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mercredi 13 août 2025

Intégrité territoriale de l’Ukraine ? Et si on parlait du Kosovo et de Chypre ?

 

Les Européens ne cessent de nous bassiner avec l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Ces grands défenseurs du droit international ont la mémoire courte.

« Les frontières étatiques ne peuvent être échangées par la force », vient de rappeler le Premier ministre polonais Donald Tusk, avant le sommet d’Anchorage. Il faut oser !

Ce qui est frappant chez tous les Occidentaux, c’est que le droit international ne les concerne que lorsque celui-ci sert leur intérêts. Car depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, soit ils s’affranchissent des résolutions de l’ONU, soit ils exercent leur droit de veto quand bon leur semble.

Violer le droit international, c’est une spécialité de l’Occident qui ne connait que la loi du plus fort. Mais il se trouve qu’aujourd’hui la force est du côté russe. Retour  sur l’histoire récente :

Bombardement de la Serbie et indépendance du Kosovo

Rappelons tout d’abord que depuis 1990, l’Otan n’a plus rien d’une alliance défensive, c’est, au contraire, un outil offensif aux ordres de Washington pour régenter le monde.

Car c’est toujours l’Otan l’agresseur, en Serbie, en Libye, en Irak, en Syrie, en Afghanistan. Avec les succès que l’on sait…

En 1999, l’Otan a bombardé la Serbie alliée de Moscou avec une armada de 1000 avions et a dépecé le pays en l’amputant en 2008 de la province du Kosovo, devenu un État mafieux, siège de tous les trafics : êtres humains, armes, stupéfiants et organes.

L’Occident pleure aujourd’hui sur le sort de l’Ukraine, mais il applaudissait aux bombardements de la malheureuse petite Serbie, accusée injustement de génocide à l’encontre des Albanais du Kosovo. Ces bombardements criminels contre un petit pays qui n’avait agressé personne ont duré 78 jours. Les avions de l’Otan ont effectué 38 000 sorties, commettant de nombreuses bavures et faisant de multiples victimes civiles.

La récupération de la Crimée par Moscou n’est donc que le juste retour du boomerang pour l’indépendance du Kosovo, imposée à Belgrade en totale violation du droit international et au mépris de la Russie, encore trop affaiblie pour s’opposer à cette ignominie.

Occupation illégale de Chypre par la Turquie depuis 1974

En 1960, l’île de Chypre, possession britannique, devient indépendante. Deux communautés y vivent, les Chypriotes grecs (82%) et les Chypriotes turcs (18%).

Le Royaume-Uni, la Grèce et la Turquie sont déclarés garants de l’ordre constitutionnel du nouvel Etat indépendant.

Mais le 20 juillet 1974, cinq jours après une tentative de coup d’État de nationalistes chypriotes grecs pour rattacher l’île à la Grèce, l’armée turque envahit le nord de Chypre.

Prétextant un simple rétablissement de l’ordre constitutionnel menacé et niant toute invasion, les Turcs s’emparent finalement de 38 % de l’île. 51 ans plus tard, ils sont toujours présents, ignorant les pressions de l’ONU pour rendre à Chypre son statut initial.

Je n’ai guère entendu nos Européens, si soucieux de l’ordre international, remuer ciel et terre pour mettre un terme à cette occupation illégale, maintenue par l’usage de la force.

La Turquie est dans l’Otan et Ankara peut tout se permettre, pratiquant depuis toujours un double jeu permanent entre la Russie et l’Occident.

Il y a bien une centaine de litiges territoriaux actuellement dans le monde. Le plus souvent pour des confettis de territoire, des frontières non reconnues, qui ne mènent pas à des conflits armés.

Mais les deux exemples du Kosovo et de Chypre illustrent à merveille l’hypocrisie des Occidentaux quand ils défendent l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Moscou n’a rien à échanger. Je vois mal Poutine conserver la totalité des oblasts de Lougansk et Donetsk tout en cédant ceux de Kherson et Zaporijjia.

Zelensky a voulu jouer la carte territoriale en occupant 1200 km2 du territoire russe à Koursk. Il y a laissé 70 000 de ses meilleurs soldats, tués et blessés. Très mauvaise pioche.

On voit bien que ni Zelensky, ni l’Europe ne veulent céder sur les quatre oblasts annexés par Moscou et inscrits dans la Constitution russe. Par conséquent, je vois mal comment le dossier ukrainien pourrait se régler, autrement que par une intensification de la guerre jusqu’à la capitulation de Kiev. Il n’y a pas de compromis possible sur ces quatre oblasts, il faut qu’il y ait un belligérant qui cède.

Je comprends parfaitement que Zelensky refuse la paix car la poursuite de la guerre est son assurance vie. Il sait qu’il sera jugé coupable de la défaite après tant d’années à avoir promis la victoire à son peuple. Il sait qu’il devra rendre des comptes sur les deux millions de morts et blessés. Il sait qu’il devra rendre des comptes sur les dizaines de milliards disparus.

Mais en revanche, je ne comprends toujours pas l’acharnement des Européens à vouloir poursuivre une guerre ingagnable, qui les ruine chaque jour davantage.

À part Orban et Fico, il n’y a que des têtes brûlées en Europe qui nous conduisent à notre perte au nom du droit international. C’est sidérant.

Espérons que ces illuminés, totalement inconscients, ne nous entraîneront jamais dans une croisade américaine contre la Chine pour défendre Taïwan. Ce confetti est chinois depuis 1683, soit 177 ans avant que Nice et la Savoie ne soient françaises. Et si l’île a fait sécession en 1949, après la défaite de Tchang Kaï-chek face à Mao, ce n’est vraiment pas notre problème. C’est un problème chinois.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/integrite-territoriale-de-lukraine-et-si-on-parlait-du-kosovo-et-de-chypre.html

jeudi 1 février 2024

Serbie et guerres des Balkans. L’avenir appartient à ceux qui ne capitulent pas

 

Par rapport à nos ancêtres, nous nous sommes vraiment distingués par la lâcheté, la passivité fataliste et la paresse. Tout cela, cependant, peut changer rapidement.

Un entretien avec Milos Kovic, historien, professeur adjoint au Département d’histoire, Faculté de philosophie à Belgrade, en Serbie, qui a publié un livre sur un moment difficile où seul un chemin restait pour la Serbie et pas très prometteur – « L’unique voie : Pouvoirs de l’Entente et la défense de la Serbie en 1915. »

A quel point est-elle précise la théorie selon laquelle il existe des événements tragiques, d’une force exceptionnelle, qui façonnent vraiment l’identité d’une nation ? Comment cela se passe-t-il et quid si nous n’apprenons pas la leçon de ces expériences ?

– L’éminent écrivain français Renan a écrit dans sa conférence « Qu’est-ce qu’une nation? » que les gens sont souvent liés par des souvenirs de souffrance partagée, et les Serbes ne font pas exception. Aujourd’hui, lorsque la Yougoslavie n’est plus, il n’y a aucune raison pour que Jasenovac ne soit pas ramené au centre de l’identité serbe, tout comme les Juifs l’ont fait avec Auschwitz.

Au cours des guerres des Balkans et la Première Guerre Mondiale, nous avons eu une grande victoire, mais aussi beaucoup de souffrances. Nous avons toujours été critiqués pour bâtir notre identité sur la souffrance, la défaite et, par conséquent, pour ne pas regarder vers l’avenir.

– Lorsque les Américains vous posent une question comme celle-ci, ils devraient se souvenir du spectacle de Hollywood « 300 » sur Leonidas, qu’ils ont filmé et gagné une somme d’argent considérable. Quelle est l’éthique enseignée dans ce film? Il ne s’agit pas de célébrer seulement les défaites. Les batailles sont menées afin d’être gagnées. Personne ne veut mourir. L’éthique de la guerre exige du courage, de la sagesse et de la victoire. Et les défaites nous apprennent des leçons et elles devraient nous rendre plus sages.

Si nous établissons une comparaison entre le comportement des Alliés pendant la Première Guerre Mondiale et ce qui s’est passé dans les années quatre-vingt-dix, nous pouvons constater que dans les deux cas, les intérêts serbes ont été écrasés et trahis, mais malgré toutes les décisions préjudiciables pour nous, nous marchons toujours vers l’intégration européenne.

– En 1914, l’Empire austro-hongrois avait un bâton dans une main, et dans un autre, il avait un sac, et il a offert l’intégration à la Serbie, de meilleures routes, de meilleurs soins de santé, de meilleures écoles. La seule condition était d’abandonner l’indépendance. Aujourd’hui, l’UE a le même comportement, pire encore. Le bâton est plus épais et les carottes sont plus fines. Il est intéressant de noter que, à l’heure actuelle, un grand pourcentage de Serbes sont prêts à plonger le pays dans l’UE et à renoncer à la souveraineté et à la liberté, et en 1914, cela était impensable.

Pourquoi était-ce impensable?

