mardi 21 juillet 2009

Chronologie sur Staline et l'URSS jusqu'à 1938

1879: naissance de Josip Vissarionovic DJOUGACHVILI en Géorgie; père cordonnier, né serf. Séminaire orthodoxe pour études gratuites. D'abord militant nationaliste géorgien (donc anti-russe!), puis militant marxiste.
1906: il devient «révolutionnaire professionnel» bolchevik, et sera arrêté 5 fois par la police tsariste. Lénine apprécie son intransigeance sans scrupules et son absence de prétentions intellectuelles critiques ; il le surnomme Staline = d'acier.
févr.1917: la Révolution le libère de Sibérie. Revenu à Petrograd, il est rédacteur à la Pravda, organe bolchevik; sa position est favorable à la collaboration avec le Gvt provisoire (comme les mencheviks) jusqu'au retour de Lénine en avril. Dès ce moment, il se soumet aux Thèses d'Avril, et en devient un exécutant énergique.
nov. 1917: Staline a un rôle effacé dans la Révolution d'Octobre, contrairement à Trotski. Puis Lénine le nomme commissaire au Rabkrin , organisme de surveillance de l'administration et des organisations de travailleurs : sentant le danger de la « bureaucratisation délirante » qu'il avait mise en place pour imposer le «communisme de guerre» (1) , Lénine voulait un exécutant énergique pour contrôler... la nouvelle bureaucratie qu'il met en place afin de contrôler la première ! Staline applique brutalement les méthodes énergiques préconisées par Lénine.
1922: dans un pays sorti de la guerre civile mais totalement épuisé, détruit, sous-alimenté, le XIe Congrès du Parti décide la NEP, «nouvelle politique économique » (retour au marché libre pour «laisser souffler» l'économie (2)). Staline est élu Secrétaire général du Parti communiste, poste administratif . Mais Lénine est victime d'une attaque du cerveau (avec hémiplégie) : la fonction de Staline devient alors politique. De plus, il surveille étroitement le grand chef malade, et censure son information. Staline s'allie («1e troïka») avec Zinoviev et Kamenev, tenants de la NEP, contre Trotski, partisan d'une accélération de la Révolution avec collectivisation et planification (3). Staline renforce le caractère hiérarchique du Parti, qui constitue un Appareil soumis au Secrétaire général (4).
janv. 1924: mort de Lénine. Staline organise des funérailles grandioses, augmente le poids du Parti et y fait entrer des ouvriers qui voient leur adhésion comme une promotion sociale. Son mot d'ordre est de consolider « la Révolution dans un seul pays », contre Trotski (qui voudrait, grâce au Komintern (5), une extension internationale de la Révolution, et à l'intérieur une «Révolution permanente» contre la tendance de l'appareil du Parti de se constituer en classe dominante). [Les communistes européens, en grande majorité, soutiennent à fond l'URSS, désormais patrie du prolétariat dirigée par le grand Parti frère dont les directives sont sacrées. L'URSS est considérée par tous les staliniens comme une citadelle assiégée par le capitalisme. Les communistes de tous pays, sous l'autorité de Moscou, feront tout pour l'aider.]
1926: Zinoviev et Kamenev, écartés du pouvoir, et désormais persuadés qu'il faut industrialiser et planifier, se rapprochent de Trotski : c'est la «2ième troïka» ou «opposition de gauche». Staline les fait exclure du Parti, fait déporter Trotski et poursuivre ses partisans (les trotskistes sont souvent des intellectuels). Le Parti, «épuré» de ses intellectuels, devient de plus en plus une caste privilégiée d'origine ouvrière. Jusqu'ici, Staline a soutenu la Nep, les koulaks (paysans indépendants) et toléré les «nepmen », commerçants enrichis par la Nep. Mais, en 1928, la tension entre le pouvoir et les nouveaux privilégiés s'aggrave : réquisitions de récoltes, taxations sévères, à quoi répondent refus de livraisons et trafic parallèle clandestin. La crise est aiguë, l'économie asphyxiée. C'est alors que Staline, adoptant tout à coup les idées de l'opposition de gauche qu'il a éliminée, se lance à fond dans la collectivisation : c'est le grand tournant. Le Parti force les paysans à se réunir en KOLKHOZES (fermes collectives) et SOVKHOZES (fermes d'Etat). Résistance massive des paysans, qui abattent leur bétail etc. Les récalcitrants sont soumis à la «dékoulakisation» (5 à 10 millions de paysans déportés et/ou massacrés de 1929 à 1934 d'apr. J-J Marie). Famine gigantesque.
