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mercredi 5 novembre 2025

Une découverte archéologique révèle la naissance de l’art chez les Néandertaliens, il y a 70 000 ans.

 

Un crayon ocre néandertalien de Crimée révèle les premières formes d’art symbolique

Les crayons de forme irrégulière et réutilisés, les motifs gravés et les marques d’outils suggèrent que certains matériaux ocre ont été intentionnellement utilisés pour des activités symboliques.

Seize fragments d’ocre découverts sur des sites du Paléolithique moyen en Crimée et en Ukraine continentale témoignent de l’utilisation des pigments par les Néandertaliens sur une période d’environ 70 000 ans, selon une étude publiée dans Science Advances. Une équipe internationale dirigée par Francesco d’Errico, de l’Université de Bordeaux, a examiné ces artefacts au microscope électronique à balayage et par fluorescence X portable afin de déterminer comment ils étaient façonnés, conservés et réutilisés.

Chaque fragment présentait des traces de modification intentionnelle : meulage, grattage, incision ou écaillage. Trois objets se distinguaient : un crayon d’ocre jaune intact, la moitié cassée d’un autre crayon jaune et un morceau d’ocre rouge provenant d’un objet plus grand ressemblant à un crayon. Le crayon intact mesurait environ cinq à six centimètres et sa pointe était encore acérée après plus de 40 000 ans ; l’examen microscopique a révélé des marques de ciseau indiquant un affûtage répété.

Les chercheurs ont conclu que la nature soigneusement sélectionnée des fragments d’ocre, leur façonnage délibéré et la préservation des marques d’outils indiquaient leur rôle dans la communication, l’expression de l’identité et la transmission des connaissances.

Jpost

Les Néandertaliens ont créé les plus anciens exemples d’art rupestre au monde

Les Néandertaliens n’ont pas seulement survécu aux paysages glaciaires de l’Europe ; ils se sont aventurés dans des grottes profondes et y ont créé de l’art. Ce qu’ils ont laissé n’est pas figuratif comme les scènes animalières plus tardives d’Homo sapiens.

Il s’agit plutôt d’un répertoire de pochoirs dessinés à la main, de signes géométriques, de lignes tracées au doigt, et même de structures construites. Ce type de création artistique témoigne d’une intention créative et d’un comportement symbolique bien antérieurs à l’apparition de notre espèce.

Malgré les preuves que les Néandertaliens utilisaient des pigments et fabriquaient des bijoux, certains chercheurs ont résisté à l’idée qu’ils exploraient des réseaux de grottes profondes pour créer des images durables.

De nouvelles datations réalisées par des chercheurs de l’Université de Bordeaux ont bouleversé cette vision. Dans trois grottes espagnoles – La Pasiega (Cantabrie), Maltravieso (Estrémadure) et Ardales (Malaga) – les chercheurs ont mis au jour des signes linéaires, des formes géométriques, des pochoirs et des empreintes de mains réalisées avec des pigments. (…)

Earth

https://www.fdesouche.com/2025/11/04/une-decouverte-archeologique-revele-la-naissance-de-lart-chez-les-neandertaliens-il-y-a-70-000-ans/

jeudi 18 avril 2024

Propagande : paléonthologie et biologie moléculaire au service de l’idéologie

 

Depuis deux décennies, la génétique a bouleversé nos connaissances sur l’apparition et le peuplement de l’espèce Homo. En cinq questions clefs, voici ce qu’elle nous apprend.

1. Le scénario des origines

Jusqu’à présent, deux théories à propos de l’apparition de l’homme moderne s’opposaient. La première, dite “multirégionaliste”, soutient que les populations ancestrales auraient quitté l’Afrique voilà 2 millions d’années, engendrant simultanément diverses espèces locales comme Homo neanderthalensis en Europe ou Homo erectus. Toutes auraient évolué de façons différentes avant de donner naissance à Homo sapiens sapiens. La seconde, dite “Out of Africa”, se situant il y a environ 200 000 ans, affirme qu’une seule et même espèce (la nôtre) serait apparue en Afrique, avant de migrer dans le reste du monde en supplantant toutes les autres sans se mélanger.

>>> Notre dossier: Préhistoire, les derniers secrets

“Le modèle multirégionaliste a été abandonné, tranche Henry de Lumley, directeur de l’Institut de paléontologie humain de Paris, car il souffrait d’une faiblesse originelle. Comment voulez-vous que des êtres aussi différents que Neandertal et Homo heidelbergensis, que nous avons trouvé à Tautavel, aient abouti à une seule espèce, Homo sapiens?

Pour autant, la théorie “Out of Africa” ne l’a pas définitivement emporté. Disons que la génétique l’a d’abord amendée, puis complexifiée. En 1987, des travaux sur l’ADN mitochondrial (transmis par les femmes) confirment effectivement l’origine africaine de l’homme, et laisse entendre qu’il existe un berceau géographique commun à l’humanité (on parle alors de jardin d’Eden) ainsi qu’un ancêtre commun.

Mais d’autres études (portant notamment sur le chromosome Y) ont, depuis, montré qu’un “Sapiens archaïque” a vraisemblablement essaimé un peu partout sur le continent africain avant de partir à la conquête du monde. “Il n’y a pas eu une sortie d’Afrique, mais plusieurs, et à des époques différentes”, précise Gaspard Guipert, chercheur associé au Centre européen de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement (Cerege), à Aix-en-Provence.

Des résultats confirmés par le séquençage du génome humain, achevé en 2003, qui a montré que toutes les “lignées se branchent bien sur le rameau africain”, ajoute Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l’évolution humaine de l’Insti tut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne).

Avant de préciser que la biologie moléculaire conforte aussi le mouvement migratoire : “Les chercheurs ont clairement montré que plus les populations se trouvent géographiquement loin de l’Afrique et moins elles ont de diversité génétique.”

D’où des phénomènes extrêmes dans les contrées les plus reculées, comme le nanisme insulaire, dont a été victime l’homme de Flores, découvert en 2003, et dont les restes, datés autour de -18000 ans, en faisaient un descendant direct d’Homo erectus.

2. La longue migration

Depuis l’Afrique, quelles routes nos ancêtres ont-ils pu emprunter ? Le couloir du Levant reste le plus souvent évoqué, avec la Turquie et le contournement de la mer Noire en direction de l’Europe et de l’Asie. “Chez nous, les premières traces du genre Homo remontent à entre -1,6 et -1,8 million d’années dans le bassin de Nihewan (nord-est de la Chine), où une dizaine de sites fossilifères ont été identifiés”, explique Shen Guanjun, de l’université de Nankin. D’autres ossements exhumés ces dernières années, notamment à Damnisi (Géorgie), où a été découvert le plus ancien Européen, vont aussi dans ce sens.

Mais, si l’on se positionne autour de -2 millions d’années (période de glaciation, avec un niveau des mers plus bas), différentes voies ont pu être utilisées : celle qui va de la Tunisie au sud de l’Italie, celle qui passe par le Bosphore ou bien le détroit de Gibraltar. Des déplacements de populations liés non pas simplement à l’esprit aventureux des premiers hommes modernes, mais à la contrainte climatique et à l’abondance du gibier.

Les mouvements de migration plus tardifs, qui amènent Homo sapiens à conquérir le monde entre -150 000 et -45 000 ans, sont mieux connus. La génétique a même permis de trancher un débat ancien : le peuplement de l’Amérique. Celui-ci semble bien d’origine asiatique (nombre de gènes sont communs avec ceux des Sibériens) et se déroule via le détroit de Béring (par voie terrestre ou maritime). En Europe, cette expansion ne se fait pas sans difficulté. L’équipe de l’Institut Max-Planck, à Leipzig, a publié au mois d’octobre 2014, dans la revue Nature, les résultats d’une étude du génome d’un fémur trouvé près d’Ust’-Ichim, en Sibérie occidentale.

