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jeudi 2 novembre 2023

La légende du roi Arthur

 

La légende du Roi Arthur

Le Livre « La légende du roi Arthur » de Martin Aurell analyse la littérature arthurienne, qualifiée de « matière de Bretagne », au cours des années 550 à 1250, dans un voyage menant du Pays de Galles à la France du Nord, du paganisme celtique à l’ascétisme chrétien.

Tout au long du Moyen Âge, le roi Arthur hante l’imaginaire d’hommes et de femmes qui entretiennent le souvenir de ses aventures. Très tôt, au moins à partir de l’an 570, des épopées en langue galloise exaltent les combats d’un guerrier admirable portant son nom et affrontant les Anglo-Saxons. Toujours en Grande-Bretagne, ces chansons en langue vulgaire sont relayées par plusieurs chroniques et vies de saints en latin, mises en forme entre les IXe et XIIe siècles.

Peu après la conquête normande de l’Angleterre, un clerc d’Oxford, Geoffroi de Monmouth, fait une longue synthèse en latin de toutes ces traditions (l’Historia regum Britanniae - Histoire des rois de Bretagne). De son vivant, le livre est traduit en français par l’écrivain normand Wace, et il connaît dès lors une large diffusion sur le continent.

Dès la fin du XIIe siècle, des ouvrages de fiction en langue vulgaire ou romane, qu’on appelle « romans », sont consacrés à Arthur. Les plus anciens sont signés de Normand Wace et de Chrétien de Troyes.

Chrétien de Troyes est indéniablement novateur. Il est le premier à rédiger des romans dont la matière est de Bretagne, sans se limiter, comme Wace, à adapter en français une œuvre latine à visée historique. Il met donc en scène Arthur et les guerriers de la Table Ronde, se déplaçant à cheval dans le monde magique de l’ancienne mythologie celtique qu’il stylise en profondeur jusqu’à les rendre méconnaissables. Il imagine des châteaux et palais luxueux, peuplés de dames raffinées, traitées avec courtoisie. Il développe ces aventures, autant amoureuses que militaires, dans de longs récits de quelque huit mille vers en langue vulgaire, et jette donc les bases thématiques et formelles d’un genre original, promis à un long avenir.

Chrétien de Troyes fut le premier à introduire le Graal sans toutefois en dire grand-chose. Selon l’écrivain picard Gerbert de Montreuil, poète de la cour de Ponthieu, un de ses Continuateurs, Chrétien de Troyes trouva la mort lors de la rédaction du Conte du Graal. C’est ce qui explique la fin abrupte du roman. Le « graal » reste une énigme qui va donner lieu à plusieurs continuations.

Nul ne peut dire aujourd’hui quelle est l’origine du « graal » de Chrétien. Les spécialistes du folklore et des civilisations indo-européennes considèrent souvent que le Conte du Graal n’est que le dernier avatar d’une très antique structure narrative, issue de mythes païens. 

Le récit tronqué par le brusque abandon du Conte du Graal, reste enveloppé d’un profond mystère. Dès la fin du 12e siècle, il donne naissance à de nombreux continuateurs qui vont poursuivre l’œuvre inachevée de Chrétien de Troyes. Ils laissent d’imposantes œuvres où des chevaliers, qui incarnent les valeurs d’une parfaite noblesse chrétienne, partent à la quête du Graal, reprenant les thèmes arthuriens de Chrétien de Troyes.

Martin Aurell est directeur de la revue Cahiers de civilisation médiévale et professeur d’histoire médiévale.

La légende du roi Arthur, Martin Aurell, éditions Perrin, collection Tempus, 928 pages, 12,50 euros

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/05/la-legende-du-roi-arthur.html

mardi 12 octobre 2021

La légende du roi Arthur (Martin Aurell)

 

Martin Aurell est directeur de la revue Cahiers de civilisation médiévale et professeur d’histoire médiévale.

Tout au long du Moyen Âge, le roi Arthur hante l’imaginaire d’hommes et de femmes qui entretiennent le souvenir de ses aventures. Très tôt, au moins à partir de l’an 570, des épopées en langue galloise exaltent les combats d’un guerrier admirable portant son nom et affrontant les Anglo-Saxons.

Toujours en Grande-Bretagne, ces chansons en langue vulgaire sont relayées par plusieurs chroniques et vies de saints en latin, mises en forme entre les IXe et XIIe siècles. Peu après la conquête normande de l’Angleterre, un clerc d’Oxford, Geoffroi de Monmouth, fait une longue synthèse en latin de toutes ces traditions. De son vivant, le livre est traduit en français par l’écrivain normand Wace, et il connaît dès lors une large diffusion sur le continent. Dès la fin du XIIe siècle, des ouvrages de fiction en langue vulgaire ou romane, qu’on appelle « romans », sont consacrés à Arthur. Les plus anciens sont signés de Chrétien de Troyes. Cet écrivain consacre un livre inachevé au Graal dont maints auteurs relatent, après lui, la quête par les chevaliers de la Table Ronde. Des chevaliers qui incarnent les valeurs d’une parfaite noblesse chrétienne, dont le courage militaire et la qualité morale justifient la prépondérance sociale.

Cet ouvrage analyse la littérature arthurienne, qualifiée de « matière de Bretagne », au cours des années 550 à 1250, dans un voyage menant du Pays de Galles à la France du Nord, du paganisme celtique à l’ascétisme chrétien.

La légende du roi Arthur, Martin Aurell, éditions Perrin, colection Tempus, 928 pages, 12,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-legende-du-roi-arthur-martin-aurell/92085/

lundi 14 septembre 2020

Arthur toujours présent

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Films, romans, séries télévisées le cycle arthurien démontre son extraordinaire longévité. Mais au-delà des transformations, perdure le vieux mythe originel : pour défendre le pays de nos pères, nous chantons la geste du roi légitime.

Arthur toujours présent 1.jpegDans les années 1830, un linguiste traverse la Basse-Bretagne afin d'en recueillir la littérature orale. Théodore Hersart de La Villemarqué interroge les paysans, écoute leurs poèmes et chants ancestraux. C'est toute la mémoire d'un pays, avec ses rires et ses pleurs, ses moissons et ses batailles, qui surgit dans les longères, devant la cheminée fumante. Cela donnera le recueil du Barzhaz Breizh. En Cornouaille, c'est un vieux chouan qui lui partage des vers venus d'un autre âge :

« Allons, allons, allons au combat ! Allons hommes de cœur ! C'est l'armée d'Arthur je le sais; Arthur marche devant au haut de la montagne. Si c'est Arthur vite à nos arcs et à nos flèches vives ! Si nous mourons comme doivent mourir des chrétiens des Bretons jamais nous ne mourrons trop tôt ! ».

Quand il guerroyait pour Dieu et le roi, ce chouan a beaucoup entonné ce chant. Par quel enchantement ce vieux topos littéraire, brodé jadis par Monmouth, Troyes et von Eschenbach, s'est-il retrouvé dans cette masure perdue en Finistère ?

Face à l'envahisseur

C'est, qu’en réalité, Arthur n'a jamais quitté ces lieux. Arthur, c'est la Bretagne ou bien est-ce la Bretagne, qui est essentiellement arthurienne ? Pour comprendre la carte et le territoire du monde arthurien, il faut se placer à la chute de Rome. L'Empire décadent quitte l'île de Bretagne pour se concentrer sur le continent. C'est l'époque des invasions germaniques. Frisons, Jutes, Angles et Saxons envahissent la grande île. Jusque-là, cette dernière, partiellement romanisée, était de race celtique, de langue brittonique, de religion chrétienne. Rome partie, il faut se défendre, à la fin du Ve siècle et au début du VIe contre les envahisseurs qui, déjà, ont colonisé l’est et le sud de l'île. La résistance se concentre à l'ouest, en pays de Galles. La Bretagne recule,

l’Angleterre est née. C'est l’époque, aussi, où la Bretagne est un pays à deux rives. Depuis le IIIe siècle, nombre de Bretons insulaires, missionnaires, guerriers ou chefs de clan, ont rejoint le continent. Ils s'établissent dans cette Armorique qui bientôt, sera vro ar Vretoned. Gallois et Bretons sont frères par-delà la mer. Mais insulaire ou continentale, la Bretagne n’est guère unifiée. Le péril germain commande l'unité, et la défense de la terre demande un chef : c'est là qu'intervient Arthur.

Qui es-tu, Arthur ? Mythe ou réalité ? Père du peuple ? Croisé avant l'heure ? Tout cela à la fois, sans doute. Ton nom même fait s'arracher les cheveux des historiens. On t'associe souvent à l’ours - symbole de royauté dans la vieille Europe celtique et forestière, rappelle l'héraldiste Michel Pastoureau. Ton nom viendrait du breton arz, désignant l'animal sylvestre.

Mais une autre hypothèse existe, exotique car romaine. Arthur serait un officier romain, Lucios Artorius, chargé de juguler les assauts pictes, avant d'être envoyé en Armorique. Ce fut le parti pris d'un cinéaste américain en 2004. Cependant, rien n’est moins sûr : le vrai Lucius Artorius ayant sans doute été envoyé en… Arménie. Chou blanc, donc. Autre hypothèse romaine, Arthur serait en réalité un certain Riothamus, chef des Bretons d'Armorique face aux envahisseurs wisigoths. Aucune certitude ne résiste au mythe et, d'hypothèse en hypothèse, nous voilà ballottés, tel Jean Raspail à la recherche de la hache des steppes.

Sous le soleil des bardes

Qui es-tu donc, Arthur ? Suivons les poètes. C'est sous leur plume que tu vis, combats et meurs, évolues parfois, obsèdes toujours. Es-tu jamais né ? Dans leurs grimoires, assurément. La vieille race galloise, la première, a sonné du cor pour conter tes hauts faits. Ton nom apparaît, timide, dans de brumeux poèmes du pays de Galles, sculptés dans une langue brittonique rude et intacte. Puis, à l'ère de l'Angleterre normande, au XIIe siècle, c'est toujours un Gallois, Geoffroy de Monmouth, qui a fait de toi le paladin des rêves de l'Europe entière. Monmouth est un chroniqueur de talent, un littérateur au service des puissants. Son art, il l’exerce à la cour du fils de Guillaume le Conquérant Henri Ier Beauclerc, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Ces hommes croyaient en Dieu et à la force des mythes. La grande œuvre de Monmouth, l’Historia Regum Britanniae (1135-1138) narre l'histoire fantasmée de l'île bretonne et de ses rois, à compter du mythique Brutus (un Troyen, petit-fils d'Énée). Le chroniqueur a beau écrire pour des Normands, il n’en exalte pas moins la noblesse de sa race celtique et, au passage, conte les exploits d'un certain Arthur, mais aussi du mage Merlin (Myrddin). Grâce à Monmouth, nous te savons fils du roi Uther Pendragon. Uther a combattu le traître Vortigern. Le félon, prétendant déçu, organise sa revanche, appelle à son secours des étrangers saxons, Hengist et Horsa. Tu nais à Tintagel, à l'extrémité occidentale d'une île en perdition. Roi chrétien, tu défends la terre, réalises l'unité de ton peuple et incarnes l'idéal du roi médiéval : pieux, juste, sage, conservateur des anciennes coutumes, et ne dédaignant pas la bagarre. Empoignant Excalibur, tu aurais combattu lors de douze batailles. Au Mont Badon (actuelle Bath ?), vers l'an 500, tu écrases les Saxons. Enfin, tu es vaincu par ton fils incestueux, l'usurpateur Mordred, lors d'une obscure bataille à Camlann. Tout cela n’est peut-être que légende : mais la suite est encore plus romanesque.

