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lundi 11 juillet 2022

Le défi des bâtisseurs – La cathédrale de Strasbourg

 

La cathédrale de Strasbourg
 

Plus haut monument de l’Occident jusqu’au XIXe siècle, la cathédrale de Strasbourg, joyau gothique, relève à la fois du rêve démesuré et de la prouesse architecturale. Comment, au Moyen Âge, un tel prodige a-t-il été possible ? Ce docu-fiction retrace l'histoire épique de la cathédrale de Strasbourg et de ses géniaux bâtisseurs.

Derrière son élégante façade de grès rose et sa célèbre rosace qui s’embrase au crépuscule se sont succédé pendant trois siècles des maîtres d’œuvre visionnaires et inspirés – Erwin de Steinbach, Ulrich d’Ensingen ou encore Jean Hültz – et des artisans au savoir-faire envié dans l’Europe entière. Lesquels revivent ici dans des séquences de fiction. Une épopée qui mêle mystères, doutes et révélations, intrigues et tragédies.

Vertiges

Pour retracer cette folle aventure humaine et les étapes de la construction de ce chef-d’œuvre, le film combine reconstitutions historiques, parole d’experts et images de synthèse, dans un voyage habilement mis en scène entre jadis et aujourd’hui. Avec la troisième dimension du relief, la cathédrale et ses figures – vertus, vierges et prophètes – offrent un vertigineux spectacle qui conte les espoirs caressés et les défis artistiques relevés. Fruit des savoir-faire les plus accomplis de part et d’autre du Rhin, la cathédrale de Strasbourg et sa flèche rappellent aussi cette part oubliée du passé franco-allemand. 

 

dimanche 15 mars 2015

Découverte de fonts baptismaux sous la cathédrale de Strasbourg

"C'est une simple piscine baptismale. Elle a été découverte lors de fouilles initiées l'an dernier par l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives. Des éléments de maçonnerie datant du Moyen-Âge, et de l'époque romaine avaient déjà été mis au jour lors de précédentes fouilles menées dans les années 1966 et 1972. Mais aucune n'avait alors révélé d'élément lié au rite chrétien.Cette preuve d'une présence chrétienne là où sera ultérieurement batie la cathédrale de Strasbourg se situe sous la chapelle Saint-Laurent, quasiment au coeur de l'édifice.
Le baptistère est assez conséquent. Le bassin profond de 50 centimètres est long d'1mètre 60. L'élément de maçonnerie qui l'entoure mesure quant à lui 4 mètres 60 mètres sur 4 mètres 20. Il est possible de faire coïncider la construction de cet élément religieux avec la présence d'Aldus, premier évêque de Strasbourg aux environs de l'an 615.

Une première cathédrale a été bâtie sur ce site par l'évèque Arbogast à la fin du VIIe siècle. Celle que nous connaissons aujourd'hui, Notre-Dame de Strasbourg, a été érigée entre 1176 et 1439 après la destruction de plusieurs édifices précédants lors d'incendies accidentels. La particularité de cette cathédrale, le fait qu'elle ait une seule flèche n'est pas vraiment explicitée. Plusieurs raisons sont évoquées : la mode du style gothique était passée lorsqu'il fallu s'atteler à sa construction, le manque de moyens financiers, mais, et c'est sans doute une raison plausible, le bâtiment était construit sur un terrain meuble et humide qui n'aurait pas supporté le poids d'une flèche supplémentaire."
Michel Janva http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

mardi 30 décembre 2014

Sur la route des cathédrales, témoignages de la science et de la foi du Moyen-Age