Contrairement aux premières investigations, la datation au carbone 14 révèle qu’il s’agit bien d’un individu Homo sapiens et non d’un néandertalien dont le décès date d’il y a 45000 ans, ce qui en fait le plus ancien représentant de notre espèce jamais trouvé hors de l’Afrique et du Proche-Orient. Surtout, en comparant ce génome avec ceux qu’ils avaient à leur disposition, les chercheurs font de l’homme d’Ust’-Ichim un gaillard plus proche des non-Africains que des Africains et plus lié aux Européens anciens qu’aux Asiatiques. Pour les paléontologues, cette découverte apporte la preuve irréfutable que la lignée de Sapiens non-africains provient d’un groupe qui a quitté son continent il y a 60 000 ans, donc plus tôt que ce qu’ils croyaient jusque-là. Des individus modernes qui ont trouvé en face d’eux une espèce plus ancienne et plus forte, Homo neanderthalensis.

3. Neandertal réhabilité

S’il en est un dont l’image a totalement été révisée grâce à la biologie moléculaire, c’est bien l’homme de Neandertal, qui doit son nom à la vallée de Neander, près de Düsseldorf (Allemagne), où fut découvert le premier individu, en 1856. A l’époque, vu ses caractéristiques -arrière-crâne développé, bourrelets suborbitaux protubérants et silhouette robuste-, les chercheurs le prennent pour… un ours. D’où l’image de balourd qu’il se traîne au XIXe, puis au XXe siècle.

“Trapu, petit, sans menton, avec une visière de casque au-dessus des yeux, il a longtemps été considéré comme un être inférieur”, regrette Marylène Patou-Mathis, chercheuse au CNRS, qui connaît Neandertal mieux que personne et oeuvre à sa réhabilitation.

Cette réputation ne s’arrange guère avec la découverte, plus tard, de l’homme de Cro-Magnon, cet être gracile au port altier. Un Sapiens qui en impose, avec ses manières, puisqu’il invente le principe des sépultures et pratique l’art et la chasse.

Pourtant, en un peu plus d’une décennie, notre cousin Neandertal a regagné un à un ses galons de “moderne”.

D’abord, lui aussi travaille avec des outils élaborés. Mieux, il a inventé une technique de coupe dite “Levallois”, qui réclame certaines capacités cognitives. Lui aussi enterre ses morts, et ce, dès -80000 ans, démontrant ainsi son sens de l’empathie et le développement de pensées métaphysiques. Lui aussi utilise certaines plantes médicinales, comme le prouvent des restes de pollen trouvés dans ses tombes. Lui aussi chasse, jusqu’à élaborer des stratégies d’encerclement du gibier. Lui aussi a développé l’art de la parure (bijoux, tatouages, coiffure). Lui aussi, à l’instar d’un Kandinsky ou d’un Kupka, au XXe siècle, était maître en art abstrait, comme l’a révélé une gravure découverte en septembre 2014 dans la grotte de Gorham (Gibraltar), située à flanc de falaise, devant la mer Méditerranée.

Pour les spécialistes anglais, espagnols et français (CNRS-université de Bordeaux), auteurs de l’article publié dans la revue PNAS, ces lignes horizontales et verticales creusées dans la paroi, voilà 39 000 ans, servaient à marquer l’espace d’habitation. Elles caractérisent un geste technique sans lien avec un but matériel immédiat que l’on croyait être l’apanage de l’homme moderne. Enfin, les généticiens ont montré qu’Homo neanderthalensis utilisait une forme de langage (gène FOXP-2). Et que sa peau était moins basanée que ce que l’on croyait jusqu’ici. “Difficile, à la lumière des découvertes récentes, de ne pas faire de Neandertal l’égal de Sapiens, conclut Marylène Patou-Mathis.

Je pense même qu’il a aidé ce dernier à découvrir le territoire européen qui était pour lui une terra incognita.” 

4. Y a-t-il eu hybridation entre Homo sapiens et d’autres espèces ?

La question est longtemps restée une des énigmes majeures de la paléontologie : en comparant crânes et ossements, les chercheurs n’ont jamais pu conclure à l’existence d’une espèce intermédiaire. Souvent trompés par une prétendue supériorité de l’homme moderne, nombre d’entre eux estimaient que Sapiens n’aurait pas pu fricoter avec son cousin.

Et l’absence de gisement fossilifère où l’on aurait pu trouver les deux espèces a longtemps entretenu l’idée d’une impossible hybridation. Mais ce serait oublier un peu vite que ces deux populations cohabitèrent durant près de 12 000 ans !

Aujourd’hui, la science prouve qu’il y a bien eu métis sage, puisque le génome de Neandertal, décrypté en 2010 par l’Institut Max-Planck, montre que nous avons tous en nous quelque chose de lui : Européens et Asiatiques possèdent de 1 à 4% de ses gènes ! Toutefois, ces croisements sont restés plus que restreints.

Et pour cause ! Nombre de clans de Sapiens et de Neanderthalensis ont tout à fait pu ne jamais se rencontrer, notamment en Europe. D’autant qu’ils ne représentaient que quelques dizaines de milliers d’individus éparpillés sur de grands espaces. D’autres ont pu s’apercevoir, tout en restant à distance, selon une technique d’évitement somme toute compréhensible. Enfin, une poignée d’entre eux ont fini par se mêler, il y a 70 000 ou 80 000 ans.

5. Pourquoi Sapiens s’est-il retrouvé seul sur Terre ?

D’abord parce qu’à son époque il avait peu de concurrents : le genre Homo comptait un nombre infime de branches. Outre Sapiens, il y a donc Neandertal et l’homme de Flores, disparu de la surface de son île, peut-être à la suite d’une éruption volcanique. A moins que celui que les médias ont affectueusement surnommé le “Hobbit”, en référence au Seigneur des anneaux, ne fût né avec le syndrome de Down (trisomie 21) comme le suggèrent les Drs Henneberg et Eckhardt dans une étude scientifique parue au mois d’août 2014. Reste, enfin, une espèce inédite, les dénisoviens, définie en mars 2010 par les généticiens. Cette fois, non grâce à un crâne, mais à partir d’une étude d’ADN, puisque l’individu se résume à un seul… fragment d’auriculaire, trouvé par les Russes dans la région de l’Altaï.

Les paléogénéticiens de l’Institut Max-Planck, toujours eux, ont révélé que cet Homo, vieux de 40000 ans, ne ressemblait à aucun autre. Mais, faute d’ossements supplémentaires, l’homme de Denisova reste bien mystérieux.

Difficile, donc, de lancer des hypothèses sur les causes de sa disparition, alors que l’affaire semble un peu plus simple en ce qui concerne Neandertal. 

Du moins sur le papier, car paléo-anthropologues et généticiens ont apporté des explications pas toujours convaincantes.

La plus ancienne voudrait que le gros balourd eût été trop stupide pour s’habituer aux changements climatiques.

Un argument qui manque indubitablement de fond, d’autant que lui vécut plus de 300000 ans, soit, à l’heure actuelle, au moins 100 000 de plus que nous… Pas sûr, donc, que nous ayons des leçons d’adaptabilité à lui donner ! L’idée d’une pandémie a aussi été avancée dans la revue Current Biology à la fin de l’année 2013 montrant notamment que notre ADN contient des virus qui étaient communs à nos espèces.

“L’une des deux n’y aurait pas survécu”, explique Marylène Patou-Mathis. Sans y croire vraiment : “Cela peut s’entendre sur des aires géographiques limitées, mais pas à grande échelle.”

Restent les thèses, assez hasardeuses, d’un régime insuffisamment diversifié et d’une extermination massive par des hordes d’ “Attila Sapiens” - sauf qu’il n’existe aucune trace de massacre.

Ou encore l’idée selon laquelle une dilution génétique aurait conduit notre lointain cousin à se fondre avec la branche Homo sapiens.