Avec Robert Wace puis Chrétien de Troyes, un Champenois au service du comte de Flandres, ton univers s étoffe, ta compagnie s enrichit. À la table ronde, lieu du conseil, s'ajoute le Graal, cratère merveilleux, objet de quête, bientôt assimilé au saint calice de la Cène. Le merveilleux est partout païen, avec Viviane et Merlin; chrétien avec le Graal. La matière de Bretagne inonde tant l'Europe que tu es omniprésent, jusque dans les récits de croisés, de retour de Terre sainte, assurant t'avoir aperçu en Sicile, errant sur les pentes calcinées de l'Etna… Ta cour de Camelot est un bastion de chevalerie, d'où s'élancent des preux aux noms étincelants : Lancelot, Perceval, Gauvain. Nous sommes passés en France, nous voilà déjà en plein amour courtois. Tant d'autres s'approprieront ton panache, tel von Eschenbach, en Allemagne. Bizarrement, en Angleterre, Shakespeare ne te consacre pas de pièce. Ta geste est plus haute que les planches.

Le retour du roi

Surtout, depuis le best-seller de Monmouth et la vogue arthurienne, on te croit endormi. Pas tout à fait mort, mais plutôt en dormition, dans cette île mythique d'Avalon (l'île d'Aval, en Côtes-d'Armor ?), d'où tu reviendras un jour pour assurer l'indépendance de ton peuple. Beaucoup ont espéré ton retour : les Gallois envahis par l'Anglois à l'époque d'Owain Glyndwr; les Bretons continentaux sous les Plantagenets. Des deux côtés de la Manche, le retour d’Arthur a été une espérance constante, une tradition, une obsession. Les Normands, fraîchement arrivés en Angleterre, ont bien dû s'en accommoder et s'acclimater au goût arthurien alors renaissant c'est l'œuvre de Geoffroy de Monmouth. Vinrent ensuite les Plantagenets, continentaux eux aussi. Ils veulent suivre tes pas pour asseoir leur légitimité, mais craignent aussi le mythe de ton retour. Richard Cœur de Lion affirme posséder Excalibur. Surtout, à l'abbaye de Glastonbury, on découvre ce qu'on croit être ta sépulture manière de dire qu Arthur est le roi idéal, mais qu'il est bien mort. Inutile, donc, pour les Gallois rebelles de se soulever sous sa bannière. Sous les Tudor, dynastie d'origine galloise, tu es encore incontournable.

Mais les temps changent. Le catholicisme reflue au profit de l'anglicanisme. Glastonbury est pillée, anéantie par Henri VIII. L'un des moines de l'abbaye est martyrisé car fidèle à la foi de ses pères. Son nom ? Arthur. Bienheureux Arthur de Glastonbury. En est-ce fini de ta geste ? Non. Le XIXe romantique te redécouvre, les peintres préraphaélites t'adulent et, à l'aube du XXe Tolkien et Chesterton te dédient leurs poèmes. Mieux, on t'invoque lorsque sonne le tocsin. Lors des deux conflits mondiaux, tandis que l’on craint l’Allemagne ennemie, l'Angleterre se groupe sous le patronage arthurien. On retrouve cette idée dans une BD de Corto Maltese, par Hugo Pratt : les fées et les mages celtes de l'île de Bretagne y convoquent un conseil en pleine Première Guerre mondiale, au nom d'Arthur, pour éviter une invasion germanique.

À lire ces lignes, on te croirait devenu vrai Anglais. Mais tu es de notre Armorique. Ton souvenir enchante Brocéliande. Dinard est Din Arz, la colline d'Arthur. Trois ducs de Bretagne ont porté ton nom. L'infortuné Arthur Ier d'abord, assassiné sur ordre de Jean sans Terre (un Plantagenêt, encore !). Mais surtout Arthur III (1393-1458). Compagnon de Jeanne d'Arc, connétable de France, pourfendeur des Anglais, il finit duc de Bretagne et garant de l'indépendance de son duché. Tu personnifies tant la Bretagne, les Bretagnes, que le romancier Michel Mohrt a choisi, dans La Prison maritime de nommer Roi Arthur le cotre à tape-cul sur lequel vogue le héros du roman, un jeune Breton chargé d'acheminer des armes auprès des nationalistes irlandais ! Arthur, guerrier britto-romain, roi de Celtie, endormi quelque part le long de ces « frontières de sel » d'Europe occidentale. Ces lignes n'attestent pas ton existence mais affirment ton règne dans les cœurs fidèles. Sous ton patronage, l'honneur et l'espérance n'ont pas tari. Chérissant l'héritage d'hier, affrontant les envahisseurs de demain, nous fredonnons avec toi l'hymne breton :

« 0 Bretagne, mon pays, que j'aime mon pays !

Tant que la mer sera comme un mur autour d'elle,

Sois libre, mon pays ! »

François La Choüe monde&vie 5 décembre 2019 n°979

jeudi 12 mars 2020

Arthur, Lancelot, Guenièvre et les autres Les enchantements de Bretagne

Les enchantements de Bretagne.jpeg
S'il vous arrive encore de vous rêver chevalier, n'avouez pas, mais il y a urgence : un détour par Brocéliande et le Centre de l'imaginaire arthurien s'impose. Visite guidée.
Anéantie par le feu sur plusieurs hectares au Val-sans-Retour, saignée par de larges chemins qui ne laissent plus place au mystère, parcourue toute l'année de long en large par les fidèles, Brocéliande survit encore, pourtant, de sa « respiration rentrée ». Infime miette de ce qui était autrefois la toison de l’Armorique, elle est depuis des siècles berceau des légendes, géographie des chevaliers de la Table ronde.
À ses confins du nord-est, près de Concoret, du tombeau de Merlin et de la fontaine de Jouvence, les brumes du lac noient la retraite de la fée Viviane. C'est ici le nombril, l’omphalos, le pouls de la forêt, car une confrérie joyeuse, informelle et tout à fait contemporaine, le Centre de l'imaginaire arthurien qui siège au château de Comper, travaille à y perpétuer la légende.
Le pouls de la forêt
L'aventure du Centre a commencé il y a plus de dix ans, avec la naissance des éditions Artus (1). De rencontres en publications axées sur les pays celtiques, le monde nordique et la « matière de Bretagne », une amitié s'est tissée entre écrivains et artistes, venus s'échouer sur ce rivage forestier commun. Michel Le Bris, grand ordonnateur du salon Etonnants Voyageurs de Saint-Malo (troisième édition en mai 1992), y côtoie Philippe Le Guillou, écrivain et auteur chez Gallimard du récent Donjon de Lonveigh, les peintres Sophie Busson, Bernard Louédin, le graveur Carmelo de la Pinta... Claudine et Hervé Glot qui président aux destinées des éditions Artus et du Centre de l’imaginaire arturien se veulent « éveilleurs de rencontres ». Ce sont eux qui maintiennent le cap et ont choisi, il ya trois ans, de jeter l’ancre à Comper.
« Aborder les plus anciennes légendes comme une matière toujours vivante, expliquent-ils, confronter le point de vue du chercheur à la curiosité du profane, mêler les représentations d'hier à celles d'aujourd'hui, allier le souffle léger des elfes à la puissance du royaume forestier, pour que naisse peut-être une lumière singulière, voilà pourquoi, tout simplement, nous sommes réunis. » Il n'y a pas de secret d'alchimiste pour la réussite, pas de formule magique si ce n'est beaucoup de travail et un engouement partagé que provoque sans doute le climat particulier de la forêt : le Centre expose d'avril à septembre et enregistrait, pour la saison 1991, plus de douze mille visites.
Murmurer des secrets
Il ne s'agit pourtant pas d'une « entreprise culturelle » comme les autres pas de recette à la mode, d'interactivité ou autre bibliothèque télématique... Les « artusiens » comme ils se nomment entre eux, préfèrent donner à voir et à lire, suggérer, faire rêver, murmurer des secrets que le visiteur s'accapare en ayant l'assurance de les avoir mérités de longue patience. Pas de décodage, pas de prétention à tout montrer ni à s'ériger en gardiens du temple : « Attention, nous avertit-on, ce lieu ne prétend pas être le Tout ; il n'est qu'un centre dans un univers… polycentré. À chacun de trouver le chemin et de choisir ses étapes. À chacun sa Quête ! »
Chaque saison du Centre est plus ambitieuse que la précédente. 1991 ouvrait le château de Viviane à John Boorman, le réalisateur de La Forêt d'Emeraude et surtout d'Excalibur le cinéaste en avait laissé les costumes, les bijoux et les armes faire le voyage depuis l'Irlande où il demeure. Plus concrètement, le Centre prenait part à la plantation de l'Arbre d'Or en forêt de Brocéliande et au reboisement des terres brûlées de Tréhorenteuc et du Val-sans-Retour.
Cette année propose un autre tête-à-tête, avec les costumes et les maquettes de François Bourgeon, travaux préparatoires aux trois tomes des Compagnons du crépuscule, un diaporama superbe, Fragments d'un itinéraire de Graal, réalisé par Yvon Boelle sur un texte de Philippe Le Guillou que récite un Patrick Poivre d'Arvor inattendu, une exposition de gravures de Gustave Doré consacrées au cycle arthurien, une autre encore sur le roi Arthur et l'imagerie médiévale.
Du château de Comper on sort différent, envoûté par la légende, enchaîné peut-être par les sortilèges de Brocéliande, tant est curieuse « l'ambiguïté de la forêt, de ce monde clos, fermé sur lui-même, inaccessible... peut-être est-elle d'abord le lieu de toutes les métamorphoses » (2). Ou plus sûrement victime d'un charme jeté par Viviane.
Eléonore Pasquet Le Choc du Mois Juillet-août 1992
(1) Aux éditions Artus : Immortels, Merlin et Viviane, de Philippe Le Guillou, dessins de Paul Dauce.
Légendaires, de Michel Le Bris, gravures de Gustave Doré.
Brocéliande ou l’obscur des forêts, collectif.
Féodalis, de Gilbert Durand, peintures de Bernard Louédin.
Celtiques, gravures de Carmelo de la Pinta.
La Main à plume, de Philippe Le Guillou. Editions Artus, BP 26, 56200 La Gacilly.