Entre 1150 et 1225, les chantiers gothiques se multiplient et des édifices s’élèvent, toujours plus haut.
Né au Moyen-âge, au coeur du royaume de France, l’art gothique a dominé l’Europe et initié une révolution en matière d’architecture. Son monument emblématique est la cathédrale. En moins de deux cents ans, des dizaines d’édifices monumentaux ont surgis au nord de la Loire, transformant à jamais le paysage d’une France qui s’urbanisait.
Les édifices romans, véritables « bibles de pierre », dévoilent l’architecture d’un temps où les hommes en quête de salut imploraient Dieu dans sa miséricorde. Voûtes en berceau, murs épais, fenêtres réduites, les églises sont sombres mais couvertes de fresques aux couleurs vives. Le gothique se situe dans le prolongement du roman, à l’exemple de Vézelay, qui permet de bien discerner le passage d’un style à l’autre. À Vézelay, le corps sombre de l’édifice est roman, le chœur lumineux est gothique.
Si les cathédrales du Moyen Âge sont communément associées à l’art gothique, Saint-Denis en est le véritable prototype et son abbé, Suger, conseiller des rois de France, comme le promoteur d’un véritable modèle architectural qui a su s’imposer au-delà de la seule Île-de-France. En effet, c’est par la reconstruction du chœur de l’église abbatiale entre 1130 et 1144 que débute l’élan gothique.
L’effondrement du chœur de Beauvais en 1284 marque la fin d’une époque, et la crise du XIVe siècle, la fin du temps des cathédrales.
Joyaux de l’art religieux du Moyen-Age, les quelques 154 cathédrales de France sont « classées » en totalité ou partiellement en raison de leur intérêt artistique ou historique.
87 de nos cathédrales sont propriétés de l’État français, s’en ajoutent 67 autres. Si la cathédrale d’Ajaccio appartient à la région Corse, la majorité des autres sont propriétés d’une commune. C’est le cas des églises construites avant 1905 et érigées en cathédrales lors de la création de nouveaux diocèses, telles les cathédrales de Pontoise (1965) ou du Havre (1974).
De même, la propriété des édifices construits comme cathédrales sous l’Ancien Régime et ayant perdu leur statut de siège épiscopal après la Révolution – tels ceux de Saint-Malo, Tréguier, Noyon, Arles, Lescar, etc. – a été transférée aux communes.
Seule la cathédrale d’Évry construite après 1905 n’est pas propriété de l’état mais appartient à une association diocésaine.
Comme vous avez pu le remarquer, le calendrier de l’Avent a dépassé la date de Noël. Il se terminera le 6 janvier, fête de l’Épiphanie.

dimanche 21 avril 2013

La femme au temps des cathédrales avec Regine Pernoud

La femme a-t-elle toujours été cette perpétuelle mineure qu'elle fut, nous dit-on, à la fin du XIXe siècle ? En France, la Révolution française et le Code Napoléon ont bien marqué une régression juridique des femmes.

Mais a-t-elle toujours été écartée de la vie politique comme elle le fut notamment dans la France de Louis XIV ? S'appuyant sur son expérience de médiéviste et d'archiviste, Régine Pernoud s'est attachée à l'étude de ces question. Dans La Femme au temps des cathédrales, le lecteur découvre que le plus ancien traité d'éducation a été rédigé en France par une femme, que, au XIIIe siècle, la médecine était couramment exercée par des femmes et qu'aux temps féodaux, les filles étaient majeures à douze ans, deux ans avant les garçons...

L'historienne Régine Pernoud nous livre ici une étude systématique menée à travers une multitude d'exemples concrets, elle ne laisse échapper aucun aspect des activités féminines au cours de la période féodale et médiévale : administration des biens, métiers et commerce ; domaine de la pensée, de la littérature, de la politique même ; femmes écrivains, éducatrices, suzeraines, celles qui animèrent les cours d'amour et celles qui ont inspiré les romans de chevalerie.

Il est davantage question dans La femme au temps des cathédrales, maître ouvrage de Régine de Pernoud, des femmes de la société de cour que de celles du peuple même si celles-ci ne sont pas passées sous silence, mais ce parti pris permet d'approcher un monde prisonnier des tapisseries et des enluminures. Belle occasion de couper court à l'image de la femme cloîtrée dans l'espace familial, dans l'ombre de son mari, et de voir au contraire une épouse, une fille, sinon affranchie, du moins évoluant à l'intérieur d'un espace public, influente, instruite et rêvant déjà d'une condition de vie plus libérée.
Contemporaine de Charlemagne, Dhuoda écrivit, bien avant Rabelais et Montaigne, un manuel d'éducation, le premier du genre, et, au XIIe siècle, Héloïse, abbesse du Paraclet, enseignait à ses moniales le grec et l'hébreu. Si la politique est d'un accès quasi insurmontable (quoique...), la femme au Moyen Âge ne manque pas de talent pour se faire entendre. Historienne de Jeanne d'Arc, Régine Pernoud rappelle ces deux vers de Christine de Pisan saluant l'exploit de la Pucelle à Orléans : « L'an mil quatre cent vingt et neuf / Reprit à luire le soleil. » Hommage d'une femme à une autre femme.

