vendredi 17 avril 2026
lundi 23 octobre 2023
Xavier Helary : « la croisade de Tunis fut surtout une croisade française » [interview]

04/06/2016 – 07H00 France (Breizh-info.com) Les éditions Perrin ont publié début mai un ouvrage de Xavier Helary intitulé « La Dernière Croisade ». Pour la première fois, et dans un contexte géopolitique particulier, la dernière croisade est racontée et expliquée.
25 août 1270 : Saint Louis s’éteint dans le camp de l’armée croisée, près de l’ancienne Carthage. Partis au début du mois de juillet d’Aigues-Mortes, les barons et les chevaliers qui ont pris la croix à la suite du roi de France débarquent à Tunis quelques jours plus tard. Paralysés par l’attente toujours différée du roi de Sicile, épuisés par les chaleurs de l’été tunisien, les croisés sont rapidement décimés par la maladie qui emporte le roi et plusieurs hauts personnages. Après quelques combats menés pour sauver les apparences, l’armée rembarque au mois de novembre. La destruction de la flotte dans un port sicilien par une tempête empêche l’expédition de se poursuivre en Terre sainte. Les survivants n’ont plus d’autre choix que de rentrer en France.
Entreprise à grands frais, précédée de nombreux préparatifs de toutes sortes, la huitième et dernière croisade s’avère un échec complet. C’est le récit d’un désastre qu’entreprend ce livre, depuis la prise de croix de Saint Louis en 1267 jusqu’au retour des croisés au printemps 1271.
Le livre se lit vite – il est relativement court – et comporte une bibliographie imposante ainsi que de nombreuses notes. Il permet de mieux connaitre une croisade finalement assez peu enseignée.
Ancien élève de l’ENS, agrégé d’histoire, Xavier Hélary est professeur d’histoire médiévale à l’université Jean-Moulin Lyon III. Il est l’auteur de Courtrai, ainsi que de L’Armée du roi de France et, avec Philippe Contamine, de Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire.
Breizh-info.com : D’où vous est venu votre passion pour l’histoire ? Qui furent vos maitres ?
Xavier Helary : J’ai toujours aimé l’histoire, aussi longtemps que je puisse me souvenir ; c’est comme une vocation ; j’ai pour maîtres Philippe Contamine (Paris IV), Françoise Autrand (ENS) et Dominique Barthélemy (Paris IV)
Breizh-info.com : La dernière croisade fut elle réellement une croisade européenne ? Qui y participa (nationalités, effectifs) ?
Xavier Helary : La croisade de Tunis fut surtout une croisade française ; l’ambition de Saint Louis était de regrouper les princes chrétiens auprès de lui – d’où sa volonté, dans la décennie 1260, de pacifier les conflits entre eux ; on pense que l’armée pouvait compter 15 à 20 000 hommes (dont quelques femmes)
Breizh-info.com : La destination finale de cette croisade pose question. Pourquoi Tunis et pas Jérusalem ?
Xavier Helary : Le choix de Tunis reste mystérieux, puisque Saint Louis a procédé seul à ce choix, sans l’avoir explicité, et les contemporains de Saint Louis ont eu du mal à le comprendre ; de toute façon, l’objectif final n’était sûrement pas Tunis, mais bien l’Egypte, alors la principale puissance du monde arabo-musulman, et au-delà, Jérusalem
Breizh-info.com : Saint-Louis , en dirigeant les échecs que furent la 7ème puis la dernière croisade, n’a t-il pas pêché par orgueil et par aveuglement ?
Xavier Helary : Il entre probablement une part d’orgueil dans l’attitude de Saint Louis, impérieuse et autoritaire ; l’âge venant, il semble qu’il ait été de plus en plus isolé et qu’il ait de moins en moins bien supporté la contradiction
Breizh-info.com : Le roi est-il le seul responsable de cette défaite, alors même que l’armée des croisés semblait posséder la force nécessaire pour vaincre ?
Xavier Helary : L’échec de la croisade repose avant tout sur le fait que Saint Louis a montré une faible capacité à solliciter les conseils de ses proches
Breizh-info.com : La maladie fût également une des raisons du désastre de la Dernière Croisade. Pouvez vous revenir sur les grands maux de l’époque, et leurs remèdes d’alors.
Xavier Helary : On ne connaît pas très précisément les maladies qui peuvent frapper le camp de l’armée croisée, mais elles sont sûrement causées ou aggravées par la chaleur, le manque d’hygiène et la rareté du ravitaillement; face à l’épidémie, les médecins de l’époque sont désarmés
Breizh-info.com : Pensez-vous, comme votre éditeur, que ce désastre de la dernière croisade soit « à méditer en ces temps de crispations et de confrontations » ? Pour quelle raison ?
Xavier Helary : Parce que le rôle de l’historien est de comprendre plus que de juger, il est probable qu’on puisse tirer une leçon des grands affrontements passés entre la chrétienté et l’islam, mais chacun doit faire son propre chemin
Breizh-info.com : Qu’avez vous lu récemment ?Lesquels conseilleriez vous particulièrement à nos lecteurs n particulièrement sur la période médiévale ?
Xavier Helary : Il faut absolument lire Vladimir Pozner, Le Mors aux dents, Actes sud, 1985 (sur un général “blanc” pendant la guerre civile russe) ; dans le domaine de l’histoire du Moyen Âge, le livre d’Elodie Lecuppre-Desjardins, Le royaume inachevé des ducs de Bourgogne est excellent.

[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
vendredi 8 septembre 2023
Les derniers jours des rois, sous la direction de Patrice Gueniffey

Les éditions Perrin et Le Figaro Histoire publient en ce mois d’octobre « Les derniers jours des rois » sous la direction de Patrice Gueniffey. De Saint Louis à Napoléon III, les meilleurs historiens actuels décryptent la fin de nos souverains les plus célèbres. Qu’elles soient criminelles ou accidentelles, longues ou spectaculaires, leurs morts sont à la fois tragiques et éminemment politiques. Elles constituent paradoxalement le moment clé de leur existence, qui conditionne leur inscription dans la postérité.
Cet album superbement illustré est l’occasion d’approcher nos monarques comme jamais, de découvrir l’homme en filigrane derrière la légende, de soupeser son legs et d’entrapercevoir sa chair, malade ou meurtrie, sachant qu’il doit s’élever au-dessus de sa souffrance par l’exemplarité et la quête de la grandeur.
Ce « savoir-mourir » est l’apanage des hommes d’Etat. Riche en anecdotes et découvertes, cet ouvrage sans précédent offre ainsi un regard inédit sur le tragique et la mystique du pouvoir à la française.
Un livre qui offre un regard neuf et tragique sur ces grands rois qui ont fait l’histoire de France.
Professeur à l’EHESS, Patrice Gueniffey a notamment publiéLe nombre et la raison (1993), La politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire (2000). Son ouvrage Le 18 Brumaire, L’épilogue de la Révolution française (2008) a été salué par la critique.
Il a depuis dirigé les meilleurs historiens dans l’ouvrage collectif Les derniers jours des rois (2014).
Les derniers jours des rois – sous la direction de Patrice Gueniffey – Perrin

