygamie et la natalité ont fait que les Kurdes sont extrêmement nombreux, soit plusieurs dizaines de millions en Turquie. Outre les villages arméniens, ils ont annexés presque tous les villages chrétiens du Sud-Est. Y a-t-il de la place pour les Arméniens ? Les Arméniens souhaitent-ils reconstruire leurs églises et leurs villages rasés et se réinstaller dans un milieu musulman hostile et rival ? Des syriaques orthodoxes partis dans les années 1980 ont réussi ce retour dans leurs villages du Turabdîn qu'ils ont reconstruits, église comprise, comme Kafro. (Il existe un mémorial du génocide syriaque à Bruxelles.) Les Arméniens ont été tués ou chassés il y a un siècle. Combien d'entre eux sont prêts à revivre une expérience de retour dans des terres déjà surpeuplées ? La réponse appartient aux Arméniens, si l'Occident veut bien les aider.
Jean-Claude C. Chabrier Rivarol du 5 novembre 2015
Bibliographie minimale : outre des ouvrages fondamentaux écrits par des chercheurs (dont celui de Raymond Kevorkian) et des dizaines d'ouvrages disponibles (dont celui de Bernard Antony, tout récent), on pourra consulter : Jean V. Guréghian, Les monuments de la région Mouch-Sassoun-Van en Arménie historique, Paris, Sigest, 2008. Ceux qui, comme moi, voudront vérifier ce qui reste des centaines d'églises et de villages arméniens sis autour du Lac de Van trouveront, soit rien parce que tout a été passé au bulldozer, soit des villages occupés par des Kurdes qui se prétendent autochtones. On trouvera dans Jean-Claude C. Chabrier, Chrétientés violentées : Serbie Turquie Iran Iraq Syrie Liban Monde Musiques Album, Paris, arabesques-C.H.R.I.S.T.O.S, 2014 (en vente à nos bureaux 30 euros franco), des renseignements sur ce qui reste de communautés et monuments arméniens. Enfin, on peut envisager la visite d'Anï ou du Musée du Génocide à Erevan. Sur le génocide vendéen, on peut lire les ouvrages de Reynald Sécher, etc.

samedi 25 avril 2015

Génocide arménien : les responsabilités de l'islamisme, des Jeunes Turcs, de la franc-maçonnerie

A l'occasion du centenaire du terrible génocide des chrétiens arméniens pour les Turcs, Bernard Antony publie un ouvrage intitulé "Le génocide arménien 1915-2015".
G"« Génocide arménien » : c'est l'expression dans laquelle se resserrent, autour de l'évocation du sort du peuple quantitativement le plus massacré dans le premier quart du XXème siècle, les tragédies des exterminations qui ont visé jusqu à nos jours, phase finale, à l'anéantissement de tous les chrétiens habitant dans les actuels pays de Turquie, d'Irak et de Syrie. Le génocide dit arménien a été en effet, après les massacres du XIXème siècle, celui d'une continuité d'éradication aussi des Assyro-chaldéens et des Grecs du Pont et d'Asie Mineure. Le 24 avril 1915, date de la déportation vers la mort des élites arméniennes sur décision du gouvernement des Jeunes Turcs marque, certes, le début du grand génocide des années 1915-1916, mais parachevé après 1918 par Mustafa Kemal sur le territoire de l'actuelle Turquie et continué ensuite jusqu à nos jours en Syrie et en Irak.
Bernard Antony, à travers les témoignages, en évoque les indicibles abominations dans toute l'étendue du mystère du mal. Il en rappelle, dans le refus des occultations révisionnistes ou négationnistes, les responsabilités convergentes du fanatisme islamique et des Jeunes Turcs, à la croisée de la franc-maçonnerie, des influences donmeh et du jacobinisme français."

lundi 5 janvier 2015

Le centenaire du génocide arménien

Le 23 avril prochain, l'Eglise orthodoxe prononcera la canonisation de nouveaux martyrs : les victimes du tristement célèbre génocide arménien par les Turcs, un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants morts à cause de leur appartenance ethnique et religieuse.
Topic
[...] "On ne le rappellera jamais trop : Le peuple arménien a été victime, au siècle dernier, d’un des plus monstrueux génocides ethnico religieux de l’histoire de l’humanité. « En 1915 et durant les années qui ont suivi, fait mémoire le patriarche dans sa lettre aux accents poignants, un million et demi de nos fils et nos filles ont subi la mort, la famine, la maladie ; ils ont été déportés et contraints à marcher jusqu’à la mort. Des siècles de créativité et d’objectifs atteints ont été détruits en un instant. Des milliers d’Eglises et de monastères et ont été profanés et détruits, les institutions nationales et les écoles rasées et démolies. Nos trésors spirituels et culturels ont été éradiqués et effacés ».
À ce tableau dramatique, qui a hélas des relents d’actualité, on peut ajouter les fosses communes remplies de victimes sans nom, les trains de déplacés incendiés, les seuls survivants de ce gigantesque massacre étant ceux qui réussirent à rejoindre l’Arménie actuelle, alors sous domination russe, la Syrie ou le Liban, ou encore d’autres pays comme la France. [...]
Pour autant, il ne s’agit pas de tourner la page, au mépris du devoir de vérité et de justice, insiste le patriarche, qui n’hésite pas à dénoncer « la négation criminelle de la Turquie ». Pour mémoire, celle-ci, et c’est une pierre d’achoppement pour son éventuelle entrée dans l’union européenne, n’a jamais voulu reconnaÎtre le génocide, reconnu – et condamné - par ailleurs officiellement par une vingtaine de pays (que le patriarche salue dans sa lettre, souhaitant qu’ils soient rejoints par d’autres). L’an dernier, le premier ministre Erdogan a bien présenté ses condoléances aux descendants des victimes. Un geste qui a été salué par le pape lui-même lors de son récent voyage en Turquie, et dont il a parlé comme d’une « main tendue ». Mais pour la majorité des arméniens d’aujourd’hui, ce geste est bien mince, au regard du calvaire enduré. « Le sang de nos martyrs innocents et les souffrances de notre peuple crient pour avoir justice », s’exclame le patriarche, qui, 100 ans après la tragédie,dénonce les « sanctuaires détruits, la violation de nos droits nationaux, la falsification et la distorsion de notre histoire ».Davantage de reconnaissance de la part de la Turquie pourrait aider au pardon. Mais en tout état de cause, en Turquie comme ailleurs, le pardon n’est pas l'oubli."
Marie Bethanie http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