– Les réponses se trouvent en nous-mêmes. Nous sommes soumis à un traitement spécial par les grandes puissances qui ont appliqué des méthodes similaires à Hawaii, aux Philippines, au Far West, en Inde. Mais nous ne pouvons pas tout le temps jeter la faute sur quelqu’un d’autre. L’honneur serbe a été rendu célèbre par les Serbes de la Republika Srpska et l’ancienne République de Krajina (en Croatie). Regardez le malheureux Monténégro, l’ancienne Sparte serbe. Ou notre Belgrade affligée, qui agit toujours comme si c’était la capitale de la Yougoslavie. Par rapport à nos ancêtres, nous nous sommes vraiment distingués par la lâcheté, la passivité fataliste et la paresse. Tout cela, cependant, peut changer rapidement. Vladislav Petković Dis (poète serbe) se lamentait de la même manière sur les vices serbes, à la veille des grandes victoires 1912-1918. Nous n’avons besoin que de détermination, d’intelligence et de courage. 

De nos jours, beaucoup de gens croient que nos défaites de la fin du XXe siècle sont enracinées dans les victoires des guerres des Balkans et de la Première Guerre Mondiale, parce qu’à cette époque, nous avions obtenu un nouvel Etat?

– Je dirais que ce genre de débat ne concerne que les années quatre-vingt-dix. Les générations qui fuyaient la mobilisation militaire et protestaient contre leur propre pays, alors que les Serbes de l’autre côté du fleuve Drina se battaient pour la survie, maintenant ils fuient leur propre faiblesse et accusent leurs grands-pères et leurs arrière-grand-pères. Ces pères ont plongé un sabre puissant dans la pierre dure, et leurs fils, ne pouvant sortir cet épée, en accusent leurs pères. Nos grands-pères nous ont laissé un excellent Etat yougoslave. Nous, notre génération, nous n’avons pas su le conserver. Il est facile de jeter la faute sur les morts pour notre propre faiblesse. Regardons dans le miroir et répondons à la question de savoir où nous étions et ce que nous avons fait dans les années quatre-vingt-dix, lorsque la Yougoslavie a été démantelée et ce que nous faisons aujourd’hui lorsqu’ils essaient de détruire notre Serbie.

Photo d’un soldat de la grande guerre
Photo d’un soldat de la grande guerre

Qu’est-ce qui est réellement arrivé aux Albanais en 1912, 1913, 1914 et après 1941?

– On avait proposé aux Albanais musulmans, qui étaient une classe privilégiée dans l’Empire ottoman, de vivre dans un Etat yougoslave relativement bien ordonné et moderne au lieu de vivre dans l’Empire ottoman. En tant que citoyens égaux avec leurs anciens serfs. Malheureusement, la plupart d’entre eux ont refusé. L’hostilité des Albanais vis-à-vis du nouvel Etat était fondée sur des motifs religieux et de classe. C’est pourquoi, dans la guerre mondiale qui s’en suivait, la majorité a pris parti des occupants et des ennemis du peuple serbe et ont de nouveau commis un génocide contre le peuple serbe au Kosovo et en Macédoine, mais aussi contre les Macédoniens.

Dans quelle mesure le problème a-t-il été exploré dans l’historiographie serbe? Y avait-il des punitions et des représailles dans l’armée serbe?

– Oui il y en avait. Il y a des commandements conservés des officiers lors de la retraite en Albanie indiquant que tout vol de civils albanais serait sévèrement puni. Dans la petite histoire « Resimić, le batteur », Dragisa Vasic décrit un tel cas, lorsque les soldats serbes affamés, en traversant l’Albanie, volent de la volaille dans un village albanais et, à la demande des paysans, l’officier serbe fusille ces enfants. C’était un événement historique vrai.

Simon Sebag Montefiore dans son «Jérusalem», considère les Albanais très au sérieux et note qu’ils sont devenus un groupe ethnique fort depuis le début du 19ème siècle. Par quel moyen les avons-nous sous-estimés en tant que groupe et un pouvoir politique?

– Il faut dire que Belgrade a vraiment sous-estimé le nationalisme albanais et qu’il était généralement méprisé. Nous n’avons pas été en mesure d’encourager les professionnels des études albanaises. Il y en avait, mais pas assez. Il est encore difficile de trouver quelqu’un qui s’occupera de cette question importante. Contrairement aux Albanais qui, au moins au Kosovo-Metohija, apprenaient le Serbe, nous n’apprenais pas l’Albanais. Donc, il y a eu une sous-estimation, en particulier du nationalisme albanais, et nous en avons payé le prix. Néanmoins, nous ne devons pas perdre de temps en nous accusant nous-mêmes, nous ne devons pas perdre confiance en notre propre force et nous ne devons pas oublier que l’avenir appartient à ceux qui ne capitulent pas.

Milos Kovic

Article original en serbe : https://zurnalist.rs/intervju-nedelje/item/1369-bitke-se-vode-da-bi-se-pobedilo.html

Traduit du Serbe par Svetlana Maksovic

Article en anglais : Serbia and the Balkans Wars: The Future Belongs to Those Who Do Not Surrender

 Milos Kovic : Historien serbe, docteur en sciences historiques et professeur adjoint au département d’histoire, Faculté de philosophie de Belgrade, Serbie.

Il est l’auteur du best-seller historiographique « Disraeli and the Eastern Question » (« Disraeli et la question de l’Est ») – Ed. Par Oxford University Press, 2011. 364 pp. / Revue: British Scholar http://britishscholar.org/publications/2012/11/27/november-2012-disraeli-and-the-eastern-question/

Les domaines de sa recherche sont les relations internationales (fin du 18e au début du 20e siècle), l’histoire des idées politiques (fin du 18e au début du 20e siècle).

Il était à l’Université d’Oxford pour un développement professionnel en 2004-2005. Il a participé à des conférences internationales à Londres, Florence, Iéna, Sofia, Belgrade.

https://reseauinternational.net/serbie-et-guerres-des-balkans-lavenir-appartient-a-ceux-qui-ne-capitulent-pas/

lundi 2 mai 2022

Peuples persécutés d’Orient – Carnet de voyage de Palmyre au Champ des Merles

 Pierre-Alexandre Bouclay est grand reporter à Valeurs Actuelles. Depuis 2004, il suit l’actualité internationale et les questions de sécurité. Il a réalisé plusieurs reportages au Proche-Orient et rencontré le président syrien Bachar el-Assad.

Katharine Cooper est une photographe réputée d’origine sud-africaine. Lauréate en 2012 du grand prix de photographie de l’Institut de France, elle expose dans les plus prestigieuses galeries européennes.

Sans doute les photographies de Katharine Cooper pourraient-elles se passer de légendes, tout comme le texte de Pierre-Alexandre Bouclay peut se lire sans recourir à l’image : ce qu’ils donnent tous deux à voir acquiert d’emblée la force du témoignage.

Dans sa préface, Richard Millet rappelle ceci : « la guerre, qu’elle soit en cours, comme à Damas, Palmyre, au Kurdistan irakien, ou bien officiellement achevée, comme au Kosovo, là où des minorités, principalement chrétiennes, et aussi les Yézidis, souffrent non seulement des combats, des viols, de l’esclavage, de l’islam mais, tout autant, de l’indifférence d’un Occident qui a peur de ses origines chrétiennes, bien qu’elles soient lointaines, et que sa bonne conscience, alliée à son goût pour un exotisme habillé d’humanisme, conduit à préférer aux chrétiens d’Orient les Yézidis, parce que ceux-ci sont « neutres » par rapport à l’islam ».

Ce bel album, avec ces photos prises à Maaloula, Sinjar, Erbil, Damas, ainsi qu’au Champ des Merles, nous invite à resentir les souffrances de ces peuples persécutés en raison de leur foi.

Peuples persécutés d’Orient, Pierre-Alexandre Bouclay et Katharine Cooper, éditions du Rocher, en partenariat avec l’association SOS Chrétiens d’Orient, 160 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/peuples-persecutes-dorient-carnet-de-voyage-de-palmyre-au-champ-des-merles/65842/

jeudi 24 mars 2022

24 mars 1999: Le génocide des Serbes par l’OTAN… et Biden

 

 

[Message de Vyacheslav Volodine, Président de la Douma Fédérale]

Il y a exactement 23 ans, le 24 mars 1999 les civils yougoslaves se sont réveillés des sirènes des raids aériens. L’OTAN bombardait Belgrade.

Environ 5 000 personnes ont été tuées, plus de 10 000 ont été blessées. Un millier et demi d’infrastructures ont été détruites. Les bombardements se sont poursuivis sans interruption pendant 78 jours. Des armes à sous-munitions et des obus à l’uranium appauvri ont été utilisés.

Aucun des dirigeants des États-Unis et des pays de l’OTAN n’a jamais été puni.

De plus, l’actuel président américain Joe Biden était alors sénateur et a activement soutenu l’attentat, appelé à l’occupation de la Yougoslavie

En 1999, notre pays, qui a traversé la dévastation des années 90 et la trahison des élites nationales, n’avait pas la force suffisante pour aider les peuples frères de l’ex-Yougoslavie, pour les protéger de l’agression de l’OTAN .

