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mercredi 12 octobre 2011

12 juillet 1790 : la Constitution civile du clergé, origine de la guerre de Vendée


Oui, ce fut une véritable guerre qui coûta la vie à 200 000 Blancs et à 300 000 Bleus. Oui, ce fut une véritable guerre, dont, au début, les faux retournées étaient l'arme unique pour les paysans de 600 paroisses qui se soulevèrent spontanément et appelèrent leurs “messieurs” à l'aide.
« L'Ouest, a dit Romier, est l'imagination de la France. » Aux premières heures de la Révolution, comme dans l'ensemble du pays, l'Ouest souhaitait des réformes, et les catholiques de ces régions y étaient si favorables que leurs curés, délégués aux États généraux, furent les premiers à quitter l'ordre du Clergé pour se joindre au Tiers État et à former la Constituante.
Mais survint le 12 juillet 1790 la loi scélérate votée par l'Assemblée nationale constituante et qui devait tout changer : la Constitution civile du clergé destinée à remplacer le Concordat de 1516 et instaurant les prêtres jureurs : des intrus devaient remplacer les « bons prêtres » qui se cachèrent. Il n'y eut plus de baptêmes, plus de mariages religieux qu'auprès des « bons prêtres », dans les bois, dans les maisons amies qui les recevaient. Louis XVI, emprisonné, fut compris dans cette colère et la guerre « pro Deo et Rege » s'esquissa. Les Vendéens se soulevèrent, appelant leurs maîtres, pour garder leurs prêtres ; et si le roi ne les préoccupait guère auparavant, le roi malheureux, le petit Dauphin, la reine, tous devaient être défendus. Ce fut donc une guerre sainte et, ainsi que le dit saint Thomas : « Le nom de martyrs peut être décerné même aux soldats qui ont succombé en combattant les ennemis du Christ et qui, jusqu'au dernier soupir, ont conservé cette ardeur de foi chrétienne qui leur fit prendre les armes. » Bien des chouans ont, en effet, leur procès en cours à Rome où ils attendent leur béatification.
Du 10 mars 1793 au 29 mars 1796 - pour ne parler que de la première “chouannerie” car, en vérité, cela dura jusqu'en 1815 -, il y eut 110 combats importants.
Rien ne put endiguer cette grande et sainte colère, même le sinistre Carrier qui, à Nantes, parlant de ses pontons en Loire, les appelait « le grand verre des calotins », « la baignoire nationale » ou bien encore le « château d'eau ». Il y expédia, du 22 décembre 1793 au 5 janvier 1794 : 2 150 personnes, dont 400 enfants. Une femme accoucha sur l'un de ces bateaux et y périt. Les enfants, habituellement, étaient noyés dans les excréments humains des diverses prisons, notamment l'Entrepôt, de sinistre mémoire. Les mariages républicains distrayaient ces messieurs : un prêtre, une religieuse, nus, attachés dos à dos ensemble, partaient pour ne plus revenir. C'est à 90 prêtres que revint l'honneur d'inaugurer les fameux pontons, le 16 novembre 1793 : le premier s'appelait la Gloire.
Les hommes qui devinrent les chefs de la Vendée n'étaient pas tous des aristocrates : Cathelineau, « le saint de l'Anjou », était maçon, père de 11 enfants ; Bonchamp, sous-lieutenant à 18 ans ; Charette fit 11 campagnes en dix ans de marine avant de devenir le chef de la Vendée. « Je jure, avait-il dit, de ne revenir ici que mort ou victorieux. » Il ne revint pas, mais son nom demeure. Il eut l'honneur d'être fusillé à Nantes en ce temps où la guillotine était le plus en faveur. La Rochejacquelin était sous-lieutenant à 13 ans ; à 17 ans, ses paysans en firent leur chef ; il n'avait que 21 ans lorsqu'il fut tué. Stofflet, Lorrain, était garde-chasse : il fut un chef aimé, lui aussi, mais son nom semblait impossible à prononcer par les siens qui le surnommèrent “Mistouflef ; d'Elbée, le général de la Providence, mourant, demanda, comme Bonchamp le fit, la grâce des prisonniers ; Lescure avait voulu émigrer, mais dissuadé par Marie-Antoinette, il rallia la Grande Cause.
