Affichage des articles dont le libellé est Washington. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Washington. Afficher tous les articles

lundi 15 janvier 2024

COMMENT A ÉTÉ TUÉ JOSEPH COULON DE VILLIERS, SIEUR DE JUMONVILLE, SUR ORDRE DE GEORGE WASHINGTON ?

 Fort-de-Chartres-1-440x330.jpg

Il est très difficile de critiquer les grands personnages de l’histoire quand ils bénéficient d’une grande popularité. Il est malvenu de rappeler que le président Lincoln avait pour idée fixe de rapatrier en Afrique les esclaves noirs libérés une fois la guerre civile terminée ou bien d’évoquer l’alcoolisme chronique de Churchill.

De même, le rôle de George Washington  dans la mort de l’officier français Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville, reste dans une zone d’ombre que peu d’historiens contemporains cherchent à éclairer.

Il est fort probable que l’on ne puisse jamais  connaître la vérité car chacune des parties en présence avait de bonnes raisons de mentir. La thèse française a été bâtie à partir du récit du survivant canadien et du témoignage des prisonniers libérés. Leur intérêt était de diaboliser les Anglais afin d’effacer une faute tactique de leur part (ne pas avoir pris les précautions nécessaires à leur protection).

Les Anglais ont privilégié la thèse de l’attaque  au petit matin car elle évitait toute accusation de traîtrise lors de la rencontre diplomatique.

Les principaux points de la polémique sont les suivants :

• Jumonville était-il simplement en reconnaissance dans les bois quand il fut surpris par les  Anglais? Ou bien était-il en mission de parlementaire avec l’ordre de rencontrer les intrus ?

• Jumonville a-t-il été tué par les Anglais au cours de la rencontre diplomatique avec Washington?  Ou bien a-t-il été tué lors de l’attaque par surprise de son campement ?

• Jumonville a-t-il été tué sur le coup? Ou bien, blessé, a-t-il été achevé d’un coup de tomahawk  à la tête par le chef sénéca Half-King ?

• George Washington, a-t-il été trompé par le chef sénéca sur les véritables intentions de Jumonville,  ce qui l’aurait conduit à attaquer le campement des Français ?

• George Washington, exaspéré par la présence française dans l’Ohio et par les freins mis par  Londres à l’expansion des colons vers l’Ouest, a-t-il voulu créer un casus belli entre les deux puissances colonisatrices ?

• George Washington a-t-il abandonné les corps des Français aux loups sans les enterrer ?

Même en faisant la part de la propagande de guerre, il n’en demeure pas moins que les Anglais  sous le commandement de George Washington ont délibérément ouvert le feu en pleine paix sur des Français qui n’étaient pas en mission de guerre. L’exploit douteux de ce colonel des milices de Virginie contre une poignée d’hommes illustre bien deux facettes de son caractère que les Français de son temps prêtaient volontiers aux Anglais : la francophobie et le manque de scrupules.

Par une curieuse ironie de l’histoire, les descendants des frères de Joseph de Jumonville sont toujours  présents en Amérique du Nord et la plupart habitent aux États-Unis.

Washington_Militia_large

Joseph de Jumonville, une vie canadienne

Joseph Coulon de Villiers de Jumonville, enseigne dans les troupes de la Marine, né le 8 sept embre 1718 dans la seigneurie de Verchères, fils de Nicolas-Antoine Coulon de Villiers et d’Angélique Jarret de Verchères, décédé le 28 mai 1754 près de l’actuelle Jumonville, en Pennsylvanie.

Joseph Coulon de Villiers de Jumonville et ses cinq frères étaient tous officiers dans les troupes de la Marine.  La carrière militaire de Joseph fut à peu près sans histoire jusqu’au 28 mai 1754 lorsqu’il fut tué par ce qu’Horace Walpole a décrit comme « une volée tirée par un jeune Virginien dans les forêts lointaines de l’Amérique [et qui] brasa le monde ». Ce coup de feu allait marquer le début de la guerre de Sept Ans. Jumonville, jeune cadet de 15 ans, était à Baie-des-Puants (Green Bay, Wisconsin) en 1733, lorsque son père et un de ses frères furent tués lors d’une attaque contre les Renards. Les dix années qui suivirent furent exemptes de luttes importantes laissant derrière elles leur inévitable contingent de victimes, de sorte que l’avancement fut lent au sein des troupes de la Marine ; ce n’est donc qu’en 1743, après avoir servi en Louisiane en 1739 lors de la campagne de Le Moyne de Bienville contre les Chicachas, que Jumonville reçut une expectative d’enseigne. Deux ans plus tard, toutefois, avec le début de la guerre de la Succession d’Autriche, il reçut le grade d’enseigne en second. Sa carrière maintenant assurée, il épousa, à Montréal, le 11 octobre 1745, Marie-Anne-Marguerite Soumande. Pendant l’hiver qui suivit, il fut en service à la frontière de l’Acadie et prit alors part aux raids contre les postes avancés de la colonie de New York.

