Affichage des articles dont le libellé est Suisses. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Suisses. Afficher tous les articles

mercredi 26 juillet 2023

Guillaume Tell au quotidien, par Uli Windisch

 

guillaume-tell-tv-86-01-g

12/02/2015 – 07H00 Genève (Breizh-info.com) ‑ Introduction au livre « Tell au quotidien », rédigé en 1988 par Uli Windisch, qui s’occupe désormais du site lesobservateurs.ch et que nous avions interviewé par le passé.

Guillaume Tell a-t-il existé, oui ou non? Cette sempi­ternelle question n’est pas la nôtre et ne fait pas l’objet de ce livre. Pas de énième et défi­nitif argument pour ou contre son existence. Nous laissons aux historiens le soin de continuer à se disputer sur le sujet.

Pourquoi d’ailleurs cette obsédante question puisque Tell est omniprésent ? En effet, chacun d’entre nous le rencontre en permanence et dans tous les domaines de la vie quotidienne.

samedi 18 avril 2020

La Petite Histoire : Alexandre Yersin, un Français vainqueur de la peste

Né en Suisse est naturalisé Français, Alexandre Yersin est le premier à avoir isolé le bacille de la peste, en 1884 à Hong Kong. Jouissant d’une véritable vénération au Viêt Nam, il est pourtant totalement inconnu en Europe malgré ses découvertes capitales. Formé à l’Institut Pasteur, il se lasse vite de la monotonie des laboratoires et s’engage comme médecin militaire en Indochine. Il en profite pour explorer les hauts-plateaux de la région, mais aussi, bien-sûr, pour mener ses recherches sur le bacille de la peste. Avec des moyens dérisoires, il parvient à l’isoler en 1884, avant de se consacrer pleinement au développement du pays, au service des populations locales. Retour sur le parcours agité d’un médecin-aventurier.

dimanche 13 mai 2018

La prise des Tuileries ou le massacre des Gardes suisses

6a00d83451619c69e20224df3242f4200b-250wi.jpgFranck Abed analyse l'ouvrage d'Alain-Jacques Czouz-Tornare, La prise des Tuileries et le sacrifice de la Garde suisse. Extraits :
"Ce livre nous présente, sous un jour nouveau, les Gardes suisses et leur sacrifice héroïque du 10 août 1792. [...] L’auteur explique dès les premières lignes que : « la journée du 10 août 1792, l’une des plus spectaculaires séquences dramatiques de l’histoire des relations franco-suisses, se nomme sobrement « prise des Tuileries » en France et plus crûment « massacre des Gardes suisses » au pays de Guillaume Tell ». [...] Czouz-Tornare développe une idée pertinente montrant tout le paradoxe de cette journée d’été : « en focalisant sa haine contre ses étrangers à la Nation, le peuple fit d’eux le symbole de la fragilité du pouvoir royal réduit à s’appuyer sur ceux qui n’étaient pas ses sujets ». Pour rappel, nombreux sont les soldats des troupes régulières qui avaient déserté pour rejoindre le camp révolutionnaire. Quant à ceux qui portaient encore l’uniforme de l’armée, ils n’inspiraient au gouvernement qu’une confiance somme toute relative, d’où le recours aux régiments étrangers. Cependant, le problème relevait en grande partie du pouvoir royal et de certains de ses soutiens : « d’un côté ce qu’il reste du camp royaliste fidèle à Louis XVI, marginalisé à force de jouer la politique du pire. Du côté du roi, il n’y a ni plan d’action, ni de commandement unique et encore moins de volonté pour le premier concerné. Depuis longtemps, Louis XVI est absent de son rôle ».