(2) J. Ribard, Le Moyen-Àge, littérature et symbolisme, éditions Champion, 1984.

jeudi 24 mai 2018

La légende du roi Arthur (Martin Aurell)

legende-du-roi-arthur.jpgMartin Aurell est directeur de la revue Cahiers de civilisation médiévale et professeur d’histoire médiévale.
Tout au long du Moyen Âge, le roi Arthur hante l’imaginaire d’hommes et de femmes qui entretiennent le souvenir de ses aventures. Très tôt, au moins à partir de l’an 570, des épopées en langue galloise exaltent les combats d’un guerrier admirable portant son nom et affrontant les Anglo-Saxons. Toujours en Grande-Bretagne, ces chansons en langue vulgaire sont relayées par plusieurs chroniques et vies de saints en latin, mises en forme entre les IXe et XIIe siècles. Peu après la conquête normande de l’Angleterre, un clerc d’Oxford, Geoffroi de Monmouth, fait une longue synthèse en latin de toutes ces traditions. De son vivant, le livre est traduit en français par l’écrivain normand Wace, et il connaît dès lors une large diffusion sur le continent. Dès la fin du XIIe siècle, des ouvrages de fiction en langue vulgaire ou romane, qu’on appelle « romans », sont consacrés à Arthur. Les plus anciens sont signés de Chrétien de Troyes. Cet écrivain consacre un livre inachevé au Graal dont maints auteurs relatent, après lui, la quête par les chevaliers de la Table Ronde. Des chevaliers qui incarnent les valeurs d’une parfaite noblesse chrétienne, dont le courage militaire et la qualité morale justifient la prépondérance sociale.
Cet ouvrage analyse la littérature arthurienne, qualifiée de « matière de Bretagne », au cours des années 550 à 1250, dans un voyage menant du Pays de Galles à la France du Nord, du paganisme celtique à l’ascétisme chrétien.
La légende du roi Arthur, Martin Aurell, éditions Perrin, colection Tempus, 928 pages, 12,50 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur

lundi 6 mars 2017

L'esprit de chevalerie

Sublimation des vertus guerrières mises au service d'une cause juste ou sacrée, la chevalerie, longtemps miroir et référence des comportements occidentaux, devient, sauf exceptions, incompréhensible à une historiographie en rupture avec ses racines culturelles et religieuses.
L'idéal chevaleresque, tel qu'il apparaît au tournant de l'an Mil pour croître et s'épanouir au XIIe siècle, n'a pas jailli tout à coup de rien ; il s'ancre dans un passé, des traditions, des comportements, des croyances antérieurs à la société médiévale, et même au christianisme. Comment s'est-il forgé, mis en place, imposé ? Autant de question auxquelles Dominique Barthélemy apporte des réponses, ou des commencements de réponse dans un essai remarquable de justesse, d'érudition, d'intelligence et d'humour, La Chevalerie.
Vertus guerrières
Qu'il existe des vertus guerrières communes à toutes les sociétés indo-européennes, voire à toutes les civilisations qui exaltent le courage et le métier des armes, on ne saurait en douter. Cependant, impossible de comparer Roland ou Lancelot à Achille ou Hector, ni de faire procéder le héros médiéval d'un modèle romain, comme certains historiens ont tenté de le démontrer, parce que l'individualisme chevaleresque est à l'opposé de l'esprit des légions. Il convient de chercher son modèle ailleurs, dans un passé « barbare », germanique, exaltant la valeur personnelle, le rôle du cavalier, les rapports entre un chef de guerre et ses hommes. Au vrai, ce modèle germanique supposé serait tout autant, voire davantage celtique, mais il tend à s'imposer avec l'avènement du monde franc, s'épanouit à l'époque carolingienne, devient chevalerie telle que nous entendons le mot à l'aube des temps capétiens. L'un des grands intérêts de l'étude, souvent incisive et mordante, est de mettre en évidence combien le combat chevaleresque, dès ses origines, se veut élitiste, quoique largement ouvert aux talents et mérites, donc économe en sang, le but étant de briller, pas de se faire tuer. Aussi de montrer comment les puissants, rois ou ecclésiastiques, oeuvrèrent à orienter ce goût de l'exploit individuel vers l'intérêt général, guerres de conquête ou croisade capables de souder la communauté dans la poursuite d'un but unique. Tournois, joutes et défis s'inscrivent dans une même logique, tandis que la chanson de geste, le roman arthurien ou courtois, objets d'un chapitre passionnant, tracent un modèle parfait, ce qui ne signifie pas que tout chevalier ait incarné cette perfection. En allant au-delà du mythe et de l'idéalisation, le professeur Barthélemy propose une vision profondément juste et humaine d'une institution qui tendit vers le Bien, sans toujours l'atteindre, et un éclairage équilibré sur ses relations avec un Islam qui proposait un contre modèle chevaleresque ; Sarrasins ou Francs, les vrais chevaliers, d'un côté comme de l'autre, y furent étonnamment sensibles.
La Table ronde
Le cycle des romans de la Table ronde, inspirateur de tant de rêves et de comportements héroïques, s'ancrent, eux aussi, dans un passé indo-européen très lointain. Rompant avec les délires ésotériques trop suscités par le sujet, un universitaire britannique, John Matthews, propose, sous forme d'un élégant album illustré, Le Graal, la vérité derrière le mythe, étude poussée sur les origines de la légende du calice de Joseph d'Arimathie, et l'interprétation qu'il convient de donner à l'histoire. Le symbole du vase sacré qui permet de communiquer avec la Divinité existe dans toutes les cultures, même les plus éloignées de la nôtre. En Europe, on le retrouve dans le cratère primitif d'Ouranos, le chaudron magique des dieux celtes, et chez les Scythes, ce qui permit d'ailleurs à Matthews, conseiller historique d'un film consacré au roi Arthur, d'y soutenir la thèse, aventurée mais défendable, d'un Arcturus officier romain né dans les plaines de l'Est. Ce qui importe est de comprendre pourquoi ce récipient tient une telle place dans l'imaginaire collectif de tous les temps et comment, d'un rôle symbolique, celui de la quête de l'âme vers Dieu, il a pu, dans des sociétés de plus en plus matérialistes, devenir l'objet de la recherche d'obligation stérile d'un objet tangible doué de pouvoirs supposés magiques. Le résultat est stimulant, par les discussions qu'il suscite, et passionnant. Est-ce ce matérialisme ambiant qui conduit aujourd'hui à appréhender les croisades comme une entreprise de conquête coloniale animée de vulgaires appétits de lucre hypocritement travestis en guerre sainte ? Sans doute … S'y ajoute, chez des historiens coupés de la tradition catholique, une incapacité véritable à comprendre le phénomène, donc prompts à le condamner de manière véhémente. L'Anglais Jonathan Phillips en fait la démonstration avec Une histoire moderne des Croisades. En quoi « moderne » ? En cela qu'elle réprouve une entreprise perçue, la faute en revenant aux propos de George W. Bush après le 11 septembre, comme une agression gratuite contre un monde musulman plus ouvert, civilisé, lumineux que l'Occident mal sorti des brumes de la barbarie. Thèse faussée d'emblée, on l'aura compris, qui perd de vue que l'Islam régnait sur le Proche-Orient après en avoir chassé les Byzantins et laissé aux chrétientés locales le choix entre la peu enviable dhimmitude et la conversion. Que cette agression remontât à trois siècles ne la légitimait pas. En fait, Philipps, conscient que la croisade constituait une réponse au djihad, entendait écrire une histoire de la guerre sainte, ce qu'indique le titre anglais de son livre. L'ennui étant que, dépassé par la complexité du sujet pour un non-arabisant, ou inquiet des aspects politiquement incorrects de sa démarche, il a réorienté son travail pour en faire le procès d'une entreprise par essence catholique, voire nationaliste. Horresco referens... Je ne saurai trop vous conseiller de relire plutôt Grousset, réédité en poche chez Perrin, qui se revendiquait patriote et croyant et dont l'Histoire des Croisades, inconnue de Mr. Philipps, pour n'être pas "moderne" n'en demeure pas moins un chef d'oeuvre.
Aux côtés des Croisés
Les mêmes a priori se retrouvent dans le petit livre de Claude Lebédel, Les Croisades, paru dans une nouvelle collection désireuse de rendre l'histoire abordable à un lectorat ignorant. Sans s'encombrer de chronologie, s'arrêtant à quelques personnages subjectivement choisis -Pourquoi aucune femme quand Mélisende de Jérusalem ou Constance d'Antioche, entre autres, le justifiait ? Pourquoi Renaud de Châtillon, seigneur brigand plutôt que l'admirable Baudouin IV ? - sans peur des erreurs de détails, - Bohémond de Hauteville, prince de Sicile, n'est pas Bohémond de Normandie… - dégoulinant de complaisance pour tout ce qui n'est ni croisé ni franc, au risque d'attribuer l'invention de la boussole et de la soie aux Arabes plutôt qu'aux Chinois, l'auteur signe une synthèse plus ambitieuse que sérieuse et passablement insatisfaisante.
Royaume latin
Qu'il ne s'agissait nullement d'une entreprise d'appropriation territoriale, un fait l'atteste : au lendemain de la prise de Jérusalem, en juillet 1099, la majorité des Croisés repartit vers l'Europe sans penser à la survie du nouveau royaume latin... Ce fut l'urgente nécessité d'assurer une armée permanente qui entraîna la naissance de l'Ordre du Temple et la transformation des Hospitaliers de Saint-Jean en moines soldats. Aventure singulière que cette nouvelle chevalerie dont saint Bernard s'instaura le chantre et qui a entraîné, en français du moins, d'innombrables études plus ou moins sérieuses et circonstanciées. Il semble qu'il n'en existe pas d'équivalentes outre-Manche puisque l'étude de Desmond Seward, Les chevaliers de Dieu, y demeure, depuis sa parution en 1972, un classique inégalé. Fallait-il en proposer la traduction ? Oui. Certes, Seward, dans cette synthèse consacrée aux Ordres militaires, n'apprendra strictement rien à ceux que le sujet intéresse concernant Templiers, Hospitaliers, devenus chevaliers de Malte, ou Teutoniques ; en revanche, et cela justifie l'entreprise, le chapitre consacré aux ordres espagnols et portugais, Calatrava, Alcantara, Aviz, Montesa, Santiago et Mercédaires, qui combattirent uniquement dans la péninsule ibérique, la Reconquista étant regardée comme équivalente à la Croisade, est, à ma connaissance, la seule approche disponible dans notre langue. Seward y met en évidence la laïcisation de ces Ordres, l'emprise des souverains, qui imposèrent des princes comme Grands Maîtres, précisément ce que Philippe le Bel tenta vainement d'obtenir du Temple, et explique ainsi leur longue durée. Cela comble une lacune de notre historiographie.
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 5 au 18 mai 2011
Dominique Barthélemy : La Chevalerie, Fayard, 525 p., 26 €.
John Matthews : Le Graal, Le pré aux clercs, 175 p., 20 €.
Jonathan Phillips : Une histoire moderne des Croisades, Flammarion, 520 p., 26 €.
Claude Lebédel : Les Croisades, Ouest-France, 160 p., 6 €.
Desmond Seward : Les Chevaliers de Dieu, Perrin, 380 p., 22 €.