Simultanément industrialisation forcée, avec PLAN QUINQUENNAL de développement (1928-1933), aux directives utopiques, chaotiques. La mise sur pied d'une vaste industrie lourde (énergie = pétrole + charbon + hydro-électricité, et sidérurgie) au détriment de l'industrie légère ou de consommation, s'accompagne d'une énorme propagande en faveur de la productivité (exaltation du stakhanovisme, du nom de l'ouvrier Stakhanov qui abattait 14 fois plus de charbon que les autres) et d'un renforcement de la bureaucratie (6) (rétablissement du «livret ouvrier» par ex.), tout en dénonçant la bureaucratie. L'OGPU, police politique, joue un rôle décisif non seulement dans la «mise au pas» de la population par la terreur, mais dans l'économie, remplissant les campsgoulag ») d'«ennemis du peuple», «koulaks» ou «saboteurs», qui constituent une main d'oeuvre gratuite, mobile, exploitable : l'OGPU devient le plus grand entrepreneur d'URSS. Le premier grand régime totalitaire (7) est en place.
[1927-1930: Le Parti communiste chinois, assez puissant dans les villes, reçoit de Staline l'ordre de collaborer avec le «Kuo-min-tang» (Guomindang, parti nationaliste). Or une fois désarmé, le PCC est exterminé par le général guomindang Tchang-Kaï-shek - cf La Condition humaine de Malraux. Du coup, après cette défaite, les directives de Moscou aux «partis frères» vont être de refuser toute alliance avec d'autres partis de gauche, de lutter «classe contre classe», c'est-à-dire le parti communiste-prolétarien seul contre tous les autres, et surtout contre les sociaux-démocrates ou «social-traîtres», ou même «social-fascistes». Le résultat de cette politique en Allemagne, de 1930 à 33, sera de laisser le nazisme prendre le pouvoir...]
1934: L'assassinat de Kirov, le plus proche collaborateur de Staline (8), est présenté comme la preuve d'un «Complot» d'intensité croissante qui réunit le Capitalisme moribond et le Trotskisme, et qui agit à tous les niveaux du parti.
[On a distingué dans les textes staliniens des années 1930 deux types de langage :
1) le discours de la «métahistoire», c'est-à-dire détaché du réel, consistant à dire que le socialisme instauré en 1917 conduit progressivement à l'abondance. Exemple-type : la phrase constamment citée de Staline « La vie est devenue meilleure, la vie est devenue plus joyeuse ». Comme la réalité ne correspond pas à ce langage, il faut y ajouter
2) le discours de la «subhistoire», consistant à expliquer, par le complot «hitléro-trotskiste», tous les dysfonctionnements du système. Alors chaque cadre, chaque responsable va craindre d'être désigné comme membre du complot, et ne va espérer s'en tirer que par une totale servilité à l'égard des supérieurs, en accusant lui-même d'autres responsables. N. Werth, Etre communiste.., ch. 5, 6, et Soljenitsyne.]
1936-37 : les grandes purges opérées par le Guépéou (GPU, police politique qui succède à la Tchéka) frappent les cadres administratifs et techniques et, au sommet de la pyramide hiérarchique, tous ceux qui pourraient être les rivaux de Staline. Lors des procès (1936: procès du «contre-terrorisme-trotskiste-zinoviévien» ;
1937: procès du «centre antisoviétique trotskiste» etc), les accusés ont presque toujours reconnu et amplifié leur culpabilité, s'accusant, contre toute vraisemblance, des complots les plus noirs. Les explications données à ce comportement étrange sont diverses : Soljenitsyne dans l'Archipel du Goulag insiste sur la terreur dans les prisons, le chantage sur la famille, l'espoir entretenu mensongèrement d'être gracié si on avoue. N. Werth (Etre communiste..) insiste sur le consensus, dans tout l'appareil et même chez les accusés, sur la subhistoire : « puisque tout va mal malgré les efforts du peuple, c'est qu'il y a un coupable, et c'est peut-être bien moi ! ». L'ensemble des procédés mis au point en URSS dans les années 1930 pour obtenir du prisonnier une soumission totale et des aveux publics "sincères" est appelé "lavage de cerveau" (brainwashing); il comporte la privation de sommeil, les interrogatoires répétitifs (avec une lampe devant les yeux) où, pendant des mois, on exige de façon lancinante de l'accusé qu'il avoue une faute, sans lui dire laquelle. Affaibli, il finit par être persuadé d'être coupable, et quand finalement on précise ce qu'il doit avouer, soulagé de "comprendre" sa faute, il y adhère (9).