Au cœur de cette France qui chavire et succombe à la tentation de la tabula rasa, les Gardes suisses représentent encore l’ordre et l’autorité. Ainsi, le 10 août, elles se voient confier « la mission impossible de défendre les Tuileries, lors d’une sorte de baroud d’honneur de la monarchie ». Le combat était perdu d’avance, en raison de la disproportion des forces en présence et du fanatisme révolutionnaire. Les ordres donnés par Danton expriment clairement le plus virulent des fanatismes : « assiéger le château, exterminer les Suisses, s’emparer du Roi et de sa famille, les conduire à Vincennes et les garder comme otages ». Le jour même à cinq heures, alors que Paris bouillonne déjà, « Mandat est convoqué à l’Hôtel de Ville. En qualité de commandant loyaliste de la Garde nationale, il est liquidé par la Commune insurrectionnelle ». La suite est malheureusement connue et n’offre aucune surprise : « sa tête est promenée au bout d’une pique » dans la pure et authentique tradition révolutionnaire. La journée commence par un meurtre. Elle se clôture dans un fleuve de sang.
Les émeutiers se dirigent ensuite vers le château pour accomplir leur forfait. N’oublions pas que « le Suisse, gardien du royaume, incarne le pouvoir monarchique. Sa personne en arme s’est substituée pour un jour au roi que la haine du peuple n’a pas encore pu abattre ». Toutefois, la vindicte populaire ne se limite pas à la seule question politique ou institutionnelle : « ainsi assiste-t-on à une réaction d’agressivité contre une figure emblématique étroitement associée à celle du père du peuple, Louis XVI, devenue odieuse au point que des actes de cannibalisme aient suivi le massacre ». Rien n’arrête la folie révolutionnaire : « tout être vivant découvert dans le château est tué sans pitié. On jette même du haut des fenêtres des jeunes tambours et des enfants de troupe ».
Napoléon Bonaparte, le futur génie militaire, assiste à l’événement « depuis l’appartement d’un nommé Fauvelet, place du Carrousel ». Il note que : « des femmes bien mises se portent aux dernières indécences sur les cadavres des Suisses ». Toute sa vie Napoléon se souviendra : « jamais, depuis, aucun de mes champs de bataille ne me donna l’idée d’autant de cadavres que m’en présentèrent les masses de Suisses ». Après cet événement, il aura toujours en horreur « la canaille » et « la populace ».
[...] Pour autant, indépendamment des considérations intellectuelles, les Suisses sont morts pour une cause plus grande qu’eux. Mais à la différence de leurs opposants, ils le savaient. Czouz-Tornare écrit une pensée admirable : « les Gardes suisses vont sauver l’honneur en mourant pour leur serment, comme les chrétiens subissent le martyre, comme les Gardes suisses pontificaux, leurs prédécesseurs, s’étaient comportés en 1527, lors du sac de Rome, pour la sauvegarde du souverain pontife ». Nous retirons deux principaux enseignements de cet ouvrage : mourir pour ses idées relève réellement de l’acte chevaleresque,  un sacrifice n’est jamais vain ou inutile. [...]"
Michel Janva