dimanche 25 octobre 2015

Comment oublier Halloween avec Chrétien de Troyes

Oublions Halloween sans même polémiquer avec la Bête…
Je reprends un sujet qui nous tient à cœur, celui du Graal, qui montrait au Moyen âge le mystère fragile de la civilisation française. Nous en sommes loin mais ce n’est pas une raison pour ne pas rappeler un aspect méconnu de l’œuvre de Chrétien de Troyes : son noble hellénisme.
Cligès est un splendide roman ignoré. Il tente de réconcilier l’orient byzantin et l’occident après le schisme en montrant la grande unité culturelle de la civilisation européenne. Dès le début Chrétien nous donne ses sources. Car tout le monde enfin oublie de qui Chrétien se réclame : « Celui qui traita d’Erec et Enide, mit les commandements d’Ovide et l’Art d’aimer en français, fit le Morsure de l’épaule, traita du roi Marc et d’Yseult la Blonde… se remet à un nouveau conte, d’un jeune homme qui vivait en Grèce et qui vivait sous le règne du roi Arthur ».
Chrétien, venu à la cour de l’empereur Barberousse vers 1180, y avait rencontré l’ambassadeur byzantin. Les chansons de geste byzantines étaient proches des nôtres, et Chrétien explique les liens entre cette littérature et nos prédécesseurs.
Voici ce que nous ont appris nos livres ; la Grèce fut, en chevalerie et en savoir, renommée la première, puis la vaillance vint à Rome avec la somme de la science, qui maintenant est venue en France.
La France avait pris un relais de vaillance et de science. Tout cela s’est fait par une transmission monastique des textes venus des grands auteurs grecs, d’Ovide et de Virgile. Au Moyen âge on fait aussi des « remakes » et des copies bien mimétiques ; ainsi Eneas, ainsi Troie, ainsi Alexandre. Et l’on comprend alors l’omniprésence de l’alchimie grecque dans nos textes bien étudiés par Fulcanelli.
Edmond Faral publia en 1913 un livre magnifique sur Les sources latines et grecques de nos romans de chevalerie. On peut le lire sur archive.org. Il explique que ces sources ont été négligées et que ce n’est hélas pas fortuit.
Il donne même les raisons de cet oubli : le préjugé de la Renaissance qui voit l’opinion publique rendue inculte par son école considérer le Moyen âge comme une ère de Zabulon et le seizième siècle de notre bonne vieille Renaissance comme l’âge de la perfection ultime. Or Victor Hugo souligne au début de Notre-Dame l’effondrement (sic) de l’architecture à la Renaissance.
Edmond Faral :
Affirmer que les romanciers du XIIème siècle étaient nourris de la lecture de Virgile, d’Ovide et de la plupart des bons poètes de l’ancienne Rome, c’est s’en prendre, à coup sûr, quoique indirectement, aux théories qui expliquent la Renaissance poétique française du XVIème siècle par la découverte de l’Antiquité.
Le moyen âge a connu l’Antiquité beaucoup mieux qu’on ne le dit d’ordinaire et, au moins sur la poésie des Latins, on n’était guère moins bien renseigné en 1150 qu’en 1550.
Nous évoquerons avec plaisir les sources celtiques chez Chrétien de Troyes ; mais passé leur Halloween…
Nicolas Bonnal
source : Boulevard Voltaire :: lien