Il y a aussi des purges dans les classes populaires, surtout des régions non-russes, selon des critères ethniques : les archives ont révélé récemment que la police politique fixait d'avance des «quota» de condamnés à mort pour chaque district ! La masse des déportations de certaines ethnies (Tchétchènes, Cosaques etc) fait qu'on peut même parler d'entreprise génocidaire.
La purge de l'armée (exécution du maréchal Toukhachevski et de 4 maréchaux sur 5 existants, et, dit-on, de 35000 officiers) résulterait d'une provocation des services secrets hitlériens, qui auraient inventé et transmis à Staline une trahison de l'état-major soviétique.
1938 : fin du 2e Plan quinquennal. L'URSS est profondément bouleversée; le Parti et l'Armée, peuplés de cadres fraîchement promus et tremblants, pratiquent le «culte de la personnalité» à l'égard de Staline.
Une grande partie de l'activité économique est obtenue par le travail forcé, dans cette gigantesque organisation de camps dont Soljenitsyne a diffusé mondialement le nom : le Goulag (de Glavnoie Oupravlenie Lagerei : direction des camps). Dès 1919, ces camps de "travail correctif", dirigés par la police politique, remplacent les prisons et sont implantés surtout dans l'extrême-nord (îles de la mer Blanche) ou en extrême-orient, où les conditions sont particulièrement inhumaines. La mortalité y est effrayante. Nombre de détenus, d'ap. Quid 2003 p. 1263 : en 1930 : 1,5 million; 1933 : 3,5 millions; 1938 : 11,5 millions; 1941 : 13,5 millions.
Les avis des historiens divergèrent longtemps quant à la réussite économique de cette période : certains, même anti-staliniens, étaient impressionnés par les grandes réalisations de l'industrie lourde, centrales hydro-électriques géantes et combinats métallurgiques (10); d'autres voyaient la faiblesse de la consommation et l'inutilité des réalisations mégalomanes faute d'un circuit de distribution. Depuis 1990, devant le délabrement des installations héritées des soviétiques (Tchernobyl et autres centrales nucléaires ; gazoducs sibérien qui ont des pertes d'env. 25%) mais surtout l'effrayante dégradation de l'environnement (disparition de la mer d'Aral, des terres noires d'Ukraine, de la taïga, empoisonnement du lac Baïkal, pollution atmosphérique), on a dû cesser de vanter l'économie «prolétarienne».
[Mais ne vantons pas trop, non plus, le système (néolibéral) qui a pris sa place ! Sous Staline, la population augmentait ! Depuis une vingtaine d'années les Russes livrés à eux-mêmes, invités à prendre des initiatives individuelles mais soumis au chômage, à l'incertitude, à des pénuries parfois aussi graves que sous le stalinisme, voyant la corruption envahir tout, ne savent souvent plus que faire, et ne veulent presque plus avoir d'enfants. Aujourd'hui (2005) nombreux sont ceux qui regrettent l'époque stalinienne.]
A l'extérieur de l'URSS, l'information était rare, et les opinions se partageaient de façon tranchée entre l'horreur du bolchevisme (cf Hergé: Tintin chez les Soviets) et le culte du Père des Peuples ou Grand Frère, Staline (Louis Aragon, les Partis Communistes occidentaux, etc.).
Notes :
(1) Communisme de guerre : système autoritaire que Lénine avait mis en place pendant la guerre civile pour faire marcher l'économie - confiscations, réquisitions de vivres et de chevaux dans les villages, directives aux usines pour une production accélérée. Les paysans préfèrent manger leur bétail que le livrer, le commerce de distribution disparaît : famine