Aujourd’hui, 23 ans plus tard, la situation a changé. Grâce à notre président Vladimir Poutine, la Russie est devenue un État fort et indépendant doté d’une armée capable. Nous ne pouvions pas permettre le génocide de nos citoyens et compatriotes vivant dans le Donbass. La Russie est venue à la défense du monde russe. Pour ne plus avoir plus tard ni douleur ni honte.

Vyacheslav Volodine
Président de la Douma Fédérale

        

(Cliquer pour lire l’article avec tradution en francais)

Ровно 23 года назад мирные граждане Югославии проснулись от сирен воздушной тревоги. НАТО бомбила Белград.

Погибли около 5 тысяч человек, ранено более 10 тысяч. Разрушены полторы тысячи населённых пунктов.
Непрерывные бомбовые удары наносились 78 дней. Использовались кассетные боеприпасы и снаряды с обеднённым ураном.

Никто из руководителей США и стран НАТО так и не понёс наказание.
Более того, действующий Президент США Джо Байден был тогда сенатором и активно поддерживал бомбардировки, призывал к оккупации Югославии (https://www.mk.ru/politics/2022/03/17/istoriya-bombezhek-yugoslavii-bayden-prizyval-okkupirovat-ee-v-nemeckom-stile.html).

За события тех лет мы чувствуем особую боль.
Да, гордимся нашими воинами, совершившими геройский марш-бросок на Приштину.
Но, надо признать, в 1999 году у нашей страны, прошедшей разруху девяностых и предательство национальных элит, не было достаточной силы, чтобы помочь братским народам бывшей Югославии, защитить их от агрессии НАТО.

Спустя 23 года ситуация изменилась. Благодаря нашему Президенту Владимиру Путину Россия стала сильным и независимым государством с боеспособной армией.
Мы не могли допустить геноцида наших граждан и соотечественников, проживающих в Донбассе.
Россия встала на защиту русского мира.
Чтобы потом не было больно и стыдно.

https://by-jipp.blogspot.com/

mercredi 28 juillet 2021

Kosovo Polje (1389) : le sacrifice de la noblesse serbe au « Champ des Merles »

 

Kosovo Polje (1389) : le sacrifice de la noblesse serbe au « Champ des Merles »

Le 15 juin 1389 est une date fondamentale dans l'histoire de la Serbie. Lors de la bataille dite « du Champ des Merles », l'aristocratie locale est saignée à blanc au cours de ce paroxysme du vaste affrontement qui voit s’opposer depuis des décennies les chrétiens des Balkans à l’avancée de l’islam.

L’équilibre de l’Europe orientale, région dominée pendant plusieurs siècles par la puissance byzantine, se voit soudainement bouleversé par l’apparition des tribus turques à la fin du XIe siècle. En 1071 à la bataille de Manzikert, ces populations nomades issues de la steppe asiatique, récemment converties à l’islam sunnite, infligent une sévère défaite aux Grecs. Vaincus, les Byzantins doivent quitter le plateau anatolien et voient leur influence fortement réduite en Asie mineure.

En 1204, avec la prise et le sac de Constantinople par les chrétiens latins, la quatrième croisade achève de réduire définitivement l’influence byzantine en Orient. Morcelé en plusieurs principautés, l’empire déjà réduit comme peau de chagrin sombre dans les luttes intestines. Les Turcs profitent de l’occasion pour multiplier les opérations militaires en profondeur, jusqu’aux bords de la mer Noire et de la Méditerranée.

La puissance serbe, de l’affirmation à la résistance à l’islam

L’affaiblissement de l’empire byzantin constitue également une opportunité pour le royaume serbe, qui s’affirme et conquiert une partie des Balkans désormais mollement contrôlés par les Grecs. Sous la dynastie des Nemanjic, plus particulièrement durant le règne du roi Etienne Douchan (1308-1355), le royaume de Serbie s’empare de la Chalcidique en 1347, de la Thessalonique en 1348, de la région de Zahumlja au sud de la Bosnie en 1350… Les Serbes dominent alors un territoire allant du Danube à la mer Adriatique. Cet élan conquérant s’essouffle pourtant rapidement : à la mort du roi, pourtant couronné « empereur des Serbes et des Romains » en 1346, la plupart des princes serbes s’émancipent du pouvoir central. Ils entendent régner en maîtres sur leurs domaines et occupent leur temps à se faire la guerre.

Cette situation profite grandement aux Turcs ottomans qui dès 1354 traversent le Bosphore et s’installent à Gallipoli. En 1371, ils triomphent à la bataille de la Maritsa des troupes serbes du prince local et se précipitent sur la Macédoine. Les princes chrétiens libres de la région, après la soumission des Byzantins et des Bulgares au nouvel envahisseur dès 1372, se rassemblent sous la bannière du prince Lazare, ancien membre de la cour du roi Étienne. Lazare comprend très vite le danger qui pèse sur son pays, et cherche des alliances à travers toute l’Europe : les autres principautés serbes d’abord, mais aussi le royaume de Hongrie et surtout la Papauté, inquiète de l’expansion turque en Europe.

Les princes coalisés battent une première fois, en 1381, un contingent turc à la bataille de Dubravnica. En 1386, Lazare repousse lui-même une force ennemie menée par le sultan Mourâd Ier. Mais ces victoires ne réussissent pas à briser l’élan des Turcs : si les montagnes et leurs contreforts résistent, tout le littoral grec tombe rapidement entre leurs mains.

L’offensive turque prend fin au Kosovo

Mourad Ier veut porter un coup décisif à la résistance chrétienne dans les Balkans. Il marche sur les mines d’argent du sud de la Bosnie tout en soumettant au passage les princes locaux, ou en ravageant les territoires récalcitrants. Lazare décide de bloquer l’avancée de son ennemi et rallie ses alliés, le prince de Bosnie, son gendre Vuk Brankovic, mais aussi des contingents de Valaques, de Hongrois, et peut-être d’Albanais. Tous répondent à l’appel du prince serbe et se rassemblent au lieu-dit du Champ des Merles, aujourd’hui au Kosovo.

Face à ces dix à quinze mille hommes, soit un effectif particulièrement important pour l’époque et compte tenu des ressources démographiques de la région, Mourâd Ier aligne près de trente mille soldats : des Turcs en grand nombre, dont les Janissaires constituent déjà les meilleurs guerriers, mais aussi des troupes des princes serbes inféodés au sultan ainsi que des mercenaires grecs. Malgré la disproportion des contingents engagés, les chrétiens galvanisés par Lazare sont persuadés de lutter pour les Balkans – voire l’Europe tout entière – contre l’ennemi musulman, avec d’autant plus d’énergie que l’esprit de la croisade imprègne encore fortement les mentalités de l’époque.

Les circonstances exactes de la bataille, qui dure toute la journée du 15 juin, demeurent méconnues. Les sources se contredisent en fonction de leurs origines. Les Serbes ont tendance à valoriser le courage de leurs chevaliers qui, malgré une nette infériorité numérique, se battent jusqu’à la mort. Lazare lui-même tombe au combat, tandis que son gendre Vuk Brankovic abandonne le champ de bataille. À l’inverse, les musulmans préfèrent insister sur la fourberie des chrétiens qui assassinent leur sultan après la bataille, empêchant ainsi les Ottomans d’exploiter leur victoire : Bazajet, le fils de Mourâd Ier, doit immédiatement retourner en Anatolie consolider son trône, délaissant provisoirement les Balkans.

Une bataille pour la mémoire

Mais cette dernière version provient de poèmes épiques tardifs, eux-mêmes issus des premières sources turques (un poème de 1512 de l’historien Mehmed Nesri), qui cherchent à favoriser le sentiment d’unité et la combativité des Serbes qui poursuivent la lutte contre l’oppression ottomane. Cette histoire est particulièrement valorisée par les nationalistes serbes, dès le XIXe siècle lors du réveil des nationalités, et marque encore aujourd’hui leur identité : Lazare, béatifié, est inhumé à l’église Saint-Sava à Belgrade (la deuxième plus grande du monde orthodoxe), alors qu’une colonne commémorative a été érigée sur le lieu de la bataille en 1953.

D’après les sources plus immédiates, comme Les Annales de l’anonyme de Raguse (écrites probablement à la fin du XVe siècle), « le tsar Mourad a été tué ainsi que le roi serbe. Les Turcs ne remportèrent pas la victoire. Les Serbes non plus, car il y a eu de nombreux morts ». Si l’on croise ces écrits avec les rapports des diplomates des cités-États, notamment de Venise et de Raguse, aucun des deux partis ne peut prétendre en effet à la victoire. Mais pour les chrétiens, et plus particulièrement les Serbes, la bataille devient un symbole. Lazare, qualifié de « victorieux et zélé, croyant Lazare, le nouveau martyr » par Danilo Banskij, le patriarche de Constantinople entre 1390 et 1400, meurt certes au combat mais devient un symbole : celui du courage et de l’abnégation serbes.

Quant à son gendre, surnommé le « traître » pour avoir quitté le champ de bataille à l’annonce de la mort de son beau-père, il apparaît finalement aujourd’hui comme un héros de la résistance. Vuk Brankovic, qui combat avec acharnement les incursions turques à la mort de son seigneur, aurait en effet quitté le champ de bataille pour qu’au moins un seigneur survive et puisse continuer la lutte contre l’envahisseur.