La guerre était à peine terminée en Europe, en 1748, qu’un conflit éclata en Amérique du Nord au sujet  de la vallée de l’Ohio. Les trafiquants de fourrures des colonies anglaises s’étaient infiltrés dans la région et les Virginiens qui spéculaient sur les terres revendiquaient ce territoire. La France contesta ces prétentions, chassa les commerçants américains et, en 1753, entreprit la construction d’une série de forts qu’elle échelonna depuis le sud du lac Érié jusqu’à la rivière Ohio. Tanaghrisson et d’autres chefs indiens de la région élevèrent des protestations et le gouverneur de la Virginie délégua un officier de la milice coloniale, George Washington, pour aller intimer aux Français l’ordre d’évacuer le territoire. On lui opposa une fin de non-recevoir polie mais ferme. Les Français construisirent ensuite le fort Duquesne [qui] leur assurait la suprématie militaire sur la région. Au printemps de 1754, Washington fut envoyé de nouveau dans l’Ohio avec des troupes de la milice coloniale afin d’affirmer la souveraineté britannique par la force, si nécessaire, nonobstant le fait que la paix régnait entre la France et l’Angleterre.

Le commandant du fort Duquesne, Claude-Pierre Pécaudy de Contrecoeur, avait reçu l’ordre strict d’éviter  la guerre avec les Américains mais de défendre ses positions en cas d’attaque. Mis au courant de l’approche d’un détachement américain qu’on disait considérable, il envoya Jumonville, le 23 mai 1754, avec quelque 30 hommes, reconnaître si Washington avait réellement envahi le territoire (…) Si tel était le cas, il devait en avertir le fort, puis sommer formellement Washington de se retirer. Son petit détachement était en fait une ambassade, semblable à celle de Washington envoyée au-devant de Jacques Legardeur de Saint- Pierre, l’année précédente, et il négligea de poster des sentinelles autour de son campement.

Au lever du jour, le 28, Washington et 40 hommes fondirent sur le camp français établi près de l’endroit  où s’élève maintenant Jumonville, en Pennsylvanie. Certains des hommes dormaient encore, d’autres préparaient le déjeuner. Sans avertissement préalable, Washington donna l’ordre de tirer. Les Canadiens qui réussirent à échapper à la rafale, se jetèrent sur leurs armes mais ils furent rapidement réduits à l’impuissance.

Les Français soutinrent par la suite que Jumonville fut abattu pendant qu’il signifiait sa mise en  demeure officielle. Dix Canadiens furent tués, un fut blessé et les autres, à l’exception d’un, faits prisonniers. Washington et ses hommes se retirèrent abandonnant aux loups les cadavres de leurs victimes. Un détachement de 500 Canadiens des troupes régulières et de la milice fut envoyé pour venger l’attaque et chasser les Américains : Louis Coulon de Villiers, frère de Jumonville, en avait le commandement.

Cette notice de W. J. Eccles est extraite du Dictionnaire biographique du Canada, vol. III (1741-1770),  p. 160 © 2000 Université Laval/University of Toronto que nous remercions pour leur aide. L’auteur utilise les termes « Canadiens » et « Américains » quand nous leur préférons «Français » et « Anglais ».

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/04/26/94486/comment-a-ete-tue-joseph-coulon-de-villiers-sieur-de-jumonville-sur-ordre-de-washington/

mardi 26 décembre 2023

La survie de la domination de Washington sur l’Onu

 

Le 12 décembre 2023, l’Assemblée générale des Nations unies a exigé, à 153 voix de majorité, un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza.