(2) Avec la NEP le commerce et le petit capitalisme peuvent reprendre : celui qui a des marchandises les offre, celui dont l'offre correspond à la demande s'enrichit. La situation s'améliore vite, mais des inégalités se créent. On nomme nepman celui qui s'enrichit.

(3) Si on supprime la concurrence capitaliste, il faut que les entreprises aient un autre moyen de savoir que produire : ce sera la planification , dit Lénine d'abord, puis Trotski. Chaque unité recevra des directives, sur cinq ans, pour développer sa production de façon qu'elle se coordonne avec les autres.

(4) Lénine s'en inquiète. Dans un moment où il n'est pas surveillé par Staline, il dicte le fameux testament de Lénine qui dit : méfiez-vous du camarade Staline, il est trop dur. C'était trop tard...

(5) Komintern (= 3e Internationale communiste) organisation créée en 1918 à Moscou, dont le 1er dirigeant fut Trotski. Son but : étendre la révolution bolchevique au monde entier.

(6) Il est très difficile pour un jeune d'aujourd'hui vivant en démocratie de se rendre compte de l'horreur destructrice d'une bureaucratie sans scrupules dont tout dépend.

(7) Le mot Etat totalitaire a été inventé dans l'Italie fasciste. Il faut bien distinguer le totalitarisme du XXe s. de l'absolutisme et des despotismes qui l'ont précédé. A l'autorité sans limite du Chef (avec "culte de la personnalité"), le totalitarisme ajoute
1) une propagande (meetings monstres, spectacles orchestrés, radio, procès publics des ennemis du peuple, embrigadement de la jeunesse dans des activités collectives) qui s'empare de la totalité des esprits : on ne peut plus penser par soi-même;
2) un système efficace de surveillance-dénonciation, avec une police omniprésente (écoutes téléphoniques, micros cachés, avantages donnés aux délateurs, méthodes pour obtenir des aveux), avec un acharnement contre les intellectuels, les artistes, les esprits entreprenants. Toute critique exprimée conduit à la mort, et les citoyens «normaux» adhèrent entièrement à l'exaltation du régime. Dès les années 1930 certains ont vu que le totalitarisme existe à la fois à l'extrême-gauche lénino-stalinienne et à l'extrême-droite hitléro-fasciste. Alors qu'ici, chacun de nous est tantôt une personne individuelle choisissant ses modèles et capable de refuser certains choix, tantôt un atome de la foule qui se précipite dans la même direction comme la vague, dans la société totalitaire il n'y a plus que la foule.

(8) L'assassinat de Kirov a fait couler beaucoup d'encre. La conviction semble se faire, de plus en plus, que c'est Staline qui l'a fait tuer, car personne n'avait de raison de vouloir la mort de ce collaborateur peu visible, et aucun suspect ne l'a approché. Mais pourquoi Staline a-t-il fait tuer son plus proche collaborateur ? Ce mystère est au coeur du totalitarisme : avait-il besoin d'une mise en scène dramatique pour renforcer son pouvoir ? La dictature semble avoir besoin de la délation, de l'accusation, pour fonctionner, et ses chefs s'entre-déchirent.

(9) Des hommes aussi solides que Kamenev et Zinoviev ont fait, à leur procès, des aveux invraisemblables sur le ton le plus convaincu. Actuellement le terme "lavage de cerveau" s'utilise pour dénoncer les procédés de certaines sectes qui obtiennent une soumission totale de leurs membres. Cette technique est née dans les années 1930 dans un but politique, mais aujourd'hui il serait inutile, pour une dictature totalitaire, d'organiser un procès public avec aveux, car tous les journalistes dénonceraient le lavage de cerveau. Les dictatures actuelles préfèrent les disparitions...

(10) Les immenses lacs de retenue hydro-électrique sur les fleuves russes sont visibles sur les cartes scolaires; les habitants évacués subissaient un déracinement cruel. Le plus grand combinat de l'Oural dépensait 30 % du charbon uniquement pour son transport avant la fonte du minerais ! Mais si, selon la doctrine marxiste, la mission de l'homme est de lutter contre la nature, tout cela est bon !
http://icp.ge.ch/po/cliotexte

lundi 20 juillet 2009

Le 26 mars 1962 à Alger

La résistance du ghetto de Bab-el-Oued

Dans la première quinzaine de mars 1962, les Français d'Algérie ne pouvaient pas y croire. Ils ne voulaient pas y croire. Et le 18 de ce mois-là, ils ont reçu comme une condamnation monstrueuse et imméritée l'insupportable nouvelle : leurs départements français avaient reçu le statut de l'indépendance « en association avec la France » (sic) et au profit du seul FLN. Plus de cent trente ans de labeur acharné pour rien. Plus de huit ans de guerre pour rien. La perspective d'avoir à quitter sa terre natale, sa maison, ses biens, ses tombes, comme un déporté politique ! La détermination de la clique de tueurs à laquelle avait été remise l'Algérie, n'avait jamais varié : pour les Français d'Algérie, c'était « la valise ou cercueil ». Les atrocités commises par cette même clique, au cours des huit ans écoulés, ne laissaient pas d'illusion sur le sort de ceux qui tenteraient de rester.