La réponse pourrait être plus prosaïque et se réduire à un problème démographique : les dernières études génétiques montrent un goulet d’étranglement autour de – 60 000 ans, avec une forte baisse de la natalité et une mortalité féminine importante. D’ailleurs, à ce jour, peu de squelettes de néandertaliennes âgées ont été exhumés. La lignée se serait donc éteinte progressivement, ses dernières traces datant d’entre -40000 ans et -28000.

“Peut-être était-il trop conservateur, suggère aussi la chercheuse. Et, lorsqu’il a fallu s’adapter, il a pu manquer de sens de l’innovation et ne pas savoir se projeter dans l’avenir.”

La leçon vaut pour toutes les espèces humaines, d’hier et d’aujourd’hui.

 lexpress.fr

https://www.fdesouche.com/2015/01/19/propagande-paleonthologie-et-biologie-moleculaire-au-service-de-lideologie/

dimanche 24 décembre 2023

Les premières fresques rupestres peintes par Neandertal 20.000 ans avant l’arrivée de l’Homme moderne

 

Les premières fresques rupestres peintes par Neandertal 20.000 ans avant l’arrivée de l’Homme moderne

De nouvelles datations font remonter des peintures rupestres en Espagne à -64.000 ans. Elles remettent en cause la supériorité de l’Homme moderne sur l’Homme de Neandertal. En effet, à cette époque, seul était présent dans cette région l’Homme de Neandertal ; l’Homme moderne n’arrivera en Europe que 20.000 ans plus tard.

Depuis le début de la paléoanthropologie, on croyait que la pensée symbolique, sans usage pratique, était la caractéristique de l’Homme moderne, notamment avec l’art. L’Homme de Neandertal, largement présent en Europe était alors considéré comme un sauvage ou même comme un sous-homme luttant contre l’Homme moderne pour défendre son territoire.

Ces nouvelles découvertes sont une révolution car elles montrent que l’Homme de Neandertal était doté de pensée symbolique comme l’Homme moderne. Elles créent une brèche dans les théories racistes actuelles voulant que l’Homme vienne d’Afrique via le Moyen-Orient.

Une autre vision de Neandertal

L'Homme de Neandertal a été découvert en Europe, plus précisément en Allemagne, en 1856. D'abord considéré comme une sorte de précurseur primitif de l'Homme moderne, au mieux comme une sous-espèce d'Homo sapiens nommée Homo sapiens neanderthalensis, son statut a bien changé depuis quelques dizaines d'années. Elle est aujourd'hui considérée comme une espèce à part entière (Homo neanderthalensis), même si les progrès de la paléo génétique ont montré qu'il y a eu des hybridations avec H. sapiens et qu'une partie du patrimoine génétique de Neandertal survit chez les Européens actuels.

Les causes de sa disparition, il y a environ 30.000 à 40.000 ans, restent encore incomprises. Une infériorité cognitive a été supposée, impactant les liens sociaux et la technologie. Mais plus les connaissances sur les Néandertaliens progressent, plus ces différences s'amenuisent. Jusqu'à aujourd'hui, il était en général considéré que l'art dans sa dimension symbolique était l'apanage de l'Homme moderne, tout comme la préoccupation pour les défunts.

Plusieurs découvertes remettent pourtant en cause cette vision. En Espagne, sur des sites incontestablement attribuables à des Néandertaliens, des coquillages utilisés comme parure ou récipient à maquillage remontent à au moins 50.000 ans. Les plus anciennes parures retrouvées étaient attribuées à Homo sapiens et provenaient d'Afrique, plus précisément de la grotte des Pigeons au Maroc (-82.000 ans) et celle de Blombos (-75.000 ans) en Afrique du sud.

Autre exemple, la fameuse découverte de la Chapelle-aux-Saints en 1908. De nouvelles fouilles, voilà quelques années, ont démontré que des Néandertaliens avaient bel et bien creusé une tombe il y a 60.000 ans environ pour y déposer un de leur défunt.

Plus rien ne différentie l’Homme de Neandertal de l’Homme moderne venu d’Afrique.

L’art rupestre de Neandertal

Les peintures rupestres trouvées en Espagne dans les grottes de La Pasiega (région de Cantabrie), Maltravieso (Estrémadure) et Ardales (Andalousie) seraient âgées d'au moins 64.000 ans, d'après une méthode de datation de type uranium-thorium (U-Th) utilisée pour dater des concrétions carbonatées en calcite recouvrant ces peintures.

Les trois grottes contiennent des peintures principalement en rouge, parfois en noir, montrant des groupes d'animaux, des points et autres signes géométriques ainsi que des pochoirs à la main.

Cette nouvelle découverte prouve que ces peintures ont été réalisées environ 20.000 ans au moins avant l'arrivée de l’Homme moderne en Europe. Elles sont sans discussion possible l'œuvre de Néandertaliens.

Toutes ces découvertes semblent montrer de manière convaincante que les Néandertaliens n'avaient probablement rien à envier au point de vue cognitif  à l’Homme moderne. Elles montrent également que l'apparition des traits propres à l'Humanité doit être plus ancienne qu'on ne le pensait.

Pour conclure, l’Homme doté de fonctions cognitives, maniant l’art et enterrant ses morts, était bien présent en Europe avant l’arrivée d’Afrique d’Homo sapiens. Nous en possédons certains gènes. La grande question est de savoir pourquoi l’homme de Neandertal s’est éteint alors qu’il avait toutes les armes pour durer.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/02/les-premieres-fresques-rupestres-peintes-par-neandertal-20.000-ans-avant-l-arrivee-de-l-homme-moderne.html

samedi 21 octobre 2023

Homo Néandertal était un peu Sapiens

 

Homo Néandertal était un peu Sapiens

Souvent (mal) utilisée à des fins idéologiques, la recherche sur l'origine de l'homme n'en reste pas moins une science passionnante, révélant une généalogie toujours plus complexe et plurielle, allergique aux simplifications partisanes. Plongeons avec Gabriel Piniès dans les arcanes d'une foisonnante histoire d'homo.

Une nouvelle étudepubliée dans la revue Cell le 13 octobre 2023 nous en dit plus sur les liens précoces entre Homo Sapiens et Homo Neandertal en Europe. Intitulée « Diverse African genomes reveal selection on ancient modern human introgressions in Neanderthals » a séquencé l’ADN de 180 individus actuels provenant de 12 populations africaines très différentes. Nous savions déjà que lorsque nos ancêtres Homo Sapiens sont sortis d’Afrique il y a plusieurs dizaines de milliers d’années et que tous les humains non-subsahariens avaient de 1,8% à 2,8% d’ADN néandertalien (2% en moyenne) à la suite d’épisodes d’hybridation survenus il y a environ 50 000 ans.

Nous savons désormais qu’Homo Neandertal a reçu un apport génétique provenant d’Homo Sapiens il y a environ 250 000 ans en Europe. Cela complète les résultats d’une étude2 publiée dans la revue Science en 2020 qui montrait que tous les chromosomes Y des Néandertaliens séquencés provenaient d’une population proche de Sapiens entre -300 000 et -150.000 ans. Pour bien visualiser, l’ancêtre direct entre Homo Sapiens d’une part et d’autre part à la fois Homo Neandertal et Homo Denisova est daté à 700 000 ans. L’ADN mitochondrial (ADN non-nucléaire, transmis uniquement par la mère, il indique l’origine de la lignée maternelle directe à travers les millénaires) des Néandertal séquencés par cette étude a aussi été remplacé par des lignées Sapiens. L’ADN mitochondrial du plus ancien Néandertal séquencé date de 400 000 ans, le squelette provient du fameux site La Sima de los Huesos près de Burgos en Espagne. Cet individu présente bien un ADN mitochondrial néandertalien proche de celui de son cousin Homo Denisova, preuve que l’hybridation eut lieu plus tard.

