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dimanche 21 juillet 2024

Un nouveau morceau de l’Histoire de la guerre des Gaules découvert ?

 Capture d'écran Inrap

Capture d'écran Inrap
Macabre charnier pour certains, filon archéologique pour d'autres. Dans tous les cas, c’est une incroyable découverte qui ne laisse pas de marbre et qui a eu lieu en 2024, non loin de la commune de Villedieu-sur-Indre (Indre). En effet, sur le site de fouilles dit de Mézières, les équipes de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) fouillent méticuleusement chaque centimètre carré de terre afin d’en savoir plus sur notre Histoire, mais aussi pour répondre à une question : des chevaux gaulois ont-ils été sacrifiés à Villedieu-sur-Indre ?

Des fouilles méticuleuses

À la demande de l’État et de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Centre-Val de Loire, l’INRAP a été chargé d’effectuer des recherches archéologiques sur le territoire de cette commune de la Champagne berrichonne, et cela avant que ne soit construite une nouvelle route. Lors des fouilles, des premiers restes de bâtiments, de fossés et de routes médiévales, datant des Ve et VIe siècles, ont été retrouvés. Cependant, le plus intéressant restait à venir. En continuant de chercher et creuser, les scientifiques sont tombés sur neufs fosses datées par le radiocarbone de la fin de la période gauloise au début de l’Antiquité romaine en France, soit entre 100 avant et 100 après Jésus-Christ. Dans ces fosses, de nombreux chevaux reposaient ainsi là, dans le sol, depuis 2.000 ans.

Les dépouilles retrouvées pour l’instant sont toutes, sans exception, couchées sur le flanc droit avec la tête en direction du sud. Les corps ont été aussi disposés sur deux rangées et sur deux niveaux et enfouis rapidement après leur mort, selon les experts. Selon Séverine Braguier, archéozoologue, « on est sur des individus qui ont au moins quatre ans […] Il s’agit de mâles […] de chevaux de petites tailles, entre 1,15 m et 1,20 m ». D’autres animaux dans d’autres fosses ont aussi été retrouvés, comme par exemple des chiens, mais à la différence des chevaux, couchés sur le flanc gauche et la tête en direction de l’ouest.

Sacrifice, épidémie ou bataille ?

Ces découvertes amènent alors plus de questions que de réponses aux archéologues. La disposition précise de tous ces corps montre un certain respect et un soin apportés par les Gaulois lors de l’enterrement de ces restes. Ces inhumations sont-elles alors les dernières traces d’un rituel, d’un sacrifice ou bien d’une épidémie, voire d’une bataille ? Pour l’instant, les scientifiques doivent encore déterminer si la mort de ces animaux est accidentelle ou volontaire. Cependant, les historiens peuvent s’appuyer sur les connaissances apportées par une ancienne découverte archéologique faite en 2002 dont la similarité troublante pourrait apporter un élément de réponse. Ainsi, en Auvergne, sur plusieurs sites de la plaine où a eu lieu la bataille de Gergovie - Gondole et L’Enfer, pour ne pas les nommer - furent retrouvés pas moins de 53 chevaux, eux aussi enfouis dans de nombreuses fosses et dans la même position que ceux de Villedieu-sur-Indre. Comme à Villedieu, il n’y a point de mobiliers ou d’autres ornements funéraires, mais ces charniers sont tous situés à quelques centaines de mètres d’un oppidum. Ce mot désigne des ensembles de fortifications celtiques construites sur des hauteurs. Ainsi la corrélation de ces informations rend « séduisant le lien entre l’enfouissement de ces chevaux et les batailles de la guerre des Gaules ». C’est ainsi un combat oublié qui aurait eu lieu à Villedieu-sur-Indre entre nos ancêtres les Gaulois et les envahisseurs romains qui pourrait être découvert. Néanmoins, les thèses d’un sacrifice afin d’obtenir les faveurs des dieux ou en hommage à des guerriers tombés au combat ne sont pas écartées non plus. En fin de compte, pour l’INRAP, dans l’attente de trouver des réponses définitives aux énigmes qu’apportent les découvertes de Villedieu-sur-Indre, ces dernières « complètent aujourd’hui celles réalisées voici deux décennies en Auvergne et amènent à reconsidérer les pratiques religieuses ou funéraires de la fin de l’âge du fer et du début de l’époque romaine ».

Eric de Mascureau

jeudi 9 mai 2024

Une sépulture gauloise de 2300 ans mise au jour dans la Marne (art de 2015)

 

Une partie de l’histoire locale a refait surface, il y a peu de temps du côté de Gizaucourt. En se promenant dans les champs autour de la commune, un homme aperçoit des os. Interpellé par cette découverte pour le moins surprenante, il contacte la gendarmerie qui se rend sur place. Une procédure habituelle dès lors que des restes sont découverts. Il en avait été de même lorsque les squelettes de cinq soldats allemands datant de la Première Guerre mondiale avaient été mis au jour près du site de La Main de Massiges en août 2014.
« Des gendarmes ont constaté la présence d’os humains dans une fosse, raconte Yves Desfossés, conservateur régional de l’archéologie. Ils m’ont téléphoné pour que je vienne voir sur place. Il voulait savoir si ces ossements avaient moins de trente ans. » Le spécialiste les a rassurés immédiatement. « Ces ossements datent de la période gauloise, affirme Yves Desfossés. Ils remontent à trois cents ans avant Jésus Christ. » Une datation rendue possible grâce aux vases qui se trouvaient à côté des ossements.

L’Union

https://www.fdesouche.com/2015/09/13/une-sepulture-gauloise-de-2300-ans-mise-au-jour-dans-la-marne/

jeudi 21 mars 2024

Site d’Alésia : admettons la vérité !

 

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Vercingétorix, un film de Jacques Dorfmann.

FIGAROVOX/HISTOIRE – Le site de la bataille d’Alésia n’est pas en Bourgogne, mais dans le Jura, plaide cette semaine notre chroniqueur Franck Ferrand.
[…] L’ouvrage collectif que je viens de préfacer, aux éditions Pygmalion, sous la direction de Danielle Porte, est de ceux qu’on a longtemps attendus, et qu’on déguste ligne à ligne, empli de gratitude envers les auteurs. Enfin, voici répertoriés tous les travers, tous les défauts, toutes les tares de l’Alésia officielle, sise en Bourgogne, en Côte-d’Or, sur la commune d’Alise-Sainte-Reine.
Depuis un siècle et demi – depuis que Napoléon III, par la grâce d’un décret impérial, a décidé que l’on situerait la victoire de Rome sur les Gaules en Bourgogne, dans le pays des anciens Eduens – de nombreux savants, dont certains de grand poids, se sont manifestés pour dénoncer au mieux une erreur, au pire une supercherie. Leurs arguments sont de trois ordres:
– d’abord, ils font remarquer que le site bourguignon du Mont Auxois ne correspond en rien – en rien! – à la description détaillée qu’en donna Jules César, au Livre VII de sa Guerre des Gaules ;
– ensuite, ils soulignent les incohérences et les invraisemblances de ce site, trop petit, trop bas, trop ouvert, trop mal doté en eaux vives notamment ;
– enfin, ils rappellent que la conformation des lieux ne permet ni de situer, ni de comprendre les différentes étapes de l’affrontement censé s’y être livré, en 52 avant JC.
Qu’importe aux pontes de l’archéologie nationale ; il y a longtemps qu’ils ont fait fi de toutes ces critiques.
Depuis cinquante ans – depuis qu’un certain André Berthier a découvert, en plein Jura, dans le pays des anciens Séquanes, un site qui, lui, correspond en détail, trait pour trait, à la description fournie par César – les critiques à l’encontre du site bourguignon se sont faites plus pressantes.
Qu’à cela ne tienne: le mépris et la morgue des prétendus détenteurs du savoir n’ont fait que croître en proportion. […]

Lire la suite sur Le Figaro

https://www.fdesouche.com/2014/05/19/site-dalesia-admettons-la-verite/

jeudi 15 février 2024

La fin de la présence musulmane en Gaule (732-759)

 Contrairement à une idée reçue, la victoire de Charles Martel à Poitiers (732) ne met pas fin aux raids musulmans dans le Sud de la Gaule. La voie de l’Aquitaine n’est cependant plus empruntée par les musulmans qui préfèrent désormais remonter la vallée du Rhône. Dès 734, les musulmans se lancent dans de nouvelles razzias à partir de Narbonne.

Un accord passé entre un dignitaire chrétien, le patrice Mauronte, duc de Provence, et le gouverneur de Narbonne Yûsuf ibn Abd al-Rahmân al-Fihrî, prévoit l’occupation d’un certain nombre de sites fortifiés sur la rive gauche du Rhône pour protéger la Provence des entreprises de Charles Martel.