dimanche 5 avril 2015

La chevauchée littéraire, devenue mythique d’Artus

L'aventure d'une revue racontée par celui qui l'a intensément vécue
Hervé Glot
Nous avons longtemps hésité avant de classer l'article d'Hervé Glot, issu d'une contribution au magazine des Amis de l'écrivain normando-breton, Jean Mabire . Il avait sa place dans notre rubrique "émotion/réflexion", car l'histoire du magazine Artus relève d'abord de la littérature, de la poésie, de l'image et de l'imaginaire. Mais par la vocation ambitieuse qu'elle s'assignait, au service de la large culture celte, toujours vivante et ardente, par l'enthousiasme  qu'elle a suscité auprès d'artistes, d'intellectuels, du public, par l'impulsion enfin qui continue de nourrir rêves et convictions, elle relève finalement de la rubrique "communautés vivantes".  
"Difficile de prendre individuellement la parole au sujet d’une aventure qui fut avant tout collective, d’autant que les années ont en partie gommé le contexte qui vit la naissance et l’évolution de la revue Artus, puis, par la suite, des éditions du même nom. Mais soit, je tenterai d’être le chroniqueur concis et néanmoins fidèle d’une chevauchée qui s’est étalée dans le temps et bien sûr, comme tout corps vivant, a initié ou subi ses propres métamorphoses.
L’affaire est ancienne, puisque c’est en 1979 que fut fondée l’association éditrice de la revue, avec pour dessein d’explorer les voies de la culture celtique d’hier, et d’en faire entendre les voix d’aujourd’hui. Cette association naissait en Bretagne, à Nantes capitale du duché, et Jean-Louis Pressensé en était le directeur et le premier rédacteur. Artus : le nom avait, bien sûr, été choisi en référence au roi de la Table Ronde, dont le royaume légendaire s’étendait sur les deux rives de la Manche. 
Il élargissait considérablement le réduit breton auquel nous étions certes attachés… mais à condition d’exercer toute liberté dans les instants où il nous siérait de larguer les amarres, comme en témoignait le sous-titre "pays celtiques et monde nordique". L’association était née d’une réaction contre une certaine vision en vogue dans les années 70, celle d’une Bretagne étroite, suffisante et, pour finir, morte d’un trop plein "de légitimes revendications et de droits imprescriptibles"…
Sources et survivances d’un imaginaire celtique
Nous souhaitions rechercher, au sein d’un univers plus large, les sources et les survivances d’un imaginaire celtique. Et nous nous interrogions: « Segalen est-il moins celte quand il compose Les Immémoriaux, Kenneth White quand il décrit Hong-Kong, Michel Mohrt quand il rédige "L’ours des Adirondacks ?" »
Dès lors se posait le problème du contenu que nous entendions donner au terme « celtique ». Pour ma part, très sensible à l’enseignement que prodiguait (parfois dans la douleur) Christian-J. Guyonvarc’h, l’Irlande, avec sa mythologie miraculeusement transmise, était un des conservatoires et l’un des foyers où aller chercher les brandons encore vivants du grand récit. Des brandons à raviver parce que, sans cette lueur venue de ses franges "barbares’", l’Europe, qui cherchait à s’inventer, faisait l’impasse sur une partie de son âme (elle a fait mieux depuis !). De notre point de vue, c’était pour les artistes, les créateurs, se priver d’une source d’inspiration dont des écrivains majeurs, comme Yeats ou Joyce (bon gré, mal gré), avaient fait le suc de leur œuvre, et dont le cinéma s’emparait désormais avec gourmandise. J’aime toujours rappeler que l’Irlande, un tout petit pays, peut se flatter d’avoir porté, bien au-delà de son nombril, la lumière de ses écrivains et que l’imaginaire est une pensée vivante, une flamme que l’on ravive au contact de la diversité du monde. 
Pourtant, la volée de bois vert ne vint pas des Bretons pur beurre : il apparut rapidement que l’usage que nous faisions des termes celte ou celtique, et ce que nous affirmions comme un héritage mésestimé étaient, pour certains, des vocables strictement interdits, des territoires de la pensée absolument prohibés. Passons sur ces polémiques, elles n’en méritent pas davantage.
Un sentiment géographique et quasi climatique  
Nous cherchions à faire partager un sentiment géographique et quasi climatique : cette Europe du nord-ouest, atlantique et baltique, est (de toute évidence) un mélange de terre et d’eau, un espace terraqué aux limites indécises, aux lumières parfois incertaines et aux origines parfois contradictoires. Nous souhaitions faire naître peu à peu, par les textes des chercheurs, ceux des écrivains et des poètes, les œuvres des photographes, des peintres ou des graveurs, etc, une esthétique, un esprit, qui donneraient à la revue une couleur que j’espérais singulière. 
Jean-Louis Pressensé avait, au tout début de l’aventure, suggéré cet en-dehors des territoires trop arrimés, en évoquant l’Artusien en devenir : « Etre enfant du granit, de la houle, des forêts et du vent, être pétri de fidélité, de folie et de rêves…» Et, effectivement, les filiations furent de cœur, de consanguinité spirituelle, de générosité, jamais fondées sur l’intérêt ou le conformisme idéologique. 
La revue fut, pour bien des rédacteurs, une école pratique et un centre de formation intellectuelle. Nous approfondissions nos compétences techniques, passant de la terrible composphère, fleuron de chez IBM, à l’ordinateur, et la table de la salle à manger, qui servait de table de montage, conserve les ineffaçables stigmates du cutter de mise en page : à ces moments-là, il fallait penser avec les mains, non sans avoir affirmé, quelques instants auparavant, après Rimbaud, que la main à plume valait bien la main à charrue.
Nous allions vers les artistes ou les chercheurs par inclination personnelle, aussi bien que par curiosité pour qui nous intriguait. Ainsi, la revue développait son contenu, tandis que les numéros sortaient avec la régularité qu’autorisaient nos occupations professionnelles. Artus a fédéré des énergies, confronté des individualités et surtout nous a conforté dans le sentiment que l’équilibre, le nôtre en tout cas, se trouve où cohabitent le travail des savants et le chant des poètes.
Un équilibre où cohabitent le travail des savants et le chant des poètes
Peu à peu, nous avons orienté notre publication vers des thèmes plus précis. Parurent ainsi "Le Graal", "A chacun ses Irlande", "Au nord du monde", "Harmonique pour la terre", "L’Amour en mémoire", "Ecosse blanches terres", "Mégalithes", "Archipels, vents et amers", autant de titres qui signaient des affinités électives, des rencontres insolites ou prévisibles. Avec le recul, cette formule éditoriale a eu le grand avantage d’ouvrir un espace accueillant et de permettre la constitution d’un noyau de collaborateurs, qui auront trouvé dans le rythme revuiste, à la fois souplesse, diversité et régularité. 
Les universitaires Jacques Briard pour l’archéologie, Christian-J. Guyonvac’h pour le domaine celtique, Léon Fleuriot pour les origines de la Bretagne, Philippe Walter pour la littérature arthurienne, Régis Boyer pour le monde nordique, Gilbert Durand pour le vaste champ de l’imaginaire, furent parmi d’autres, nos guides et nos interlocuteurs. Patrick Grainville et Kenneth White nous donnèrent de sérieux coups de main. Philippe Le Guillou a été le compagnon de nos rêveries scoto-hiberniennes. Michel Le Bris a bercé nos songes romantiques au rythme des puissances de la fiction; quant à Pierre Dubois, il a été pour nous tous l’empêcheur de raisonner en rond, le Darby O’Gill des raths et des moors.
La revue a permis, en outre, de créer un lectorat qui est naturellement resté fidèle lors du glissement -amorcé en douceur au milieu des années 80- de la revue vers la maison d’édition, ayant ainsi, pour effet, de résoudre partiellement le problème de la diffusion.
Après s’être essayé à la publication de textes relativement courts : "Enez Eussa" de Gilles Fournel, "Marna" d’Yvon Le Menn, "la Main à plume" de Philippe Le Guillou, suivront une vingtaine de livres dont "Ys dans la rumeur des vagues" de Michel Le Bris, ou "Les Guerriers de Finn" de Michel Cazenave. Des albums sont consacrés à des peintres, des sculpteurs, des graveurs, des photographes (Yvon Boëlle, Jean Hervoche, Carmelo de la Pinta, Bernard Louedin, Sophie Busson, Jean Lemonnier, Geneviève Gourivaud).  
Avec Pierre Joannon, nous éditerons un gros album, "L’Irlande ou les musiques de l’âme", une somme menant de la protohistoire à la genèse de l’Irlande contemporaine, que reprendront les éditions Ouest-France. Toujours à l’affut des méandres de la création, sous la direction de Jacqueline Genêt, de l’université de Caen, nous avons publié les variations des écrivains de la renaissance culturelle irlandaise, autour de la légende de Deirdre.  
Depuis ces temps de fondation, d’autres livres bien sûr sont parus, parfois en coédition avec Hoëbeke ou Siloë. Citons "Arrée, l’archange et le dragon", "Des Bretagne très intérieures", "Une Rhapsodie irlandaise", plus récemment "Lanval" et ,dernier en date, "Les îles au nord du monde", un texte de Marc Nagels illustré par Didier Graffet, avec des photographies de Vincent Munier.
Un numéro spécial avait marqué un tournant dans l’histoire d’Artus. Ce n’était déjà plus le fascicule habituel, mais un véritable album titré "Brocéliande ou l’obscur des forêts". Il allait nous conduire vers une autre direction : une heureuse conjonction permit à Claudine de créer et d’asseoir" au château de Comper" le Centre de l’Imaginaire Arthurien. Mais cela est une autre histoire, et je ne voudrais pas m’approprier abusivement ce qui appartient à une fraternité sûrement plus vaste que la mienne, sinon en rappelant ce que pourrait être… une errance arthurienne.
Vagabondage dans l’espace arthurien
Histoire des hommes et de leur imaginaire, rêves, foi, mythes, voilà un terrain de pérégrinations assez inépuisable, au milieu duquel l’héritage celtique et la légende arthurienne brillent, aujourd’hui, d’un éclat particulier, avec leur cortège de prouesses et d’enchantements, dont le moindre n’est pas la promesse de la quête.
Le roman arthurien n’a pas inventé la quête, mais il lui a donné une couleur et une dimension renouvelées. La quête chevaleresque n’est ni la descente aux Enfers d’Orphée ou de Virgile, la fuite d’Énée ou la dérive involontaire d’Ulysse. À travers d’innombrables épreuves, dont on ne sait dans quelle réalité elles se déroulent, elle unit, à un voyage qui porte ordre et lumière là où règne le chaos, un cheminement intérieur, recherche de perfection ou d’absolu.
Au centre de la cour arthurienne, la Table Ronde rassemble les meilleurs chevaliers, venus du monde entier briguer l’honneur de servir. Alors, commencent les expéditions, entreprises sur un signe, une requête, un récit marqué d'étrangeté. Lorsqu’il prend la route, chaque chevalier devient, à lui seul, l’honneur de la Table Ronde et la gloire du roi. Il forme l'essence même de la chevalerie arthurienne, affirmant la nécessité de l'errance, le dédain des communes terreurs, la solitude, qui ne s’accompagne que d’un cheval et d’une épée. Il ne sait ni le chemin à suivre, ni les épreuves qui l'attendent. Un seule règle, absolue, lui dicte de « prendre les aventures comme elles arrivent, bonnes ou mauvaises ». Il ne se perd pas, tant qu’il suit la droite voie, celle de l'honneur, du code la chevalerie.
 La nécessité de la Quête est partie intégrante du monde arthurien. Au hasard de sa route, le chevalier vient à bout des forces hostiles. Il fait naître l’harmonie, l’âge d’or de la paix arthurienne dans son permanent va et vient entre ce monde-ci et l’Autre Monde, car l’aventure, où il éprouve sa valeur, ne vaut que si elle croise le chemin des merveilles. Sinon elle n’est qu’exploit guerrier, bravoure utilitaire. Seul, le monde surnaturel, qui attend derrière le voile du réel, l’attire, et lui seul est qualifiant.
Les poètes recueillent la Matière de Bretagne vers le XIIe siècle, de la bouche même des bardes gallois et, sans doute, bretons. Malgré le prestige du monde antique et des romans qu’il inspire et qui ne manquent pas de prodiges, la société cultivée découvre, fascinée, les légendes des Bretons (aujourd’hui nous parlerions des Celtes), un univers culturel perçu comme tout autre, d’une étrangeté absolue. Le roman, cette forme nouvelle nourrie de mythes anciens, donne naissance à des mythes nouveaux, la Table Ronde, le Graal, l’amour de Tristan pour Iseult, Merlin… Parmi les référents culturels de l’Europe, en train de naître, elle s’impose en quelques dizaines d’années, du Portugal à l’Islande, de la Sicile à l’Écosse.
La légende celtique, mêlée d’influences romanes ou germaniques, constitue une composante fondamentale pour l’Europe en quête d’une identité qui transcende les nécessités économiques et politiques. Mais le thème de la quête représente, plus fondamentalement croyons-nous, un itinéraire proprement spirituel, initiatique ou mystique même, pour certains. Elle manifeste, aussi, un besoin d’enracinement, la recherche de valeurs anciennes, prouesse, courtoisie, fidélité, largesse, l’aspiration à l’image idéale de ce que nous pourrions être.
Une fois de plus, le roi Arthur revient : non pas la figure royale, mais l’univers de liberté et d’imaginaire qu’il convoie. A qui s’interroge sur cette postérité tenace, sur ces résurrections insistantes, on peut trouver des raisons, dans le désordre, culturelles, patrimoniales, psychanalytique, politiques, artistiques. Pour nous, nous dirons, simplement et très partialement, qu’il s’agit de la plus belle histoire du monde, et qu’il suffit de revenir au récit, à ces mots qui voyagent vers nous, depuis plus de huit siècles, pour comprendre que les enchantements de Bretagne ne sont pas près de prendre fin."

dimanche 6 avril 2014

Arthur : entre mythe et réalité

L’étonnant succès d’un feuilleton télévisé drôle, iconoclaste et parfois profond, a provoqué dans le public ces dernières années un regain d’intérêt et de curiosité envers la geste arthurienne. Il reste cependant difficile d’appréhender la personnalité et l’existence du souverain le plus mythique d’Occident.
Martin Aurell, auteur de La Légende du roi Arthur, se garde bien de s’attaquer à l’aspect biographique du problème, choix sage et avisé, mais décevant pour la plupart des curieux. Pouvait-il faire autrement ? Sans doute pas. Née au Ve siècle, dans les grands bouleversements entraînés par le retrait de Rome de Bretagne, les raids de pirates irlandais, les invasions angles et saxonnes, l’immigration massive des Bretons chassés de leurs terres, l’histoire d’Arthur est sans doute, à l’origine, celle d’un “tiern”, un chef de guerre celte catholique et romanisé, qui coalisa les clans et résista avec plus de talent que les autres à l’envahisseur germanique. Sa mort au combat marqua pour les siens la fin de tout espoir. Ne leur restait qu’à se soumettre ou s’exiler.
L’on comprend que, dans leur immense amertume, les Bretons aient héroïsé le chef disparu et incarné en lui leurs rêves de revanche, affirmant qu’Arthur n’était pas mort, qu’il reviendrait reforger Excalibur et sauver la nation celtique. Roi perdu, figure du Grand Monarque, Arthur est tout cela, ce qui suffit à faire de lui un symbole de premier plan. Tolkien le savait qui s’en servit pour dessiner la figure d’Aragorn dans Le Seigneur des Anneaux.
Ces aspects-là ne sont cependant pas, en dépit de leur intérêt, ceux qui ont retenu Martin Aurell. Tournant le dos à l’insaisissable chef celte des origines, à ses avatars mystiques et politiques, il a choisi de se pencher exclusivement sur le destin littéraire médiéval d’Arthur, et la lecture que firent clercs et puissants d’Europe de sa geste. Passant d’un manuscrit à l’autre, il montre comment l’histoire des chevaliers de la Table Ronde et du Saint Graal, transplantée de son terreau primitif aux cours royales du XIIe siècle, est devenue modèle d’éducation, d’initiation à l’amour courtois, quête religieuse et miroir des princes d’Occident.
Tel quel, ce gros ouvrage ne s’adresse certes pas au grand public mais, à défaut de proposer une impossible biographie d’un homme entré dans la légende, il donne d’une partie de cette légende foisonnante une analyse claire et très complète qui mêle habilement histoires littéraire et sociale.
Antiques croyances
Les lecteurs qui désireraient ensuite revenir aux sources, c’est-à-dire aux romans médiévaux, le pourront sans peine grâce à la précieuse collection de poche des Lettres gothiques, qui propose en édition bilingue, vieux français et version moderne, accompagnée de nombreuses notes et d’introductions fouillées, la plupart des textes. S’y replonger permet de constater par soi-même que ces récits fonctionnent encore et procurent à ceux qui les lisent aujourd’hui le même plaisir qu’il y a huit ou neuf cents ans. Leurs auteurs le savaient si bien qu’ils n’hésitèrent pas à inventer des suites extravagantes riches en rebondissements, à l’instar de La fausse Guenièvre, tome 3 de Lancelot du Lac, où l’on voit une aventurière, bâtarde de Léodagan de Carmélide, usurper la place de la reine, sa demi-soeur. Lancelot parviendra-t-il à faire éclater la vérité et sauver celle qu’il aime en secret ? La question tint en haleine le public de l’époque.
Cependant, jusque dans les versions médiévales, subsistent des allusions très nettes à d’antiques croyances ou coutumes celtiques ou indo-européennes, qui permettent de décrypter un univers à la fois très lointain et très proche tant il fait inconsciemment partie de notre patrimoine. Thierry Jigourel en propose une grille de lecture avec Merlin, Tristan, Is et autres contes brittoniques.
Réécriture personnelle de ces récits légendaires parmi les plus populaires, ce livre cherche d’abord à les replacer dans leur contexte primitif. Il n’est pas faux de relire l’histoire de la ville d’Ys, aujourd’hui connue à travers des embellissements littéraires très tardifs puisque certains datent de 1920, comme un apologue sur l’affrontement entre le paganisme et le christianisme. Il en va de même de presque tous ces récits. Trop systématiquement peut-être car le monde celte se christianisa avec une stupéfiante facilité, en partie parce que les évangélisateurs eurent l’intelligence de ne pas heurter de front les mentalités et de respecter ce qui pouvait l’être sans risque. Thierry Jigourel connaît bien le sujet et en parle avec autant de flamme que de talent. Cela rend son livre plaisant tant il est passionné, mais aussi, et fatalement, injuste dans son dénigrement de la foi chrétienne.
Mieux vaut donc ne pas le donner à de trop jeunes lecteurs en raison d’une apologie du paganisme séduisante et tentatrice pour ceux qui ne sauraient en voir les failles et les limites.
Anne Bernet L’Action Française 2000 n° 2742 – du 21 février au 5 mars 2008
* Martin Aurell : La Légende du roi Arthur. Perrin, 695 p., 25,80 euros.
* Anonyme : La Fausse Guenièvre ; Lancelot du Lac, tome III. Lettres Gothiques, Le Livre de poche, 350 p. prix non communiqué.
* Thierry Jigourel : Merlin, Tristan, Is et autres contes brittoniques. Jean Picollec, 270 p., 19 euros.