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.
jeudi 24 août 2023
Le 19 août 1239, Saint Louis accueille la Sainte Couronne d’épines à Paris

Le roi Louis IX a acheté à Byzance de précieuses reliques dont la couronne d’épines, portée par le Christ lors de Sa Passion.
Négociées par l’intermédiaire des marchands vénitiens, les précieuses reliques, au nombre de vingt-deux, gagnent la capitale en procession. Sur le chemin, les chroniques rapportent la présence d’une foule immense de fidèles venus se recueillir. On parle d’un million de personnes !
Le 19 août, la procession arrive aux portes de Paris. Le jeune Roi d’à peine vingt-cinq ans délaisse ses atours royaux, endosse une simple tunique de pénitent et, pieds nus, aidé de son frère Charles d’Anjou, porte la Sainte Couronne jusqu’à la cathédrale Notre-Dame de Paris, dont la construction est achevée depuis peu.
Elle sera un peu plus tard accueillie dans un reliquaire à sa mesure, dans la Sainte-Chapelle.
mercredi 23 août 2023
Saint Louis, de Pauline de Vencay

Diplômée d’une licence d’histoire et d’un master en patrimoine culturel, Pauline de Vençay est passionnée d’histoire. Après deux romans qui ont connu un vif succès auprès de la jeunesse, – et des moins jeunes ! -, Royalement Vôtre et Rue de la Moïka tous deux aux Éditions Téqui, cette jeune auteur nous livre ici une vie de saint Louis tout à fait remarquable.
Erwan le jeune garçon qui va découvrir saint Louis interroge sa maman sur ce grand roi et en fin du livre tirera lui-même les conclusions de ce récit historique haut en couleur.
Tout le monde connait saint Louis, rendant la justice sous un chêne, parti en croisade… mais ici nous découvrons un jeune prince éduqué pour être roi, pour être surtout un bon chrétien et comment celui-ci est conduit à prendre ce royaume de France à bras le corps, à l’école de sa mère la Reine Blanche sous le regard de Dieu.
Blanche de Castille dirige si bien les affaires du royaume qu’à la majorité de Louis, à ses 20 ans, les grands seigneurs se sont soumis à l’autorité du roi et les Anglais ont cessé de chercher à envahir ses territoires. En 1234, Louis IX devient donc pleinement roi, prend les décisions et dirige le royaume. Dans toutes les décisions, les traités et négociations, se ressent cet esprit profondément chrétien du roi, aspirant à la sainteté pour lui, sa famille, son bon peuple de France dont il est à l’écoute. Son esprit de justice est loué dans tout le royaume et même en terre musulmane !
Son mariage avec Marguerite de Provence peu aimée de la reine Blanche, son appel de Dieu pour le départ en croisade, le voyage au côté de la reine Marguerite jusqu’en Terre Sainte, les tempêtes, les batailles, les traitrises et les victoires au goût de défaites… nous suivons pas à pas Louis IX dans ses entreprises ; les tourments, les espoirs de cette armée de croisés, jusqu’à la capture du roi par les musulmans. Là encore Pauline de Vencay, par les anecdotes et un récit coloré nous rend les épisodes de la captivité jusqu’à la libération du roi, la consolidation des Etats chrétiens en Terre Sainte, et l’annonce à Sayette par le légat du pape de la mort de la Reine Blanche de Castille, vivants, riches et attachants.
C’est ensuite le retour en France, la gestion des affaires du Royaume, la Cour et ses complots, les Anglais et leur visée sur la France. Puis un nouveau départ pour la Terre Sainte, nouvelle croisade… Et le roi y laissera sa vie. “Il est trois heures de l’après-midi, en ce 25 août 1270. C’est fini, le Roi de France, un des hommes les plus puissants d’Europe, a rendu son dernier soupir, couché sur de la cendre. » Ce n’est seulement que vingt-sept ans après sa mort, en 1297, que le pape Boniface VIII le canonise à Rome. Il en fait le modèle des rois et de tous les princes chrétiens.”
Ce récit historique décrit également l’époque de saint Louis. La construction des cathédrales – en effet le Roi voulait que Dieu ait son palais lui aussi dans chaque ville Chartres, Amiens, Rouen, Auxerre, Reims… Ce sont aussi les fortifications, les hôpitaux, les ponts, La Sorbonne … la liste serait bien longue !
En visitant la France, Erwan que nous retrouvons à la fin du livre, ferme les yeux… “Si les pierres ont traversé les siècles, l’esprit de saint Louis doit survivre. C’est décidé, lui aussi tâchera de faire des années à venir, une vie de foi, de justice et de charité. Deus Vult ! “
Un livre historique passionnant, rédigé avec une dimension de spiritualité politique intéressante en ce XXI° siècle, introduit par une carte des voyages du Roi, et conclut par un portrait de saint Louis, d’Ixène. Illustration de la couverture de Christophe Roger. Recommandé pour les jeunes à partir de 11 ans.
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A la veille de la Saint-Louis, le 25 août , ayons à cœur de faire connaître la vie de ce grand roi, de ce grand saint, et de la transmettre à nos enfants et petits-enfants !
Saint Louis, Pauline de Vençay, collection Témoins de l’invisible, 152 pages, Editions Emmanuel-jeunesse.
https://www.medias-presse.info/saint-louis-de-pauline-de-vencay/179289/
dimanche 30 juillet 2023
Ainsi était Saint Louis (par Jean-Noël Toubon)