Comme le faisait remarquer Robert Fossier, « En ces siècles romans où manger est l'essentiel où la maison est la cellule de la survie. Là où s'apaise la faim que tous redoutent, où l'argent perd l'essentiel de son pouvoir tentateur, comment celle qui tient les réserves et prépare la nourriture ne jouerait-elle pas le rôle essentiel ?

Régine Pernoud commence habilement son développement en plantant devant nous, comme un symbole, la magnifique cuisine de Fontevrault, merveille de technique et centre nourricier d'une immense cité monastique.

Vient ensuite le domaine de l'amour aux multiples chemins : l'attrait de la féminité tout d'abord, renforcé par les soins de beauté où l'on trouve tant d'étranges préparations. L'auteur s'attarde ensuite sur l'amour courtois et le culte de la dame

À propos du mariage. R. Pernoud étudie l'histoire de la législation canonique en la matière et fait apparaître ainsi combien l'Église eut de peine à triompher du modèle de mariage qui régnait dans les couches supérieures de la société. Ce n'est qu'au XIIe siècle que s'impose vraiment la théorie consensuelle qui, en faisant de l'échange des libres consentements l'essence du mariage, assurait — au moins en théorie — la promotion de la femme. On s'en donc débarrassé de l'autorisation des parents, promu le consentement et insisté sur la sacralité de l'institution matrimoniale. C'est un énorme progrès pour Mme Pernoud.

Dans le domaine économique, nous rencontrons les femmes en tant que productrices . Si le labeur et les semailles leur échappent (pour des raisons d'ordre symbolique et physique à la fois), toutes les autres formes d'activité, tant à la ville qu’à la campagne, leur sont accessibles, et c'est ici que la moisson de renseignements et très abondante parmi les textes et la documentation iconographique. Nous arrivons ainsi au sommet de l'échelle sociale, car c'est un fait connu — mais qu'on oublie volontiers — que du XIe au XIIIe de puissantes dames (comtesses, reines, impératrices) ont souvent exercé et parfois sans partage le pouvoir suprême ...

Le long exposé de R. Pemoud, qui prend parfois l'allure d'une description de la vie quotidienne, est sous-tendu par une thèse : c'est du XIe au XIIIe que la condition de la femme a atteint son zénith ; c'est alors qu'elles ont pu à tous les niveaux imposer leur empreinte sur la société.

Source H. Platelle
Régine Pernoud dans une émission d'Apostrophes avec Bernard Pivot en 1980

