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vendredi 23 juin 2023

Le goût des rois (Jean-François Solnon)

 

Jean-François Solnon, agrégé d’histoire et docteur ès lettres, est professeur émérite des universités. Il est l’auteur de plusieurs essais et biographies. Les éditions Perrin publient en format poche son livre Le goût des rois.

Chez un chef d’Etat, la culture peut être le propre d’une personnalité ou un outil politique, l’essence de l’être ou l’élément constitutif d’une image. Le goût personnel pour les choses de l’esprit ne se confond pas avec le mécénat officiel. Celui-ci est souvent commandé par le souci de la gloire, la volonté de rompre avec un prédécesseur indifférent à la culture ou au contraire la tentative de renouer avec un héritage admiré, sans oublier l’ambition de rivaliser avec l’étranger. Le mécénat d’un souverain peut coïncider avec sa sensibilité à la beauté ou, au contraire, y être étranger. Il arrive qu’il traduise une passion véritable, mais il naît souvent de l’utilité politique dont on espère les immortels bénéfices. Edifier palais et monuments garantit de laisser une trace dans l’histoire. Ici, la prétention du prince à la gloire commande un mécénat littéraire ou artistique ; là, ses goûts relèvent de l’intime.

C’est ce goût personnel des souverains, rois et empereurs, que ce livre cherche à atteindre. Le découvrir aide à cerner une personnalité, tout que le caractère, les idées, les amitiés ou les haines. L’auteur nous présente donc en François Ier un chevalier lettré, en Henri III un roi intellectuel, en Henri IV un roi bâtisseur, en Louis XIII un roi musicien, en Louis XIV un roi architecte et collectionneur, en Louis XV un roi architecte, en Louis XVI un roi géographe, en Napoléon Ier un amoureux du classicisme,…

Le goût des rois, Jean-François Solnon, éditions Perrin, collection Tempus, 413 pages, 9 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-gout-des-rois-jean-francois-solnon/121097/