Un coup d’arrêt provisoire, mais une inspiration pour l’avenir

Les Turcs, malgré leur victoire sur le champ de bataille, doivent abandonner la campagne prévue originellement. La mort du sultan et l’exécution de son fils cadet par Bazajet obligent en effet les forces ottomanes à se replier vers leurs possessions pour assurer la transition du pouvoir. Les Serbes obtiennent donc un bref sursis, qu’un traité de paix vient concrétiser : contre la soumission d’une partie de la noblesse, les Turcs laissent une très large autonomie à leurs provinces. Et s’ils sont déstabilisés par l’irruption des hordes de Tamerlan, qui leur inflige une sévère défaite à Ankara en 1402, les plongeant dans de violentes querelles dynastiques jusqu’en 1413, la conquête des Balkans reprend aussi rapidement qu’inexorablement. Constantinople tombe en 1453, Smederevo en 1459, et finalement Belgrade, dernier îlot de résistance, en 1521.

Les Serbes préfèrent pour beaucoup s’exiler au Nord, dans le royaume de Hongrie puis dans les principautés autrichiennes où ils forment des troupes spécialisées dans les raids et les assauts au-delà de la frontière avec l’empire ottoman. Avec les Croates et les Bosniens, ils intègrent des régiments de cavalerie légère chargés de surveiller cette frontière, mais aussi de harceler les forces ennemies par des opérations de guérilla. Élevés dans la culture de la guerre, marqués par l’exemple de leurs aïeux, ils font partie des premiers à se révolter pour former, en 1878, un Etat serbe indépendant qui n’aura de cesse, au cours du siècle suivant, de lutter encore pour sa survie.

Et c’est ainsi que le sang de la noblesse serbe, qui chaque année fait rougeoyer le Champ des Merles, à l’approche du Solstice d’été, inspire à ses descendants la conscience de leur identité et la nécessité du combat. Sous l’égide des héros d’autrefois.

Arthur Van de Waeter

Photo : gravure d’après un tableau d’Adam Stefanović, vers 1870.

https://institut-iliade.com/kosovo-polje-1389-le-sacrifice-de-la-noblesse-serbe-au-champ-des-merles/

dimanche 10 mai 2015

1999-2009 : Le martyre de la Serbie

Lors d'une soirée organisée par les Éditions L'Âge d'Homme à l'occasion du dixième anniversaire de l'agression de l'Otan contre la Serbie, le 25 mars 2009 à la Salle Lumière à Paris, notre ami Komnen Becirovic a prononcé un vigoureux discours dont nous publions de larges extraits.
Nous voici réunis dans la même ferveur pieuse, dans le même sentiment profond de la justice, dans la même communion d'esprit pour commémorer le dixième anniversaire du martyre du peuple serbe, victime de la plus injuste, de la plus abominable, de la plus criminelle, de la plus sale des guerres dans l'histoire de l'humanité, la guerre que l'Otan a menée contre la Serbie tout au long du printemps 1999.
Et quand je dis cela, je pèse bien mes mots, car on n'a jamais vu dans l'histoire du monde une telle disproportion de forces en présence : d'un côté la plus grande et la plus puissante alliance militaire de tous les temps, l'Otan, représentant dix-neuf États, totalisant près d'un milliard d'individus et disposant de moyens illimités dans tous les domaines, et de l'autre côté un seul pays, la Serbie, comptant, elle, à peine dix millions d'âmes et ne disposant que de moyens militaires, politiques, économiques et médiatiques infimes par rapport à ceux de l'Otan.
Il va sans dire que la Serbie n'avait jamais fait le moindre tort à aucun des pays appartenant à la coupable, j'allais dire à la scélérate alliance. En fait la Serbie ne faisait que défendre la partie la plus sacrée de son territoire, le Kosovo, contre l'ennemi séculaire albanais. Par ailleurs, cette guerre, à la différence des autres, fut une guerre chimique, radiologique, polluant à jamais le milieu naturel et, par conséquent, meurtrière, non pas seulement pour ceux qui la subissaient à ce moment-là, mais pour les générations à venir, aussi bien des humains que d'autres êtres vivants.
Orgie criminelle
Toujours est-il qu'à cette heure-ci, il y a dix ans, la Serbie était mise à feu et à sang par des bombardiers de l'Otan qui, d'abord, par centaines, tels des oiseaux de la mort, s'étaient abattues sur la Serbie et le Monténégro, dans la nuit du 24 au 25 mars, puis allaient le faire par milliers, voire par dizaines de milliers jusqu'à enténébrer les cieux printaniers de la Serbie. Car cette orgie criminelle devait se poursuivre pendant soixante-dix-huit jours et nuits, sans la moindre pause même pour la fête de Pâques ; telle a été la soif du mal de nos humanistes, fauteurs de cette abomination. De médiocres leaders de grandes nations, un Clinton, un Blair, un Schröder, un Chirac avec la sinistre Albright et le lamentable Solana parmi eux, s'étaient soudain métamorphosés en cavaliers de l'apocalypse. [...]
Quel fut le prétexte pour cette explosion du mal sans précédent dans l'histoire humaine ? Les caciques de l'Occident s'étaient mêlés, sans y rien comprendre ni connaître, d'un conflit historique demi-millénaire entre Serbes et Albanais durant lequel ces derniers, agissant à l'ombre de divers règnes esclavagistes, turc, germano-italo fasciste et titiste communiste, s'étaient implantés au prix de la terreur la plus effroyable au coeur de la Serbie, au Kosovo et en Métochie, en y devenant ainsi majoritaires. Or, les personnages que je viens de citer avec des hordes de propagandistes tout aussi ignorants qu'eux, mais également corrompus et avides du mal, avaient perverti ce long conflit historique en un conflit idéologique, plus précisément droit-de-l'hommiste.
Évidemment, dans leur aberration et dans leur mauvaise foi, ces dirigeants indignes - ne retenant de cet antagonisme multiséculaire que la dernière décennie du XXsiècle où les Serbes avec Slobodan Milosevic auraient prétendument pratiqué l'apartheid, voire envisagé l'extermination jusqu'au dernier d'un million d'Albanais de la province - jugèrent qu'il fallait de toute urgence secourir ces derniers, quitte à détruire la nation serbe tout entière. Ou, tout au moins, à la rejeter à l'âge de pierre.
Soif de puissance
Les quatre grands agresseurs avec la flopée de leurs petits minables acolytes, assuraient agir en archanges des Droits de l'homme et de la Démocratie, alors qu'ils n'agissaient qu'en mercenaires du mal héréditaire albanais anti serbe moyennant lequel ils assouvissaient parfaitement leur propre volonté de puissance. [...]
Quel fut le bilan de cette action démoniaque de l'Otan dans les Balkans ? Environ 5 000 hommes, femmes et enfants morts, le plus souvent déchiquetés ou carbonisés, deux fois autant de blessés, des centaines de milliers d'Albanais d'abord, des Serbes ensuite jetés sur les routes de l'exode, des villes, des infrastructures, des usines détruites, des ponts croulés, des écoles, des hôpitaux, des édifices abritant des administrations et des médias touchés, des trains en marche et des autobus intentionnellement visés, des lieux de culte et des monuments historiques dévastés surtout lorsqu'à la fin l'horreur aérienne, la piétaille albanaise de l'Otan se mit en branle...
Une catastrophe écologique
Le martyrologe serbe dans cette aventure meurtrière de nos humanistes dans les Balkans est sans fin. Mais ce qui est le plus grave, c'est qu'ils ensemencèrent cette partie de l'Europe du mal incurable de l'uranium appauvri et d'autres matières toxiques, de sorte que les maladies cancérigènes y ont progressé de 200 % par rapport à la période d'avant la guerre. Leur crime gagna également cette partie de l'univers qui est la nôtre, puisque avec les soixante-dix mille sorties qu'effectua leur aviation, ils portèrent atteinte aux cieux éternels, notamment en lacérant la couche d'ozone au-dessus de l'Europe méridionale et en aggravant ainsi l’effet de serre et, par conséquent, le dérèglement climatique.
Le crime a porté ses fruits noirs en ces dix années écoulées sur le plan humain, écologique, climatique, mais aussi sur le plan éthique et politique, puisque les fauteurs du mal ou leurs successeurs, s'obstinant dans l'erreur, reconnurent, en février 2008, le Kosovo serbe albanisé où quelque cent mille Serbes y restant encore vivent dans des ghettos, comme État indépendant, mutilant ainsi une Serbie, déjà meurtrie, de 15 % de son territoire, ainsi que de mille ans de son histoire et de sa mémoire.
"Justice" internationale
Aussi leur parodie du tribunal de la Haye a -t-elle tourné pendant tout ce temps à plein régime, en faisant emprisonner, juger et condamner à de lourdes peines un grand nombre de responsables serbes civils et militaires, alors que les responsables albanais, couverts de sang, étaient laissés en liberté ou blanchis de toute accusation. La seule réussite dont ils peuvent tristement s'enorgueillir, fut la mise à mort de Milosevic parce que, tel un héros mythique, il les avait défiés et transformé son banc d'accusation en une tribune de la vérité serbe occultée et étouffée depuis des années. Mais comme l'enfer n'arrête pas de réclamer son lot de victimes, ils viennent de s'offrir pour ce dixième anniversaire de leur méfait, la détention à vie de quatre généraux serbes dont le seul crime aura été d'avoir héroïquement défendu leur pays face à l'agression de l'Otan. [...]
KOMNEN BECIROVIC L’ACTION FRANÇAISE 2000  du 12 au 15 avril 2009

jeudi 12 avril 2012

Quelles règles géopolitiques ont joué dans le conflit du Kosovo ?

