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lundi 6 décembre 2010

Le mythe du Maccarthysme 2ième partie

Enfin, les membres de la Commission sont parfaitement renseignés sur l’industrie du cinéma par nombre d’enquêteurs et d’agents du FBI. Leurs cibles sont soigneusement sélectionnées et les dossiers remarquablement documentés.

L’arrivée des prolétaires à paillettes

Outre ces événements, les communistes vont également obtenir le soutien, normalement décisif des libéraux. Immédiatement, les joyeux pétitionnaires, trop contents d’avoir l’impression de goûter des émotions fortes et de prendre parti pour la liberté d’expression, partent au combat « dans une joyeuse atmosphère de guerre en dentelles et de paris sur la victoire ».

John Huston, Philip Dunne et William Wyler créent le « Comité pour le Premier amendement ». L’idée est simple : selon leur interprétation, le Premier Amendement permettrait aux témoins de ne pas répondre à l’inévitable question de leur appartenance ou de leurs accointances avec le CPUSA. Ceci suivant le motif que le gouvernement n’aurait pas le droit d’enquêter sur les affiliations politiques des citoyens. Or, le Premier Amendement « ne souffle mot des appartenances et des opinions politiques, encore moins du droit des citoyens de refuser de répondre à une enquête du Congrès » !

Le nœud gordien

Quoi qu’il en soit, sûrs d’eux et du bien fondé de leur terrible engagement, les sémillants membres du Comité pour le premier Amendement décident d’affronter l’hydre fasciste et de combattre pour obtenir aux États-Unis une liberté d’expression aussi totale qu’en Union soviétique ! Rien ne pourra plus les détourner de ce noble idéal. Et, comble d’ironie, ils abattront leurs adversaires en utilisant ses propres armes. La médiatisation et la publicité accordées aux séances du HCUA leur permettront de discréditer les méthodes « fascistes et totalitaires » de cette horrible commission, prête à accomplir un autodafé avec de généreux artistes aux convictions progressistes.

Immédiatement, la stratégie est mise en application : les compagnons de route du PCUSA affrètent un avion de ligne pour se rendre aux audiences. Le 20 octobre, les prolétaires en strass et paillettes sortent de l’appareil et descendent lentement les marches jusqu’au plancher des vaches. Il y a là Humphrey Bogart, mystérieux, fumant avec morgue et détachement, sanglé dans son imper, prêt à jouer son auto-parodie. Et puis la merveilleuse et séduisante Lauren Bacall, le frétillant Frank Sinatra, Gene Kelly, Henry Fonda et d’autres encore, tous là pour le duel final entre le Bien et le Mal.

Candides et trop confiants, les « idiots utiles » descendent les avenues de Washington en toute sérénité, et posent complaisamment pour la postérité, sourires hollywoodiens et poses plastiques à volonté.

La gaffe de J. Parnell Thomas

Parallèlement à ces amusements de millionnaires en mal de sensations fortes, le Président J. Parnell Thomas a commis une erreur. Inquiet face à ce remous médiatique en faveur des artistes pro-soviétiques, il lance une rumeur « révélant » qu’il avait les producteurs à sa botte, et que par ailleurs, ceux-ci tenaient à sa disposition toutes les listes noires nécessaires pour éradiquer les rouges de l’industrie du cinéma !

À la veille des audiences, la Motion Picture fait paraître un cinglant démenti, qui confond les allégations de Parnell Thomas, ridiculisé tant face à l’opinion publique que face à ses adversaires : (…) « Il n’y aura jamais de liste noire. Nous n’allons pas sombrer dans le totalitarisme pour faire plaisir à la Commission. »

Les audiences commencent donc avec la certitude pour les communistes de n’être jamais inquiété par les moguls. Et elles se déroulent devant un parterre de stars en rang d’oignon, faisant bloc derrière les communistes, héros du jour et bien contents de pouvoir jouer les opprimés à si bon compte.

De toute évidence, J. Parnell Thomas a perdu la partie, et les auditions vont achever de le ridiculiser. La preuve va être faite qu’il s’est attaqué à d’honnêtes citoyens américains, devenus par la force des choses les héros involontaires de la résistance à l’oppression bourgeoise, totalitaire et fasciste. Tout à l’heure, ils défileront devant les responsables du HCUA, et bien fort, très tranquillement, avec une morgue digne de Humphrey Bogart, ils répondront sans vaciller aux deux questions tant redoutées il y a peu…

– « Etes-vous ou avez-vous été membre de la Guilde ? »

– « Oui ».

– « Êtes-vous ou avez-vous été membre du PCUSA ? »

– « Oui… Et alors ? Où est le crime ? Est-ce, oui ou non, illégal ? Ces organisations sont-elles oui ou non conformes à la constitution ? Sommes-nous, du fait de nos opinions, des citoyens de seconde catégorie, des artistes de seconde zone, des employés moins méritants que les autres, des pestiférés qu’il faut bannir de la société ? N’avons-nous pas combattu contre le nazisme, pour la patrie, la Liberté et la démocratie durant la guerre ? Que répondez-vous à cela ? »

En effet, que dire ? Et pourtant, face à ce boulevard offert par la gaffe de Parnell Thomas, les communistes vont sortir des auditions définitivement discrédités tant auprès de leurs collègues de l’industrie, que de l’opinion publique. Le 24 novembre 1947, la Chambre des représentants, par 346 voix contre 17, défère devant la justice des EÉats-Unis les désormais fameux « Dix de Hollywood » (après les dix-neuf) pour outrage au Congrès. Le même jour, les moguls se réunissaient à l’hôtel Waldorf-Astoria, et deux jours plus tard, sous l’égide de la Motion Picture qui défendait les communistes un mois auparavant, décidaient de les chasser de l’industrie du cinéma ! Comment expliquer ce retournement pour le moins paradoxal ?

« Protégez-moi de mes amis… »

Les audiences avaient bien commencé pour les « témoins inamicaux ». Leurs vingt-quatre homologues « amicaux » étaient entrés pleins de bonne volonté dans les dépositions, mais se retrouvaient incapables d’étayer leurs accusations par des preuves solides. Rapidement, leurs témoignages tournèrent aux rumeurs, aux soupçons à peine fondés. Leur seule déclaration réellement affirmée fut celle concernant l’impossibilité pour les communistes de subvertir les films placés sous leur responsabilité. Ce qui n’était pas à proprement parler fait pour nuire à ces derniers.

Imprécis, malhabiles, parfois à la limite du ridicule, comme Louis B Mayer, directeur de la MGM qui, accusant quelques scénaristes, atténua sa charge en plaidant pour leur défense, une « fêlure au cerveau ». A partir de ces témoignages peu convaincants, il est possible de déduire qu’une partie des moguls, « avec une unanimité touchante, plaida leur innocence au risque de passer pour des imbéciles, car on ne peut imaginer, à relire leurs déclarations, qu’ils furent naïfs à ce point-là. »

Rapidement, au vu des témoignages, il devint évident que l’accusation de propagande subversive ne pouvait plus être maintenue. La loi du silence propre à l’organisation quasi-clandestine du PC portait ses fruits : il était impossible aux témoins amicaux d’apporter la preuve de leurs assertions.

Forts de tous ces atouts, les « témoins inamicaux » pouvaient aborder leur propre audition avec confiance. Sur les dix-neuf témoins cités à comparaître, onze seulement étaient encore retenus. Tous, à coup sûr, des membres actifs du parti communiste. Preuve que J. Parnell Thomas basait son enquête sur d’autres sources que les témoignages bouffonesques des « témoins amicaux ».

Preuve également, dans ce cas, qu’il pensait encore confondre ses adversaires et qu’il possédait donc d’autres atouts dans son jeu.

Hormis Bertold Brecht qui fit bande à part, les « Dix de Hollywood » mettent au point leur propre stratégie, assistés par des avocats du parti. Assurés de leur importance artistique et financière à Hollywood, ainsi que de la protection de principe des « moguls », ils se sentent invulnérables.

Leur but : attaquer à outrance et discréditer la Commission. Répondre aux questions : oui, mais à leur manière… En passant délibérément à côté, tout en profitant de cette tribune médiatique offerte par le gouvernement pour démolir ce dernier !

À cette occasion, chaque témoin inamical avait élaboré un discours, dont la lecture fût interdite par le président. « C’était de sa part un acte charitable, car toutes ces déclarations, par leur langage conventuel, leur style bien identifiable et leurs pauvres insultes répétitives témoignaient, mieux qu’une confession, de l’appartenance indubitable de leurs auteurs au parti ».