mercredi 12 décembre 2012

CHRÉTIENS D'ISLAM Au risque du martyre

Dans un monde musulman déstabilisé, les chrétiens, assimilés à l'ennemi occidental, sont redevenus les cibles privilégiées du fanatisme haineux, comme le prouve l'actualité des derniers mois. Mais le phénomène est ancien, et récurrent.
La philosophie de l'histoire qui prévaut dans nos sociétés occidentales, imprégnée du dogme du progrès, du respect des droits de l'homme, du modèle démocratique et libéral, apparaît, s'agissant des minorités chrétiennes en pays musulmans, battue en brèche par la réalité ; l'intervention américaine en Irak, les mouvements insurrectionnels, loin d'améliorer le sort des chrétientés locales, ont marqué le début d'un calvaire dont elles désespèrent de voir le bout. Pour prendre la mesure du phénomène, il faut se référer à l'ouvrage de Claude Lorieux, Chrétiens d'Orient en terres d'islam, paru en 2001, avant la tragédie du 11 Septembre et ce qui s'ensuivit. Constat accablant.
Synthèse remarquable
Spécialiste du Proche-Orient, Lorieux avait eu de nombreuses occasions de visiter les Églises de Turquie, Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Israël, Palestine, Iran, Égypte, Soudan, et même les communautés réduites à la clandestinité de la péninsule arabique. Si l'on excepte le drame des chrétiens de Khartoum, qui devrait trouver un dénouement heureux du fait de la partition du pays, la situation, partout ailleurs, loin de s'améliorer, n'a cessé de se dégrader tandis que les mouvements islamistes, favorisés par la chute des dictatures laïques, prenaient de l'ampleur. Le cas irakien en donne l'exemplaire démonstration puisque des communautés, protégées par Saddam Hussein, se sont, depuis la chute du régime, retrouvées exposées à la vindicte de leurs concitoyens musulmans, acculées à la fuite ou à la mort. Par ces aspects liés à l'actualité, le travail de Lorieux a vieilli, mais reste, outre un instantané de l'état des chrétientés d'Orient avant 2001 qui a pris valeur historique, l'une des plus claires et remarquables synthèses tentées sur le passé de ces communautés, leurs espoirs, leurs rêves, leurs malheurs. Ce qui en fait un ouvrage de référence indispensable.
Récent, celui de Jean-Michel Cadiot, Les Chrétiens d'Orient, ne saurait ni l'égaler, ni le remplacer. Certes, il fait le point sur cent millions de catholiques, orthodoxes, nestoriens, coptes, maronites, syriaques, chaldéens, protestants, invraisemblablement regardés, tant par leurs compatriotes que par la communauté internationale, comme convertis à la foi de l'Europe, eux qui demeurèrent fidèles à leur religion ancestrale quand leurs voisins passaient à celle du conquérant arabe ou turc. Certes, il y a là des points de vue intéressants. Hélas, tout cela apparaît embrouillé dans des pages où se mêlent considérations historiques trop vastes, jugements désolés sur l'incapacité chrétienne à se fondre dans un oecuménisme fraternel, et impuissance à cerner le sujet, de sorte que l'on ne sait plus ni où ni quand commencent et finissent ces chrétientés d'Orient.
Épuration ethnique
Si l'on se souvient des massacres d'Arméniens orchestrés, dès 1896, par Abdul Hamid, puis, en 1915, par les Jeunes Turcs désireux d'en finir avec une communauté soupçonnée de tendre la main aux Alliés, l'épuration ethnique de la Cilicie, en 1909, prise entre ces bains de sang, a sombré dans l'oubli. La réédition des reportages de la journaliste arménienne Zabel Essayan, Dans les ruines, remet en pleine lumière ces massacres d'Adana. Il demeure malaisé de comprendre les raisons de la sauvage flambée de violence qui tua trente mille Arméniens, souvent rescapés des tueries de 1896 réfugiés dans la paisible Cilicie. Arrivée sur les lieux deux mois après ce déchaînement d'atrocités, Zabel Essayan, intellectuelle francophone pénétrée d'idéologies des lumières, constata, ramenée brutalement à ses origines, ce dont la barbarie humaine est capable. Son récit est un témoignage halluciné, incantatoire : tueries, tortures, enfants et adolescentes convertis de force, abjurations de désespérés que l'apostasie ne sauva pas toujours, détresse des survivants, héroïsme d'hommes qui firent tête aux égorgeurs et réussirent parfois à couvrir la fuite des leurs, avant de succomber sous le nombre, ou d'être pendus pour rébellion... Tout cela emblématique de la tragédie arménienne, du cortège de souffrances d'un peuple qui paya cher l'honneur d'avoir été le premier royaume chrétien du monde, mais d'une telle force, d'une telle violence que ce texte terrifiant devient hymne poignant à la mémoire de toutes les victimes de toutes les tueries d'une Histoire définitivement tragique.
