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mercredi 17 juillet 2024

L’URSS : 30 décembre 1922 – 26 décembre 1991

 

Le 30 décembre 1922, l’Union des Républiques socialistes soviétiques, l’URSS, est formée. 

Lors du Premier Congrès des Soviets, des représentants de la RSFSR, des Républiques socialistes soviétiques d’Ukraine et de Biélorussie et de la Fédération transcaucasienne ont signé la Déclaration sur la formation de l’URSS et le Traité d’Union.

Formellement, le nouvel État a été créé en tant que fédération de républiques souveraines avec la préservation du droit de libre sortie et d’accès ouvert à celui-ci. Cependant, le mécanisme de « sortie libre » n’a pas été envisagé. Ils n’y pensaient même pas alors, la Russie rassemblait des fragments de l’empire tsariste, qui gravitaient historiquement vers Moscou ou avaient été acquis lors des conquêtes.

Au départ, il ne s’agissait pas d’une subordination centralisée à Moscou, mais en fait tout le monde avait compris que la RSFSR occupe une position de leader en tant que territoire le plus développé, le plus riche et le plus civilisé. 

Le traité définit formellement les relations entre les Républiques et le Centre.

Les questions de politique étrangère, de commerce extérieur, de finances, de défense, de moyens de communication et de communications ont été transférées à la compétence des organes centraux alliés. 

Le reste est resté sous la juridiction des républiques fédérées. 

Compte tenu de la terrible dévastation après la guerre civile, de la pauvreté de la population et des faibles perspectives de survie dans l’ancien territoire de la Russie tsariste, Moscou a pris la responsabilité de ceux qui avaient rejoint la nouvelle entité.

Dans les années 1920-1930, le nombre de républiques fédérées au sein de l’URSS a augmenté, après la démarcation nationale des républiques d’Asie centrale en 1924-1925, les républiques ouzbèkes et turkmènes sont entrées en URSS en tant que républiques fédérées. Le Kazakhstan et le Kirghizistan reçoivent le statut de républiques autonomes au sein de la RSFSR, et la République autonome tadjike fait partie de la RSS d’Ouzbékistan.

Selon la Constitution de 1936, les républiques socialistes soviétiques de la Fédération de Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et le Tadjikistan faisaient partie de l’URSS. En 1940, avec l’annexion des États baltes et de la Bessarabie, les républiques fédérées lettone, lituanienne, estonienne et moldave sont apparues.

À différentes époques, l’URSS comprenait des entités exotiques telles que la République socialiste soviétique de Boukhara, la République socialiste soviétique de Khorezm et la RSS de Carélie-Finlande. La dernière à rejoindre l’État unioniste en 1944 fut la République populaire de Tuva, qui avant la Révolution était la région d’Uryankhai, puis une république non reconnue, coincée entre la Chine, la Mongolie et la Russie.

L’Union soviétique a cessé d’exister le 26 décembre 1991, à la grande joie des États-Unis et de l’Europe, qui ont perdu un adversaire idéologique, un rival économique, un ennemi cimentant leur unité.

En prime

J’assimile la guerre actuelle de l’Occident contre la Russie par Ukraine interposée à la guerre qui a été menée contre la révolution Russe à partir de 1917.

Maintenant comme alors, ce qui est en jeu c’est l’ordre du monde.

L’ordre du milliard doré du capitalisme financier contre l’ordre multipolaire qui émerge de la croissance des Emergents, du Sud global, et de la Chine.

Le filigrane c’est la lutte pour la domination à horizon 2030-2035.

La Russie doit etre vaincue et démantelée d’abord car elle a hérité de la puissance militaire colossale de l’URSS qu’elle a modernisée et elle constitue un ancrage civilisationnel récalcitrant.

L’Occident considéré comme l’Empire Anglo-saxon refuse de partager la domination avec les puissances montantes, il craint aussi et certainement a juste titre l’imperialisme chinois, et il souhaite mener des guerres d’affaiblissement préventives. La guerre contre la Russie qui dispose des ressources rares en fait partie.

La Russie apres la chute de l’URSS a tenté de rallier le bloc occcidental, mais le pillage sans scrupules organisé par les des Anglo-saxons a suscité un rejet et un renouveau national qui se concrétisent maintenant par cette nouvelle guerre.

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Dix armées étrangères contre la révolution russe

Avant même octobre 1917, les Alliés interviennent en Russie pour prévenir la victoire des bolcheviks. Puis, redoutant l’extension de la révolution, Français, Anglais et Japonais donnent la main aux « blancs » contre les « rouges », les Américains étant plus réservés. Après trois années d’intervention économique et militaire, ils sont défaits.

par Marc Ferro

On nomme « intervention étrangère » la croisade menée par les démocraties occidentales pour aider les contre-révolutionnaires « blancs » à triompher de la révolution bolchevique. Lors de la chute du tsarisme, en février 1917 (mars pour le calendrier occidental), les dirigeants de ces régimes sont partagés. D’un côté, ils se félicitent que l’alliance avec la Russie ne soit plus « honteuse » : désormais existerait un front uni des démocraties face aux « empires » de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. De l’autre, ils craignent que les soubresauts qui accompagnent nécessairement une révolution n’affaiblissent l’effort de guerre de la Russie.

Cette crainte-là finit par l’emporter, à la suite des troubles qui secouent l’armée et de l’exigence du soviet de Petrograd, l’une des instances du nouveau pouvoir, d’une « paix sans annexions ni réparations ». Plus encore : une opposition bolchevique, animée par Lénine, réclame dès le 4 avril « tout le pouvoir aux soviets, une paix immédiate ».

Désireux de réchauffer l’ardeur belliqueuse des Russes, les Alliés envoient deux délégations à Petrograd – une ambassade de deux ministres socialistes, Arthur Henderson et Albert Thomas, ainsi qu’une délégation composée notamment de Marcel Cachin, Marius Moutet et William Sanders, et chargée de saluer la révolution au nom des socialistes occidentaux. Toutefois, peu à peu emportés par le spectacle d’une révolution réussie, ils se convertissent à l’idéal des soviets. Partis en avocats honteux, inquiets des intérêts de leurs gouvernements, ils reviennent de Russie comme les chantres glorieux de la révolution… Serait-elle contagieuse ?

Envers et contre tout, le nouveau ministre de la guerre, le travailliste (trudovik) Alexandre Kerenski, veut continuer le combat et lance une offensive en Galicie en juin 1917. Vaine attaque qui provoque les manifestations de juillet, plus ou moins animées par les bolcheviks.

Cordon sanitaire

Dès lors, l’état-major russe décide d’abattre Kerenski : c’est le putsch de Kornilov. Les missions alliées à Petrograd pressent leurs gouvernements de liquider les bolcheviks et d’instaurer un régime militaire en Russie. Le Britannique Oliver Locker-Lampson, commandant de la mission, met au service de Kornilov ses véhicules blindés et ses soldats. Mais le coup d’État échoue, les bolcheviks ayant décidé de soutenir Kerenski – « comme la corde soutient le pendu » (Lénine).

En octobre, l’hostilité des Alliés au nouveau régime russe est acquise. Ils refusent les propositions de paix de Trotski et Lénine, de sorte que c’est une « paix séparée » (avec l’Allemagne) que conclut le gouvernement révolutionnaire russe à Brest-Litovsk.

Les Alliés y voient surtout la disparition d’un second front. Ils optent alors pour une intervention dans le Grand Nord russe, à Arkhangelsk, tant pour empêcher les Allemands et les Finlandais de tirer avantage du traité de Brest-Litovsk que pour combattre les « rouges ». Constatant que les « blancs » se renforcent très vite sous l’autorité du général Denikine et qu’en Sibérie les soldats tchèques libérés se rallient à eux, ils décident de les soutenir, dans l’espoir que leurs troupes constitueront un second front après leur victoire.