Un population d’Homo Sapiens passée sous les radars

Une population d’Homo Sapiens précoces a donc quitté l’Afrique il y a environ 250 000 ans en passant sous les radars des archéologues et a été absorbée par les Néandertaliens locaux. D’après l’étude, jusqu’à 6% du génome des Néandertaliens de l’Altaï (chaîne de montagne de l’ouest de la Russie) provient de ces Sapiens. Pour les archéologues, la plus ancienne trace de Sapiens en Europe remontait à 55 000 ans avec des flèches taillées par Sapiens dans la vallée du Rhône.

Les conclusions montrent en outre que les Subsahariens actuels possèdent 1% d’ADN néandertalien, du fait d’un retour d’hommes modernes vers l’Afrique depuis le Levant et l’Afrique du Nord il y a plusieurs millénaires. Cette part est en hausse comparé à la précédente étude3 de Princeton de 2020 parue dans la revue Cell qui évaluait à 0,3% la part de Néandertal chez les Subsahariens. Ce retour peut correspondre à l’expansion bantoue qui a diffusé les lignées patrilinéaires E1b1a dans toute l’Afrique subsaharienne depuis le Sahel à partir d’il y a 5000 ans. Ces lignées E1b1a se sont séparées il y a environ 41.000 ans des lignées E1b1b qui sont aujourd’hui celles de l’Afrique du Nord et du Levant, très présentes notamment parmi les Juifs aussi bien ashkénazes que séfarades mais aussi dans le sud-est de l’Europe (sa variante E-V13) notamment en Grèce, Albanie, Bulgarie et Roumanie, par l’arrivée au Néolithique de populations agricoles du Proche-Orient. En migrant vers le sud depuis le Sahel, cette population porteuse du lignage patrilinéaire E1b1a s’est mélangée aux autochtones chasseurs cueilleurs subsahariens porteurs des lignées patrilinéaires A et B que l’on retrouve dans toutes les populations africaines subsahariennes actuelles à des niveaux divers, moins importantes parmi les tribus de langues bantoues mais toujours significatives au sein de tribus de chasseurs cueilleurs comme les Hamza en Tanzanie qui parlent par cliquetis ou parmi les tribus de langues nilotiques, tout en diffusant des traces de Neandertal en Afrique subsaharienne.

Ces résultats viennent complexifier l’histoire du genre humain depuis l’apparition de notre espèce Homo Sapiens. Depuis les fossiles du Djebel Irhoud au Maroc faisant remonter à 300 000 ans l’ancienneté de notre espèce et la découverte des différents épisodes d’hybridation de Sapiens avec des espèces cousines nous ne cessons d’approfondir une histoire toujours plus plurielle.

© Photo : Le crâne Ardipithecus

https://www.cell.com/current-biology/pdf/S0960-9822(23)01315-5.pdf

https://www.science.org/doi/10.1126/science.abb6460

https://www.cell.com/cell/pdf/S0092-8674(20)30059-3.pdf

https://www.revue-elements.com/homo-neandertal-etait-un-peu-sapiens/

jeudi 17 août 2023

La vraie Histoire n’est pas celle de Gims

 

Face aux absurdités, il vaut mieux combattre le message que le messager. Alors que le rappeur Gims fait parler de lui avec son intervention farfelue dans le média panafricain Oui Hustle, examinons l'aspect purement historique de ses propos.

Quand Gandhi Djuna (de son vrai nom) proclame « À l'époque de l'empire de Koush, il y avait l'électricité. Les pyramides qu'on voit là, au sommet, il y a de l'or. L’or, c'est le meilleur conducteur pour l'électricité », cela se rapproche plus d’un conte voisin du mythe de l’Atlantide que de la vérité historique. Ce que les égyptologues appellent aujourd’hui Koush est en vérité un royaume et non un empire, situé au sud de l’Égypte ancienne et qui fut annexé plusieurs fois par cette dernière. Il n’est pas rare, alors, de voir s’élever plusieurs pyramides destinées à accueillir la dépouille de seigneurs et de dignitaires locaux. En haut de ces édifices sont installés des pyramidions. Ces éléments pyramidaux, destinés à orner le sommet d’édifices comme les obélisques ou les pyramides, pouvaient être fabriqués en pierre ou en or. Ce minerai précieux était vu par les Égyptiens comme un signe de richesse mais aussi comme un symbole représentatif du sang des dieux. Nous sommes, bien sûr, loin des fameuses théories de Gims l’électricien qui ne se limite pas à cette profession mais se veut aussi archéologue !

Il sous-entend, par ailleurs, qu’un génocide raciste aurait été perpétré pendant la préhistoire : « L’Afrique a peuplé l’Europe avant les Européens, assure-t-il, on les appelait les Afropéens. Ils ont été décimés par les vrais Européens qui venaient d’Asie. On les appelait les Yamnayas, 50.000 ans avant les Européens. »

Une version caractéristique de cette volonté de réécrire l’Histoire en glorifiant une Afrique victime éternelle de l'Europe, comme ont voulu le faire croire certains groupes extrémistes heureusement dissous comme la Ligue de défense noire africaine.

La vraie Histoire est différente. Il y a 50.000 ans, l’Europe était habitée par l’Homme de Néandertal, établi sur ce continent depuis environ -250.000 ans, ce qui fait de ces hominidés les premiers vrais Européens. Leur disparition fut amorcée vers -48.000 ans avec l’apparition d’une nouvelle espèce, Homo sapiens, venue du Proche-Orient et d’Afrique. S'il fallait entrer dans le jeu du jugement anachronique d’un génocide, nous pourrions dire que le vrai Européen, l’Homme de Néandertal, fut la victime de l’Homo sapiens venu d'Afrique. Soit le scenario inverse de celui de Monsieur Djuna ?

Pour couronner le tout, Gims semble suspecter un complot (blanc ?) pour faire croire au monde que l’« Histoire [noire] a commencé sur un négrier ». Il croit que « des tableaux […] sont classés, cachés dans des catacombes ». C’est méconnaitre totalement le monde muséal et l’histoire de l’art. Il existe de nombreuses œuvres d’art d’origine africaine datées d'avant la triste période de l’esclavagisme dans nos musées, comme celui du Quai-Branly. Ces institutions et les nombreuses expositions qui y sont présentées manifestent l’existence d’un art noir que notre pays ne cache pas et qu'un Jacques Chirac chérissait.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/gims-retour-sur-les-bancs-de-lecole/

jeudi 4 mai 2023

Les derniers Néanderthaliens ont-ils vécu au large de la Bretagne ? (article de 2013)

 

L’île de Jersey a-t-elle vu s’éteindre l’homme de Néanderthal ? C’est en tout cas dans une caverne du sud-est de l’île, qu’ont été découverts des vestiges « récents » de notre cousin disparu.

Le site de La Cotte de Saint-Brelade était déjà bien connu. Fouillé par les membres de la Société Jersiaise de 1910 à 1917 puis sous la direction du R.P. Christian Burdo dans les années 1930 et 1950, il avait livré plusieurs milliers de silex taillés, une douzaine de dents de Néanderthaliens ainsi que des ossements de mammouths et de rennes.

De nouvelles investigations, les premières depuis trente ans, ont été récemment menées sous la direction du docteur Martin Bates, de l’University of Wales. Elles ont permis de découvrir, encore intacts, des sédiments couvrant les 120.000 dernières années. Leur datation a permis de réévaluer l’ancienneté des dents découvertes en 1910 : elles auraient entre 100.000 et 47.000 ans. C’est au cours de cette période que notre propre espèce, Homo Sapiens, a supplanté l’Homo Neandertalensis. Les dents de Saint-Brelade appartenaient probablement à l’un des derniers Néanderthaliens d’Europe occidentale.