Aux massacres d'Arméniens succéda l'exode des Grecs, achevé en 1955, de sorte qu'il ne demeure dans ce qui fut l'Empire byzantin qu'une poignée de chrétiens dispersés, en but aux persécutions d'un État décidé à éradiquer ce qu'il considère comme des minorités allogènes potentiellement hostiles. Cette réalité, occultée à l'heure où l'on cherche à nous convaincre de l'intérêt d'une adhésion de la Turquie à la Communauté européenne, contrebalance rêveries et sympathies engendrées par la lecture de Loti ou Farrère... Sébastien de Courtois connaît cette attristante ambivalence et cherche à la comprendre à travers un Périple en Turquie chrétienne aux accents de requiem. Il y a cette haine qui ne désarme pas, absurde, sanglante, illustrée par l'assassinat annoncé d'un journaliste arménien coupable de rappeler certains faits, dire certaines choses, que les poursuites judiciaires n'avaient pas fait taire. Les chrétiens assassinés en Turquie ne sont pas rares ; cela explique la prudence des autres. Ces expropriations qui privent les Églises de leurs biens et favorisent leur disparition. Entre un présent inquiétant et un passé grandiose dont les traces deviennent indiscernables dans un pays qui ne favorise pas la restauration de monuments chrétiens, la promenade, documentée, passionnante, jamais hostile ni partisane, invite à se poser nombre de questions, d'une brûlante actualité.
Voyage en Palestine
Qui s'est rendu à Bethléem voilà trente ans se souvient de l'accueil chaleureux réservé aux pèlerins par les Palestiniens chrétiens, majoritaires. Ils ne représentent plus aujourd'hui que 10 % d'une population arabe prise au piège de l'Intifada et de l'occupation israélienne. Les autres ont eu le choix entre l'exil et la conversion à l'islam qui leur rendait une identité malmenée de toutes parts. Telle est l'une des réalités de ces Chrétiens en Terre Sainte dont les médias ne parlent que pour moquer leurs divisions et leurs querelles autour du Saint Sépulcre. Le mérite de Catherine Dupeyron est d'aller plus loin, de souligner qu'au-delà d'une diminution évidente de leur nombre, nous assistons à une redistribution des cartes. Tandis que disparaissent les Églises orientales, surgissent des mouvements évangélistes apocalyptiques venus chercher dans la vallée de Josaphat les signes des derniers temps... Tout cela éclaire un aspect intéressant d'une certaine politique américaine au Proche-Orient. Il n'y a pas de quoi être rassuré.
Le triomphe mérité du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux, a popularisé la quête mystique et fraternelle du prieuré trappiste Notre-Dame de l'Atlas. Donné envie, aussi, de mieux connaître ces moines qui avaient choisi de rester dans une Algérie déchirée au risque d'en mourir. Force est cependant d'admettre que les ouvrages remis en vente à cette occasion se révèlent décevants. Passion pour l'Algérie de l'Américain John Kiser a servi de référence durant le tournage. Cela s'admet si l'on considère le soin mis à retracer le parcours, le quotidien, les motivations, la vie des sept frères martyrs. Cette recherche est unique, énorme, précieuse. Mais Kiser est américain. Il pense, analyse, commente en Américain dont l'ignorance profonde, quasi-invincible des façons d'être et de l'histoire du reste du monde n'entame pas l'arrogance et la prétentieuse bonne conscience. Peu importe qu'il ne saisisse rien à ce que furent les rapports franco-algériens. Il s'est fait sa vision des événements, anticolonialiste et sereine. Il explique, péremptoire, que, face à un FLN bon et héroïque, l'armée française et l'OAS ont multiplié les crimes, avant de pousser leurs compatriotes à fuir le pays indépendant et fraternel qui allait naître. C'est odieux. Reste la possibilité de sauter les premiers chapitres. Si le coeur vous en dit.
L'Église en Algérie
Publié à l'origine sous le titre Une espérance à perte de vie, le reportage que Jean-Luc Barré consacra à l'été 1996 à l'état de l'Église en Algérie ressort sous le label Tibhirine. Or, il n'est presque jamais question des moines dans ce texte qui met en évidence les désillusions de prêtres, religieux, prélats jadis acquis à la cause FLN, par idéalisme chrétien sincère, semble-t-il, pour qui le réveil fut amer et sanglant. C'est finalement à un musulman, Kebir Ammi, que l'on doit le livre le plus fraternel, le plus consolant sur les relations entre les deux fois et les deux cultures. Sur les pas de saint Augustin est un périple attachant, d'un bord à l'autre de la Méditerranée, à la recherche de l'enfant de Thagaste, avec les Confessions pour guide. Écrit dans une langue délicieuse, ce texte donne l'indicible regret de ce qui aurait pu, de ce qui aurait dû être...
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 – Du 17 mars au 6 avril 2011
✓ Claude Lorieux : Chrétiens d'Orient en terres d'islam, Perrin , 370 p., 21,19 €.
✓ Jean-Michel Cadiot : Les Chrétiens d'Orient, Salvator, 335 p., 22,50 €.
✓ Zabel Essayan : Dans les ruines, Phébus, 302 p., 23 €.
✓ Sébastien de Courtois : Périple en Turquie chrétienne, Presses de la Renaissance, 270 p., 18,50 €.
✓ Catherine Dupeyron : Chrétiens en Terre Sainte, Albin Michel, 285 p., 19 €.
✓ John Kiser : Passion pour l'Algérie, les moines de Tibhirine, Nouvelle Cité, 480 p., 24 €.
✓ Jean-Luc Barré : Tibhirine, une espérance à perte de vie, Fayard, 165 p., 12 €.
✓ Kebir Ammi : Sur les pas de saint Augustin, Presses de la Renaissance, 155 p., 8 €.