Les communistes n’oubliaient apparemment qu’une seule chose : leurs interlocuteurs n’étaient pas des particuliers, qu’on pouvait malmener à merci, mais les représentants du Congrès, et donc du peuple et de la démocratie… « Ils donnèrent d’eux mêmes exactement l’image que les pourfendeurs de rouges cherchaient à répandre dans l’opinion : insolents, méprisants, orgueilleux de leur puissance et se prétendant au-dessus des lois ».

L’audition des témoins inamicaux commença par une motion d’annulation de la procédure déposée par un avocat communiste. Cette motion se fondait sur le fait que l’activité cinématographique était un moyen d’expression protégé par le premier Amendement. De ce fait, la Constitution interdisait à la Commission d’interroger les témoins sur leurs activités. La motion fut bien entendu rejetée, mais l’angle de défense des communistes était maintenant posé.

Le premier des témoins appelés à la barre, John H. Lawson s’appuya sur cette motion rejetée pour attaquer bille en tête : « Depuis une semaine, cette commission fait un procès illégal et indécent à des citoyens américains… » On notera, encore une fois, qu’il ne s’agit nullement d’un « procès », mais d’une audition, à laquelle durent se prêter, dans d’autres circonstances, des témoins non-marxistes, et même récemment, Bill Clinton en personne.

Echec et mat !

A la fin d’une audition chaotique, Lawson fut expulsé de la salle d’audience. C’est alors que J. Parnell Thomas abattit son fameux atout. Il fit comparaître Louis B. Russel, un des enquêteurs de la Commission. Celui-ci prêta serment avant d’affirmer qu’il avait été mis en possession [par le FBI] d’une carte de membre du parti communiste au nom de John H. Lawson. « Comme dans une mise en scène bien réglée, Robert E. Stirling lui succéda et lut un document de neuf pages qui fut versé au procès-verbal et qui consignait les multiples « activités communistes » dont Lawson s’était rendu coupable. Sur ce, (…) Thomas annonça (…) Que John H. Lawson tombait sous le coup d’une inculpation pour outrage au Congrès pour ne pas avoir répondu à la question « Etes-vous ou avez-vous été membre du parti communiste ? »

Ainsi, ce n’est en aucun cas pour des activités communistes que Lawson est condamné, mais pour avoir refusé de répondre aux questions posées par un représentant du peuple américain.

Cette attitude irrespectueuse, violente et antidémocratique, choque profondément le public et, entre autres, les artistes de gauche venus les soutenir. Ceux-ci s’attendaient bien à une énergique défense de la part des « accusés », « mais nullement qu’ils missent en cause la légitimité de la Commission, émanation du peuple, et cela en des termes qui apparurent à beaucoup d’Américains comme un langage de guerre civile. »

Cette délégation libérale, fut sans doute naïve et sa seule excuse réside dans le fait que, comme d’autres avant elle, elle « ne savait pas ». Cependant, déçus par l’attitude suicidaire de Lawson durant sa comparution, et surtout choqués par l’agressivité fanatique des communistes, les membres du comité de soutien pour le premier amendement quittent la salle et remontent, encore tout étonnés, dans leur avion. Ils soutenaient une petite révolte, pas la Révolution !

Par cette attitude incompréhensible, les communistes se sont d’une part, coupés de leurs alliés potentiels mais, surtout, ils ont révélé leur vrai visage à la face des États-Unis, en raison de la médiatisation des audiences.

Inculpés pour outrage au Congrès !

Devant cet échec stratégique, les communistes, pourtant conseillés par de bons avocats, acquis à leur cause puisque marxistes eux-mêmes, loin de modifier leur comportement, vont au contraire persister dans une logique auto-destructrice. Avec une agressivité et une incorrection sans précédents, ils ignorent les questions tout en prenant la parole le plus longtemps possible, pour placer leurs tirades tout droit sorties du catéchisme stalinien. Régulièrement, ils attaquent la Commisssion ; régulièrement, ils feignent d’ignorer l’attitude désastreuse de leur prédécesseur, pour reprendre à la lettre la même catastrophique argumentation. Et régulièrement, le témoin finit par être exclu de la salle sur ordre de M. Parnell Thomas. Il est alors remplacé à la barre par Louis J. Russel, qui apporte toutes les preuves de l’appartenance du témoin au CPUSA et à la Screen Writers Guild. Ce dernier est donc toujours inculpé, non pas, rappelons-le et soulignons-le doublement, pour ses activités ou opinions politiques, mais pour outrage au Congrès. En clair, pour avoir refusé de répondre à J. Parnell Thomas.

Suite à ces éprouvantes auditions, Parnell Thomas remit les autres séances à une date indéterminée, ayant désormais en mains tous les éléments nécessaires à son enquête. Ses adversaires ne manquèrent pas d’interpréter ceci comme une forme de victoire par abandon. Comme il l’a été montré plus haut, ils se trompaient lourdement : en avril 1948, Lawson et Donald Trumbo furent condamnés pour violation du paragraphe 192, article 2 du Code portant « refus de témoigner devant une commission dûment constituée du Congrès » (Encore une fois, il convient d’insister lourdement sur l’absence totale de référence à de quelconques activités communistes ). Ils purgèrent donc une peine d’un an d’emprisonnement et mille dollars d’amende. Biberman et Dmytryk en eurent pour six mois et cinq cents dollars.

Conséquence directe de cette attitude suicidaire lors du procès, tous leurs anciens alliés ou soutiens les lâchent désormais. Après les artistes libéraux, les moguls décident de chasser les communistes de l’industrie, et de ne les récupérer que lorsque ces derniers seront innocentés, repentis ou auront purgé leur peine. Leur carrière n’est donc pas finie, et il faut ici noter l’indulgence du gouvernement qui ne les empêche pas de travailler, contrairement à ce que pratiquent les régimes soviétiques à la même époque !

Pourquoi une telle défense ?

Comment expliquer la défense lamentable des communistes ? Hors de question ici de miser sur « leur conjecturale stupidité » ! Ces personnes n’étaient pas des idiots. Et leurs avocats veillaient à leur assurer une défense digne de ce nom.

Trois lignes de défense pouvaient être arrêtées lors des auditions.

« Oui, et alors ? ! »

La première est la plus simple : il s’agissait de répondre « oui » aux deux questions. C’était faire d’une pierre deux coups : d’abord le HCUA était totalement confondu, et ensuite, les communistes montraient non seulement leur courage, mais encore leur honnêteté ! Enfin, à coup sûr, les moguls comme les libéraux leur restaient acquis !

Le HCUA possédait les preuves de leur appartenance au parti, les témoins auraient dû s’en douter, ne serait-ce qu’au moment des auditions, où ne furent appelés à comparaître que les membres les plus actifs du PC. Le but était de les discréditer publiquement en jouant sur leur faux témoignage, ou sur leur refus de répondre à la Commission. Et si au début répondre « oui » était encore un moyen d’être discrédité, ce n’était plus vrai après les gaffes de Parnell Thomas et les accusations dénuées de fondement des « amicaux ».

Enfin, suite à la tentative de Lawson, il devenait évident que c’était désormais la seule solution possible pour désamorcer la mine qui menaçait d’exploser sous leurs pieds.

Silence radio

La deuxième solution, celle avancée par les alliés libéraux du Comité pour le premier Amendement, consistait d’une part à s’avouer publiquement communiste, et d’autre part à garder le silence lors des audiences, et à invoquer le premier Amendement qui interdisait, selon leur interprétation, de voter des lois portant atteinte à la liberté de parole et d’opinion. Même si cette solution était juridiquement contestable, au sens où ce n’est qu’une interprétation du droit, elle avait au moins le mérite de paralyser la procédure, et de dévier sur un long débat constitutionnel, pouvant durer des années. Mais cette défense était impossible pour les membres d’un parti tenu à une semi-clandestinité, et à l’interdiction formelle de révéler son appartenance au parti.

« Je suis coupable, mais je ne peux pas le dire… »

Enfin, une troisième solution s’offrait, sans doute la moins bonne des trois. Il s’agissait de se réfugier derrière le cinquième Amendement. Ce dernier permet à un citoyen de « ne pas répondre à une question pouvant l’incriminer ». Mais cela revient à se reconnaître coupable.

Finalement, la défense pouvait se baser sur deux axes : répondre et parler, ou se taire.