Jean-Noël Toubon, ancien directeur de la télé web castelbriantaise Pulcéo, est un passionné d’histoire. A tel point qu’il a d’abord lancé la chaîne YouTube Gallia consacrée à l’histoire de France de Clovis à Louis XVI, à la suite de quoi il a fondé la maison d’éditions Voxgallia et s’est mis à écrire lui-même. Nous avons déjà présenté ici son ouvrage consacré au péril cathare. Cette fois, attardons-nous sur sa biographie de Saint Louis.
Le règne de Saint Louis est le témoignage vivant de l’étendue des vertus que doit posséder un chef. Et ce livre réussit à résumer ce règne éblouissant. C’est le 25 avril 1214 que naquit Louis, fils de Blanche de Castille et de Louis VIII. Le futur saint Louis héritera d’un royaume riche, puissant et influent, en un XIIIe siècle qui restera pour la postérité l’âge d’or médiéval appelé aussi le “siècle français “. Louis allait être un roi eschatologique, passant sa vie, sans relâche, à préparer son âme et celles de son peuple à la rencontre divine. La personnalité du jeune Louis fut forgée par trois figures tutélaires. En premier, son grand-père Philippe Auguste, le vainqueur de Bouvines, ensuite son père Louis VIII dit le Lion, qui impressionnait par son courage de chevalier, enfin sa mère Blanche de Castille, pieuse, autoritaire et mère protectrice jusqu’à l’excès. Durant son enfance, au contact de moines dominicains et franciscains, il put développer très tôt le sens de l’humilité et de la charité.
Devenu roi à l’âge de 12 ans, Louis allait très vite découvrir les jeux du pouvoir et subir les trahisons de ses vassaux. Il fallait la poigne d’une Blanche de Castille pour maintenir l’unité du royaume de France. Le règne de Louis IX fut marqué par la question des juifs. Il leur était reproché la pratique de l’usure et les insultes proférées à l’encontre de la Sainte Vierge et du Christ dans le Talmud, soit deux crimes aux yeux du roi et de la société de l’époque. Louis IX leur interdit les blasphèmes, les signes graphiques mystérieux, les sortilèges, les alphabets secrets, etc. Et pour leur permettre une activité professionnelle sans pratiquer l’usure, il facilita aux juifs l’accès aux métiers productifs et au travail de leurs mains. En juin 1240 débuta le procès du Talmud. avec la possibilité pour des rabbins de débattre face à des prélats catholiques. Après deux ans de disputation, le procès se conclut par la crémation de vingt-quatre charretées du Talmud en place de Grève à Paris. On notera également que le règne de Louis IX fut marqué par sa capacité à éviter les déchirements inutiles entre princes chrétiens.
Le 25 août 1248, accompagné de toute sa famille hormis sa mère et ses jeunes enfants, il embarque pour sa première croisade. A bord des trente-huit grands vaisseaux et des centaines d’embarcations plus modestes, quelque 2.500 chevaliers, 10.000 fantassins, 5.000 arbalétriers et 8.000 chevaux prirent le large en direction de l’Egypte. En ce début de l’an 1250, le roi est malade et épuisé. Le 9 février, il fut fait prisonnier. Il fut libéré le 6 mai avec de nombreux captifs chrétiens contre rançon. Au printemps 1253, une ambassade vint lui annoncer la mort de sa mère. Le 10 juillet 1254, il retrouva le sol de France. Le roi, meurtri, cherchait les causes de l’échec de la croisade et se lança dans une entreprise de moralisation de son royaume. Il prit des mesures destinées à combattre les abus de pouvoir et la corruption. C’est lui aussi qui imposa un principe fondateur de la justice contemporaine : la présomption d’innocence. Il pratiquait également avec humilité la justice royale, accessible à tous, au bois de Vincennes ou au Palais royal. Charitable, il était aussi un roi pénitent, s’infligeant toutes sortes de privations. Et chaque jour il faisait manger des pauvres à sa table. Il fit bâtir, souvent sur ses propres deniers, des abbayes à l’intérieur desquelles les plus pauvres pouvaient manger, des hospices où les aveugles pouvaient trouver un peu de réconfort, ou encore des Hôtels-Dieu pour y accueillir des femmes veuves ou miséreuses, des malades et des indigents. En père des pauvres et des malheureux, Louis allait souvent visiter ces lieux et s’attardait à nourrir lui-même les infirmes les plus repoussants.
Vint le moment de la seconde croisade. Le 1er juillet 1270, le roi Louis IX monta sur sa nef et emmena avec lui ses trois fils aînés ainsi que sa fille aînée. A Carthage, près de Tunis, la maladie se propagea à nouveau. L’hécatombe débuta le 3 août 1270. Jean-Tristan, fils du roi mourut ce jour-là de la dysenterie. Succombèrent ensuite le comte de Nevers; le légat du pape, l’archevêque de Reims, le comte de Vendôme, le maréchal de France, le garde du sceau royal, etc. Le 25 août 1270, Louis IX s’éteignit à son tour. Pour supporter le voyage, les os et les chairs furent séparés. Les chairs et les entrailles du pieux roi furent transportées et conservées par son frère Charles d’Anjou à l’abbaye de Monreale en Sicile. Le 21 mai 1271, le convoi du roi de France fit son entrée dans Paris devant une foule immense venue se recueillir dans la tristesse. Sur le long trajet du retour, les restes du saint roi faisaient déjà des miracles. Soixante-quatre miracles seront attestés, dans de nombreuses villes traversées et sur son tombeau de Saint-Denis à Paris. Le 11 août 1297, le pape Boniface VIII prononça la canonisation du roi sous le nom de saint Louis de France.
Jean-Noël Toubon se révèle un remarquable narrateur de ce règne exceptionnel et son livre mérite vraiment d’être recommandé.
Ainsi était Saint Louis, Jean-Noël Toubon, éditions Voxgallia, 187 pages, 17 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
https://www.medias-presse.info/ainsi-etait-saint-louis-par-jean-noel-toubon/170780/
samedi 22 juillet 2023
25 avril 1214 – Naissance de Saint Louis : le Capétien a notamment fait venir la Couronne d’Epines en France et porté la nation dans un renouveau culturel et spirituel