mardi 4 décembre 2012

L'Armée française et les chrétiens de Syrie

Maintes fois massacrés au cours de leur histoire récente, les chrétiens d'Orient ont longtemps trouvé protection auprès de l'armée française. Ce temps a passé.
Partant pour la Syrie est une chanson d'Hortense de Beauharnais, relancée vers 1860 pour encourager les soldats de l'armée française envoyés par Napoléon III secourir les chrétiens du Levant, massacrés une fois de plus. À l'époque, la politique étrangère française n'avait à recevoir aucune directive d'une quelconque alliance dominée par des puissances lointaines... Cette intervention de 1860 eut des répercussions politiques et culturelles favorables à la France et à la langue française, qui supplanta alors l'italien au Proche-Orient. Cette hégémonie linguistique a aujourd'hui disparu au bénéfice de l'anglais, puisque la France n'est plus considérée comme un pays ami, ni protecteur. Même les Maronites du Liban parlent de moins en moins français.
La Grande Syrie d'antan s'étendait au Nord jusqu'au Taurus et englobait le Liban et la Palestine. Damas et Antioche abritèrent saint Paul et saint Pierre avant qu'Antioche ne devint la référence de nombreux patriarcats chrétiens. Mais l'Empire ottoman a occupé la Syrie à partir du XVIe siècle et le sort des chrétiens du Levant est difficilement dissociable de celui des chrétiens d'Asie mineure, la fin de l'Empire ottoman ayant été marquée par d'innombrables massacres de chrétiens qui ont provoqué des exodes massifs, notamment vers la Syrie. En raison de l'implantation récente de ces chrétiens dans des pays arabophones, on les a qualifiés en anglais d'« Arab Christians », expression qu'il faut traduire par « chrétiens arabisés », car ils sont très rarement de souche arabe, même s'ils parlent et célèbrent leurs liturgies en arabe.
Les massacres de chrétiens relèvent à la fois d'un antagonisme religieux généralisé et d'une rivalité pour l'exploitation d'un même territoire. Comme les Kurdes, musulmans sunnites intransigeants, volontiers polygames et donc très prolifiques, sont en perpétuelle expansion, ils sont impliqués dans toutes les tueries et en profitent pour annexer les terres et villages des chrétiens.
Ainsi, en 1843, l'émir Bader Khan de Bohtan fait massacrer, par ses fidèles kurdes, dix mille Assyriens et Chaldéens. À la fin du XIXe siècle, les massacres s'intensifient dans le Sud-Est de l'Asie mineure, notamment à Mardin et à Adana. En novembre 1914, l'Empereur Resad, qui vient de déclarer la guerre aux cotés des empires centraux, émet un firman aux termes duquel tous les chrétiens de l'empire doivent être exterminés. L'armée russe pénètre alors très profondément en Asie mineure, soit jusqu'à Bitlis et à son arrivée, les chrétiens manifestent leur allégresse. Mais le 25 avril 1915, la lettre à Talat Pacha ordonne le massacre de tous les Arméniens. D'autres chrétiens sont tués, notamment des Grecs, des Syriaques orthodoxes et catholiques, des Assyriens, des Chaldéens, des Roums(Grecs) orthodoxes et catholiques, des Maronites, les Kurdes s'emparant de leurs terres et de leurs maisons.
Enfants et jeunes femmes vendus comme esclaves
Les Assyriens (ex-Nestoriens) sont animés par un sentiment nationaliste, comme les Kurdes avec lesquels ils se trouvent en rivalité de territoire à l'Est du Tigre. Et c'est encore un carnage à partir de 1915. Les Assyriens fuient. Vers le Sud-Est (territoire actuel de l'Iraq), ils sont massacrés - évêques, prêtres, vieillards, femmes, enfants -, par des Kurdes qui les guettent sur la route de leur exil. Vers le Nord-Est (Transcaucasie, Iran, région d'Urumiye-Ormia), ils jouissent de la protection de l'armée russe, mais la révolution bolchevique entraîne le départ de cette armée. Et c'est à nouveau la destruction des églises et les massacres perpétrés par des irréguliers turcs, azéris et kurdes, ces derniers s'emparant une fois encore des villages chrétiens. Le patriarche assyrien Benyamin Mar Shimun, attiré dans un guet-apens à Koneshor, est assassiné par le Kurde Simko, le 3 mars 1918. Et l'intervention de l'armée ottomane aggrave le malheur des chrétiens.