dimanche 15 juillet 2018

Livres & Histoire • Le Roi ou l’incarnation du pouvoir


3884406673.pngDepuis la mort de Louis XVI, la France, en dépit des apparences républicaines, n’aura cessé de rechercher un remplaçant à la figure royale. En vain. Deux études historiques, complémentaires, permettent, en dépit de leurs défauts, de comprendre pourquoi aucun homme prétendu providentiel n’est jamais parvenu à remplacer le Très Chrétien.
Un pouvoir sacré indépendant
Que cela plaise ou non, à la différence de la plupart des modèles monarchiques à travers le monde et le temps, la royauté française relève héréditairement du sacré ; le pacte de Reims n’est pas un accord opportuniste conclu en 496 entre l’Église des Gaules et Clovis, puis renouvelé avec les dynasties successives, mais une réalité spirituelle unissant le royaume de la terre à Celui du Ciel. Perdre cela de vue, c’est se condamner, sous prétexte de rationalisme ou de dénonciation d’une « pensée magique » que notre époque éclairée ne saurait admettre, à ne rien comprendre à notre passé et aux façons d’être et de penser de nos ancêtres. Voilà sans doute, aujourd’hui, le pire écueil auquel se heurtent des historiens plus ou moins étrangers à la foi catholique et qui ont tendance à en parler comme ils le feraient des croyances de l’Égypte pharaonique. S’ils refusent d’admettre ce particularisme français, et que la Fille aînée de l’Église puisse avoir une place à part dans les plans d’un Dieu auquel il est de mauvais ton de se référer, toute leur vision de la longue geste royale s’en trouve d’emblée faussée. Voilà sans doute pourquoi, chacun à leur manière, Stanis Perez, qui signe Le corps du Roi (Perrin) et Marie-Claude Canova-Green, auteur de Faire le Roi ; l’autre corps de Louis XIII (Fayard), malgré d’impressionnantes recherches, restent à la surface des choses et passent à côté de l’essentiel.
Un premier mystère, dans une société strictement matérialiste comme la nôtre, est d’admettre que le Roi « sacré », ce qui veut tout dire, entre dans une autre dimension et que, tout en restant un homme à part entière, car il ne s’agit pas, à l’instar du Pharaon, voire même du Principat romain dans certaines de ses manifestations, de diviniser le souverain, il devient cependant un lien, un intermédiaire entre ici-bas et En-haut, dimension qui comprend une part hautement sacrificielle, celle-là même que Louis XVI assumera jusqu’à l’échafaud. Faute de le comprendre – tout comme, d’ailleurs, notre époque devient incapable de saisir ce que sont les grâces du baptême ou le sacrement de l’Ordre – l’historien se focalise sur des points de détail ou pose de mauvaises questions. Vouloir réduire les rois de France à une « incarnation du pouvoir », ce que les juristes royaux au demeurant, savaient bien, c’est s’arrêter à mi-chemin de la réalité et perdre de vue ce rôle de « Lieutenant de Dieu » qui était le leur. C’est l’idée même d’un pouvoir chrétien procédant du divin, non de la volonté populaire, ou prétendue telle, qui heurte. Dès lors, les deux universitaires se perdent dans l’étude de ce qui leur semble relever de bizarreries dépassées.
Le corps du Roi
Qui dit pouvoir incarné dit fatalement corps. Le Roi est homme, avec ses défauts, ses faiblesses, ses passions, ses maladies, et sa condition mortelle qui, cependant, n’altère pas l’immortalité du système monarchique, ou du royaume, ou de l’État, conception plus compréhensible à nos contemporains.
Stanis Perez scrute cet homme qui reste ancré dans son humanité, ne revendique nulle essence « divine » ; il le suit, de Philippe Auguste à Louis-Philippe, dans son quotidien le plus prosaïque. Pour lui, mais là encore, ce n’est que partiellement exact car le postulat de base de la sacralité du pouvoir reste la même à travers les siècles, l’image du Roi, ou celle du corps du Roi, se serait construite puis déconstruite au fil des siècles, de sorte que saint Louis n’aurait pas appréhendé son rôle et sa personne comme pouvaient les appréhender Henri III ou Louis XIV. Cette image renvoyée au peuple, cette propagande auraient pareillement fluctuée. Reste que le Roi demeurait le Roi, tant à ses propres yeux qu’à celui de ses peuples et que porter sur cela un regard « moderne », fausse fatalement l’objet de l’étude …
Ce qui est intéressant, néanmoins, dans ce livre, relève du sociologique et de l’anecdotique. Si le Roi est un homme, et nul ne le nie, il naît, il grandit, il se forme, il mange, il prend soin de son corps, de son apparence, de sa santé, il engendre, et il meurt. Comment ?
L’autre paradoxe est de parvenir à en imposer à ses sujets ou à ses ennemis tout en assumant son humanité et sa mortalité. Le cas extrême est celui de Charles VI, rongé par sa maladie mentale jusqu’à en perdre sa dignité humaine, mais jamais sa dignité royale, au point que le peuple a aimé son pauvre roi fou bien plus qu’il ne l’eût aimé sain d’esprit, dans la certitude mystique que le souverain expiait dans sa chair les péchés de la France. L’on touche là, une fois encore, à la dimension christique du pouvoir royal que nos contemporains ne savent plus appréhender. Elle est pourtant infiniment plus importante que de savoir si Louis XI jugeait indigne de se baigner en public ou que le contenu de l’assiette royale.
Dans l’imaginaire, et dans l’idéal, il faudrait que le Roi soit toujours jeune, beau, en pleine santé, doté de toutes les vertus du corps et de l’esprit. Cela peut parfois arriver, cela ne dure jamais. Comment, sauf à imiter ces peuplades qui sacrifiaient le roi vieillissant ou malade, continuer d’en imposer ?
Le roi est une incarnation
Louis XIII n’était pas séduisant, il souffrait d’un sérieux défaut d’élocution, son caractère était difficile et angoissé, sa santé mauvaise depuis l’adolescence. Dans ces conditions, alors qu’il n’avait pour lui que son droit d’aînesse, comment a-t-il incarné son rôle ?
Spécialiste du « spectacle de cour » dans l’Europe moderne, Marie-Claude Canova-Green voit, et, jusqu’à un certain point, elle a raison, Louis XIII, – mais ce serait vrai de tous les rois, – comme un acteur presque continuellement sur scène, obligé de jouer un rôle qu’il n’a pas choisi mais qui lui colle à la peau et dont il n’a pas le droit de se dépouiller.
L’on en arrive ainsi à une vision quasi schizophrénique du monarque, pris entre son personnage royal qu’il doit assumer, et sa personne privée dans l’impossibilité de s’exprimer puisque la sphère intime lui est presque interdite. Faut-il vraiment supposer la coexistence, peu apaisée, de Louis de Bourbon et de Louis XIII dans un même corps ? Ne vaut-il pas mieux admettre que le Roi était un, même si, au siècle suivant, Louis XV, et Louis XVI plus encore, rechercheront, ce qui s’avérera une faute, les moyens d’échapper à cette épuisante et constante représentation ?
Reste une analyse étonnante, et dure, de ce que l’historienne considère comme une sorte de dressage ou de conditionnement d’un enfant qui, né mâle et premier de sa fratrie princière, est destiné au trône, quand même ses qualités propres ne l’appelleraient pas spécialement à l’occuper.
Les études de « genre » étant l’une des grandes préoccupations actuelles, il est beaucoup question ici, trop peut-être, d’« apprentissage de la masculinité », notion qui aurait sans doute laissé pantois nos aïeux du XVIIe siècle. Louis XIII ne s’est sûrement jamais demandé s’il devait assumer sa condition masculine, parce qu’il a toujours su et admis qu’il était un homme, et pas une femme …
C’est parce qu’il était homme, et prématurément roi après l’assassinat de son père, qu’il s’est donné, sans pitié pour lui-même, les moyens d’assumer son destin. En toute conscience.
Louis XIII ne s’est jamais pris pour Jupiter, pas plus que son fils ne se prendrait pour Apollon. Seulement pour ce qu’il était : l’homme, avec tous ses défauts et ses péchés, que les lois de dévolution de la couronne, et la volonté de Dieu, avaient fait roi de France et qui devait s’en rendre digne.
Ne pas admettre cela, c’est renoncer à rien comprendre à la monarchie française.  
121039987.jpgLe corps du Roi, Stanis Perez, Editions Perrin, 475 p, 25 € 