L'OAS, leur seul bras armé, misérable face aux deux forces hostiles conjuguées, a tenté de passer à l'action. Dans le quartier populaire de Bab-el-Oued, quelques militaires des forces de l'ordre dont la présence devenait provocante dans ce contexte, ont été attaqués. Immédiatement, un véritable dispositif militaire a été mis en place, ceinturant totalement ce quartier situé au nord de la casbah. Les habitants ont été soumis dès le 23 avril à un blocus rigoureux, plus d'alimentation, plus de lait, plus de secours extérieur, plus d'hospitalisation, plus de funérailles, les sorties dans la rue tolérées quelques heures par jour. En prime, les blindés de la Gendarmerie mobile tiraient sur les façades des immeubles à la mitrailleuse lourde dont les balles ne s'arrêtaient évidemment ni aux portes ni aux fenêtres. Des avions T6 mitraillaient les terrasses qui auraient pu servir de refuge.

Devant cette tragédie, le reste du Grand Alger, ému et même angoissé, sentait la nécessité d'une action solidaire. Mais laquelle ? Le 26 mars au matin, suivant la croyance habituelle, un tract de l'OAS, signé du colonel Vaudrey, appelait enfin les Algérois à une action en faveur de Bab-el-Oued. Après avoir décrit ce qui s'était perpétré contre l'Algérie française et évoqué les souffrances du quartier meurtri, le tract lançait l'invitation suivante : « Il faut aller plus loin en une manifestation de masse, pacifique et unanime. Tous les habitants de Maison-Carrée, d'Hussein-Dey, d'El Biar rejoindront ce lundi, à partir de 15 heures, ceux du centre pour gagner ensemble et en cortège, drapeaux en tête, sans aucune arme, sans cri, par les grandes artères, le périmètre de bouclage de Bab-el-Oued. » Cet appel pathétique répondait aux aspirations profondes de l'immense majorité des Algérois. Ils décidèrent donc de s'y rendre.

Cette interprétation correspond aussi à ce qu'écrit Monneret. Elle fait l'objet de contestations apparemment fondées, tant sur le fait que le tract ait été rédigé par Vaudrey, qui sur le fait que sa diffusion ait été assurée par l'OAS. Des éléments sérieux donnent à penser qu'il pourrait s'agir d'une provocation renforçant le machiavélisme du guet-apens.

En lançant cette manifestation et cette marche, à l'évidence l'OAS prenait un risque. Mais quelle guerre n'a pas les siens, a fortiori quand elle est dans une phase aussi désespérée ? ... La manifestation ainsi appelée revenait à élargir l'épreuve de force enclenchée à Bab-el-Oued. On peut penser, en effet, que l'objectif allait bien au-delà de la tentative de lever le bouclage du quartier souffrant. Il s'agissait en réalité d'une ultime tentative auprès de l'armée française. Celle-ci, parfaitement au courant de la teneur des accords d'Evian, de la vanité complète des prétendues clauses de garantie, du désespoir des Européens, des juifs et de la multitude des indigènes qui nous avaient été fidèles, allait-elle obéir au pouvoir gaulliste ? Allait-elle se déshonorer en écrasant les dernières résistances de ces Français d'Algérie ? Ou bien, comme quelques officiers et quelques soldats l'avaient fait en avril 1961, allait-elle entrer en dissidence, dire « non ! halte-là ! cette solution est inadmissible » ? A 15 heures, le carnage de la rue d'Isly allait lever l'ambiguïté et mettre fin à tout espoir. Une partie au moins de cette armée avait choisi le déshonneur et se ferait la complice du FLN.
GEORGES DILLINGER Présent 2009