vendredi 18 octobre 2013

L’extraordinaire bataille des Helvètes contre César

Causerie prononcée par le lieutenant-colonel Mourey le samedi 30 janvier 1993 devant les membres de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône. Cette causerie est dédiée à la mémoire des 368 000 Helvètes qui se sacrifièrent au pied de la colline de Sanvignes, pour une certaine idée de la Gaule (extraits).
Mesdames et Messieurs,
... Je suis, devant vous, dans une vieille ville de la vieille Europe, dans une Bourgogne qui faisait rayonner sa pensée sur le monde, autrefois. Et je viens vous parler du passé. Je viens vous parler de ces Éduens qui furent nos ancêtres...
... Au début, je ne pensais pas écrire… seulement une courte notice historique sur le château de Taisey... Comme je m'intéressais aux comtes de Chalon et à l'énigmatique comtesse Béatrice, j'ai étudié d'assez près leur forteresse de Mont-St-Vincent. C'était leur repaire et leur refuge. Les bases cyclopéennes des murailles, le mystère qui planait sur ses noms antérieurs, tout cela m'intriguait beaucoup. En outre, je me rendais bien compte des avantages tactiques et stratégiques de la position... J'ai retraduit les Commentaires que Jules César a écrits sur la guerre des Gaules vers l'an 52 avant J.C. et j'en suis arrivé à la conclusion formelle que Bibracte, capitale de notre pays éduen, n'était pas au Mont-Beuvray, mais au Mont-St-Vincent...
...La bataille d'Alésia, telle que je l'ai reconstituée, les champs de bataille que j'ai découverts, les théories bien assises que j'ébranle, les horizons fabuleux que j'ouvre, tout cela, on ne veut pas le voir ni en parler. On ne prend en considération que ma contestation de Bibracte au Mont-Beuvray...
...Mesdames et messieurs, je vous invite à grimper avec moi par la pensée, jusque sur le sommet de la colline de Sanvignes. Dans la plaine de Montceau, dans ce couloir de la Dheune au relief peu accentué, la colline de Sanvignes se dresse un peu comme un cône, magnifique poste d'observation. 
Du haut de cette hauteur, portons notre regard en direction de la Suisse. 368 000 Helvètes avaient quitté leur patrie pour émigrer. Avec leurs très nombreux chariots, ils se dirigeaient vers le pays des Eduens.
Ils s'arrêtèrent au pied d'un mont. Stoffel et Jullian ont pensé à la colline de Sanvignes. Et comme par hasard, ils sont tombés juste. 
C'est ici, à Sanvignes, qu'il faut bien comprendre le déplacement de la migration. Il est absurde de croire que les Helvètes aient coupé au plus court à travers les monts du Chalonnais. Il est évident qu'ils ont remonté la vallée de la Saône, puis celle de la Dheune. Ils progressaient par des étapes d'environ 15 km, d'un point de ravitaillement à un autre, d'un oppidum éduen à un autre oppidum éduen, d'une station à une autre station. Migrants pacifiques, ils bivouaquaient au pied de ces oppidum et achetaient leur ravitaillement aux Eduens qui s'y trouvaient. Chaque journée de marche était certainement suivie d'une journée de repos.
Les Helvètes au pied de l'oppidum de Sanvignes, c'est bon, c'est logique.
Quant à César, il faut bien comprendre qu'il poursuivait les Helvètes en se déplaçant de position défensive en position défensive.
César sur le point fort de l'oppidum de Gourdon, c'est bon, c'est logique. Entre Sanvignes et Gourdon, il y a 11 km 800. Entre les camps helvètes et les camps romains, César écrit dans ses Commentaires qu'il y avait une distance de 11 km 800 : il y a concordance. Bref, il ne peut y avoir aucun doute sur ce point : lors de leur avant-dernier camp avant la bataille, les Helvètes se trouvaient à Sanvignes, César se trouvait à Gourdon.
Le Commandant Stoffel voit ensuite les Helvètes se diriger vers l'Arroux. Il a raison. La direction de marche des Helvètes n'a pas changé. Mais c'est à l'Arroux que sa théorie devient complètement incohérente. Normalement, il aurait dû arrêter les Helvètes au pied de la hauteur de Toulon-sur-Arroux, comme il les avaient fait s'arrêter auparavant au pied de la hauteur de Sanvignes. Une distance d'environ 15 km sépare ces deux points. C'est une étape normale et maximum pour des femmes et des enfants qui marchent à pied. On sait que les légionnaires romains pouvaient faire des étapes de 30 km ; aujourd'hui, nos soldats entraînés font la même chose. Mais dans leurs premiers mois d'instruction, nos recrues du Service des essences ne faisaient pas plus de 20 km à la fois. 15 km avec des femmes et des enfants, c'est un maximum...