Mais l’issue favorable tarde. Après leur succès sur la Marne durant l’été 1918, Clemenceau et Churchill définissent donc les nouveaux objectifs de l’intervention alliée. Ce n’est plus l’« ami des Allemands » qu’ils combattent, mais l’« ennemi social ». Le bolchevisme « menace par son Armée rouge, qu’il rêve de porter à l’effectif de 1 million d’hommes ». Il veut « étendre sur toute la Russie, et le reste de l’Europe ensuite, le régime de ces soviets […]. Les Alliés doivent provoquer la chute des soviets […] par l’encerclement du bolchevisme, la constitution d’un « cordon sanitaire » qui [isolera l’URSS] et la condamnera à périr d’inanition », écrit Clemenceau le 23 octobre 1918.

Mutinerie

Une dizaine de jours avant, dans le Kreuz-Zeitung, grand journal chrétien de Rhénanie, on pouvait lire : « La lutte contre le bolchevisme doit servir de lien entre les trois puissances alliées et leurs ennemis. Une Allemagne forte résistera au bolchevisme. Si elle succombe, le pire adviendra à l’Europe ». En France, le maréchal Foch se montre sensible à l’argument.

Déjà, Français et Anglais s’attribuent des « zones d’influence » : aux premiers l’Ukraine et les minerais ; aux seconds le Caucase et son pétrole. À l’autre bout de la Russie, les Japonais débarquent pour s’emparer de la province orientale. Puis c’est au tour des Américains d’intervenir en Sibérie orientale, moins pour soutenir les « blancs » que pour contrôler l’expansion des Nippons.

Cette intervention militaire se réduit à une cinquantaine de milliers d’hommes au total. Elle n’est vraiment utile aux « blancs » qu’au bord de la mer Baltique, leur permettant de menacer Petrograd. Ailleurs, c’est l’aide financière et matérielle qui compte. Efficacité toutefois contrebalancée par une rébellion de soldats français à Arkhangelsk le 15 octobre 1918 : une compagnie du 21e bataillon d’infanterie coloniale refuse de se battre contre les bolcheviks. Puis survient une mutinerie parmi les marins de la mer Noire.

Le résultat essentiel est que, dans la mesure où les « rouges » obtiennent finalement la victoire par eux-mêmes, l’intervention étrangère fait des bolcheviks les « défenseurs de la terre russe ». Ils ne peuvent plus passer pour des « ennemis du peuple ». Voilà ce que Lénine, en 1920, retient avant tout.

Cartographie : Philippe Rekacewicz et Cécile Marin avec le concours de Dario Ingiusto et d’Agnès Stienne.

Bibliographie :

André Gide, « Retour de l’URSS, suivi de Retouches à mon Retour de l’URSS », Gallimard, Paris, 2009
Edward Hallett Carr, « La Formation de l’Union soviétique », Editions de Minuit, Paris, 3 vol., 1969
Marc Ferro, « L’Occident devant la révolution soviétique », Complexe, Bruxelles, 1991
Ewan Mawdsley, « The Russian Civil War, Unwin Hyman », Boston, 1987
Nicolas Werth, « Histoire de l’Union soviétique : De Lénine à Staline », PUF, Paris, 2007

source : Bruno Bertez

https://reseauinternational.net/lurss-30-decembre-1922-26-decembre-1991/

lundi 12 février 2024

En 1922, nouvelle tentative de soumission des Soviets aux puissances créancières

 

Les gouvernements occidentaux ont présenté un programme complet d’exigences visant à résoudre en leur faveur le contentieux qui concernait la répudiation des dettes et les expropriations décrétées par le gouvernement soviétique. Elles ont été présentées à Gênes le 15 avril 1922, 5 jours après le début de la conférence, dans un document intitulé « Rapport du comité des experts de Londres sur la question russe ».

Les exigences occidentales à l’égard de Moscou

L’article 1 disait : « Article 1.
Le Gouvernement Soviétique russe devra accepter les obligations financières de ses prédécesseurs, c’est-à-dire du Gouvernement Impérial russe et du Gouvernement provisoire russe, vis-à-vis des Puissances étrangères et de leurs ressortissants.
 »

La forme et le contenu de tout le document indiquent très clairement qu’il s’agissait d’une série d’impositions que les puissances occidentales voulaient dicter au pouvoir soviétique.

Toujours dans le premier article, on trouvait une disposition qui allait directement à l’encontre des traités que la Russie soviétique avait signés en 1920-1921 avec les républiques baltes et avec la Pologne (qui avaient obtenu leur indépendance après la chute du régime tsariste) qui prévoyaient, comme nous l’avons vu, que ces États ne devraient pas assumer des dettes tsaristes.

« Il en est de même de la question de savoir si et dans quelle mesure les États nouveaux issus de la Russie et actuellement reconnus, ainsi que les États ayant acquis une partie du territoire russe, devront supporter une part des obligations envisagées dans les présentes dispositions. »

L’article 3 rendait redevable le gouvernement soviétique des actes posés par le régime tsariste :

« Article 3.
Le Gouvernement Soviétique russe devra s’engager à assumer la responsabilité de tous les dommages matériels et directs, nés ou non à l’occasion de contrats et subis par les ressortissants des autres Puissances, s’ils sont dus aux actes ou à la négligence du Gouvernement Soviétique ou de ses prédécesseurs…
 »

C’était évidemment en contradiction totale avec la position de Moscou.

L’article 4 donnait presque tous les pouvoirs à des organes étrangers aux autorités soviétiques :

« Les responsabilités prévues par les articles précédents seront fixées par une Commission de la dette russe et par des Tribunaux Arbitraux Mixtes à créer. »

L’annexe 1 précisait la composition de la Commission de la dette russe et ses compétences. Le gouvernement soviétique serait clairement en minorité dans la Commission :
« Annexe I.
Commission de la dette russe.
1. Il sera constitué une Commission de la dette russe, composée de membres nommés par le Gouvernement russe, de membres nommés par les autres Puissances, et d’un Président indépendant, qui sera choisi d’accord entre les autres membres et en dehors d’eux, ou qui, à défaut d’accord, sera désigné par la Société des Nations, s’exprimant, par exemple, par son Conseil ou par la Cour de Justice Internationale.
 »

La commission aura le pouvoir d’émettre de la nouvelle dette russe pour payer les anciennes dettes tsaristes et pour indemniser les capitalistes étrangers dans les entreprises ayant été nationalisées :

« La Commission aura les attributions ci-après : a) régler la constitution et la procédure des Tribunaux Arbitraux Mixtes, qui doivent être institués conformément aux dispositions de l’Annexe II, et donner toutes instructions nécessaires en vue d’assurer l’unité de leur jurisprudence ; (…)
- délivrer les nouvelles obligations russes, en conformité avec les dispositions de l’Annexe II, aux personnes qui y ont droit en vertu des décisions des Tribunaux Arbitraux Mixtes : aux porteurs de titres d’État anciens ou autres titres ou valeurs, en échange desquels les nouvelles obligations russes doivent être remises ; aux personnes y ayant droit à titre de consolidation d’intérêts et de remboursement de capital.
 »

La commission dominée par les créanciers devait avoir des pouvoirs exorbitants allant jusqu’à déterminer quelles ressources de la Russie devraient être utilisées pour rembourser la dette :

« Déterminer, s’il y a lieu, dans l’ensemble des ressources de la Russie celles qui devront être spécialement affectées au service de la dette ; par exemple, un prélèvement sur certains impôts ou sur les redevances ou taxes frappant les entreprises en Russie. Contrôler, le cas échéant, si la Commission le juge nécessaire, la perception de tout ou partie de ces ressources affectées, et en gérer le produit. »

Pour les puissances invitantes, il s’agissait de faire accepter à la Russie soviétique une institution de tutelle bâtie sur le modèle de ce qui avait été imposé à la Tunisie, à l’Égypte, à l’Empire ottoman et à la Grèce au cours de la seconde moitié du 19e siècle |1|. Cela ressemble également fortement à ce qui a été imposé à la Grèce à partir de 2010.