978765251.jpg
Faire le Roi, L’autre corps de Louis XIII, Marie-Claude Canova-Green, Editions Fayard, 372 p, 23 € 





Anne Bernet

vendredi 20 juillet 2012

La légende du roi Henri IV


Resté dans les mémoires le plus populaire de nos souverains, Henri IV fut loin, de son vivant, de susciter les mêmes ferveurs. Contesté, détesté, aimé et admiré, par les mêmes et successivement parfois, il peina à faire comprendre son oeuvre réconciliatrice, qui heurtait trop des mentalités devenues partisanes.
La bonne image du premier roi Bourbon, telle qu’elle s’est transmise de génération en génération, y compris à travers les manuels de l’enseignement laïc et républicain, repose en fait sur quelques clichés en général exacts mais qui relevèrent dès l’origine d’une propagande habile.
Une propagande habile
Dans un pays qu’un demi-siècle de guerre civile avait ruiné, oeuvrer à restaurer la prospérité et promettre à des gens qui avaient crevé de faim la poule au pot chaque dimanche valait tous les programmes politiques. Recevoir l’ambassadeur d’Espagne sans cesser de jouer avec les enfants royaux était façon de mettre en évidence la vitalité de la nouvelle dynastie, après des Valois épuisés incapables d’engendrer une postérité mâle viable, donc de mettre un terme au rêve ibérique de ceindre la couronne de France.
Il en est ainsi pour tous ces traits du monarque passés à la postérité dont la bonhomie aimable a dissimulé les profonds calculs. Henri de Navarre, lorsque, le 2 août 1589, l’assassinat de son cousin Henri II le fait de jure roi de France, sait qu’il lui faut tout reconquérir, puis reconstruire. Tâche quasi impossible, qu’il mènera pourtant à bien, avec un incontestable génie. Dans cette stratégie de conquête et de séduction, le faire savoir aura presque autant d’importance que l’action.
Voilà ce que Jean-Marie Constant, l’un des meilleurs spécialistes des mentalités de l’époque, analyse point par point à travers un ouvrage ambitieux et brillant, souvent passionnant, Henri IV, roi d’aventure. Cette étude n’est pas une biographie ; à ce titre, elle suppose connu du lecteur l’essentiel des événements et leur contexte, qu’elle se propose d’éclairer en montrant comment le roi, s’y trouvant confronté comme à autant d’obstacles, a su les utiliser et les retourner à son profit. Henri IV, en effet, doit faire face à l’héritage désastreux du conflit religieux, aux haines vieilles de quarante ans, aux exactions inexpiables des uns et des autres. Calviniste sincère, s’il n’a pas cependant hérité de l’intolérance maternelle, il répugne à abjurer une nouvelle fois, tout en sachant n’avoir pas le choix puisque l’appui de Rome lui est indispensable à tous niveaux. Nécessité qui lui aliénera ses amis protestants sans lui rallier les anciens ligueurs. À la question religieuse s’ajoute la crise de la légitimité royale. L’un des aspects les plus intéressants du livre est la mise en évidence de l’émergence dans la bourgeoisie parisienne guisarde d’un sentiment républicain et démocrate qui rejette pareillement le Valois catholique et le Bourbon huguenot ; religiosité exacerbée mise à part, la ressemblance avec le Paris de la Terreur est frappante.
Conquête d’estime
Il faut donc au roi regagner l’estime de ses peuples par tous les moyens. Pour la noblesse, en incarnant le héros guerrier conforme à l’idéal chevaleresque des romans à la mode ; pour les intellectuels et les clercs, qui penchaient du côté de la Ligue, en ravivant le sentiment royal, national et gallican à travers différents ouvrages abondamment diffusés, dont la Satire Ménippée, finement analysée, est l’archétype ; quant au peuple, les traits de familiarité du souverain, sa simplicité, son authentique gentillesse, ses succès féminins, aideront à le séduire.
En revanche, cette attitude irritera plus d’un membre de l’ancienne cour, et plus d’un politique. Les royales foucades amoureuses seront souvent désastreuses pour l’État, et le débraillé volontaire fera dire à une grande dame qu’elle « a vu le Roi, mais pas Sa Majesté »… Critiques légères eu égard au bilan, mais qui, à l’époque, pesèrent très lourd et contribuèrent à entretenir des rancunes, voire pis encore. Ce n’est pas pour rien que tant de bras s’armeront, nonobstant l’épouvantable supplice promis aux régicides, afin d’abattre celui qui demeure, aux yeux de certains, un tyran qu’il est légitime de supprimer.
Cet Henri IV n’est pas celui de l’histoire, mais celui des passions, livré aux regards, aux appréciations, injustes, des contemporains. Jean-Marie Constant prend grand soin de leur laisser la parole, y compris à travers les cahiers de doléances des états généraux de l’époque, moins manipulés que ceux de 1789, plus proches de l’opinion populaire véritable. Il sait rappeler que tout témoin n’est pas d’obligation fiable, pas plus qu’il n’est fatalement menteur. Il n’omet pas de mettre en évidence que les milieux ligueurs, si décriés, souvent à juste titre, furent aussi ceux sur lesquels se greffa peu après la Contre-Réforme française, aux fruits abondants, preuve que tout, chez eux, n’était pas délires partisans teintés de mysticisme. Ce fut malgré ces obstacles, ces malentendus, ces méprises que le Roi rebâtit la monarchie, plus forte qu’elle ne l’avait jamais été, et redonna à la France les moyens de devenir la première puissance mondiale du temps. Hélas, rares furent ceux qui, tandis que le Béarnais bâtissait cette oeuvre colossale, eurent la vision de l’avenir.
À ceux qui cherchent une étude plus grand public, mais d’une qualité tant littéraire qu’historique cependant incontestable, il faut signaler la réédition de l’excellent Henri IV du regretté Georges Bordonove. Initiateur d’une série, Les rois qui ont fait la France, qui contribua considérablement, au cours des trente dernières années, à débarrasser l’histoire de la monarchie des préjugés et des mensonges trop véhiculés sur son compte, Bordonove alliait à des dons de conteur remarquables, qualité trop méprisée des universitaires, un bel esprit de synthèse, une parfaite honnêteté intellectuelle et des connaissances encyclopédiques nourries à la lecture de tout ce qu’il convenait d’avoir lu sur un sujet. Son Henri IV mené tambour battant vaut tous les romans historiques, à ce détail près que tout y est vrai, authentifié, sérieux, et d’une lecture définitivement accessible à tous, ce qui assura son succès mérité.

