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mercredi 20 décembre 2023

Marcel Déat : encore un homme de Vichy que la Gauche ne reconnait plus !

 

Marcel Déat - Du socialisme à la collaboration

Marcel Déat est connu pour sa participation au Régime de Vichy et pour sa collaboration active avec l'Allemagne nationale-socialiste. Mais quel fût le parcours de ce journaliste et intellectuel français ayant fait Normal-sup ? Faisait-il parti de tous ces hommes de Droite qui ont servi sous Vichy, comme certains veulent nous le faire croire à gauche?

Marcel Déat fonda bien le Rassemblement national populaire et participa au gouvernement de Vichy comme Ministre secrétaire d’état au travail et à la solidarité nationale dans le dernier remaniement du 16 mars 1944 à la demande de Pierre Laval, le " plus brillant des socialistes de son époque".

A la Libération, il s'enfuira à Sigmarigen avec le dernier carré des ultra-collaborationnistes et trouvera refuge en Italie après la Libération où il mourra en 1952 à San Vito près de Turin.

Pourtant, comme Pierre Laval, Marcel Déat a toujours été socialiste dans l’âme!

Marcel Déat débute sa carrière politique en 1925 comme conseiller municipal de Reims, ville où il enseigne. A l'occasion d'une élection partielle, il est élu député SFIO en 1926 (il sera battu en 1928) à l'âge de 38 ans.

Léon Blum cherchant à faire germer de nouvelles pousses et le considérant comme son dauphin, le nomme secrétaire du groupe SFIO au Parlement.

Il retrouve l'Assemblée nationale en 1932 comme député du vingtième arrondissement de Paris en battant le communiste Jacques Duclos.

En 1933, il quitte la SFIO pour rejoindre le Parti Socialiste de France - Union Jean Jaurès né d'une scission cette même année des courants minoritaires réformiste et néo-socialiste. Pourtant majoritaire dans le groupe socialiste au parlement, il s'opposera à l'aile gauche de la SFIO et au courant centriste de Léon Blum. Il sera battu en 1936.

En 1935, son parti fusionne avec deux autres groupes de gauche modérée pour fonder l'Union socialiste républicaine.

A cette époque, il est membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et devient ministre de l'air dans le gouvernement du très radical-socialiste Albert Sarraut (24 janvier au 4 juin 1936).

En 1936, l'Union socialiste républicaine se rallie au gouvernement du Front populaire de Léon Blum.

Marcel Déat rencontrera à plusieurs reprises à l'époque du Front populaire un certain général De Gaulle qui dira de lui : " Déat a sans aucun doute un grand talent et une haute valeur. C'est de quoi on lui en veut. Mais patience, je crois qu'on le verra remonter et aller très haut.". Il resteront en contact jusqu'à la veille de la guerre.

Dans ces années d'avant guerre, il sera un éternel pacifiste, un militant infatigable contre l'antisémitisme du Parti national-socialiste des travailleurs allemands et un militant sioniste.

Le 4 mai 1939, Marcel Déat publia dans l'Œuvre son trop fameux article "Mourir pour Dantzig ?" qui devint un slogan anti-interventionniste. Il y écrivait notamment : " Il ne s'agit pas du tout de fléchir devant les fantaisies conquérantes de M. Hitler, mais je vous le dis tout net : flanquer la guerre en Europe à cause de Dantzig, c'est y aller un peu fort, et les paysans français n'ont aucune envie de mourir pour les Poldèves ». Il rejoignait le courant pacifiste de la très grande majorité de la classe politique française à la suite des idées d'Aristide Briand, prix Nobel de la paix !

Son pacifisme le conduira à soutenir l'armistice du 22 juin 1940 et la nomination de Pierre Laval à la vice -présidence du Conseil.

Sous le régime de Vichy, il tente d'unifier les partis collaborateurs sans succès et finit par fonder le Rassemblement National Populaire qu'il structure, après le départ des éléments de droite, sur une base idéologique homogène en réservant les postes à des militants socialistes et syndicalistes.

Le 16 mai 1944, sous la pression des allemands, il entre dans le gouvernement de Pierre Laval comme ministre du travail et de la solidarité nationale. Il y prône une collaboration totale avec l'Allemagne.

Sa dernière œuvre politique fut d'essayer de créer une "Université ouvrière" avec Ludovic Zoretti, créateur de la Fédération Générale de l’Enseignement au sein de la CGT dont il fut le secrétaire jusqu'en 1939 et membre de la SFIO jusqu'en novembre 1939.

Un vrai homme de droite !

Pour tous ses actes, il mérite d'être inscrit sur le Mur des Collabos !

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2013/11/marcel-d%C3%A9at-encore-un-homme-de-vichy-que-la-gauche-ne-reconnait-plus.html

dimanche 17 septembre 2023

Vichy et la Shoah, où comment les falsificateurs « occultent » les occupants nazis

 

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Michel Festivi 

Toutes celles et tous ceux qui souhaitent comprendre ce qui s’est réellement passé, pour les juifs français et étrangers durant les quatre années où notre malheureux pays fut en partie puis totalement occupé par les armées de la Wehrmacht, doivent impérativement lire le livre : Histoire d’une falsification, Vichy et la Shoah dans l’Histoire officielle et le discours commémoratif, aux éditions l’Artilleur, publié cette année. Cf la recension fort complète faite dans Synthèse Nationale n° 64 de l’été 2023 par André Posokhow.

Maître d’œuvre de cet ouvrage remarquable, l’Historien Jean-Marc Berlière s’est fait assister dans cette tâche salutaire par Emmanuel de Chambost et René Fievet. Pour ceux qui connaissent cette période, Jean-Marc Berlière n’est pas un inconnu.

Professeur émérite à l’Université de Bourgogne, et très grand spécialiste des questions de police, JMB, agrégé d’Histoire, cofondateur de l’institut HSCO, « pour une histoire scientifique et critique de l’occupation », a publié des dizaines de livres sur les polices au long de l’Histoire, et notamment sous l’occupation et des ouvrages qui mettent à mal la vérité officielle du PCF pendant cette période, comme l’Affaire Guy Môquet-Enquête sur une mystification officielle, en 2009 chez Larousse, avec son compère Franck Liaigre.

C’est sans doute ce qui lui a valu des attaques scandaleuses de la part des historiens des doxas.

Dans ce livre d’une minutie chirurgicale et étayé de documents imparables, JMB démontre dans une première partie éblouissante, intitulée très justement : « Remettre l’Histoire en place », que depuis 20 ou 30 ans, certains Historiens de Cour et des médias, la plupart des journalistes et hommes politiques incultes, ont carrément voulu nier le fait central que tout cela se passait sous le joug de l’occupant nazi qui dictait sa loi en Zone occupée (ZO), et tentait par le chantage et les pressions, de la dicter en Zone non occupée (ZNO).

JMB établit, que malgré une xénophobie certaine de Vichy, -mais qui remontait aux années précédant le déclenchement de la seconde guerre mondiale, avec Daladier et Reynaud, (internements administratifs dès la fin des années 1930 des juifs étrangers et des « indésirables » dans des camps d’une insalubrité absolue)- le régime de l’Etat français a par son action politique et bureaucratique, entreprit de faire en sorte que les juifs français ne soient pas pour la très grande majorité d’entre eux, emportés par les occupants, vers les camps d’extermination.

Il fait litière d’un autre mythe, ressassé perpétuellement par des pseudo-historiens et des journalistes incultes, que jamais Vichy n’accepta que les juifs puissent porter l’ignoble « étoile jaune ». Bien au contraire Darnand en 1941, puis Laval à son retour aux affaires en avril 1942 s’y opposèrent vigoureusement.

Finalement, la 8ème ordonnance allemande du 29 mai 1942, obligea les juifs de la ZO uniquement, à la porter à partir de l’âge de 6 ans. Jamais cette étoile ne fut portée en ZNO, même après l’invasion de la Zone libre le 11 novembre 1942.

Car en Zone Occupée, de par la convention d’armistice, les nazis disposaient de tous les pouvoirs dévolus à la puissance occupante, selon d’ailleurs, les termes mêmes de la convention de la Haye sur le droit de la guerre. (Article 43 de la convention de la Haye de 1907).

En réalité, et JMB l’explique fort bien, les historiens de la doxa -(le livre donne en page 131 une définition utile du terme doxa : « ensemble de propositions dans un domaine particulier qu’il est interdit de contester » - ont fait, ont raisonné comme si la France n’avait pas été vaincue et ne s’était pas retrouvée sous la servitude nazie, une sorte de Vichy électron libre dans une société de liberté !

Ainsi donc, les juifs français ont échappé à près de 90% à la déportation. Reste le problème ô combien douloureux des enfants juifs français, soit environ 8000 qui ont été déportés. Mais comme l’indique JMB en page 58, la loi de 1927 sur la naturalisation, ne faisait devenir français les enfants nés en France de parents étrangers qu’à leur majorité fixée alors à 21 ans. Seuls les enfants nés en France de parents dont l’un d’eux au moins était né en France, devenait français dès sa naissance.

Sans, bien au contraire passer sous silence, l’antisémitisme de Vichy et ses lois d’exclusions que furent le statut des juifs du 3 octobre 1940, outre la loi complémentaire aggravante du 2 juin 1941, JMB  nous enseigne que : «cette distinction entre juifs étrangers et juifs français (bien dans la logique xénophobe de Vichy),- les archives le démontrent par la multiplicité des accrochages entre l’administration française d’un côté et les responsables locaux du SD de l’autre-….fut un réel obstacle à la déportation des seconds, même si ce principe a connu bien des exceptions… » et même si la survie des juifs français a dépendu d’explications multifactorielles, comme le courage de beaucoup de futurs « justes », le courage de biens des policiers ou gendarmes, de l’existence de refuges etc… 

Comme il le soutien, et comme l’ont oublié beaucoup : « l’historien n’est ni un juge, ni un avocat, ni un professeur de morale, encore moins un donneur de leçons a posteriori » page 65. En tout cas, si 75% des juifs au Pays Bas ont été exterminés, en France c’est 75%, qui dans des conditions extrêmement difficiles ont pu survivre. Cf RCF Radio, 17 juillet 2023.