S’ils restent très mal connus, ceux-ci n’étaient sans doute pas aussi rustiques qu’on l’a longtemps supposé. Des vestiges découverts dans la grotte espagnole d’El Sidron (Asturies) ont récemment montré qu’ils utilisaient des plantes médicinales. En prolongeant leurs fouilles à La Cotte de Saint-Brelade, les chercheurs espèrent découvrir à quelle époque les populations néanderthaliennes se sont éteintes, et peut-être même déterminer si elles ont coexisté avec les immigrants Sapiens avant de disparaître.

Crédit photo : licence CC via Wikimedia
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https://www.breizh-info.com/2013/10/24/2059/les-derniers-neanderthaliens-vecu-au-large-bretagne/

lundi 6 février 2023

Immunité : l’héritage d’Homo Denisova dans l’ADN des Papous

 

Immunité : l'héritage d’Homo Denisova dans l'ADN des Papous

Pour s’être hybridés il y a 200 000 ans avec le quelque peu mystérieux Homme de Denisova, les habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont relativement bien adaptés aux maladies infectieuses présentes sous les tropiques.

Si l’on savait déjà que les Papous ont 5 % de leur génome qui leur provient d’Homo Denisova, mystérieux cousin asiatique de l’homme de Néandertal qui n’a encore été identifié que par très peu de fossiles, on ne savait pas encore à quoi servaient ces 5 %. L’étude parue dans PLOS Genetics en décembre 2022 vient apporter de premières réponses à ce sujet. Si l’on ne sait que très peu de choses sur l’Homme de Denisova par absence de fossiles (une dent en Sibérie et une mâchoire au Tibet), on en sait un peu plus par ses descendants.

Homo Sapiens, après s’être hybridé avec l’Homme de Néandertal au sortir de l’Afrique, a ensuite rencontré son cousin Denisova en Asie, une espèce très diversifiée génétiquement, à tel point que certains estiment qu’elle constitue un ensemble de plusieurs espèces. Environ 0,5 % du génome des populations asiatiques proviendrait d’une hybridation avec Homo Denisova, mais cela va jusqu’à 5 % pour les Papous. Par ailleurs, les Papous auraient hérité leur fort taux de génome Denisova d’une population denisovienne sud-est asiatique totalement distincte de celle trouvée dans les fossiles du nord de l’Eurasie. Les Ayta Magbukon, tribu des Philippines, possèdent même encore plus de Denisova dans leur génome d’après une étude publiée dans Current Biology en 2021.

Le chikungunya, même pas peur !

Pour mieux comprendre l’impact de cette introgression [flux de gènes d’une espèce vers une autre à la suite d’hybridations répétées] de génome issu de Denisova parmi les Papous, les scientifiques ont analysé parmi 56 individus de Papouasie-Nouvelle-Guinée les allèles issus tant de Denisova que de Néandertal. Les Papous auraient hérité de près de 82 000 variants de Denisova. En comparant la distribution d’allèles archaïques et non-archaïques et les données déjà existantes sur les fonctions des gènes dans notre espèce, les scientifiques ont pu montrer que des variants issus de Denisova affectent fortement les cellules liées au système immunitaire. Le résultat est une réponse inflammatoire aux infections nettement atténuée, qui a pu les aider lors de leur adaptation à cette région tropicale et devenir un avantage évolutif clé, par exemple contre le chikungunya.

Cette étude est une première pour ce qui est de l’impact de l’hybridation avec Homo Denisova. Beaucoup restent à découvrir. Jusqu’ici, seuls très peu de gènes ont été sélectionnés ici.

https://www.revue-elements.com/immunite-lheritage-dhomo-denisova-dans-ladn-des-papous/

lundi 12 décembre 2022

Néandertal – Le mystère de la grotte de Bruniquel

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Sur le sol de la grotte découverte en 1990 près du village de Bruniquel, des centaines de stalagmites brisées, comportant, pour certaines, des traces de feu, ont été agencées en cercles par l’homme de Néandertal. Quel en est le sens ? De quand datent-ils précisément ? Enquête sur une découverte archéologique majeure en cours de recherche qui bouleverse notre vision de l’homme de Néandertal.


En 1990, dans les gorges de l’Aveyron, un adolescent passionné de spéléologie, Bruno Kowalczewski, découvre une grotte près du village de Bruniquel. Après avoir creusé pendant trois ans pour se ménager un passage depuis un minuscule orifice, il débouche à 350 mètres de l’entrée, dans une spacieuse cavité recelant un trésor archéologique. Sur le sol, des centaines de stalagmites brisées, comportant, pour certaines, des traces de feu, ont été agencées en cercles par l’homme de Néandertal, comme le prouve une datation par le carbone 14 à au moins – 47 000 ans. Quelle signification revêtent ces anneaux de calcaire ? De quand datent-ils précisément ? Par peur d’endommager les vestiges, les fouilles sont arrêtées à la fin des années 1990, laissant ces questions sans réponse.

Cercle de pierre
À partir de 2014, accompagné pendant quatre ans par le réalisateur Luc-Henri Fage, qui signe une passionnante enquête aux images souterraines époustouflantes, une nouvelle équipe, avec à sa tête la paléoclimatologue Sophie Verheyden, le préhistorien et archéologue Jacques Jaubert et le spécialiste du climat Dominique Genty, relance les recherches. Grâce à la méthode actuelle de l’uranium-thorium, des prélèvements de calcite sont datés de – 176 500 ans, révélant que la construction humaine est l’une des plus anciennes jamais découvertes sous terre. Ce cercle de pierre est étonnamment complexe. Comment a-t-il été construit et à quoi servait-il ? Récit d’une découverte qui apporte des éléments nouveaux sur les capacités de Néandertal.

https://www.fdesouche.com/2022/12/11/neandertal-le-mystere-de-la-grotte-de-bruniquel/

samedi 10 avril 2021

Les Néandertaliens enterraient bien leurs morts

 

Les spécialistes sont convaincus depuis longtemps que les hommes de Néandertal enterraient leurs morts, mais cette conviction reposait sur le résultat de fouilles anciennes, qui n’avaient pas toujours été réalisées avec toute la minutie qui s’imposait. Le doute est maintenant levé grâce à l'étude, par une équipe multidisciplinaire dirigée par Antoine Balzeau, du CNRS et du Musée national d’histoire naturelle, et Asier Gomez-Olivencia, de l’Université du Pays Basque, de la tombe d'un enfant néandertalien, vieille de quelque 41 000 ans, qui avait été retrouvée en 1970-1973 dans le « grand abri » du célèbre site préhistorique de La Ferrassie, près de Savignac-de-Miremont, en Dordogne, en même temps que les restes de six autres Néandertaliens.

Les chercheurs ont constaté que l’enfant, probablement mort à l’âge de deux ans, a été inhumé très peu de temps après son décès dans une fosse creusée à cette intention. Ses ossements étaient places dans leur position anatomique, sa tête étant surélevée par rapport au reste du corps et tournée vers l’Est. De telles pratiques dénotent évidemment une intention et témoignent de l’utilisation d'un rituel. La conclusion qui s’impose est que l’Homo sapiens n’a pas été le premier à enterrer ses morts.

Source : Scientific Reports, 9 décembre 2020.

éléments N°189 

vendredi 26 mars 2021

Archéologie : il y a 100 000 ans un enfant dansait ; découverte des plus anciennes empreintes néanderthaliennes en Espagne

 

Le temps orageux et les marées hautes sur une plage espagnole ont mis au jour ce que les paléontologues considèrent comme les plus anciens exemples d’empreintes de Néandertal, celles-ci datant de la fin du Pléistocène.

En juin dernier, deux biologistes se promenant sur une plage du sud de l’Espagne ont découvert le site d’un ancien point d’eau où les animaux et les ancêtres de l’Homo sapiens venaient boire, chasser, chercher des fruits de mer ou simplement s’ébattre dans l’eau. Certaines des empreintes auraient été laissées par un enfant qui “sautait irrégulièrement comme s’il dansait”.