Intervention de Robert Steuckers au Colloque de " Synergon-Deutschland ", 24-25 avril 1999 &  à la Conférence sur la Guerre en Yougoslavie de la " Lega Nord ", Milan, 6 mai 1999
Avec le déclenchement du conflit en Yougoslavie, le 25 mars 1999, toute géopolitique européenne, russe, euro-russe, eurasienne ou germano-russe (peu importe désormais les adjectifs !), doit : 
 Premièrement : être une réponse au projet de Zbigniew Brzezinski, esquissé dans son livre The Grand Chessboard. 

Deuxièmement : organiser une riposte à la stratégie pratique et réelle qui découle de la lecture par les états-majors de ces thèses de Brzezinski. Cette stratégie s’appelle " New Silk Road Land Bridge Project ", comme vient de le rappeler Michael Wiesberg dans l’éditorial de Junge Freiheit, la semaine dernière.

Le Projet " New Silk Road Land Bridge " (= Pont Terrestre sur le Nouvelle Route de la Soie) repose cependant sur des réflexions géopolitiques et géostratégiques très anciennes. Elle est une réactualisation de la stratégie du " containment " appliquée pendant la guerre froide. Le " containment " dérive des théories géopolitiques
1. d’Homer Lea, dont Jean-Jacques Langendorf, expert militaire suisse, a réédité le maître-ouvrage en allemand au début des années 80. Dans The Day of the Saxons, Lea fixait la stratégie britannique du " containment " de l’Empire russe, du Bosphore à l’Indus. Lea expliquait que les Russes ne pouvaient pas s’emparer des Dardanelles ou les contrôler indirectement (on se souvient de la Guerre de Crimée et des clauses très dures imposées à l’Empire russe par le Traité de Paris de 1856), qu¹ils ne pouvaient pas franchir le Caucase ni dépasser la ligne Téhéran-Kaboul.
2. d’Halford John Mackinder, pour qui les puissances maritimes, dont l’Angleterre, devaient contrôler les " rimlands ", pour que ceux-ci ne tombent pas sous l’hégémonie du " heartland ", des puissances du milieu, des puissances continentales.
La dynamique de l’histoire russe, plus précisément de la Principauté de Moscovie, est centripète, dans la mesure où la capitale russe est idéalement située : au départ de Moscou, on peut aisément contrôler le cours de tous les fleuves russes, comme, au départ de Paris, on peut aisément contrôler tous les fleuves français et les régions qu’ils baignent. Moscou et Paris exercent une attraction sur leur périphérie grâce à la configuration hydrographique du pays qu¹elles contrôlent. 

La dynamique centrifuge de l¹histoire allemande
 

Au contraire, la dynamique de l¹histoire allemande est centrifuge parce que les bassins fluviaux qui innervent le territoire germanique sont parallèles les uns aux autres et ne permettent pas une dynamique centripète comme en Russie d’Europe et en France. Un pays dont les fleuves sont parallèles ne peut être aisément centralisé. Les bassins fluviaux restent bien séparés les uns des autres, ce qui sépare également les populations qui se fixent dans les zones très oecuméniques que sont les vallées.  L’unification politique des pays à fleuves parallèles est très difficile. Face à cet inconvénient du territoire allemand, plus spécialement de la plaine nord-européenne de l’Yser au Niémen et, plus particulièrement encore, au territoire du Royaume de Prusse (du Rhin à la Vistule), l’économiste Friedrich List préconisera la construction de chemins de fer et le creusement de canaux d’une vallée parallèle à l’autre, de façon à les désenclaver les unes par rapport aux autres. 

Outre l¹Allemagne (et la Prusse), d’autres régions du monde connaissent ce parallélisme problématique des fleuves et des vallées.
1. La Belgique, dont la configuration hydrographique consiste en une juxtaposition des bassins de l’Yser, de l¹Escaut et de la Meuse, avec un quasi parallélisme de leurs affluents (pour l’Escaut : la Lys, la Dendre ; puis la Senne, la Dyle et le Demer), connaît en petit ce que la grande plaine nord-européenne connaît en grand. Au début de l¹histoire de la Belgique indépendante, le Roi Léopold I a fait appel à List, qui lui a conseillé une politique de chemin de fer et le creusement de canaux permettant de relier les bassins de l¹Escaut et de la Meuse, puis de la Meuse et du Rhin, en connexion avec le système allemand. De ce projet, discuté très tôt entre Léopold I et F. List, sont nés le Canal Albert en 1928 seulement (d’Anvers à Liège) et le Canal du Centre (reliant la Haine, affluent de l’Escaut, à la Sambre, principal affluent de la Meuse). Ensuite, autre épine dorsale du système politico-économique belge, le Canal ABC (Anvers-Bruxelles-Charleroi). L’unité belge, pourtant très contestée politiquement, doit sa survie à ce système de canaux. Sans eux, les habitants de ces multiples microrégions flamandes ou wallonnes, auraient continué à s’ignorer et n’auraient jamais vu ni compris l’utilité d’une certaine forme d’unité politique. L’idée belge est vivace à Charleroi parce qu’elle repose, consciemment ou inconsciemment, sur le Canal ABC, lien majeur de la ville avec le large (les ports de mer de Bruxelles et d’Anvers) (le Ministre-Président flamand,  Luc Van den Brande, confronté récemment à de jeunes étudiants wallons de Charleroi, dans un débat sur la confédéralisation des régions de Belgique, a entendu de vibrants plaidoyers unitaristes, que l’on n’entend plus ailleurs en Wallonie ; dans leur subconscient, ces jeunes savent ou croient encore que leur avenir dépend de la fluidité du trafic sur le Canal ABC).

2. La Sibérie, comme " Ergänzungsraum " de la Russie moscovienne, connaît également un parallélisme des grands fleuves (Ob, Iénisséï, Léna). Si la Russie semble être, par son hydrographie, une unité géographique et politique inébranlable, en dépit d’un certain particularisme ukrainien, les immenses prolongements territoriaux de Sibérie, eux, semblent avoir, sur le plan hydrographique, les mêmes difficultés que l¹Allemagne et la Belgique en plus petit ou en très petit. Raison pour laquelle le Ministre du Tsar Sergueï Witte, au début de ce siècle, a réalisé au forceps le Transsibérien, qui alarmait les Anglais car les armées russes acquéraient, grâce à cette voie ferroviaire transcontinentale, une mobilité et une vélocité inégalées. La réalisation du Transsibérien donne l’occasion à Mackinder de formuler sa géopolitique, qui repose essentiellement sur la dynamique et l¹opposition Terre/Mer. Parce que les voies ferrées et les canaux donnent aux puissances continentales une forte mobilité, comparable à celle des navires des thalassocraties, Mackinder théorise le containment, bien avant la guerre froide, au moment où la moindre mobilité habituelle de la puissance continentale russe cesse d’être véritablement un handicap.

3. L’Indochine possède également une configuration hydrographique de type parallèle (avec le Hong rouge, le Mékong, le Ping, le Yom, le Salween, l¹Irrawaddy). Cette configuration explique la " Kleinstaaterei " de l¹ensemble indochinois, manipulé par les Français à la fin du XIXème siècle, par les Américains après 1945.

4. La Chine a aussi des fleuves parallèles, mais elle a pu y pallier en organisant des liaisons par une navigation côtière bien organisée. Autre caractéristique de l’hydrographie chinoise : les sources des grands fleuves se trouvent pour une bonne part sur les hauts plateaux du Tibet, ce qui explique l’acharnement chinois à conserver ce pays conquis dans les années 50. Qui contrôle les sources tibétaines des grands fleuves chinois et indochinois risque à terme de contrôler l’alimentation en eau de la Chine. 

Ce regard jeté sur l’hydrographie démontre surtout que la géopolitique est bien souvent une hydropolitique. 