I. L’expédition musulmane et la contre-offensive carolingienne (734-737)

Dans certaines sources comme la Chronique de Frédégaire, le patrice Mauronte est présenté comme un traître : « de nouveau se rebelle la puissante nation des Ismaëlites, que l’on nomme maintenant, selon un terme corrompu, Sarrasins. Ils font irruption depuis le Rhône, et tandis que trahissent des hommes infidèles, par ruse et fourberie, notamment Mauronte et ses alliés, les Sarrasins rassemblent des forces armées, entrent à Avignon, ville bien fortifiée sur une colline. Les habitants se rebellent et la région est dévastée ». Les musulmans, après avoir pénétré Arles, entrent effectivement dans Avignon avant de se diriger vers le Nord pour installer de petites garnisons jusqu’à Lyon, cité occupée par les musulmans depuis 726, afin de probablement préparer une nouvelle invasion.

Face à cette menace, dès 737, Charles Martel réplique en formant une armée qu’il confie à son frère Childebrand pour mettre fin à la présence musulmane dans ces régions. Arrivé près de Lyon, la garnison musulmane se retire de la ville sans combattre pour se replier sur Avignon. Descendant la vallée du Rhône, Childebrand met le siège devant Avignon. Rapidement, Charles Martel rejoint son frère avec de nouvelles troupes. Selon la Chronique de Frédégaire, la bataille est très violente : « Comme à Jéricho, au milieu du fracas des armées et au son des trompettes, avec des machines de guerre et des échelles de corde, [les Francs] se précipitent sur les murailles et les remparts de la cité, entrent dans cette ville bien fortifiée, l’incendient, capturent leurs dangereux ennemis, les tuent, les massacrent, les mettent en déroute et, sans coup férir, rétablissent leur pouvoir ». La répression violente de Charles Martel est une vengeance à l’égard de la ville qui s’est rendue aux musulmans sans combattre quelques années plus tôt.

II. Les opérations en Narbonnaise et la bataille de la Berre (737)

Charles Martel entend profiter de son avantage pour chasser les musulmans de Narbonnaise. Après avoir repris Nîmes, Agde, Maguelone et Béziers, il parvient à Narbonne et met le siège devant la ville en 737. L’émir de Cordoue Uqba ibn al-Hadjdjâdj al-Salûlî envoie alors des renforts pour secourir les assiégés. Charles abandonne le siège de la ville pour se porter à leur rencontre.

La bataille aurait eu lieu un dimanche, non loin de l’étang de la Berre. Les Francs choisissent d’emprunter, à l’Ouest du massif, un chemin serpentant à travers les collines pour échapper au regard des musulmans puis atteignent le village de Portel. A partir de là, ils longent la Berre puis traversent la rivière à gué à Villefalse. Charles est maintenant au contact de l’ennemi pris par surprise et rapidement mis en déroute dans un combat sanglant. D’après la Chronique de Frédégaire, « les Sarrasins, vaincus et abattus, virent leur roi tué, furent mis en fuite et battirent en retraite. Les rescapés cherchent à s’échapper en embarquant sur des bateaux, en nageant dans la lagune ; chacun luttant en fait pour soi-même, ils se précipitent ainsi les uns sur les autres. Bientôt les Francs, avec des bateaux et armes de jet, se précipitent sur eux et les tuent en les noyant. »

La bataille de la Berre (que l’on rencontre parfois aussi dans les livres sous le nom de « bataille de Sigean »), est beaucoup moins connue que Poitiers mais au moins aussi importante stratégiquement. D’ailleurs, près d’un siècle plus tard, Eginhard (biographe de Charlemagne) mettra sur le même plan ces deux victoires franques. A la suite de la bataille, le pape se détourne d’Eudes, duc d’Aquitaine battu à Bordeaux, pour conclure une alliance avec Charles Martel et les Carolingiens. Cette alliance constitue une étape qui va permettre au fils de Charles, Pépin le Bref, de se faire couronner roi des Francs en 751.

III. La prise de Narbonne (752 ou 759)

Il ne reste plus aux musulmans que Narbonne, que Charles échoue à reprendre en 737 malgré sa victoire à Sigean. Le maire du palais décède quatre ans plus tard, et la prise de la ville est l’affaire de Pépin le Bref, premier roi carolingien. La date de la prise de Narbonne n’est pas certaine, les sources arabes la fixe à 752 tout comme les Annales de Metz (mais les Annales de Metz indiquent aussi que la ville fut reprise sous Abd al-Rahman Ier, or celui n’a accédé au pouvoir qu’en 756). La Chronique de Moissac place l’événement en 759, date communément admise.

Selon les Annales de Metz la ville aurait été prise suite à trois assauts successifs tandis que la Chronique de Moissac insiste sur la complicité de la population indigène qui se serait soulevée contre les occupants et aurait ouvert les portes de la cité aux Francs. Il semble bien en effet qu’à partir de 750 la présence musulmane dans la région se vit remise en cause par les Narbonnais pour une raison restée inconnue : persécutions religieuses ? Accroissement de la fiscalité ? L’émir Abd al-Rahmân aurait envoyé, là encore, une armée de secours sous la direction d’un certain Sulaymân mais elle aurait été écrasée avant d’avoir pu rejoindre la ville.

Les musulmans ont désormais été repoussés au-delà des Pyrénées et les difficultés intérieures en al-Andalus ne permettent pas de mener d’autres grandes expéditions en Gaule. Aucun combat n’opposa par la suite les musulmans et les Francs sous le règne de Pépin. Quelques musulmans subsistent peut-être isolés ici et là mais plus aucune place forte n’est alors en leur possession. Il faut attendre la fin du IXe siècle pour voir des corsaires musulmans au service de l’émirat de Cordoue s’établir en Francie occidentalis, à la Garde-Freinet, pour mener des raids aussi bien terrestres que maritimes.

Sources :
SÉNAC, Philippe. Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe au XIe siècle. Le sycomore, 1980.
SÉNAC, Philippe. Les Carolingiens et al-Andalus (VIIIe-IXe siècles). Maisonneuve et Larose, 2002.

https://www.fdesouche.com/2011/03/20/desouche-histoire-la-fin-de-la-presence-musulmane-en-gaule-732-759/

mardi 18 juillet 2023

Nos ancêtres les Gallo-Romains : une nécropole découverte en plein Paris

 

Si Paris n’est pas la première ville révolutionnaire de l’Antiquité, comme l'a affirmé récemment Jean-Luc Mélenchon, elle reste néanmoins l’une des plus grandes métropoles de l’ancienne Gaule romanisée dont les vestiges nous racontent, encore aujourd’hui, la longue histoire. Alors que des ouvriers creusaient près de la station Port-Royal en raison de travaux d’aménagement du RER B, un élément de notre antique passé a surgi du sol où il demeurait caché depuis plus de dix-huit siècles. Cette mine d’or archéologique était insoupçonnée par les historiens pensant que la majorité des sites de fouilles de la capitale avaient été découverts lors des grands travaux haussmanniens du XIXe siècle. C’est aujourd’hui une véritable nécropole datant du IIe siècle après J.-C. qui fait face aux yeux des vivants et nous livre ses secrets.

Les fouilles, dirigées depuis le début du mois d’avril 2023, par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de l’Île-de-France et par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), ont permis la découverte de nombreuses tombes éparpillées sur 200 m² et situées en dehors de l’enceinte de l’ancienne cité de Lutèce. En effet, selon la tradition romaine, le monde des morts ne devait pas côtoyer le monde des vivants. L’actuel site de fouilles n’est alors qu’une simple parcelle de la nécropole dite « nécropole sud » qui s’étend le long du cardo maximus (l’actuelle rue Saint-Jacques) et sur plus de quatre hectares.

Les recherches effectuées vont permettre aux scientifiques d’en apprendre plus sur l’art funéraire sous l’Antiquité mais aussi sur la vie des Parisii, ce peuple gaulois qui donna son nom à notre capitale. Actuellement, les archéologues ont pu identifier les corps d’une cinquantaine de femmes, d’hommes mais aussi d’enfants placés dans des cercueils de bois dont il ne reste que de simples clous. Cependant, l’absence d’urnes, révélant la pratique d’incinération funéraire pourtant usuelle à l’époque, interroge les scientifiques.

Les historiens vont aussi pouvoir se documenter sur les coutumes vestimentaires des Gallo-Romains grâce aux restes de vêtements, de bijoux et de chaussures dont subsistent seulement quelques éléments métalliques. De nombreux autres objets du quotidien ont pu être aussi retrouvés malgré des siècles passés sous terre. Ainsi furent déterrés des céramiques et des objets en verre comme des balsamaires, censés recueillir des huiles et des parfums funéraires, ainsi que des lacrymatoires. Ces derniers, destinés à conserver des onguents, étaient faussement imaginés comme des récipients recueillant les larmes des proches du défunt. Tous ces éléments furent placés près des morts comme des offrandes pour leurs vies dans l’au-delà. Les restes d’un porc et d’un autre petit animal furent même déterrés au sein d’une fosse considérée « à offrandes » et non sépulcrale. La présence de pièces de monnaie dans la bouche des morts témoigne aussi de la croyance et de la peur que le passeur des enfers, Charon, ne laisse pas les âmes des morts passer le Styx et rejoindre les Champs-Élysées ou le Tartare si elles ne payaient pas l’obole rituelle. Dans le cas contraire, les trépassés étaient condamnés à errer sur les bords du fleuve infernal pour l’éternité.

De tels sites et découvertes archéologiques ne sont pas sans rappeler les fouilles effectuées, en avril 2022, sur l’île de la Cité, au sein même de la cathédrale Notre-Dame, et qui ont permis l’exhumation de plusieurs sarcophages oubliés.