Au moins 87 empreintes de pas datant d’environ 100 000 ans ont été découvertes sur la plage de Matalascañas, entre Huelva et Cadix. Il s’agit du premier exemple incontestable d’empreintes de Néandertal dans la péninsule ibérique, selon Eduardo Mayor, paléontologue […]

The London Times

https://www.fdesouche.com/2021/03/26/archeologie-il-y-a-100-000-ans-un-enfant-dansait-decouverte-des-plus-anciennes-empreintes-neanderthaliennes-en-espagne/

jeudi 4 mars 2021

Néandertal à l'origine du système immunitaire des Européens

  

Le système immunitaire est un ensemble de cellules et de voies métaboliques conduisant à l’élimination d’un certain nombre de germes pathogènes, mais lorsque l’auto-immunité est trop puissante, les cellules immunitaires peuvent s’attaquer à l’organisme jusqu’à déclencher des maladies auto-immunes.

Or, on sait depuis longtemps que les différentes populations du globe n’ont pas la même susceptibilité de developper des maladies auto-immunes. Les Noirs africains, par exemple, ont une réponse immunitaire plus forte aux infections et sont de ce fait plus fréquemment sujets aux maladies auto-immunes : c’est ainsi que les Afro-Américaines développent trois fois plus souvent que les Blanches des pathologies auto-immunes comme le lupus, la maladie de Crohn ou la sclérose en plaques. Deux études différentes, publiées l'une sous la direction de Luis Barreiro, de l’Université de Montréal, l'autre sous la direction de Lluis Quintana-Murci, de l’Institut Pasteur, avancent une explication : ce sont des gènes acquis par les populations européennes lors de leurs anciens croisements avec l’homme de Neandertal (croisements que n’ont pas connus les Noirs africains) qui seraient responsables des réactions immunitaires qui leur sont propres.

L’étude réalisée a Montréal a consisté à isoler des cellules immunitaires appelées macrophages provenant de 80 Afro-Américains et de 95 Américains d’origine européenne, puis a les exposer en laboratoire a des bactéries de type listeria et salmonelles. Les macrophages des Noirs américains ont détruit ces agents pathogènes trois fois plus rapidement que ceux des personnes d’origine européenne. Les chercheurs ont également découvert que 30 % des quelque 12 000 gènes testés liés au système immunitaire ont une expression différente chez les deux groupes, et ce avant même l’infection. La seconde étude est parvenue à des résultats identiques après avoir exposé des monocytes à des bactéries et des virus. La encore, les gènes d’origine néandertalienne semblent jouer un rôle majeur pour minimiser la réponse immunitaire chez les sujets européens.

Source : Cell 20 octobre 2016

éléments N°164

mercredi 24 février 2021

Le chromosome Y des Néandertaliens


Une équipe internationale, dirigée par Martin Petr et Janet Kelso, de l’Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionnaire, à séquence le chromosome sexuel Y, qui est transmis par le père à ses fils, chez trois Néandertaliens ayant vécu il y a de 53 000 a 38000 ans en Belgique, en Espagne et en Russie, et chez deux Dénisoviens. Leur grande surprise a été de découvrir que ce chromosome était chez l’homme de Néandertal plus proche de ce qu’il est chez l’Homo sapiens que de celui des Dénisoviens, auquel il semble pourtant avoir été plus étroitement apparenté. Cette découverte montre qu’au cours des croisements qui sont intervenus entre les Néandertaliens et les hommes modernes, l‘ancien chromosome Y, identique a l'origine chez les Néandertaliens et les Denisoviens, a été progressivement remplace par celui de l’Homo sapiens au terme d'un processus de sélection naturelle que les chercheurs tentent maintenant d’expliquer. L’explication semble être que les Néandertaliens avaient accumulé dans leur chromosome Y des mutations délétères (ce qui est souvent le cas dans les populations de faible volume), et que l’« adoption » du Y de l’Homo sapiens leur a conféré un avantage évolutif. Cette substitution s’est produite il y a entre 370 000 et 150 000 ans, sans doute vers il y a plus de 220 000 ans, ce qui signifie qu’il y avait déjà à cette époque des hommes anatomiquement modernes vivant en Eurasie, ce que la théorie « out of Africa » ne laissait absolument pas prévoir.

Source : Science, 24 septembre 2020

éléments n°187

lundi 14 décembre 2020

Néandertal au fond des grottes

C'est une découverte stupéfiante, qui a été rapportée par Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l'Université de Bordeaux. Une équipe franco-belge d'archéologues et de paléoclimatologues a retrouvé dans la grotte de Bruniquel, qui surplombe l'Aveyron dans leTarn-et-Garonne, près de 400 tronçons de stalagmites, parsemés des restes de plusieurs foyers, qui ont été débités et rassemblés pour former deux amas annulaires et de petits enclos circulaires il y a… 176 500 ans !

Ces structures, qui ne peuvent être l'œuvre que de l'homme de Néandertal, se trouvaient à 336 m de l'entrée de la grotte, ce qui signifie qu'il a fallu y entretenir des feux pour pouvoir y travailler. De surcroît, pour les mettre en place, il a fallu déplacer 2,4 tonnes et 112 mètres linéaires de tronçons de stalagmites, qui ont ensuite été juxtaposés et superposés sur plusieurs rangs, avec des étais extérieurs et des éléments de calage. Il s'agit bien sûr de la plus ancienne construction jamais découverte aussi loin de la lumière du jour. Cette trouvaille recule de plus de 100 000 ans la date d'occupation d'une grotte par des hommes, la plus ancienne preuve formelle étant jusqu'ici fournie par la grotte Chauvet. Elle montre aussi que les Néandertaliens étaient capables de s'aventurer dans le monde souterrain et possédaient, bien avant l’Homo sapiens, des techniques pour s'y éclairer (on a retrouvé 18 points de chauffe, avec des éléments minéraux modifiés par le feu). Ce que l'on ignore en revanche, c'est la finalité - utilitaire, culturelle ou religieuse - de ces étranges constructions. La grotte de Bruniquel a été découverte au début des années 1990 par Bruno Kowalscewski, un spéléologue de la région, avant d'être explorée à partir de 2011 par Sophie Verheyden, de l'Institut royal des sciences naturelles dé Belgique.

Sources : Nature, 26 mai 2016.

éléments N°161 

mercredi 2 décembre 2020

Une thèse iconoclaste La survivance d'hominidés archaïques

L’existence d'un hominidé différent de l’Homo sapiens sapiens vivant quelque part en Asie centrale n'a pas retenu l'attention des scientifiques, à quelques exceptions près, dont les paléoanthropologues Yves Coppens et Anne Dambricourt-Malassé qui avaient encouragé les recherches du naturaliste Jordi Magraner Retour sur une aventure humaine et scientifique.

Dans les années 1990, le naturaliste et herpétologiste Jordi Magraner a conduit plusieurs expéditions dignes d'Indiana Jones - à mi-chemin de la recherche scientifique et de l'équipée sauvage - dans l'environnement extrême des montagnes de l'Hindou Kouch, entre Pakistan et Afghanistan. Accompagné d'un photographe de terrain et d'un historien (le futur écrivain Erik L'Homme), Magraner donnait corps à un rêve : partir sur les traces de l'homme pongoïde révélé en 1974 par le zoologue Bernard Heuvelmans dans son livre L'homme de Néandertal est toujours vivant.

Heuvelmans, fondateur de la cryptozoologie, est à l'origine de la thèse des hominidés reliques selon laquelle de grands hominidés et de grands singes non répertoriés auraient survécu au-delà de la préhistoire et coexisteraient aujourd'hui fort discrètement avec l'homme, dans des zones isolées.