L’annexe III donnait les pleins pouvoirs en ce qui concerne l’émission de la dette russe à la Commission de la dette dans laquelle les autorités soviétiques étaient marginalisées :

« Toutes les indemnités pécuniaires accordées à la suite de réclamations formulées contre le Gouvernement soviétique seront réglées par la remise de nouvelles obligations russes pour le montant fixé par les Tribunaux Arbitraux Mixtes. Les conditions dans lesquelles ces obligations seront remises, ainsi que toutes autres questions naissant de la conversion des anciens titres, et des opérations concernant les nouvelles émissions, seront déterminées par la Commission de la dette russe.
2. Les obligations produiront un intérêt, dont le taux sera fixé par la Commission de la dette russe.
 »

Alors que le gouvernement soviétique avait dit très clairement qu’il refusait de payer les dettes contractées après le 1er août 1914 pour mener la guerre, le texte de l’annexe III affirmait « en raison de la situation économique très grave dans laquelle se trouve la Russie, lesdits Gouvernements créanciers sont prêts à abaisser le montant des dettes de guerre que la Russie a contractées envers eux ».

Eric Toussaint

Prochaine partie à paraître : La contre attaque soviétique : le traité de Rapallo de 1922

Partie 1 : Russie : La répudiation des dettes au cœur des révolutions de 1905 et de 1917
Partie 2 : De la Russie tsariste à la révolution de 1917 et à la répudiation des dettes
Partie 3 : La révolution russe, la répudiation des dettes, la guerre et la paix
Partie 4 : La révolution russe, le droit des peuples à l’autodétermination et la répudiation des dettes
Partie 5 : La presse française à la solde du tsar
Partie 6 : Les titres russes ont eu une vie après la répudiation
Partie 7 : Le grand jeu diplomatique autour de la répudiation des dettes russes

Notes

|1| Pour rappel, une Commission internationale de mise sous tutelle financière pour le paiement de la dette a été imposée en 1869 à la Tunisie, en 1876 à l’Égypte, en 1881 dans l’Empire ottoman et en 1898 à Grèce.

Eric Toussaint, docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

source: http://www.cadtm.org/En-1922-nouvelle-tentative-de

dimanche 4 février 2024

Stéphane Courtois présente « Lénine, l’inventeur du totalitarisme » [Interview]

 

Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine (Simbirsk -aujourd'hui Oulianovsk-, 22 avril 1870 ; Vichnie Gorki -aujourd'hui Gorki-, 21 janvier 1924), tableau de Serov

01/10/2017 – 06h30 Paris (Breizh-Info.comUne biographie de Lénine pour les cent ans de la Révolution bolchévique de 1917. Tel est l’objet du nouvel ouvrage du plus grand spécialiste contemporain du communisme, Stéphane Courtois (« Le livre noir du communisme ») qui publie Lénine, l’inventeur du totalitarisme.

Une nouvelle contribution majeure pour l’histoire, éditée aux éditions Perrin.

Dans le livre le mythe d’un Lénine plus acceptable qu’un Staline (la mythologie communiste encore d’actualité de nos jours) vole en éclat. Ce mythe est même pulvérisé par Stéphane Courtois, qui démontre que Lénine était un aficionado de la terreur, de la dictature, de la soumission d’un peuple à l’idéologie d’une petite minorité agissante.

Nous avons interrogé son auteur sur cet ouvrage essentiel, qui fera peut être ouvrir les yeux à certains élus, alors que dans de nombreuses communes de France, des rues portent encore le nom d’un boucher du 20ème siècle, tandis qu’à l’Est, en Ukraine notamment, on déboulonne à tour de bras.

Un livre qui – comme Le livre noir du communisme – fera assurément faire des bonds à tous les nostalgiques (et ils sont nombreux à gauche) de Vladimir Illitch, car le réel fait toujours mal à la tête !

Lénine, l’inventeur du totalitarisme – Stéphane Courtois – Perrin – 25 euros

Breizh-info.com : Vous avez publié une trentaine de livres sur le communisme à ce jour. Avec Lénine , l’inventeur du totalitarisme, c’est un travail de plus réalisé sur le sujet. Le tour de la question n’a-t-il pas encore été achevé ? Où est-ce justement une forme de point final à votre oeuvre sur la question, 100 ans après la révolution d’Octobre ?

• Vous savez le travail de l’historien est de remettre l’ouvrage cent fois sur le métier. La recherche progresse tous les jours, aussi bien grâce à une nouvelle documentation que grâce à une réflexion menée depuis plusieurs décennies. En 1997, j’ai été le maitre d’œuvre du Livre noir du communisme (Robert Laffont) qui a été traduit dans 26 pays, puis en 2007 j’ai dirigé le Dictionnaire du communisme (Larousse) et en 2017, pour le centenaire des révolutions russes de Février et d’Octobre, je remonte aux sources de cette histoire et à son initiateur fondamental, Lénine.

C’est donc une étape dans mon travail depuis 1973, et une étape importante puisqu’elle revient sur le rôle décisif de Lénine dans l’invention d’un phénomène politique inédit qui a marqué tout le XXe siècle : le totalitarisme. Un phénomène qui a muté sous nos yeux il y a une trentaine d’années du communisme à l’islamisme radical.

Breizh-info.com : Avec ce livre, vous balayez définitivement le mythe du méchant Staline précédé par le gentil Lénine. En quoi Lénine a-t-il « mâché le travail » pour ceux qui prendraient sa suite ?

• Staline a été sélectionné dès 1906 par Lénine comme un de ses principaux affidés. Il a adhéré complètement aux idées de son « patron ». Il a été un homme d’action qui a mis en œuvre ces idées avant 1917. Et dès le 7 novembre 1917 il a été l’un des membres du Conseil des commissaires du peuple, il a été au contact quotidien de Lénine au Kremlin, il l’a vu adopter les positions révolutionnaires les plus radicales, inaugurer la terreur de masse comme moyen de gouvernement, en particulier avec la création de la Tcheka, la police politique qui allait devenir le KGB après 1945.

Il a tout appris entre 1917 et 1922, jusqu’au moment où Lénine a été trop malade pour diriger. C’est d’ailleurs Lénine qui l’a nommé secrétaire général du Parti communiste en 1922 ! Mais il est vrai que Staline était un caucasien et avait un tempérament particulièrement cruel. Ce qui ne l’a pas empêché d’être sans doute le plus grand homme politique du XXe siècle … mais pas le plus grand démocrate !

Breizh-info.com : Comment est-ce possible que 100 ans après, notamment à l’Ouest, l’auteur de « que faire » bénéficie encore d’une forme d’indulgence ?