Lors de leur création, les Nations unies portaient un idéal d’égalité des peuples et des nations. Cependant, dès les premiers mois de son fonctionnement, Washington et Londres ont soutenu Israël contre le peuple palestinien. Puis, Washington a falsifié le Conseil de sécurité en faisant siéger Formose à la place de la Chine et en provoquant le boycott de l’URSS. Aujourd’hui, la domination des États-Unis sur cette institution est dénoncée par une vaste majorité d’États membres. Tandis que les BRICS se placent en ordre de bataille pour que l’institution revienne au Droit international.

En une année, l’Assemblée générale des Nations unies s’est profondément modifiée : en octobre 2022, 143 États, conduits par Washington, condamnaient les « annexions illégales » de la Russie en Ukraine, tandis qu’en décembre 2023, 153 États appelaient à un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza, contre l’avis de Washington.

Par le passé, Washington pouvait menacer quantité d’États et leur imposer de se prononcer comme lui et d’adopter ses règles. Aujourd’hui il fait moins peur :
 Certes, le Commandement des opérations spéciales des États-Unis (USSoCom) peut à tout instant mener des ingérences militaires secrètes dans n’importe quel pays dans le monde et assassiner tel ou tel de ses dirigeants, mais ce déploiement semble de plus en plus improbable dans de grands pays.
 Certes, le département du Trésor peut interdire de commercer avec tel ou tel État et ainsi couler l’économie du récalcitrant, voire affamer sa population. Mais, désormais, la Russie et la Chine offrent un moyen de briser ce siège économique.
 Certes la gigantesque machine d’interception des communications des « Cinq Yeux » (Australie, Canada, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni) peut révéler les turpitudes de n’importe quel récalcitrant, mais certains dirigeants sont honnêtes et ne peuvent donc faire l’objet de chantage au détriment de leur population.

De ce point de vue, la liste des États ayant voté contre le cessez-le-feu à Gaza est éclairante, outre les États-Unis et Israël, elle comporte un certain nombre de régimes aux caractères surprenants :
• Autriche
Karl Nehammer est un formateur en communication politique. Il serait capable de faire passer à peu près n’importe quelle décision tant il excelle en la matière. Militaire de carrière, il a travaillé avec Washington en tant que formateur des officiers de Renseignement. Il est aujourd’hui chancelier de cet ancien État neutre.
• Guatemala
Le président italo-guatemaltèque, Alejandro Giammattei, est le représentant d’un petit groupe de capitalistes. Il lutte avec force contre ceux qui luttent contre la corruption, incarcérant des procureurs, des leaders d’associations de Droits humains et des journalistes trop curieux. Allié fidèle des États-Unis, il est le seul chef d’État latino-américain à s’être rendu à Kiev et à Taïwan.
• Liberia
Le pays est encore présidé par le footballer et chanteur George Weah. Le président élu Joseph Boakai n’ayant pas encore été intronisé. N’ayant aucune expérience politique, Weah a choisi comme vice-présidente Jewel Taylor, épouse du criminel contre l’humanité Charles Taylor.
• Micronésie
La Micronésie était occupée par les États-Unis jusqu’à ce que le président Ronal Reagan accepte son indépendance. Aujourd’hui, elle reste cependant sous tutelle, sa défense étant assurée par le Pentagone.
• Nauru
Petit pays de moins de 10 000 habitants, Nauru n’est indépendant de l’Empire britannique que depuis 1968. Chacun sait, aux Nations-unies que le « président » David Adeang est opportuniste et corrompu. Il est toujours possible à celui qui paie d’obtenir un vote favorable de ce pays.
• Papouasie-Nouvelle-Guinée
La Papouasie Nouvelle-Guinée n’est indépendante de l’Empire britannique que depuis 1975. Il y a sept mois, son actuel Premier ministre, James Marape, a signé un accord autorisant les États-Unis à utiliser son territoire comme base avancée dans le Pacifique. Ils ont un accès total à tous ses ports et aéroports en échange de divers investissements. Lorsqu’il a déplacé son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, James Marape a déclaré : « Pour nous qui nous disons chrétiens, nous ne pouvons pas respecter pleinement Dieu à moins de reconnaître que Jérusalem est la capitale universelle du peuple et de la nation d’Israël ».
• Paraguay
Son actuel président, Santiago Peña, tente de donner un coup de jeune aux institutions tout en faisant l’éloge de la dictature anticommuniste du général Alfredo Stroessner.
• Tchéquie
Probablement êtes-vous surpris de voir un second membre de l’Union européenne dans cette liste. C’est que vous avez manqué l’élection de son nouveau président, le général Petr Pavel, ami personnel de l’ambassadeur US à Prague. Il a été formé aux USA et au Royaume-Uni et est devenu président du comité militaire de l’Otan. Ancien collaborateur de l’occupant soviétique, il a complétement réécrit sa biographie et s’est transformé en occidental moderne, mais il utilise son pouvoir pour aligner son pays sur Washington.