Le choix des communistes est le pire qui pouvait s’envisager : parler et ne pas répondre. Avec les conséquences que l’on sait. Or, il est impossible que les défenseurs des communistes aient été d’aussi piètres avocats . La seule question réellement importante qui se pose est : pourquoi ? Pourquoi n’ont-ils pas choisi une ligne de défense valable ?

Des explications peu convaincantes

Les explications fournies a posteriori par les témoins condamnés ne sont guère convaincantes. Ici on invoque la « nature répressive de la démocratie américaine qui oblige la plupart des membres du parti à rester dans la clandestinité », allégation immédiatement démentie par un autre témoin, Dalton Trumbo : « nous étions loin de penser que nous pouvions perdre notre emploi, pas plus que nous ne pouvions prévoir que nous irions en prison ».

D’autres craignaient, en répondant directement aux questions, d’avoir à dénoncer les autres membres du CPUSA. C’est certes mieux trouvé. Cependant, cette tactique de la délation, ainsi que le dit l’historien Navasky, « est postérieure aux audiences de 1947 ». Elle n’était donc pas envisagée ni envisageable à l’époque des faits.

Ainsi, aucune explication rationnelle valable ne peut rendre compréhensible la politique du pire menée par les communistes lors de leurs auditions. Pire que tout, cette stratégie auto-destructrice fut suivie à la lettre par les autres communistes lors des procès qui suivirent à travers tout le pays. Le cas des époux Rosenberg est de ce point de vue, exemplaire. Doit-on conclure par un diagnostic de bêtise chronique, comme on a parfois voulu le laisser entendre ? La direction du CPUSA fut-elle incapable d’établir une ligne de défense efficace face à la répression qui suivit l’affaire des « Dix de Hollywood » ? Doit-on voir dans cette attitude une abnégation totale et une volonté de ne pas renier les règles du parti imposant la loi du silence et du secret absolu à tous ses membres ? Cela semble peu crédible.

Même le plus novice des avocats eut été capable de savoir que la violation du paragraphe 192, article 2 du Code, concernant le refus de témoigner devant la Commission du Congrès, était puni d’un an d’emprisonnement. Et que le fait d’insulter les membres de la dite Commission ne risquait pas d’améliorer la situation.

50 ans de loi du silence et de révisionnisme !

Il fallut attendre les années 1980 et les travaux de Navasky, suivis d’un vaste débat entre les historiens américains pour commencer à comprendre cette énigme. Et il aura fallu attendre le tournant du millénaire pour que, grâce au professeur Török, la France lève enfin un voile discret sur un sujet aussi tabou que l’échec de la manœuvre stalinienne contre le cinéma américain.

Des années après les faits, il est aujourd’hui possible d’affirmer, avec tout le sérieux et l’autorité qu’apportent les travaux des meilleurs universitaires américains et du professeur Török, que ce suicide du CPUSA dans sa totalité n’est pas l’œuvre de quelques incompétents trop éloignés de Moscou, et mal formés aux techniques de lutte du parti communiste.

Incontestablement, la défense dérisoire, agressive et désespérée des « Dix de Hollywood », ainsi que celle postérieure mais identique de leurs camarades américains, entraient dans la ligne politique établie par Moscou. Cette option s’inscrivait non pas dans un contexte étroit, mais au contraire international. Et cette stratégie fut appliquée à la lettre par les séides de Staline.

Il est en effet peu crédible que le CPUSA, avec l’importance que tenait la section hollywoodienne, fut délaissé par le Kremlin. Certains militants américains avaient une implication totale dans la politique internationale du parti communiste soviétique : Alvah Bessie avait combattu dans les Brigades internationales et Herbert Biberman fut formé à Moscou. Ces militants loyaux à Staline ne se seraient jamais permis d’arrêter une stratégie sans en référer à Moscou.

Les communistes savaient pertinemment que leur conduite au cours des auditions les menait droit à l’inculpation d’outrage au Congrès. Ils savaient également que les moguls n’avaient plus d’autre choix que de les renvoyer séance tenante, même à contrecœur. C’était la règle du jeu en vigueur dans l’industrie.

Sur un plan strictement national, l’inculpation des « Dix de Hollywood » était prévue par le CPUSA. Il s’agissait d’affronter le HCUA et de se faire condamner par la justice. Suite à cette condamnation, il était envisagé que les avocats communistes en appellent à la Cour suprême des Etats-Unis, où les juges libéraux étaient majoritaires, et ne manqueraient pas de revoir le jugement en leur faveur, au nom d’une jurisprudence de 1943 concernant la liberté d’opinion. Ceci revenait donc à décrédibiliser le HCUA et par là même le Congrès… Le parti communiste sortait donc vainqueur de l’affrontement avec le gouvernement, et pouvait s’auréoler du titre de champion de la liberté et des droits de l’Homme… Il avait surtout les mains libres pour reprendre son travail le plus tranquillement possible, et attendre le moment opportun, en ce début de Guerre Froide, pour peser de tout son poids en faveur de l’Union soviétique. Ainsi que le dit J.-P. Török, « l’enjeu était de taille et cette stratégie judiciaire était en tout point parfaite ». Ainsi que le dit Richard Schickel, « les communistes mirent en œuvre leur tactique favorite : forcer l’adversaire à une confrontation au terme de laquelle la société capitaliste et ses institutions apparaîtraient comme un système essentiellement répressif. »

Une seule chose fit échouer ce plan machiavélique : durant l’année 1949, deux des juges libéraux décédèrent et furent remplacés par… des conservateurs. La situation était totalement inversée et, par la suite, l’offensive contre les communistes se déroula parfaitement.

Les Rouges jettent les paillettes

Qui plus est, au niveau de l’opinion publique, cette stratégie eut un effet déplorable pour leur image. Ceci expliquant aussi sa déroute future. Les Américains découvrirent un parti clandestin, violent, très éloigné de la tradition politique du pays. Et surtout, ils ne manquèrent pas de se poser la question essentielle : « Que feront les communistes américains en cas de troisième guerre mondiale ? »

Leur attitude aux audiences du HCUA, les grèves de 1945-46, la révélation au grand jour d’un parti clandestin, les affaires d’infiltration de la haute administration américaine, et enfin la découverte fortement médiatisée d’affaires d’espionnage au profit de l’Union soviétique ne manquaient pas d’indiquer quelques pistes au sujet de la réponse.

Les historiens Ceplair et Englund (The Inquisition in Hollywood. Politics in the film community, 1930-1960, ed. Anchor press, 1980) indiquent que « les scénaristes communistes défendirent le régime stalinien, et (…) en tant que défenseurs du régime soviétique, les rouges de l’écran ont fait l’apologie de crimes monstrueux, même s’ils prétendaient avoir tout ignoré de ces crimes, ayant fait taire de leurs criailleries ou refusé d’écouter tous ceux qui ne les ignoraient point ».

Il est aujourd’hui absolument sur et certain que les militants communistes hollywoodiens étaient des partisans parfaitement formés et disciplinés, sachant très bien où et au-devant de quels ennuis ils allaient lors de leur comparution devant le HCUA.

Leur but n’était pas de travailler librement et à visage découvert dans l’industrie hollywoodienne ; ils ne voulaient pas non plus déjouer les attaques du HCUA, au contraire ; le CPUSA ne souhaitait pas jouer aux Etats-Unis le rôle d’un parti démocratique normal, comme peut le faire par exemple un parti communiste européen. Tout ceci n’entrait pas dans leur vision des choses parce qu’ils n’entendaient pas avoir une politique électoraliste, perdue d’avance aux Etats Unis, dans ce climat de Guerre Froide.

Le gambit du roi

Une fois éliminée la première stratégie consistant à déconsidérer le Congrès et ses Commissions, pour avoir les mains libres, une seconde option se présentait. De nombreux historiens, dont J.-P. Török, estiment « qu’en aggravant délibérément une situation déjà mauvaise, ils bâtissaient à leurs propres frais la réputation de martyrs qui allait leur coller à la peau. (…) Dans la vaste bataille que livrait à l’échelle du monde le communisme international, le petit parti américain, surveillé et contrôlé, risquait de ne plus servir à grand-chose ; à moins de s’immoler publiquement sur l’autel de la révolution mondiale en donnant à cette cérémonie toute la publicité que permettaient la démocratie américaine et ses puissants médias de masse ».