Le projet " New Silk Road Land Bridge " 

 Revenons au projet américain de " New Silk Road Land Bridge ". Ce projet vise à créer une barrière d’Etats et de bases contenant la Russie loin des mers et de l’Océan Indien. Cette barrière commence à l’Ouest sur l’Adriatique (avec l’Albanie) et se termine en Chine. Elle relie, comme la Route de la Soie du temps de Marco Polo, les deux parties les plus peuplées de la masse continentale eurasienne. En termes militaires, cette barrière serait constituée de l¹Albanie réorganisée par les partisans de l’UCK, encadrés par des officiers américains et turcs, une Macédoine où l’on aura sciemment minorisé les Slaves au profit des Albanais renforcés par les réfugiés du Kosovo, une Turquie comme pièce centrale de la nouvelle OTAN, l¹Azerbaïdjan qui vient de mettre à la disposition de l’OTAN la plus importante base aérienne de l’ex-Armée Rouge, l¹Ouzbékistan à proximité de la Caspienne qui vient de dénoncer le pacte qui le liait à la Russie (dans le cadre de la CEI). A ce dispositif turcocentré, s’ajoutera très vite la Géorgie (qui vient aussi de se désolidariser du Pacte d’entraide de la CEI), la Tchétchénie qui a déjà perturbé l’acheminement par oléoduc des pétroles de la Caspienne en direction du port russe en Mer Noire, Novorossisk. Plus au nord, dans la région de l’Oural, deux républiques autonomes musulmanes de la Fédération de Russie, le Tatarstan, le Bachkortostan et, au Sud, l’Ingouchie (voisine de la Tchétchénie et également musulmane), par la bouche de leurs présidents respectifs, ont exprimé leurs réticences face à la solidarité qu¹exprimait l¹immense majorité des Russes à l’égard des Serbes dans le combat qui oppose ceux-ci à l’OTAN et aux Kosovars albanais de l’UCK, manipulés par Washington et Ankara. A l’Est de Moscou mais à l’Ouest de l’Oural, sur le cours d’un affluent important de la Volga, la Kama, au sud des régions moins oecuméniques du nord de l’Oural, se trouvent donc des régions susceptibles d’entrer en rébellion ouverte contre Moscou, si le pouvoir russe cherche à disloquer la barrière américano-turque de l’Adriatique aux confins chinois.
Dans The Grand Chessboard, Zbigniew Brzezinski table clairement sur la turcophonie d¹Asie centrale, appelée à être organisée par Ankara, et, par ailleurs, évoque la possibilité d’étendre la sphère d’influence chinoise jusqu’au Kazakhstan, rejoignant ainsi le pôle turcophile et turcophone s’étendant de Tirana à l’Ouzbékistan. La barrière serait ainsi soudée, le verrou serait complet. Les Russes de Sibérie et d’Asie centrale seraient " contenus ". La barrière serait consolidée par un appui inconditionnel à une Turquie de 70 millions d¹habitants (et bientôt 100 millions !). Ankara recevrait des armes et un équipement technologique de pointe. Les Etats-Unis donneraient ainsi aux Turcs l’accès à des satellites de télécommunications, leur permettant d’inonder l’Asie centrale turcophone d’émissions de télévision orientées. Des fondations apparemment " neutres " offrent d’ores et déjà des bourses d’étude à des étudiants turcophones d’Asie centrale pour étudier à Istanbul et à Ankara. Washington ferme les yeux sur le génocide que subissent les Kurdes, non turcophones et locuteurs d’une langue indo-européenne proche du persan. Les Kurdes pourraient disloquer le verrou en proclamant leur indépendance et en s’alliant aux autres indo-européophones de la région : les Arméniens, orthodoxes et alliés traditionnels des Russes, ennemis jurés de la Turquie depuis le génocide de 1916, et l’Iran, adversaire des Etats-Unis et alliés potentiels de Moscou. 

Carte musulmane obligatoire pour la Russie 

 Cette carte musulmane jouée par les Etats-Unis jette le désarroi à Moscou. Evguenii Primakov sait désormais qu¹il doit trouver une parade mais sans brusquer les 20 millions de musulmans de la Fédération de Russie et les ressortissants des ex-républiques musulmanes et turcophones de l’URSS, constituant l’ " étranger proche ". La Russie est contrainte de forger à son tour un projet cohérent pour les peuples turcophones, sous peine de bétonner définitivement son propre encerclement, mis en oeuvre par les Américains. C’est ce qui explique, notamment, l’intérêt que porte notre ami Alexandre Douguine à l’Islam, en tant que force traditionaliste que l’on pourrait opposer à l’Ouest. Douguine fonde sa théorie de ‘¹Islam sur l’oeuvre de deux auteurs : Constantin Leontiev et René Guénon. Constantin Leontiev voulait au XIXième siècle une alliance des Orthodoxes et des Musulmans contre l’Ouest (catholique, protestant et libéral). Leontiev s’opposait au soutien russe apporté aux petits peuples slaves des Balkans, parce que ceux-ci, disait-il, étaient animés par des idéologies émancipatrices et libérales, téléguidées depuis Vienne, Paris et Londres. Leontiev s’opposait ainsi au théoricien du nationalisme serbe Ilia Garasanin (Garachanine), qui liait l’orthodoxie balkanique à une revendication anti-ottomane et émancipatrice des communautés paysannes slaves. Garasanin demandait l’aide russe, mais ne souhaitait pas introduire l¹autocratisme dans les Balkans. A ce titre, il apparaissait comme subversif pour les traditionalistes, dont Leontiev. La référence à Guénon, qui s’est converti à l’Islam et retiré au Caire, participe essentiellement, chez Douguine, d’une critique générale du " règne de la quantité ". Diverses instances en Russie cherchent donc à justifier et à consolider intellectuellement une politique d’ouverture à l’Islam qui puisse faire pièce à celle que déploient les Etats-Unis autour de la turcophonie centre-asiatique. 

Hydropolitique carolingienne 

 En Europe, en prenant pied dans les Balkans (en Albanie, au Kosovo et en Macédoine) et en frappant Belgrade et Novi Sad sur le Danube, les Etats-Unis tentent de barrer la nouvelle grande voie d’eau qui traverse l¹Europe, de l¹embouchure du Rhin à Rotterdam en passant par le Main, le nouveau canal Main-Danube et le cours du Danube lui-même jusqu¹à Constantza en Roumanie. Cette volonté d¹entretenir une liaison fluviale à travers le continent est très ancienne. Déjà Charlemagne avait eu ce projet, à l’aube de l¹histoire européenne occidentale. On oublie très souvent que les Carolingiens raisonnaient en termes d¹hydropolitique. Charlemagne, doté d’une solide santé physique, s’est rendu compte des difficultés géographiques et physiques à centraliser son empire. Pour maintenir l’édifice en place, il a été obligé, pendant toute sa vie, de voyager sans cesse d’un château palatin à l¹autre. Les missi dominici ont pris le relais, transmettant les consignes à travers tout l’empire. Les seules voies de communication permanentes et faciles à l’époque étaient les fleuves. Les Francs, par exemple, pour s’emparer de ce qui allait devenir l¹Ile-de-France et en faire le centre de leur puissance politique, ont descendu le cours de l’Oise sur des radeaux. Seuls les fleuves permettaient d¹acheminer d’énormes quantités de marchandises dans des temps raisonnables. Pour ceux qui ne perçoivent pas l¹importance des fleuves après la disparition des routes romaines, le partage de l’empire à Verdun en 843, entre les trois petits-fils de Charlemagne, apparaît absurde. Pourtant, ce partage est d’une logique limpide pour qui raisonne en termes d¹hydropolitique. Charles le Chauve, roi de la Francie occidentale (qui deviendra la France), reçoit les bassins de la Somme, de la Seine, de la Loire et de la Garonne. Lothaire, empereur, reçoit la Lotharingie, de la Frise au Latium, ce qui apparaît illogique voire aberrant, sauf si l’on regarde bien la carte hydrographique : Lothaire reçoit les bassins du Rhin (avec la Moselle), de la Meuse, du Rhône (avec la Saône et le Doubs) et du Pô. Louis le Germanique, avec la Francie orientale (qui deviendra l¹Allemagne) reçoit en héritage la dualité allemande qui repose, physiquement parlant, sur la dualité de la configuration hydrographique du pays : il hérite des fleuves parallèles de la plaine nord-européenne (Ems, Weser, Elbe, Oder) et, surtout, du Danube qui ouvre d’immenses perspectives en aval. 

L¹héritage de Louis le Germanique, qui s’emparera de la Lotharingie, scelle la dualité de l¹histoire allemande, où, plus tard, la Prusse organisera la grande zone des fleuves parallèles, tandis que l¹Autriche prendra en charge le système danubien. Cet état de choses explique pourquoi les Allemands se sont immédiatement entendus avec les Hongrois et qu¹ensemble, ils ont guerroyé des siècles durant contre l’Empire ottoman qui entendait, lui aussi, s’emparer du Danube en en remontant le cours pour s’emparer de la " Pomme d’Or " (Vienne). Après les premières tentatives de Frédéric II de Prusse, au XVIIIème siècle, de doter son royaume d’un bon système de canaux raccourcissant les distances pour les marchandises à transporter, réalisations qu¹il récapitule lui-même dans son " Testament politique " de 1752, l¹économiste du XIXème siècle Friedrich List élabore des projets pour tous les pays d’Europe et pour l’Allemagne en particulier. Il demande aux hommes d’Etat d’ " organiser le Danube " et d’accélérer le creusement du Canal joignant le Main au Danube. De là vient cette grande idée de relier Rotterdam à Constantza et la navigation fluviale danubienne au système de la Mer Noire et des fleuves russes qui s’y jettent. Plus tard, cette idée récurrente dans les politiques d¹aménagement du territoire se retrouve chez le géopolitologue Walther Pahl, qui signale que la majeure partie des exportations russes en céréales, en pétrole et en produits sidérurgiques empruntent les voies et les ports de la Mer Noire pour se répandre dans le monde. Plus précis, le géopolitologue Arthur Dix, en 1923, quelques mois après la signature des accords germano-russes de Rapallo, entre Rathenau et Tchitchérine, dessine une carte montrant la synergie potentielle entre les systèmes fluviaux russes, allemands et danubiens, permettant d¹organiser l¹Europe centrale et orientale, éventuellement contre les politiques anti-européennes de la France et de l¹Angleterre. Max Klüver, historien controversé des prolégomènes de l’affrontement germano-russe de 1941-45, étudie dans son ouvrage Präventivschlag, les requêtes successives de Molotov auprès de Ribbentrop dans la période du pacte germano-soviétique de 39-41, demandant une participation soviétique dans la gestion du trafic fluvial danubien. Klüver rappelle que Ribbentrop devait tenir compte de réticences roumaines et hongroises et d’abord apaiser le conflit qui opposait ces deux petites puissances danubiennes entre elles. Ce sera l’objet des deux arbitrages de Vienne, oeuvre diplomatique de Ribbentrop. 