Toutes ces fouilles nous prouvent que nous pourrions tirer enfin quelque chose de positif des incessants travaux et chantiers menés par Mme Hidalgo dans Paris, qui conserve peut-être encore de nombreux secrets et histoires concernant notre passé.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/nos-ancetres-les-gallo-romains-une-necropole-decouverte-en-plein-paris/

samedi 28 décembre 2013

UN PEUPLE PEU CONNU : LES SARMATES

Un extraordinaire tumulus livre leurs secrets

Jean Pierinot
Ex: http://metamag.fr
 Un tumulus Sarmate fouillé cet été dans les steppes de l'Oural, au sud de la Russie, a révélé un magnifique et rarissime trésor. Les objets trouvés dans le monticule devraient apporter de nombreuses informations sur une période peu connue de cette culture nomade qui a prospéré sur la steppe eurasienne au cours du 1er millénaire avant JC. L'étude archéologique de ce remarquable tombeau antique, appelé aussi kurgan, a été réalisée par l'expédition de l'Institut d'Archéologie (Académie Russe des Sciences), dirigé par le professeur Leonid T. Yablonsky.
Peuple établi du IVème s. avant J.-C. au IIIème s. après J.-C. dans la plaine qui borde au Nord la mer Noire, de part et d'autre du Don, nomades guerriers, excellents cavaliers, les Sarmates ont harcelé l'Empire romain en Dacie et tout au long du Danube. Ils ont été ensuite submergés à leur tour par les Goths, puis, au IVème s., par les Huns. Proches des Scythes, ils ont laissé des sépultures princières, les kourganes, qui ont livré de remarquables objets d'orfèvrerie, rehaussés de pierres de couleurs, témoignant d'un puissant style animalier.
L'absence de langue écrite.
Les peuples nomades n'avaient pas de langage écrite, aussi les scientifiques n'ont pu apprendre à connaitre leur culture et leurs traditions qu'à travers les données archéologiques. Les kurgans qui sont dispersés à travers les steppes contiennent beaucoup de reliques Scythes et Sarmates. Alors que les nomades avaient des échanges avec la perse achéménide et les civilisations grecques, ils ont su préserver leur propre culture. Cette année, les archéologues ont fouillé la partie orientale du monticule 1 du Kurgan à Filippovka dans la région d'Orenbourg. Cette partie faisait environ 5 m de haut et 50 m de long; elle avait été laissée inexplorée par l'expédition précédente, il y a plus de 20 ans.
L'objectif était de terminer l'étude de ce monument extraordinaire, entré dans les annales de la culture mondiale avec la découverte de 26 statuettes de cerfs "en or". Un autre défi majeur pour les archéologues était d'assurer la préservation de ce patrimoine culturel unique qui fait face à un grand nombre de menaces imminentes, avec le vol comme problème majeur. Un passage souterrain près de l'entrée a été la première zone explorée cette saison. Un énorme chaudron de bronze d'un diamètre de 102 cm y a été découvert. Ses poignées ont été façonnées dans les traditions du style animalier scythe-Siberien avec une image de deux griffons, bec à bec.
Dans la zone du monticule Est, une chambre funéraire intacte a été découverte mesurant environ 4x5m et 4m de profondeur. Au fond de la chambre, plusieurs couches stratifiées de débris ont été fouillées pour révéler du mobilier funéraire exceptionnellement riche et varié, accompagnant un squelette humain. Le matériel associé à l'enterrement semblait appartenir à une femme, étant donné que la tombe contenait ce qui est considéré comme des objets typiquement féminins et des bijoux.  Cependant, l'examen ostéologique initial de la morphologie du squelette a révélé que l'occupant serait un homme, bien que l'analyse ADN doit encore être effectuée.
Le mobilier funéraire.
Un petit coffre en osier qui pourrait être une trousse de toilette a été trouvé près du crâne. Il était rempli à ras bord avec des objets tels qu'un récipient en argent coulé avec un couvercle, un pectoral en or, une boîte en bois, des cages, des verres, des flacons de toilette en faïence et argent, des pochettes en cuir, et des dents de chevaux qui contenaient des pigments rouges.
Non loin de là, reposait un grand miroir d'argent avec des animaux stylisés dorés sur la poignée, une décoration en relief sur le dos et l'image d'un aigle au centre, entouré d'un cortège de six taureaux ailés. Les vêtements étaient décorés de plusieurs plaques, représentant des fleurs, des rosaces et une panthère bondissant sur le dos d'un saïga (antilope).
Il y avait également 395 pièces recouvertes de feuilles d'or et cousues sur la culotte, la chemise et le foulard. Il portait un châle avec une frange et une chaîne d'or; et les manches de la chemise étaient agrémentées de perles multicolores, formant un motif géométrique complexe.
Deux boucles d'or décorées à certaines endroits d'émail cloisonné ont été trouvées dans la zone de l'os temporal.
Du matériel de tatouage .
Les archéologues ont également découvert des équipements utilisés dans l'art du tatouage, dont deux palettes de pierre à mélange et des aiguilles en fer recouvertes d'or, ainsi que des cuillères en os utilisées pour mélanger les peintures et des stylos décorés avec des animaux.
Cette fouille constitue une percée majeure dans l'étude de la mystérieuse culture Sarmate du début de l'âge du fer.
 Le roi Arthur était-il un cavalier sarmate et les mythes arthuriens ont-ils une origine dans le Caucase ?
(source : agencebretagnepresse)
L’actualité récente en Géorgie a mis les projecteurs sur la République indépendante d’Ossétie (Indépendance proclamée en 1991). Les Ossètes comme les Bretons d’ailleurs, ont des origines ancrées dans la fin de l’Empire romain. Les Ossètes descendent des fameux Alains, ou plutôt de ceux qui sont restés et ne sont pas partis piller l’Empire au Ve siècle.
Les Sarmates en Bretagne insulaire
Ces peuplades qui parlent une langue iranienne apparaissent dans le bas-Empire romain sous le nom de Sarmates quand ils sont alliés ou federati et de Scythes quand ils sont ennemis. Envahisseurs, ils sont connus sous le nom d’Alains alliés des Vandales.
La cavalerie sarmate-alain très appréciée des Romains était quasiment invincible. Elle était appelée cavalerie [1], du nom de leur cuirasse d’écailles, la cataphracte.
Depuis 175, les Sarmates devaient fournir à Rome 5000 cavaliers, pour la plupart envoyés en Bretagne (insulaire) à la frontière nord. Les Sarmates de Bretagne auraient été commandés à la fin du IIe siècle par Lucius Artorius Castus qui serait le roi Arthur historique (1), du moins le premier, car il semblerait que le roi Arthur soit un personnage composé de plusieurs figures historiques. Lucius Artorius ayant vécu 200 ans plus tôt que le roi breton qui rallia les Brito-Romains contre les envahisseurs saxons.
D’après Léon Fleuriot, c’est Artorius Castus, préfet de la VIe légion, qui aurait aussi maté la révolte armoricaine de 184. Une intervention en Gaule que rapporte bien la légende dans la première version écrite, celle de Geoffroy de Monmouth.
C’est cette cavalerie sarmate-alain qui aurait apporté d’Asie le symbole du dragon en Grande-Bretagne. Rien de plus normal pour des cavaliers aux cuirasses écaillées de se battre derrière des enseignes d’un monstre écaillé. Le dragon rouge du roi Arthur, dit justement « Pendragon » comme le roi Uther. Le dragon rouge apparaît aussi dans les prophéties de Merlin. Un dragon que l’on retrouve aujourd’hui jusque sur le drapeau du Pays de Galles.
Les Alains en Armorique
Les Sarmates-Alains, révoltés contre Rome, ont pillé le nord de la Gaule de 407 à 409. Après avoir traversé la Loire en 408, le consul Aetius leur donnera l’Armorique pour qu’ils les laissent tranquilles. Un peu comme le roi de France cinq siècles plus tard donnera la Normandie aux Vikings de Rollon.
Avec à leur tête un chef du nom de Goar, les Alains se divisent en plusieurs bandent et pillent l’Armorique. C’est encore eux, redevenus des mercenaires au service de l’empire qui vont réprimer la dernière révolte armoricaine dite des Bagaudes (bagad = bande en gaulois et en breton moderne) en 445-448 à une époque où justement les Bretons commencent à arriver de Grande-Bretagne puisque les dernières légions la quittent en 441.
Certaines s’établiront juste de l’autre côté de la Manche puisque le mot Léon dérive justement de « légion » et Trégor de tri-cohortes. Voir à ce sujet le Guide des drapeaux bretons et celtes de Divi Kervella et Mikaël Bodloré-Penlaez, qui vient de sortir en librairie. Les symboles héraldiques du Haut-Léon et du Trégor semblent avoir justement hérité du dragon.
Certains linguistes pensaient que les patronymes Alain ou Alan seraient tout simplement des gens descendant d’Alains établis en Gaule mais le vieux breton a un terme alan pour le cerf et cette origine semble plus vraisemblable. Des Alains se sont surtout installes en Île-de-France, en Aquitaine, en Lusitanie (Portugal) autour de Carthagène en Vandalousie qui deviendra Andalousie. Le nom de Tiffauge, célèbre pour son Barbe Bleu viendrait du nom d’une des bandes de barbares alliés aux Alains, les Taïfales, établis dans cette région au Ve siècle. Le nom de l’Aunis viendrait aussi d’Alains.
Les mythes arthuriens d’origine alanique ?
Dans leur livre De la Scythie à Camelot, Covington Scott Littleton, professeur d’anthropologie à Los Angeles et Linda Ann Malcor, docteur en folklore et mythologie, ont remis en cause l’origine celtique du cycle arthurien.
Pour eux, le cour de cet ensemble fut apporté entre le IIe et le Ve siècle par des cavaliers alains-sarmates.
La culture des Ossètes, les cousins contemporains des Alains, possède des récits qui ressembleraient aux aventures d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde. On y raconte notamment la saga du héros Batraz et de sa bande, les Narts. Dans cette histoire il est, entre autres, question d’épée magique qui serait l’équivalent d’Excalibur et de coupe sacrée, le Graal donc, la coupe du Wasamonga que l’on retrouve sur l’emblème moderne de l’État d’Ossétie du Sud avec un triskell qui est par contre universel et pré-cetique puisque sur des monuments mégalithiques comme à Newgrange en Irlande. Il semblerait que les échanges de mythes aient eu lieu dans les deux sens.
(1) rapprochement fait pour la première fois par Zimmer, Heinrichen 1890, repris par Kemp Malone en 1925.
Sources : – C. Scott Littleton, Linda A. Malcor, From Scythia to Camelot, New-York ; Oxon, 1994 (rééd. 2000).
- X. Loriot, Un mythe historiographique : l’expédition d’Artorius Castus contre les Armoricains, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1997.
- Guide des drapeaux bretons et celtes, D. Kervella et M. Bodloré-Penlaez. Éd. Yoran Embanner, 2008.
- Les Origines de la Bretagne, Léon Fleuriot. Payot, 1980 (nombr. rééd.).
Notes
[1] cataphractaire
http://vouloir.hautetfort.com/archive/2013/11/27/temp-8461f169dea7829a1fe447a4951dcf11-5232386.html