lundi 13 juillet 2009

Il y a 45 ans : mort du communiste Maurice Thorez


– Il y a eu 45 ans hier, décédait Maurice Thorez. Originaire du Pas-de-Calais, il entre au bureau politique du Parti communiste « français » puis en devient le secrétaire général en 1930. À la tête du PC«F», Maurice Thorez se glisse dans la peau du « premier stalinien de France » et suit sans scrupule l’ensemble des directives politiques du fils spirituel de Lénine, Joseph Staline : affrontement « classe contre classe » ; pseudo défense nationale suite à la signature du pacte franco-soviétique puis revirement pro-allemand après la signature du pacte germano-soviétique en août 1939. Le parti de Maurice Thorez dénonce alors la guerre et multiplie les gestes d’amitié et de solidarité envers les « camarades ouvriers du Reich ». Il s’agit alors pour le chef des communistes français de combattre la guerre « impérialiste »… des démocraties d’Europe de l’ouest.
Après la défaite de l’armée française, des négociations débutent en juin 1940 entre Maurice Tréand, cadre du PC « F » et Otto Abetz, représentant des Nazis en France. But des pourparlers : obtenir la reparution du journal L’Humanité et la légalisation du parti. Réfugié à Moscou après sa désertion de l’armée française, Maurice Thorez envoie à son collaborateur, Jacques Duclos, un télégramme le 22 juin 1940, cosigné par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l’ITC (Internationale des Travailleurs Communistes), stipulant une collaboration active avec les forces d’Hitler : « Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux locaux, éventuellement l’Humanité ».
Après ses années passées en URSS, Maurice Thorez regagne la France fin 1944. Il devient ministre d’État sous de Gaulle, et vice-président du Conseil des gouvernements Gouin, Bidault et Ramadier jusqu’en 1947. Durant cette période, et jusqu’à sa mort en 1964, Maurice Thorez continue d’être l’un des instruments les plus fidèles de la politique du Kremlin (ci-dessous reproduction de la « Une» de l’Humanité à la mort de Staline en 1953). Il soutiendra par exemple la féroce répression du peuple hongrois par les Soviétiques en 1956. Maurice Thorez a parfaitement incarné l’antipatriotisme du PC « F », toujours d’actualité en 2009.
http://fr.novopress.info