C’est ce que J.-P. Török appelle « le gambit du roi ». C’est-à-dire, en terme de jeu d’échecs, une combinaison visant à sacrifier un pion pour se mettre finalement en situation plus avantageuse par rapport à l’adversaire. Bien entendu, le pion est le CPUSA tout entier, et le joueur en position avantageuse, le Parti communiste international siégeant à Moscou.

En 1951, le sénateur Mac Carthy va entrer en scène et achever la section hollywoodienne du CPUSA, avant que le parti en entier ne se suicide collectivement au service et à la gloire du Kremlin. Mac Carthy n’aura finalement eu qu’une importance mineure dans la lutte anticommuniste aux Etats Unis. Sa célébrité en tant que symbole d’une soi-disant chasse aux sorcières n’est finalement due qu’à sa médiatisation par les Américains, et à la stratégie des communistes internationaux qui profitèrent du côté excessif et parfois caricatural du personnage, pour le mettre en scène comme l’incarnation d’une nouvelle « menace fasciste ». Ceci leur permit de créer de toutes pièces une « chasse aux sorcières », médiatisée et relayée par tous les partis communistes, et particulièrement en France.

Il est bon de noter pour conclure, que si le monde entier s’est ému et s’émeut encore de la « sombre période du maccarthysme », les victimes de cette répression furent très peu nombreuses, et après une période d’oubli et d’inactivité fictive (ils travaillèrent au noir durant leur proscription), les scénaristes purent réintégrer les studios et retravailler : le symbole de ce retour en grâce étant l’œuvre au service de la lutte des classes qu’est le Spartacus de Dalton Trumbo, avec Kirk Douglas dans le rôle principal.

Les victimes du communisme n’ont pas eu cette chance. http://aventuresdelhistoire.blogspot.com/

Pour en savoir plus :

Pour en finir avec le maccarthisme Jean-Paul Török L’Harmattan, 582 p., 250 F, ISBN 2-7384-8349-6. Disponible chez l’éditeur, 7 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris (ajouter 30 F de frais de port).

Joseph McCarthy : Reexamining the Life and Legacy of America’s Most Hated Senator Arthur Herman 404 p., Free Press, The McCarthy Era in Perspective, Richard M. Fried, Oxford Univ. Press

McCarthyism in America Ellen Schrecker Princeton University Press, 608 p.

samedi 15 août 2009

GUY MÔOUET Des Glières à Châteaubriant, une volonté communiste de faire couler le sang français

Le candidat avait lancé sa campagne au Mont Saint-Michel. Le président a pris ses fonctions avec un pèlerinage (annuel dans l'avenir ?) au plateau des Glières, en hommage aux 250 morts et disparus de ce réduit alpin et au général Vallette d'Osia qui, avant de mourir à 103 ans, accompagna Jean-Marie Le Pen en ce lieu.

Le lieutenant "Tom" Morel forma aux Glières, en pleine occupation, le 27e bataillon de chasseurs alpins. Avec des réfractaires jocistes, recrutés dans la maison même du cardinal Gerlier, dont nos diviseurs dénonçaient le pétainisme. Cet appel aux armes fut-il prématuré ? A cinq mois du débarquement, la France ne pouvait se laisser passer au cou le carcan d'un "Gouvernement militaire allié". La France sous tutelle, le vieux continent serait resté sans voix. Le rang perdu sur le champ de bataille, du fait de saboteurs et de traîtres, ne pouvait être retrouvé que sur le champ de bataille. Il fallait préparer la seconde campagne de France.
La montée des volontaires aux Glières n'était donc pas prématurée, mais à coup sûr mal placée. Terrain de parachutage commode, ce plateau ne pouvait être tenu pour la « forteresse imprenable » dont parlait l'envoyé du BCRA Jean Rosenthal (qui lui préféra un autre abri). Ancien chef de corps du 27e BCA et deux fois évadé, le commandant Vallette d'Osia s'insurgea contre cette idée folle à Londres même. Mais depuis la rupture de l'alliance Hitler-Staline, saboteurs et traîtres revenaient en force. Le bataillon fut victime de leur volonté de jeter les Français les uns contre les autres. Les communistes savaient utiliser l'occupant pour détruire les cadres "bourgeois" du pays. Ils le laisseront ainsi liquider, dans Varsovie insurgée, ceux des officiers polonais qu'ils n'avaient pu assassiner à Katyn. La consigne de Dimitrov au PC était d' « allumer la guerre civile en France ». La Haute-Savoie le permettait. Les chasseurs alpins de l'Armée secrète y faisaient face à des camarades que les exactions des FTP poussaient dans la milice. Charles Tillon rencontra Jean Blumenthal. Les dirigeants FTP dénonçaient le saint-cyrien qu'était le lieutenant Morel comme issu de bourgeois lyonnais, élève des jésuites et « suppôt de l'évêché ». Sur le terrain, le chef FTP Marcel Lamouille abattait un de ses hommes, coupable de s'être confessé : une trahison à ses yeux ! Et pour cause : ses hommes "chauffaient" les pieds des fermiers pour les dépouiller. Et ils avaient massacré neuf inspecteurs de police attirés par ce banditisme. Ce forfait amena la milice et les GMR en force autour du plateau, désormais assiégé. Devant cet afflux, les FTP de Lamouille s'y étaient eux-mêmes réfugiés : « Vous n'êtes plus des FTP ; vous êtes des chasseurs ! » leur avait dit, bon prince, le lieutenant Morel. Ce geste changea l'optique des GMR dont un officier tuera le lieutenant. Les FTP de Lamouille avaient rempli leur mission en attirant sur les Glières la foudre. A l'occupant de jouer ! Devant le bluff de l'envoyé du BCRA, qui provoqua sur le plateau le parachutage d'armes pour 4500 hommes et annonça sans nulle vraisemblance celui d'un millier de parachutistes alliés, une division de montagne allemande prendra le relais du "maintien de l'ordre" de Vichy pour anéantir le bataillon en formation. Le capitaine Anjot ne pourra que se faire tuer avec 170 de ses chasseurs alpins.

Provocation, répression, révolution
Nous retrouvons la consigne de Dimitrov et la volonté de faire couler le sang français dans le drame de Guy Môquet, jeune fusillé d'octobre 1941 dont le président Sarkozy entend faire lire la dernière lettre à chaque rentrée scolaire. Guy Môquet était d'âge militaire : 17 ans. Est-ce un modèle de patriote ? Pas plus que son député communiste de père, il n'avait été détourné du service du parti par deux ans de trahison et d'alliance avec l'occupant (qui suivaient vingt ans de sabotage de notre défense). Désarmer la France pendant que l'URSS réarmait l'Allemagne avait été la politique du PC depuis 1920. Faire tuer des Français était sa politique depuis la rupture, toute récente, par Hitler de son alliance avec Staline en juin 1941. Guy Môquet en fut l'une des premières victimes. Le Parti sacrifiait ses enfants au Moloch.
Le triptyque enseigné aux militants était alors : « provocation, répression, révolution » (tuer un occupant provoque des représailles qui poussent à la révolte). Mi-octobre 1941, l'OS (Organisation spéciale) du PC ordonna des attentats à Bordeaux, Nantes et Rouen. Le 20 octobre à Nantes, le tandem Brustlein-Spartaco suivit ainsi deux officiers allemands. L'arme de Spartaco s'enraya. Brustlein tua le lieutenant-colonel Hotz ... Un gros coup ! Alors qu'à Paris, Guy Georges n'avait abattu, au métro Barbès, qu'un enseigne de vaisseau, Brustlein avait tué sans le savoir à Nantes le Feldkommandant de la place. D'où une violente réaction de l'occupant : 48 exécutions de détenus de la prison de Nantes et du camp de Châteaubriant, dont Guy Môquet. 50 autres paieront au camp de Souges un second attentat.
Arrêté pour diffusion de tracts, le jeune militant était ainsi voué à la mort par son parti, assassiné indirectement, mais délibérément par les dirigeants d'un PC en mal de martyrs. Le « parti des 100 000 fusillés » (c'était un vœu et restera un rêve) se nourrissait de sang comme le soleil des Aztèques. En l'honorant, sans doute le président Sarkozy ne songe-t-il qu'à créer des conditions favorables aux réformes les plus urgentes. Il octroie au PC un quitus moral pour qu'il renonce au pactole de la CCAS et à une grève à la SNCF. Mais la lecture annuelle de la lettre de Guy Môquet leur fournit une nouvelle occasion de manipuler les enseignants. Il faut en finir avec le mensonge qui fait de traîtres des modèles et de leurs victimes des héros.