Complots à foison
Jean d’Aillon se défend aimablement d’être historien, façon de désarmer les remarques des cuistres ; cela ne signifie point, là non plus, qu’il ne se soit pas documenté aux meilleures sources avant d’entreprendre la rédaction de ses romans historiques. La lecture de l’étonnant procès-verbal de Nicolas Poulain, lieutenant du Prévôt d’Île de France qui, au service d’Henri III, infiltra la Ligue afin d’en démasquer les menées, lui a inspiré une trilogie aux accents dumasiens, La Guerre des trois Henri, qui, sous la fiction, permet une plongée saisissante dans le quotidien des années 1580 finissantes et le foisonnement de complots qui les marquèrent.
Paris, janvier 1585 : un contrôleur des finances, le sieur Hauteville, a été assassiné à son domicile, ses papiers volés ; contre toute raison, on a essayé d’imputer ce crime à son fils unique. Nicolas Poulain, lui, se demande si ce meurtre ne serait pas lié à une fraude fiscale d’énorme envergure qui, depuis quelques années, vide les caisses de l’État et détourne le montant des impôts, sans doute au profit des princes lorrains. Disculpé, Olivier Hauteville se voit chargé d’enquêter sur les rapines du duc de Guise. Décidé à retrouver les assassins de son père, le jeune homme ne se doute pas des dangers de sa mission, ni que d’autres aimeraient récupérer ces sommes. Et quand l’agent du roi de Navarre a les traits de la ravissante Cassandre de Mornay, tout devient très délicat…
Aux côtés des Politiques
Dans le second volume, La Guerre des amoureuses, Hauteville est parvenu tout à la fois à se faire aimer de Cassandre et à mettre fin aux détournements, mais les choses se compliquent par la faute de la duchesse de Montpensier, qui voue une haine égale à Henri III et au Béarnais et veut mettre la maison de Lorraine sur le trône. De son côté, la reine Catherine ruse et intrigue, joue des poisons, des philtres d’amour, se sert de curieux comédiens italiens et oblige une ancienne beauté du fameux escadron volant à reprendre du service. Or, cette dame détient la clef de la mystérieuse naissance de Cassandre. Si haute qu’elle pourrait briser tous les rêves d’amour d’Olivier.
Dans La Ville qui n’aimait pas son roi, Olivier et Cassandre, enfin mariés et ralliés au clan des Politiques qui privilégie l’intérêt de la France, vont tenter, sous de dangereux déguisements, de s’introduire dans Paris insurgé et d’y oeuvrer à amener le rapprochement définitif entre le roi et son cousin devenu l’héritier du trône, tenter, aussi, d’empêcher le moine Clément de se rendre à Saint-Cloud… Voilà du gros roman historique de la meilleure facture, solidement documenté, riche en rebondissements de toutes sortes et fidèle aux lois du genre, pour le plus grand plaisir des amateurs. On n’avait pas fait mieux depuis La Dame de Montsoreau et Les Quarante-cinq.
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 15 avril au 5 mai 2010
✔ Jean-Marie Constant : Henri IV, roi d’aventure ; Perrin. 410 p., 23 €.
✔ Georges Bordonove : Henri IV ; Pygmalion, 315 p., 21,90 €.
✔ Jean d’Aillon : Les Rapines du duc de Guise ; Lattès, 520 18 s. La Guerre des amoureuses ; Lattès, 540 p. 18 s. La Ville qui n’aimait pas son roi ; Lattès ; 635 p., 19 €.