En 1918, l'Empire ottoman capitule et le traité de Sèvres organise en 1920 l'occupation de l'Asie mineure. Les Grecs sont en Thrace et à l'Ouest égéen, les Italiens au Sud, les Russes au Nord-Est, et les Français au Sud-Est. La région de la Marmara et l'extrême Sud-Est sont occupés par les Britanniques installés en Iraq. Il est prévu que le Nord-Est sera arménien et le Sud-Est, kurde.
Mais en 1921, les Russes quittent le Nord-Est, où ils auraient pu protéger les chrétiens arméniens. La même année, les Français sont battus à Mara par les insurgés musulmans kémalistes turcs et kurdes, avec lesquels ils doivent signer la paix. Ils évacuent alors le Sud-Est, où ils protégeaient les chrétiens. Ce départ à la cloche de bois m'a été narré par le colonel Pierre Chavane et par de vieux Arméniens qui reprochaient aux Français d'être partis sans prévenir, dans la nuit, en emballant les sabots des chevaux dans de la paille pour ne pas réveiller les chrétiens qu'ils allaient abandonner à la merci des insurgés musulmans.
Pire ! La France vend des armes aux musulmans kémalistes, qui les utilisent contre les occupants grecs, chrétiens orthodoxes. En conséquence, les Grecs sont battus et chassés d'Asie mineure en 1922. La seule frontière encore floue est celle de l'extrême Sud-Est avec l'Iraq.
En 1923, le traité de Lausanne transforme la capitulation de l'Empire ottoman en une victoire des Turcs kémalistes, qui récupèrent la Thrace, les détroits, les zones arménienne et kurde. Ils contrôlent donc de nouveau toutes les minorités d'Asie mineure (dont les chrétiens) et noient dans le sang une révolte islamiste kurde en 1924.
En cette même année 1924, les Assyriens tentent de revenir dans leurs villages de l'extrême Sud-Est de la Turquie. Ils y sont encouragés par les Britanniques, qui leur ont promis le Nord de l'Iraq, qui est contigu. (Ce Nord de l'Iraq sera donné aux Kurdes par les Américains en 2003). Mais, l'armée turque du nouveau régime de Mustafa Kemal réagit avec la même cruauté que celle qui avait été appliquée aux Arméniens lors du génocide. Les Turcs massacrent, déportent, achèvent les traînards. Le soir venu, les soldats turcs vendent aux Kurdes, comme esclaves, les jeunes femmes et les enfants assyriens.
Lorsque d'autres Assyriens essaieront, en 1933, de regagner les villages assyriens de l'Iraq, ils seront massacrés, à Semmel, par des Kurdes commandés par le général Bashir Sidki. Ainsi, en 2012, les Assyriens ont-ils perdu tous leurs villages de Turquie, d'Iraq et d'Iran, annexés par les Kurdes. Es ne subsistent que dans les grandes villes de ces pays et en Amérique.
Antioche cédée aux Turcs
Dès 1916, par les accords secrets « Sykes-Picot », Français et Britanniques se sont partagé l'Orient arabe. En 1918, Damas est libérée par les Britanniques, mais, en 1919, ceux-ci cèdent le contrôle de la Syrie aux Français. En 1920, le Congrès national syrien proclame l'indépendance, mais la conférence de San Remo accorde aux Français le mandat sur la Syrie et le Liban. Et les troupes du Général Gouraud entrent à Damas.
Le mandat français prépare un Grand Levant réparti en plusieurs États : Damas, Alep, L'État des Alaouites, plus le Djebel druze et le Sandjak d'Alexandrette (Antioche). (Notons que cet éclatement de la Syrie, plus un État Kurde au Nord-Est, a été envisagé par les médias français en 2011-2012). En 1926 est créée la République libanaise. Et de 1925 à 1927, le général Sarrail, haut commissaire de la République française et commandant en chef de l'Armée du Levant, combat la révolte des Druzes en Syrie.
Depuis 1921, la France, qui a rendu le Sud-Est de l'Asie mineure aux Turcs, se trouve confrontée au problème des chrétiens du territoire désormais turc. Les officiers de l'armée française, qui sont, à cette époque, majoritairement catholiques, vont laisser, par « charité chrétienne », entrer sur le territoire du Mandat français sur la Syrie des dizaines de milliers de chrétiens. Ils les installent souvent dans le Nord, à Antioche et Alep et dans des villes nouvelles créées par l'administration française sur la frontière Nord de la Syrie : Ras el-Ain, Haseke, Qamishli, Malkiye. Ces villes se remplissent ainsi de chrétiens qui ne sont pas de souche arabe et parlent arménien, suryoyo, turoyo, sureth, etc. Les Assyriens s'installent sur les rives du Habur-Ouest et y font fleurir le désert.