La maîtrise du Danube : cauchemar britannique 

 L’ouverture d’un trafic transeuropéen via le Danube a toujours été le cauchemar des Britanniques, depuis 1801.Cette année-là, le Tsar Paul I, allié de Napoléon, demande à celui-ci d’envoyer des troupes via le Danube et la Mer Noire, pour amorcer une campagne contre les possessions indiennes de l¹Angleterre en passant par la Perse. Le Danube devait remplacer la Méditerranée comme voie de communication rapide par eau, parce que Nelson en avait chassé les Français et anéanti les projets napoléoniens en Egypte. L’hostilité britannique à tout trafic danubien s’explique : 

- Parce que le Danube relativise les voies maritimes méditerranéennes contrôlées par les Britanniques ; 

- En 1942, pendant la seconde guerre mondiale, des journalistes anglais publient une carte montrant un " Très Grand Reich allemand " centré autour d’un système " Rhin-Main-Danube ", lui permettant d¹exercer son hégémonie sur l’Ukraine et le Caucase. Pour une certaine opinion à Londres en 1942, le danger nazi n’est donc pas incarné par une idéologie totalitaire ou raciste, ou par un dictateur arbitraire aux réactions imprévisibles, mais par un simple projet d¹aménagement du territoire et des voies fluviales, vieux de mille ans. Comme quoi, selon cette " logique ", Charlemagne était déjà " nazi " sans le savoir ! Et bien avant la fondation de la NSDAP ! Aujourd’hui, pour dénoncer le processus d’unification européen en cours, un géopolitologue français germanophobe, Paul-Marie Coûteaux, ressort la même carte dans un article récent de la revue Géopolitique (mars 1999). Coûteaux se situe ainsi dans la même logique qu’un de ses prédécesseurs, André Chéradame, géopolitologue durant la première guerre mondiale et architecte oublié du système de Versailles, notamment pour ce qui concerne ses plans d’accroissement démesuré de la Roumanie et de la Yougoslavie, et de destruction de la Hongrie et de la Bulgarie. Chéradame cherchait à morceler le cours du Danube après Vienne en autant de tronçons nationaux possibles. Sa géopolitique rencontrait davantage les intérêts anglais que les intérêts français. 

- Tout accroissement du trafic fluvial danubien limite le monopole des transports maritimes exercé par les armateurs de la Méditerranée, généralement britanniques ou financés par la City. Rappelons à ce propos qu¹au moment où Soviétiques et Allemands signent le Traité de Rapallo, les Américains, par les Accords de Washington de 1922, imposent à la France et à l’Italie une réduction considérable de leur tonnage, limité à 175.000 tonnes. 

Une succession de crises bien préparées 

 Quelle est la situation actuelle, en tenant compte de tous les facteurs historiques que nous venons de mentionner ?

A. Depuis quelques années, le système Rhin-Main-Danube est devenu une réalité, vu le percement du Canal Main-Danube sous l¹avant-dernier gouvernement Kohl en Allemagne. Notons que la postérité reconnaîtra forcément le mérite de Kohl, d’avoir réalisé après 1100 ans d’attente un projet de Charlemagne. Mais, inévitablement, en connaissant l’hostilité foncière de la Grande-Bretagne à ce projet, on pouvait s¹attendre à des manoeuvres de diversion, dont la guerre contre la Serbie, avec le bombardement des ponts de Novi Sad et de Belgrade, a constitué un prétexte en or.

B. Depuis l¹annonce de la fin des travaux du percement du Canal Main-Danube, bon nombre de voies de communication dans le système euro-russe du Danube, de la Mer Noire et de la Caspienne subissent des crises violentes, provoquant des instabilités de longue durée, avec 

1. le conflit de la Tchétchénie, où un oléoduc important acheminant le pétrole de la Caspienne vers un terminal russe sur la Mer Noire, a été bloqué par les troubles qui ont affecté cette république ethnique de la Fédération de Russie. 

2. Une intensification observable des liens entre la Turquie, fermement appuyée par les Etats-Unis, et les ex-républiques soviétiques turcophones, qui quitte l¹orbite de la CEI et donc de la Russie. 

3. Un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour l¹enclave arménienne du Nagorno-Karabach, où l’Arménie, sans accès à la mer, est coincée entre son adversaire et l’allié de celui-ci, la Turquie. 

4. Un chaos permanent dans les Balkans, surtout depuis la crise bosniaque et la démonisation médiatique de la Serbie, décrite comme une sorte de croquemitaine politique en Europe. 

5. L¹échec d’un plan complémentaire, du temps de Kohl et de Mitterrand, visant à joindre le Rhin au Rhône et donc le système Rhin-Main-Danube au bassin occidental de la Méditerranée ; ce projet " carolingien " a été torpillé par l’aile pro-socialiste du parti des Verts en France, orchestrée par une certaine Madame Voynet, aujourd¹hui ministre dans le gouvernement Jospin. 

6. La crise financière qui secoue l’Extrême-Orient et affaiblit ainsi des alliés potentiels de la Russie et de l’Europe. 

7. L¹arrestation du leader kurde Öcalan, quelques semaines avant le déclenchement des opérations de l’OTAN, afin que le mouvement de résistance kurde soit neutralisé et ne puisse organiser de diversion contre les opérations américano-turques dans les Balkans, avec l'appui militaire de leurs mercenaires et de leurs vassaux européens. 

8. Le bombardement des ponts sur le Danube en Serbie et en Voïvodine, coupant la voie fluviale la plus importante d’Europe et annulant l’effort financier qu¹avait consenti le gouvernement allemand du temps de Kohl pour réaliser le canal Main-Danube. Les frappes contre ces ponts sont des frappes contre l’Europe et, plus spécialement, contre l’Autriche, dont le commerce extérieur a connu un boom spectaculaire depuis la chute du Rideau de fer et l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, et contre l’Allemagne. Ainsi, selon un article du Washington Times, un armateur allemand de Passau en Bavière risque la ruine de son entreprise parce que le Danube n’est plus navigable au-delà de Belgrade ; de même, un armateur autrichien, disposant d’une flotte plus considérable, a vu 60 de ses embarcations bloquées à l’Est de la frontière yougoslave. La Bulgarie et la Roumanie sont isolées et coupées du reste de l¹Europe. Ces pays sont contraints d¹accepter les conditions de l’OTAN et de mettre leurs espaces aériens à la disposition de l’alliance. 
 
9. Fin mars, début avril 1999, trois républiques de la CEI, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan déclarent se désolidariser du pacte de défense collective qui les liait à la Russie. Ce qui conduit à l¹encerclement complet de l’Arménie, enclavée entre trois pays ennemis, avec pour seule issue l’Iran. Les oléoducs passeront donc par la Turquie pour aboutir au terminal de Ceyhan sur la côte méditerranéenne, se soustrayant de la sorte à la dynamique Danube/Mer Noire. 

 De cette façon, le " Pont terrestre " (Land Bridge) sur la nouvelle Route de la Soie devient une réalité géopolitique, au détriment de l’Europe et de la Russie. 

Une riposte est-elle encore possible ? 

 Quelle stratégie opposer à ce gigantesque verrou qui coupe l’Europe et la Russie de leurs principales sources d¹approvisionnement énergétique ? Il a été un moment question de forger une nouvelle alliance entre la Russie et : 

1) La Serbie

2) La Macédoine, à condition qu’elle reste majoritairement slave et orthodoxe ; 

3) La Grèce, qui se détacherait de l’OTAN pour manifester sa solidarité avec les autres puissances orthodoxes, mais se verrait coincée entre une Albanie surarmée et appuyée par les Etats-Unis et une Turquie qui n’a jamais cessé de la menacer en Mer Ionienne. 