vendredi 18 octobre 2013

L’extraordinaire bataille des Helvètes contre César

Causerie prononcée par le lieutenant-colonel Mourey le samedi 30 janvier 1993 devant les membres de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône. Cette causerie est dédiée à la mémoire des 368 000 Helvètes qui se sacrifièrent au pied de la colline de Sanvignes, pour une certaine idée de la Gaule (extraits).
Mesdames et Messieurs,
... Je suis, devant vous, dans une vieille ville de la vieille Europe, dans une Bourgogne qui faisait rayonner sa pensée sur le monde, autrefois. Et je viens vous parler du passé. Je viens vous parler de ces Éduens qui furent nos ancêtres...
... Au début, je ne pensais pas écrire… seulement une courte notice historique sur le château de Taisey... Comme je m'intéressais aux comtes de Chalon et à l'énigmatique comtesse Béatrice, j'ai étudié d'assez près leur forteresse de Mont-St-Vincent. C'était leur repaire et leur refuge. Les bases cyclopéennes des murailles, le mystère qui planait sur ses noms antérieurs, tout cela m'intriguait beaucoup. En outre, je me rendais bien compte des avantages tactiques et stratégiques de la position... J'ai retraduit les Commentaires que Jules César a écrits sur la guerre des Gaules vers l'an 52 avant J.C. et j'en suis arrivé à la conclusion formelle que Bibracte, capitale de notre pays éduen, n'était pas au Mont-Beuvray, mais au Mont-St-Vincent...
...La bataille d'Alésia, telle que je l'ai reconstituée, les champs de bataille que j'ai découverts, les théories bien assises que j'ébranle, les horizons fabuleux que j'ouvre, tout cela, on ne veut pas le voir ni en parler. On ne prend en considération que ma contestation de Bibracte au Mont-Beuvray...
...Mesdames et messieurs, je vous invite à grimper avec moi par la pensée, jusque sur le sommet de la colline de Sanvignes. Dans la plaine de Montceau, dans ce couloir de la Dheune au relief peu accentué, la colline de Sanvignes se dresse un peu comme un cône, magnifique poste d'observation. 
Du haut de cette hauteur, portons notre regard en direction de la Suisse. 368 000 Helvètes avaient quitté leur patrie pour émigrer. Avec leurs très nombreux chariots, ils se dirigeaient vers le pays des Eduens.
Ils s'arrêtèrent au pied d'un mont. Stoffel et Jullian ont pensé à la colline de Sanvignes. Et comme par hasard, ils sont tombés juste. 
C'est ici, à Sanvignes, qu'il faut bien comprendre le déplacement de la migration. Il est absurde de croire que les Helvètes aient coupé au plus court à travers les monts du Chalonnais. Il est évident qu'ils ont remonté la vallée de la Saône, puis celle de la Dheune. Ils progressaient par des étapes d'environ 15 km, d'un point de ravitaillement à un autre, d'un oppidum éduen à un autre oppidum éduen, d'une station à une autre station. Migrants pacifiques, ils bivouaquaient au pied de ces oppidum et achetaient leur ravitaillement aux Eduens qui s'y trouvaient. Chaque journée de marche était certainement suivie d'une journée de repos.
Les Helvètes au pied de l'oppidum de Sanvignes, c'est bon, c'est logique.
Quant à César, il faut bien comprendre qu'il poursuivait les Helvètes en se déplaçant de position défensive en position défensive.
César sur le point fort de l'oppidum de Gourdon, c'est bon, c'est logique. Entre Sanvignes et Gourdon, il y a 11 km 800. Entre les camps helvètes et les camps romains, César écrit dans ses Commentaires qu'il y avait une distance de 11 km 800 : il y a concordance. Bref, il ne peut y avoir aucun doute sur ce point : lors de leur avant-dernier camp avant la bataille, les Helvètes se trouvaient à Sanvignes, César se trouvait à Gourdon.
Le Commandant Stoffel voit ensuite les Helvètes se diriger vers l'Arroux. Il a raison. La direction de marche des Helvètes n'a pas changé. Mais c'est à l'Arroux que sa théorie devient complètement incohérente. Normalement, il aurait dû arrêter les Helvètes au pied de la hauteur de Toulon-sur-Arroux, comme il les avaient fait s'arrêter auparavant au pied de la hauteur de Sanvignes. Une distance d'environ 15 km sépare ces deux points. C'est une étape normale et maximum pour des femmes et des enfants qui marchent à pied. On sait que les légionnaires romains pouvaient faire des étapes de 30 km ; aujourd'hui, nos soldats entraînés font la même chose. Mais dans leurs premiers mois d'instruction, nos recrues du Service des essences ne faisaient pas plus de 20 km à la fois. 15 km avec des femmes et des enfants, c'est un maximum...
Première erreur de la thèse Stoffel : il fait franchir l'Arroux aux Helvètes... On dirait qu'il ne se rappelle plus les problèmes que le défilé du Jura avait posés aux Helvètes : un seul chariot pouvait à peine passer. Il ne se souvient plus de leur désastre quand ils ont franchi la Saône. Il a oublié la lenteur de leur progression de la Saône à Sanvignes. Dans son désir de prouver, face à ses détracteurs d'Autun, que Bibracte est au Mont-Beuvray, Stoffel franchit l'Arroux. Il s'engage dans une région sauvage et montagneuse. Il s'en va, tout seul, sur les mauvais chemins qui mènent à Montmort...
...Quatrième erreur de la thèse Stoffel... dans sa théorie, tous ces chariots auraient fait un demi-tour en marchant tout en obliquant pour se rendre au mont Beuvray, c'est impossible... il fallait comprendre que : les Helvètes, le plan de mouvement ayant été modifié en conseil (commutato consilio), décidèrent (durant la nuit évidemment) d'inverser leur cheminement (itinere converso). Il s'ensuit donc que les Helvètes n'ont pas fait un demi-tour absurde en marchant et qu'ils n'ont pas livré bataille contre César dans les montagnes de Montmort. C'est au départ de leur camp de Toulon-sur-Arroux, qu'ils sont revenus vers l'est, alors que la veille, il marchait en direction de l'ouest...
...Les Helvètes n'ont pas franchi la rivière. Venant de Sanvignes, et après avoir parcouru une distance raisonnable de 15 km, ils se sont arrêtés au pied de l'oppidum de Toulon-sur-Arroux, de la même façon qu'ils s'étaient arrêtés au pied de l'oppidum de Sanvignes. César est à 4 km 400 du camp helvète...
...Lorsque César écrit dans ses Commentaires qu'il voulait se rendre à Bibracte qui ne se trouvait pas à plus de 27 km de sa position, il fallait comprendre, mesdames et messieurs, à 27 km du Mont-St-Vincent et non à 27 km du Mont-Beuvray. 
Ce n'est donc pas en allant de Toulon-sur-Arroux vers le Mont-Beuvray qu'il faut rechercher le champ de bataille des Helvètes, c'est en allant de Toulon-sur-Arroux vers le Mont-St-Vincent. Ce champ de bataille, il se trouve au pied de la colline de Sanvignes. Le terrain s'accorde parfaitement avec le texte des Commentaires.
Ce champ de bataille de Sanvignes a été le théâtre de deux actions de combat.
Première action de combat : un coup de main manqué que César a tenté sur les camps des Helvètes, le matin de leur départ de Sanvignes vers Toulon-sur-Arroux — itinéraire aller.
Deuxième action de combat : cette fameuse bataille entre les Helvètes et les Romains lorsque quittant l'Arroux et Toulon-sur-Arroux, les deux armées revinrent sur leurs pas — itinéraire retour... 
Voici ci-dessus le dispositif de César pour le coup de main manqué. Voici les noms de baptême qu'il a donnés au terrain... 
Voici ci-dessous le dispositif de César pour la bataille. Voici les noms de baptême qu'il a donnés au terrain. Ce sont les mêmes. Mons, c'est la colline de Sanvignes, proximus collis, c'est le mont Maillot.
Il y a concordance. Comme c'est écrit dans les Commentaires — itinere converso, le cheminement ayant été inversé — César et les Helvètes sont revenus sur leurs pas. Ils ont fait demi-tour, Ils tournaient le dos au Mont-Beuvray. Ils marchaient en direction du Mont-St-Vincent… Bibracte.
Après avoir réétudiée, une fois de plus, cette fameuse bataille pour les besoins de cette causerie, je me demande si César a vraiment gagné sur le plan militaire comme il le dit.
J'ai expliqué dans mon ouvrage l'habile manœuvre de César, la nasse dans laquelle il espérait écraser les Helvètes, en les rejettant dans les fonds et en les prenant en tenaille (croquis ci-dessous). 
J'ai expliqué la non moins habile manœuvre des Helvètes qui ont balayé sans difficulté les légions du mont de Sanvignes en les prenant par derrière et en s'y installant. Dans une position défavorable, dominées par ceux qu'elles poursuivaient, violemment attaquées sur leur flanc gauche, les lignes de bataille romaines se trouvaient dans une position particulièrement critique. (croquis ci-dessous). 
Pris à partie sur deux fronts et peut-être plus, presque totalement encerclé dans un fond de terrain et alors que la nuit tombait, j'affirme que César était perdu et qu'il n'a trouvé son salut que par un coup de génie. 
Ce coup de génie, c'était une action/coup de poing. Perdu pour perdu, il a lancé sa deuxième ligne de bataille à l'assaut des femmes et des enfants qui se trouvaient en attente avec leurs chariots à Dornand. 
En entendant les cris de leurs femmes et de leurs enfants que les Romains égorgeaient, les Helvètes cessèrent le combat. Ils n'avaient failli ni à l'honneur, ni à la gloire.
Au premier chapitre des manuels scolaires suisses, figure la bataille des Helvètes. Je dédie cette causerie à leur mémoire.
(1993, cela va faire bientôt vingt ans.) Emile Mourey (son site)
Pour une explication plus détaillée :