samedi 28 décembre 2013

UN PEUPLE PEU CONNU : LES SARMATES

Un extraordinaire tumulus livre leurs secrets

Jean Pierinot
Ex: http://metamag.fr
 Un tumulus Sarmate fouillé cet été dans les steppes de l'Oural, au sud de la Russie, a révélé un magnifique et rarissime trésor. Les objets trouvés dans le monticule devraient apporter de nombreuses informations sur une période peu connue de cette culture nomade qui a prospéré sur la steppe eurasienne au cours du 1er millénaire avant JC. L'étude archéologique de ce remarquable tombeau antique, appelé aussi kurgan, a été réalisée par l'expédition de l'Institut d'Archéologie (Académie Russe des Sciences), dirigé par le professeur Leonid T. Yablonsky.
Peuple établi du IVème s. avant J.-C. au IIIème s. après J.-C. dans la plaine qui borde au Nord la mer Noire, de part et d'autre du Don, nomades guerriers, excellents cavaliers, les Sarmates ont harcelé l'Empire romain en Dacie et tout au long du Danube. Ils ont été ensuite submergés à leur tour par les Goths, puis, au IVème s., par les Huns. Proches des Scythes, ils ont laissé des sépultures princières, les kourganes, qui ont livré de remarquables objets d'orfèvrerie, rehaussés de pierres de couleurs, témoignant d'un puissant style animalier.
L'absence de langue écrite.
Les peuples nomades n'avaient pas de langage écrite, aussi les scientifiques n'ont pu apprendre à connaitre leur culture et leurs traditions qu'à travers les données archéologiques. Les kurgans qui sont dispersés à travers les steppes contiennent beaucoup de reliques Scythes et Sarmates. Alors que les nomades avaient des échanges avec la perse achéménide et les civilisations grecques, ils ont su préserver leur propre culture. Cette année, les archéologues ont fouillé la partie orientale du monticule 1 du Kurgan à Filippovka dans la région d'Orenbourg. Cette partie faisait environ 5 m de haut et 50 m de long; elle avait été laissée inexplorée par l'expédition précédente, il y a plus de 20 ans.
L'objectif était de terminer l'étude de ce monument extraordinaire, entré dans les annales de la culture mondiale avec la découverte de 26 statuettes de cerfs "en or". Un autre défi majeur pour les archéologues était d'assurer la préservation de ce patrimoine culturel unique qui fait face à un grand nombre de menaces imminentes, avec le vol comme problème majeur. Un passage souterrain près de l'entrée a été la première zone explorée cette saison. Un énorme chaudron de bronze d'un diamètre de 102 cm y a été découvert. Ses poignées ont été façonnées dans les traditions du style animalier scythe-Siberien avec une image de deux griffons, bec à bec.
Dans la zone du monticule Est, une chambre funéraire intacte a été découverte mesurant environ 4x5m et 4m de profondeur. Au fond de la chambre, plusieurs couches stratifiées de débris ont été fouillées pour révéler du mobilier funéraire exceptionnellement riche et varié, accompagnant un squelette humain. Le matériel associé à l'enterrement semblait appartenir à une femme, étant donné que la tombe contenait ce qui est considéré comme des objets typiquement féminins et des bijoux.  Cependant, l'examen ostéologique initial de la morphologie du squelette a révélé que l'occupant serait un homme, bien que l'analyse ADN doit encore être effectuée.
Le mobilier funéraire.
Un petit coffre en osier qui pourrait être une trousse de toilette a été trouvé près du crâne. Il était rempli à ras bord avec des objets tels qu'un récipient en argent coulé avec un couvercle, un pectoral en or, une boîte en bois, des cages, des verres, des flacons de toilette en faïence et argent, des pochettes en cuir, et des dents de chevaux qui contenaient des pigments rouges.
Non loin de là, reposait un grand miroir d'argent avec des animaux stylisés dorés sur la poignée, une décoration en relief sur le dos et l'image d'un aigle au centre, entouré d'un cortège de six taureaux ailés. Les vêtements étaient décorés de plusieurs plaques, représentant des fleurs, des rosaces et une panthère bondissant sur le dos d'un saïga (antilope).
Il y avait également 395 pièces recouvertes de feuilles d'or et cousues sur la culotte, la chemise et le foulard. Il portait un châle avec une frange et une chaîne d'or; et les manches de la chemise étaient agrémentées de perles multicolores, formant un motif géométrique complexe.
Deux boucles d'or décorées à certaines endroits d'émail cloisonné ont été trouvées dans la zone de l'os temporal.
Du matériel de tatouage .
Les archéologues ont également découvert des équipements utilisés dans l'art du tatouage, dont deux palettes de pierre à mélange et des aiguilles en fer recouvertes d'or, ainsi que des cuillères en os utilisées pour mélanger les peintures et des stylos décorés avec des animaux.
Cette fouille constitue une percée majeure dans l'étude de la mystérieuse culture Sarmate du début de l'âge du fer.
 Le roi Arthur était-il un cavalier sarmate et les mythes arthuriens ont-ils une origine dans le Caucase ?
(source : agencebretagnepresse)
L’actualité récente en Géorgie a mis les projecteurs sur la République indépendante d’Ossétie (Indépendance proclamée en 1991). Les Ossètes comme les Bretons d’ailleurs, ont des origines ancrées dans la fin de l’Empire romain. Les Ossètes descendent des fameux Alains, ou plutôt de ceux qui sont restés et ne sont pas partis piller l’Empire au Ve siècle.
Les Sarmates en Bretagne insulaire
Ces peuplades qui parlent une langue iranienne apparaissent dans le bas-Empire romain sous le nom de Sarmates quand ils sont alliés ou federati et de Scythes quand ils sont ennemis. Envahisseurs, ils sont connus sous le nom d’Alains alliés des Vandales.
La cavalerie sarmate-alain très appréciée des Romains était quasiment invincible. Elle était appelée cavalerie [1], du nom de leur cuirasse d’écailles, la cataphracte.
Depuis 175, les Sarmates devaient fournir à Rome 5000 cavaliers, pour la plupart envoyés en Bretagne (insulaire) à la frontière nord. Les Sarmates de Bretagne auraient été commandés à la fin du IIe siècle par Lucius Artorius Castus qui serait le roi Arthur historique (1), du moins le premier, car il semblerait que le roi Arthur soit un personnage composé de plusieurs figures historiques. Lucius Artorius ayant vécu 200 ans plus tôt que le roi breton qui rallia les Brito-Romains contre les envahisseurs saxons.
D’après Léon Fleuriot, c’est Artorius Castus, préfet de la VIe légion, qui aurait aussi maté la révolte armoricaine de 184. Une intervention en Gaule que rapporte bien la légende dans la première version écrite, celle de Geoffroy de Monmouth.
C’est cette cavalerie sarmate-alain qui aurait apporté d’Asie le symbole du dragon en Grande-Bretagne. Rien de plus normal pour des cavaliers aux cuirasses écaillées de se battre derrière des enseignes d’un monstre écaillé. Le dragon rouge du roi Arthur, dit justement « Pendragon » comme le roi Uther. Le dragon rouge apparaît aussi dans les prophéties de Merlin. Un dragon que l’on retrouve aujourd’hui jusque sur le drapeau du Pays de Galles.
Les Alains en Armorique
Les Sarmates-Alains, révoltés contre Rome, ont pillé le nord de la Gaule de 407 à 409. Après avoir traversé la Loire en 408, le consul Aetius leur donnera l’Armorique pour qu’ils les laissent tranquilles. Un peu comme le roi de France cinq siècles plus tard donnera la Normandie aux Vikings de Rollon.
Avec à leur tête un chef du nom de Goar, les Alains se divisent en plusieurs bandent et pillent l’Armorique. C’est encore eux, redevenus des mercenaires au service de l’empire qui vont réprimer la dernière révolte armoricaine dite des Bagaudes (bagad = bande en gaulois et en breton moderne) en 445-448 à une époque où justement les Bretons commencent à arriver de Grande-Bretagne puisque les dernières légions la quittent en 441.
Certaines s’établiront juste de l’autre côté de la Manche puisque le mot Léon dérive justement de « légion » et Trégor de tri-cohortes. Voir à ce sujet le Guide des drapeaux bretons et celtes de Divi Kervella et Mikaël Bodloré-Penlaez, qui vient de sortir en librairie. Les symboles héraldiques du Haut-Léon et du Trégor semblent avoir justement hérité du dragon.
Certains linguistes pensaient que les patronymes Alain ou Alan seraient tout simplement des gens descendant d’Alains établis en Gaule mais le vieux breton a un terme alan pour le cerf et cette origine semble plus vraisemblable. Des Alains se sont surtout installes en Île-de-France, en Aquitaine, en Lusitanie (Portugal) autour de Carthagène en Vandalousie qui deviendra Andalousie. Le nom de Tiffauge, célèbre pour son Barbe Bleu viendrait du nom d’une des bandes de barbares alliés aux Alains, les Taïfales, établis dans cette région au Ve siècle. Le nom de l’Aunis viendrait aussi d’Alains.
Les mythes arthuriens d’origine alanique ?
Dans leur livre De la Scythie à Camelot, Covington Scott Littleton, professeur d’anthropologie à Los Angeles et Linda Ann Malcor, docteur en folklore et mythologie, ont remis en cause l’origine celtique du cycle arthurien.
Pour eux, le cour de cet ensemble fut apporté entre le IIe et le Ve siècle par des cavaliers alains-sarmates.
La culture des Ossètes, les cousins contemporains des Alains, possède des récits qui ressembleraient aux aventures d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde. On y raconte notamment la saga du héros Batraz et de sa bande, les Narts. Dans cette histoire il est, entre autres, question d’épée magique qui serait l’équivalent d’Excalibur et de coupe sacrée, le Graal donc, la coupe du Wasamonga que l’on retrouve sur l’emblème moderne de l’État d’Ossétie du Sud avec un triskell qui est par contre universel et pré-cetique puisque sur des monuments mégalithiques comme à Newgrange en Irlande. Il semblerait que les échanges de mythes aient eu lieu dans les deux sens.
(1) rapprochement fait pour la première fois par Zimmer, Heinrichen 1890, repris par Kemp Malone en 1925.
Sources : – C. Scott Littleton, Linda A. Malcor, From Scythia to Camelot, New-York ; Oxon, 1994 (rééd. 2000).
- X. Loriot, Un mythe historiographique : l’expédition d’Artorius Castus contre les Armoricains, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1997.
- Guide des drapeaux bretons et celtes, D. Kervella et M. Bodloré-Penlaez. Éd. Yoran Embanner, 2008.
- Les Origines de la Bretagne, Léon Fleuriot. Payot, 1980 (nombr. rééd.).
Notes
[1] cataphractaire
http://vouloir.hautetfort.com/archive/2013/11/27/temp-8461f169dea7829a1fe447a4951dcf11-5232386.html