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2023/09/17/vichy-et-la-shoah-ou-comment-les-falsificateurs-occultent-le-6461748.html

samedi 19 août 2023

Débarquement en Provence Août 1944 : la mémoire hémiplégique de Macron et des médias

 

Débarquement en Provence Août 1944 : la mémoire hémiplégique de Macron et des médias

De Christian Baeckeroot :

Si on ne peut que se féliciter d’entendre le Président de la République prôner le patriotisme et l’union des Français, il reste pour ceux qui aiment la vérité et le respect de nos morts le regret d’une mémoire hémiplégique.

Ni Emmanuel Macron ni la quasi-unanimité des commentateurs n’ont évoqué d’où venait cette armée qui renaît le 10 novembre 1942 avec l’accord signé entre les anglo-américains en cours de débarquement et l’Amiral Darlan qui vient de recevoir par cable secret le dernier message du Maréchal Pétain : 

« Vous avez toute ma confiance .Faîtes au mieux. Je vous confie les intérêts de l’Empire » ( Robert Aron / Histoire de Vichy / p.560).

L’Armée d’Afrique, préservée par l’Armistice de juin 1940 et dynamisée par le Général Weygand puis par le Général Juin, reprend le combat contre l’Allemagne et l’Italie.

Elle mobilise immédiatement 4 divisions (60.000 hommes) pour s’opposer aux forces germano-italiennes qui contre-attaquent en Tunisie alors que les Alliés n’alignent fin Novembre que 2 divisions (L.C. Michelet / La Revanche de l’Armée d’Afrique / p. 411 / éditions G. de Bouillon)

« Jusqu’à la fin décembre (1942 ) l’essentiel de la couverture face à l’Est reposera sur les soldats de Juin » ( P. Montagnon / l’Armée d’Afrique / p. 411 / éditions G. de Bouilon ) .

Après la Tunisie le C.E.F. (Corps Expéditionnaire Français de 115.000 hommes ) commandé par le Général Juin s’illustrera en Italie (décembre 1943 / juillet 1944 ). 90%des effectifs du CEF sont des unités de l’Armée d’Afrique.

Fin juillet 1943 le Général Juin, prenant congé du CEF déclare

« Ma pensée reconnaissante va au Général  Weygand qui a préparé l’Armée d’Afrique en lui forgeant une âme et me l’a léguée au moment  de l’employer. L’Armée d’Afrique venue combattre en Italie a marqué la renaissance des armes françaises » .

C’est encore l’Armée d’Afrique qui constituera 85% de l’Armée du Général de Lattre qui débarque sur les côtes de Provence en aoùt 1944, avant  d’être renforcée par les jeunes métropolitains.

Christian Baeckeroot

(Saint-Cyrien  1958-1960)

https://lesalonbeige.fr/debarquement-en-provence-aout-1944-la-memoire-hemiplegique-de-macron-et-des-medias/

lundi 20 mars 2023

Quand Simone de Beauvoir travaillait pour Radio-Vichy – Les vérités cachées de la France sous l’Occupation (Dominique Lormier)

 

Dominique Lormier, historien et écrivain, est l’auteur de plus de 140 ouvrages (documents historiques, biographies, littérature, spiritualité).  Il s’est lancé un défi : publier une série d’ouvrages qui, à partir de sources nouvelles, mettent à mal certains clichés largement répandus au sujet de la Seconde Guerre mondiale. Après Les Vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale et Les Vérités cachées de la défaite de 1940, voici donc Les Vérités cachées de la France sous l’Occupation.

Dans un chapitre sur les écrivains, artistes et journalistes qui ont collaboré, on apprend ainsi que Simone de Beauvoir travaillait pour Radio-Vichy, pour laquelle elle écrivait des sketches. Radio-Vichy ? Oui, vous avez bien lu, la radio de la Révolution Nationale, qui accueillait à son micro Philippe Henriot, Lucien Rebatet et tant d’autres “maudits”. Voilà qui ne fait effectivement pas partie des habituelles notices biographiques de l’auteur du Deuxième Sexe, égérie des féministes et des existentialistes.

Citons aussi un chapitre sur la résistance méconnue de l’armée d’armistice, dont est issue la brigade FFI Charles Martel et ses officiers.

Par ailleurs, l’ouvrage met en exergue les coups tordus des services de renseignements britanniques et américains qui n’ont pas hésité à plusieurs reprises à sacrifier des résistants français. L’auteur laisse entrevoir le rôle des Américains dans l’arrestation de Jean Moulin, les Américains ayant tout intérêt à semer la division au sein de la Résistance française, afin d’administrer plus facilement la France au moment de la défaite allemande.

Les vérités cachées de la France sous l’Occupation, Dominique Lormier, éditions du Rocher, 460 pages, 22,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

vendredi 17 février 2023

La retraite par répartition : merci Vichy !

 

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Jarente de Senac

A l’heure même de la discussion sur le régime des retraites - les Français demeurant majoritairement pour le système par répartition -, où la gauche ferraille contre le gouvernement – principalement sur un départ à 64 ans et non plus 60 ans, ce qui n’est d’ailleurs plus le cas depuis longtemps – il est de bon ton de rappeler que nous devons ce régime au gouvernement du maréchal Pétain, rebaptisé alors Etat français. Et ce n’est pas la seule révolution apportée par Vichy et validée illico par le Conseil national de la résistance (CNR) à la Libération.  

Dès juillet 1940, le Maréchal va légiférer à son gré, assisté par un gouvernement de techniciens apolitiques pour beaucoup issus des milieux bancaires. D’où le foisonnement législatif que connaît la France en quatre ans : 16 786 lois et décrets promulgués entre 1940 et 1944. De l’accouchement sous X à la fête des Mères en passant par le certificat prénuptial, l'Ordre des médecins, les Régions, la carte d'identité etc., toutes ces mesures et bien d’autres nous viennent du régime de Vichy (*)

Chose surprenante, ces changements issus des quatre années noires de l’Occupation vont pour beaucoup entrer dans nos mœurs... L'un des plus grands chantiers de Vichy concerne la retraite des vieux travailleurs. Pétain reprend une revendication de la gauche : la mise en place d'une Allocation aux vieux travailleurs salariés, ceux qui étaient jusque-là exclus de la pension de retraite instaurée en 1930. « Je tiens les promesses, même celles des autres lorsque ces promesses sont fondées sur la justice », annonce-t-il à la radio le 15 mars 1941 en présentant la réforme préparée par son secrétaire d'État au Travail, René Belin, un dirigeant de la CGT (Confédération Générale du Travail) rallié à Vichy, assisté de ses collaborateurs, Pierre Laroque et Alexandre Parodi qui basculeront dans la Résistance.

Le décret du 14 mars 1941 du régime de Vichy va créer non seulement l’AVTS (« Allocation pour les Vieux Travailleurs Salariés »), une réforme qui viendra préfigurer la mise en place du « minimum vieillesse », mais également un système de « retraite par répartition », remplaçant le système de « retraite par capitalisation », pour les assurés du commerce et de l’industrie et les professions agricoles dans le cadre de la Révolution nationale.

La « retraite par capitalisation » reposait sur le dogme individualiste de la responsabilité personnelle : chacun doit cotiser pour lui-même. Cette forme de retraite est donc individuelle à l’inverse du système de « retraite par répartition » qui assure une solidarité intergénérationnelle comme voulue par le maréchal Pétain. A partir de 1941 en France « les cotisations ne donneront plus lieu à un placement, mais seront utilisées au fur et à mesure de leurs rentrées dans les caisses pour le service des pensions ». Auparavant, le régime par capitalisation était en vigueur depuis 1930 mais malgré les 7 millions de salariés qui capitalisaient, le régime n’arrivait pas à verser des pensions décentes…

(*) voir à ce sujet, Cécile Desprairies, L’Héritage de Vichy : ces 100 mesures toujours en vigueur, Armand Colin, 2012) ?

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2023/02/16/la-retraite-par-repartition-merci-vichy-h-6428555.html

lundi 30 janvier 2023

L’instrumentalisation politique de l’Histoire

 

L’instrumentalisation politique de l’Histoire

La commémoration du 80ème anniversaire de la « rafle du vel d’hiv » le 17 juillet 2022, a donné lieu à un exemple édifiant d’instrumentalisation politique de l’Histoire. En réaction, Jean-Marc Berlière, historien de la police en France, Emmanuel de Chambost, ingénieur, et René Fiévet, économiste et diplômé en Histoire, qui travaillent en particulier sur les années 1940 à 1945 au sein de l’association HSCO (Pour une Histoire scientifique et Critique de l’Occupation), viennent de publier une Histoire d’une falsification, Vichy et la shoah dans l’Histoire officielle et le discours commémoratif.

La polémique sur l’attitude de Vichy face à l’occupant nazi a resurgi l’an dernier, lorsqu’Eric Zemmour est revenu dessus, rappelant à la suite du rabbin Alain Michel, que Vichy avait cherché à sauver les juifs français en livrant les juifs étrangers. Les auteurs retracent le matraquage médiatique contre le candidat et dénoncent l’instrumentalisation politique de cette histoire.