mercredi 11 septembre 2013

Le roi Arthur était-il un cavalier sarmate et les mythes arthuriens ont-ils une origine dans le Caucase ?

(source : agencebretagnepresse)
L’actualité récente en Géorgie a mis les projecteurs sur la République indépendante d’Ossétie (Indépendance proclamée en 1991). Les Ossètes comme les Bretons d’ailleurs, ont des origines ancrées dans la fin de l’Empire romain. Les Ossètes descendent des fameux Alains, ou plutôt de ceux qui sont restés et ne sont pas partis piller l’Empire au Ve siècle.
Les Sarmates en Bretagne insulaire
Ces peuplades qui parlent une langue iranienne apparaissent dans le bas-Empire romain sous le nom de Sarmates quand ils sont alliés ou federati et de Scythes quand ils sont ennemis. Envahisseurs, ils sont connus sous le nom d’Alains alliés des Vandales.
La cavalerie sarmate-alain très appréciée des Romains était quasiment invincible. Elle était appelée cavalerie [1], du nom de leur cuirasse d’écailles, la cataphracte.
Depuis 175, les Sarmates devaient fournir à Rome 5000 cavaliers, pour la plupart envoyés en Bretagne (insulaire) à la frontière nord. Les Sarmates de Bretagne auraient été commandés à la fin du IIe siècle par Lucius Artorius Castus qui serait le roi Arthur historique (1), du moins le premier, car il semblerait que le roi Arthur soit un personnage composé de plusieurs figures historiques. Lucius Artorius ayant vécu 200 ans plus tôt que le roi breton qui rallia les Brito-Romains contre les envahisseurs saxons.
D’après Léon Fleuriot, c’est Artorius Castus, préfet de la VIe légion, qui aurait aussi maté la révolte armoricaine de 184. Une intervention en Gaule que rapporte bien la légende dans la première version écrite, celle de Geoffroy de Monmouth.
C’est cette cavalerie sarmate-alain qui aurait apporté d’Asie le symbole du dragon en Grande-Bretagne. Rien de plus normal pour des cavaliers aux cuirasses écaillées de se battre derrière des enseignes d’un monstre écaillé. Le dragon rouge du roi Arthur, dit justement « Pendragon » comme le roi Uther. Le dragon rouge apparaît aussi dans les prophéties de Merlin. Un dragon que l’on retrouve aujourd’hui jusque sur le drapeau du Pays de Galles.
Les Alains en Armorique
Les Sarmates-Alains, révoltés contre Rome, ont pillé le nord de la Gaule de 407 à 409. Après avoir traversé la Loire en 408, le consul Aetius leur donnera l’Armorique pour qu’ils les laissent tranquilles. Un peu comme le roi de France cinq siècles plus tard donnera la Normandie aux Vikings de Rollon.
Avec à leur tête un chef du nom de Goar, les Alains se divisent en plusieurs bandent et pillent l’Armorique. C’est encore eux, redevenus des mercenaires au service de l’empire qui vont réprimer la dernière révolte armoricaine dite des Bagaudes (bagad = bande en gaulois et en breton moderne) en 445-448 à une époque où justement les Bretons commencent à arriver de Grande-Bretagne puisque les dernières légions la quittent en 441.
Certaines s’établiront juste de l’autre côté de la Manche puisque le mot Léon dérive justement de « légion » et Trégor de tri-cohortes. Voir à ce sujet le Guide des drapeaux bretons et celtes de Divi Kervella et Mikaël Bodloré-Penlaez, qui vient de sortir en librairie. Les symboles héraldiques du Haut-Léon et du Trégor semblent avoir justement hérité du dragon.
Certains linguistes pensaient que les patronymes Alain ou Alan seraient tout simplement des gens descendant d’Alains établis en Gaule mais le vieux breton a un terme alan pour le cerf et cette origine semble plus vraisemblable. Des Alains se sont surtout installes en Île-de-France, en Aquitaine, en Lusitanie (Portugal) autour de Carthagène en Vandalousie qui deviendra Andalousie. Le nom de Tiffauge, célèbre pour son Barbe Bleu viendrait du nom d’une des bandes de barbares alliés aux Alains, les Taïfales, établis dans cette région au Ve siècle. Le nom de l’Aunis viendrait aussi d’Alains.
Les mythes arthuriens d’origine alanique ?
Dans leur livre De la Scythie à Camelot, Covington Scott Littleton, professeur d’anthropologie à Los Angeles et Linda Ann Malcor, docteur en folklore et mythologie, ont remis en cause l’origine celtique du cycle arthurien.
Pour eux, le cour de cet ensemble fut apporté entre le IIe et le Ve siècle par des cavaliers alains-sarmates.
La culture des Ossètes, les cousins contemporains des Alains, possède des récits qui ressembleraient aux aventures d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde. On y raconte notamment la saga du héros Batraz et de sa bande, les Narts. Dans cette histoire il est, entre autres, question d’épée magique qui serait l’équivalent d’Excalibur et de coupe sacrée, le Graal donc, la coupe du Wasamonga que l’on retrouve sur l’emblème moderne de l’État d’Ossétie du Sud avec un triskell qui est par contre universel et pré-cetique puisque sur des monuments mégalithiques comme à Newgrange en Irlande. Il semblerait que les échanges de mythes aient eu lieu dans les deux sens.
http://euro-synergies.hautetfort.com/
(1) rapprochement fait pour la première fois par Zimmer, Heinrichen 1890, repris par Kemp Malone en 1925.
Sources : – C. Scott Littleton, Linda A. Malcor, From Scythia to Camelot, New-York ; Oxon, 1994 (rééd. 2000).
- X. Loriot, Un mythe historiographique : l’expédition d’Artorius Castus contre les Armoricains, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1997.
- Guide des drapeaux bretons et celtes, D. Kervella et M. Bodloré-Penlaez. Éd. Yoran Embanner, 2008.
- Les Origines de la Bretagne, Léon Fleuriot. Payot, 1980 (nombr. rééd.).
Notes
[1] cataphractaire