Mais les Kurdes, toujours aussi expansionnistes, se précipitent vers ces villes et finissent par constituer la majorité de leur population. C'est ainsi qu'en 2012, ils revendiquent le Nord-Est de la Syrie qu'ils ont progressivement envahi. Ici aussi, les chrétiens vont passer du joug musulman arabe au joug musulman kurde.
En 1939, la France, espérant qu'à la prochaine guerre, la Turquie sera aux côtés des alliés, cède Antioche, berceau de la chrétienté et fleuron de la Syrie, aux Turcs par un référendum contesté. C'est à nouveau l'exode pour les chrétiens qui s'y trouvaient installés et qui se réfugient principalement à Alep. De nos jours, Antioche est complètement turquifiée, au plan institutionnel, mais on entend encore parler arabe dans les rues et l'on peut visiter la grotte de Saint-Pierre et la cathédrale grecque orthodoxe.
En juillet 1940, l'armée française de Syrie, commandée par le général Dentz, passe sous le contrôle du gouvernement de Vichy. Les officiers incitent les chrétiens à faire valoir leurs droits fonciers, ce qui suscite la reconnaissance durable de ces derniers. Mais en 1941, les troupes fidèles au maréchal Pétain sont attaquées par les armées française libre et britannique, qui chassent le Général Dentz. Le Général Catroux, gaulliste, reconnaît alors l'indépendance de la Syrie, sans s'en retirer. Et en 1945, le Général de Gaulle envoie les tirailleurs sénégalais mater la rébellion et fait bombarder Damas, détruisant le Palais Azzem, un joyau reconstruit depuis lors.
L'Alliance atlantique en appui des islamistes
En 1946, les indépendances du Liban et de la Syrie sont cependant reconnues. Beaucoup de chrétiens qui s'étaient engagés dans l'armée française et aiment la France sont alors démobilisés. Mais il n'y a ni épuration, ni propagande revancharde anti-française.
En 2005, l'on voyait encore, plaquée sur la porte de la caserne de Haseke, l'inscription en français : « Premier régiment de marche du Levant ».
Libre, la Syrie est présidée en 1946 par Shukri al-Kuwaitli, qui obtient le départ des Français. Puis, des coups d’État réguliers provoquent une certaine instabilité. De 1958 à 1961, la Syrie s'allie avec l’Égypte. Les médias français la fustigent à l'occasion de la guerre des Six jours en 1967 et de la guerre du Kippur-Ramadan en 1973. En 1971, le général Hafez al-Asad devient président et accorde une constitution. Le parti Baath va assurer au pays une stabilité autoritaire et la fermeté face à Israël.
L'Occident cherche alors des prétextes pour attaquer la Syrie : la guerre civile libanaise en 1975 (l’armée syrienne a pourtant libéré les chrétiens de Zahle encerclés par les musulmans), l'amitié avec l'Union soviétique en 1980, la répression de la révolte des frères musulmans en 1982, la tutelle sur le Liban en 1989, etc. En 1994, le fils aîné de Hafez se tue. Bashar, fils cadet, médecin ophtalmologiste à Londres, devient président en 2000. On accuse la Syrie de l'assassinat du président libanais Hariri en 2005 et les Syriens. doivent évacuer le Liban. Bashar, qui apprécie les chrétiens, reçoit chaleureusement le pape Jean Paul II avant la messe pontificale au Stade des Abbassides.
Mais l'Alliance atlantique est prête à l'agression. Des pays non-atlantiques comme Israël, l'Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie sont aussi agacés par la stabilité laïque de la Syrie. La Turquie, qui a des nostalgies ottomanes, a envahi Chypre en 1974 et y reste. Elle a participé aux guerres de l'Alliance atlantique, occupant ainsi le Kosovo, la Tripolitaine, etc. Elle mène des incursions régulières en Iraq du Nord et souhaite en faire aussi en Syrie. La campagne médiatique élaborée par l'Occident est comparable à celles qui ont abattu Milosevi et Saddam Husayn. Les « guerres contre les tyrans » sont en fait des guerres d'islamisation
Pr. Jean-Claude Chabrier monde & vie 10 novembre 2012