Les communistes, fourriers de l'occupant
Les communistes n'étaient pas des résistants, mais les fourriers d'un nouveau totalitarisme. A terme les fourriers d'un nouvel occupant. Sachons lire notre histoire ! Qu'était le PC en 1941 ? Tenu de renier la France en toute occasion depuis le congrès de Tours, il n'avait toujours pas le droit de se dire français. Alors qu'en 1935, le Komintern avait créé un Parti communiste algérien (PCA), le parti de Thorez restait le PC-SFIC (section française de l'Internationale communiste). L'Humanité d'Alsace et de Lorraine avait fait des années campagne pour le rattachement au Reich. Et ses lecteurs fournissaient à l'annexion des fonctionnaires dociles pour prendre la place des préfets, sous-préfets et maires élus, avec la carte du NSDAP, concurremment avec les autonomistes. Les représailles appelées par l'attentat de Nantes n'étaient pas propres aux "nazis". Le général von Stülpnagel, qui y recourut, ne l'était pas. Associé au complot contre Hitler, il fera arrêter, le 20 juillet 1944, les 1200 SS de Paris. Une communiste vint à leur secours. En tuant un officier de la Wehrmacht, elle les aida à rétablir l'ordre hitlérien à Paris. Hitler survivant, Stülpnagel sera exécuté.
Les communistes ont provoqué les Allemands à tuer des militaires français avant d'appeler les Français à provoquer des représailles en assassinant des militaires allemands. Aux applaudissements de Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, ils ont appelé, par la voix de Karl Radek, les nationaux et les socialistes allemands à s'unir contre l'occupant français de la Rhénanie en 1923. De cet appel naîtront le parti de Hitler et la Seconde Guerre mondiale. Membre du Politburo soviétique, Karl Radek était l'agent de Lénine dans la république de Weimar, qu'il avait mission de remplacer par un Reich revanchard. Il voyait le Parti national socialiste ouvrier allemand, né de son appel, comme une version politique du "Soviet des ouvriers et des soldats". Lénine misait sur la guerre. Son credo tenait en ces mots : « la première guerre nous a donné la Russie. La seconde nous donnera l'Europe ». Les bolcheviks ne pouvant songer à faire appel aux mencheviks de la social-démocratie, c'est le pendant allemand du Parti ouvrier français de Jules Guesde (et de Marcel Cachin), le Parti ouvrier allemand, qui fut choisi pour réunir nationaux et socialistes dans la haine de ''l'impérialisme" français. Staline poussa les Jeunesses communistes à un entrisme massif dans les rangs de la milice "nazie", les Sections d'assaut. La "nuit des longs couteaux" préviendra l'état-major des SA de basculer dans l'orbite soviétique et la guerre d'Espagne opposera les deux drapeaux rouges. Mais le partage de la Pologne relancera leur alliance et déclenchera la guerre prédite par Lénine.
Alors que Guy Môquet distribuait les tracts de la Section française de l'Internationale communiste, les camarades assez patriotes pour avoir désapprouvé le pacte Hitler-Staline d'août 1939 étaient supprimés discrètement par l'OS et sa MOI (Main d'œuvre immigrée). Et ceux qui échappaient à cette "purge" stalinienne demeuraient hors la loi pour le Parti. Deux ans plus tard, lors de l'évasion de l'automne 1943 à la prison du Puy où nombre de députés et permanents du PC étaient incarcérés, les cellules des communistes qui n'ont pas approuvé le pacte avec Hitler ne seront pas ouvertes par les FTPF. Ces traîtres au Komintern sont abandonnés à l'occupant : gibier de peloton !
Aux abois, Staline renversera un moment la vapeur. Il devra faire appel au patriotisme des Russes, tant épurés, pour sauver son pouvoir. Le PC recevra alors, en 1942, la permission de s'appeler français. Il créera son Front national et, d'ouvrières, ses milices deviendront patriotiques. Il n'en cherchera pas moins à torpiller notre reconstruction en nous privant de plan Marshall. Il reprendra son sabotage de nos armements et transports militaires ... Il entrave toujours le développement de nos ports, fait de la presse de parti son monopole et se fait le champion d'une autre invasion, démographique celle-là, qui aliène le territoire, endette nos enfants au-delà du raisonnable et sacrifie leur avenir. Il est temps de remettre le PC à sa place dans notre histoire. Condamner les repentances dégradantes est fort bien. Mais cela suppose le rejet du tissu de mensonges qui les nourrit.
Bernard Cabanes monde & vie 9 juin 2007