mardi 7 juillet 2009

On a retrouvé la trace des Celtes

Pendant plus de cinq siècles, les Celtes ont dominé toute une partie de l’Europe, du Danube à l’Atlantique, de la mer du Nord à l’Espagne et au nord de l’Italie. Mais qui étaient vraiment les Gaulois ? C’est la question que s’est posée Arte dans son documentaire du 10 mars. Très instructif documentaire « qui permet d’enterrer les poncifs et de mettre en lumière un peuple hors du commun » (rediffusion le 17 mars à 14 heures).
Il faut dire qu’on revient de loin... depuis la théorie d’une civilisation celtique qui aurait été portée par de grands mouvements migratoires venues des steppes d’Asie centrale jusqu’à, récemment, la théorie d’une culture du type "génération spontanée" qui serait apparue au pied des Alpes suisses et autrichiennes et qui se serait répandue ensuite dans toute l’Europe. Mais voilà que les fouilles effectuées sur le tracé du futur TGV Paris-Strasbourg amènent un certain nombre d’archéologues à penser qu’on ne peut plus exclure la Gaule des lieux de naissance même si d’autres préfèrent rester encore dans une sorte de consensus en parlant d’un brassage de populations au sein de notre Europe tempérée.
Ce n’est que depuis quinze à dix ans que les historiens ont commencé à se rendre compte de l’impasse dans laquelle ils s’étaient fourvoyés en minimisant l’importance de la Gaule depuis les temps antiques jusqu’à l’époque de César. Ces quinze ans correspondent au nombre d’années qui se sont écoulées depuis la publication de mes ouvrages. En m’appuyant sur une meilleure traduction des textes et sur la logique notamment militaire, j’ai proposé d’autres localisations, non pas pour Alésia, mais pour les deux grandes capitales de la Gaule, Bibracte et Gergovie.
Dans mon article "Le temple de Gergovie" du 20 février, j’ai présenté le dessin du chapiteau que voici. C’est un extraordinaire document que l’on peut admirer dans le temple/église du Crest... Gergovie !
Ce chapiteau est, à mon sens, à l’origine de cet art celtique tout en arabesques et entrelacs que tout le monde connaît. Elément fondateur de la pensée druidique, il nous révèle un Dieu de la Nature bien présent mais caché. Rien d’étonnant à ce qu’il ait inspiré les artistes celtes de Gergovie. Rien d’étonnant à ce que les guerriers arvernes aient voulu inscrire sur leurs armes leur foi dans cette pensée née sur la hauteur du Crest. Dissimulé dans les entrelacs du fourreau d’épée présenté dans l’émission d’Arte, le visage de la divinité cachée se laisse entrevoir au téléspectateur comme dans le chapiteau de notre temple. Et puis, l’esprit s’évade dans la perfection harmonieuse des arabesques et dans l’infinie complexité des représentations symboliques, mathématiques et géométriques des figures. Une divinité de la nature mais également "sur nature" que les Gaulois ont évoquée par des figures idéalisées et parfaites de forme. Il s’agit bien là d’une recherche fantasmagorique, ésotérique et mystique de la divinité et des forces divines, telluriques et célestes, au travers de l’Art.
Compilateur et héritier du pythagorisme, Jamblique présente comme vérité absolue l’acousmate suivant : Qu’y a-t-il de plus beau ? Réponse : l’harmonie. Bien qu’antérieure à l’époque de Jamblique, le vase de Vix dont j’ai dit qu’il était une œuvre de Gergovie en est l’illustration la plus exemplaire. Le corps du vase est une recomposition pythagoricienne du bassin de la femme (la terre-mère) et les anses, une recomposition des cornes du bélier jusqu’à une forme harmonieuse parfaite. Dès lors que la preuve a été donnée dans cette émission d’Arte que les Celtes étaient arrivés à un niveau de technicité incomparable dans l’art de la métallurgie du fer et du bronze, rien ne s’oppose plus à l’hypothèse que le vase ait été fabriqué à Gergovie/Le Crest, probablement dans ses forges de Tallende.
Présenté également à l’émission, le chaudron de Gundestrup est la plus belle illustration qu’on puisse trouver des croyances de Gergovie, avec son évocation des symboles solaire et lunaire, mais aussi l’image de l’homme coiffé de la ramure du cerf en forme de branche d’épine noire, symbole d’intelligence. En posture du sage/Bouddha, l’homme se trouve devant un choix : celui du serpent/péché ou celui du torque/signe d’alliance avec Dieu. Il s’agit d’une iconographie qu’on retrouve spécifiquement en Auvergne (près du Crest) et en Bourgogne (près de Mont-Saint-Vincent).
C’est par une phrase très inquiétante que se conclut l’émission : la recherche archéologique avance mais le mystère demeure.
Non ! Je ne puis être d’accord. Le mystère n’existe que parce qu’on ne cherche pas vraiment à l’expliquer. Mais je garde espoir ! Dans encore quinze ans, il se peut que la communauté scientifique se rende enfin compte que tout sort de Bibracte au Mont-Saint-Vincent et de Gergovie au Crest ; que ces lions ciselés dans l’or viennent de Sumer après avoir transité dans le temple du Mont-Saint-Vincent ; que ces griffons et ces dragons, qui s’apprêtent à cracher le feu, viennent de Delphes après être "ressuscités" dans la montagne de La Serre.
E. Mourey htttp ://www.bibracte.com
Cet article est à la fois un extrait de mes ouvrages et une réécriture.

Hypothèse sur les origines de notre Histoire

Sous le règne de Tarquin l’Ancien (vers l’an 600 avant J.C.) les Celtes qui occupaient le tiers de la Gaule avaient à leur tête les Bituriges. Ambigatos, l’un des leurs, était le chef tout-puissant de la Celtique. Son courage, sa fortune personnelle, la richesse de son État l’avaient porté au sommet de la puissance. Sous son autorité, la Gaule était devenue riche en blé et en hommes à tel point qu’il rencontrait de plus en plus de difficultés pour gouverner une population aussi abondante. Comme il se faisait vieux, il décida d’envoyer les excédents de ses peuples s’établir en des lieux que les augures lui indiqueraient (Tite Live).