vendredi 9 décembre 2011

La geste médiévale des bâtisseurs

Qui étaient les bâtisseurs de cathédrales ? Dans un fort beau livre, Philippe Bernardi nous conduit sur leurs chantiers.
Que les adeptes d'ésotérisme et autres interprétations symboliques des cathédrales passent leur chemin, le livre de Philippe Bernardi, Bâtir au Moyen-Âge, n'offre pas de réflexion sur le merveilleux ou le surnaturel. En revanche, les passionnés d'Histoire médiévale y trouveront leur compte, tout comme... les chefs d'entreprises, les travailleurs manuels ou plus simplement les amoureux des belles pierres et des charpentes majestueuses. Car le premier mérite de ce beau travail est de montrer que bâtir au Moyen-Âge était une formidable entreprise.
On croit toujours que nous avons tout inventé, que notre génération possède une réelle supériorité sur les générations passées, surtout celles qui ont vécu « aux temps obscurs des châteaux féodaux et des donjons ». Mais l'homme du passé ; avait aussi ses rêves et son désir d'entreprendre, de construire et d'élever. Par rapport à nos contemporains des XXe et XXIe siècles, ses sentiments étaient même transcendés par la spiritualité et la foi. La cathédrale en fut le résultat le plus éclatant.
Elle s'inscrivit dans le long mouvement de la renaissance des villes aux XIIe et XIIIe siècles, que l'on appela de manière un peu réductrice l'âge gothique : « L'appellation d' "âge des cathédrales " a été utilisée pour caractériser cette époque par opposition à la précédente (romane), désignée comme un "âge du monachisme". De nombreux auteurs ont souligné ce que cette opposition pouvait avoir d'erroné dans la mesure, par exemple, où l'ère gothique s'ouvre précisément avec la construction d'une abbatiale : celle de Saint-Denis-en-France. (...) Emblématique d'une période limitée, l'image de la cathédrale en est arrivée à éclipser celle du monastère ou du palais ».
Vastes entreprises et régime de salariat
Ce que nous montre Bernardi, c'est surtout qu'il ne faut pas s'enfermer dans des schémas de lecture simplistes, alors que la construction monumentale révèle une extrême diversité et créativité en fonction des lieux et des époques, dans toute l'Europe médiévale. Délaissant l'aspect spirituel étudié par d'autres, l'auteur nous prend en revanche par la main afin dé découvrir les hommes dans leur milieu, à savoir sur les chantiers. Chaque entreprise passait obligatoirement par la définition d'un budget, la commande et l'acheminement de matériels et de matières premières, l'embauche d'ouvriers, saisonniers ou non, la réalisation d'outils de levage : « La construction d'une cathédrale, d'un monastère avec son église et de ses multiples édifices, d'un château, voire d'un pont, exigeait une main-d'œuvre considérable, groupée en ample atelier. (...) dans un monde dominé presque tout entier par l'artisanat, la production des grands ouvrages architecturaux dut, par une exception quasiment unique, s'organiser, au contraire, sous la forme de vastes entreprises et entraîna, de bonne heure, un régime de salariat. »
Bernardi présente les grandes étapes du « chantier mosaïque » avec son morcellement de tâches, les matières sur lesquelles ces hommes travaillaient, etc. Il décrit par ailleurs les nuances qui distinguent les traditions manuelles, les métiers ou encore les catégories de travailleurs : celle, notamment, qui différencie les professionnels, pour qui le chantier était un véritable espace de travail et de vie à l'année, et les autres, qui exerçaient une simple occupation pour un mois, une semaine et parfois même un jour.
En dépit d'une approche universitaire, le livre de Bernardi, d'une très belle écriture, se lit sans les réticences que l'on peut avoir en ouvrant un travail technique. Il rend ce sujet complexe extrêmement abordable, grâce notamment à une iconographie riche, des tableaux et des schémas, ce qui n'est pas la moindre des qualités de cet ouvrage passionnant.
Christophe Mahieu monde & vie 19 novembre 2011
Philippe Bernardi, Bâtir au Moyen-Âge, CNRS Editions, 335 pages, 25 €
Annexe
Quand l'histoire est in-correcte
Les essais de Jean Sévillia ont ponctué notre réflexion : Le terrorisme intellectuel brossait un tableau de la non-pensée obligatoire. Historiquement correct en faisait l'application à l'histoire. Aujourd'hui, Historiquement incorrect s'attarde sur plusieurs sujets tabous. Sans peur. En effet, là où la correctness ne pénètre plus parce qu'elle se censure elle-même et là où le bien-pensant ne se croit pas autorisé à pénétrer, l'historien peut et doit entrer. Il lui suffit de faire état des faits pour que son droit soit établi, même si c'est contre l'opinion dominante. Ainsi sur l'existence historique du Christ, sur le rôle culturel de l'islam entre hellénisme et christianisme, sur l'affaire Galilée, mais aussi sûr l'identité française ou sur la Deuxième Guerre mondiale au prisme de la Shoah, c'est l'histoire et pas l'idéologie qui doit avoir le dernier mot, car l'histoire établit les faits. Même lorsqu'elle est incorrecte, elle doit être reconnue. Une vraie pensée se fonde forcément sur cet empirisme, que d'aucuns ont nommé seul véritablement organisateur et fondateur. Contre les faits, il n'y a pas d'arguments, pas de correctness
Il me semble que Jean Sévillia est trop modeste lorsqu'à l'occasion de tel entretien, il se dit simple journaliste de l'histoire. Certes, en bon journaliste, il a toujours au bout de la plume le fait oublié, la citation qui fait mouche.
Mais son travail, justement parce qu'il est précis, peut relever de ce que l'on appelle l'historiographie : il compare les historiens entre eux et cette comparaison, méthodiquement menée, lui permet d'atteindre à une forme d'objectivité modeste et vraiment rassembleuse - celle que l'on retrouve avec bonheur dans Historiquement incorrect.
Joël Prieur monde & vie 19 novembre 2011
Jean Sévillia Historiquement incorrect, éd. Fayard, 2011,376 pp. 20 euros