• C’est un peu un mystère, surtout vingt ans après le Livre noir du communisme qui montrait toutes les responsabilités de Lénine. Mais en France, depuis 1789 et surtout depuis Robespierre et Saint Just, l’extrême gauche, les communistes, mais aussi la gauche et nombre de républicains sont toujours soumis au « charme » de la guillotine. Et ils perçoivent Lénine comme l’héritier et le continuateur de Robespierre. D’ailleurs nombre de socialistes et révolutionnaires russes le voyaient aussi comme ça…

Breizh-info.com : En quoi Lénine est-t-il l’inventeur du totalitarisme ? La Révolution française (et notamment la période de la Terreur) ne portait déjà t-elle pas cet ADN en elle ?

• Lénine connaissait parfaitement l’histoire de la Révolution française. Il en appréciait la terreur, la radicalité dans la destruction de la société de l’époque – monarchie, aristocratie, Église catholique, etc.

Mais il y a ajouté trois éléments fondamentaux qui ont fondé le totalitarisme.

Il a d’abord ajouté l’idéologie marxiste présentée comme une « science de l’histoire » ; or ce scientisme a  longtemps fasciné nombre d’intellectuels et d’activistes ; prétende connaître l’évolution historique était beaucoup plus fort que le règne de la Vertu de Robespierre. Il a ensuite ajouté le parti de révolutionnaires professionnels entièrement contrôlé par son leader charismatique, un outil politique beaucoup plus performant que le Club des Jacobins.

Il a enfin appliqué à fond le communisme en imposant, ce qui n’avait jamais été fait, la suppression de la propriété privée, un moyen radical de soumettre les populations.

Breizh-info.com : Vous expliquez vous même avoir « succombé » dans votre jeunesse au charme de l’illusion soviétique et communiste. Comment expliquez vous cette fascination, presque morbide, y compris lorsque ce qui se passait à l’Est fut révélé, que des millions de gens ont eu à l’Ouest pour ces bourreaux ?

• Il y avait bien sûr une fascination pour la révolte de 1968, pour la violence, pour la contestation générale  des règles en vigueur dans tous les domaines. Mais en réalité c’était une fascination pour la destruction pure, phénomène infantile commandé par l’hyper-narcissisme et la volonté de puissance des enfants et des adolescents. C’était aussi le résultat d’une ignorance crasse de la réalité du communisme au pouvoir, ignorance entretenue par la très puissante propagande développée par l’URSS et son relais, le Parti communiste français, mais aussi les groupes trotskistes et maoïstes en France.

Breizh-info.com : En fin de compte, si vous deviez dresser le portrait politique de Lénine, de manière succincte, que diriez vous ?

• C’était un homme qui s’est fixé une mission, la révolution, qui allait lui assurer un pouvoir absolu et lui permettre de mettre en œuvre son idéologie, au prix de millions de morts.

Breizh-info.com : Lénine, c’est aussi le triomphe d’une minorité radicale et agissante contre les masses populaires. 100 ans plus tard, cela semble toujours être le leitmotiv de l’ultra gauche notamment non ? 

• Oui bien sûr, c’est le ressort permanent des révolutionnaires antidémocrates que de prétendre combattre pour le peuple, tout en refusant par la violence que le peuple s’exprime librement par des élections sincères.

Breizh-info.com : Sur quoi allez vous travailler désormais ? Quels sont les livres que vous avez eu l’occasion de lire dernièrement et que vous conseilleriez à nos lecteurs ?

• Ce Lénine m’a demandé des années de travail. Je vais donc me reposer un peu avant de remettre l’ouvrage sur le métier. Quant au livre à conseiller, évidemment le mien.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/10/01/78533/stephane-courtois-lenine-totalitarisme-communisme/

mardi 18 juillet 2023

Sortie de Benoît XV, livre d’Yves Chiron

 

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Les éditions Perrin viennent de  publier un nouvel ouvrage d’Yves Chiron,  qui est une biographie du pape Benoît XV. Après ses livres sur Pie IX, Pix X, Pie XI et Paul VI, qui ont été traduits en plusieurs langues et qui sont devenus des références, l’historien et directeur du Dictionnaire de biographie française – spécialiste d’histoire religieuse des XIXème et XXème siècles – s’attaque donc à celui qui devînt pape en septembre 1914.

Cette biographie fait suite à celle rédigée par Marcel Launay et parue en janvier 2014.

Benoît XV, au nom prédestiné – Giacomo Della Chiesa –, devient ainsi pape à un moment crucial de l’histoire, à la veille de ce que Dominique Venner nommait le début du “grand suicide” de l’Europe.
A sa mort, en 1922, Benoît XV est salué par des éloges quasi unanimes, pour tomber ensuite dans un oubli injustifié. Pape de la Grande Guerre, il fait entendre une voix au-dessus de la mêlée. De ce conflit et en dépit des exaltations patriotiques et des ferveurs guerrières, il n’a de cesse de condamner l’« horrible boucherie qui déshonore l’Europe ».
Il tente d’arrêter ce « suicide de l’Europe civilisée » tout en déployant une action charitable en faveur des populations des deux camps. Cette impartialité fut incomprise de la plupart des gouvernements : Clemenceau le traita de « pape boche » et le général allemand Ludendorff de französisch Papst (« pape français »).
Après la guerre, Benoît XV poursuit ses grands desseins, qu’il s’agisse de l’Europe ou des Arméniens, qu’il aida tant qu’il put lors du génocide de 1915 et pour lesquels il plaida le droit à un Etat.
La biographie rigoureuse d’un pape injustement méconnu, par l’un des meilleurs spécialistes de la papauté contemporaine.

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Benoît XV – Yves Chiron – Editions Perrin – 22,90€

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Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2014/11/08/18588/sortie-benoit-xv-livre-dyves-chiron/

mardi 7 mars 2023

Autopsies hâtives

 

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Ce 5 mars n'aura pas seulement correspondu 70e anniversaire de la mort de Serge Prokoviev, mais le même jour à celui du départ vers l'enfer, où certainement il rôtit, de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Staline, - ou du moins de l'enveloppe corporelle de ce personnage démoniaque.

Rappelons ce qu'écrivaient alors en France les intellectuels de gauche, ceux qui ont façonné les esprits de générations presqu'entières d'universitaires, de technocrates, de journalistes, de professionnels des droits de l'Homme, de cinéastes et de politiciens. D'un terrible et consternant florilège publié en 2022 dans Le Figaro sous la signature de Jacques de Saint-Victor j'extrais ici quelques lignes significatives.

Certes, c'est L’Humanité du 6 mars 1953 qui donne le ton et titre une édition spéciale : "Deuil pour tous les peuples qui expriment dans le recueillement leur immense amour pour le grand Staline". Duclos, bien sûr, entend porter à jamais le "beau titre de stalinien". On ne lui refusera pas.

Certes, c'est Louis Aragon qui ose écrire le 12 mars que "La France doit à Staline son existence de nation".

Mais ils sont loin d'être seuls. L'insubmersible radical Pierre Cot, écrit dans la Pravda du 9 mars que "la mort de Staline est un immense malheur pour l’humanité." Le non moins radical-socialiste et insubmersible Edouard Herriot proposa à tous les députés de se lever pour lui rendre hommage. Le gouvernement présidé par René Mayer décidait la mise en berne des drapeaux et des pavillons dans l’armée et la marine, ce que ne refusera le commandement qu'en Indochine et en Corée. Si le Sénat sauve l'honneur, qui se refuse se plier à la génuflexion générale, la Chambre porte le deuil à l'exception d'un unique député socialiste du Limousin, Jean Le Bail auquel on doit rendre hommage comme on doit mentionner les rares et lucides protestations de Raymond Aron et de François Mauriac dans Le Figaro, de Claude Bourdet dans France-Observateur, de Jules Monnerot dans Carrefour, ou de quelques esprits libres dans Le Monde...