Après une remise en place des principaux éléments de l’Histoire, et notamment l’affaire de la rafle du vel d’hiv, ils décryptent le discours de certains historiens, devenus plus idéologues, pour terminer avec l’évolution du discours présidentiel, de Mitterrand à Macron visant à accuser la France. Devant le flot d’approximations, d’affirmations erronées jusqu’au plus haut niveau de l’État, et notamment à l’occasion du discours d’Emmanuel Macron en juillet 2022, mais aussi celui qu’avait prononcé benoîtement Jacques Chirac en 1995, les auteurs ont souhaité redonner sa complexité à une question qu’on ne saurait réduire à une initiative purement vichyste, au point d’effacer les circonstances -la défaite, l’armistice, l’occupation- et le rôle essentiel de l’occupant nazi quasiment absent des discours officiels. D’un côté nos dirigeants expliquent que Vichy ce n’est pas la France, tout en déclarant par ailleurs que Vichy a collaboré à l’extermination des juifs, pour aboutir au curieux syllogisme selon lequel la France porte une part de responsabilité dans la solution finale.

Et les auteurs écrivent :

Examinons cela avec un peu de recul, et posons-nous la question : qu’est-ce qu’un grand historien français dans la France d’aujourd’hui ? C’est un historien qui peut venir dans un studio de radio ou sur un plateau de télévision et raconter n’importe quoi sur un sujet qu’il ne connaît pas, étant absolument certain que personne n’osera le contredire. Quand vous atteint ce stade ultime dans l’exercice de cette profession, vous pouvez, avec beaucoup de chances de succès, présenter votre candidature à un fauteuil de l’Académie française.

https://www.lesalonbeige.fr/linstrumentalisation-politique-de-lhistoire/

samedi 16 juillet 2022

La désinformation autour du régime de Vichy (Bernard Legoux)

 

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Bernard Legoux, capitaine de frégate honoraire, est membre de la Commission française d’histoire militaire. Il est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’année 1940.

Adversaire résolu de la déformation intentionnelle de l’Histoire, Bernard Legoux s’indigne en constatant la désinformation qui règne actuellement sur le gouvernement de Vichy et le maréchal Pétain. Depuis 1980, un nouveau courant historique, souvent qualifié d’ « historiographie nouvelle« , présente le régime de Vichy comme le mal absolu en ne tenant, le plus souvent, aucun compte de tous les écrits et témoignages des années 1950 à 1980. Bernard Legoux analyse les procédés de désinformation utilisés par ces soi-disant historiens ayant abandonné toute objectivité.

L’auteur tente également de définir les groupes de pression qui font actuellement tous leurs efforts pour propager une image tronquée du régime de Vichy et essaie de replacer ce dernier dans le contexte et les multiples atrocités de la seconde guerre mondiale. Il montre que Vichy est très loin de partager la responsabilité des nombreux crimes accomplis non seulement par les nazis et les Soviétiques, mais souvent par les Alliés occidentaux eux-mêmes.

Enfin, l’auteur souligne combien le gouvernement d’armistice était une nécessité, combien également la diabolisation immédiate du gouvernement légal du pays adoptée par De Gaulle avait contribué à la division des Français.

Un ouvrage très documenté qui rend ainsi indirectement hommage au maréchal Pétain qui s’est chargé de cette tâche indispensable de protection de la population et des prisonniers qui est le devoir primordial du gouvernement d’un pays vaincu militairement et occupé.

La désinformation autour du régime de Vichy, Bernard Legoux, Atelier Fol’Fer éditions, 521 pages, 29,20 euros (prix franco)

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-desinformation-autour-du-regime-de-vichy-bernard-legoux/59335/

lundi 6 juin 2022

Les vichysto-résistants (Bénédicte Vergez-Chaignon)

 Bénédicte Vergez-Chaignon est une historienne qui a consacré plusieurs ouvrages à Vichy et au Maréchal Pétain.

Voilà un livre qui bouscule bien des certitudes. Imaginez un peu. Dès les premières pages de la préface, il est rappelé qu’Henry Frenay, un des principaux chefs de la résistance, qui avait été ministre dans le premier gouvernement du général De Gaulle à la Libération, avait écrit en 1940 et complété en 1941 un manifeste qui rend hommage au Maréchal Pétain. Or, ce livre démontre, références abondantes à l’appui, que Frenay ne fut pas, loin s’en faut, le seul résistant à penser que les valeurs de la Révolution nationale étaient nécessaires à l’indispensable redressement du pays.

Il apparaît ainsi qu’une bonne partie – peut-être même la plus nombreuse – des initiatives prises en 1940-1941 pour contrer l’occupant allemand l’ont été par des personnes qui approuvaient Philippe Pétain et pensaient agir en conformité avec ses désirs réels. L’auteur de cette remarquable étude souligne le refus fondamental de se placer sous l’autorité de De Gaulle, perçu comme un général rebelle et politicien, qui prévalait chez une grande part des véritables résistants de la première heure.

Mais cet ouvrage contient bien d’autres révélations. On y apprend notamment le regard que portaient les différents mouvements de la résistance, y compris les plus gaullistes, sur les Juifs, loin de la légende enseignée à l’école et au cinéma aujourd’hui.

En 1942, l’OCM – une des plus importantes structures de la résistance – avait consacré un cahier clandestin au « problème juif  » ! Mais le document le plus surprenant est probablement celui publié en mars 1944 à la suite de l’envoi en octobre 1943 d’un questionnaire à tous les réseaux de la résistance. L’auteur de cet ouvrage nous en livre un extrait :

Les Israélites doivent être écartés de tout gouvernement et de toutes les fonctions publiques. Ce dernier point serait important car si l’on réprouve les vexations, déportations et autres dont ils sont l’objet, personne ne souhaite les voir réapparaître comme avant-guerre.

Ce dont les Français ne veulent plus : les Juifs à des postes importants. (…)

Le Français n’est pas antisémite : il répugne aux persécutions raciales. Il ne crie pas lâchement que la mort des Juifs est nécessaire pour que nous puissions trouver place dans la vie. Mais il maudit les banques d’Israël (…) et il voudrait se débarrasser des échappés du ghetto qui, chassés de partout, ont envahi notre pays, sans espoir d’assimilation.

De tels propos émanant de la résistance ? L’Histoire n’est décidément pas celle des manuels scolaires.

Les vichysto-résistants, Bénédicte Vergez-Chaignon, éditions Perrin, collection Tempus, 920 pages, 12,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-vichysto-resistants-benedicte-vergez-chaignon/62449/

samedi 3 avril 2021

Les néo-socialistes au-delà de la gauche et de la droite 3/3

  

Pour les générations de la guerre, le traumatisme de la violence  — et des régimes dictatoriaux qui l'ont symbolisée après la défaite des fascismes — est souvent lié à la grande dépression des années 30. L'objectif est donc de permettre au pouvoir politique, en l'occurence l'État comme instance dirigeante, de régulariser les flux et les rapports économiques, donc de contrôler pour une part ses évolutions, afin de favoriser un équilibre nécessaire à une plus forte croissance, mais aussi une plus juste croissance (hausse des revenus les plus défavorisés). Un indice est la création, dès la libération, des premières grandes institutions de Sécurité Sociale. La Constitution française de 1946 intègre officiellement ce souci du "social", où domine de plus en plus l'idée de redistribution égalitaire des revenus. Dans le même temps, les responsables du pays sont confrontés à la tâche écrasante de reconstruire la nation, de moderniser l'outil industriel frappé certes par la guerre, mais aussi par l'obsolescence.

Facteurs démographiques, commissariat au plan, ENA

Cette tâche apparaît difficile si on tient compte que la population française vieillit. Heureusement, ce dernier point sera éliminé dans les années 50, grâce à une vitalité du peuple français assez inattendue (phénomène connu sous le nom de "baby boom"). Cette renaissance démographique aura deux effets directs positifs d'un point de vue économique : augmentation de la demande globale, qui favorise l'écoulement de la production, et croissance de la population active que les entreprises pourront embaucher grâce à la croissance du marché potentiel et réel. Sur cette même scène, s'impose le "géant américain", en tant que vainqueur du conflit (non seulement militaire mais aussi politique et surtout économique) qui se décrète seul rempart face à l'Union Soviétique. Un oubli tout de même dans cette analyse des esprits simples : le monde dit "libre" était déjà né, non pas de l'agression totalitaire des "rouges", mais de l'accord signé à Yalta par les deux (futurs) grands. Les dirigeants français doivent justifier l'aumône "généreusement" octroyée par les accords Blum-Byrnes, et surtout le plan Marshall.

C'est donc dans un climat politique gagné pour l'essentiel aux idéaux socialistes (pour le moins dans ses composantes "tripartite", exception faite de quelques conservateurs trop compromis dans les actes du régime de Vichy et qui vont se rassembler autour de A.Pinay), que l'idée de la planification aboutira. Il faut souligner le rôle majeur d'un Jean Monnet, créateur du "commissariat au plan", structure nouvelle composée de techniciens de l'économie, et qui fourniront aux pouvoirs publics le maximum des données indicielles nécessaires aux choix essentiels. On peut en outre noter à la même époque la création par Debré de l'Ecole Nationale d'Administration (ENA), pépinière des futurs "technocrates" et point de départ d'une carrière qui ne passera plus exclusivement par les cursus des élections locales. La carrière de l'énarchie est celle des grands corps de l'État.

On assiste par ailleurs à la nationalisation des secteurs vitaux de l'économie française (chemins de fer, charbonnage, etc...), qui doivent être le soutien principal d'une politique économique nationale (à l'exception de Renault, nationalisée en régie d'État à cause de l'attitude "incivique" de son fondateur pendant l'occupation). Ce mouvement inspirera toutes les lois de nationalisation en France jusqu'en 81.