Fasciné par cette thèse, Jordi Magraner n'a eu de cesse de monter des expéditions pour tenter de débusquer la vérité. On retrouve la description (parcellaire) de ces expéditions dans la biographie du Catalan Gabi Martinez, L'histoire vraie de l'homme qui cherchait le éti (Autrement, 2013) et dans le récit de voyage d'Erik L'Homme, Des pas dans la neige (Gallimard, 2010).

Conscient des controverses dont la cryptozoologie faisait l'objet, Magraner a mis en place une démarche scientifique rigoureuse, élaborant un questionnaire très précis sur l'anatomie présumée de l'Homme sauvage, se fondant sur les travaux d'Heuvelmans et les protocoles utilisés en zoologie. Il s'est également appuyé sur les recherches consacrées à l'« Almasty » (homme sauvage velu), effectuées au Pamir dans les années i960 par l'historien russe Boris Porchnev et sur celles plus tardives du médecin russe Marie-Jeanne Koffmann au Caucase, sans oublier les travaux du préhistorien tadjik Vadim Ranov qui a mis en évidence le cas particulier de l'Asie centrale dans les mouvements de population préhistoriques et l'existence d'isolats archaïques tardifs (Guissar-Markansou).

S'il a toujours privilégié les activités de terrain (son intention était d'entrer en contact avec un hominidé relique), il n'a pas négligé les enquêtes auprès des populations locales, ce qui a débouché sur une belle et tragique aventure humaine puisque Jordi Magraner choisit, à la fin de sa dernière expédition, de rester vivre dans les montagnes pakistanaises où il fut assassiné par les Talibans le 2 août 2002.

À quels résultats ce scientifique original et marginal est-il parvenu ? Dans la lignée des recherches de Boris Porchnev au Pamir, plusieurs dizaines de témoignages solides ont été relevées auprès des populations fréquentant les versants pakistanais et afghans de l'Hindou Kouch; témoignages qui viennent s'ajouter à une liste déjà longue évoquant, dans une vaste région dont le Pamir est l’épicentre, des hommes d'anatomie archaïque, protocromagnoïdes ou spécifiques à la zone.

Grâce aux détails fournis par les questionnaires, à d'étranges cris entendus dans les montagnes pakistanaises et à l'intuition de la paléoanthropologue Anne Dambricourt-Malassé (découvreuse du rôle central de la contraction cranio-faciale dans le processus d'hominisation), Jordi Magraner a pu développer la théorie du « sac vocal » chez le Néandertalien, un dispositif phonatoire permettant une communication (par sons gutturaux) sur de grandes distances; Dambricourt et Magraner ont exposé cette théorie en 1992 devant la Language Origin Society de Cambridge qui s'est montrée enthousiaste.

En reprenant à son compte la thèse de Bernard Heuvelmans sur la survivance contemporaine d'hominidés archaïques (hominidés qui seraient peut-être les représentants d'une humanité différente de la nôtre), Jordi Magraner s'aventurait sur un terrain doublement miné par l'idéologie et le carriérisme. Peut-être que les théories qu'il défendait étaient celles d'un rêveur d'un illuminé ? - mais elles méritent d'être posées aux scientifiques qui, dans leur grande majorité, prisonniers des modèles sur lesquels ils ont bâti leur carrière, les ignorent avec dédain.

En essayant de sortir des fantômes de la brume où beaucoup aimeraient les voir rester, Jordi Magraner, au-delà de toute ambition paléoanthropologique, a touché aux rivages profonds du mythe et de la poésie. Là où restera, à jamais sans doute, le mystère des origines.

Éric Grollet éléments N°159 mars-avril 2016 

samedi 14 novembre 2020

Notre héritage néandertalien

 


On pensait jusqu'ici que l'homme de Néandertal avait disparu il y a environ 30 000 ans, et que c'est dans le sud de la péninsule ibérique qu'il s'était maintenu le plus longtemps. Après avoir examiné près de 200 restes de Néandertaliens, ainsi que des outils utilisés par eux provenant de 40 sites archéologiques dispersés dans toute l'Europe, depuis le Caucase jusqu'au Portugal, et les avoir soumis à de nouvelles méthodes de datation (des techniques d'ultrafiltration qui purifient le collagène extrait des os pour éviter sa contamination par des particules modernes), Tom Higham, Ron Pinhasi et leurs collègues de l'Université d'Oxford et du Collège universitaire de Dublin estiment maintenant que l'extinction de l'homme de Néandertal a eu lieu plus tôt qu'on ne le croyait, plus précisément entre il y a 41 030 et 39 260 ans.

Les hommes anatomiquement modernes et les Néandertaliens n'auraient donc cohabité que pendant une période de quelques milliers d'années, ce qui leur a quand même laissé largement le temps de se croiser. Les études dont on dispose depuis les recherches pionnières publiées en 2010 par Svante Pääbo, notamment les travaux réalisés récemment sous la direction de Konrad Lohse, de l'Université d'Edinburgh, et Laurent Frantz, de l'Université de Wageningen (Pays-Bas), montrent en effet que l’Homo sapiens actuel possède de 1,5 % à 4 % d'ADN de Néandertaliens dans ses gènes, mais aussi que seuls sont concernés les Européens et les Asiatiques, les Africains n'ayant hérité d'aucun gène néandertalien (ce qui prouve que le croisement entre hommes modernes et Néandertaliens est postérieur à leur arrivée en Europe, et que leur parenté génétique ne s'explique pas par le fait qu'ils descendent les uns et les autres des mêmes sous-populations ancestrales d'origine africaine). Benjamin Vernot et Joshua M. Akey, généticiens de l'Université de Washington, estiment pour leur part à 20 % la proportion du génome de Néandertal toujours présent dans l'ADN de nos contemporains, chiffre qui n'est pas incompatible avec l'évaluation précédente, car les « parties communes » d'ADN avec les Néandertaliens ne sont pas les mêmes chez tous les individus. Certains allèles de l'homme de Néandertal, comme ceux qui sont impliqués dans la formation de la kératine, en partie responsable de la pigmentation de la peau, pourraient avoir aidé l'homme moderne a mieux maîtriser son environnement européen. D'autres semblent impliqués dans des pathologies telles que la cirrhose biliaire, la maladie de Crohn, le lupus et le diabète de type 2. L'hérédité néandertalienne est en revanche totalement absente du chromosexuel masculin, où elle aurait été éliminée par sélection naturelle, ce qui suggère que les croisements sexuels avec l'homme de Néandertal avaient pour effet de réduire la fécondité.

Sources Nature, 29 janvier 2014 Journal of Human Evolution, 14 avril 2014 Genetics, avril 2014 Nature, 20 août 2014.

via éléments n°156

vendredi 16 octobre 2020

Étonnants Néandertaliens !

 

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On ne cesse d'en apprendre sur l'homme de Néandertal. L'étude attentive, par une équipe de chercheurs dirigée par David Frayer, professeur d'anthropologie à l'Université du Kansas, et Virginie Volpato, de l'Institut Senckenberg de Francfort/M., du squelette de « Regourdou », un Néandertalien découvert en 1957 près de la célèbre grotte de Lascaux, et plus spécialement de la robustesse des os de ses bras et de ses épaules, semble démontrer que l'homme de Néandertal utilisait, tout comme l’Homo sapiens, sa main droite de préférence à sa main gauche. C'est une découverte très importante, car l'usage préférentiel d'une main est lié à la latéralisation du cerveau. L'hémisphère cérébral gauche, qui contrôle la partie droite du corps, joue aussi un rôle essentiel dans le langage. Que les Néandertaliens aient été droitiers est donc une preuve supplémentaire qu'ils  possédaient également une capacité de langage. Autre découverte remarquable, due à George Ferentinos et ses collègues la mise au jour en Crète, ainsi que dans plusieurs îles ioniennes méridionales, notamment Zakynthos, Lefkada et Kefalonia, d'un outillage de pierre de style « moustérien », caractéristique des Néandertaliens, vieux d'environ 110 000 ans. Les îles en question étant situées à plusieurs kilomètres des côtes grecques, il semble probable que l'homme de Néandertal s'y soit rendu en bateau, ce qui signifierait que les Néandertaliens savaient construire des navires et naviguaient déjà en Méditerranée 50 000 ans au moins avant les premiers bateaux construits par l’Homo sapiens.