mercredi 11 septembre 2013

Le roi Arthur était-il un cavalier sarmate et les mythes arthuriens ont-ils une origine dans le Caucase ?

(source : agencebretagnepresse)
L’actualité récente en Géorgie a mis les projecteurs sur la République indépendante d’Ossétie (Indépendance proclamée en 1991). Les Ossètes comme les Bretons d’ailleurs, ont des origines ancrées dans la fin de l’Empire romain. Les Ossètes descendent des fameux Alains, ou plutôt de ceux qui sont restés et ne sont pas partis piller l’Empire au Ve siècle.
Les Sarmates en Bretagne insulaire
Ces peuplades qui parlent une langue iranienne apparaissent dans le bas-Empire romain sous le nom de Sarmates quand ils sont alliés ou federati et de Scythes quand ils sont ennemis. Envahisseurs, ils sont connus sous le nom d’Alains alliés des Vandales.
La cavalerie sarmate-alain très appréciée des Romains était quasiment invincible. Elle était appelée cavalerie [1], du nom de leur cuirasse d’écailles, la cataphracte.
Depuis 175, les Sarmates devaient fournir à Rome 5000 cavaliers, pour la plupart envoyés en Bretagne (insulaire) à la frontière nord. Les Sarmates de Bretagne auraient été commandés à la fin du IIe siècle par Lucius Artorius Castus qui serait le roi Arthur historique (1), du moins le premier, car il semblerait que le roi Arthur soit un personnage composé de plusieurs figures historiques. Lucius Artorius ayant vécu 200 ans plus tôt que le roi breton qui rallia les Brito-Romains contre les envahisseurs saxons.
D’après Léon Fleuriot, c’est Artorius Castus, préfet de la VIe légion, qui aurait aussi maté la révolte armoricaine de 184. Une intervention en Gaule que rapporte bien la légende dans la première version écrite, celle de Geoffroy de Monmouth.
C’est cette cavalerie sarmate-alain qui aurait apporté d’Asie le symbole du dragon en Grande-Bretagne. Rien de plus normal pour des cavaliers aux cuirasses écaillées de se battre derrière des enseignes d’un monstre écaillé. Le dragon rouge du roi Arthur, dit justement « Pendragon » comme le roi Uther. Le dragon rouge apparaît aussi dans les prophéties de Merlin. Un dragon que l’on retrouve aujourd’hui jusque sur le drapeau du Pays de Galles.
Les Alains en Armorique
Les Sarmates-Alains, révoltés contre Rome, ont pillé le nord de la Gaule de 407 à 409. Après avoir traversé la Loire en 408, le consul Aetius leur donnera l’Armorique pour qu’ils les laissent tranquilles. Un peu comme le roi de France cinq siècles plus tard donnera la Normandie aux Vikings de Rollon.
Avec à leur tête un chef du nom de Goar, les Alains se divisent en plusieurs bandent et pillent l’Armorique. C’est encore eux, redevenus des mercenaires au service de l’empire qui vont réprimer la dernière révolte armoricaine dite des Bagaudes (bagad = bande en gaulois et en breton moderne) en 445-448 à une époque où justement les Bretons commencent à arriver de Grande-Bretagne puisque les dernières légions la quittent en 441.
Certaines s’établiront juste de l’autre côté de la Manche puisque le mot Léon dérive justement de « légion » et Trégor de tri-cohortes. Voir à ce sujet le Guide des drapeaux bretons et celtes de Divi Kervella et Mikaël Bodloré-Penlaez, qui vient de sortir en librairie. Les symboles héraldiques du Haut-Léon et du Trégor semblent avoir justement hérité du dragon.
Certains linguistes pensaient que les patronymes Alain ou Alan seraient tout simplement des gens descendant d’Alains établis en Gaule mais le vieux breton a un terme alan pour le cerf et cette origine semble plus vraisemblable. Des Alains se sont surtout installes en Île-de-France, en Aquitaine, en Lusitanie (Portugal) autour de Carthagène en Vandalousie qui deviendra Andalousie. Le nom de Tiffauge, célèbre pour son Barbe Bleu viendrait du nom d’une des bandes de barbares alliés aux Alains, les Taïfales, établis dans cette région au Ve siècle. Le nom de l’Aunis viendrait aussi d’Alains.
Les mythes arthuriens d’origine alanique ?
Dans leur livre De la Scythie à Camelot, Covington Scott Littleton, professeur d’anthropologie à Los Angeles et Linda Ann Malcor, docteur en folklore et mythologie, ont remis en cause l’origine celtique du cycle arthurien.
Pour eux, le cour de cet ensemble fut apporté entre le IIe et le Ve siècle par des cavaliers alains-sarmates.
La culture des Ossètes, les cousins contemporains des Alains, possède des récits qui ressembleraient aux aventures d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde. On y raconte notamment la saga du héros Batraz et de sa bande, les Narts. Dans cette histoire il est, entre autres, question d’épée magique qui serait l’équivalent d’Excalibur et de coupe sacrée, le Graal donc, la coupe du Wasamonga que l’on retrouve sur l’emblème moderne de l’État d’Ossétie du Sud avec un triskell qui est par contre universel et pré-cetique puisque sur des monuments mégalithiques comme à Newgrange en Irlande. Il semblerait que les échanges de mythes aient eu lieu dans les deux sens.
http://euro-synergies.hautetfort.com/
(1) rapprochement fait pour la première fois par Zimmer, Heinrichen 1890, repris par Kemp Malone en 1925.
Sources : – C. Scott Littleton, Linda A. Malcor, From Scythia to Camelot, New-York ; Oxon, 1994 (rééd. 2000).
- X. Loriot, Un mythe historiographique : l’expédition d’Artorius Castus contre les Armoricains, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1997.
- Guide des drapeaux bretons et celtes, D. Kervella et M. Bodloré-Penlaez. Éd. Yoran Embanner, 2008.
- Les Origines de la Bretagne, Léon Fleuriot. Payot, 1980 (nombr. rééd.).
Notes
[1] cataphractaire