vendredi 12 avril 2013

Découverte d'un cimetière de guerriers Gaulois à Buchères



Plus de 2.200 ans après leur inhumation dans une nécropole gauloise, guerriers à épée de fer et femmes portant torque et fibules en bronze ont revu le jour grâce à des fouilles préventives menées près de Troyes, à l'est de Paris.
C'est dans la boue d'un chantier géant que cette découverte rare a été effectuée voici seulement quelques semaines par des équipes de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).
Sur une trentaine de tombes identifiées sur place, la moitié environ a déjà été fouillée et a révélé cinq guerriers en armes, ainsi que des femmes portant des bijoux caractéristiques de la culture de la Tène ancienne (4e et 3e siècles avant Jésus-Christ), une époque d'importantes migrations celtiques.¢
La présence d'une nécropole gauloise est surprenante à cet endroit, alors qu'aucune trace de grand peuplement urbain n'est recensée dans cette zone.
Selon les archéologues, ce site a probablement été choisi parce que de nombreux enclos funéraires datant de l'âge du Bronze (-2200 à -800 avant notre ère) s'élevaient déjà sur place, des tertres alignés sur au moins deux kilomètres. "Ils devaient constituer des marqueurs du paysage, visibles de très loin" dans ces plaines, explique Cécile Paresys, archéologue de l'Inrap.
Si certaines tombes ont déjà été vidées pour éviter que les objets et ossements qu'elles renfermaient ne soient trop abîmés par la pluie, d'autres abritaient encore jeudi leurs occupants lors d'une visite organisée pour des journalistes.
L'impressionnant squelette d'un grand guerrier, épée au côté, le fer de sa lance encore visible près du crâne, y côtoie celui d'une jeune femme, inhumée après lui. Contrairement à l'homme qui se contente de bracelets de fer, la Gauloise porte un "torque à tampons" et un bracelet à joncs serpentiforme, tous deux en bronze. Des bijoux caractéristiques, comme les fibules (agrafes à vêtement), qui permettent de dater les tombes entre 325 et 260 avant JC.
Il toutefois difficile de faire parler ces morts et leurs possessions avant une quelconque analyse.
Spécialiste du "mobilier métallique", Émilie Millet devra d'abord les enduire avec une colle spéciale et de la gaze pour les consolider avant de les extraire des sépultures. Ils seront ensuite passés aux rayons X, puis sablés par un restaurateur pour enlever la corrosion et dévoiler l'objet originel.¢