(Sources : PLos One, 24 août 2012 ; Journal of Archaeological Science, mars 2012).

jeudi 15 octobre 2020

Encore une nouvelle espèce humaine ?


Quatre fossiles humains découverts dans le sud de la Chine, trois en 1989 dans une grotte du Yunnan dénommée Maludong (la grotte du Cerf rouge), près de la ville de Mengzi, et un quatrième exhumé dès 1979 à proximité du village de Longlin, dans la région voisine du Guangxi, pourraient appartenir à une espèce humaine jusqu’ici inconnue. Ces restes, qui ne sont vieux que de 11 500 à 14 500 ans, époque à laquelle l’Homo sapiens était déjà présent depuis longtemps dans cette partie de l'Asie (et avait même déjà découvert l'agriculture), présentent en effet un surprenant mélange de caractéristiques archaïques et modernes, ainsi que des traits spécifiques encore jamais observés. En analysant les crânes et les dents de ceux qu'ils ont déjà appelés le « peuple du cerf rouge », les membres d'une équipe internationale de paléoanthropologues dirigée par Darren Curnoe, de l'Université australienne de Nouvelle-Galles du Sud, et Ji Xueping, de l'Institut d'archéologie du Yunnan, ont pu constater qu'ils possédaient notamment un front haut et large proche de celui de l'homme moderne, mais aussi des arcades sourcilières proéminentes, un menton presque inexistant et des os très épais, caractéristiques d'espèces beaucoup plus anciennes. Leur boîte crânienne était d'un volume assez modéré, et leurs molaires particulièrement larges. Peux hypothèses ont été émises : soit il s'agit d'une espèce autochtone inconnue ayant survécu sur place jusqu'à la fin de la dernière période glaciaire, soit de descendants d'une population ayant émigré d'Afrique à une date très précoce et qui n'aurait pas contribué génétiquement aux populations actuelles. On en saura sans doute plus lorsque l'ADN de ces fossiles aura pu être analysé, ce qui devrait être fait dans les mois qui viennent.

(Sources : PLos One, 14 mars 2012 ; The Scientist, 15 mars 2012).

éléments N°145

vendredi 11 septembre 2020

Les rites mortuaires des Néandertaliens

 

Les rites funéraires des Néandertaliens.jpegLa vieille image de « grosse brute » de l'Homme de Néandertal n'en finit décidément pas de s'effondrer. Une équipe de paléoanthropologues dirigée par Emma Pomeroy, de l'Université de Cambridge, a procédé à l'examen détaillé de 10 squelettes de Néandertaliens, sept adultes et trois enfants, découverts dans la grotte de Shanikar, située à environ 600 km au nord de Bagdad. Les chercheurs ont identifié de nombreuses traces de pollen autour des corps, ce qui montre que des dépôts de fleurs ont eu lieu au moment de l'inhumation, et que par conséquent, des rites funéraires étaient pratiqués par les Néandertaliens. Parallèlement, une autre équipe, animée notamment par Marie-Hélène Moncel, directrice de recherches au CNRS, a annoncé la découverte, sur le site de l'abri du Maras, près de Saint-Martin-d'Ardèche, d'un minuscule fragment de cordelette qui se trouvait près d'un éclat de silex appartenant une strate vieille de 41000 à 52 000 ans. Les matériaux d'origine végétale résistant très mal à l'usure du temps, et nos connaissances des cultures matérielles du Paléolithique provenant presque exclusivement d'objets tels que des os et des outils, la trouvaille est exceptionnelle. C'est l'examen au microscope électronique qui a révélé que ce fragment d'écorce interne de 6,2 millimètres de long, aujourd'hui minéralisé, associe trois brins de fibres végétales torsadées les unes autour des autres d'une façon qui n'a pas pu être naturelle. C'est le plus ancien exemple de cordage connu à ce jour, et il est également l'œuvre de Néandertaliens, qui sont les seuls humains à avoir occupé cet abri sous roche situé à la sortie des gorges de l'Ardèche.

Sources. The Guardian, 27 mars 2020, Scientific Reports, 9 avril 2020.

mercredi 12 août 2020

La civilisation des Néandertaliens

 Notre savoir sur l'homme de Néandertal ne cesse de s'enrichir. Après le décodage complet de l’ADN contenu dans les mitochondries d'un Néandertalien ayant vécu il y a 38 000 ans en Croatie, qui avait été réalisé l'an dernier, une étude conduite à l'Institut Max-Planck d'anthropologie de l'évolution à Leipzig a permis de décoder l'ADN mitochondrial de six autres individus provenant cette fois de toute l'Europe : un de Russie (grotte de Mezmaskaïa) vieux de 60 000 à 70 000 ans, un d'Espagne, deux d'Allemagne et deux de Croatie, ces quatre derniers étant âgés d'environ 40 000 ans. Les résultats obtenus ont permis de constater que, quelques millénaires seulement avant son extinction, la population néandertalienne était génétiquement très homogène en dépit de sa dispersion géographique : comparés deux à deux, les ADN mitochrondriaux des quatre derniers sujets ne présentent que huit différences en moyenne. Seul l'échantillon russe, qui est aussi le plus ancien, s'écarte nettement des autres avec 44 différences en moyenne. Ces résultats laissent supposer, soit que l'homme de Néandertal aurait été décimé à un moment donné de son histoire, ce qui aurait réduit sa diversité génétique, soit que cette population aurait toujours été très petite. Dans les populations de petites dimensions, une même séquence d'ADN n'est en effet portée que par un faible nombre d'individus. La quasi-identité des ADN mitochondriaux plaide plutôt en faveur de la seconde hypothèse.

De son côté, l'archéologue João Zilhão, de l'Université de Bristol, qui a toujours été convaincu que les derniers Néandertaliens ont continué à vivre un certain temps dans la péninsule ibérique après avoir été remplacés par des hommes anatomiquement «modernes» partout ailleurs en Europe, a fait une découverte non moins surprenante en mettant au jour, dans deux cavernes fréquentées il y a 50 000 ans par des Néandertaliens, situées l'une et l'autre dans la région de Murcie (Espagne), Cueva de los Avkmes et Cueva Antõn, un ensemble de coquillages qui semblent avoir été utilisés pour contenir et mélanger des pigments d'origine végétale ou animale. Les coquillages étaient percés de trous réguliers, ce qui laisse supposer qu'ils étaient portés en colliers. Les pigments dont on a retrouvé les résidus, de couleur jaune, noire et rouge, étaient probablement employés pour le maquillage du visage et la peinture du corps. En 2003, Jean-Claude Marquet et Michel Lorblanchet avaient déjà découvert dans un abri de La Roche-Cotard, en France, les restes d'un masque de pierre sculpté par des hommes de Néandertal ayant vécu il y a 32 000 ans, mais on pensait jusqu'ici que seul Homo sapiens avait fait usage de cosmétiques. Il s'avère maintenant que les Néandertaliens se maquillaient quelque 10 000 ans avant que les hommes «modernes» n'apparaissent en Europe, ce qui ouvre de nouveaux aperçus sur leurs capacités symboliques.

Sources : Science, 2009, 325, 318; New York Times, 8 janvier 2010; BBC News, 9 janvier 2010; Proceedings of the National Academy of Sciences, 11 janvier 2010; PLoS One, 27 janvier 2010.

éléments N°135 avril-juin 2010