jeudi 23 octobre 2008

LA SCHIZOPHRÉNIE SOCIALISTE

♢ Depuis la création de la SFIO en 1905, les socialistes ont toujours été écartelés entre le refus du système capitaliste, rituellement dénoncé comme porteur de tous les maux, et la nécessité de s'adapter aux tristes réalités du pouvoir.
L'expérience du Front populaire avait permis de préserver la mythologie révolutionnaire, mais aujourd'hui, onze ans après l'élection de François Mitterrand, les socialistes ne savent vraiment plus où ils sont. ♢
Les socialistes sont malheureux. On peut les comprendre, après leur cuisant échec électoral. Mais, si l'on en croit un livre tout récent (1), leur vague à l'âme a des causes beaucoup plus profondes, qui plongent dans l'histoire même du parti socialiste, et ceci depuis 1905.
Au départ de cette étude, un constat : « Le Parti socialiste ne va pas bien », en raison d'une « crise morale », d'une « interrogation angoissée des socialistes sur l'identité actuelle de leur parti et sur le sens de leur action» ; car « en proie à l'incertitude, le Parti socialiste paraît démobilisé, voire frileux, recroquevillé sur lui-même » et en son sein règne « un malaise diffus ». Ce diagnostic peut paraître paradoxal, onze ans après le triomphalisme qui régnait lors de l'entrée à l'Elysée de François Mitterrand. Et, pourtant, en se penchant sur la longue histoire de leur parti, on comprend mieux pourquoi les socialistes ne savent plus très bien, aujourd'hui, où ils habitent.
Leur rapport au pouvoir a toujours eu, en effet, quelque chose de maladif : fidèles à une mythologie révolutionnaire quasi obsessionnelle, les socialistes n'ont jamais fait la révolution. Qui pis est, alors même qu'il leur fallait, sous Mitterrand, s'adapter aux tristes réalités du pouvoir, ils ont réaffirmé - plus pour convaincre les autres - qu'ils restaient purs de toute compromission avec un système capitaliste rituellement dénoncé comme porteur de tous les maux. Bref, écartelés entre les impératifs du réel et une utopie congénitale, les socialistes sont schizophrènes. Cette schizophrénie étant d'autant plus tenace qu'elle est ancienne. Simplement elle se manifeste aujourd'hui de façon spectaculaire parce que la fidélité, proclamée, aux origines, est en discordance aiguë avec le vécu de onze ans de pouvoir. Un pouvoir qui porte en lui, par essence, le mal, le pêché - puisque, consciemment ou non, le socialisme perpétue, à sa manière, le vieux dualisme chrétien.
JAURÈS ET L'AMBIGUÏTÉ FONDATRICE
Au commencement était Jaurès. C'est lui, en effet, qui a appris aux socialistes français à affronter et à surmonter la contradiction fondamentale qui nourrissait les débats à l'intérieur du mouvement socialiste : comment participer aux institutions démocratiques, en jouant le jeu du suffrage universel, tout en sauvegardant le principe d'une action, d'une nécessité révolutionnaires ? Comment être, pour un député socialiste, à la fois le représentant d'un parti de classe, purement ouvrier, faisant de la lutte des classes le moteur de toute action politique, et le porte-parole d'un électorat forcément plus hétérogène, l'idéal socialiste touchant les électeurs bien au-delà des frontières du prolétariat ? Se faire élire au Parlement, est-ce simplement rechercher une tribune pour prêcher la lutte des classes, la guerre socialiste, ou est-ce se préparer à assumer, un jour, le pouvoir - dans une société restant pluraliste, «bourgeoise» (pour utiliser le vocabulaire de rigueur dans les milieux socialistes) ?
Cette question, qui se posait dès les dernières décennies du XIXe siècle aux socialistes de tous pays, prenait une intensité particulière, dans une France marquée par la ligne de clivage séparant partisans et adversaires de la République. Autrement dit, dès les années 1880, la référence républicaine était perçue différemment selon les tendances existant chez les socialistes français : pour les uns, «possibilitistes» (2) ou « socialistes indépendants », la défense du régime républicain était prioritaire et justifiait toutes les alliances nécessaires avec des républicains non socialistes (comme les députés radicaux), y compris pour assumer les responsabilités gouvernementales ; pour les autres, socialistes guesdistes (3) et allemanistes (4), la République n'était pas, en soi, une solution satisfaisante et seule comptait la transformation du régime de propriété, que le prolétariat devrait imposer à la bourgeoisie par la Révolution.
Jaurès réussit à surmonter cet antagonisme. La création de la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), en 1905, permit de créer un cadre organisationnel où pouvaient cohabiter les diverses tendances. Mais au prix de nombreuses ambiguïtés. Ainsi, Jaurès prétendait concilier république et socialisme, nation et internationalisme. En jouant d'un véritable équilibrisme intellectuel: par exemple, selon lui, le mot de Marx « les prolétaires n'ont pas de patrie » ne devait pas être pris au pied de la lettre, puisque ce n'était qu'une « boutade passionnée, une réplique toute paradoxale et d'ailleurs malencontreuse »...
En fait, Jaurès put mener à bien l'unification des socialistes en leur faisant admettre qu'étaient conciliables l'accord de tous sur les fins - la fondation d'une société socialiste - et des divergences portant sur la tactique nécessaire pour atteindre ces fins. Intransigeance doctrinale et empirisme dans l'action, donc avec un garde-fou : l'optique militante devra toujours l'emporter sur les préoccupations électoralistes et parlementaires. C'est sur la base de cette cohabitation entre un pôle militant et un pôle parlementaire avec prime, théoriquement, au premier - que devait fonctionner la SFIO. Une cohabitation risquant, à tout moment, de devenir antagonisme... Car Jaurès, en prétendant unir utopie (la doctrine) et réalisme (la pratique politique), ne pouvait faire ainsi le grand écart qu'en polarisant l'attention des socialistes sur la conquête du pouvoir, et non sur l'exercice de ce pouvoir. « L'unité de 1905, écrivent Bergounioux et Grunberg, n'avait été fondamentalement rendue possible que par le refus de l'exercice du pouvoir ». Et le maintien de cette si fragile unité exigeait que fût perpétué un tel refus. Or les bouleversements de l'Histoire allaient condamner les socialistes à devoir choisir entre une pureté doctrinale confortable, car coupée des réalités, et les risques d'une participation à un pouvoir «corrupteur».
DE BLUM A MlTTERAND
1914, en révélant la force du patriotisme chez les ouvriers comme chez tous les Français, a montré le caractère factice de l'internationalisme. Et 1917 a provoqué, chez les socialistes français, une crise d'identité dont devait sortir la rupture du congrès de Tours, la majorité des socialistes choisissant l'alignement sur la mythologie bolchevique et donc, la création d'un parti communiste en France, tandis que les minoritaires allaient s'efforcer, avec Blum, de faire survivre cette «vieille maison» qu'était la SFIO ébranlée sur ses bases. Non sans complexe, d'ailleurs, puisque Blum concédait à ses adversaires la nécessité d'une dictature exercée par un parti unique de la classe ouvrière ; ni sans illusion, puisque Blum terminait sa péroraison de Tours en adjurant ainsi les ralliés à Moscou : « Les uns et les autres, même séparés, restons des frères qu'aura séparés une querelle cruelle mais une querelle de famille et qu'un foyer commun pourra encore réunir ».
Nostalgie de l'unité perdue - et qu'il faudra bien, un jour, retrouver... Nécessité, pour la SFIO, de ne pas laisser au nouveau parti communiste le monopole de la référence révolutionnaire, d'une pureté ouvriériste permettant de prétendre incarner la gauche...
Ce double phénomène explique que les socialistes aient pratiqué, longtemps, l'évitement du pouvoir. D'autant que, comme le parti de Jaurès, la SFIO de Blum fut, en fait, une coalition de courants, dont l'existence fut rythmée par le conflit des tendances. Avec des phrases de rupture : départ de néosocialistes, conduits par Marcel Déat, en 1933, exclusion de la Gauche prolétarienne en 1938.
Mais il fallut bien, un jour, qu'ait lieu l'épreuve de vérité qu'était l'accession des socialistes au pouvoir. Bien que retardée le plus possible par Blum, cette épreuve fut rendue inévitable par la victoire, en mai 1936, du Front populaire. Les communistes soutenant Blum comme la corde soutient le pendu, la première expérience du pouvoir fut pour la SFIO une épreuve douloureuse, traumatisante. Dès janvier 1937, l'annonce de la «pause» dans la politique gouvernementale, d'ailleurs plus réformiste que révolutionnaire, était un aveu d'échec. Le malaise chez les militants était profond : au congrès de juillet 1937, Pierre Brossolette exprime un sentiment très majoritaire dans les rangs socialistes : « Le parti a donné l'impression d'être comme les autres, de tomber comme les autres et de pratiquer comme les autres le petit jeu parlementaire »,
Révolution sociale ou Révolution nationale ? C'est le choix auquel furent condamnés les socialistes devant les malheurs de la patrie, en 1940. Beaucoup purent être, plutôt que des partisans, des patriotes : si 36 parlementaires de la SFIO refusèrent, le 11 juillet 1940, de voter les pouvoirs constituants au maréchal Pétain, 90 acceptèrent (deux socialistes étaient dans le gouvernement formé par le maréchal le 17 juin). Et nombre de socialistes s'engagèrent résolument en 1940-1944, derrière Pétain, voire dans la collaboration. D'où la sévère auto-épuration que s'imposa la SFIO en 1945.
Une SFIO qui devint vite le pilier central de la IVe République, entre le MRP et le PC. Auriol, premier président de la IVe; Ramadier, premier président du Conseil ; puis Mollet, reprenant à son compte le vieil équilibrisme de Jaurès et de Blum en assurant que la SFIO était, tout à la fois, un « parti de réformes » et « un parti de révolution sociale »... Art de jouer sur les mots. Art poussé à sa perfection par François Mitterrand, qui sut à Epinay, en 1971, prendre le contrôle du nouveau Parti socialiste, après enterrement d'une SFIO discréditée, aux yeux des purs, par son jeu pour le moins fluctuant au sein de la Ve République. A Epinay, Mitterrand tint le langage de la rupture avec la société capitaliste, de l'union avec le PC, du refus de toute alliance à droite. Les rites fondateurs étaient respectés ... Alors même que le seul souci de Mitterrand était d'accéder au pouvoir, en utilisant les rouages institutionnels de la Ve République.
Il apparut en effet, au fil des ans, que cet homme, plus fin joueur, sans doute, que tous ceux qui l'avaient précédé à la tête des socialistes, avait en fait du parti une conception qui apparentait fortement celui-ci à un kleenex ... D'où cette « destruction de l'identité socialiste » que Bergounioux et Grunberg analysent longuement. En concluant que « l'identité socialiste traditionnelle s'est brisée d'elle-même contre les réalités du pouvoir ». Une conclusion en fin de compte rassurante : l'utopie ne peut survivre lorsqu'elle est confrontée au réel.
✍ Pierre Vial le Choc du Mois • Avril 1992
(1) Alain Bergounioux, Gérard Grunberg, Le long remords du pouvoir, Fayard (collection « L'espace du politique »), 554 p
(2) Fraction modérée, formée au congrès de Saint-Etienne (1882) sous la direction de Paul Brousse.
(3) Jules Guesde (1845-1992) se veut le représentant, en France, d'un marxisme pur et dur.
(4) Jean Allemane (1843-1935), ancien communard, entend attribuer aux ouvriers manuels une prépondérance exclusive dans l'organisation socialiste et préconise la grève générale.