Celui que l’histoire appellera simplement « Saint Louis » est né en 1214 et devint roi de France en 1226, alors qu’il n’avait que douze ans. En 1234, il épousa Marguerite de Provence et le couple eut finalement onze enfants. Connu pour son esprit de pénitence et de prière, le roi Louis IX était soucieux des besoins temporels et spirituels de sa famille et du peuple de France. Il était un admirateur et un partisan de saint Thomas d’Aquin et d’autres savants de son temps et, sous son règne, la France a connu un renouveau culturel et spirituel. Louis est également connu pour la construction de La Sainte Chapelle à Paris, une chapelle qu’il a construite pour abriter la relique de la couronne d’épines.
dimanche 16 juillet 2023
Marguerite et Eléonore de Provence, sœurs et reines de France et d’Angleterre
Sophie Brouquet enseigne en université. Ses travaux portent notamment sur les femmes de pouvoir, en particulier les reines médiévales en France et en Angleterre. Quoi de plus naturel, dès lors, que de proposer une biographie de Marguerite et Eléonore de Provence, sœurs et reines de France et d’Angleterre.
Ces deux sœurs, filles de Provence, ont régné pendant des décennies auprès de leurs royaux époux sur les plus puissants Etats d’Occident du moment. Marguerite et Eléonore de Provence ont en effet parcouru conjointement le XIIIe siècle – celui du bon roi Saint Louis. Toute leur vie, les deux sœurs ont entretenu une correspondance régulière, sans jamais se départir de leur amitié, se soutenant dans les épreuves et se réjouissant dans le bonheur.
La correspondance laissée par ces deux filles du comte de Provence, devenues reine de France et reine d’Angleterre, ne laisse aucun doute quant à leur intelligence et leur aisance à parler et à écrire avec élégance. Leur éloquence est manifeste. Elles manient plusieurs parlers : la langue d’oc, leur langue maternelle, la langue d’oïl, le français pour Marguerite et l’anglo-normand pour Eléonore – qu’elles maîtrisent toutes les deux rapidement après leur mariage. Toutes les deux reçoivent aussi des lettres en latin qu’elles lisent elles-mêmes et auxquelles elles répondent dans la même langue.
Grâce à leur longévité, les deux sœurs de Provence ont dominé toute la politique européenne de leur siècle. Peu après leur disparition, les liens qu’elles avaient tissés entre les royaumes de France et d’Angleterre se sont très vite déchirés et transformés en un très long conflit, l’un des plus sombres de l’histoire européenne : la guerre de Cent Ans. La mémoire des reines pacificatrices fut bien vite effacée au profit des exploits guerriers des derniers chevaliers du Moyen Âge.
Marguerite et Eléonore de Provence, Sophie Brouquet, éditions Perrin, 464 pages, 24 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
jeudi 9 février 2023
19 août 1239 : Saint Louis accueille la Sainte Couronne à Paris