Vingt-trois autres États se sont abstenus. Il s’agit d’alliés de Washington et non pas de simples marionnettes comme les précédents. Quoi qu’il en soit, les Occidentaux n’ont plus la majorité (97 voix). Le G7 n’est plus un point de repère.

À ce sujet comment ne pas relever la situation actuelle du Japon où une enquête judiciaire a mis en lumière la corruption généralisée de la classe politique. Au moins 500 millions de dollars ont été versés, entre 2018 et 2022, à 99 parlementaires du Parti libéral-démocrate, au pouvoir sans discontinuer depuis 67 ans (sauf deux intermèdes totalisant 4 années). Ce qui est présenté comme une « grande démocratie » n’est en réalité qu’une mise en scène masquant un système mafieux.
Comment le G7 peut-il prétendre incarner et défendre de nobles valeurs ?

Les Brics, dont les nouveaux membres occuperont leur place le 1° janvier 2024, représentent désormais plus de la moitié de l’humanité. Ils œuvrent à un monde multipolaire. Dans leur esprit et contrairement aux cauchemars occidentaux (le piège de Thucydide), il ne s’agit pas de remplacer les États-Unis par le duopole Chine-Russie, mais d’abandonner les règles occidentales et de revenir au Droit international. Si vous ne comprenez pas ce dont je parle, lisez mon article sur ce sujet : « Quel ordre international ? » [1]. La plupart d’entre nous ignorent que les membres de la « communauté internationale » (c’est-à-dire Washington et ses vassaux) ne respectent plus leurs signatures et violent leurs engagements, à commencer par la résolution 181 [2] qui prévoyait la création d’un État palestinien ou, plus récemment, la résolution 2202 qui devait prévenir la guerre en Ukraine. Ils ignorent que leurs prétendues « sanctions » sont des armes de guerre et violent les principes de la Charte des Nations unies.

L’évolution de l’Assemblée générale des Nations unies (Onu) la place dans la même situation que la Société des Nations (SDN) en 1939. Alors que le président des États-Unis, Woodrow Wilson, avait profondément modifié le projet original de la SDN en refusant l’égalité entre les peuples, l’Onu la reconnaît dans ses textes, mais pas en pratique, comme le montre par exemple le traitement de la question palestinienne. Dans les deux cas, il s’agit de préserver la domination anglo-saxonne sur le monde, de l’extérieur de la SDN (que Washington refusa d’intégrer après en avoir modifié les statuts) ou de l’intérieur de l’Onu (que Washington intégra, mais dont ils n’a jamais respecté les statuts). D’où la question : les Brics parviendront-ils à réformer l’Onu et à le ramener au respect de ses principes ou échoueront-ils à préserver la paix ?

Dans cette perspective, l’Assemblée générale ne s’est pas contentée d’exiger un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza [3]. Elle a d’abord adopté une série de résolutions exigeant l’application de la résolution 181, celle dont la non-application avait engendré le désordre actuel. Elle exige notamment qu’Israël indemnise les biens des Palestiniens qu’il a expulsés, il y a soixante-quinze ans [4].

Notes :

[1« Quel ordre international ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 novembre 2023.

[2« Résolution 181 (II) de l’Assemblée générale des Nations Unies », ONU (Assemblée générale) , Réseau Voltaire, 29 novembre 1947.

[4« Biens appartenant à des réfugiés de Palestine et produit de ces biens », Réseau Voltaire, 7 décembre 2023.

mercredi 29 mars 2023

CFR : Le think tank privé qui contrôle les États-Unis

 

Pour ce premier numéro de notre nouvelle Lettre Confidentielle, Pierre-Antoine Plaquevent vous livre une analyse détaillée du CFR, le Think Tank le plus influent des États-Unis :

Le CFR (Council on Foreign Relations) est l’un des plus anciens think tanks états-uniens.

Il regroupe certaines des personnalités les plus importantes du monde de la finance et de la politique aux USA et donne le ton de la politique étrangère américaine depuis les années 1920.