Globalement la France d'alors était avec Jean-Paul Sartre contre Albert Camus. Elle le restera encore plus, après la mort de Camus, et avec le triomphe des soixante-huitards.

De tout cela il semble interdit par la bien-pensance, aujourd'hui encore, de sanctionner le souvenir, et de pratiquer, à défaut d'autopsie, la plus élémentaire biopsie...

Or, en 1957, quelque temps après cette mort terrestre le regretté Angelo Tasca (1892-1960) avait consacré un livre à ce qu'il pensait pouvoir nommer "l'autopsie du stalinisme".

Ce passionnant volume, signé Amilcare Rossi, comprenait en tout : 50 pages d'introduction ; suivies des 98 pages du fameux Rapport Khrouchtchev longtemps tenu secret, bien qu'il ait été lu le 24 février 1956 devant les 1 600 délégués du XXe Congrès du parti communiste de l'Union soviétique ; ce texte était enrichi par 120 pages de notes prodigieusement utiles ; une postface de 20 pages avait été donnée par Denis de Rougemont.

Bref, cette "autopsie" prématurée était supposée enterrer le stalinisme. On croyait que le "stalinisme" n'était que la dérive personnelle erratique d'un dictateur aux agissements criminels. On voulait voir Macbeth, on ne voulait pas accuser Karl Marx. On pensait "morte la bête, mort le venin". On se trompait.

Hélas, 70 ans plus tard c'est bien une organisation revendiquant plus de 90 millions d'adhérents, ouvertement, explicitement, nommément stalinienne, le parti communiste chinois, qui règne à domicile sur la bagatelle de 1,4 milliard d'ilotes ; qui détient les plus importantes réserves financières de la planète ; et qui impose aussi d'ores et déjà son "modèle" auprès d'un bonne vingtaine de petits états satellisés ou surendettés. Sans doute les bons esprits germanopratins trouvent-ils insignifiant que les peuples de Ceylan, du Laos ou de l'Ethiopie subissent un tel joug ; que les populations tibétaines, ouïgoures, kazakhs ou mongoles soient sinisées de force ; que le christianisme soit persécuté, broyé, crucifié sous la férule du régime communiste de Pékin.

Dès les années 1980, il semblait à votre chroniqueur, – sans doute un peu trop optimiste alors quant à l'extinction du stalinisme dans le pays de ses premiers et sinistres exploits – que la Chine deviendrait le grand enjeu des défis à venir. Reconnaissant aujourd'hui mon erreur optimiste d'avant hier, quant à l'évolution de la Russie, je me crois en droit de revendiquer d'avoir eu raison en écrivant que "la restauration du capitalisme en Chine constituerait la grande affaire mondiale des années à venir."

Ce sont bien effet les conditions d'une telle restauration, contrôlées par un parti resté dictatorial, collectiviste, marxiste et stalinien, qui empoissonnent aujourd'hui le monde entier, à commencer par l'emploi dans les industries européennes.

70 ans après la mort de Staline, il est des morts qu'il faut qu'on tue.

JG Malliarakis

À lire en relation avec cette chronique

Terreur-rouge-couv-vd

Sur la continuité du stalinisme, de ses méthodes et de ses objectifs, de Mao Tsé-toung à Xi Jinping, qu'on me permette de recommander ma contribution à "La Terreur rouge". Ce livre comprend : • Terreur rouge et théorie révolutionnaire par JG Malliarakis : les bases doctrinales de la dictature de l'appareil du Parti, au nom du Prolétariat. Lénine, disciple de Karl Marx et de Engels, est l'héritier de la Terreur jacobine.
• Terreur rouge, pratique révolutionnaire par Charles Culbert : logique du système, matrice du totalitarisme au XXe siècle • Les Documents Tchernov : publiés dès 1922, il faudra hélas 50 ans pour que l'on en prenne la mesure, en 1974 avec l'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne...
••• un livre de 230 pages au prix de 20 euros ••• à commander par carte bancaire, sur le site de l'éditeur ou par chèque en téléchargeant un bon de commande.

https://www.insolent.fr/2023/03/autopsies-hatives.html

mardi 7 février 2023

L’Empereur Charles d’Autriche, un artisan de paix de Francine Bay

 

Un nouvel album dans la célèbre collection Les Petits Pâtres, pour souligner le centenaire de la mort de Charles d’Autriche.

«  C’est dans le beau château de Persenbeug, au bord du Danube que naît le petit archiduc Charles d’Autriche, le 17 août 1887…  Le 1er avril 1922 il meurt à 35 ans en disant à Dieu « Que votre volonté soit faite, Mon Jésus, quand vous voulez… ».

Dernier empereur d’Autriche et roi de Hongrie, il a été chef d’Etat et commandant suprême d’une grande armée. Mais il était avant tout un homme d’Etat qui voulait la paix pour ses peuples déchirés par la Première Guerre mondiale, une guerre qu’il n’a jamais souhaitée. Il a tout tenté pour aire cesser ce conflit, sans se décourager. Pour cela on le nomma « l’Empereur de la paix ».

Epoux de l’impératrice Zita de Habsburg, père de huit enfants, il était conscient de ses devoirs religieux de chef de famille. La prière avait une place centrale et les a aidés à traverser les nombreuses épreuves de leurs vies, jusqu’en exil sur l’île lointaine de Madère, il y a tout juste 100 ans.

Le 13 avril 2003, l’empereur Charles est déclaré vénérable, il sera béatifié à Saint-Pierre de Rome le 3 octobre 2004. Sa fête est définitivement fixée au 21 octobre, le jour de son mariage avec l’impératrice Zita.

Les illustrations fraiches et lumineuses d’Anne-Charlotte Larroque font de ce petit album un chef d’œuvre : souci du détail dans les tenues -mode de l’époque-  uniformes,  et décors des événements historiques.

Une préface de Imre et Kathleen de Habsburg-Lorraine, archiduc et archiduchesse d’Autriche introduit l’album.

On ne présente plus Francine Bay, l’auteur,  écrivain renommé pour la jeunesse : qualité de ses récits, vérité historique, pédagogie…

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE

L’Empereur Charles d’Autriche, un artisan de paix, Francine Bay, 34 pages, Téqui. ( A partir de 5/6 ans), 13.50 €

https://www.medias-presse.info/lempereur-charles-dautriche-un-artisan-de-paix-de-francine-bay/162227/

Naachtun – La cité maya oubliée

 

Pourquoi la cité de Naachtun a-t-elle survécu 200 ans après l’effondrement de la civilisation maya ? Mêlant travail de fouilles et analyses scientifiques, ce documentaire met en lumière la florissante civilisation maya à travers une expédition dans la cité oubliée de Naachtun et tente de percer ses mystères.

Pendant deux mille ans, les Maya ont construit des royaumes et développé une civilisation d’une incomparable richesse. Puis ils ont mystérieusement disparu. Leur histoire s’est perdue, recouverte d’un inextricable manteau végétal. Enfouie au plus profond de la forêt vierge, à l’extrême nord du Guatemala, Naachtun, découverte en 1922, n’avait pas été fouillée. Depuis 2011, une équipe internationale de scientifiques menée par les chercheurs du CNRS Philippe Nondédéo et Dominique Michelet – et composée d’archéologues, mais aussi d’un géographe, un archéobotaniste, un épigraphiste, un céramologue, un archéozoologue, un ethnologue – tente de comprendre pourquoi la longévité de cette cité a surpassé celle d’autres royaumes maya. Pourquoi Naachtun a-t-elle survécu près de deux cents ans à l’effondrement, au VIIIe siècle, de ses puissantes voisines ?