vendredi 7 octobre 2011

1565 : Le roi parmi son peuple


Le jeune Charles IX poursuit son périple à travers la France. Suivi par un immense cortège, il rappelle à l'ordre les parlements et lance des appels à la paix dans un royaume divisé par les luttes religieuses.
Cette année-là, la cinquième de son règne, Charles IX, quinze ans, poursuivait son “tour de France” organisé par la reine mère Catherine de Médicis. Parti de Fontainebleau le 13 mars de l'année précédente, l'immense cortège rassemblait autour du jeune roi ses frères et cousins dont nul ne pouvait savoir combien leurs destinées seraient bouleversées par les guerres de religion qui ne marquaient alors qu'une pause assez aléatoire.
Hiver glacial
Rejoignons donc la Cour qui aborda le Sud-Ouest par un hiver glacial et se trouvait à Toulouse le 31 janvier, après avoir évité certaines villes huguenotes. On raconte qu'un peu taquin, le jeune roi lança le bonnet de son cousin Henri de Bourbon-Navarre, douze ans, dans la cathédrale pour l'obliger à y entrer. Geste prémonitoire ?… Catherine fit ici rebaptiser ses deux plus jeunes fils : en passant près de l'Espagne, mieux valait que les enfants de France ne fussent point affublés de prénoms trop marqués par l'Antiquité païenne. Alexandre-Édouard, duc d'Orléans, quatorze ans, devint donc Henri (futur Henri III), et Hercule, duc d'Alençon, dix ans, devint François (sa mort en 1585 allait faire d'Henri de Navarre le successeur immédiat d'Henri III).
Par Mont-de-Marsan et Dax, on arriva à Bayonne début juin. Philippe II ne daigna point rencontrer sa belle-mère, pas assez catholique selon lui, mais se fit représenter par son épouse Élisabeth de France, laquelle était accompagnée du très entêté duc d'Albe. Élisabeth, vingt ans, n'en fut pas moins ravie de revoir sa mère et ses jeunes frères dont le roi de France et sa petite soeur Marguerite, six ans (future “reine Margot”). Néanmoins, aux propositions d'alliances, notamment matrimoniales de Catherine, Élisabeth et le duc d'Albe opposèrent les exigences espagnoles d'une sorte de croisade pour épurer l'Europe de la Réforme. La volonté de Catherine de soutenir en France l'Église catholique ne leur suffisait pas et l'entrevue de Bayonne fut un échec. Un échec masqué toutefois par d'éblouissants festins et de luxueux divertissements qui durèrent jusqu'au 2 juillet. Charles IX mit autant d'empressement à participer aux danses paysannes qu'à suivre pieusement la procession de la Fête-Dieu.
Remontant la Gascogne, on fut le 28 juillet à Nérac, où l'on retrouva Jeanne d'Albret, reine de Navarre, protestante acharnée, épouse d'Antoine de Bourbon. Catherine caressait déjà le projet de marier la petite Marguerite à Henri, le fils de Jeanne… Les temps n'étaient pas venus.
Museler les parlements
D'Angoulême à Jarnac, puis à Cognac, Charles IX reçut en ces pays protestants un accueil poli, sans plus. Plusieurs fois il dut rappeler l'obligation pour tous les parlements de respecter le traité de pacification d'Amboise, signé trois ans plus tôt. Sur le port de Brouage le 6 septembre, après avoir assisté au baptême de neuf cents catholiques, le roi vit pour la première fois l'Atlantique.
Le 14 septembre, solennelle entrée dans La Rochelle : nouvel appel du roi à la paix, de même à Loudun, puis à Nantes, capitale de la Bretagne qui n'était alors française que depuis trente ans et pas encore consolée de n'avoir plus ses anciens ducs. Accueil très froid, si bien que l'on préféra éviter Rennes…
Angers et Tours, terres catholiques, ne ménagèrent pas leur enthousiasme. Le jeune roi rencontra à Saint-Cosme le poète Pierre de Ronsard, avant de s'extasier devant les châteaux de la Loire. Puis l'on s'installa pour trois mois à Moulins, dans le fief ancestral des Bourbons. Ici, le chancelier Michel de L'Hospital mit au point avec ses conseillers une ordonnance en vue de museler les parlements dans le domaine politique et de leur interdire de sortir de leur rôle judiciaire. Sempiternelle question posée à la monarchie française…
Espérance
Après avoir donné au jeune Henri, déjà duc d'Orléans, ville protestante, le titre de duc d'Anjou, terre très catholique, Charles IX et sa suite visitèrent l'Auvergne, le Nivernais, la Champagne, la Brie et regagnèrent Paris le 1er mai 1566, après deux ans et quatre mois d'une absence qui commençait à peser. Néanmoins, comme écrit Georges Bordonove dans son Charles IX, « en montrant le jeune roi aux populations, le reine mère avait éveillé le vieux fond de loyalisme des Français et leur dévouement à la couronne ». De fait, nous l'avons vu, les Grands cachaient mal leurs humeurs partisanes, mais le peuple se portait de grand coeur au devant du roi. Et dans les malheurs que la couronne n'arriverait pas à épargner à la France, la flamme de cette fidélité au principe monarchique allait entretenir l'espérance, jusqu'à ce que trente ans plus tard Henri de Navarre devînt Henri IV…
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 15 janvier au 4 février 2009É