Le CFR peut être considéré comme l’une des instances les plus influentes de la puissance impériale américaine depuis 100 ans.

Son siège se situe à New York avec un bureau à Washington.

Il est composé d’environ 5000 membres, principalement des personnalités influentes issues du monde des affaires, de la communauté du renseignement, de la diplomatie et de la politique, mais aussi des médias et même du spectacle (soft power oblige).


sourceGéopolitique Profonde

https://reseauinternational.net/cfr-le-think-tank-prive-qui-controle-les-etats-unis/

vendredi 22 juin 2012

18 juin 1812 Les États-Unis en guerre contre les Anglais

Le 18 juin 1812, le Congrès des États-Unis vote une déclaration de guerre. L'ennemi n'est autre que l'ancienne métropole, l'Angleterre.
Cette guerre reste dans l'Histoire sous le nom de «Seconde guerre d'Indépendance» ou plus simplement «guerre de 1812». C'est la première qu'aient livrée les États-Unis. C'est aussi la seule de l'Histoire moderne qui ait mis aux prises deux démocraties.
La faute à Napoléon
La guerre de 1812 est la conséquence directe du conflit qui oppose en Europe Napoléon 1er à l'Angleterre et à ses alliés.
Les deux belligérants font fi de la neutralité des États-Unis et arraisonnent les navires de commerce américains sous prétexte qu'ils traitent avec le camp adverse. Comme si cela ne suffisait pas, il arrive que les Anglais se saisissent de marins américains et les enrôlent sur leurs propres navires.
Le président Thomas Jefferson tente de surmonter le dilemme en faisant voter en décembre 1807 la loi sur l'embargo (Embargo Act) qui interdit à tout navire de faire voile d'un port des États-Unis vers un port étranger. Mais la loi ruine les armateurs de Nouvelle-Angleterre sans pour autant faire plier l'Angleterre, avide de céréales américaines, et l'on doit la rapporter le 1er mars 1809.
Le successeur de Jefferson est son ami James Madison, lui aussi du parti républicain démocrate. Ce Virginien de 61 ans se montre à la Maison Blanche autrement plus médiocre qu'il ne l'a été dans la rédaction de la Constitution.
Une guerre entreprise à la légère
Dans un premier temps, le président Madison interdit le commerce avec la France et l'Angleterre. Puis il décide que cette interdiction ne jouera plus à l'encontre de celui des deux pays qui cessera de porter atteinte au commerce des neutres !
Le 5 août 1810, Napoléon 1er assure Washington qu'il cessera de contrarier le commerce des neutres. Il s'agit d'un mensonge éhonté car cela signifierait la fin du Blocus continental destiné à asphyxier l'Angleterre.
Il n'empêche que les États-Unis font crédit à Napoléon 1er. Leurs relations avec l'Angleterre se tendent et les heurts se multiplient à la frontière avec le Canada. À la Chambre des représentants, Henry Clay, porte-parole des «War Hawks» («Faucons de guerre») fait miroiter l'annexion du Haut-Canada anglophone, du Bas-Canada francophone et de la Floride espagnole.
Finalement, le président convainc le Congrès de voter (à une courte majorité) la déclaration de guerre à l'Angleterre. L'opposition fédéraliste tente de s'y opposer. Elle dénonce la «guerre de M. Madison» («Mr. Madison's War») mais ne réussit pas à l'empêcher et cet échec va amorcer son déclin et sa disparition. Le parti fédéraliste, si influent dans les décennies antérieures, ne va plus conserver que quelques représentants en Nouvelle-Angleterre.