Louis Chaigne, dans son livre La Vendée, écrit : « Pudique et mesuré, le paysage vendéen ne se livre que peu à peu. Il faut les feux de l'été pour l'aidera révéler sa force, sa grâce, sa vérité, ses nuances. L'habitant demeure insaisissable à qui ne sait pas mériter sa confiance. Le Vendéen, fils de Celtes, ne se donne pas, il se confie. »
À Dieu s'étaient confiés ces hommes, car ils savaient que selon ce qu'a dit saint Paul, « ce qui est considéré comme folie aux yeux du monde, est sagesse au regard de Dieu ».
Les Vendéens ne voulaient pas la guerre civile ; c'est contraints par les lois édictées à Paris, les exactions commises, qu'ils se battirent. Bonchamp ne disait-il pas : « Les guerres civiles ne donnent pas la gloire humaine, mais en réalité, sur le plan éternel le seul qui compte, ils ont tout gagné ? »
En fait, cette « victoire des vaincus » ne fut-elle pas le coup d'arrêt porté à la révolution antichrétienne et le retour de la liberté religieuse ? Et si c'est grâce au sacrifice de la Vendée que la France en jouit encore, il ne faut pas manquer de le répéter, car la liberté est une utopie, et la liberté religieuse n'aurait guère besoin de beaucoup d'aides pour disparaître au nom de cette liberté même.
Le pape avait stigmatisé les lois antireligieuses le 24 mars 1790 avant de condamner par deux brefs (du 10 mars puis du 12 avril 1791) la Constitution civile du clergé.
Et si, le 14 mars 1793, se soulevèrent les 600 paroisses dont je parlais tout à l'heure, la première de toutes fut Saint-Florent. Et ce ne fut pas par répulsion du service militaire puisque Napoléon lui-même a dit qu'« il n'y avait pas plus braves soldats que les Vendéens ».
Et le républicain Edgar Quinet, en qui l'on ne saurait voir un sympathisant de la Vendée, écrivit dans « La Révolution » : « La guerre de Vendée fut une guerre religieuse. Cela donna un tel désavantage aux républicains qu'en dépit de leur héroïsme, ils arrivèrent à ce résultat étrange tout vainqueurs qu'ils étaient, ils revinrent à la religion des vaincus ; c'est ce qu'ils furent obligés d'appeler : triomphe et pacification. La Terreur n'a pu réduire les Vendéens, elle n'a pu même obtenir une trêve. La pacification n'est devenue réelle que lorsqu'on a accordé aux Vendéens et aux chouans ce qu'ils demandaient, l'ancien régime de la religion. »
L'on a parlé de la cruauté des Vendéens, en omettant de signaler les atrocités des colonnes infernales. Or, il y eut bien maints Oradours en Vendée, en commençant par celui des Lucs-sur-Boulogne le 28 février 1794. Le curé Voyneau, âgé de 70 ans, s'est avancé au-devant de la colonne Cordelier, il supplie d'épargner ses paroissiens. Dans le chemin de la Malnaye, on lui arrache la langue et le cœur. La population s'est réfugiée dans l'église, elle y est massacrée, puis on abat le clocher à coups de canon : 569 morts, dont 109 enfants de moins de 12 ans.
Parlerons-nous du nommé Poiron, qui se faisait des colliers des oreilles coupées aux Vendéens et, de temps en temps, les faisait griller pour les manger en se donnant en spectacle ?
Ou du chirurgien-major Péquel, fondateur à Angers d'une tannerie de peaux humaines ? Le manchonnier Prudhomme put ainsi confectionner 32 culottes en peau de Vendéens que portèrent des officiers républicains.
Les Vendéens avaient la foi, une foi simple mais vive, inébranlable, et c'est parce qu'ils avaient la foi qu'ils ont agi comme ils l'ont fait. La guerre de Vendée n'a rien de semblable aux révolutions ou aux complots modernes : c'est la guerre d'un peuple lassé d'une oppression qui s'attaque aux libertés les plus chères du service de Dieu.