vendredi 25 février 2011

UNE LÉGENDE NOIRE : Henri II et Catherine de Médicis

Dessinée par les pamphlétaires huguenots, l'image déformée de Henri II, et plus encore celle de son épouse, n'ont cessé d'être véhiculées par les historiens hostiles à la monarchie. Leur réhabilitation reste difficile.
Né en 1519, puîné de François Ier et de Claude de France, Henri, duc d'Orléans, n'était pas appelé à régner. La mort soudaine de son frère changea la donne. Au grand dam du roi… Il n'aimait guère ce fils et, si, en 1526, devoir, en échange de sa propre liberté, livrer en otage à Charles Quint le dauphin, « trésor de la France », lui avait brisé le coeur, y joindre le duc d'Orléans lui avait moins coûté. De cette longue captivité espagnole, où son aîné contracta la tuberculose qui l'emporta prématurément, Henri rapporta un caractère introverti, peu fait pour l'aider à conquérir l'affection paternelle.
Fin manoeuvrier, vrai capétien
Didier Le Fur, son dernier biographe, le met d'emblée en évidence : Henri n'aurait pas dû régner. On s'était gardé de l'y préparer, dans la crainte ordinaire du tort causé au roi par ses cadets. Pis encore : la propagande royale, si active chez les derniers Valois, l'avait superbement ignoré dès sa naissance, tandis qu'à grand renfort de prophéties, elle prédisait à un dauphin qui n'atteignit pas ses vingt ans un avenir impérial…
Le Fur ne cultive pas l'anecdote et le travail remarquablement fouillé qu'il propose est avant tout un portrait du roi, non de l'homme derrière la fonction. Quelle image Henri II veut-il renvoyer de lui-même ? Quel rôle joue-t-il ? Quelles ambitions incarne-t-il ? Très vite, se dessinent, entre l'avenir que François Ier croyait avoir tracé, les objectifs qu'il avait fixés, et ceux de Henri II, une rupture, un refus de toute continuation du programme paternel. Évident dès les premières heures du règne, en 1547, avec le renvoi immédiat de la coterie de la duchesse d'Étampes, favorite du monarque défunt, et le rappel du connétable de Montmorency, jadis disgracié, le changement l'est bien davantage quand Henri marque son désintérêt pour les possessions italiennes, longue chimère de ses prédécesseurs. Plus réaliste, il se fixe d'autres priorités : reprise de Calais sur l'Anglais, consolidation des frontières de l'Est par la conquête des Trois Évêchés.
Bilan considérable aux yeux de la postérité, mais invisible pour les contemporains. Eux ne virent que la lourde défaite de Saint-Quentin en août 1557, l'humiliation infligée par Philippe II lors du traité du Cateau-Cambrésis, qui soulignait le renoncement aux conquêtes italiennes. C'est oublier que, dans l'esprit du roi, ce n'était qu'une trêve ; seule sa mort accidentelle, en 1559, la rendit définitive.
Le Fur démonte la mise en scène du pouvoir royal, son rapport à l'opinion publique, la perception de la politique par ceux qui comptent, en France et à l'étranger, les changements apportés par l'imprimerie et la diffusion des idées ou des critiques. Face à cette modernité en marche, Henri II se révèle fin manoeuvrier et vrai Capétien, conscient des intérêts de la France.
Cela l'amène à prendre contre les Réformés, qui menacent l'unité du royaume, des mesures sévères. Ils ne le lui pardonneront pas, présentant sa disparition comme une manifestation de la justice divine.
Le plus étonnant étant qu'ils voient alors en la reine, contre laquelle ils s'acharneront ensuite, leur alliée la meilleure…
Mission impossible
Catherine de Médicis ne partage pas, en effet, l'opinion de son mari quant aux mérites d'une répression ; faire des martyrs lui paraît, à raison, une erreur. Autant qu'elle le pourra, elle tentera, pendant quarante années de pouvoir direct ou indirect, de l'éviter. Jean-François Solnon, auteur d'une très remarquable réhabilitation d'Henri III (Perrin), s'est aussi intéressé à sa mère, et a tenté de dégager une image de la Régente qui ne soit pas la caricature surgie des attaques protestantes et ligueuses, puis des auteurs des Lumières et enfin des fantasmes romantiques. Tâche ardue. Lorsque tant de scories sont venues recouvrir la mémoire d'un personnage historique, que tant de mensonges ont été ressassés à son propos, jusqu'à s'imposer comme une vérité intangible, il est presque vain d'essayer de rétablir la réalité. Figure archétypale de la mauvaise reine, étrangère, ambitieuse, criminelle, l'Italienne a servi les intérêts de trop d'ennemis de la monarchie. Revenir sur son portrait entraînerait de dangereuses remises en cause des idées reçues. C'est tout à l'honneur de Solnon d'avoir accepté cette mission impossible et de proposer de Catherine un portrait équilibré, honnête, juste.