Offensives peu convaincantes
Dans un premier temps, le 12 juillet 1812, les volontaires américains, au nombre d'à peine 5.000, attaquent les Anglais sur les Grands Lacs sous la conduite du général William Hull. Ils vont jusqu'à brûler le parlement du Haut-Canada, à Toronto. Les Anglais, piqués au vif, lancent une contre-offensive bien qu'avec des effectifs moindres. Ils repoussent les Américains jusqu'à Detroit et s'emparent de la ville le 16 août 1812.
Le général Hull sera déféré devant une cour martiale mais échappera à la sentence capitale en raison de ses états de service antérieurs, pendant la véritable guerre d'Indépendance.
Sur mer, pendant ce temps, les Américains, avec trois frégates, remportent quelques succès d'estime sur les navires anglais. Après plusieurs mois de piétinement, un corps expéditionnaire anglais débarque près de Washington. Il remporte un succès à Bladenburg avant de marcher sur la capitale.
La garde nationale qui protège celle-ci se débande et, le 24 août 1814, les Anglais entrent sans coup férir à la Maison Blanche, que le président a dû quitter en catastrophe.
Le général anglais n'a plus qu'à se mettre à table et finir le dîner présidentiel. En partant, il a soin de faire brûler l'auguste palais ainsi que le Capitole, qui contient à ce moment-là la librairie du Congrès. C'est une revanche sur l'incendie du Parlement de Toronto... et une profonde humiliation du côté américain !
Une armée éprouvée de 10.000 soldats britanniques quitte Montréal en direction de New York, sous le commandement de Sir George Prevost. Mais la flotte chargée de son ravitaillement est défaite le 11 septembre 1814 sur le lac Champlain par le capitaine Thomas Macdonough. Du coup, Prevost renonce à son offensive.
Lassée par cette guerre sans enjeu véritable, Londres entame des négociations à Gand, aux Pays-Bas, où la paix est signée le 24 décembre 1814. Il est convenu d'un retour à la situation antérieure, sans prise de guerre. La frontière entre les États-Unis et les possessions britanniques d'Amérique du Nord est prolongée vers l'Ouest suivant le 49e parallèle.
Naissance du patriotisme américain
La nouvelle de la signature du traité de Gand n'arrive à Washington que le 14 février 1815. Entre temps, dans le Sud, les Américains jouent les prolongations. C'est ainsi que le 8 janvier 1815, l'impétueux Andrew Jackson (47 ans) reprend La Nouvelle-Orléans aux Anglais, ce qui lui vaut une immense popularité.
En 1828, Andrew Jackson accèdera à la Maison Blanche, comme d'autres généraux vainqueurs, de George Washington à Dwight Eisenhower en passant par Ulysses Grant.
Ne croyons pas que la guerre de 1812 était une guerre pour rien. Outre qu'elle a donné un héros aux États-Unis en la personne d'Andrew Jackson, elle a aussi éveillé le patriotisme américain et contribué à forger une conscience nationale. C'est à cette époque que naît le personnage de l'Oncle Sam, qui est à la République américaine ce que Marianne est à la République française.
Ayant renoncé à s'agrandir aux dépens du Canada, les États-Unis tournent désormais leurs ambitions vers les espaces vierges du Far West (le Grand Ouest). De leur côté, les Anglais vont mettre en valeur les territoires qui s'étendent à l'ouest du Haut-Canada, le Rupert's Land, une concession de la Compagnie de la baie d'Hudson.
Fabienne Manièrehttp://www.herodote.net