Pour illustrer cette foi, je citerai quelques anecdotes : le curé de Saint-Hilaire-de-Mortagne, avant de partir en déportation, dit à ses paroissiens : « Chaque dimanche, autant que je le pourrai, je dirai la messe à cette même heure pour vous. » Chaque dimanche, les paroissiens se réunirent dans l'église, malgré les scellés mis par les gendarmes. Les paysans, à l'heure de la messe, font sonner les cloches. La gendarmerie accourt et le brigadier demande : « Que faites-vous là ? - Nous sommes à la messe, rétorque l'un d'eux. Notre curé nous a promis, en partant, qu'il dirait la messe pour nous chaque dimanche, là où il serait. - Imbécile, reprend le brigadier, votre curé est à cent lieues d'ici et vous croyez assister à la messe ! - La prière, reprend le paysan, fait beaucoup plus de cent lieues, elle monte de la terre au ciel. »
Parmi les victimes du Champ des Martyrs d'Avrillé (2 200 victimes du 12 janvier au 16 avril 1794), où l'on compte les généraux des Essarts et Donnissan, le fermier Desvallois disait : « C'est bon pour mon champ, ça va le fumer. » Mme de Saillant demanda à l'exécuteur, en tendant un collier d'or qu'elle portait sur elle : « Je vous donne ceci à condition que vous fusilliez mes deux filles avant moi et que je puisse les soutenir jusqu'au bout. » Quand elle les vit alignées devant la fosse, elle s'écria : « À tout à l'heure, mes petites filles bien aimées ! Chez le Bon Dieu ! »
À Nueil, les Bleus descendent les cloches de l'église, les mettant sur des chariots, mais un groupe de paroissiens intercepte les chariots, tuent les ravisseurs, cachent les cloches dans la rivière ; elles seront replacées dans le clocher en 1807.
Après l'échec de Fontenay, le 15 mai 1793, les paysans exposés aux coups de l'ennemi s'arrêtent devant un calvaire ; Lescure, qui connaît bien ses hommes, dit à un officier qui veut intervenir : « Laissez-les, ils se battront mieux ensuite. »
N'est-ce pas aussi pour ces Vendéens que Charles Péguy a écrit : « Heureux ceux qui sont morts pour les cités charnelles / Car elles sont le corps de la Cité de Dieu » ?
Le capitaine Pierre Martin, officier dans les troupes du marquis de Coislin, quitta le 65e en garnison (en partie) à Savenay, et rejoignit le 30 juin 1815 les troupes de Coislin, lors de la deuxième chouannerie. Le capitaine Martin n'est autre que le grand-père de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Et l'on comprend mieux que Pierre l'Ermite ait pu écrire : « Si l'on pressait la terre de la Vendée comme une éponge, on en verrait sourdre le sang des martyrs. »
Carrier avait déclaré : « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière. » De fait, la loi du 22 prairial ôtait aux accusés les défenseurs, supprimait l'audition des témoins, les juges ayant même - déjà ! - le droit d'arrêter les débats en se déclarant suffisamment informés. Toutefois, rien ne put faire varier dans leurs idées ces fiers soldats.
Les Vendéens n'ont jamais failli à l'appel de la France ; la religion rétablie, ils se sont battus chaque fois qu'on le leur a demandé. Pas une famille de l'Ouest qui ne pleure un disparu de la Grande Guerre.
Ainsi, en septembre 1914, la fière attitude du bataillon de Beaufort à la charge des baïonnettes pour reprendre le château de Mondement ! Fervent catholique, le commandant, qui connaît les sentiments religieux de ses hommes, invite, avant la charge, le Père Gaillard à donner une suprême absolution. Tous les soldats, dissimulés dans les bois, s'agenouillent. L'ordre impératif d'attaquer est donné par le général Humbert. Beaufort, très calme, met ses gants blancs, saisit le bâton qu'il a coutume de porter et commande d'une voix forte : « En avant, mes enfants, pour la France, chargez ! » Il est tué d'une balle au front. Est tué également le capitaine Secondât de Montesquieu. Et, le 10 juin 1916, au fort de Douaumont où la bataille fait rage, ce sont les régiments de Maine-et-Loire, des Deux-Sèvres, de Bretagne, qui formèrent les IXe et XIe corps d'armée.