Soucieux de rehausser le prestige de sa capitale et de sa dynastie, le roi Louis IX a acheté à Byzance de précieuses reliques dont la couronne d’épines portée le Christ lors de sa Passion.
Négociées par l’intermédiaire des marchands vénitiens, les précieuses reliques, au nombre de vingt-deux, sont accueillies cérémonieusement à Villeneuve-l’Archevêque, en Bourgogne, le 10 août 1239.
De là, elles gagnent la capitale en procession.
Au total, un million de personnes auraient suivi la procession !
Le 19 août 1239, la procession arrive aux portes de Paris.
Le jeune roi d’à peine vingt-cinq ans délaisse ses atours royaux, endosse une simple tunique de pénitent et, pieds nus, porte la Sainte Couronne jusqu’à la cathédrale Notre-Dame de Paris, dont la construction est achevée depuis peu.
https://www.medias-presse.info/19-aout-1239-saint-louis-accueille-la-sainte-couronne-a-paris/161731/
samedi 31 décembre 2022
Pour en finir avec le Moyen Âge
Une nouvelle réforme du Collège unique est arrivée. Contrairement au Beaujolais annuel, elle n’est pas buvable. Face aux échecs, il s’agit comme souvent, de persister dans les principes qui les ont produits.
Un point parmi d’autres a fait réagir, au sein du projet du nouveau programme d’histoire en cinquième : en thème 1, l’étude de l’Islam « début, expansion, société, et culture » est obligatoire et en thème 2, pour notre Occident chrétien, un sujet facultatif est réservé à « une société rurale encadrée par l’Eglise ».
Najat Vallaud-Belkacem, propulsée Ministre de l’Education Nationale, a déjà prouvé sur d’autres questions que sa mission essentielle était de faire prendre, avec force minauderies, des vessies pour des lanternes en niant les évidences. Elle a répliqué que, dans ce projet, les origines du christianisme étaient « traitées en sixième », et que celui-ci serait inévitablement évoqué au passage et à propos d’autres questions obligatoires ou facultatives, ce qui, à chaque fois, escamote la Chrétienté de l’Occident médiéval.
Une double intention se niche dans cette incongruité en faveur du « vivre-ensemble » : d’une part, présenter aux chères têtes blondes, brunes, noires ou parfois jaunes la fable d’un Islam compatible avec les « valeurs » de la république laïque, et d’autre part, en finir avec cette Chrétienté médiévale, berceau de notre civilisation, qui, si l’on tient à en parler, devra se réduire à l’encadrement clérical répressif d’un peuple de ploucs.
Une historienne médiéviste célèbre et reconnue en son temps, voulait aussi en finir avec le Moyen-Âge, mais cette volonté avait, dans son cas, une toute autre signification. L’anniversaire récent de son décès, le 22 avril 1998, a été ignoré. Parmi les nombreux ouvrages que Régine Pernoud publia avec succès, le plus important se trouve être le plus court : 150 pages publiées en 1975 qui porte ce titre étonnant : « Pour en finir avec le Moyen Âge ».
Avec un humour délicieux, elle s’attaque à ce nom inventé aux prémices de ce qu’on a appelé « la Renaissance » et utilisé ensuite pour stigmatiser mille ans d’histoire, réduits à une longue éclipse de la civilisation entre la fin de l’empire romain et cette prétendue « Renaissance ». Un nom qui porte tous les préjugés, calomnies, erreurs et caricatures dont on l’affuble, qui le font apparaître comme le premier et très lourd volet des « heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire », et qui fonde chez nos contemporains bien éclairés des expressions comme : « c’est un retour au Moyen Âge » ou la remarque fort pertinente qu’ « on n’est plus au Moyen-Âge ». En effet nous n’y sommes plus, et nous n’en connaissons souvent que des sottises.
Considérons d’abord ce qui devrait être une évidence, et que les faits confirment : est-il possible que, durant tout un millénaire, l’obscurité ait uniformément régné ? A côté de périodes sombres n’en fut-il pas de brillantes, suivies de déclins ? L’auteur dégage à la fin de ce petit livre, quatre périodes, au minimum : la période franque de 300 ans, la période impériale de deux siècles que les historiens, au grand dam des ignorants, des idéologues et des imbéciles, se sont permis d’appeler renaissance carolingienne, la période féodale sur trois siècles et demi, couronnée à partir de la « renaissance » du XIIe siècle par ce sommet médiéval qu’on a appelé le Siècle de Saint Louis, époque de Saint Thomas d’Aquin ainsi que de l’art « gothique », et pour finir, la terrible période des deux derniers siècles, celle de la Grande Peste et en France, celle de la guerre de 100 ans. Régine Pernoud analyse qu’ensuite, les hommes d’alors, aspirant au retour de la civilisation, et admiratif d’une Antiquité qu’ils redécouvraient de plus en plus, ont assimilé l’ensemble de ce millénaire à ce qu’ils venaient de subir, en commettant par là une erreur de perspective historique. Il faudrait ajouter ce que l’historienne n’évoque pas ici, pour ne pas nuire à son entreprise : ensuite, par haine de l’Eglise et avec beaucoup de malhonnêteté, le parti des « philosophes » du siècle dit des Lumières, la révolution, et les anticléricaux maçons ont successivement entretenu et amplifié cette légende noire.
En 6 chapitres dont nous rappelons ici les titres sans pouvoir en restituer tous les riches contenus, elle répond aux principaux bobards concernant le « Moyen Âge » :
– « gauches et maladroits », et « frustes et ignares » sont les qualificatifs employés jusqu’au XIXe siècle pour juger les artistes et les écrivains de cette période. L’imitation servile de l’Antique avait rendu les hommes aveugles à la splendeur et à la créativité des inventions et évolutions médiévales. Notre vue, sur ces points, s’est quelque peu améliorée.
– « torpeur et barbarie », et « des grenouilles et des hommes » font allusion aux manuels scolaires dans lesquels les seigneurs, à cheval, passaient leur temps à « fouler aux pieds les moissons dorées des paysans », lesquels, esclaves, passaient leur vie à « battre les étangs pour faire taire les grenouilles qui empêchaient le seigneur de dormir ». Outre les arguments de bon sens par lesquels l’auteur montre l’invraisemblance de ces tableaux, ce sont les réalités de l’ordre féodal « acte d’homme à homme (…) contrat mutuel » et du statut du servage médiéval qui, preuves à l’appui, sont ici rétablies. L’esclavage existait massivement auparavant et a été rétabli ensuite, les serfs du Moyen Âge au contraire, certes liés à la terre selon les nécessités du moment, avaient des droits et de réelles possibilités d’amélioration de leur condition.
– « la femme sans âme » et « l’index accusateur » concernent plus directement l’influence de l’Eglise : « ce n’est qu’au XVe siècle que l’Eglise a admis que la femme avait une âme » a pu affirmer avec assurance « une romancière sur une radio » nous dit l’auteur, ignorant superbement les sacrements donnés aux femmes, les martyres et les autres saintes, incompatibles avec cette exclusion stupidement imaginaire. Régine Pernoud, sottement qualifiée de féministe, a écrit de nombreux livres magnifiques sur des femmes célèbres, leur statut, leur influence et leurs responsabilités au « Moyen Âge », sans renoncer nécessairement à leur maternité. Là encore, c’est véritablement avant et après cette époque chrétienne qu’elles ne furent pas reconnues comme des personnes à part entière, relégation institutionnalisée dans le Droit romain et reprise par le Code Napoléon. Le dernier de ces chapitres concerne, bien entendu, l’Inquisition, les bûchers et autres horreurs, au sujet desquels les confusions d’époques, les exagérations et les ignorances du contexte historique sont également démontrées.
Le livre se termine par une magnifique leçon sur la mission et la déontologie des études historiques.
Lecture, donc, véritablement instructive et salutaire à conseiller, notamment à tout professeur d’histoire de bonne foi et de bonnes intentions. Il pourrait ensuite la recommander à ceux de ses élèves qui sauraient lire. Ainsi instruit, il pourrait encore, avec un peu d’astuce, dans le respect scrupuleux des directives officielles, choisir l’histoire de sainte Jeanne d’Arc pour faire découvrir aux collégiens qui lui sont confiés beaucoup de bonnes vérités sur « la société rurale encadrée par l’Eglise », en leur proposant, de plus, la lecture du roman de Philippe de Villiers sur ce sujet. Il devrait tout de même ruser avec l’inquisition des inspecteurs jouant les commissaires politiques, les élèves mouchards, les parents, collègues, et directions « collabos » du mensonge historique.
Ce travail de salut public semble encore possible.
https://www.medias-presse.info/pour-en-finir-avec-le-moyen-age/30957/
lundi 14 novembre 2022
Histoire de Saint Louis Roi de France (Richard de Bury)
Cette biographie de Saint Louis est parue pour la première fois en 1828. Elle dresse un portrait complet de ce souverain exceptionnel.
« Mon fils, vous êtes né roi; je vous aime avec toute la tendresse dont une mère est capable; mais j’aimerais mieux vous voir mort, que de vous voir commettre un péché mortel. » Ces paroles prononcées par la mère du roi sont restées gravées dans la mémoire de Saint Louis.
L’auteur y décrit l’éducation de Louis, le contexte de son mariage, son rôle de roi profondément catholique, son héroïsme à la bataille de Taillebourg, son souci de justice, son départ pour la Terre Sainte.
Sur place, il fut exemplaire, apaisant les divisions entre les Latins et les Grecs, entre la noblesse et leur archevêque, entre les Templiers et les Hospitaliers, entre le roi d’Arménie et le prince d’Antioche et de Tripoli. Sa piété et sa sagesse rayonnaient. Son courage au combat entraînait derrière lui tous les chevaliers qui l’accompagnaient.
Après des succès impressionnants vint le revers. Saint Louis fut fait prisonnier, comme de nombreux croisés. Mais son héroïcité et sa piété durant la captivité firent jusqu’à l’admiration parmi les Sarrasins.
Libéré contre rançon, il reprit aussitôt sa mission : combattre pour délivrer Jérusalem. Mais à l’annonce de la mort de sa mère, ce qui raviva des conflits dans la Flandre, il dut se résigner à rentrer en France remettre de l’ordre dans le royaume.
Richard de Bury montre comment Saint Louis s’attela à faire le bien, se préoccupant des pauvres et des malades pour lesquels il fit construire des hospices. Soucieux d’établir une paix solide et durable, il conclut d’importants traités avec le roi d’Aragon et le roi d’Angleterre. Une autre décision significative de Saint Louis fut de chasser les usuriers de son royaume.
Mais Saint-Louis voulait terminer sa mission en Terre Sainte et repartit pour la Palestine. En de belles pages, l’auteur explique comment le saint roi s’y sacrifia.
Saint Louis mourut dans sa cinquante-sixième année et la quarante-quatrième de son règne. Richard de Bury rappelle ces mots de Joinville : « Le meilleur des rois, qui si saintement a vécu et fait tant de beaux faits envers Dieu, le prince le plus saint et le plus juste qui ait porté la couronne, dont la foi étoit si grande qu’on auroit pensé qu’il voyoit plutôt les mystères divins qu’il ne les croyoit, le modèle enfin le plus accompli que l’histoire fournisse aux souverains qui veulent régner selon Dieu et pour le bien de leurs sujets.«
Histoire de Saint Louis Roi de France, Richard de Bury, 355 pages, 20 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
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dimanche 28 août 2022
La dernière croisade : Saint Louis à Tunis (Xavier Hélary)
Xavier Hélary est professeur en histoire médiévale et auteur de plusieurs ouvrages consacrés à cette période.
La croisade de Tunis a été un échec complet. La préparation en a pourtant été menée avec beaucoup de soin. Les croisés sont suffisamment nombreux, bien équipés, dotés en montures en quantité. Le ravitaillement a sans doute été aussi bien préparé que les conditions logistiques de l’époque le permettent. Les Génois arment une flotte de qualité.
La décime sur l’Eglise, les revenus du domaine royal et notamment les aides fournies par les villes ont donné les moyens financiers nécessaires. Tout au long de la campagne, enfin, l’autorité de Saint Louis comme chef de l’armée est unanimement reconnue et respectée, et la discipline règne dans les rangs.
Cette expédition méthodiquement préparée connaît pourtant une issue désastreuse. Xavier Hélary retrace l’ensemble des événements. Le récit commence avec la reprise de la croix par Saint Louis en 1267, et couvre les immenses préparatifs diplomatiques, financiers, matériels et spirituels que le roi de France supervise pendant les trois années qui précèdent son départ. L’auteur narre ensuite le départ des croisés d’Aigues-Mortes, le 1er juillet 1270, le débarquement sur les côtes tunisiennes le 18 juillet, la prise de Carthage le 24 juillet, puis l’épidémie qui frappe les croisés dès le début du mois d’août et qui emporte Saint Louis le 25 août, jusqu’au retour des survivants en France au printemps 1271.
Ce livre cherche à comprendre les raisons de ce fiasco.
La dernière croisade, Xavier Hélary, éditions Perrin, 317 pages, 22 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
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mardi 12 juillet 2022
CAMILLE PASCAL ET LE ROMAN VRAI DES RACINES CHRÉTIENNES DE LA FRANCE
Le premier choc de ce livre vient de son titre, Ainsi, Dieu choisit la France, autant que de son sous-titre qui se détache sur un bandeau rouge : La véritable histoire de la fille aînée de l’Eglise. Dieu, la France, la fille ainée de l’Eglise, voilà des mots rarement associés au sein des cercles dirigeants auxquels appartient l’auteur. Conseiller d’Etat depuis 2012, Pierre Pascal a été collaborateur de plusieurs ministres, directeur de cabinet de Dominique Baudis au CSA, secrétaire général du groupe France Télévisions et enfin, de 2011 à 2012, conseiller du président de la République, Nicolas Sarkozy, pour qui il a préparé maints discours : une tranche de vie qu’il a racontée dans Scènes de la vie quotidienne à l’Elysée (Plon, 2012).
D’où vient-il, ce fameux titre ? D’une lettre écrite par le pape Grégoire IX, en 1239, au roi Saint Louis : « Ainsi, Dieu choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif le royaume de France est le royaume de Dieu ; les ennemis de la France sont les ennemis du Christ ». On savait Camille Pascal catholique, mais on ne s’attendait pas à lire sous sa plume une évocation des grandes heures de la France chrétienne, et surtout pas dans le ton du catholicisme d’autrefois. Il s’en explique dans une savoureuse introduction dans laquelle il rappelle que, naguère, même l’école de la République donnait leur place aux figures de la France catholique en les laïcisant (en louant par exemple saint Vincent de Paul, le défenseur des pauvres, sans insister sur ce que son œuvre devait à sa foi). Camille Pascal assure encore que la vocation universaliste du pays des droits de l’homme était la version profane de « la mission divine de la France ». Or de nos jours, déplore-t-il, il est devenu « presque inconvenant » de convoquer dans un cadre scolaire le souvenir de Clovis, des croisades ou de Jeanne d’Arc. Aussi souhaite-t-il non seulement faire redécouvrir un passé qui n’est plus transmis, mais encore, lui l’agrégé d’histoire qui a enseigné à la Sorbonne et à l’EHESS, réagir contre les milieux universitaires qu’il a côtoyés. « C’est en réaction à un demi-siècle de domination structuraliste, précise l’auteur, à ce qui m’a été enseigné pendant des années dans des sommes assommantes, lues comme autant de bibles sur les bancs de la Sorbonne, que j’ai voulu écrire ce livre. » Dans cet ouvrage, Camille Pascal, doublement provocateur, recourt en effet au récit à l’ancienne, ne méprisant pas ce qu’il nomme « les joies simples des livres d’images et de l’histoire subjective » et, exaltant les héros et les saints, s’inscrit sans complexe dans la tradition désormais vilipendée du roman national.
Voici donc, dans un récit haut en couleur, le baptême de Clovis, le couronnement de Charlemagne, le rachat de la couronne d’épines par Saint Louis, l’affrontement entre Philippe le Bel et le pape Boniface VIII, la chevauchée victorieuse de la Pucelle d’Orléans, le fossé de sang entre catholiques et huguenots creusé par la nuit de la Saint-Barthélemy, le vœu de Louis XIII, le Concordat entre Pie VII et Bonaparte, la bataille de la loi de séparation des Eglises et l’Etat. Dans chacun de ces chapitres s’écrit une page de la longue relation de la France avec le christianisme.
« Ce livre est là, souligne Camille Pascal, pour rappeler que la foi en Dieu a été, pendant près de quinze siècles, le vrai moteur et la seule justification de ceux qui gouvernaient en France ». L’auteur l’analyse comme une donnée historique devant être acceptée par les non-croyants. Son ouvrage est-il pour autant un pur livre d’histoire ? Pas complètement, en ce sens qu’il se joue çà et là des preuves et des sources afin de conforter la cohérence de son propos. A vrai dire, sans l’avouer, ce livre est aussi un livre d’actualité. En scrutant notre passé chrétien, en s’interrogeant sur le « destin particulier de la France », Camille Pascal, qui rappelle qu’après la Grande Guerre, « la République reste laïque, la France catholique », pose la question de savoir si l’homme peut se passer de transcendance, et si une société peut tenir ensemble sans une foi commune qui la dépasse. Au sens noble du terme, c’est une question éminemment politique.
Jean Sévillia
Ainsi, Dieu choisit la France, de Camille Pascal, Presses de la Renaissance, 350 p., 18 €.
Sources : Le Figaro Magazine (Edition du vendredi 11 novembre 2016)
https://www.jeansevillia.com/2016/11/17/camille-pascal-roman-vrai-racines-chretiennes-de-france/
dimanche 21 novembre 2021
Pensées de saint Louis