jeudi 8 décembre 2011

2 décembre 1823 La doctrine de Monroe


Le 2 décembre 1823, James Monroe, 5e premier Président des États-Unis, énonce la doctrine qui portera son nom et fixera pour un siècle et demi les fondements de la diplomatie américaine.
Soldat et diplomate
Comme ses prédécesseurs George Washington, Thomas Jefferson et James Madison, James Monroe est un Virginien.
Élève brillant mais indiscipliné, il s'engage comme cadet dans l'armée insurgée de George Washington et devient à 20 ans, en 1778, officier supérieur. Après la guerre, il retourne sur les bancs de l'Université. Il s'instruit dans le droit auprès de Thomas Jefferson.
Grâce à la protection de ce dernier, il est élu sénateur de Virginie sous l'étiquette du parti républicain démocrate (Republican party) en 1790.
Au terme de son mandat, il devient ministre plénipotentiaire des États-Unis en France, de 1794 à 1796. Il retrouve la Virginie avec le poste de gouverneur en 1799 puis, en 1803, se voit confier une nouvelle ambassade en France.
L'enjeu est d'importance. Il s'agit de négocier le sort de la Louisiane et des vastes plaines du Mississippi. Coup de chance, le Premier Consul Bonaparte se brouille avec l'Angleterre et s'apprête à une nouvelle guerre. Il a besoin d'argent et aussi du soutien américain. Monroe conclut l'achat de la Louisiane pour 15 millions de dollars au terme de rapides négociations.
Fort de ce succès, Monroe devient en 1811 Secrétaire d'État (ministre des Affaires étrangères) du président Madison. À ce titre, il conduit la «Seconde Guerre d'Indépendance» contre le Royaume-Uni, de 1812 à 1814. Enfin le voilà brillamment élu à la présidence des États-Unis en novembre 1816.
Menaces sur l'Amérique
Sous sa présidence, les États-Unis se donnent une diplomatie vigoureuse. Le général Andrew Jackson intervient en Floride, une colonie espagnole livrée à l'anarchie et les États-Unis acquièrent finalement le territoire en 1819 contre cinq millions de dollars.
L'année suivante, deux territoires, le Missouri et le Maine, rejoignent la fédération avec rang d'État. Les États-Unis, qui comptaient quatre millions d'habitants dont un million d'esclaves africains, au moment de l'indépendance, en 1783, en comptent désormais neuf millions. Des immigrants irlandais, anglais ou encore allemands affluent en masse sur le littoral atlantique et contribuent à la colonisation de l'arrière-pays.
Mais à l'extrême-nord du continent, les Cosaques russes traversent le détroit de Béring et s'implantent en Alaska ; ils contrarient de la sorte les visées de Washington sur les terres vierges de l'ouest. Au sud du Rio Grande, les colonies espagnoles se soulèvent contre la métropole. Le roi d'Espagne appelle à son secours les autres souverains de la Sainte-Alliance.
C'est dans ce contexte qu'est énoncée la doctrine Monroe.
L'Amérique aux Américains
Sous l'influence de son Secrétaire d'État (le ministre des affaires étrangères) John Quincy Adams, le président évolue vers une position neutraliste qui s'affirme avec éclat dans son message annuel au Congrès, le 2 décembre 1823.
Dans un long discours en apparence décousu, il interpelle directement les puissances européennes. Il leur déclare en substance :
1) Les États-Unis ont reconnu l'année précédente l'indépendance des nouvelles républiques latino-américaines ; en conséquence de quoi, l'Amérique du nord et l'Amérique du sud ne sont  plus ouvertes à la colonisation européenne.
2) Les États-Unis regardent désormais toute intervention de leur part dans les affaires du continent américain comme une menace pour leur sécurité et pour la paix.
3) En contrepartie, les États-Unis n'interviendront jamais dans les affaires européennes.
La doctrine de Monroe se résume en définitive comme suit : « l'Amérique aux Américains ».
Les puissances de la Sainte-Alliance se le tiennent pour dit et renoncent à leurs projets d'intervention en Amérique du sud. L'année suivante, en 1824, la Russie signe un traité avec les États-Unis par lequel elle renonce à toute revendication au sud de l'Alaska.
Monroe quitte le pouvoir avec les honneurs en 1825, laissant les clés de la Maison Blanche à son successeur John Quincy Adams. Son double mandat reste connue aux États-Unis comme l'«ère des bons sentiments» (era of good feelings). Il meurt modestement le 4 juillet 1831, le jour de la fête nationale (comme son mentor Thomas Jefferson, cinq ans avant lui).
Naissance du Libéria
Confronté au problème noir, le président James Monroe entérine le compromis du Missouri et prône rien moins que le retour des esclaves en Afrique. Une société charitable met en oeuvre ses préconisations. Elle installe un premier groupe de Noirs en Afrique, sur le golfe de Guinée, en bordure de l'actuelle Côte-d'Ivoire.
Les émigrants baptisent Libéria leur nouveau pays. C'est le premier État indépendant d'Afrique noire (à l'exception de l'Éthiopie). Son drapeau est calqué sur celui des États-Unis, avec une seule étoile. La capitale, baptisée Monrovia en l'honneur du président, tire fierté d'une copie du Capitole de Washington. Les anciens esclaves eux-mêmes reproduisent les comportements de leurs anciens maîtres, jusque dans leur habillement et leur logement...
Avatars de la doctrine de Monroe
À la fin du XIXe siècle, les États-Unis, devenus une puissance de premier plan, vont prendre prétexte de la doctrine de Monroe, purement défensive, pour chasser l'Espagne de ses dernières colonies de l'hémisphère occidental et intervenir directement, de façon offensive, dans les affaires d'Amérique latine, soit par le biais de leurs entreprises, soit au besoin par le biais de leurs troupes.

La doctrine de Monroe est prise en défaut en 1961, lorsque le nouveau maître de Cuba,  Fidel Castro, prend l'initiative d'un rapprochement avec l'Union Soviétique et met le territoire américain en situation d'être attaqué par des missiles soviétiques lancés depuis l'île.
Alban Dignat.   http://www.herodote.net/