En juin 1926, à Londres, déjà, un grand chef militaire - non pas celui que vous croyez mais le Maréchal Pétain, s'exprimait en ces termes : « Sur le champ de bataille de Verdun, des baïonnettes dépassent le sol, plantées sur des fusils que des cadavres tiennent encore. Elles marquent les tranchées où se sont fait hacher des bataillons de la Vendée, une des vieilles provinces religieuses de la France. Les hommes qui se battirent là, soumis à un bombardement effroyable, restèrent stoïquement à leur poste et attendirent la mort en priant à haute voix comme les martyrs. La plupart furent tués ou enterrés vivants par les obus. Les baïonnettes qui hérissent leurs tranchées, devenues leurs tombeaux, disent assez leur obstination farouche, faite de la conscience d'un grand devoir et de la résignation habituelle aux travailleurs de la terre. Les nôtres avaient juré que l'ennemi ne passerait pas ; il n'est pas passé. »
Citer les faits d'armes des descendants des “rebelles” dans les guerres successives menées par la France serait bien long, nous n'avons, hélas ! que trop de choix. Mais pouvons-nous oublier l'allocution prononcée, le 12 juillet 1957, à Cherchell, par le général Bernachot, pour la promotion Cathelineau - le petit-fils du général vendéen, assassiné en Algérie par le FLN où il citait entre autres : « Pasteur disait : “J'ai la foi du paysan vendéen. Si j'avais étudié davantage, j'aurais la foi de la paysanne vendéenne. ” » Cathelineau avait la foi comme on l'a en Vendée, il l'avait vigoureuse, granitique, à la manière de ceux de là-bas.
« Dieu, disait Bossuet, est celui qui règne dans les deux et qui relève les empires. » Le malheur de nos temps actuels est précisément le laïcisme qui prétend organiser le monde sans Dieu, sinon contre Dieu. Les mauvais anges ont travaillé à mettre debout un monde laïciste et même athée, une contre-Église : la Révolution avait marqué une étape importante de leur tentative ; ils se sont servis et se servent toujours de certains instruments privilégiés, comme les doctrines aberrantes et les institutions perverties. Le cri de guerre des Vendéens au combat était “Rembarre”, qui veut dire « Barre le chemin ! » Ne doit-il pas être aujourd'hui le mot d'ordre de tous ceux qui s'opposent à la chute de notre civilisation et à la ruine de notre pays ?
Gisèle BAZAN. Écrits de Paris juillet 2010

mercredi 5 janvier 2011

Jacques Cathelineau

Jacques Cathelineau, fils de Jean Cathelineau, est né le 5 Janvier 1759 au Pin-en-Mauge. Sa famille, roturière, est très pieuse et son père occupe la place de sacristain de l’église du village. Jacques eut 10 frères et soeurs, dont 4 seulement vécurent. Jean naquit le 5 décembre 1756, Pierre le 27 décembre 1767, Joseph le 23 Juin 1772 et Marie le 29 Mai 1761. Les enfants de roturiers ne pouvaient prétendre à être scolarisés, tout d’abord parce que la pension coûte cher et ensuite les petites communes des Mauges n’ont pas encore d’école. Mais Jacques, qui sert la messe régulièrement, est intelligent, bien plus que la plupart des enfants de son âge. Le prêtre de la paroisse, remarquant la vivacité de l’esprit de cet enfant, et pour remercier la générosité de son père, il proposa au jeune Jacques de l’instruire, en échange de quelques petits travaux paroissiaux. Jacques Cathelineau quitta donc le Pin-en- Mauges pour vivre à 15 kilomètres de là, dans un petit village du nom de la Chapelle du Genêt.