Pour la paix civile
S'il est attentif aux sentiments de son héroïne, conscient que le fait d'être orpheline à l'âge d'une semaine, otage des factions florentines, menacée de mort par les ennemis des Médicis, puis, en tant que leur seule héritière légitime, objet de convoitises matrimoniales peu désintéressées, pèse lourd dans la construction d'une personnalité, Solnon constate aussi combien l'adolescente maîtrise déjà les pires situations. Intelligente, courageuse, pragmatique, elle sait, parce qu'elle est une fille et, à ce titre, ne dispose ni de la force ni de la violence comme moyens de défense, biaiser, ruser, accommoder, afin de survivre, voire de triompher. Cette stratégie féminine sera interprétée par une historiographie masculine comme la preuve d'une duplicité monstrueuse, quand elle n'est qu'une nécessité. Solnon le comprend.
Il faut replacer le rôle de Catherine, veuve à quarante ans d'un homme qu'elle avait adoré quoiqu'il lui eût imposé sa liaison avec Diane de Poitiers, dans le contexte du temps. Aux velléités des Grands de profiter de l'extrême jeunesse du roi pour s'imposer aux affaires s'ajouta la crise religieuse, les principaux rivaux, Guise d'un côté, Bourbons et Montmorency de l'autre, s'étant divisés en catholiques inconditionnels et protestants politiques, factions entre lesquelles nul arrangement n'était possible. L'incontestable grandeur de Catherine aura été d'essayer de sauver la paix civile, ne consentant à la violence que lorsque toute conciliation devenait irréaliste. Soumise aux menaces de l'Espagne, et aux plaintes de Rome, il lui fallut du caractère pour imposer sa vision du bien du royaume. Le principal reproche qui lui fût fait est d'avoir refusé d'entrer dans les querelles particulières pour ne songer qu'à l'intérêt commun : position intenable face à des factions emportées par leurs passions…
Partis pris
La parution d'une nouvelle biographie de la reine, signée Jean- Pierre Poirier, marque les limites d'un travail de réhabilitation universitaire. S'adressant au grand public, l'auteur ne va pas à l'encontre de ses partis pris. Puisque tant d'historiens ont instruit à charge contre Catherine, pourquoi plaider sa cause ? Voici donc, utilisées contre elle, les anecdotes graveleuses, les accusations de luxure et de sadisme, même si nul ne sait si Brantôme, en les relatant, parlait de la reine ; son goût supposé pour les sciences occultes et les poisons, son absence prétendue de discernement dans les affaires, l'inexistence de « son programme politique », son manque de sérieux dans l'étude des dossiers, sa responsabilité dans la préparation de la Saint-Barthélemy, tous points dont Solnon a démontré l'inanité.
Certes, Jean-Pierre Poirier le reconnaît, Catherine eut le mérite de séparer le temporel du spirituel, elle a anticipé sur « les valeurs républicaines »… Mais elle ignorait tout des mouvements économiques ; pis encore, elle ne s'y intéressait pas ! Son oeuvre de mécène, ambitieuse, n'a pas survécu aux drames des temps : et qu'importe qu'on ne puisse l'en tenir responsable ! Enfin, elle aurait considéré la France comme un bien de famille qu'il fallait à tout prix conserver à ses fils. Mais n'est-ce pas le rôle d'une reine régente, et l'un des intérêts essentiels d'un système qui soustrait le pouvoir aux ambitions personnelles des compétiteurs ? En cela, Catherine fut exemplaire. Reste que notre époque peine toujours davantage à le comprendre.
ANNE BERNET L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 1er au 14 octobre 2009
* Didier Le Fur : Henri II ; Tallandier, 625 p., 30 s.
* Jean-François Solnon : Catherine de Médicis ; Perrin, 450 p., 23 s.
* Jean-Pierre Poirier : Catherine de Médicis ; Pygmalion, 450 p., 24,50 s.