Planification certes, mais fondée sur la souplesse et l'incitation, qui exprime la volonté des pouvoirs publics de rendre plus cohérent le développement économique du pays. Cette volonté est claire : assurer les grands équilibres financiers et physiques, rechercher l'optimum économique qui ne soit pas simplement un assemblage de diverses prévisions dans les secteurs publics et privés. De plus, l'aspect humain n'est pas négligé, loin de là. Plus tard, passé le cap de la reconstruction proprement dite, les secondes étapes seront celles de l'aménagement du territoire et de la régionalisation (à la fin des années 60). Seront ensuite abordés les thèmes essentiels du chômage et de l'inflation. Priorité étant donnée aux thèmes les plus brûlants. Les administrations s'appuieront sur les services de l'INSEE, utilisant un nouvel "outil" privilégié : la comptabilité nationale réactualisée en 1976, puis les moyens plus récents que sont l'informatique et les techniques économétriques (plan FIFI - physio-financier -, 6° Plan).

Planification concertée et empirique enfin, où les divers partenaires sociaux jouent un rôle non-négligeable au travers d'institutions spéciales telles le "Conseil économique et social". Le plan se veut une "étude de marché" — sous l'impulsion d'un homme comme P.Massé — à l'échelle nationale, imposant un axe de développement conjoncturel, éventuellement corrigé par des "indicateurs d'alerte", ou des clignotants (ex. : les hausses de prix) dans un but de compétitivité internationale.

Les risques du néo-saint-simonisme

Conclusion. On constate indubitablement une étatisation progressive de l'économie. Mais "étatisation" ne signifie pas obligatoirement, dans l'esprit des réformateurs et dans les faits, "nationalisation" de la production. La bureaucratisation est plutôt le phénomène majeur de cette étatitation. Relire à ce sujet l'ouvrage de Michel Crozier : La société bloquée. Cette "étatisation" se traduit en effet par la lutte de nouveaux groupes de pression : côteries politico-administratives, financières, patronales, syndicales enfin. Chacun de ces groupes étant axés sur la défense d'intérêts "corporatistes" plus que sur le souci d'intérêt national. Le jeu particulier de firmes "nationales" préférant traiter avec des multinationales, relève de cette philosophie de la rentabilité qui rejette le principe précédent.

La contestation de Mai 68 a pu jouer le rôle de révélateur de cette réalité. La société française, troublée par une urbanisation anarchique, une pollution croissante, a pris alors conscience de la perte d'une "qualité de vie". Enfin, au plan international, l'interdépendance croissante des économies, la dématérialisation progressive des relations financières victimes du dollar, ont pu montrer la relativité des objectifs poursuivis par les planificateurs français. Aidée en France par un courant saint-simonien de plus en plus puissant, cette évolution a précipité la dilution politique du pays ; la collaboration entre les nouveaux gestionnaires et les puissances financières a aggravé incontestablement cette situation. N'y aurait-il pas alors une "divine surprise " des années 80 : celle du rapprochement entre les derniers néosocialistes et les nationalistes conséquents (éloignés du pseudo-nationalisme mis en exergue récemment par les média) sous le signe du "Politique d'abord"…

 Pierre-Jean Bernard, Orientations n°9, 1997.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/79

mardi 8 septembre 2020

“Charles de Gaulle, mythifié mais trahi” [I/III], par Arnaud Imatz 2 partie

 Toujours le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain s’adresse aux Français à la radio : « Je fais à la France le don de ma personne ». Le lendemain, 18 juin, la BBC ouvre ses studios à de Gaulle qui lance un premier appel aux militaires Français, resté célèbre dans l’histoire même si peu de français l’ont entendu, « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ». L’armistice est signé le 22 juin 1940 avec l’Allemagne (d’un coté, par le général Charles Huntzinger et l’ambassadeur Léon Noël, et de l’autre, par le général Wilhelm Keitel) et le 24 avec l’Italie (par le général Huntzinger, le maréchal Pietro Badoglio et le ministre Galeazzo Ciano). Le 23 juin, la nomination de Charles de Gaulle au grade de général à titre temporaire est annulée pour être sorti de France sans autorisation et avoir fait un acte politique à la radio de Londres. Rétrogradé au rang de colonel, de Gaulle est mis à la retraite d’office par un décret signé du président de la République Albert Lebrun. Mais le 28 juin 1940, le gouvernement britannique de Churchill reconnaît de Gaulle comme « chef des Français libres ».

Pour de Gaulle l’armistice est déshonorant et inacceptable. Une fois l’armée démobilisée, la flotte, les avions, les  chars, toutes les armes seront livrées intactes à l’adversaire nazi, qui pourra s’en servir contre les alliés de la France. La patrie et son gouvernement seront réduits à la servitude. C’est une lâcheté, une forfaiture, un crime. Créant le Comité national français, organisme gouvernemental en exil, Charles de Gaulle n’hésite pas à défier la légalité et la légitimité du gouvernement de Pétain, formé à la demande du président de la République et confirmé le 10 juillet par le vote des deux chambres réunies à Vichy (Chambre des députés et Sénat).

De Gaulle, qui a connu jusqu’alors une carrière militaire estimable, va se révéler à la tête de la France libre un homme politique hors pair, le plus doué de tous les hommes politiques français du XXe siècle. « Dans les temps de révolutions, écrit Talleyrand, on ne trouve d’habileté que dans la hardiesse, et de grandeur que dans l’exagération ». Le chemin sera parsemé d’embuches et d’obstacles ; il y aura plus de chardons et d’épines que de fleurs, mais de Gaulle sortira vainqueur de la plupart des batailles politiques qu’il livrera. Le 3 juillet 1940, coup sur coup, sans qu’il en soit informé, la marine britannique capture l’escadre française mouillée à Alexandrie, les fusiliers marins de sa Gracieuse Majesté s’emparent des navires français réfugiés dans les ports anglais, et la flotte anglaise aux ordres de l’amiral James Somerville coule l’escadre française désarmée dans la rade de Mers el-Kébir (1300 marins français sont tués). Le 2 août, de Gaulle est condamné à mort par contumace et à la dégradation militaire par un conseil de guerre présidé par le général Aubert Frère (futur chef de l’Organisation de résistance armée, qui mourra en déportation en Allemagne). Le 23 septembre c’est l’échec de l’opération de débarquement franco-britannique à Dakar, repoussé par les troupes du gouvernement de Vichy aux ordres de Pierre-François Boisson, gouverneur de l’AOF (Afrique occidentale française). Un an plus tard, en juin 1941, lorsque les forces anglo-gaullistes pénètrent en Syrie et au Liban elles se heurtent à l’armée du gouvernement de Vichy. Un armistice est conclu, mais seulement entre les Anglais et Vichy ce qui entraîne une grave crise entre Churchill et le chef de la France libre mis devant le fait accompli.

En juillet 1940, dans les premiers jours de la France libre, les partisans de De Gaulle sont une poignée d’hommes. Les 50 000 français présents en Angleterre sont pour la plupart rapatriés, seuls 1200, en majorité des jeunes nationalistes ou patriotes très à droite, choisissent de rester avec lui. Lucide, le Général conviendra tristement  des années plus tard: « Sur 39 millions d’habitants, c’est bien peu ». Mais trois ans plus tard, à l’été 1943, ils seront entre 50 000 et 70 000 (dont 32 000 coloniaux d’AOF qui ne sont pas des citoyens français). Après le débarquement américain en Afrique du Nord de novembre 1942, et le ralliement subséquent de l’Armée d’Afrique de Vichy (généraux Jean De Lattre, Alphonse Juin, Henri Giraud), l’effectif s’élèvera à plus de 300 000 hommes.

L’autorité de De Gaulle sera finalement admise mais non sans de nombreux conflits ouverts ou de sévères frictions. À Londres, la première forme d’opposition antigaulliste vient, d’une part, des intellectuels et des journalistes de la revue France-Libre, fondée par André Labarthe et Raymond Aron, et, d’autre part, de certains animateurs de Radio-Londres (Robert Mengin). Ces Français libres, qui  ont l’oreille du Département d’État américain, ne cessent de critiquer le « bonapartisme » du Général, voire « les tendances fascistes » de « l’apprenti dictateur » « issu de l’Action Française » et de « la Cagoule ». Pour leur part, les vichyssois d’Afrique du Nord, qui sont passés dans le camp de la lutte contre l’Allemagne après avoir résisté mollement au débarquement américain (8 novembre 1942), et assisté impuissants à l’invasion allemande de la zone libre (11 novembre 1942), ne sont pas non plus très convaincus. Alger est un temps un véritable nid de vipères. Le général Maxime Weygand, partisan de la « Révolution nationale » et fidèle au Maréchal, incarne une tentative de « résistance pétainiste ».  Il s’efforce de renforcer l’Armée française d’armistice, plus particulièrement celle d’Afrique, mais arrêté par la Gestapo, il est placé avec Daladier, Reynaud et Gamelin en résidence surveillée dans le Tyrol autrichien  (château d’Itter). L’amiral François Darlan, ex-dauphin de Pétain, se rend à Alger et se rallie aux Américains en novembre 1942, après bien des hésitations et des volte-face.

Après l’invasion de la zone libre, le sabordage de la flotte française dans la rade de Toulon est ordonné, le 27 novembre 1942, par l’amirauté de Vichy en accord avec les consignes de 1940 (qui avaient été ordonnées par Darlan lui-même dans le cas où une puissance étrangère essaierait de s’emparer des bâtiments français). Un mois plus tard, Darlan est arrêté et assassiné à Alger sur ordre du résistant royaliste, farouchement anti-vichyste, Henri d’Astier de la Vigerie. Le général Giraud, évadé d’Allemagne avec l’aide de membres du 2º bureau de Vichy, incarne pour sa part la résistance de la droite traditionnelle. Un temps pressenti par les Américains et les Anglais, pour contrer de Gaulle, il est définitivement écarté du Comité français de libération nationale (CFLN) en avril 1944. Deux autres généraux ex-vichystes, Juin et De Lattre s’illustreront, l’un à la tête du corps expéditionnaire français en Italie, l’autre, lors du débarquement en Provence et lors de la campagne Rhin et Danube. En fait, un des rares officiers ralliés de la première heure à de Gaulle est le capitaine Philippe Leclerc,  un ancien sympathisant de l’Action Française qui sera général en août 1944. Sa division (2e DB), débarquera en Normandie le 1er août 1944, un mois après les Alliés, et participera activement, avec les Américains, à la libération de Paris et de Strasbourg.