lundi 23 avril 2012

Le culte solaire

Une part considérable des rituels païens se réfère plus ou moins intensément à la force du soleil et à sa course dans le ciel. Les grands rituels festifs saisonniers au moment des solstices et le rituel de remerciement pour les récoltes sont très nettement des rituels solaires. Quant aux rituels qui ponctuent le cours de la vie, ils se réfèrent également, via la symbolique du feu, à des formes du culte solaire et de la vénération pour cet astre. La vénération de la lune et les formes rituelles du culte lunaire ne se retrouvent que sporadiquement dans les rituels solaires que nous venons d'évoquer. Nous nous concentrerons donc, ici, sur le savoir relatif au culte solaire dont nous disposons, mis à part les rituels solsticiaux, qui méritent une analyse plus spécifique.
Le rite solaire païen
Nous pouvons avec certitude avancer l'hypothèse que la vénération de la lune constitue un phénomène plus ancien que le culte de la force solaire. Cela se comprend aisément : les phases de la lune sont plus perceptibles que celles du soleil ; la lumière de la nuit est plus mystérieuse et plus magique. Chez la plupart des peuples indo-européens, même s'ils ont utilisé un calendrier lunaire lors des phases initiales de leur développement, la vénération religieuse a surtout mis l'accent sur le soleil et leur calendrier se base principalement sur la course du soleil. Tacite nous apprend que les Germains fixaient leurs fêtes, les assemblées de leur Thing et leurs cérémonies de sacrifice d'après la position de la lune mais organisaient des feux rituels en l'honneur de la puissance du soleil, assorti d'acte cultuels et hélio-magiques (faire rouler des roues de feu, des courses au flambeau, etc.). Ces rituels avaient lieu lors des 4 moments les plus saillants de la course du soleil, soit lors des solstices et des équinoxes. La vénération du soleil comme donateur de la fertilité et de la croissance a été conservée jusqu'à nous, dans la coutume d'allumer des feux de Pâques. Le feu de la Beltaine, feu de Bel, chez les Celtes, avait lieu le 1er mai et été consacré au dieu Belenos, dont le surnom Grannus (de l'irlandais grain = soleil) indique son caractère nettement solaire.
La tradition nordique nous rapporte que lors des actes rituels, le rapport à la direction de la course du soleil était important pour la réussite de l'invocation magique. « Toute magie malfaisante doit avoir lieu à l'opposé de la course du soleil (vieux-norrois : andsaelis, rangsaelis),  tandis que tout acte bienfaisant, donc tout acte cultuel, doit être posé dans le sens du soleil, indicateur de l'heure (rem. : c'est-à-dire dans le sens de la course du soleil ; vieux-norrois, réttsaelis) »  (1).
Pourtant, c'est un fait indubitable que, dans tout l'espace indo-européen, il n'y a apparemment jamais eu de dieu ou de déesse solaire au plein sens du terme, si l'on fait abstraction de la déesse Diana des Scythes. Les Indo-Européens n'ont pas connu de mythe solaire comparable à celui d'Osiris en Égypte. Leur culte solaire se réfère bien plutôt à la force donatrice de vie du soleil et de la lune, en tant qu'unité cosmique, comme nous pouvons le constater en étudiant la symbolique du char solaire de Trundholm. Le soleil y est représenté comme un disque d'or, fixé à un char tiré par des chevaux (rappelons qu'en 1384 avant notre ère le Roi d'Égypte Akhnaton avait fait représenter le dieu solaire Ré par un disque). La face arrière du disque solaire de Trundholm, en bronze, et la division de la face avant en 9 cercles intérieurs et 27 cercles extérieurs permet de formuler l'hypothèse que le char solaire peut être mis en rapport avec le culte lunaire. Ce qui n'est pas nécessairement une contradiction, car, comme nous allons le voir, soleil et lune entretiennent un rapport étroit d'ordre cultuel et cosmique et sont mis sur pied d'égalité. On admet généralement aujourd'hui que ce char solaire est la représentation en miniature d'un char cultuel que l'on promenait sur un parcours solaire-magique, comme nous l'indiquent les cultes de Nerthus (en Allemagne du Nord) et de Freyr (en Suède). Dans le Rig-Veda, c'est le cheval Etaza qui tire la roue solaire dans le ciel. Le parcours rituel était une représentation symbolique du couple sacré Soleil-Terre, où la différence entre les 2 astres est expliquée en termes sexués. Le soleil ou le fils du soleil donne sa semence sous la forme de rayons solaires et féconde la terre, qui, elle, reçoit cette semence et donne naissance à une vie nouvelle.
L'ancienneté et l'enracinement profond de ce culte solaire agrarien sont attestés par l'érection de pierres, coutumes encore pratiquées, comme dans la paroisse de Hafling au Tyrol, où le peuple dresse une Sonnenstein (une pierre solaire), sur laquelle figurent un bon-homme-soleil, un arbre de vie, un trèfle et plusieurs serpents symbolisant le cycle annuel. Dans les vallées tyroliennes ombragées, comme l'Ahrntal et le Vinschgau, existait encore la coutume populaire, au début des années 70, d'accourir, certains jours, au devant du soleil levant avec un récipient plein à ras bord de lait.
Le culte solaire archaïque a connu son apogée à l'Âge du Bronze, comme en témoignent les monuments de pierre des Externsteine, de Carnac et de Stonehenge. Ces 3 lieux de culte préhistoriques étaient (et sont encore) des lieux cultuels voués au soleil et, en même temps, des agencements très précis permettant l'observation des astres afin de déterminer la date des solstices et d'apprendre un maximum de choses sur la course du soleil.
Les Externsteine
L'âge des Externsteine, près de Horn, n'est pas déterminé avec précision. Il est toutefois indubitable que ces rochers naturels ont été transformés par des mains humaines, servies par des cerveaux qui savaient le cours des astres, et sont devenus ainsi un temple solaire ou un poste d'observation astronomique. Les ouvertures solaires dans le roc donnent sur le soleil levant au jour même du solstice d'été, soit sur le Nord-Est (plus précisément à 47° de déclinaison par rapport à l'Est). À côté de leur fonction astronomique, les Externsteine étaient un centre religieux d'initiation pour les prêtres. Au pied du rocher, on trouve un cercueil de pierre ; on l'utilisait dans le rituel de la mise en cercueil initiatique. Au-dessus de ce cercueil figure un arc solaire que l'on peut interpréter comme étant le plus petit arc du cycle annuel : c'est l'arc originel. Au cours de la mise en cercueil, le candidat initié meurt une mort symbolique et sa résurrection est le renaissance symbolique de l'initié. La cérémonie de la mise en cercueil se retrouve aujourd'hui encore dans certaines loges maçonniques, dans le rite du retour du maître.
Stonehenge et l'Olympe
Stonehenge a été construit vers 2000 avant notre ère et a été transformé et complété au moins 2 fois pendant l'Âge du Bronze. D'après la tradition celtique, le Mage Merlin y aurait officié et le Roi Arthur aurait livré sa dernière bataille dans les environs immédiats du temple. Les légendes nous parlent aussi du retour cyclique du dieu solaire Apoll, qui séjournerait tous les 19 ans à Stonehenge. Mais est-ce une légende ? Non. Car à la fin de chaque cycle de 19 ans calendrier lunaire et calendrier solaire se confondent. Des calculs effectués par ordinateur ont démontré que le site du temple de Stonehenge était en fait un instrument de mesure astronomique géant et, même en comparaison des moyens actuels, un instrument très précis. L'axe du site indique très nettement le point du lever du soleil au moment du solstice d'été. Le cercle des 48 pierres sert à mesurer les mois. Le cercle des 30 pierres à déterminer les subdivisions du jour. Et les 21 pierres restantes à observer le mois de l'année bissextile. Si l'on multiplie le nombre des pierres entre elles, on obtient le chiffre de 1461. Une année compte 365 jours 1/4, tous les 4 ans vient une année bissextile et 4 années ont ensemble 1.461 jours !
À proximité immédiate du temple solaire, les archéologues ont découvert une sorte de piste de course ou de stade, dont le schéma de base ressemble étonnamment à celui des stades grecs. Ce qui nous permet d'émettre l'hypothèse qu'à Stonehenge, on organisait tous les 4 ans une fête qui durait 5 jours, couplée à des combats sportifs et rituels. Les Jeux Olympiques traditionnels ont eu lieu pour la première fois à Olympie en 776 avant notre ère (premières listes de vainqueurs historiquement attestées), ensuite tous les 4 ans au moment du solstice d'été. Pendant 5 jours le force des participants se concentrait dans les joutes sportives. Pendant les 13 premières olympiades, seule la discipline de la course était autorisée. Les Jeux Olympiques étaient à cette époque des fêtes symboliques et des concours rituels, que l'on organisait aux jours où le soleil déployait le plus fortement sa puissance. On peut donc parfaitement émettre l'hypothèse que les Jeux Olympiques étaient à l'origine des fêtes solstitiales. Leur tradition s'est perpétuée, avec des interruptions, et remonte à environ 4.000 ans.
L'avenir solaire
Pour pratiquer le culte solaire, il est nécessaire de détenir un savoir astronomique, astrologique et cosmographique, car les actes rituels des cérémonies du cycle annuel sont ancrés très précisément dans les événements cosmiques. Culte et rituels ne font pas que répondre passivement aux actions du cosmos et du monde mais exigent une participation active aux constellations de forces qui régentent l'univers. Le culte solaire est dans ce sens un culte moniste qui allie les éléments de la religiosité naturaliste à ceux de l'intelligence rationnelle en un tout cohérent, dont les composantes correspondent aux connaissances scientifiques. La vénération du soleil ne satisfait pas seulement nos aspirations à trouver causalité et raison, mais apaise aussi les besoins les plus profonds de notre psyché et de notre sentimentalité.
Observer et honorer le soleil : c'est une des questions centrales, sinon LA question centrale, de la survie de l'humanité. La force et l'énergie du soleil feront croître plantes et animaux dans l'avenir comme depuis l'éternité. Mais il y aura mieux : par le truchement des cellules solaires et des collecteurs d'énergie solaire, on pourra accumuler et stocker de l'électricité et de la chaleur, sous forme de gaz hydrogéné. La force divine du soleil et la capacité des hommes à utiliser cette énergie, permettront de passer d'un approvisionnement énergétique centralisé, très dangereux (l'énergie nucléaire), à un approvisionnement énergétique écologique et décentralisé. Il reste à espérer que le potentiel de l'énergie solaire soit exploité, convivialement, pacifiquement et écologiquement et que nos sociétés, dans l'avenir, pourront se passer des appareils policiers et des systèmes de surveillance que nous a imposé l'industrie nucléaire.
Au-delà de sa signification technologique et physique, le soleil demeure envers et contre tout la source directe d'énergie pour toute vie organique. Le soleil, en tant que donateur d'une énergie en rayons indispensable à toute vie, symbolise la force du divin qui anime les rythmes de la vie. La trajectoire de la terre dans le cosmos et l'intensité des rayons du soleil déterminent les saisons et, partant, la fertilité des champs. Le soleil est pour nous le symbole du principe premier, pur et rayonnant, qui s'offre sans le moindre égoïsme pour que d'autres croissent. Le message solaire jette les bases d'un développement éthique et religieux de l'homme et de son esprit. « L'impression totalement spiritualisée que suscite en nous la lumière et le soleil éveille en nous le souhait d'aller toujours plus haut, et, simultanément, l'impression de bien-être corporel que nous transmet le chaleur du soleil, provoque une intensification et un élargissement de la vie physique » (2). Notre vénération s'adresse à la plus intense des forces cosmiques, au plus haut symbole du spirituel, au symbole de l'amour et de la facette lumineuse de l'homme. Le rituel solaire sera donc toujours un culte du soleil et de la lumière, indépendamment des circonstances, que nous fêtions, le jour du Jul, la naissance du nouveau soleil ou que nous accompagnions un ami sur le chemin d'un autre monde...
Le caractère naturaliste des rituels païens fait découvrir à l'homme de nouvelles formes, plus dignes, de religion, dépassant le monothéisme abstrait, avec ses rites tournés vers l'au-delà. Un jour peut-être, quelqu'un aura l'idée de rebâtir un temple du soleil, en s'inspirant de l'esprit du culte solaire. Un temple néo-païen, en pierre, en bois ou en arbres vivants... Peut-être...
Björn Ulbrich, Combat païen n°12, 1990. http://vouloir.hautetfort.com/
(extrait de Im Tanze der Elemente : Kult und Ritus der heidnischen Gemeinschaft, Arun-Verlag, Vilsbiburg)
♦ Notes :
(1) Jan De Vries, Altgermanische Religionsgeschichte, Berlin, 1970, Bd. I, 3. Aufl.
(2) Julius Evola, Magie als Wissenschaft vom Ich, Ansata, Interlaken, 1985.