mercredi 13 octobre 2010

1581 : Justice pour Henri III

Le 24 septembre, Henri III marie sa belle-soeur Marguerite de Lorraine à l'un de ses favoris : Anne de Joyeuse, baron d'Arques, qui appartient à une vieille lignée du Vivarais.
Cette année-là, la sixième de son règne, Henri III, trente ans, époux de Louise de Lorraine-Vaudémont, mariait sa belle-soeur Marguerite de Lorraine, vingt et un ans, à Anne de Joyeuse, baron d'Arques, vingt et un ans. L'événement, qui fit en son temps grand bruit à la Cour, n'appartient pas à la grande histoire. Nous le retenons quand même parce qu'il nous permet de fustiger ceux qui répandent des inepties sur la prétendue homosexualité du roi Henri III.
Sur les bords riants de la Baume
Anne de Joyeuse appartenait à une vieille lignée du Vivarais établie sur les bords riants de la Baume, affluent de l'Ardèche, et qui servait fidèlement le roi depuis le XIIIe siècle. Dès ses jeunes années, Anne partagea la vie militaire de son père Guillaume, vicomte de Joyeuse, lieutenant général du Languedoc, futur maréchal de France. Très tôt, il se fit remarquer par sa bravoure et sa vive intelligence, à tel point que le roi le nomma à dix-neuf ans gouverneur du mont Saint-Michel, puis érigea en août 1581 la vicomté de Joyeuse en duché-paierie, avec préséance sur tous les autres ducs (hors les princes du sang). Enfin, le 24 septembre 1581, le voici devenu beau-frère de la reine de France. On peut s'étonner d'une telle ascension d'un jeune homme qui, de plus, était d'une grande beauté.
Les historiens sérieux n'ont jamais éprouvé le besoin d'imaginer des histoires scabreuses. Ils s'en sont tenus à ce que l'on sait d'Henri III, et que Olivier Tosseri résume ainsi dans Historia de février 2010 « un caractère entreprenant auprès des femmes, une très grande piété qu'il exprimait de manière spectaculaire au cours de démonstrations d'expiations... » Certes il combla ses amis, ses mignons (mot qui à l'époque signifiait ses préférés, et rien d'autre), de grands bienfaits, au risque de provoquer la jalousie d'autres courtisans, plus nobles, plus âgés, qui se sentirent évincés et qui joignirent leurs calomnies à celles des dirigeants de la Ligue entendant discréditer le roi parce qu'il reconnaissait son cousin Henri de Navarre, chef du parti protestant, comme l'héritier du trône.
Or on doit tout simplement admettre que le roi, dont nul n'a jamais pu relever le moindre comportement équivoque en public, reportait sur ses amis l'affection qu'il aurait eue pour ses fils, si le Ciel lui en avait donné. Reste encore l'extrême raffinement qu'il imposait à sa Cour. Rappelant qu'Henri III introduisit l'usage de la fourchette à table et qu'il faisait preuve d'une hygiène alors peu commune de son temps, Olivier Tosseri dit qu'il portait « à son comble la recherche vestimentaire pour les hommes » et manifestait « un goût appuyé pour les artifices de la mode ». Laissons braire les gens de mauvaise foi qui ont fondé sur ces observations l'image d'un Henri III efféminé et revenons à ce beau mariage du 24 septembre.
Le faste des noces
C'était un dimanche et le goût du roi pour le faste se donna libre cours. L'Encyclopédie de D'Alembert, deux siècles plus tard, cite un contemporain : la cérémonie eut lieu « à trois heures après midi en la paroisse de Saint-Germain de l'Auxerrois. […] Le roi mena la mariée au moûtier, suivie de la reine, princesses et dames tant richement vêtues, qu'il n'est mémoire en France d'avoir vu chose si somptueuse. Les habillements du roi et du marié étaient semblables, tant couverts de broderie, de perles, pierreries, qu'il n'était possible de les estimer. » Et cela continua les jours suivants, le sommet ayant été, semble-t-il, la représentation, après un festin au Louvre le dimanche 15 octobre, du Ballet de Circé et de ses nymphes rebaptisé pour l'occasion Ballet comique de la reine, où l'on entendit les meilleurs violonistes et chanteurs du temps. N'oublions pas de mentionner que les époux reçurent aussi 300 000 écus du roi…
De la gloire au trépas
Être un favori du roi n'était pourtant point vivre d'hédonisme. Ces jeunes hommes mettaient leur virilité à servir la couronne. Devenu en 1582 grand-amiral de France, puis gouverneur de la Normandie, Anne, après moult campagnes, se laissa emporter par sa jeunesse impétueuse jusqu'à faire massacrer 800 huguenots à La Mothe Saint-Héray, dans le Poitou. Repentant et se croyant perdu aux yeux du roi pour cet acte inexpiable, il crut se racheter en allant barrer la route à Henri de Navarre, le 20 octobre 1587 à Coutras en Gironde ; il y fut non seulement battu mais reconnu par un parent des victimes de La Mothe Saint-Héray qui le tua d'un coup de pistolet. Grand seigneur Henri de Navarre fit rendre les corps d'Anne et de son jeune frère Claude à la famille de Joyeuse et pria pour eux. Déjà Henri IV perçait sous celui que les circonstances forçaient encore à être un chef de parti.
Petit détail gourmand, pour conclure : à l'occasion du mariage,la reine-mère Catherine de Médicis fit servir des macarons apportés d'Italie, dont le jeune duc fut si friand qu'il voulut en faire réaliser par les pâtissiers de son village de Joyeuse (Ardèche). La tradition des macarons s'y perpétue aujourd'hui.
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 18 février au 3 mars 2010