L’autorité de De Gaulle sur la France libre a été tout aussi longtemps discutée au sein des Alliés. Le double jeu des anglais et des américains a été quasi permanent pendant toute la guerre. Roosevelt ne cesse de ménager le maréchal Pétain, n’écartant pas l’idée de s’appuyer dessus pour reconstruire la France quand viendra la libération. Il gagne du temps, espérant trouver un représentant français plus docile, moins irréductible que de Gaulle. On pense aux Vichystes qui se sont ralliés après 1942 aux Alliés, aux généraux Weygand et De Lattre, puis à l’amiral Darlan, puis au général Giraud. Les Américains ont pour projet de faire administrer la France libérée par les armées et ils n’en démordent pas. À ce propos, de Gaulle confie à son fils : «Roosevelt ne se soucie que d’occuper la France comme il occupera l’Allemagne nazie. Il veut transformer notre pays en condominium [un territoire sur lequel plusieurs États souverains exerceraient une souveraineté conjointe, NDLA], et Churchill n’est pas loin de préconiser la même chose. » Churchill semble lui donner raison lorsqu’il lui confie: « Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ».

Lors du débarquement d’Afrique du Nord, en novembre 1942, de Gaulle est tenu à l’écart par les Américains ; en mai 1943, Roosevelt et Churchill exigent de Gaulle qu’il coopère avec le général Giraud ; en juin, le vice-amiral Émile Muselier, Français libre de la première heure, rejoint le camp du général Giraud. La Maison-Blanche lutte de façon sourde et dissimulée, et jusqu’au bout, contre de Gaulle. Son unique et véritable allié, le seul ami américain d’importance, semble être le général Dwight Eisenhower. Réaliste, de Gaulle constate : « Jusqu’au dernier jour de la guerre, nous aurons dû nous battre aussi sur ce front là. Mais il faut bien dire que dans une guerre d’alliance, chaque allié fait en réalité sa guerre à lui et non celle des autres. » Il ajoute sans davantage de détours : « Les Anglais qui sont morts en libérant la France, ont donné leur vie pour la Grande-Bretagne et le roi. Les Américains qui sont morts en libérant la France, sont morts pour les États-Unis d’Amérique et pour personne d’autre. De même que tous les Français qui sont morts sur un champ de bataille, y compris pour l’indépendance des États-Unis d’Amérique, sont morts pour la France et le roi qui l’a personnifiée ».

Le 6 juin 1944, à la veille du débarquement en Normandie, de Gaulle est encore tenu à l’écart par les Alliés. Le 4 février 1945, lors de la conférence de Yalta, la France est absente. Elle l’est aussi lors de la conférence de Potsdam, en août 1945. Mais le 8 mai 1945, à Berlin, lors de la capitulation allemande, le représentant français est signataire et non pas seulement témoin comme le 7 mai à Reims. De Lattre signe comme les trois généraux Alliés, le Britannique, A.W. Tedder, le Soviétique G. Joukov et l’Américain Carl Spaatz. De Gaulle, qui a toujours été conscient des faiblesses de la France et de l’ampleur des forces armées mobilisées pendant la Seconde Guerre mondiale, dira à Georges Pompidou, en 1950 : « nous avons bluffé ». Quoi qu’il en soit, en 1945, après huit mois d’âpres négociations, il parviendra à imposer la voix de la France à l’ONU. Grâce à lui, la France sera l’un des cinq membres permanents au conseil de sécurité des Nations unies.

Jusqu’en 1943, les résistants de l’intérieur de la France ne sont pas, eux non plus, loin s’en faut, des partisans unanimes du général de Gaulle. En 1941, la résistance, surtout nourrie de jeunes idéalistes patriotes et nationalistes,  est relativement marginale. Dans un deuxième temps, après l’invasion allemande de l’URSS, le 22 juin 1941, un premier groupe de communistes rejoint le combat. Jusqu’alors, les communistes français ont fraternisé avec l’occupant au nom de la « lutte contre la bourgeoisie capitaliste ». Le bureau politique du PCF a même adressé, le 25 juin 1940, une lettre à la Kommandantur allemande de Paris pour demander l’autorisation de faire reparaître le journal l’Humanité au nom du pacte germano-soviétique (23 août 1939). Cela n’empêchera pas le PCF de se présenter à la Libération comme le premier parti résistant de France, divulguant inlassablement le mythe des 75000 fusillés communistes, alors que les historiens en dénombrent moins de 4000. La propagande communiste prétendra aussi que le Secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, était le  « premier des résistants communistes », alors qu’il avait déserté le 3 octobre 1939 et avait passé toute la durée de la guerre en URSS (Gracié par de Gaulle, au nom de la realpolitik, il sera ministre d’État avec trois autres ministres du PCF dans le second gouvernement provisoire du chef de la France libre, de novembre 1945 à janvier 1946, puis, vice-président du conseil en 1947).

En réalité, c’est seulement à partir de l’invasion de la zone libre, en novembre 1942, et surtout à partir des grandes défaites allemandes sur le Front de l’Est, en 1943, qu’on peut vraiment parler d’une résistance antiallemande et anti-pétainiste. Beaucoup d’historiens sont d’accord sur ce point : la faute capitale de Pétain a été de ne pas quitter la France en novembre 1942. « S’il était parti, disait de Gaulle, il revenait sur son cheval blanc, en vainqueur comme en 1918 ». Jusqu’à la fin de l’année 1942, on pouvait être à la fois pétainiste et résistant[2].

La doctrine Pétain c’était avant tout l’attentisme, cet attentisme qui ulcérait autant les gaullistes de Londres et les résistants de l’intérieur que les authentiques fascistes, anti-vichyssois et ultras de la collaboration  de Paris. En vieillard entêté, Pétain imaginait pouvoir permettre à la France de reconstituer ses forces à l’abri de sa neutralité. Il attendait que les jeux soient faits entre les divers belligérants en espérant pouvoir ainsi réapparaître un jour. Un exemple frappant de pétainiste passant à la résistance, tout en étant antigaulliste, est celui du futur ministre de la IVe République, président de la Ve République, François Mitterrand. Au printemps 1943, parrainé par deux membres du cabinet du maréchal Pétain, Mitterrand est décoré de l’ordre de la Francisque, plus haute distinction du régime de Vichy. Mais en novembre, il se rapproche de l’ORA (Organisation de résistance de l’armée qui est giraudiste) et entre dans la clandestinité.

Au début de 1943, les diverses organisations de la Résistance regroupent 40 000 personnes, un effectif qui s’élève bientôt à 100 000 puis à 300 000 au moment de la Libération. Bien sûr, comme dira de Gaulle, sur ces 300 000 résistants « beaucoup ont résisté sans avoir porté les armes ». Par ailleurs, la moitié a fui le STO (Service du travail obligatoire) alors que 700 000 hommes sont allés travailler dans les usines allemandes, soit requis, soit volontairement (comme le futur Secrétaire général du PCF Georges Marchais).

Contre vents et marées, de Gaulle résiste. Sa ténacité, sa persévérance, seront finalement couronnés de succès. Dans le difficile processus d’unification de la Résistance deux étapes sont essentielles : la création du Conseil national de la Résistance, le 27 mai 1943, par le délégué de De Gaulle Jean Moulin, et celle des Forces françaises de l’intérieur (FFI), le 1er février 1944, par son autre délégué Jacques Bingen. À Alger, de Gaulle l’emporte sur tous ses concurrents. Le 3 octobre 1943, il devient le seul président incontesté du Comité français de libération nationale (CFLN). Un an plus tard, le 14 juin 1944, à Bayeux, il a l’immense plaisir de prononcer un premier discours sur le sol de la France libérée. Le 26 août, de Gaulle descend triomphalement les Champs-Elysées.

Le 13 novembre 1945, il sera élu à l’unanimité président du gouvernement provisoire par les députés de l’Assemblée constituante. Le Général présidera deux gouvernements de juin 1944 à janvier 1946. Mais partisan d’un régime doté d’un exécutif fort, il se heurtera vite aux socialistes, aux communistes et aux démocrates-chrétiens qui n’en veulent pour rien au monde. La vieille caste dirigeante de la IIIe République, que l’on croyait définitivement discréditée par la défaite et l’occupation, refait surface et s’empare à nouveau des grands leviers d’action de l’État. De Gaulle, qui dénonce le régime exclusif des partis, se voit obligé de démissionner le 20 janvier 1946.

Arnaud Imatz, 1er juin 2020

Docteur d’État ès sciences politiques

Membre correspondant de l’Académie royale d’histoire d’Espagne

[1] Le Général tenait à observer une stricte séparation entre sa vie privée et sa fonction de président. Il avait fait installer, dès son arrivée à l’Élysée, une minuscule chapelle pour pouvoir assister régulièrement à la messe. Il avait demandé à son aide de camp de lui trouver tous les objets nécessaires au service religieux et les avait payés sur ses propres deniers. On sait que sa femme avait même acheté un service de table ordinaire pour les repas privés et que De Gaulle payait scrupuleusement la part des invités lors des quelques repas de famille.