Road trip archéologique

Véritable road trip archéologique à travers l’Amérique centrale, le film part à la découverte des cités monumentales de Teotihuacan, Tikal, Calakmul, El Mirador ou Copán, qui ont été tour à tour les rivales et les alliées de Naachtun, en compagnie de quelques-uns des plus grands archéologues mayanistes au monde. Déchiffrant l’histoire politique de Naachtun à travers ses vestiges, notamment de multiples stèles, l’équipe s’intéresse aussi aux relations entre ses habitants et la jungle environnante. La singularité de cette approche permet non seulement de reconstituer, au plus près, la vie quotidienne des Maya au sein de la forêt, notamment leurs nombreux rituels et cérémonies liés à la nature, mais aussi d’obtenir des réponses nouvelles au fameux mystère de l’effondrement de leur civilisation. Le film dévoile également de surprenantes maquettes en 3D de Naachtun. Jamais la représentation d’une cité maya n’avait été aussi complète.

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2023/01/25/214216/naachtun-la-cite-maya-oubliee/

mercredi 15 décembre 2021

Ungern-Sternberg le “baron sanguinaire”

  

Le livre de Ferdinand Ossendowski, Bêtes, Hommes et Dieux (1) dont la traduction italienne va d’ailleurs être rééditée, connut une très large diffusion lorsqu’il parut en 1924. Ceux qui ont lu cet ouvrage ont été généralement sensibles au récit des péripéties du voyage mouvementé que fit Ossendowski en 1921-1922, à travers l’Asie centrale, pour fuir les Bolcheviks, mais aussi à ce qu’il rapporte au sujet d’un personnage d’exception qu’il rencontra, le baron von Ungern-Sternberg, sans oublier ce qui lui fut dit à propos du “Roi du Monde”. Nous désirons revenir ici sur ces deux derniers points.

En Asie même, une espèce de mythe s’était créé autour d’Ungern-Sternberg, au point qu’il aurait été adoré, dans certains temples de Mongolie, comme une manifestation du dieu de la guerre. Il existe aussi une biographie romancée d’Ungern, parue en allemand sous le titre Ich befehle (Je commande) (2), tandis que des données intéressantes sur sa personnalité, fournies par le chef de l’artillerie de la Division d’Ungern, ont été publiées par la revue française Études Traditionnelles. Nous-même eûmes l’occasion d’entendre parler directement de Sternberg par son frère, qui devait être victime d’un destin tragique : ayant échappé aux Bolcheviks et regagné l’Europe via l’Asie après toutes sortes de vicissitudes romanesques, lui et sa femme furent tués par un concierge pris de folie lorsque Vienne fut occupée en 1945.

Ungern-Sternberg appartenait à une vieille famille balte d’origine viking. Officier russe, il commandait en Asie, au moment où éclata la révolution bolchevique, plusieurs régiments de Cavalerie, qui peu à peu finirent par devenir une véritable armée. Ungern s’entendit avec celle-ci pour combattre la subversion rouge jusqu’à l’ultime possibilité. Il opérait à partir du Tibet ; et ce fut lui qui libéra le Tibet des Chinois, lesquels en avaient, à l’époque déjà, occupé une partie. Il noua aussi d’étroites relations avec le Dalaï-lama, après l’avoir libéré.

Les choses prirent une ampleur telle qu ’elles finirent par préoccuper sérieusement les Bolcheviks qui, régulièrement vaincus, furent obligés d’organiser une campagne de grande envergure, sous le commandement du “Napoléon rouge”, le général Blücher. Après des hauts et des bas, Ungern fut vaincu, sa défaite ayant été favorisée par la trahison de plusieurs régiments tchécoslovaques. Il existe plusieurs versions contradictoires de la mort d’Ungern, mais on ne sait rien de précis. Quoi qu’il en soit, on prétend qu’il eut très exactement connaissance, par anticipation, de sa propre mort, ainsi que de certaines circonstances particulières : il aurait par exemple deviné qu’il allait être blessé durant l’assaut contre Ourga.

Deux aspects de Sternberg nous intéressent ici. Le premier concerne sa personnalité même, qui présente un mélange de traits singuliers. Homme d’un prestige exceptionnel et d’un courage sans bornes, il était aussi d’une cruauté impitoyable, inexorable envers les Bolcheviks, ses ennemis mortels. D’où le surnom qui lui fut donné : le “baron sanguinaire”.

On veut qu’une grande passion ait “brûlé” en lui tout élément humain, ne laissant subsister en sa personne qu’une force insouciante de la vie et de la mort. On trouve en même temps chez Ungern des traits quasi mystiques. Avant même de se rendre en Asie, il professait le bouddhisme (lequel ne se ramène pas du tout à une doctrine morale humanitaire), et les relations qu’il eut avec les représentants de la tradition tibétaine ne se bornaient pas au domaine extérieur, politique et militaire, dans le cadre des événements mentionnés ci-dessus. Ungern possédait certaines facultés supranormales : des témoins ont parlé d’une espèce de clairvoyance qui lui permettait de lire dans l’âme d’autrui, selon une perception aussi exacte que celle des choses physiques.

Le second point concerne l’idéal défendu par Ungern. Le combat contre le bolchevisme aurait dû être le signal d’une action bien plus vaste. Selon Ungern, le bolchevisme n’était pas un phénomène autonome, mais la dernière et inévitable conséquence des processus involutifs qui se sont vérifiés depuis longtemps au sein de la civilisation occidentale tout entière. Comme autrefois Metternich, il apercevait à juste titre une continuité entre les différentes phases et formes de la subversion mondiale, à partir de la Révolution française. Or, d’après Ungern, la réaction eût dû partir de l’Orient, d’un Orient fidèle à ses traditions spirituelles et uni, contre le danger menaçant, à tous ceux qui eussent été capables d’une révolte contre le monde moderne. La première tâche aurait dû consister à anéantir le bolchevisme et à libérer la Russie.

Il est d’ailleurs intéressant de savoir que, selon plusieurs sources dans une certaine mesure dignes de foi, Ungern, devenu le libérateur et le protecteur du Tibet, aurait eu alors, en vue de ce plan, des contacts secrets avec des représentants des principales forces traditionnelles, non seulement de l’Inde mais du Japon et de l’Islam. Il s’agissait de réaliser peu à peu la solidarité défensive et offensive d’un monde non encore entamé par le matérialisme et la subversion.

Venons-en maintenant au deuxième problème, celui du “Roi du Monde”. Ossendowski affirme que les lamas et des chefs de l’Asie centrale eurent l’occasion de parler de l’existence d’un mystérieux centre inspirateur appelé Agarttha et résidence du “Roi du Monde”. Ce centre serait souterrain et pourrait communiquer, au moyen de “canaux” situés sous les continents et même dans les océans, avec toutes les régions de la Terre. Sous la forme où Ossendowski en parle, ces informations présentent un caractère fantaisiste. Il faut inscrire au mérite de René Guénon d’avoir mis en relief , dans son livre Le Roi du Monde, le véritable contenu de ces récits, non sans relever ce détail significatif : il est question du même centre mystérieux dans l’ouvrage posthume de Saint-Yves d’Alveydre intitulé La mission des Indes paru en 1910, et cet ouvrage n’était certainement pas connu d’Ossendowski.