Jacques va donc grandir et s’épanouir dans cette ambiance scolaire, naviguant entre la paroisse et la maison. On peut supposer que Jacques fut un moment attiré par la vocation sacerdotale car on sait que le jeune Jacques apprit le latin à cette époque par l’abbé Cantiteau.
A 18 ans, le 4 Février 1777, il épouse Louise Godin, de 7 ans son aînée. Ce mariage fut fécond, et Louise mettra au monde 11 enfants, dont 5 vécurent. Maçon comme son père, Jacques Cathelineau se rendit rapidement compte que son maigre salaire ne permettrait pas de nourrir autant de bouches. Il parvint cependant à acheter deux chevaux et une voiture bâchée pour changer de métier et commença à travailler comme marchand voiturier et colporteur. Ses tournées lui permirent de connaître de nombreuses bourgades de la région, et tous les habitants l’estimaient, tant pour sa gentillesse que pour sa probité.
Jacques n’en délaisse pas la paroisse pour autant. Il s’investit dans la vie de l’Église, et y est élu en 1786 syndic de la Fabrique. La vie quotidienne est difficile pendant ces années là, où la disette laisse parfois place à la famine. Les paysans y voient un signe de colère divine, et redoublent de prières et de neuvaines. Début Mars 1793, la Convention vote la levée en masse de 300 000 hommes dans toute la France, sur un système de tirage au sort. Le 12 Mars 1793, les républicains procèdent au tirage au sort à St Florent le Vieil. Malheureusement, les hommes y sont fermement opposés ! Pourquoi aller se faire trouer la peau pour un régime qu’ils ne veulent pas, qui vient d’exécuter leur Roy très Chrétien ? La révolte de la ville de St Florent va vite tourner au lynchage des républicains : la guerre est devenue inéluctable… Cathelineau ne fait pas parti de ces paysans, il n’est pas assujetti à l’appel de la conscription. En effet, celle-ci ne concernait que les jeunes hommes sans enfant, tel qu’Henri de la Rochejaquelein ! Cependant, suivant cette foule qui se révolte contre la république, il décide de prendre son destin en main et prend la tête de l’insurrection des hommes du Pin-en-Mauge.
De partout, des paysans se révoltent, chassent les bleus, et s’unissent. Il faut maintenant organiser cette révolte, il faut des chefs. Le choix se porte sur les aristocrates qui ont reçu une éducation, et qui bien souvent ont connu le métier des armes (tel le comte de La Rochejaquelein ou Charles de Bonchamps). Cependant, il y a deux exceptions : Cathelineau (qui a été sollicité bien avant les aristocrates) et Stofflet qui sont les seuls roturiers à la tête de l’armée. Cathelineau a la stature d’un chef, il a l’intelligence d’un aristocrate, la force d’un maçon, la verve adroite et il sait comment remuer les foules.
Il prend donc la tête de cette armée, et fort de sa foi, il la mène à travers la Vendée. Accumulant les victoires en ce début d’année 1793, il marche avec Stofflet sur Chemillé, Cholet et le 16 Mars sur Vihiers. A Vihiers, l’Armée Catholique et Royale met en fuite tout un bataillon républicain et récupère ainsi leur premier canon. Ce canon, symbole de leur résistance, sera baptisé Marie-Jeanne du nom des deux protectrices de la France : la Sainte Vierge Marie et Sainte Jeanne d’Arc.
Les victoires continuent à s’enchaîner, les bleus n’offrant que peu de résistance à cette formidable foule armée de fourches, mené par celui que l’on nomme déjà « le Saint de L’Anjou ». Peu avant la Pâques, Chalonnes tombe. L’armée angevine se disperse, les paysans rentrent chez eux pour passer cette fête en famille. Cathelineau retrouve femme et enfants, et l’abbé Cantiteau, curé du Pin-en-Mauge, peut célébrer la Résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ en paix.