[2] La petite histoire anecdotique sert parfois à éclairer la grande. L’expérience de ma famille peut ainsi contribuer, dans une certaine mesure, à nuancer la vision d’une Résistance monolithique et univoque. Dans les années trente, mes grands-parents maternels avaient un hôtel dans la ville frontalière d’Hendaye (Grand Hôtel Imatz). Cet hôtel, qui avait reçu de nombreux journalistes européens et américains pendant la guerre d’Espagne, était assez régulièrement fréquenté par Philippe Pétain à l’époque où il était ambassadeur à Madrid. Le Maréchal devait même y fêter son anniversaire en 1939.  Sa femme, Annie, avait fait le choix de cet établissement, préférant son ambiance familiale et conviviale à celle plus somptueuse de l’Hôtel du Palais à Biarritz. Au fil du temps, la maréchale et ma grand-mère, Marie Imatz (veuve depuis un an de mon grand-père hôtelier et ancien poilu de Verdun) étaient devenues amies. En juin 1940, à l’heure de l’exode, Annie Pétain résidait dans l’hôtel. Elle avait pris pour habitude de venir s’asseoir dans le bureau de ma grand-mère, proche de la réception, pour converser avec elle ou jouer aux cartes avec mon arrière-grand-mère. Au cours des semaines précédant l’arrivée des troupes allemandes à la frontière, de nombreuses familles de réfugiés, en particulier des familles juives, vivaient à l’hôtel dans l’attente d’un visa pour l’Espagne. Chaque jour, ma grand-mère traitait une nouvelle pile de documents d’identité déposée préalablement sur sa table de travail. Ses connaissances de part et d’autre de la frontière (mon grand-père défunt ayant été bien connu en Espagne pour ses convictions carlistes) aidaient à l’obtention la plus rapide possible des précieux visas. Les gestions qu’elle effectuait au vu et au su de la maréchale ne devaient jamais susciter chez elle le moindre commentaire désapprobateur, bien au contraire. Le 27 juin 1940, dès l’arrivée de l’occupant, l’hôtel a été réquisitionné pour loger la troupe et installer une DCA sur la terrasse du  toit (Il sera à nouveau réquisitionné par les FFI, en 1944, et cette fois pillé et totalement saccagé par des maquisards venus de Toulouse). Ma grand-mère, ses quatre filles, le personnel et les clients, dont la maréchale, ont été expulsés trois jours plus tard. Une résidence secondaire inoccupée sur le front de mer ayant été réquisitionnée par les Allemands pour reloger les membres de ma famille (Villa Gravelines), Annie Pétain a demandé à les suivre et a vécu ensuite avec eux pendant deux mois. Au cours de l’année 1942, la maréchale a fait à nouveau un bref séjour de quatre jours dans ma famille qui vivait alors dans la maison de mon arrière-grand-oncle (Villa Alexandrine). Cette amitié entre Annie Pétain et ma grand-mère, n’a pas empêché cette dernière de recevoir la même année et dans cette même villa le commandant Jacques Pigeonneau (un des premiers diplomates français ralliés à De Gaulle, ami personnel du colonel Rémy et fondateur du réseau Espagne) et de l’aider à trouver des passeurs pour franchir clandestinement la frontière. Marie Imatz était en contact avec le Père Armand Fily, correspondant de l’ORA à Hendaye (déporté à Dachau en 1944, accusé plus tard, en raison de son anticommunisme, d’avoir appartenu à la Cagoule), qui agissait sous la direction de Jacques Chaban-Delmas, futur premier ministre de De Gaulle. Elle était aussi en contact avec le Dr. Alberto Anguera Anglés, un médecin Espagnol d’Irun qui se chargeait d’acheminer le courrier des évadés qui, une fois libérés du camp de Miranda, rejoignaient le Maroc pour être très souvent accueillis dans la propriété de mon arrière-grand-tante, veuve d’un colon ex-officier méhariste, ami de Lyautey. Quant à ma famille paternelle, elle était particulièrement affectée par la division entre pétainistes et gaullistes. Alors que mon grand-père paternel, grand mutilé de guerre, l’un des sous-officiers de carrière les plus décorés de la Première guerre mondiale, était un pétainiste irréductible, ses quatre fils (conflit de génération ?), qui vivaient avec lui sous le même toit, étaient de farouches gaullistes ; le fils aîné, mutilé lors de l’embarquement de Dunkerque (décédé plus tard des suites des ses blessures), était paradoxalement le plus anglophile (bien qu’il ait été abandonné sur la plage par les troupes de sa Gracieuse Majesté, comme ses autres camarades français). Je dois sans doute au récit de ces expériences familiales, qui ont bercé mon enfance, le crédit relatif, toujours « sous bénéfice d’inventaire », que j’accorde depuis aux journalistes officieux et autres experts ou historiens prétendument institutionnels.

https://cerclearistote.com/2020/06/charles-de-gaulle-mythifie-mais-trahi-i-iii-par-arnaud-imatz/

lundi 27 avril 2020

L'étrange défaite De mai 1940 au 11 Septembre 2001

« Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts, » disait Paul Reynaud en 1940. Les plus forts et les plus intelligents. Les Américains ne disent pas autre chose aujourd’hui, en Afghanistan et ailleurs. Mais le monde ne se laisse pas faire…
Jean-Philippe Immarigeon est un de ces auteurs élégants, frondeurs et discrets qui élaborent patiemment une œuvre précieuse et considérable tout en semblant se jouer de tout et de rien, en illuminant les sujets les plus ardus et les plus graves d'un sourire moqueur. La grande affaire de ses trois précédents livres, c'était l'Amérique, sa névrose, ses secrets, ses mensonges. Son dernier opus, lui, plus ambitieux et tout aussi provocateur, traite de stratégie militaire, mais qu'on ne s'y trompe pas : c'est de métaphysique en réalité qu'il s'agit, au travers une analyse savante et iconoclaste de la défaite française de juin 1940. Son propos, cependant, n'est pas celui d'un historien il essaie au contraire de montrer en quoi le désastre de la débâcle que nous avons connue en 40 a quelque chose à nous dire sur celle que rencontrent les troupes de l'OTAN, aujourd'hui, en Afghanistan.
À cela, une justification des plus pertinentes et bien connue de tous ceux qui s'intéressent de près aux œuvres de stratégie militaire parues dans les vingt ou trente dernières années outre-Atlantique, surtout dans le camp des « néo-cons » la plupart des analystes américains qui ont pignon sur rue en la matière ne cessent étrangement de défendre mordicus l'excellence de la stratégie française mise au point par nos chefs militaires de la fin de la IIIe République : Philippe Pétain, Maurice Gamelin, Maxime Weygand.
Pire, à les en croire, les critiques bien connues que le général De Gaulle, lorsqu'il n'était encore que colonel, a adressées à l'encontre des locataires de l'hôtel de Brienne étaient injustes, voire délirantes : axer toute la stratégie de l'armée française sur l'idée d'une guerre de mouvement, dont l'usage offensif et anarchique des chars d'assaut eût été l'inspiration principale, confine à de la folie pure et simple. Peu importe à leurs yeux que ce soit bien ainsi que Guderian et von Manstein aient opéré, avec le plein assentiment du Führer et surtout le résultat que l'on sait.
Jamais la France, en 1940, n'aurait dû perdre la guerre
Le point pertinent de cette argumentation, qui fait sourire au premier abord, est qu'elle balaie, une bonne fois pour toutes, les poncifs qui ont survécu au naufrage de Vichy et au stupide procès de Riom que le régime avait intenté à Léon Blum, mais que l'on ne cesse de reproduire à tout va : la France aurait été vaincue en raison de son infériorité mécanique et de sa méconnaissance de l'usage des chars de combat, principalement parce que le pacifisme du Front populaire nous aurait laissés très en retard des Allemands dans ce domaine devenu décisif. Or, la vérité historique aujourd'hui est à peu près établie par tous les historiens qui se sont penchés sur la question : nous avions en France autant de chars et d'avions que le Reich, souvent même d'une qualité technique supérieure. La cause de la défaite n'est donc pas d'ordre matériel ou technologique, non plus que vraiment politique.
La vérité est plus simple, mais plus difficilement acceptable : nous avons été vaincus précisément parce que nous avons été plus rationnels, plus savants, plus précautionneux, mieux préparés, en somme, que les Allemands. Ce n'est pas à cause de l'immoralisme des personnages de Proust et de Gide, comme le proféraient les folliculaires de Vichy, que la France s'est retrouvée à la merci de la Wehrmacht, mais en raison de l'héritage si prestigieux de Descartes, qu'aucun intellectuel, de gauche ou de droite, n'aurait osé incriminer.
La stratégie allemande était folle, à l'image de l’État allemand lui-même, mais la folie a sur la raison la supériorité de la certitude que confère le délire, et cette résolution dans l'initiative que dissout implacablement la géométrisation du monde. Hitler en cela était plus proche de Napoléon - qui lui aussi aurait dû perdre Austerlitz ou Wagram et lui aussi fut finalement vaincu - que de Frédéric II qu'il aimait tant mais qui ne lui ressemblait pas.
L'illusion des États-Unis d'Obama, selon Immarigeon, est la même aujourd'hui que celle de Gamelin et de Weygand en 1940. Mais le monde ne se laisse pas faire, et les chefs talibans, avec des kalachnikovs dérisoires, gagneront la guerre en Afghanistan exactement comme Guderian, doté seulement de quelques unités blindées et motorisées, est entré dans Paris, à la stupéfaction générale, le 14 juin 1940.
Philippe Marsay Le Choc du Mois mai 2011

Jean-Philippe Immarigeon, La Diagonale de la défaite, de mai 1940 au 11 septembre 2001, François Bourin, 230 p., 20 €.

dimanche 19 avril 2020

Le « crime » racial est imprescriptible Où s'arrêtera la chasse aux sorcières ?