L’abbé André Wartelle (1930-2001) fut doyen de la Faculté de l’Institut catholique de Paris. Latiniste et helléniste de renom, il a écrit de nombreux ouvrages consacrés aux textes anciens, notamment ceux d’Aristote.
Dans cet ouvrage qu’il a terminé peu avant son rappel à Dieu, il a sélectionné une série de propos exemplaires d’un roi pieux et sage hanté par la passion de servir Dieu et ses sujets.
A beaucoup de petits écoliers de la France d’autrefois, jusqu’à celle pas si lointaine de nos grands-parents, il suffisait d’évoquer le nom de saint Louis pour faire surgir à leurs yeux l’image du bon roi rendant la justice à Vincennes, sous un chêne. Si l’on demandait à des écoliers d’aujourd’hui qui est saint Louis, à quelles surprises ne s’exposerait-on pas ?
Voilà pourquoi ce livre est utile. Les magnifiques pensées de saint Louis mises en exergue par l’abbé André Wartelle sont pour beaucoup issues de la Vie de saint Louis écrite par Jean de Joinville (1225-1317), Sénéchal de Champagne, ami et compagnon d’armes du roi de France Louis IX. D’autres textes cités proviennent d’une autre Vie de saint Louis, rédigée en latin celle-là par le père dominicain Geoffroy de Beaulieu, confesseur de saint Louis pendant les vingt dernières années de sa vie. L’abbé Wartelle a également utilisé la Vie de saint Louis présentée par le frère mineur Guillaume de Saint-Pathus (confesseur de la reine Marguerite, veuve de saint Louis, pendant les dix-huit dernières années de celle-ci), fruit des trente-huit témoignages déposés sur la vie du saint roi lors de la deuxième enquête de canonisation de Louis IX.
En fin d’ouvrage, le lecteur sera également ravi de (re)lire la Lettre de saint Louis à ses sujets sur sa captivité et sa délivrance (1250), les enseignements de saint Louis à son fils aîné Philippe et ceux écrits de sa main à Madame Ysabel, sa fille, qui fut reine de Navarre.
A méditer !
Pensées de saint Louis, présentation par l’abbé André Wartelle, éditions de Paris, 210 pages, 24 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
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mercredi 17 novembre 2021
La mission divine de la France (Marquis de la Franquerie)