Première erreur de la thèse Stoffel : il fait franchir l'Arroux aux Helvètes... On dirait qu'il ne se rappelle plus les problèmes que le défilé du Jura avait posés aux Helvètes : un seul chariot pouvait à peine passer. Il ne se souvient plus de leur désastre quand ils ont franchi la Saône. Il a oublié la lenteur de leur progression de la Saône à Sanvignes. Dans son désir de prouver, face à ses détracteurs d'Autun, que Bibracte est au Mont-Beuvray, Stoffel franchit l'Arroux. Il s'engage dans une région sauvage et montagneuse. Il s'en va, tout seul, sur les mauvais chemins qui mènent à Montmort...
...Quatrième erreur de la thèse Stoffel... dans sa théorie, tous ces chariots auraient fait un demi-tour en marchant tout en obliquant pour se rendre au mont Beuvray, c'est impossible... il fallait comprendre que : les Helvètes, le plan de mouvement ayant été modifié en conseil (commutato consilio), décidèrent (durant la nuit évidemment) d'inverser leur cheminement (itinere converso). Il s'ensuit donc que les Helvètes n'ont pas fait un demi-tour absurde en marchant et qu'ils n'ont pas livré bataille contre César dans les montagnes de Montmort. C'est au départ de leur camp de Toulon-sur-Arroux, qu'ils sont revenus vers l'est, alors que la veille, il marchait en direction de l'ouest...
...Les Helvètes n'ont pas franchi la rivière. Venant de Sanvignes, et après avoir parcouru une distance raisonnable de 15 km, ils se sont arrêtés au pied de l'oppidum de Toulon-sur-Arroux, de la même façon qu'ils s'étaient arrêtés au pied de l'oppidum de Sanvignes. César est à 4 km 400 du camp helvète...
...Lorsque César écrit dans ses Commentaires qu'il voulait se rendre à Bibracte qui ne se trouvait pas à plus de 27 km de sa position, il fallait comprendre, mesdames et messieurs, à 27 km du Mont-St-Vincent et non à 27 km du Mont-Beuvray. 
Ce n'est donc pas en allant de Toulon-sur-Arroux vers le Mont-Beuvray qu'il faut rechercher le champ de bataille des Helvètes, c'est en allant de Toulon-sur-Arroux vers le Mont-St-Vincent. Ce champ de bataille, il se trouve au pied de la colline de Sanvignes. Le terrain s'accorde parfaitement avec le texte des Commentaires.
Ce champ de bataille de Sanvignes a été le théâtre de deux actions de combat.
Première action de combat : un coup de main manqué que César a tenté sur les camps des Helvètes, le matin de leur départ de Sanvignes vers Toulon-sur-Arroux — itinéraire aller.
Deuxième action de combat : cette fameuse bataille entre les Helvètes et les Romains lorsque quittant l'Arroux et Toulon-sur-Arroux, les deux armées revinrent sur leurs pas — itinéraire retour... 
Voici ci-dessus le dispositif de César pour le coup de main manqué. Voici les noms de baptême qu'il a donnés au terrain... 
Voici ci-dessous le dispositif de César pour la bataille. Voici les noms de baptême qu'il a donnés au terrain. Ce sont les mêmes. Mons, c'est la colline de Sanvignes, proximus collis, c'est le mont Maillot.
Il y a concordance. Comme c'est écrit dans les Commentaires — itinere converso, le cheminement ayant été inversé — César et les Helvètes sont revenus sur leurs pas. Ils ont fait demi-tour, Ils tournaient le dos au Mont-Beuvray. Ils marchaient en direction du Mont-St-Vincent… Bibracte.
Après avoir réétudiée, une fois de plus, cette fameuse bataille pour les besoins de cette causerie, je me demande si César a vraiment gagné sur le plan militaire comme il le dit.
J'ai expliqué dans mon ouvrage l'habile manœuvre de César, la nasse dans laquelle il espérait écraser les Helvètes, en les rejettant dans les fonds et en les prenant en tenaille (croquis ci-dessous). 
J'ai expliqué la non moins habile manœuvre des Helvètes qui ont balayé sans difficulté les légions du mont de Sanvignes en les prenant par derrière et en s'y installant. Dans une position défavorable, dominées par ceux qu'elles poursuivaient, violemment attaquées sur leur flanc gauche, les lignes de bataille romaines se trouvaient dans une position particulièrement critique. (croquis ci-dessous). 
Pris à partie sur deux fronts et peut-être plus, presque totalement encerclé dans un fond de terrain et alors que la nuit tombait, j'affirme que César était perdu et qu'il n'a trouvé son salut que par un coup de génie. 
Ce coup de génie, c'était une action/coup de poing. Perdu pour perdu, il a lancé sa deuxième ligne de bataille à l'assaut des femmes et des enfants qui se trouvaient en attente avec leurs chariots à Dornand. 
En entendant les cris de leurs femmes et de leurs enfants que les Romains égorgeaient, les Helvètes cessèrent le combat. Ils n'avaient failli ni à l'honneur, ni à la gloire.
Au premier chapitre des manuels scolaires suisses, figure la bataille des Helvètes. Je dédie cette causerie à leur mémoire.
(1993, cela va faire bientôt vingt ans.) Emile Mourey (son site)
Pour une explication plus détaillée :