Les républicains de leur côté, profitent de cette trêve pour se réorganiser. 4 colonnes de soldats de toute la France se réunissent, prêtes à prendre les Mauges en tenaille. La bataille fait rage, le sang coule et ruisselle, mais les bleus sont trop nombreux ! Les insurgés sont obligés d’abandonner et de se replier jusqu’à Tiffauges.
La conscription continue par ailleurs, et arrive à Châtillon un mois après St Florent. Et, comme à Saint Florent, les habitants de Châtillon ne sont pas enclins à partir mourir pour un régime qu’ils ne soutiennent pas. 4000 paysans se révoltent donc contre la république, et réclame un jeune noble comme chef : Henri de la Rochejaquelein, qui n’a que 20 ans. Cette nouvelle armée se rallie à celle des Angevins de Cathelineau pour former les prémices de la Grande Armée Catholique et Royale, qui ne prend naissance que le 17 Avril.
Motivés par leurs chefs, Cathelineau, Stofflet, La Rochejaquelein, Bonchamps et d’Elbée, les insurgés reprennent Cholet, les Mauges et s’apprêtent à attaquer Bressuire. Dans la prison de Bressuire, il y a le cousin de La Rochejaquelein, le Marquis de Lescure, prisonnier depuis la fin de l’année 1792. L’Armée libère les prisonniers et récupère ainsi deux nouveaux chefs : Lescure et Marigny. Prochaine étape : Thouars. Forte de 10 000 hommes, l’Armée Catholique et Royale se lance à l’assaut de Thouars où les républicains les attendent. L’Armée blanche, menée par la fougue du jeune comte de La Rochejaquelein, triomphe et s’empare de nombres d’armes, 12 canons, et 7000 fusils ! Ils relâchent la quasitotalité des prisonniers et récupèrent de nombreux transfuges, de la ville de Baugé. Ils libèrent le général Quétineau, ardent républicain défenseur de la ville de Thouars, et lui propose de rejoindre les rangs royalistes. Celui-ci refuse l’offre pourtant généreuse, et resta fidèle à la république. L’Histoire a voulu que Quétineau meure quelques temps plus tard, victime de la Terreur instauré par les siens.
Les chefs vendéens n’en oublient pas leur idéal : pureté. Bonchamps, Lescure et Cathelineau donnent des ordres aux vendéens : pas d’excès, ni d’abus, pas de pillages ni de mauvais traitements. Les paysans s’y tiennent pour la plupart, malgré quelques dérapages… Les généraux vendéens ont toujours essayé de traiter les prisonniers bleus avec la plus grande humanité, exception faite de Marigny et Stofflet.
*
Le 16 mai 1793, la Grande Armée Catholique et Royale arrive devant Fontenay, petite ville située en vaste plaine. Gros problème : l'armée royaliste, composée essentiellement de paysans, se bat par embuscades et se cachent derrière les buissons. Ici, aucune cache, aucun buisson… Il faudra affronter les républicains en armée régulière, à découvert donc…Le combat tourne à la débâcle, et les royalistes sont rapidement défaits et abandonne canons et munitions sur le champ de bataille… Fin mai, sous l’impulsion de Cathelineau qui croit toujours en la victoire, l’Armée se reforme et reprend confiance en elle. La ville de Fontenay tremble sous les coups de butoirs de l'armée de Bonchamps, les courageux royalistes entonnent leurs cantiques et l'on entend plus dans la ville que les “Vexilla Regis” !
Cathelineau est heureux, c’est une belle victoire et il le sait ! L’ardeur de ses soldats, la confiance qu’ils ont mis en lui et dans la cause royaliste le touche…Il sait que désormais pour les hommes, il est le chef incontournable de la révolte vendéenne.