4) Chypre, qui serait libérée des Turcs qui occupent sa portion septentrionale, et deviendrait une base de missiles de la marine russe. On doit rappeler ici l’enjeu important que constitue cette île, véritable porte-avions dans la Méditerranée orientale. Chypre se situe à 200 km des côtes syriennes et libanaises, à 500 km des côtes égyptiennes. Elle est passée sous domination britannique en 1878 et quasiment annexée en 1914, année où les Cypriotes ont pu acquérir des pas-se-ports britanniques. Ce n’est qu’en 1936 que l’armée, la marine et l’aviation britanniques transforment cette île en forteresse, au même moment où les Italiens font de Rhodes, qu’ils possèdent à l’époque, une forteresse et une base aérienne. Rhodes se situe à 400 km à l’Ouest de Chypre et également à 500 km des côtes égyptiennes, à hauteur d’Alexandrie. En 1974, la Turquie occupe le Nord de l’île et y constitue une république fantoche qu¹elle est la seule à reconnaître. L’an passé, de graves incidents ont opposé des manifestants grecs à des policiers de l’Etat fantoche turc de l’île. Un manifestant grec a été abattu froidement par cette police, devant les caméras du monde entier, sans que cela ne suscite d¹indignation médiatique ni d’intervention militaire occidentale. 

5) La Syrie, dont les fleuves, le Tigre et l’Euphrate, sont asséchés par la politique des barrages turcs, installés en Anatolie du temps d’Özal. Seule la Syrie ne peut résister à la Turquie ; au sein d’une alliance avec la Russie (et si possible, avec l¹Europe), elle serait à nouveau en mesure de faire valoir ses droits. 

6) Le Kurdistan, de manière à dégager l’Arménie de son enclavement et, si possible, de lui donner un accès à la Mer Noire ; 

7) L’Irak, qui serait le prolongement mésopotamien de cette alliance et une ouverture sur le Golfe Persique. 

8) L’Iran qui échapperait aux sanctions américaines (mais on apprend que l’Iran soutient les positions de l’OTAN au Kosovo !). 

9) L’Inde, dont le gouvernement nationaliste vient de tomber à la date du samedi 17 avril 1999, alors qu¹il avait déployé une politique de défense et d’armement indépendante, pourrait donner corps à cette alliance planétaire, visant à encercler le " Land Bridge " entre l¹Europe et la Russie au Nord, et une chaîne de puissances du " rimland " au Sud. 

10) L’Indonésie et le Japon, puissances extrême-orientales affaiblies par la crise financière qui les a frappées l’an passé. L’alliance éventuelle du Japon et de l’Indonésie, avec le Japon finançant la consolidation de la marine de guerre indienne (notamment les porte-avions), afin de protéger la route du pétrole du Golfe au Japon. Cette alliance avait inquiété les géopolitologues américain et australien Friedmann et Lebard, il y a quelques années (cf. The Coming War with Japan, St. Martin’s Press, New York, 1991). Dans son éditorial du Courrier International (n°441, 15/21 avril 1999), Alexandre Adler, dont les positions sont très souvent occidentalistes, craint les hommes politiques japonais hostiles aux Etats-Unis. Il cite notamment Shintaro Ishihara, devenu gouverneur de Tokyo. Il écrit : " Si un Japon nationaliste et communautaire décide de devenir le banquier de la Russie néonationaliste, nous aurons encore beaucoup à réfléchir sur les effets à long terme de la crise serbe que nous vivons pour l’instant avec autant d’intensité". 

Le flanc extrême-oriental de cette alliance potentielle s¹opposerait au tandem Chine-Pakistan, soudé à l¹ensemble albano-turco-centre-asiatique. 

Deux stratégies face à la Chine 


Dans ce contexte, nous devons réfléchir sur l¹ambiguïté de la position chinoise. Brzezinski veut utiliser la Chine dans la constitution du barrage anti-européen et antirusse ; il cherche à en faire l¹élément le plus solide du flanc oriental de cette barrière, de ce " Land Bridge " sur la Route de la Soie, dont l’aboutissement  ‹on le sait depuis Marco Polo‹  est le " Céleste Empire ". Une alliance sino-pakistanaise tiendrait ainsi en échec l’Inde, allié potentiel du Japon dans l’Océan Indien. D’autres observateurs américains, au contraire, voient en la Chine un adversaire potentiel des Etats-Unis, qui pourrait devenir autarcique et développer une économie fermée, inaccessible aux productions américaines, ou se transformer en " hegemon " en Indochine et en Mer de Chine. C’est pourquoi on reproche régulièrement à la Chine de ne pas respecter les droits de l’homme. A ce reproche la Chine répond qu¹elle entend généraliser une pratique des droits de l’homme " à la carte ", chaque civilisation étant libre de les interpréter et de les appliquer selon des critères qui lui sont propres et qui dérivent de ses héritages religieux, philosophiques, mythologiques, etc. 
 
Les Etats-Unis développent donc vis-à-vis de la Chine deux concepts stratégiques :

 a) Ils veulent " contenir " la Chine avec l’aide du Japon et de l’Indonésie, voire du Vietnam. 

b) ou bien ils veulent l¹arrimer à la barrière antirusse, favoriser son influence dans le Kazakhstan et renforcer l¹alliance anti-indienne qui la lie au Pakistan (l’optique américaine est tout à la fois anti-européenne sur le Danube et dans les Balkans ; antirusse dans les Balkans, en Mer Noire, dans le Caucase et en Asie centrale turcophone ; anti-indienne dans d¹Himalaya et dans l¹Océan Indien ; en toute logique les diplomaties européennes, russes et indiennes devraient faire bloc et afficher une politique globale du grand refus). 

c) Reste la question irrésolue du Tibet. Si la Chine accepte le rôle que lui assignent les disciples de Brzezinski, l’Europe, la Russie et l’Inde doivent donner leur plein appui au Tibet, prolongement himalayen de la puissance indienne. Le Tibet offre l¹avantage de pouvoir contrôler les sources de tous les grands fleuves chinois et indochinois ainsi que les réserves d’eau du massif himalayen, vu que l’eau devient de plus en plus un enjeu capital dans les confrontations entre les Etats (cf. Jacques Sironneau, L’eau, nouvel enjeu stratégique mondial, Economica, Paris, 1996). La Chine tient à garder une mainmise absolue sur le Tibet pour ces motifs d’hydropolitique. 

Trois pistes à suivre impérativement 

 En conclusion, ce tour d’horizon des questions stratégiques actuelles nous montre l¹absence tragique de l¹Europe sur l¹échiquier de la planète. Politiquement et géopolitiquement, l¹Europe est morte. Ses assemblées ne discutent plus que des problèmes impolitiques. Aucune école de géopolitique connue n’a pignon sur rue en Europe. Que reste-t-il à faire dans une situation aussi triste ? 

A. Développer une politique turque européenne, qui rejette tout retour de la Turquie dans les Balkans, terre d’Europe, mais, au contraire, favorise une orientation des potentialités turques vers le Proche-Orient et la Mésopotamie, en synergie avec les puissances arabo-musulmanes de la région. La Turquie ne doit plus être instrumentalisée contre l’Europe et contre la Russie. Elle doit permettre l’accès aux flottes européennes et russe à la Méditerranée via les Dardanelles. Elle doit cesser de pratiquer la désastreuse politique d’assécher la Syrie et l’Irak qu’avait amorcée Özal, en dressant des barrages haut en aval du cours de l’Euphrate et du Tigre. Elle doit renouer avec l’esprit qui l’animait au temps du grand projet de chemin de fer Berlin-Bagdad (autre hantise de l’Empire britannique). 

B. Généraliser une politique écologique et énergétique qui dégage l¹Europe de la dépendance du pétrole. C’est le contrôle des sources du pétrole au Koweit, à Mossoul, dans le Caucase et le pourtour de la Mer Caspienne qui induit les Etats-Unis à développer des stratégies de containment. Un désengagement vis-à-vis du pétrole doit forcément nous conduire à adopter des énergies plus propres, comme l'énergie solaire et l'énergie éolienne. Ces énergies seraient dans un premier temps un complément, dans un deuxième temps, un moyen pour réduire la dépendance. De Gaulle avait compris que la diversification des sources d’énergies était favorable à l’indépendance nationale. Sous De Gaulle, de nouvelles techniques ont été mises en oeuvre, comme les usines marémotrices de la Rance, l’énergie solaire dans les Pyrénées, une politique de construction de barrages dans tout le pays et le pari sur l’énergie nucléaire (qui n’est plus une alternative absolue depuis la catastrophe de Tchernobyl). L’objectif de toute politique réelle est d¹assurer l¹indépendance alimentaire et l¹indépendance énergétique, nous enseignait déjà Aristote. 

C. Vu que la supériorité militaire américaine dérive, depuis le Golfe et la guerre contre la Yougoslavie, d’une bonne maîtrise des satellites d¹information, il est évident qu¹une coopération spatiale plus étroite entre l¹Europe et la Russie s’impose, de façon à offrir à terme une alternative aux monopoles américains dans le domaine de l’information (médias, internet, etc.). Il est évident aussi que l’utilisation militaire des satellites s’avère impérative, tant pour les Européens que pour les Russes. La minorisation de l¹Europe vient de son absence de l’espace. 

Robert STEUCKERS,
Forest/Cologne, 24 avril 1999.http://robertsteuckers.blogspot.fr/