mercredi 10 avril 2013

Depuis les druides jusqu'à Byblos

Ce titre veut accrocher votre attention en reliant l'alphabet phénicien et notre chère langue française. J'essaierai de montrer un cheminement possible. Quoi qu'il en soit, les signes idéographiques, qui auraient pu mieux préciser les variations subtiles de la pensée celtique, furent délaissés. Une possibilité d'écriture disparue.
A contrario nous pouvons constater que les chiffres arabes ont un dessin unique ; ils se prononcent de multiples façons mais se comprennent très précisément par tous. Que serait notre monde s’il y avait la confusion des chiffres autant que celles des vocables ?
Quand nous regardons les moyens de communiquer entre les hommes, nous ne pouvons qu'être frappés par l'importance des signes muets. Un geste, une mimique, une attitude sont nos premiers dialogues. En fréquence, en importance, ils sont beaucoup plus nombreux que tout autre moyen d'expression. Il semblerait même qu'avant d'arriver à l'oral, il y ait l'image.
Cette proposition visuelle faite à l'ensemble du groupe est autre que celle de la parole ; elle sert à poser une relation entre les individus du groupe et le monde extérieur rempli de mystérieuses et formidables puissances. Dans ce monde-là, la langue est ignorée. Elle est sans pouvoir. L'image combine deux données : une surface prélevée sur une portion du ciel comme de la terre, et des figures produites par l’homme-prêtre ou le hasard, signe du destin. Les Aztèques furent un peuple errant jusqu'à ce qu'ils rencontrent un aigle combattant un serpent sur un cactus. Cette vision surprenante fit signe pour y établir leur capitale. Là, maintenant, s'élèvera Tenochtitlan, future Mexico. À travers les siècles cette image est restée le blason de cette mégapole du XXIe siècle.
Comment interpréter exactement cette image ? À la différence des langues, l'image n'est pas un système. Sans nécessité d'un émetteur et d'un récepteur, il lui suffit d'un observateur. Celui-ci, bien souvent, est un sage au regard bien acéré. L'apparition de la divination constitue l'étape préliminaire à l'invention de l'écriture. À la fondation de Rome le vol de douze aigles fit signification. Les augures, observateurs des oiseaux dans le ciel, se devaient de particulariser leurs bâtons (lituus) sacrés afin de les distinguer. Ils devaient faire sens dans l'objet lui-même - bien que, comme les druides, soumis au secret le plus absolu du « droit augural », ils dussent bien transcrire en langage leurs interprétations. Sur des parties sanglantes du foie entre les mains des haruspices, il fallait bien se rappeler la signification de tel ou tel lobe. On a découvert à Faléries (auj. Civita Castellana, au nord de Rome), une maquette de foie en terre cuite. En 1877, près de Plaisance (Piacenza, en Italie du Nord, près de Milan) on en trouva une autre, en bronze, avec les inscriptions étrusques adéquates. Les devins chinois eurent leurs premiers idéogrammes sur des écailles de tortues. Le devin se contente de lire les signes, contrairement aux mages qui interpellent les dieux ou aux prophètes qui traduisent leurs volontés. Ainsi nous arrivons au pictogramme qui systématise une figure. L'éclair schématisé affirme la foudre. Pour continuer vers l'idéogramme, nous savons qu'elle est le privilège du dieu des dieux, Jupiter.
Pourtant nous n'avons pas encore en quelque sorte abordé le monde vocal. Mais nous pouvons découper l'idée par une succession de sons ; des voyelles aspirantes comme un esprit pénétrant : IOVA. IOVIS (1) Les mots, les noms sonores suivent en incantations ; précisons les intonations faisant appel. Puis faisons une première périphrase en forme de nom : « Celui qui fait éclater le tonnerre ». Ensuite toute la littérature suit.
Nous, les Gaulois, nous n'avons pas choisi les signes de notre écriture ; il y eut une période d'alphabet grec avec de l'étrusque par-ci par-là. Puis une assise large et certaine socle de pierre d'un alphabet latin rigide écrit au burin. Si les druides avaient voulu transmettre leurs sciences hermétiques, subtiles, fugaces, ils auraient pu choisir des idéogrammes. Dans telle frise cernant un vase de bronze, telle boucle de ceinture ou sur une simple fibule, nous en devinons l'esquisse. Malheureusement ce savoir occulté s'interdisait toute transcription. Est-il sage de permettre à tout un chacun d'aller parmi les mystères du monde ? La fable de l'apprenti-sorcier en illustre le danger. Grâce à la lecture alphabétique nous devenons aisément scribe et devin. La divinité nous parle avec le langage du commun des mortels. On interpelle, on tutoie la divinité. Pourtant il est intéressant de constater que les fondateurs spirituels, Socrate compris, n'écrivirent aucun mot. Tandis que leurs disciples s'accrochent à chaque lettre d'un texte que leur maître n'a jamais vu.
L'alphabet vint dans le monde celtique par Massalia (auj. Marseille), colonie de Phocée en Ionie, si proche de l'origine des Étrusque. (600 av. JC) Les marchands partaient à l'aventure vers l'Occident. Mais il fallut attendre Jules César (3) rédacteur de sa propre histoire à la troisième personne, dans un style d'une limpidité extraordinaire, pour connaître, par écrit, la Gaule (50 av. JC). La religion chrétienne, dite en araméen, écrite en hébreu et en grec, nous fut transmise par une transcription latine. Seuls les Evangiles implantèrent vraiment l'alphabet latin dans chaque village par la nécessité de l'Office Eucharistique avec ses paroles sacramentelles nécessaires. Les textes latins vinrent en surcroît. Tout ce bagage culturel était conservé au moyen de l'écriture latine.
Une écriture transmise de cette manière nous a été, au sens littéral du terme, invisible. Elle nous semblait aussi transparente à l'oral qu'il fut possible. Les Romains, comme l’Église plus tard, se méfiant du monde mental des druides, avaient intérêt à cela. La fonction de l'écriture dans une France en gestation à l'époque barbare était de strictement préserver à des fins pieuses les leçons canoniques d'un Verbe Saint. Il faut dire que les constructeurs de cathédrales, ainsi que les enlumineurs de parchemins, se rattrapèrent pour s'exprimer dans le langage des symboles. Arrivons-nous toujours à en saisir la signification ? Souvent le guide patenté s'arrête aux données techniques. Nous aurions pu, comme le Japonais dans sa langue, associer aux phonèmes (kana) des idéogrammes (kanji), s'il y en avait eu à notre disposition. Les plus proches étaient dans les profonds temples de l’Égypte pharaonique. Mais les hiéroglyphes, partiellement idéographiques, étaient trop hermétiques, trop particuliers au Nil, trop parfaits dans leur tracé pour s'associer avec d'autres expressions écrites alphabétiques.
Tout être humain se caractérise par la parole. Bien grand mot quand il s'agit souvent d'un simple et léger grognement de satisfaction ou d'insatisfaction. Les sons s'articulent plus ou moins bien suivant les cordes vocales de chacun. Chaque langue parlée possède son propre génie. Faut-il accepter l'avis de l'écrivain argentin Jorge Luis Borges, parfaitement bilingue espagnol/français, sentant que l'espagnol vous forçait à l'héroïsme tandis que le français s'imposait par sa syntaxe ? Beaucoup de personnes constatèrent que la mélodie naturelle de la langue italienne avait favorisé la naissance de l'opéra en 1607 à la cour du duc de Mantoue avec l’Orfeo de Claudio Monteverdi. L'allemand invite-t-il à la technique comme le laisserait supposer le XIXe siècle ? Seul un germaniste éminent pourrait y répondre. Nous qui vivons dans un monde arabophone, nous sommes étonnés par ses particularités vocales ; plusieurs sons nous sont inconnus : le "dad" en particulier. Même ayant deux parents libanais, les enfants élevés à l'étranger perdent par l'oreille et assez rapidement, leurs langues maternelle /paternelle. Le petit-fils venant se ressourcer au Liban doit s'adresser à ses grands parents dans une langue médiane. En poésie, domaine de l'oral jouxtant la musique, Mme Vénus Ghattas-Khoury reconnaissait la difficulté de traduire en français les poèmes en arabe d'Adonis. Elle trouvait plus d'eau dans bahr que dans "mer". Il y avait plus de feuillage dans chajarar que dans "arbre". Personnellement, je trouve plus de vastitude dans bahr, mais « la mer » danse devant mes yeux et m'invite au voyage. Cela vient-il de la chanson de Charles Trenet ? Des sonnets de Charles Baudelaire ? Est-ce un archétype révélé ? Effectivement, le chajarar bruit dans son feuillage tandis que l'arbre nous plonge du fond de ses racines « touchant à l'empire des morts » à la cime « au ciel voisine » (dans « Le Chêne et le Roseau » de La Fontaine). Dès la première syllabe, ce chêne souverain se plante profondément dans le sol, dans la gorge. Avec la seconde, il s'élève dans l'azur.
Faire un signe, aurait-il été plus parlant ? Quel aspect de la mer choisir ? « La mer, la mer, toujours recommencée ! » selon Paul Valéry ? Quel arbre choisir ? Le cèdre dans sa majesté ? Le cyprès dans son élévation ?
De toute façon, c'est dans cette région du Levant que s'inventa l'alphabet. Il faut se rappeler que les premiers oracles et prophéties, rencontrés en hiéroglyphes, se font sous Touthmôsis III et la reine Hatshepsout (1500 av. JC). Tandis que des cunéiformes attestèrent des prédictions dès Sargon d'Akkad (2334-2279 av. JC). Entre les hiéroglyphes impeccables, granitiques, solaires, et l'intelligence foncièrement démocratique des cunéiformes de la Mésopotamie, Ougarit (Syrie) tranche le langage en syllabes (1100 av. JC). Byblos (Liban) fractionne encore plus les sons en consonnes (900 av. JC). Le légendaire Cadmos, originaire de Tyr, toujours au Liban, ira à Thèbes, en Béotie, province grecque où il apportera cet alphabet - ce qui est assez paradoxal quand on se remémore l'adjectif populaire "béotien". Le génie grec ajoute les voyelles. Dès lors il s'agit d'être pratique dans les offrandes des dieux. Nous écrirons les offrandes faites, les bienfaits reçus. Mais aussi des chiffres. Que de chiffres ! s'exclama Jules Oppert, le déchiffreur des langues sumériennes. Pour le clergé, il était important de tenir à jour la comptabilité des dons faits aux Dieux. Que d'ingéniosités aux gestes maladroits s'expriment sur l'argile ayant traversé les siècles !
En vérité, quoique barbares, les Peuples de la Mer, ayant pillé les villes côtières phéniciennes, Ougarit, Byblos et les autres, repartiront vers l'Ouest pour répandre l'alphabet complet. Contrairement aux papyrus s'évanouissant en cendres, le feu des pillages affermit les cunéiformes sur l'argile recuite. Les Grecs avec les voyelles chantent les exploits des héros. Vers 540 av. JC, le noble Pisistrate, gouvernant Athènes en roi avec l'aide de la constitution de Solon, ordonne aux scribes de la Cité d'écrire une version officielle de L'Iliade et de L'Odyssée. Cela permettra aux Achéens d'Athènes de traiter leurs plus proches voisins « d'incultes et lourds Béotiens » (3). Trois siècles plus tard, en Méditerranée, parmi les aventuriers guerriers grecs, certains reconnurent quelques mercenaires gaulois. Ils prenaient plaisir à écouter les aventures de Diomède, d'Ulysse... Certains eurent même envie de raconter (en gaulois ?) puis de transcrire (en grec ?) leur propre épopée. Mais... c'était très difficile.
Toutefois c'est par la religion que la Gaule apprendra à lire et à écrire. Non par les chamans et autres sorciers, même pas par les bardes ou aèdes des nobles, mais par les clercs du clergé. Il faudra attendre bien longtemps pour que chaque sanctuaire de Gaule, des 36 000 paroisses, ait ses officiants prononçant avec exactitude leurs prières écrites sur un livre avec son papier bible, devenu sacré, au Dieu unique afin de sauver notre âme personnelle. Les mots Bible et Byblos se font ainsi écho dans les sacristies avant de prier pour nos morts. Que de bréviaires imprimés et récités aux heures canoniques, marqués par le carillon ! Les sons du peuple, sans grands supports écrits, se transformèrent en patois, différencié de vallée en vallée. L'un d'eux prit le devant et s'affina à la cour du roi de France pour donner ensuite la norme de la forme avec l'Académie Française.
Cependant, peut-être que malgré tout, même actuellement, il y a encore au fond d'une campagne, auprès d'un baptistère obscur, un vieil homme étrange. Le latin incompris, le français mal saisi, il regarde. Il suit les gestes d'un prêtre d'autrefois. Ils sont plus importants pour lui que les paroles sacramentelles. Dans le village, en observant, il cherche à comprendre la marche du destin de ses voisins au travers d'indices étranges. Sorte de druide du terroir, ce dernier prendrait pour l'anthropologie moderne le nom de chaman, comme pour tous les autres peuples trop proches de la nature. Ce sorcier-sourcier (certains prononcent l'excellent mot de "sourcellerie") est aussi un peu thaumaturge à l'occasion. Il ne comprend que des signes à lui transmis par son grand-père. Les limites de ses actions ne sont-elles pas plus grandes que celles de qui tente de saisir le monde avec l'alphabet des mots ou même des idéogrammes défilant sous ses yeux sur une étroite page ? Le bonheur de vivre l'heure présente dans toute sa magnificence profonde se raconte difficilement. Le mystère de l'existence reste plus vaste que toute expression.
Michel ROUVIERE  Écrits de Paris janvier 2011
1) Nous retrouvons ce même aspect dans Jéhovah ou Yahvé. Rappelons qu'en latin I et J, puis U et V sont similaires
2) Pour accéder à la charge de Pontifex Maximus, il revendiqua dans son discours la divinité de Vénus du côté de son père et la majesté des Rois du côté maternel.
3) Vraisemblablement dès le VIIIe siècle av. J.-C, Hésiode, vivant à Ascra en Béotie, avait écrit « Les travaux et les Jours », ainsi que la généalogie des Dieux avec « La Théogonie ».