Où s'arrêtera la chasse aux sorcières ?.jpegJusqu'où iront-ils ? « Ils », ce sont tous ceux qui se focalisent jusqu'à la névrose, sur les années 1940. Il faut en parler toujours. Trouver la phrase ou découvrir le simple mot qui permettent de recommencer l'éternel procès des acteurs de ces années qui ont dérapé, ne fut-ce qu'une fois, sur la question raciale.
Le 8 mai 1945, l'Allemagne capitule sans condition. Exit le nazisme. Au diable Hitler. Outre-Rhin, le procès de Nuremberg rime avec condamnations et pendaisons. En France, c'est l'épuration avec son cortège de dégradations et d'exécutions. Soixante ans plus tard, chacun pourrait croire que la page est bien tournée. Il n'en est rien. Nous avions déjà eu droit aux procès à retardement des octogénaires sortis du formol pour rejoindre le banc des accusés Barbie, Touvier, Bousquet, Papon, ou la gérontologie au centre des réquisitoires.
Les fonds de tiroir raclés jusqu'à épuisement, il faut trouver ailleurs. Les écrivains ! Beaucoup sont morts, mais leurs écrits sont restés. Il y a dix ans, le cadavre du docteur Alexis Carrel, prix Nobel de médecine et de physiologie en 1912, et auteur d'un ouvrage magistral, L'homme, cet inconnu, publié en 1935, est exhumé. Carrel a défendu des thèses eugénistes. Il a donc ouvert la porte des chambres à gaz. Les rues qui portent son nom sont débaptisées. Lyon. Paris. Rennes. Plus d'une quinzaine de villes épurent la voirie du nom de ce médecin de sinistre mémoire. Philippe Marini, le maire de Compiègne, qui s'obstine à vouloir conserver sa rue Alexis-Carrel, est dénoncé par les ligues de vertu.
Un proscrit que Mauriac fut content de revoir
En 2002, ce sont les Pyrénées-Atlantiques qui découvrent l'indicible. À Saint-Palais, un établissement scolaire porte le nom de Léon Bérard. Une grande figure de la IIIe République. Parlementaire. Ministre de l'Instruction publique. Ministre de la Justice. Membre de l'Académie française.
Alors, où est le problème ? Il y a une ombre au tableau, relevée par le conseil d'administration du collège, qui veut qu'il soit rebaptisé (par exemple du nom de Guy Môquet). Et quelle ombre ! Léon Bérard a été ambassadeur du régime de Vichy au Vatican, de 1940 à 1944. Le 2 septembre 1941, il a adressé au maréchal Pétain un rapport dans lequel il analysait la position du Saint-Siège sur la promulgation par Vichy de la seconde loi portant statut des juifs. Or, une lecture rapide laisse penser que Bérard y approuve que certaines professions soient interdites aux juifs. En fait, le mémo qu'il adresse à Pétain porte sur la compatibilité entre le statut des juifs et la doctrine catholique romaine.
Oubliant qu'il avait écrit qu'« il y a une opposition foncière, irréductible, entre la doctrine de l'Eglise et les théories "racistes" », il lui fut reproché, après guerre, de s'être égaré. Mais pas avec la haine actuelle. Avec la mansuétude qui convenait à l'égard de ce personnage hors du commun, de ce « survivant d'un milieu où la culture était aimable », comme l'écrivit le gaulliste François Mauriac, qui ajoutait : « Quand les choses se gâtèrent, il attendit sagement sous le porche de Saint-Pierre la fin de la grêle; et nous fûmes tous bien contents de le voir revenir. »
En ce début 2009, un séisme d'amplitude 10 sur l'échelle de l'historiquement correct a frappé. Le scandale est venu de l'Epaulette, une association nationale d'officiers fondée en 1964 avec pour missions principales l'entraide et le rayonnement. Reconnue d'utilité publique, elle regroupe plus de six mille officiers et publie une revue éponyme tirée à sept mille exemplaires.
Un de ses membres, le colonel Guy Husson, a demandé à son président, le général Daniel Brûlé, de présenter sa démission. C'est lui qui sera viré, pour avoir causé un « préjudice moral aux intérêts de L'Epaulette et porté atteinte au renom de l'association », à la suite de quoi il annoncera la création d'une association dénommée par antiphrase Honneur de France, dont les statuts précisent qu'elle sera dissoute « lorsque plusieurs publications rédigées par des militaires, dans le cadre d'associations militaires, dont certaines sont hébergées aux frais de la République […] cesseront d'ouvrir leurs colonnes à des thèses antirépublicaines et antisémites ». Bigre !
Si Weygand n'était pas patriote, qui l'est ?
L'affaire semble sérieuse. Tellement sérieuse que le général Daniel Brûlé a cédé sa place le 7 février au général Jean-François Delochre. Et quelle est la cause du coup de sang de Husson ? La revue L'Epaulette a publié un texte du général Maxime Weygand faisant l'apologie, de l'obéissance « Dans l'armée, l'honneur est inséparable du devoir et le devoir militaire ne peut se concevoir sans discipline. Un principe essentiel est à faire respecter l'obéissance aux chefs immédiats ne doit en aucun cas être contestée; elle constitue une obligation impérative dont le respect ne peut être considéré ultérieurement comme une faute. » Or, ce principe n'a, paraît-il, plus cours au sein de l'armée, le code du soldat disposant désormais que le militaire obéit aux ordres « dans le respect des lois, des coutumes de la guerre et des conventions internationales ».
Mais ce débat sur l'idée que le général Weygand se faisait de l'obéissance n'est pas l'objet principal du courroux du colonel Husson. Maxime Weygand a fait pire que prêcher l'obéissance. Le 30 septembre 1941, il aurait signé une note de service interdisant aux enfants juifs de fréquenter les écoles primaires et secondaires. Weygand antisémite! L'insulte qui tue plus sûrement qu'un coup de 12. Et ce d'autant plus que Weygand aurait « manqué de foi en la patrie ».
Quels sont les titres qui permettent au colonel Husson de faire la morale post mortem au général Weygand ? Sur quels champs de bataille s'est-il illustré ? Quelles armées a-t-il mis en déroute ? Ne doutons pas que son palmarès est impressionnant. Mais soyons également certains d'un autre fait il sera toujours dérisoire à côté de celui du général Weygand. Ne parlons même pas du rôle de celui-ci au cours de la Grande Guerre. Il suffirait à démontrer l'indécence du colonel Husson. N'abordons pas non plus le général Weygand appelé le 19 mai 1940 par Paul Reynaud, en pleine catastrophe, pour remplacer le généralissime Gamelin. Appelé au secours à l'âge de 73 ans !
En sauvant l'Empire, il a sauvé la France
Evoquons simplement le général Weygand à partir du 22 juin 1940. C'est-à-dire la date de l'armistice voulu par Weygand et qui aujourd'hui symbolise « le manque de foi en la patrie », alors même que Churchill déclara en 1944 « l’armistice nous a en somme rendu service. Hitler a commis une faute en l'accordant. Il aurait dû aller en Afrique du Nord, s'en emparer pour continuer sur l'Egypte. Nous aurions eu alors une tâche bien difficile »; alors même que Gœring dut reconnaître que « l'armistice a été la pire erreur de Hitler » ; alors même que De Gaulle dira au général Robert Odic, qui était en 1940 chef d'état major de l'armée de l'air « N'avouez jamais que l'armistice ne pouvait pas être évité. »
Grâce à l'armistice, l'Empire n'est effectivement pas tombé entre les mains de l'Allemagne. L'Empire et son immense potentiel humain. L'Empire et sa nombreuse population juive mise à l'abri des persécutions allemandes. Face au tribunal de l'Histoire, cela pèse quand même plus lourd qu'une simple note de service sur l'interdiction d'aller à l'école.
Le 7 septembre 1940, le général Weygand est nommé délégué général du gouvernement en Afrique, avec pour mission d'y rétablir « la confiance, l'espoir, l'unité de vues, rassurer les populations et les préserver contre toute tentative d'agression ». Sitôt nommé, le vieil officier relève le défi. Il entreprend une grande tournée de l'Empire. Partout où il se rend, il appelle les populations européennes et autochtones à se ressaisir. Il insiste sur la nécessité de l'union et de la discipline.
Derrière cette action psychologique se dissimule son véritable objectif - la reprise en main de l'armée malgré les commissions de contrôle de l'Allemagne. Rien n'est oublié formation morale et militaire. Entraînement physique. Rajeunissement des cadres. Chasse à la routine et aux pesanteurs administratives. Dissimulation du matériel. Fabrication clandestine d'armements. L'action du général Weygand contredit tellement les visées du Reich que Berlin finit par faire pression sur Vichy pour qu'il soit relevé de ses fonctions. Pétain tente de résister, avant d'être contraint de le révoquer le 17 novembre 1941.
Le non-lieu de la Haute Cour passé sous silence
Pour l'Allemagne, il est déjà trop tard. Les armées d'Afrique du Nord et d'Afrique occidentale, réorganisées par Weygand, comptent désormais 181 000 et 56 000 hommes. Partout l'armement a été caché. Dans des fermes. Des grottes. Des forêts d'accès difficile. Le moindre recoin dissimule du matériel militaire. Des chars d'assaut. Des canons de 155. 55000 fusils. 82 canons de 75. 40000 grenades. Des mortiers de 81. 1500 mitrailleuses. Des canons de 47 antichars. Des obus. 210 mortiers. L'armée est reconstituée. Prête pour la revanche.
Après son départ, le général Weygand est remplacé par le général Juin qui poursuit, dans le même esprit, les opérations de camouflage. Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord. Dans la foulée, l'Armée d'Afrique entre en guerre pour écrire quelques-unes des plus belles pages de l'histoire militaire française. Le général Weygand, quant à lui, est arrêté par la Gestapo près de Vichy en novembre 1942 pour être déporté en Allemagne. Très exactement au château d'Itter qui dépendait administrativement de Dachau. Un lieu dont le colonel Husson a probablement entendu parler.
En mai 1945, il est délivré par les Américains. Rapatrié, il est alors arrêté par la police française en raison de ses activités avec le gouvernement de Vichy. Trois ans plus tard, la Haute Cour de Justice le lave de tout soupçon et lui accorde un non-lieu.
Le général Weygand s'est éteint le 28 janvier 1965. Quarante-quatre ans après sa mort, son nom n'a été oublié par personne. Ni par ceux qui savent ce que la France lui doit. Ni par ceux qui se permettent de venir le juger.
Celui du colonel Husson, lui, retournera d'où il vient, dans l'anonymat le plus complet.