samedi 7 juillet 2012

Il y eut aussi un génocide chaldéen…


C’est par l’intermédiaire d’un ami commun que j’ai eu l’honneur et l’immense plaisir de rencontrer Shimun [1], personne au destin à part s’il en est ! Aîné d’une famille de six enfants, Shimun est chaldéen. En juillet 1994 il émigre en Europe avec l’une de ses soeurs pour fuir les persécutions religieuses dont les siens étaient victimes en Turquie. Il est aujourd’hui installé à Villiers-le-Bel où il a retrouvé la communauté chaldéenne qui s’y trouve réfugiée, comptant actuellement quelques 10 000 personnes. Marié et père de famille, Shimun a eu l’amabilité de bien vouloir se soumettre à mes pressantes questions sur la situation de la communauté chaldéenne et son histoire douloureuse.
Bonjour Shimun, pouvez-vous nous dire quelques mots de présentation au sujet de la communauté chaldéenne à laquelle vous appartenez ?
Très volontiers. Les Chaldéens sont la population de l’ancienne Mésopotamie qui correspond approximativement à nos Syrie, Iran, Irak, Turquie, Géorgie… L’existence de mon peuple remonte à la civilisation sumérienne[2] tu te rends compte ? Nous fûmes l’une des premières grandes civilisations de l’histoire.
Il s’agit donc d’une communauté ethnique et non pas religieuse ?
Initialement oui. En fait lorsqu’on veut faire référence à notre peuple, on dit « Assyro-Chaldéens », tandis que le terme de « Chaldéens » désigne aujourd’hui plutôt la partie catholique. Néanmoins les deux termes se confondent souvent car la Chaldée a été évangélisée très tôt, notamment par les apôtres saint Thomas et saint Thadée. Elle s’est convertie au christianisme au IIè siècle ! L’histoire religieuse de la Chaldée a ensuite été assez complexe, pour faire très bref disons que l’église chaldéenne a rejoint Rome en 1553 lorsque le pape a choisi Jean Soulaqa pour être notre patriarche. Tout cela pour te dire que la religion a pénétré notre peuple au point qu’on en fasse une donnée de notre identité comme le suggère ta question.
Merci pour ces précisions fort utiles. Aujourd’hui, dans quels pays la communauté chaldéenne se situe-t-elle et de quel lieu la communauté établie en France est-elle originaire ?
La plupart des Chaldéens en France sont originaire du Hakkari, qui est une région montagneuse au Sud-Est de l’Anatolie. Avant la première guerre mondiale, la Turquie comptait environ 20% de chrétiens, mais actuellement je dirais qu’il n’en reste que 0, 5% ? 0, 1% peut-être ; beaucoup ont été tué ou bien ont immigré. Nous ne sommes plus que 300 000 en Irak par exemple. La plupart d’entre nous se trouvent en Syrie. Beaucoup ont émigré en Inde aussi, puis aux Etats-Unis, en Australie, en Europe…
En réalité les Chaldéens son un peuple à part entière, avec une histoire et des traditions extrêmement riches et fortes, mais nous sommes un peuple sans pays, 5 000 000 d’Assyro-chaldéens et Cyriaques à être éparpillés un peu partout dans le monde.
Il s’agit en effet d’un exode massif ! Quand les Chaldéens ont-ils émigrés et pour quelles raison ?
Je pense que nous avons commencé à quitter nos terres dans les années 70, et énormément sont partis dans les années 90.
Après la chute de son empire, le pouvoir ottoman  a voulu assurer ses frontières et s’est appuyé sur la minorité la plus importante du pays : les Kurdes. Ils leur ont dit : « Débarrassez-nous des chrétiens et nous vous promettons les terres que vous aurez libérées ». Ses accords n’ont pas été respectés par l’Etat turque ; cependant les Kurdes y ont cru, et alors la série de persécutions et de massacres que ma communauté a souvent connue depuis l’arrivée des musulmans s’est fortement accentuée, en particulier avec le génocide de 1915. Durant cette période, les chrétiens n’étaient pas mieux traités que des bêtes. Dans mon village tu avais les Kurdes qui arrivaient à n’importe quel moment du jour et de la nuit : s’ils avaient besoin de nourriture, de vêtements, d’argent, tu ne pouvais pas refuser ni discuter, même si tu n’en avais pas les moyens; c’était une espèce d’impôt qui était institué. Mais il y avait des infiltrés qui appartenaient aux milices de l’Etat, si bien que si l’on coopérait avec les Kurdes, le lendemain l’armée turque arrivait, mettait les hommes au soleil et les battaient [3]
Tu as de nombreux exemples de chrétiens qui partaient parfois à l’hôpital comme tout le monde, mais si l’on découvrait qu’ils étaient chrétiens on pouvait les empoisonner. C’est arrivé à une famille très proche de la mienne : un jour le fils mal en point est conduit à l’hôpital, là on rassure la famille disant qu’il va s’en sortir. Mais le lendemain, son frère part aux nouvelles et on lui annonce sa mort sans explications.
Il arrivait aussi qu’on se dénonce entre frères pour avoir une prime. J’ai perdu mon cousin d’une manière semblable au cours de l’année 1994 : il partait vers Istanbul… En chemin on lui glisse un courrier dans les bagages qui le faisait passer pour un agent kurde, on s’arrange pour le faire contrôler, puis on l’arrête pour complicité avec le PKK [4]. Il a été incarcéré. Nous n’avons plus jamais eu de nouvelles de lui. Mon oncle et le maire du village sont partis demander des nouvelles et ont été incarcéré à leur tour. Nous avons appris qu’il aurait été maltraité jusqu’à en devenir méconnaissable, puis jeté d’un hélico. Ceux qui l’ont dénoncé comme agent du PKK ont eu une belle prime…
Cependant je tiens à dire que certaines familles nous ont protégés ; mes grands-parents ont été protégés par des Kurdes, pendant un an… deux ans.