mercredi 6 février 2013

Brigid : grande déesse celtique et sainte irlandaise

Astrid Bässler, spécialiste des médecines holistes à Berlin, médecin en Allemagne et en Nouvelle-Zélande, où elle a créé la fondation "Crystal Bridge", institution qui soigne les patients en les induisant à pratiquer un travail artistique. Elle s'est ensuite consacrée aux problèmes de l'eurythmie. Elle a composé récemment un petit bréviaire en l'honneur de Brigid, la déesse principale du panthéon celtique. Cet ouvrage contient, outre des poèmes (en allemand, en anglais et en gaélique) et de magnifiques illustrations dues à la plume et au ciseau de Rory McDougall, plusieurs textes définissant le rôle et les attributions de Brigid.
Dans «Brigid», d'Astrid Bässler elle-même, on lit : « Brigid est une figure qui revient sans cesse dans le monde celtique du Nord-Ouest, à des périodes différentes, sous des aspects différents ». À l'ère pré-chrétienne, nous rencontrons Brigid comme inspiratrice du processus de création. Par ses chants, elle suscite la puissance créatrice des dieux masculins, comme Angus, incarnation de l'éternelle jeunesse, Ogma, personnification de la magnificence de l'astre solaire, Gobniu, le forgeron magique… Elle offre à la Terre en voie de création son manteau bleu, qui deviendra le sol nourricier de tous les êtres vivants, animaux et végétaux, ainsi que l'enveloppe protectrice dont on entourera tous les malades et nécessiteux. Le manteau bleu de la déesse symbolise dès lors la force vitale omni-compénétrante. La Sainte-Brigitte (455-525 ?) du christianisme irlandais est une fille de chef, qui devient l'abbesse de Kildare, monastère mixte, où œuvrent hommes et femmes, véritable centre culturel, où l'on recopie des manuscrits, où l'on installe une école de forgerons et d'orfèvres, flanquée d'un hôpital. La qualité d'abbesse de Brigitte lui confère le rang d'évêque dans une église irlandaise qui ne se soucie guère des dogmes (machistes), imposés ailleurs par Rome. Faisant fi de la chronologie officielle qui fait naître la grande abbesse de Kildare en 455, la légende veut que Brigitte se soit trouvée à Bethléem, au moment de la naissance du Christ, l'a vu, enfant dans sa crèche, et l'a enveloppé de son manteau bleu. Légende indéracinable en Irlande qui montre l'antériorité de la religiosité brigittine et brigittine-christique par rapport à l'appareil romain-constantinien. Cette légende refuse donc le "rupturisme" chrétien, qui entend éradiquer les cultes païens ancestraux, dans l'aire celtique ou ailleurs. Astrid Bässler rappelle également que la fête de la Sainte-Brigitte correspond au début du printemps traditionnel celtique, l'Imbolc, le 1 février.
Isabelle Wyatt, dans un autre texte explicatif sur les avatars de la déesse celtique, repère ses traces dans d'autres régions d'Europe : la ville de Brigantia en Espagne doit son nom à Brigid; de même, la tribu celtique des Brigantes du Yorkshire en Angleterre ; le Lac de Constance ("Bodensee" en allemand) s'appelait en latin "Lacus Brigantius", près duquel on trouve la ville de Bregenz ("Brigantinum" en latin). Dans l'Est de l'hexagone, on trouve maintes inscriptions votives à "Brigindo", nom de la déesse dans l'Est de la Gaule.
Isabelle Wyatt rappelle que Brigid (ou Brigan, Brig ou, en Irlande, Bridghe) est la déesse du "dan", terme signifiant le savoir mais aussi la vitalité en tous domaines, englobant le visible et le caché. Comme dans nombre de processions de l'ère chrétienne, où elle est remplacée par une vierge Marie, on promène, au début du printemps, son effigie dans les champs, juchée sur un chariot ; elle est représentée sous les traits d'une jeune femme tenant en ses bras un enfant. On offre du lait sur son autel. Elle protège le bétail (surtout bovin). Elle est la mère du "Logos" celtique, l'Ogma irlandais ou l'Ogmios gaulois, dieu de la langue, de la littérature et de l'éloquence. Elle est une femme qui guérit et, à ce titre, elle est la protectrice des poètes et des écrivains (dont le statut reste très élevé en Irlande), car la poésie comme l'art de guérir sont des émanations des forces vitales que recèle le monde en abondance. Les rêves, les destinées, les prophéties relèvent également de la déesse, justement parce qu'ils indiquent un domaine où confluent et se mêlent passé et avenir. Brigid est fille du Soleil, car c'est du Soleil que le monde reçoit son être. Autre symbole lié à Brigid: le cygne blanc, essence de l'homme, dans sa pureté prénatale.
Nous trouvons dans l'anthologie d'Astrid Bässler ces phrases du grand poète irlandais William Butler Yeats : « Derrière toute l'histoire irlandaise, nous trouvons une grande tapisserie murale, que même le christianisme doit accepter, pour s'y retrouver. Quand on observe ses plis sombres, on ne peut pas dire où commence le christianisme et où finit le druidisme ».
Enfin, Hans Gsänger, dans une contribution assez longue, nous rappelle un texte ancien, l'Hymne de Broccan, où Brigid, symbole de la terre mère fécondée par le Soleil, est présentée comme la véritable mère du Christ, posant dès lors l'équation entre Brigid et Marie/Myriam, inacceptable pour le christianisme dogmatique, car tous les cultes mariaux seraient ramenés à leur matrice païenne, avec Brigid comme mère cosmique et le Christ comme avatar d'Ogmios.
H. Gsänger nous rappelle aussi les écrits de Giraldus Cambrensis (= Gerald of Wales) (1145-1223?). Cet ecclésiastique anglo-gallois avait d'abord participé aux croisades anti-irlandaises du Roi Henri II, puis avait rompu avec la hiérarchie de l'église anglaise, pour devenir un écrivain indépendant, au style puissant et humoristique. Prolixe pour son temps, il rédigea également quelques ouvrages historiographiques et topographiques sur l'Irlande et le Pays de Galles (Topographia et expugnatio hibernica, Descriptio Kambriae, Itinerarium). Il y décrit les mœurs et les gens, y retranscrit des bribes significatives de sagas et de contes, avec d'importantes allusions à la fusion du culte de Brigid et des cultes mariaux, qui ne sont souvent rien d'autre que leur transposition christianisée. Notamment, Gerald rappelle que Sainte-Brigitte, l'abbesse de Kildare, entretient et garde un feu sans cendres, avec l'aide de 19 nonnes. On parlait à l'époque de "la flamme sans cendres des Gaëls". Ce feu de l'abbesse Brigitte sera perpétué par ses successeurs jusqu'en 1220, où, à l'instigation des inquisiteurs anglo-romains, le représentant du roi d'Angleterre, Henri de Loundres, le fait éteindre d'autorité.
Gerald nous apprend également que Sainte-Brigitte est la patronne des étudiants (leg druidique?), la mac-léighinn, ce qui la lie directement à la déesse Brigid, protectrice des poètes et des écrivains.
Le 1 février, jour de l'Imbolc celtique et de la Sainte-Brigitte, celle-ci, rapporte la légende, convie la "famille céleste". Les femmes irlandaises ont encore l'habitude de faire des "Brigid-crosses" à cette date; ces croix sont confectionnées à l'aide de paille et placées au centre d'un carré, également tressé avec de la paille, jeu de formes qui donne la roue cosmique ou swastika. Ce rituel traditionnel relève, ajoute Gsänger, des "mystères irlandais", dont les racines sont païennes mais qui ont survécu longtemps en Irlande, après la christianisation. Que signifie le nombre 19, nombre des nonnes qui accompagnent Sainte-Brigitte dans l'entretien du "feu sans cendres"? Brigitte comme moteur cosmique est de fait accompagnée de 12 + 7 assistantes. Le nombre 12 fait référence aux douze signes zodiacaux, c'est-à-dire aux douze configurations des étoiles fixes, tandis que le nombre 7 correspond aux sept planètes du système solaire connues à l'époque. Le mystère irlandais de Sainte-Brigitte est donc la christianisation superficielle d'une cosmologie païenne immémoriale. Brigid/Brigitte harmonise donc les astres immobiles et les astres mouvants, elle est la gardienne de l'ordre cosmique. Dans la tradition irlandaise, les figures marquantes sont toujours accompagnées de 12 assistants ou disciples, mettant l'accent sur l'immuabilité cosmique: Columcille arrive à Iona (l'île sacrée des Hébrides) avec 12 "frères" ; Colomban arrive en Europe centrale avec 12 "moines". Saint-Finnian de Clonard commence sa carrière, accompagné de 12 "apôtres". Le même principe vaut pour les traditions guerrières, comme nous le montre les récits des Chevaliers de la Table Ronde (Artus, Graal). L'iconographie irlandaise représente Brigid au centre de la Trinité, oblitérant ainsi le récit chrétien, plus récent, et affirmant, discrètement, la préséance du culte de Brigid (et d'Ogmios) sur le message strictement chrétien.
Il existe également un rapport intime entre le culte immémorial de Brigid et le symbole du Chaudron de Dagda, réceptacle des forces constitutives de l'éther qui "forgent" le corps. Les forces qui arrivent dans un corps, en voie de constitution, en gestation, et qui ne servent pas directement à le "forger" physiquement et charnellement, virevoltent, libres et ludiques, dans l'âme de la personne et lui communiquent ses qualités artistiques et poétiques. Ce qui explique la triple fonction de Brigid, comme protectrice des "forgerons", des médecins (chargés de maintenir actives les forces vitales dans les corps des hommes) et des poètes.
Dernière indication que nous livre Gsänger : il nous rappelle l'œuvre du poète écossais William Sharp (1855-1905), qui publiait sous le pseudonyme féminin de Fiona Macleod. Sharp/Macleod évoque les récits relatifs à Brigid/Bride dans From the Hills of Dreams (1896), ouvrage qui sera publié en allemand en 1922, sous le titre de Das Reich der Träume, dans la célèbre maison d'édition d'Eugen Diederichs, défenseur d'une religiosité alternative, enracinée, libertaire et vitaliste, qui imprégnera profondément le mouvement de jeunesse allemand, le Wandervogel.
Bref, une anthologie qui permet de redécouvrir, derrière une figure mythologique féminine, la religion cosmique indo-européenne (puisque Brigid fait partie des dieux de la lumière du jour, les Tuatha De Danaan), qui ne s'est pas interrompue brutalement par la christianisation, mais s'est perpétuée intacte pendant plusieurs siècles, jusqu'à la conquête anglaise de l'Irlande, conquête ordonnée par Rome. Cette conquête a conduit à l'extinction du feu sacré de Kildare, donc au rejet de l'ordre cosmique immuable des douze configurations zodiacales et du jeu mouvant des sept planètes.
(article paru sous le pseudonyme de "Detlev BAUMANN" dans la revue "Antaios").
Astrid BÄSSLER, Brigid. Keltische Göttin und Heilige, Ogham Verlag/Verlag am Goetheanum, Freiburg/Br., 1999, ISBN 3-7235-1063-9.