Thierry Normand Le Choc du Mois février 2039

dimanche 22 mars 2020

Camps français, ce que l’histoire ne nous a toujours pas dit

On savait qu'il y avait eu des camps avant Vichy. On n'ignore plus rien des camps sous Vichy. Ce que l’on sait moins, c'est que certains camps ont continué à fonctionner après la Libération, et pas uniquement pour interner des collabos. Un fait qui soulève des points d'interrogation et pose de nombreux points de suspension.
Dans son ouvrage, consacré aux lieux d'internement français de la zone sud, et intitulé Les camps de la honte, l'historienne Anne Grynberg, au chapitre se rapportant à la fin de ces camps, arrive à la conclusion suivante « Au mois de septembre 1943, les internés âgés ou gravement malades se trouvant encore à Noé et à Récébédou sont transférés vers les hospices de la région les deux camps vichyssois ne sont plus considérés comme des "camps-hôpitaux" Le dernier convoi de déportation quitte la gare de Longages deux semaines avant la Libération. Comme Gurs, Noé est alors utilisé pour interner des collaborateurs français. »
À la lumière de nouveaux éléments, il semble cependant que la réalité s'avère plus complexe et l'histoire plus capricieuse...
Tout commence, ou tout rebondit, en 1991. Depuis des années et des années, Kurt Werner Schaechter, résidant français d'origine autrichienne, s'interroge sur ce que sont devenus ses parents, disparus en laissant comme dernière adresse le camp de Noé, en Haute-Garonne, où ils furent « hébergés » durant la dernière guerre.
Créé le 7 février 1941, sur décision du ministère de l'Intérieur, Noé est officiellement « un camp-hôpital destiné aux ménages âgés de plus de soixante ans et aux infirmes ». Dans les faits, il s'apparente à un camp de séjour surveillé.
Dans les esprits, il s'assimile à un camp de concentration.
Après moult demandes et démarches, Kurt Werner Schaechter, obtient donc, et enfin, l'autorisation de consulter les archives départementales de Haute-Garonne. Et un document pouvant en cacher un autre, il tombe sur des pièces surprenantes. Se prenant au jeu et se jouant des règlements, il épluche, recopie et photocopie des milliers de documents. Il se bat aujourd'hui pour que son travail « clandestin » soit connu et reconnu : « De 1939 à 1946, soit avant Vichy, sous Vichy, et des années après Vichy encore, les autorités administratives civiles et policières en place, ont abusivement interné. Des milliers de documents administratifs nauséabonds, émanant d'administrations paperassières, ministérielles, préfectorales, policières, montrent que celles-ci tenaient une comptabilité méticuleuse de la honte et de la mort, des années encore après la Libération. »
Parmi les pièces « saisies » par Kurt Schaechter, figure un rapport du chef de camp de Noé, commentant l'état d'esprit du mois de juillet 1944. Y est notamment relatée la journée du 30 juillet, date du dernier convoi de déportation évoqué par Anne Grynberg : « Les bruits de départ pour l'Allemagne de tous les hébergés continuent à circuler et amènent un affolement et une nervosité que je m'emploie à calmer de mon mieux; mais forcément, l'état moral s'en ressent.
« Depuis une dizaine de jours, les bruits qui circulent dans le village annoncent la dissolution du camp pour le 1er août; il y avait un peu de vrai dans ces nouvelles, puisque effectivement le dimanche 30 juillet à 9H50 la police allemande venait chercher tous les hébergés du camp.
« Mais lorsque l'officier qui commandait le détachement de police, s'est rendu compte du genre d'hébergés que contenait le camp, il n'en a pris que 244 (dont 13 se sont évadés) et il m'en a laissé 356 dont 108 mères de famille avec enfants de moins de 16 ans, 105 mutilés provenant de la guerre d'Espagne, et le restant des malades.
Par suite des nouvelles qui figurent sur les journaux, et de celles colportées de bouche à bouche, relatives à la situation des armées en présence, l'état d'esprit des hébergés est très bon car les espoirs sont quasi au maximum. »
Des espoirs qui seront souvent déçus. La Libération n'entraînera pas la libération systématique des hébergés. Et au moins jusqu'au printemps 1946, Noé va continuer à fonctionner, et pas seulement pour interner des collaborateurs français. Les registres du camp sont là pour l'attester. Le nom des pensionnaires ne rime pas forcément avec celui de Lucien Lacombe.
Les 9 et 10 mars 1946, ont ainsi été admis au camp de Noé, quatre Polonais, trois Italiens, un Espagnol, deux Tchèques, un suisse et un apatride. L'identité des hébergés quittant le camp en ce même printemps 1946 ne laisse également pas supposer qu'il s'agisse de collaborateurs français ayant purgé leur peine. Ainsi trouve-t-on, à la lettre G, d'un alphabet de vingt-six lettres
G. Raphaël, né le 18.04.1883, nationalité italienne, date de départ. 26.04.1946.
G. née D. Hélène, née le 03.11.1915, nationalité polonaise, date de départ 09.05.1946.
G. Wilhem, né le 29.08.1884, nationalité suédoise, date de départ   14.05.1946.
G. Wilhem, né le 05.04.1909, nationalité polonaise, Israélite, date de départ   17.05.1946.
G. Bogomil, né le 05.10.1925, nationalité yougoslave, chrétien orthodoxe, date de départ 17.05.1946.
Mais quitter le camp ne signifie pas automatiquement recouvrer la liberté. Les mieux lotis sont assignés à résidence surveillée. Certains sont expulsés de France. D'autres sont versés à la Légion étrangère. Et les moins chanceux dirigés vers d'autres... camps, comme Ecrouves ou Pithiviers... Il suffit de consulter les registres.
Le 15 mars 1946, sont ainsi transférés au camp de Pithiviers
B. née C. Margot, nationalité portugaise
B. Wilhelm, nationalité allemande
L. née P Sophie, apatride israélite
M. née K. Adolphine, allemande de souche aryenne
K. Martin, russe, chrétien orthodoxe.
On peut alors légitimement se demander jusqu'à quelle date le camp de Pithiviers a fonctionné, et quelles ont été ses différentes affectations.
Au mois d'août dernier, à Orléans, une exposition était consacrée aux camps d'internement du Loiret. Le visiteur pouvait y apprendre que le camp de Beaune-la-Rolande avait été fermé le 12 août 1943, et celui de Jergeau le 31 décembre 1945. Pour Pithiviers, aucune précision.
Un document des archives du Loiret permet pourtant de savoir que la dissolution du camp avait été décidée « pour le 1er décembre 1949 au plus tard ». Du 15 août 1944 à ce 1er décembre 1949, que s'y est-il alors réellement passé ?
Dans un premier temps, Pithiviers a été affecté à l'internement des collaborateurs et trafiquants. Puis dans un second, sous le nom de « centre de groupement pour rapatriement », le camp a servi de gare de triage pour le refoulement vers leur pays des allemands jugés indésirables.
Le hic, c'est que Pithiviers n'a pas accueilli que des allemands. Il y avait des Polonais, dés Italiens, des Portugais, des apatrides ! Et allez donc refouler un apatride vers son pays !
Et c'est ainsi que de 1946 à 1949, selon le directeur des archives départementales, « le centre pénitentiaire de Pithiviers semble avoir été réservé à des interdits de séjour ».
Un flou entretenu par l'absence de dossiers de cette période, qui auraient été transférés à la prison de la Santé à la dissolution du camp.
Que s'est-il alors réellement passé ?
Pour essayer de comprendre, il faut remonter au lendemain de la Libération. Le gouvernement provisoire du général de Gaulle déclare alors les lois de Vichy comme nulles et non avenues, mais il confirme toutefois les mesures d'urgence prises par le gouvernement Daladier en 1938-1939, qui autorisaient notamment les préfets, simplement par décision administrative, à interner « les mal-pensants ».
Ce qu'après la Libération, Adrien Tixier, ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire, reprend à son compte en précisant que « l'internement n'était pas une peine destinée à justifier au même titre que les peines judiciaires, les faits de collaboration et les menées antinationales, mais qu'il s'agissait d'une mesure de police préventive, limitée dans le temps, à la durée du conflit ».
Le conflit ayant officiellement pris fin le 8 mai 1945, la question est alors de savoir si certains serviteurs de l'Etat n'ont pas poussé le zèle, ou le vice, jusqu'à faire jouer ces mesures de police préventive pendant quelques années encore. Ce n'est malheureusement qu'en exhumant les archives que la vérité pourrait paraître au grand jour. Mais dans l'obscurité de leurs rayonnages, elles dorment encore pour longtemps.
Le 3 janvier 1979, comme grande sœur à tous les décrets existant déjà, le président Valéry Giscard-d'Estaing promulguait une loi portant à cent ans le délai pour consulter les documents relatifs à des enquêtes administratives, et à 60 ans le délai pour les documents qui contiennent des informations mettant en cause la vie privée ou intéressant la sûreté de l'Etat ou la défense nationale.
Ainsi, qui vivra saura, à condition d'être de ce bois dont sont faits les centenaires...
Olivier Fédrigot Le Choc du Mois Juillet-août 1993 N°67
Annexe :
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Document tiré des archives du camp de Noé, concernant un papetier détenu en Juillet 1945. « Motif ignoré »
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Pièces de registre concernant la libération du camp de Noé de ressortissants étrangers, entre décembre 1944 et janvier 1946. La France est déjà libérée, mais on fait toujours certaines différences entre deux Autrichiennes.