Sous le pseudonyme de Marquis de La Franquerie, André Lesage (1901-1992), écrivain monarchiste catholique, ancien rédacteur en chef de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes, fut un auteur prolifique.
Son ouvrage La mission divine de la France parut pour la première fois en 1926. A l’époque, il reçut le meilleur accueil et les félicitations de plusieurs prélats tels que le Cardinal Billot, Mgr André, Archevêque de Rouen, Mgr Louis, Archevêque de Besançon, Mgr Baudrillart, de l’Académie française, Mgr Grumel, Evêque de Maurienne, Mgr Norbert, Evêque du Puy-en-Velay, Mgr Jean, Evêque de Nîmes,… C’était une autre époque.
L’auteur veut que les Français connaissent cette mission et en pénètrent l’exceptionnelle grandeur afin qu’ils puissent être les dociles instruments de la Providence dans l’exécution des desseins divins sur le monde et, par l’élan de leur dévouement et de leur amour envers Dieu, se montrent dignes de cette mission qui est la clé de voûte de l’Histoire de France, l’explication de son passé et le garant de son avenir : promouvoir la Chrétienté et assurer le triomphe de la Royauté du Christ sur le monde.
Ainsi, le pape Grégoire IX écrivait à saint Louis :
« Ainsi, Dieu choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, le royaume de France est le royaume de Dieu, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. »
Dans un premier temps, ce livre a pour objet de démontrer la prédilection de Dieu pour la France et la mission particulière de la France qui en résulte. Le pacte de Tolbiac, le baptistère de Reims, la sainte ampoule, les armes de France, le testament de saint Remy, le sacre des Rois de France et le pouvoir accordé aux Rois de France de guérir miraculeusement les écrouelles sont autant de preuves que le Christ était la clé de voûte de l’ancienne France.
Mais la révolution de 1789, négation des droits de Dieu, a appelé les châtiments sur la France. L’auteur, à l’époque déjà !, montre comment la république agit contre la famille, contre l’armée, contre le bien commun, contre les travailleurs. En proclamant la laïcité de l’Etat, la république entraîne la destruction de la France.
La conclusion est évidente, la France ne se sauvera qu’en retrouvant le désir d’assumer et de poursuivre sa mission divine, rejetant la république et sa laïcité.
La mission divine de la France, Marquis de la Franquerie, éditions Omnia Veritas, 314 pages, 27,40 euros
https://www.medias-presse.info/la-mission-divine-de-la-france-marquis-de-la-franquerie/85962/
dimanche 7 novembre 2021
Le plus célèbre livre du Marquis de La Franquerie : La Mission divine de la France

Sous le pseudonyme de Marquis de La Franquerie, André Lesage (1901-1992), écrivain monarchiste catholique, ancien rédacteur en chef de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes, fut un auteur prolifique.
Son ouvrage La mission divine de la France parut pour la première fois en 1926. A l’époque, il reçut le meilleur accueil et les félicitations de plusieurs prélats tels que le Cardinal Billot, Mgr André, Archevêque de Rouen, Mgr Louis, Archevêque de Besançon, Mgr Baudrillart, de l’Académie française, Mgr Grumel, Evêque de Maurienne, Mgr Norbert, Evêque du Puy-en-Velay, Mgr Jean, Evêque de Nîmes,… C’était une autre époque.
L’auteur veut que les Français connaissent cette mission et en pénètrent l’exceptionnelle grandeur afin qu’ils puissent être les dociles instruments de la Providence dans l’exécution des desseins divins sur le monde et, par l’élan de leur dévouement et de leur amour envers Dieu, se montrent dignes de cette mission qui est la clé de voûte de l’Histoire de France, l’explication de son passé et le garant de son avenir : promouvoir la Chrétienté et assurer le triomphe de la Royauté du Christ sur le monde.
Ainsi, le pape Grégoire IX écrivait à saint Louis :
« Ainsi, Dieu choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, le royaume de France est le royaume de Dieu, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. »
Dans un premier temps, ce livre a pour objet de démontrer la prédilection de Dieu pour la France et la mission particulière de la France qui en résulte. Le pacte de Tolbiac, le baptistère de Reims, la sainte ampoule, les armes de France, le testament de saint Remy, le sacre des Rois de France et le pouvoir accordé aux Rois de France de guérir miraculeusement les écrouelles sont autant de preuves que le Christ était la clé de voûte de l’ancienne France.
Mais la révolution de 1789, négation des droits de Dieu, a appelé les châtiments sur la France. L’auteur, à l’époque déjà !, montre comment la république agit contre la famille, contre l’armée, contre le bien commun, contre les travailleurs. En proclamant la laïcité de l’Etat, la république entraîne la destruction de la France.
La conclusion est évidente, la France ne se sauvera qu’en retrouvant le désir d’assumer et de poursuivre sa mission divine, rejetant la république et sa laïcité.
La mission divine de la France, Marquis de la Franquerie, éditions Kontre Kulture, 284 pages, 17 euros
A commander en ligne ici
mardi 26 octobre 2021
Histoire de France, de la Gaule à Saint Louis (Emile Keller)