mercredi 11 juin 2008

ALGÉRIE, GUERRE SANGLANTE

Terreur à Alger Bien vite pourtant, la population musulmane est lasse de la guerre et, dès 1956, les services de renseignements français savent que l'état-major du FLN a d'énormes difficultés. Les villageois algériens signalent de plus en plus souvent les «bandes armées» aux autorités françaises, ils refusent de donner du ravitaillement aux rebelles, ne suivent pas leurs consignes; et ceux-ci ne se maintiennent que par la terreur. Nez, lèvres coupés par représailles ne se comptent plus.
Le 16 octobre 1956, le bateau Athos, avec soixante-dix tonnes d'armes et de munitions dans les cales, est arraisonné par la marine française. Il vient d'Alexandrie; les armes destinées aux rebelles ont été payées par Nasser. Peu de temps après des «chalutiers soviétiques» croisent au large de l'Algérie... Ils croiseront, ceux-là ou d'autres, durant toute la guerre.
Le mois d'octobre est bénéfique pour ceux qui combattent le FLN, comme ils en ont reçu mission du gouvernement légal de la France. Le 22 en effet, les services de renseignements apprennent que les chefs de l'insurrection, dont Ben Bella, vont survoler le territoire algérien ou passer au large, en route vers Tunis, venant du Maroc.
C'est le colonel Ducourneau, ancien de la France libre et directeur de cabinet du ministre résident Robert Lacoste qui a, le premier, l'idée de détourner l'avion et de capturer les dirigeants rebelles.
Robert Lacoste, prévenu, trouve que «c'est une affaire du tonnerre de Dieu!». Quand ce coup d'audace est réussi et que Ben Bella est arrêté par les gendarmes sur l'aéroport même d'Alger il a, lui, le réflexe normal d'un homme en guerre; il déclare: «C'est du bon travail, je ne croyais plus les Français capables de cela!».
Le rôle du PC
Mais Paris ne comprend rien et ne comprendra d'ailleurs jamais rien à cette guerre civile... Le président Coty (au rôle pourtant bien terne, vu les attributions d'un président de la République à l'époque) demande des sanctions pour les «coupables» et la libération immédiate de Ben Bella et de ses acolytes ...
Mais le parti communiste de France, cette fois-ci se lance à fond dans la dénonciation de cette nouvelle «sale guerre», oubliant de préciser qu'elle n'est «sale» que par les méthodes de terreur employées par le FLN à qui il apporte maintenant son soutien total. Poussé par cette propagande, on verra l'aspirant Maillot déserter, alors qu'il était chargé de transporter un lot d'armes, environ deux cent cinquante. Le but de cette désertion et de ce vol était la constitution d'un maquis communiste. Ce maquis formé sera d'ailleurs livré par le FLN lui-même à l'armée française et ce sont les harkis du Bachaga Boualem qui l'anéantiront et tueront Maillot.
A la tribune de la Chambre des députés, Arthur Ramette déclarait un peu plus tard: «Nous, communistes, estimons que Maillot a fait son devoir de patriote.»
Présentes en Algérie, lors de ces évènements, des personnalités gaullistes en «mission»- dont M. Sanguinetti - iront sur place, dans le bled, saluer, «au nom de la vraie France», les soldats du Bachaga... Pendant que le colonel Bourgoin, ancien, lui aussi, de la France libre, prononcera à Alger, au nom de tous les anciens combattants français, le serment de garder l'Algérie dans la France et de s'opposer par tous les moyens à toutes mesures qui menaceraient l'unité nationale.
Une anecdote maintenant, qui éclairera d'un jour singulier les menées de Charles De Gaulle et de ses «missi dominici» pour revenir au pouvoir.
Au temps où la rébellion peut faire penser qu'un réel danger menace nos départements d'Afrique du Nord, le Front national des combattants pour l'Algérie française se dépense, à Paris, sans compter. Mais, comme dans toute entreprise de ce genre, forte de sa seule foi, l'argent manque, même le minimum vital. Jean-Marie Le Pen, un des dirigeants du Front, évoquant la situation inquiétante de son mouvement, devant Roger Delpey, celui-ci lui dit : «Du temps du RPF [Rassemblement du peuple français, fondé pour préparer déjà le retour au pouvoir de Charles De Gaulle], il y avait un monsieur Y qui donnait de grosses sommes d'argent. Il faudrait peut-être aller le voir.» Jean-Marie Le Pen rencontre donc monsieur Y et lui explique toutes les raisons de son combat pour garder l'Algérie et le Sahara à la France. Que répond monsieur Y dans son jargon: «Je donne argent beaucoup argent... mais vous faire propagande pour retour général De Gaulle...»
Espions du KGB
Rappelons qu'à cette époque personne, hors les gaullistes... optimistes, qui travaillaient dans l'ombre, ne pensait à un retour possible de l'homme de Colombey.
Quelques années plus tard, la CIA et les services secrets occidentaux, ayant en main la liste des agents du KGB en Europe, y trouvaient le nom de ce bon monsieur Y, l'une des plus importantes «antennes») des services d'espionnage et d'intoxication soviétiques et qui avait bien œuvré pour le retour du «général».
En attendant, à Alger les premières bombes, terriblement meurtrières, éclatent. Ces attentats sont l'œuvre de communistes européens travaillant pour le FLN qui n'a pas encore la technique. Le communiste français Yveton, surpris en train de poser une bombe, est arrêté... Il sera guillotiné.
Sans ces hommes, jamais l'Algérie n'aurait connu une telle terreur. Partout, dans Alger surtout, la mort aveugle frappe! Placées là où elles ont le plus de chance de tuer le maximum de civils innocents, des charges éventrent, décapitent, mutilent des femmes et des enfants. Spectacles horribles dont nul, en Métropole, ne semble se soucier.
Sur ordre du gouvernement Guy Mollet, les parachutistes de la 10e Division aéroportée doivent tout mettre en œuvre pour faire cesser la terreur dans Alger.
Tout a été dit sur cette «bataille d'Alger» où des hommes qui n'étaient pas dans l'armée pour cela ont dû faire un travail de police. Et consentir sur l'ordre du gouvernement à accomplir des tâches sans grandeur. Servitude militaire...
Ce que l'on a moins dit et écrit, en revanche, c'est qu'il n'était pas du tout certain que les paras réussiraient. Leur succès fut, pour beaucoup, une amère surprise. Il aurait été tellement plus facile de dire: «Vous voyez, même les« paras», même les unités d'élite n'ont pas réussi ... alors !»
Des tueurs soutenus
Mais l'armée a mené à bien la mission qu'elle avait reçue d'un gouvernement... socialiste. Elle a aussi prouvé que des notables européens et musulmans étaient en contact direct avec les assassins et les tueurs, leur apportant aide et soutien, et que des protections officielles, et non occultes comme on l'a dit, permettaient à ces hommes de trahir en toute impunité.
Dès lors, tous les coups bas qu'échangeront, à Paris, le gouvernement et l'Assemblée nationale laisseront l'armée seule et insultée, face à une guerre qu'elle ne veut pas perdre en abandonnant les populations fidèles, comme elle l'a fait en Indochine. Cette guerre la France peut la gagner ! Sur le terrain, les combats sont rudes, mais le courage ne manque pas ; seule la volonté politique, une fois de plus, fait défaut.
Déjà d'ailleurs, les batailles aux frontières tunisienne et marocaine sont sévères pour le FLN. Les barrages mis en place, et dont il est de bon ton de rire à Paris et dans une certaine presse, sont d'une efficacité redoutable ... Le nombre d'hommes politiques et de journalistes qui auront écrit que ces barrages «ne servaient à rien» est étonnamment suspect...
Car la vérité est que plus jamais des unités rebelles ne passeront les frontières sans être détectées, poursuivies et presque toujours complètement anéanties. Ce qui va à l'encontre des idées reçues à Paris.
La plus belle preuve en sera donnée par le fait que les unités extérieures de la rébellion (commandées par le seul chef FLN à ne s'être jamais battu, Boumedienne) seront obligées de rester hors de l'Algérie durant toute la guerre !
A l'intérieur de l'Algérie, les rebelles perdent le plus gros de leurs effectifs. En juillet 1957 une Katiba complète dépose les armes tandis que, par dizaines de milliers, des Français musulmans demandent à servir dans notre armée.
La situation est assez grave pour que l'Union soviétique accélère les choses et prenne la relève des soutiens extérieurs. Syrie, Egypte; étant jugés un peu trop «bricoleurs» l'Union soviétique demande aux «pays frères» du bloc socialiste d'assurer la relève. L'ampleur de l'aide extérieure sera prouvée lors de l'arraisonnement du navire yougoslave Slovenja, avec 148 tonnes d'armes et de munitions à bord !
Sans appuis extérieurs, dès cette époque, la guerre pouvait être gagnée. La plus grande division régnait parmi les chefs politiques de la rébellion et une haine parfois mortelle séparait certains «politiques» de certains «militaires». La confiance était plus que limitée entre la plupart des «chefs historiques» et ceux qui se battaient réellement.
D'un autre côté, l'argent n'entrait plus, des sommes énormes disparaissaient en chemin. Pourtant, les donateurs étrangers étaient généreux, le racket des travailleurs algériens en France était fructueux et les sommes «récoltées» par les prostituées françaises sous la coupe de «maquereaux» FLN assuraient de fructueuses fins de mois aux collecteurs de fonds. Ce qui pour moi est la honte suprême.
Roger Holeindre : National Hebdo du 20 au 26 janvier 2000

samedi 31 mai 2008

Des crimes du PC ne faisons pas table rase

Le livre noir du communisme (II)
« Du passé faisons table rase » : ce début de couplet de l'Internationale a toujours été appliqué par les communistes de tous poils, surtout à propos de leurs échecs et de leurs crimes, innombrables. En son temps, Le Livre Noir du Communisme, publié sous la direction de Stéphane Courtois, malgré son épaisseur, et en dépit de son caractère très méritoire, n'avait pas tout dit. Ce que proclame, avec honnêteté, la bande qui entoure le dernier-né fin 2002, réalisé sous la direction du même, Du passé faisons table rase, qui part à la recherche d'atrocités du communisme en Europe. A l'heure où Chirac, prisonnier de sa jeunesse marxiste, rend hommage sur hommage au PC "français", il est utile et nécessaire de se rafraîchir la mémoire au sujet d'une « utopie meurtrière » dont les crimes européens sont tout aussi monstrueux que les tueries asiatiques, africaines ou sud-américaines.