Ce qu’il faut avant tout bien comprendre, c’est que l’idée d’un centre souterrain (difficile à concevoir , ne serait-ce qu’à cause de la question du logement et de l’approvisionnement, dès lors qu’il n’est pas habité par de purs esprits) doit être plutôt traduite par l’idée d’un “centre invisible”. Quant au “Roi du Monde” qui y résiderait, cela renvoie à la conception générale d’un gouvernement ou d’un contrôle invisible du monde ou de l’histoire ; la référence fantaisiste aux “canaux souterrains” qui permettent à ce centre de communiquer avec plusieurs pays, doit être pareillement dématérialisée : il est en fait question d’influences, exercées pour ainsi dire dans les coulisses, par ce centre.

Cependant, même si l’on entend tout cela sous cette forme plus concrète, de graves problèmes n’en surgissent pas moins, pour peu qu’on s’en tienne aux faits. Il est certain que le spectacle offert de manière de plus en plus précise par notre planète ne conforte guère l’idée de l’existence de ce “Roi du Monde” et de ses influences, étant admis que celles-ci devraient être positives et rectificatrices.

Les lamas auraient dit à Ossendowski : « Le Roi du Monde apparaîtra devant tous les hommes lorsque pour lui le moment sera venu de guider tous les bons dans la guerre contre les méchants. Mais ce temps n’est pas encore venu. Les êtres les plus méchants de l’humanité ne sont pas encore nés ». Or, il s’agit là de la reprise d’un thème traditionnel qui fut aussi connu en Occident jusqu’au Moyen Âge.

Ce qui est véritablement intéressant, c’est que cet ordre d’idées a été présenté à Ossendowski au Tibet, par des lamas et par des chefs de ces régions, et comme dérivant d’un enseignement ésotérique. Et la façon plutôt grossière dont Ossendowski rapporte ce qui lui fut dit, greffant cela sur le récit de ses pérégrinations, permet précisément de penser qu’il ne s’agit pas, de sa part, d’une forgerie personnelle.

Julius Evola, L’Âge d’or n°11, 1995. [Traduit de l’italien par Philippe Baillet]

* Cet article a paru pour la première fois dans le quotidien Roma , le 9 février 1973, avant d’être repris dans le recueil Ultimi scritti, Controcorrente, Naples, 1977 [NDT].

1. Trad. fr. : Plon, Paris, 1924, Réédition en 1969, dans la collection “J’ai lu” [NDT].

2. Édition originale : Berndt Krauthof, Ich befehle, Tauchnitz Verlag, Brême, 1938 ; 2 éd. : Leipzig, 1942. Pour plus de précisions, cf. la biographie de Jean Mabire, Ungern, le baron fou, Balland, Paris, 1973 ; 2 éd. revue et augmentée d’une préface sous le titre Ungern, le dieu de la guerre, Art et Histoire d’Europe, Paris, 1987 [NDT].

Du même auteur : « Le baron Ungern vénéré dans les temples mongols » (La Stampa, 15.III.1943).

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/62

lundi 1 novembre 2021

Traité de Rapallo (1922)

 16 avril 1922 : Traité de Rapallo : l’Allemagne vaincue en 1918 et l’URSS, sortant de la guerre civile qui avait opposé Blancs et Rouges, concluent un accord bilatéral, sous la houlette de leurs ministres respectifs, Walther Rathenau et Georges Tchitchérine. L’URSS renonce à réclamer des réparations de guerre à l’Allemagne, qui, en échange, promet de vendre des biens et produits d’investissement infrastructurel à la Russie rouge. La conférence de Gênes avait été suggérée par la Grande-Bretagne, pour régler l’ordre d’après-guerre, après que l’URSS ait refusé de payer les dettes de l’Empire des Tsars.

Les Britanniques suggéraient une reconnaissance de l’URSS, l’établissement de relations diplomatiques normales et, surtout, visaient à récupérer des intérêts dans les pétroles de Bakou. Le financement par les Britanniques de la contre-révolution blanche avait pour objectif principal d’éloigner le pouvoir rouge, centré autour de Moscou et de Petersbourg, des champs pétrolifères caucasiens : les artisans de cette manœuvre étaient Churchill et le magnat Deterding, de la Shell. L’échec des armées blanches et la reconquête soviétique du Caucase obligèrent les Britanniques à changer de stratégie et à accepter d’intervenir dans le fameux « NEP » (Nouveau Programme Économique), lancé par Lénine. Au même moment, les Américains commencèrent à s’intéresser, eux aussi, au pétrole du Caucase, espérant profiter des déconvenues britanniques, suite à la défaite des armées blanches. Avant le coup de Rapallo, imprévu, un conflit frontal entre la Grande-Bretagne et les États-Unis se dessinait à l’horizon, ayant pour objet la maîtrise planétaire du pétrole. Il se poursuivit néanmoins, par personnes interposées, notamment en Amérique ibérique, mais le bloc informel germano-russe constituait désormais le danger principal, interdisant toute confrontation directe entre Londres et Washington.

Rathenau n’avait nulle envie, au départ, de lier le sort de l’Allemagne à celui de la jeune URSS. Mais le poids colossal des réparations, exigées par les Français et les Britanniques, était tel qu’il n’avait pas d’autres solutions. En 1921, Londres avait imposé une taxe prohibitive de 26% sur toutes les importations allemandes, contrecarrant de cette façon toute possibilité de rembourser les dettes imposées à Versailles dans des conditions acceptables. L’Allemagne avait besoin d’une bouffée d’air, d’obtenir des matières premières sans avoir à les acheter en devises occidentales, de relancer son industrie. En échange de ces matières premières, elle participerait à la consolidation industrielle de l’URSS en lui fournissant des biens de haute technologie. L’ « Ultimatum de Londres » de 1921 avait exigé le paiement de 132 milliards de marks-or, somme que John Maynard Keynes jugeait disproportionnée, si bien qu’elle entraînerait à terme un nouveau conflit. Pire : si l’Allemagne n’acceptait pas ce diktat, finalement plus draconien que celui de Versailles, elle encourait le risque de voir la région de la Ruhr, son cœur industriel, occupée par les troupes alliées. L’objectif était de pérenniser la faiblesse de l’Allemagne, de juguler tout envol de son industrie, de provoquer un exode de sa population (vers les États-Unis ou les possessions britanniques) ou une mortalité infantile sans précédent (comme lors du blocus des côtes allemandes dans l’immédiat après-guerre).

Avec le Traité de Rapallo, les Britanniques et les Français voyaient se dessiner un spectre à l’horizon : la relance de l’industrie allemande, le paiement rapide de la dette donc l’échec du projet d’affaiblissement définitif du Reich, et le développement tout aussi rapide des infrastructures industrielles soviétiques, notamment celles de l’exploitation des champs pétrolifères de Bakou, qui serait dès lors aux mains des Russes eux-mêmes et non pas de « patrons » anglais ou américains. Sur tout le territoire allemand, prévoyaient les accords bilatéraux de Rapallo, un réseau de distribution d’essence, dénommé DEROP (Deutsch-Russische Petroleumgesellschaft), permettant à l’Allemagne de se soustraire à toute dépendance pétrolière à l’égard des puissances anglo-saxonnes. Le 22 juin 1922, un peu plus de deux mois après la conclusion des accords de Rapallo, Rathenau fut assassiné à Berlin par un commando soi-disant nationaliste et monarchiste, relevant d’une mystérieuse « Organisation C ». À la fin de l’année, le 26 décembre 1922, Poincaré, lié aux intérêts anglais, trouve un prétexte — l’Allemagne n’a pas livré suffisamment de bois pour placer des poteaux télégraphiques en France — pour envahir la Ruhr. Les troupes françaises entrent dans la région dès le 11 janvier 1923. Les Anglais s’abstiennent de toute occupation, faisant porter le chapeau à leurs alliés français, sur qui retombe tout l’opprobre dû aux 150.000 déportés et expulsés, aux 400 ouvriers tués et aux 2.000 civils blessés, sans omettre dans cette sinistre comptabilité l’exécution du Lieutenant Léo Schlageter.