Le Comte Émile Keller (1828 – 1909), homme politique français contre-révolutionnaire, précurseur du catholicisme social, fut élu député du Haut-Rhin, de la Vendée, puis de Belfort à six reprises entre 1859 et 1889. Il était à l’origine des « Cercles catholiques d’ouvriers ».
Il est aussi l’auteur de plusieurs livres, dont cette belle Histoire de France, publiée pour la première fois en 1858, qui nous montre le rôle de l’Eglise dans la sauvegarde de la civilisation après la disparition de l’empire romain, et dans l’éducation des peuples barbares. L’auteur décrit comment « les Francs allaient peu à peu trouver dans les vertus chrétiennes le secret de vivre et de durer » sous les Mérovingiens, puis sous les Carolingiens.
Emile Keller fustige quand il le faut les vices des rois et des papes (Alexandre VI Borgia), exalte la geste des Croisades, soit en Terre Sainte, soit dans le Midi de la France, contre les Albigeois.
De beaux passages décrivent aussi la naissance et l’action des dominicains et des franciscains. La plus belle période du Moyen Âge, le XIIIe siècle, est exaltée à travers saint Louis, saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure.
Les éditions Edilys ont ajouté avec soin des illustrations parfaitement adaptées à l’esprit foncièrement catholique de l’auteur de cette belle Histoire de France à recommander.

Histoire de France, tome premier : de la Gaule à Saint Louis, Emile Keller, éditions Edilys, 163 pages, 24 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
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dimanche 3 octobre 2021
Blanche de Castille (Georges Minois)

Georges Minois est un historien médiéviste renommé. Il nous livre une biographie de Blanche de Castille qui débute par cette épitaphe, écrite en latin sur une plaque de cuivre érigée sur son tombeau, dans l’abbaye de Maubuisson :
Cette Blanche, que la nation française pleure, est sortie de toi, ô Castille, comme une étoile radieuse au firmament. Elle eut pour père le roi Alphonse, pour époux le roi Louis. Devenue veuve de lui, elle gouverna comme régente, afin que la nation pût jouir de la tranquillité. Pendant le voyage d’outre-mer de son fils, elle gouverna comme auparavant.
Enfin, celle sous le gouvernement de qui la nation française acquit tant de puissance, se consacra à Jésus-Christ dans son monastère. Si grande auparavant, elle gît aujourd’hui ici sous l’habit d’une pauvre religieuse.
Blanche de Castille (1188-1252) est restée dans l’histoire comme « la mère de Saint Louis ». Fille du roi de Castille Alphonse VIII, belle-fille du roi de France Philippe Auguste, épouse du roi Louis VIII, mère du roi Louis IX, elle n’a jamais été reine de plein droit. Son titre lui vient de son mariage avec le prince Louis, devenu le roi Louis VIII en 1223. Elle a été un personnage important de l’histoire de France, assurant la continuité du pouvoir royal à travers trois règnes. Georges Minois s’efforce de dresser le portrait de cette femme d’influence qui fut l’efficace gardienne du royaume.
Blanche de Castille, Georges Minois, éditions Perrin, 432 pages, 24 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
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samedi 26 juin 2021
La Petite Histoire – Saint Louis, le plus grand des Capétiens
Roi juste et équitable qui aura marqué son temps au point d’être canonisé, Saint Louis reste aujourd’hui encore considéré comme le modèle du roi chrétien. Cela n’est pas un hasard si le XIIIe siècle qui fut le sien est appelé « le siècle de Saint Louis ». Petit-fils de Philippe Auguste et grand-père de Philippe Le Bel, Louis IX s’inscrit parfaitement dans cette dynastie capétienne qui a forgé la France. Le roi était pieux, menait une vie ascétique et austère, mais a gouverné son royaume d’une main aussi juste que ferme, renforçant le royaume et allant jusqu’à prendre la croix à deux reprises pour défendre la foi. Retour sur le règne unique au monde de Saint Louis, le plus grand des rois de France.
https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-saint-louis-le-plus-grand-des-capetiens
samedi 2 janvier 2021
Il y a 800 ans, Saint Louis
Comment gouverner en sauvant son âme.
Il y a exactement huit cents ans, le 25 avril 1214, le futur Louis IX voyait le jour à Poissy. Celui qui deviendrait Saint Louis reste une des plus prestigieuses figures de notre histoire. Est-ce parce qu’il était roi et qu’il a été canonisé que la République laïque se montre si timide quand il s’agit de célébrer l’anniversaire de sa naissance? Les historiens, en tout cas, n’ont pas de ces pudeurs.
On se rappelle qu’en 1996, Jacques Le Goff, qui vient de disparaître, avait publié une biographie de Saint Louis qui avait d’autant plus marqué les esprits qu’elle était l’œuvre d’un médiéviste républicain et libre-penseur. Paraît aujourd’hui, de même, un ouvrage qui s’attaque à une facette du règne de Saint Louis du strict point de vue de la science historique, et le fait en termes particulièrement savants. Il ne faut donc pas s’arrêter aux tableaux, croquis et cartes de l’ouvrage, mais le lire en sachant qu’il ouvre des perspectives nouvelles sur l’exercice du pouvoir sous la monarchie capétienne.
Normalienne et agrégée d’histoire, Marie Dejoux a soutenu en 2012 un doctorat sur les enquêtes de Saint Louis, thèse dont est issu ce livre. Que sont ces enquêtes? En 1247, avant de partir pour la croisade, le roi fait mener par des religieux une grande enquête à travers le royaume afin de relever quelles fautes auraient pu être commises par ses agents ou ceux de ses prédécesseurs, de déterminer quelles sanctions devaient être prises contre ces mauvais serviteurs de la couronne, et d’étudier quelles réparations pourraient être décidées en faveur des personnes lésées. Cette méthode, peu ou prou, sera maintenue et pratiquée jusqu’à la fin du règne, environ dix mille doléances alors présentées nous ayant été conservées. Ce qui revêtait initialement une portée morale, visant à la purification du roi et de la royauté avant la croisade, deviendra par conséquent une méthode de gouvernement et de communication : les envoyés du roi faisaient savoir qu’il était juste et bon, ce qui légitimait d’autant plus l’obéissance qui lui était due, a fortiori dans les provinces nouvellement conquises. Ce que montre par conséquent ce livre, c’est la conjonction, au XIIIe siècle, du processus de formation de l’Etat avec l’affirmation de la foi chrétienne. Edifiant.
Jean Sévillia
Les Enquêtes de Saint Louis, de Marie Dejoux, PUF, 476 p., 27 €.
https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/il-y-a-800-ans-saint-louis/