lundi 28 novembre 2011

1515 : La jeunesse d'un royaume

François 1er est sacré à Reims le 25 janvier. Quelques mois avant la bataille de Marignan où s’illustre le “roi chevalier”.
Cette année-là, la première de son règne, François 1er, vingt ans, incarnait le rajeunissement du royaume, à tel point que “1515″ a toujours gardé, dit Bainville, « quelque chose de joyeux et de pimpant ». Son oncle et beau-père, le très aimé “père du peuple” Louis XII, s'était éteint le 1er janvier sans héritier direct. François de Valois-Angoulême, qui se préparait depuis sa jeunesse radieuse entre deux femmes dont il était le dieu, sa mère Louise de Savoie, et sa soeur Marguerite, future reine de Navarre, bondit aussitôt sur le trône.
Dès le sacre somptueux dans la basilique de Reims, le 25 janvier, ce jeune roi svelte et enjoué, savourant autant les ornements de l'esprit que ceux du corps, déjà réputé pour un humaniste assoiffé d'art et de littérature, donna la parfaite image d'un prince de la Renaissance qui ne rompait pas pour autant avec la foi vibrante et le goût du faste de la chevalerie médiévale. Après un périple triomphal, il effectua le 15 février, tout de blanc vêtu, son entrée solennelle dans Paris orné d'étendards, de banderoles, de riches soies et de superbes velours, au son des trompettes et des tambours. Sous les acclamations trépidantes de la jeunesse et le regard enamouré des belles dames, François lançait à poignées des pièces de monnaie… Sous des dehors d'enfant gâté, le jeune roi était un fin calculateur. Il savait que l'horizon européen n'avait rien de limpide et que survenait un monde où ne régnerait plus comme au Moyen-Âge l'harmonie des âmes, mais où la paix devrait plutôt reposer sur l'équilibre des forces.
Or, menaçaient la France Henri VIII d'Angleterre, Charles de Brabant, roi des Pays-Bas bourguignons, à peine âgé de quinze ans, petit-fils de l'empereur Maximilien 1er, et l'autre grand-père du même Charles, Ferdinand d'Aragon. La tenaille risquait de se fermer sur la France, or, c'était en Italie qu'il fallait la démonter, d'autant que la reine Claude, alors enceinte, héritait des droits de Louis XII sur le Milanais de son aïeule Visconti ! Aussi François méditait-il son plan. Quelques promesses pour tenir tranquilles l'Anglais et le Bourguignon, puis une alliance avec Venise, et voici, dès le mois d'avril, sans que nul ne l'eût vue arriver, une puissante armée concentrée dans le Lyonnais et le Dauphiné ! En route pour en prendre le commandement, traversant Amboise, François terrassa de son épée un sanglier furieux.
Marignan
À Lyon le 15 juillet, il confia la régence à Louise de Savoie, puis partit pour Embrun avec le connétable de Bourbon, les maréchaux de Lautrec, Trivulce et de La Palice, et quelques grands capitaines dont Bayard, entraînant douze mille cavaliers, 30 000 hommes de pied qui tiraient 72 pièces de grosse artillerie et 300 pièces légères. Bientôt s'ajoutèrent 22 000 lansquenets allemands. Les Suisses ayant refusé les offres d'entente, il fallut, avec tous ces engins, traverser les Alpes suisses sur des sentiers étroits et inexplorés comme suspendus sur le vide. L'exploit est resté dans les mémoires autant que jadis celui d'Annibal. L'irruption des Français surprit Prosper Colonna,officier du duc de Milan, alors qu'il était à table dans le Piémont à Villafranca.
François 1er toujours plein d'entrain voulut quand même négocier encore avec les Suisses qui eurent bien tort de refuser, car à Marignan près de Milan, la bataille dura du 13 au 15 septembre et fut extrêmement rude jusqu'à ce que l'artillerie française eût le dernier mot. Pendant toute une nuit « le cul en selle et la lance au poing », comme il devait écrire à sa mère, François fut héroïque et devint pour tous le « roi-chevalier » après qu'il eut fait à Bayard l'honneur de lui demander de l'adouber. Les Suisses jusqu'alors invincibles ne purent plus refuser les avances françaises et c'est ainsi que quelques mois plus tard était signée la paix de Fribourg (29 novembre 1516) les faisant entrer par un contingent régulier au service des rois de France. C'est la seule paix au monde qui ait jamais mérité d'être qualifiée de perpétuelle.
Autre heureuse conséquence de la victoire de Marignan : le pape Léon X (un Médicis) vit qu'il était temps de résoudre quelques différends entre l'Église et la monarchie capétienne ; il en sortit le concordat de 1516 qui allait rester en vigueur jusqu'à la Révolution. Cette première année de règne laissait présager bien des prouesses, car l'Europe n'allait pas laisser François en paix. Déjà sous le jeune Charles de Brabant perçait Charles-Quint, et, six ans plus tard (1521) Luther allait lancer son brûlot…
MICHEL FROMENTOUX  L’ACTION FRANÇAISE  2000 du 6 au 19 novembre 2008