Seize historiens de plusieurs pays, dont un Français, Philippe Baillet, ont déterré les dossiers que les communistes et leurs ailiés souhaitaient oubliés à jamais, Le tabou qui interdisait de stigmatiser les horreurs marxistes a certes été ébranlé par la chute des bastions les plus importants du système, et d'abord à Moscou, mais son influence perverse et dangereuse subsiste, Quand on voit, comme le cite S Courtois une Arlette Laguillier, la trotskiste si sentimentale, aux pleurs si spontanés, dire à propos du Livre Noir, que ses auteurs étaient de « prétendus historiens », des « falsificateurs à l'œuvre », il ne suffit pas de hausser les épaules, car Chirac agit officiellement en accord avec Lutte Ouvrière, Et toute une campagne systématique, l'organe officieux Le Monde en tête, se sert de Hitler pour tenter d'effacer le caractère criminel du communisme, Le directeur du Monde en personne, Jean-Marie Colombani, se distingue avec une hypocrisie consommée, parlant d'« absence de méthode » lorsqu'on évoque les tueries communistes, et caressant l'idée d'un Livre noir du capitalisme, ce qui réserverait des surprises, car Colombani apprendrait alors, qu'il le veuille ou non, l'étroite collaboration entre les financiers mondiaux, d'une part, Lénine, Staline, Mao d'autres part. Face aux auxiliaires honteux des Tchékas, Securitate et Stasi, le devoir de vigilance et de mémoire s'impose, car l'occultation du passé préparera demain l'acceptation d'autres crimes de même inspiration.

L'ordinaire des tueurs rouges


Alexandre lakovlev, dirigeant du PC soviétique finissant, et qui fut un artisan de sa liquidation, donne dans cette œuvre collective une remarquable analyse des schémas d'assassinats, du point de vue des léninistes, copiés tous leurs successeurs, Il qualifie de manière pertinente le bolchevisme de « maladie sociale du XXe siècle », et il énumère les responsabilités qui furent d'emblée celles du communisme : le coup d'Etat, sanglant et illégal, d'« Octobre Rouge » ; le déclenchement de la plus terrible des guerres, la guerre civile (13 millions de morts en tout) ; la destruction de la paysannerie russe; l'anéantissement des Eglises chrétiennes et non chrétiennes exécution des prêtres, mise à bas des lieux de culte) ; liquidation des couches traditionnelles de la société (officiers, nobles, intellectuels, commerçants, industriels, etc,) instauration des exécutions administratives, sans jugement, généralisation de la torture, installation des camps de concentration où sont internés même des enfants, usage des gaz asphyxiants (vingt millions de morts) ; étouffement de toute liberté (interdiction de tous mouvements de pensée, de toute expression non contrôlée) ; représailles écoeurantes contre les prisonniers de guerre sovietiques rapatriés après 1945, alors que le PC était responsable de leur capture au cours du conflit; persécutions systématiques contre les scientifiques, les médecins, les écrivains, les artistes; pratique des proces racistes et de campagnes criminelles contre les « dissidents »; ruine économique et morale d'un pays immense; enfin, « instauration d'une dictature contre l'être humain, son honneur, sa dignité et sa liberté », Tout ceci fut rigoureusement imitée par les marxistes du monde entier.

Estonie, pays martyr


Quand on regarde un petit pays de un million d'habitants au début du siècle passé, l'Estonie, - le communisme dès décembre 1918 se déchaîne avec toutes ces caractéristiques léninistes. Voici des « échantillons » concernant la religion: un pasteur a les yeux crevés et périt sous la torture. En janvier 1919, dans la cave d'une Caisse d'Epargne, les rouges tuent dix-neuf personnes, dont un aumônier luthérien, un évêque orthodoxe, un archiprêtre, qui s'était opposé, une décennie plus tôt, à ce qu'on mette hors d'état de nuire des révolutionnaires. Les Soviétiques furent vaincus militairement et durent pour le moment arrêter leurs crimes, Mais ils se rattrapèrent sur les Estoniens vivant en URSS, en jetant près de 70 000 dans des camps de concentration où ils périrent par milliers. Les chefs du PC d'Estonie en exil furent abattus en 1937-1938. Début 1939, 2.360 Estoniens communistes étaient dans le goulag. Fin septembre 1939 l'Armée rouge de Staline occupe l'Estonie, qui n'oppose pas de résistance. En juin 1940, le pays est annexé à l'URSS. La terreur se déclenche, Des arrestations par milliers, des exécutions, des massacres purs et simples (78 personnes abattues dans des villas au printemps 1941). L'élite estonienne, traduite en justice, vit pleuvoir les condamnations à mort, perpétrées après minuit. Les déportations « familiales » se développèrent, plus de dix mille personnes, à quoi il faut ajouter 12 000 soldats estoniens « arrêtés ». Dans un pays de un million d'habitants. A partir de la guerre germano-soviétique, fin juin 1941, ces chiffres sont pulvérisés, et des méthodes sauvages de mise à mort remplacent les balles dans la nuque et les pelotons de fusilleurs, Les incendies de bâtiments sont la règle. A l'été 1941, 3.247 fermes sont détruites, ainsi que 19 mairies, 102 bâtiments coopératifs, 79 écoles, et beaucoup de maisons. Le tout sans la moindre utilité militaire. Le 8 juillet 1941, à la prison de Tartu, 192 détenus, parce que « bourgeois » sont massacrés, dont des écrivains, des artistes, des prêtres. Dans des îles côtières, le sadisme communiste battit tous les records: prisonniers ébouillantés, yeux arrachés, seins coupés aux femmes (95 cadavres sur une seule île). Au total, sur cette période, on n'a pu identifier que 2.199 assassinés.
Et la France ?

La suite fut de la même horreur ordinaire pendant la guerre, où Staline se servit comme de chair à canon des Estoniens sur son sol. Afin de se disculper de leurs premières vagues de crimes, les communistes tentèrent au procès de Nuremberg de charger au maximum les Allemands. Les recherches effectuées ont fait tomber les 125 000 victimes imputées au Reich à 6 600, En revanche, les communistes ajoutèrent à leur palmarès de 1918-1919 et de 1939-1941 celui de 1944-45, d'une ampleur sans précédent 75 000 arrestations dont au moins 35 % de fusillés, ou tués autrement, et des déportations eurent lieu encore en 1949. Arrêtons là cet unique exemple, sur un peuple de un million d'habitants.

De bien plus grands pays Roumanie, Hongrie, Grèce... ont subi le déferlement des barbares.
Ce qui est arrivé chez eux aussi ne doit pas être oublié. Du passé ne faisons pas table rase. Reste un souhait : qu'un jour, le tableau des crimes du communisme en France soit établi de façon exhaustive. Car sur notre sol aussi, les disciples de Lénine ont sévi, tuant dans toutes les catégories (paysans, « bourgeois » ou ouvriers), toutes les opinions (gens de droite ou d'extrême gauche, gaullistes ou maréchalistes), assassinant des réfugiés accueillis par la France, A quand ce travail ?

Alexandre MARTIN, National Hebdo du 16 au 23 janvier 2003.
Du passé faisons table rase, sous la direction de Stéphane Courtois, éditions Robert Laffont, 576 pages, 22,95 euros.