Le 12 Juin 1793, dans un souci d’unité, les chefs vendéens décident d’élire le « généralissime », le chef incontesté de leur armée, de qui découleraient tous les ordres. A l’unanimité, tous les chefs choisissent Cathelineau comme chef. Pourquoi ? De nombreuses raisons peuvent être présentées :
les chefs vendéens flattent la masse paysanne en mettant un des leurs à la tête de l’armée Cathelineau est un homme profondément pieux, et respectueux de la foi
Il n’a pas d’autres ambitions que sa mission, et il est irréprochable
Il a l’expérience, l’âge et la sagesse pour être un chef incontesté
Il est apprécié des hommes, il est visionnaire et sait remuer des foules entières par ses paroles
Un extrait du brevet de nomination de Cathelineau au poste de généralissime :
Aujourd'hui 12 juin 1793, l'an 1er du règne de Louis XVII, nous soussignés, commandant les armées catholiques et royalistes, voulant établir un ordre stable et invariable dans notre armée, avons arrêté qu'il sera nommé un général en chef, de qui tout le monde prendrait l'ordre. D'après le scrutin, toutes les voix se sont portées sur M. Cathelineau qui a commencé la guerre, et à qui nous avons tous voulu donner des marques de notre estime et de notre reconnaissance. En conséquence, il a été arrêté que M. Cathelineau serait reconnu en qualité de général de l'armée, et que tout le monde prendrait l'ordre de lui.
Fait à Saumur en Conseil, au quartier général, le dit jour et an que dessus.
Signés :
Lescure, De Beauvollier (x2), de Bernard de Marigny, de Hargues, Stofflet, De Laugrenier, Delaville de Beaugé, De la Rochejaquelein, D'Elbée, Duhoux de Hauterive, De Boissy, Tonnelet, Des Essarts, De Bonchamps.
Les victoires royalistes continuent à s’enchaîner, et la ville d’Angers tombe. Le 23 Juin 1793, l’Armée catholique et Royale arrive en face de la grande ville de Nantes. L’Armée blanche, forte de 40 000 hommes et menée par le généralissime Cathelineau, s’avance aux portes de la ville, défendue par plus de 12 000 bleus. Les royalistes piétinent, la bataille s’enlise… Le 29 Juin, Cathelineau entre enfin dans la ville par la porte de Rennes et atteint la place Viarme. Un coup de feu, tiré depuis une fenêtre, le blesse mortellement. Les vendéens qui venaient de voir leur chef grièvement frappé, se retirèrent de la bataille et furent défaits.
Cathelineau fut transporté mourant jusqu’à St Florent le Vieil, ce petit village qui l’avait vu grandir. Au seuil de sa mort, l’abbé Cantiteau lui rendit visite chaque jour. Il écrira que Jacques Cathelineau est resté calme face à la mort. Il rendit son âme à Dieu le 14 Juillet 1793. Son cousin, Jean Blon, aurait annoncé sa mort avec ces mots : « Le bon Cathelineau a remis son âme à Celui qui la lui avait donnée pour venger Sa gloire »… Une partie des restes de Jacques Cathelineau fut réunie au Pin-en-Mauges à ceux de son fils Jacques-Joseph de Cathelineau et de son petit fils Henri de Cathelineau, et l’autre partie repose encore à Saint Florent le Vieil.
Michelet écrira bien plus tard : « La Vendée, frappée du coup, n'alla pas plus loin. Ils l'avaient cru invulnérable; ils furent tous blessés, qu'ils ne s'en sont jamais relevés ».
Victoire de Donnissan de la Rochejaquelein écrira dans ses Mémoires : « Cathelineau commandait les gens du Pin-en-Mauge et des environs. C'était, comme je l'ai dit, un simple paysan qui avait fait quelque temps le métier de colporteur pour le commerce des laines. Jamais on n’a vu un homme plus doux, plus modeste et meilleur. On avait pour lui d'autant plus d'égards, qu'il se mettait toujours à la dernière place. Il avait une intelligence extraordinaire, une éloquence entraînante, des talents naturels pour faire la guerre et diriger les soldats : il était âgé de trente-quatre ans. Les paysans l'adoraient, et lui portaient le plus grand respect. Il avait depuis longtemps une grande réputation de piété et de régularité ; tellement que les soldats l'appelaient le Saint de l'Anjou, et se plaçaient quand ils le pouvaient auprès de lui dans les combats, pensant qu'on ne pouvait être blessé à côté d'un si saint homme »
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