vendredi 8 mai 2009

10 août 1792 : fidélité suisse

A la fin du Moyen Age, la réputation militaire des Suisses n'est plus à faire. Dès la victoire fondatrice de Morgarten (1315), remportée par les rudes montagnards des cantons d'Uri, Schwyz et Untervalden sur les chevaliers du duc Léopold d'Autriche, il est clair qu'est née une force militaire avec laquelle il va falloir compter. En 1386, trois mille chevaliers lorrains en font à leur tour la cuisante expérience à la bataille de Sempach. La Ligue helvétique, organisée en confédération, dispose d'une infanterie redoutable : porteurs de piques de 6 mètres, fixées en terre obliquement et bloquées avec le pied ; les Suisses forment des hérissons sur lesquels viennent s'enferrer les charges de cavalerie. Organisation méthodique : les piquiers sont groupés en forts carrés d'un millier d'hommes, les batailles, constituées selon la parenté et la commune ; chaque bataille est commandée par un hauptmann ("capitaine") ; l'unité de base, d'une centaine de combattants, est commandée par un venner ("enseigne"). « Solides comme des tours et pourtant capables de manœuvrer » (B. Chevalier), les bataillons suisses battent le duc de Bourgogne Charles le Téméraire à Grandson et à Morat.
En France, Louis XI a pu apprécier ces Suisses qu'il a combattus et qui sont ensuite devenus ses alliés. C'est pourquoi il engage à son service, en 1481, des hallebardiers qui vont constituer la compagnie des Cent-Suisses de la garde du roi. Il charge par ailleurs Guillaume de Diesbach d'organiser son infanterie, au moment où naît, après les premières initiatives de Charles VII, la première armée royale permanente.
Au sein de la Maison du roi, largement développée au XVIIe siècle par Louis XIV, les Cent-Suisses appartiennent à la « Garde du dedans » affectée au service intérieur des résidences royales. La « Garde du dehors », elle, est chargée, comme son nom l'indique, de la protection extérieure des bâtiments. Outre des unités de cavalerie, on y trouve deux régiments d'infanterie, dont l'un est constitué de gardes suisses. Créés par Charles IX en 1573, les gardes suisses ont été organisés en régiment par Louis XIII en 1616. Ils portent l'uniforme rouge rehaussé de bleu et reçoivent une solde double. Soldats aguerris et fiers de leurs traditions, les gardes suisses vont avoir avec la Révolution l'occasion de prouver ce que représentent pour, eux les mots honneur et fidélité.
A l'été de 1792, le climat est très lourd à Paris. Le 29 juillet, lors d'une séance tendue au club des Jacobins, Robespierre a réclamé la suspension du roi, nécessaire préalable de l'élection d'une Convention nationale. Le duc de Brunswick, chef des armées autrichienne et prussienne coalisées contre la France, fait ce qu'il ne fallait pas faire, en menaçant dans un manifeste les Parisiens de destruction totale « s'il est fait le moindre outrage à leurs Majestés, le roi, la reine et la famille royale ». Le 9 août au soir l'émeute gronde dans Paris. Les sections révolutionnaires cernent les Tuileries. Réveillé,le roi ne sait pas encourager ses défenseurs par des mots et une attitude appropriés à la gravité du moment. Il se laisse convaincre par Roederer, procureur-syndic de Paris, d'aller se réfugier avec sa famille au Manège, où siège l'Assemblée.
Au matin, les Tuileries sont investies et les Suisses tirent. Le roi se laisse convaincre par les députés de leur envoyer l'ordre écrit de cesser le feu et de regagner leurs casernes. « Ils obéirent, écrit Jean Tulard, mais comme ils opéraient leur mouvement, ils furent cernés et massacrés dans des conditions ignobles par les émeutiers. Un déferlement de violence secoua la foule des envahisseurs, une fois le danger passé : gentilshommes comme Clermont-Tonnerre ou d'Hallouville, journalistes à l'exemple de Suleau, ou simples domestiques connurent un sort funeste. Il y aurait eu 800 morts. La Terreur était lancée. »
P.V National Hebdo du 6 au 12 août 1998