L’assassinat de Rathenau n’est pas un fait historique isolé. Les organisations terroristes, chargées d’exécuter les planificateurs politiques de stratégies industrielles jugées inacceptables pour Londres ou Washington, n’ont pas toujours eu une couleur monarchiste et/ou nationaliste, comme dans le cas de Walther Rathenau. Les services anglo-saxons ont aussi, pour exécuter leurs basses besognes, des pantins d’extrême gauche, notamment ceux de la RAF ou Bande à Baader. Ainsi, Jürgen Ponto, Président de la Dresdner Bank, qui avait planifié, avec les Sud-Africains, le retour de l’étalon-or pour pallier aux fluctuations du dollar et du prix du pétrole, fut assassiné le 31 juillet 1977 par des tueurs se réclamant de la Bande Baader-Meinhof. Quelques semaines plus tard, ce fut au tour du « patron des patrons », Hanns-Martin Schleyer. Mais ce n’est pas tout. Le 29 novembre 1989, la voiture blindée d’Alfred Herrhausen, directeur de la Deutsche Bank, explose. Herrhausen avait été le conseiller économique du Chancelier Kohl, à l’époque de la dislocation de l’empire soviétique et des manifestations populaires en Allemagne de l’Est réclamant la réunification allemande. L’Allemagne projetait d’investir dans les nouveaux Länder de l’ancienne RDA, dans les pays de l’ex-Comecon et en Russie. Les milieux financiers anglais et américains craignaient que cette masse de capitaux, destinés au développement de l’Europe centrale et orientale n’alimentât plus les investissements européens et allemands aux États-Unis, ne permettant plus, par conséquent, de maintenir le système américano-centré à flot. La presse anglaise venait de faire campagne, via notamment le Sunday Telegraph, contre l’émergence d’un « Quatrième Reich ». Malgré l’assassinat de Herrhausen, le Chancelier Kohl annonça publiquement, quelques semaines plus tard, que son gouvernement envisageait le développement des grands moyens de communication en Europe, notamment la création d’un chemin de fer Paris-Hanovre-Berlin-Varsovie-Moscou.

La mort tragique de Herrhausen fut le premier acte d’une contre-stratégie anglo-saxonne : pour ébranler cet axe Paris-Berlin-Moscou en gestation, il fallait frapper à deux endroits, dans les Balkans, où commence alors le processus de dislocation de la Yougoslavie, et en Irak, site des principaux champs pétrolifères de la planète. De Rapallo aux guerres contre l’Irak et de celle-ci à la proclamation unilatérale de l’indépendance du Kosovo, il existe un fil conducteur bien visible pour ceux qui n’ont pas la naïveté de prendre pour argent comptant les vérités de propagande diffusées par les grands médias internationaux et les discours larmoyants sur les droits de l’homme bafoués que glapissaient les Lévy, Glucksmann et autres Finkelkraut (Robert Steuckers).

• Source (à lire et à relire !) : William ENGDAHL, Pétrole : une guerre d’un siècle – L’ordre mondial anglo-américain, éd. Godefroy, 2007.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/47

vendredi 2 avril 2021

Le 10 septembre 1919, le traité de Saint-Germain-en-Laye actait la fin de l’empire Habsbourg

 

Ce 10 septembre 1919, à Saint-Germain-en-Laye, les vainqueurs de la guerre, actaient les frontières actuelle de l’Autriche. L’ancien empire n’était plus.

La fin du fragile équilibre Habsbourg
Pendant des siècles, les Habsbourg avaient maintenu l’unité d’une mosaïque de peuples (Allemands, Croates, Slovènes, Tchèques, Slovaques, Hongrois, Roumains, Polonais, Bosniaques, Serbes, Italiens) réunis dans l’empire par une destinée commune. Le gouvernement de François-Joseph, entre 1848 et 1916, avait répondu avec adresse au réveil des nationalités, supportant mal la tutelle germanique, conservant le fragile équilibre de la région.

Durant l’automne 1918, l’empire, affaibli par les désastres militaires et économiques, explosa. Les nationalités étaient demeurées loyales durant la guerre. La décadence de la structure était maintenant trop prononcée. L’explosion austro-hongroise ne fut pas, cependant, uniquement un réveil des peuples. Le socialisme, inspiré par la Russie et les grèves en Allemagne, chassait les Habsbourg de Vienne, tandis que les leaders nationaux créaient de toutes pièces des États pour des minorités au détriments d’autres. Le traité de Saint-Germain avec l’Autriche, en 1919, puis le traité de Trianon en 1920 avec la Hongrie allaient valider ces naissances.

Il est vrai que l’Autriche payait l’exemple qu’elle avait donné avec l’Allemagne en mars 1918, lors de la signature du traité de Brest-Litovsk avec la Russie communiste, en s’appuyant sur les sentiments nationaux pour créer de nouveaux États. (Ainsi étaient nés Pays Baltes, Ukraine, Pologne et Finlande.)

Concrètement, l’Autriche cédait à l’Italie le Trentin et le Tyrol au versant sud des Alpes. Elle abandonnait à la Serbie les actuelles Croatie, Slovénie et Bosnie. Les Sudètes, la Bohème, la Moravie, la Slovaquie et un morceau de Silésie formaient Tchécoslovaquie. La Galicie, administrée par les forces alliées, deviendrait polonaise en 1923. La Bukovine passait à la Roumanie. L’Autriche obtenait ses frontières actuelles.

Des bouleversements annonciateurs de guerres à venir
Mais le traité ne réglait rien. La république d’Autriche, dès novembre 1918, consciente de son effondrement, avait envisagé un rattachement à l’Allemagne. Des plébiscites illégaux, organisés au Tyrol, avaient donné 99/100 d’avis favorable. Les alliés, dans le traité, interdirent cet Anschluss. Restait à viabiliser l’Autriche. En 1922, le chancelier Mgr Ignace Seipel, s’y attelait, avec le soutien de la SDN. Les autres États étaient composites. Les minorités intégrées de mauvais gré étaient des ferments de séparatisme. Dès décembre 1918, les Sudètes avaient demandé le rattachement à l’Allemagne, refusé par le gouvernement tchécoslovaque de Mazaryk installé depuis fin octobre 1918. Les Polonais étaient insatisfaits et rêvaient une grande Pologne, identique à ce qu’elle avait été avant sa disparition fin XVIIIe siècle.

Entre Italiens et Yougoslaves, les minorités nationales étaient sources de revendications.

La légèreté avec laquelle les vainqueurs s’étaient débarrassés des Habsbourg, malgré un soutien discret du gouvernement Briand aux tentatives avortées de restauration en Hongrie au début des années 1920 ; et la manière dont certains peuples avaient fondé leur résurrection nationale sur le dos d’autres minorités, allaient durablement déstabiliser l’Europe centrale et rendre les cœurs disponibles aux sirènes du nationalisme guerrier dans les années 1930.

Bibliographie pour aller plus loin :

Duroselle Jean-Baptiste, Histoire diplomatique de 1919 à nos jours, Dalloz, 1985

Mitterrand Frédéric, Mémoires d’exil, collection Tempus, Perrin, 2016

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2019/09/10/le-10-septembre-1919-le-traite-de-saint-germain-en-laye-actait-la-fin-de-lempire-habsbourg/