Bien-sûr nous avions la possibilité d’éviter ces mauvais traitements : il suffisait de se convertir à l’Islam ! Certains l’ont fait. D’autres ont préféré leur foi.
C’est donc pour un motif religieux que vous vous êtes exilé ?
Nous personnellement on est parti parce que notre foi était mise en cause, alors que nous avions là-bas énormément de moyens. Il ne faut pas oublier ça. Nous  ne sommes pas là pour profiter, sinon nous serions restés chez nous… Mais tu sais, pour nous l’Europe était chrétienne, on allait arriver en terre catholique ! J’imaginais des processions dans les rues ! Mais nous sommes énormément déçus, il y a tout sauf la foi. Pourtant ce n’est pas les monuments évoquant la foi qui manquent. Je suis déçu… au point de me dire que j’aurais préféré me faire massacrer là-bas par les musulmans plutôt que rester ici. Pourquoi ? Parce que si ça n’est pas moi qui perd la foi, ce sont mes enfants… Les enfants sont conditionnés par la société occidentale matérialiste et s’ils vivent selon nos valeurs ils seront rejetés de la société. Le confort qu’on a aujourd’hui c’est comme une maladie qui nous tue de l’intérieur et on ne s’en rend même pas compte.
Je serai toujours reconnaissant envers la France, parce que la France m’a tout donné sans contrepartie. Mais au final, tu t’installes, etc., et ce qui est le plus cher, on te le prend : ta famille, ta foi, on t’enlève tout pouvoir dessus… Peu à peu on oublie l’objectif pour lequel on était venu en France. Seulement 40% des Chaldéens aujourd’hui vont à l’église autour de moi…
Vous ne devez pas vous sentir Français dans ces conditions ; de quelle nationalité vous revendiquez-vous ?
Je suis Chaldéen avant tout. Puis Français en raison de ma terre d’accueil : je m’investis pour les Chaldéens en France et pour les intérêts français.
Jamais je me considérerais Turque car quand on apporte une nationalité, il faut donner une contrepartie : la France ne m ‘a pas demandé de prendre la nationalité et en plus elle m’a donné la contrepartie avant. En Turquie on t’y oblige[5] et la seule fois où tu vois la « sécurité » c’est pour t’embarquer. Moi, on m’a imposé une nationalité, mais dans ce cas-là qu’on me donne des infrastructures, de l’électricité, des écoles, etc. Pourquoi nous marginaliser ? Depuis quand existe la Turquie[6] ? Depuis quand existe les Chaldéens ? Il faut un minimum de reconnaissance ! Il faut respecter chacun de la même manière… Les Turques viennent de Mongolie en plus, ils ne sont même pas chez eux.
La loi condamnant le génocide arménien concerne-t-il les Chaldéens ? A-t-il eu un effet positif sur le traitement qui est réservé aux chrétiens en Turquie ?
On parle du génocide arménien mais pas du génocide chaldéen car les Chaldéens n’ont pas de pays, mais il s’agit de la même chose. Environ 900 000 Assyro-Chaldéens ont été massacré et 1 500 000 Arméniens. Malgré tout le massacre de notre peuple n’est pas encore reconnu ; le seul pays à l’avoir fait est la Suède.
Concrètement les chrétiens sont toujours victimes des persécutions. Lors de la guerre en Irak, par exemple, la communauté est visée tous les jours, mais on n’en parle pas. On ne peut pas car une simple manifestation accroîtrait les répressions musulmanes en Irak.
Avez-vous des perspectives d’avenir ?
On pourrait aujourd’hui essayer de revendiquer une zone de liberté, d’autonomie en Irak à Ninive. Il a été question de faire un état fédéral en Irak. On pourrait créer une élite catholique démocratique qui agirait comme un modèle dans cette région. On ne demande qu’à pouvoir vivre sans contraintes sur ses propres terres, cela serait pour nous un sacré soulagement.
Mais nous ne nous faisons pas d’illusions, si cette question a été évoquée, ça n’est que pour calmer éventuellement les tensions en Irak ou avoir une base occidentale dans cette région.
Ce que je voudrais c’est d’abord que nous construisions une école pour nos enfants ici en France.
Récemment un livre a été publié par M. Jean Monneret : Le martyre oublié des chrétiens chaldéens [7]. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
J’ai une estime sans borne pour le travail qu’a effectué M. Monneret ! Pour sa patience, pour le talent avec lequel il a rendu notre histoire et nos interventions. Ma famille lui a servi d’intermédiaire avec le monde chaldéen, c’est elle qui est interrogée le long du livre. Il a aussi rapporté mon expérience qu’il a traduite avec une grande délicatesse. Je n’ai qu’un mot : merci.
[1] Le prénom a été modifié selon les souhaits de mon interlocuteur.
[2] La civilisation sumérienne a durée du VIè au IIè millénaire avant Jésus-Christ.
[3] En effet, les accords n’ayant pas été respectés par l’Etat, les Kurdes se sont révoltés, si bien que les Chaldéens se sont retrouvés coincé entre deux feux : l’Etat turque et les Kurdes.
[4] Parti des Travailleurs du Kurdistan.
[5] Le Hakkari a été rattaché à la Turquie en 1925. En 1934 les Assyro-Chaldéens sont forcé à adopté des patronymes turques.
[6] Invasion musulmane au VIIè siècle. 1299 : début de l’empire Ottoman qui sera démantelé après
La Première Guerre Mondiale. Création de la Turquie le 24 juillet 1923.
[7] Jean Monneret, Le martyre oublié des chrétiens chaldéens, être catholique en Turquie…, Via Romana, 2012.
Vous trouvez dans cet ouvrage de nombreux témoignages bouleversants, ainsi qu’une chronologie traçant à grands traits l’histoire des Chaldéens de Turquie.