La tour des Bituriges. Alors que se développe toute une campagne de médiatisation pour promouvoir une vision de la Gaule que je ne partage pas - la Gaule, ça n’existe pas, c’est une invention de César - je dis merci à Agoravox, seul média qui continue à donner la parole au contestataire que je suis des thèses officielles : Emile Mourey, un latiniste comme il n’en existe plus guère dans la société militaire française contemporaine (Revue Le Casoar, avril 1994.)
L’Histoire a une logique. Il s’agit de la retrouver. Imaginons, quelques siècles avant l’an 600, une petite flottille sortant du port de Tyr. Les petites voiles carrées se gonflent sous l’action du vent. Une vingtaine d’hommes par embarcation frappent en cadence de leurs rames les flots bleus de la Méditerranée. Les rivages du pays de Canaan s’estompent puis disparaissent bientôt à leur vue. Ces hommes sont partis pour ne plus revenir.
Cette expédition, ils l’ont soigneusement préparée. Ils se sont engagés sur la voie maritime que les fondateurs de Carthage ont suivie ou vont suivre vers l’an 800 avant J.C. date de la fondation de cette ville d’après les annales de Tyr. Mais bientôt, ils la quittent pour se rapprocher des côtes ligures jusqu’à l’embouchure du Rhône qu’ils remontent à force de rames. A cette date, Marseille n’a pas encore été fondée par les Grecs de Phocée.
Les intrépides navigateurs ont remonté le cours tranquille de l’Arar que l’on appelle aujourd’hui la Saône. A l’endroit où la rivière bifurque, un peu avant sa confluence avec la Dheune et le Doubs, ils ont repéré une région présentant les conditions favorables pour y établir une colonie : des terres propices à l’agriculture, de l’eau un peu partout, des ressources abondantes en gibier et en poissons ; un grand carrefour de voies naturelles. Au centre de cette région, un point dominant, relativement peu élevé certes, mais ayant vue sur tout le pagus qu’ils ont décidé de mettre en valeur : la colline de Taisey, proche de l’actuelle ville de Chalon-sur-Saône.
Nous sommes aux environs du tournant de l’âge du bronze et de l’âge du fer, et peut-être même avant. Avec leur armement de bien meilleure qualité, les colons s’imposent sans grande difficulté, et cela d’autant plus facilement qu’ils apportent aux locaux d’importants progrès dans le domaine de l’agriculture.

Sécurité et prudence obligent, ils élèvent sur la hauteur de Taisey leur première forteresse. Très judicieusement, ils la placent au début de la pente de façon à pouvoir amener dans les très modestes douves l’eau du plan d’eau qui se trouve sur le plateau. La tour principale, toujours existante, est construite sur le modèle des tours du Moyen-Orient mais avec, en plus, un pont-levis prolongé par un pont dormant.

En outre - c’est un modèle astrologique qui nous vient de ces pays lointains - cette tour s’élève sur une base représentant le chariot de la Petite Ourse tandis que la haute cour qui se trouve quelque trente mètres en arrière suit le contour du quadrilatère du grand chariot.
La tour regarde en direction du pays de Canaan. Plus tard, dans les fresques de Gourdon, les descendants des fondateurs représenteront sa fenêtre à meneau et, dans l’encadrement de cette fenêtre, les deux collines de Jérusalem.

Ces premiers colons qui se sont installés en Gaule, sur la colline de Taisey, je leur donne le nom de Bituriges. Quand leurs excédents de population partiront pour suivre les expéditions de Bellovèse et de Ségovèse sous le règne d’Ambigatos, comme je l’ai dit dans mon introduction, ils seront accompagnés (cf. Tite Live) de leurs proches voisins : Eduens de Bibracte au Mont-Saint-Vincent, Ambarres du Bugey, Aulerques Brannovices de Brancion, Aulerques Blannovices de Blanot, accompagnés également de peuplades un peu plus lointaines : Arvernes du Crest, Carnutes d’Orléans, Senons de Château-Landon.
Avant que César n’arrive en Gaule, les Eduens de Bibracte/Mont-Saint-Vincent avaient pris possession de la forteresse biturige. Seigneur de Cabillo/Chalon, c’est de là que l’Eduen Litavicos partit pour Gergovie, entraînant avec lui une troupe à pied de 10 000 hommes. Appartenant à la génération précédente, l’Eduen Dumnorix avait marié sa mère chez les Bituriges, à un homme de très haute réputation et très puissant (DBG I, 18). Je suppose que les Bituriges occupaient encore, à cette époque, la région d’Autun et qu’en mariant ainsi sa mère, Dumnorix a étendu son influence, comme l’écrit César, sur les cités les plus limitrophes.
Expansion normale d’une peuplade puissante, les excédents de la population biturige de Chalon/Taisey s’expatrieront pour fonder de nouvelles colonies : Bituriges Cubes à Bourges - la plus belle ville de la Gaule selon César - Bituriges Vivisques à Bordeaux, tandis que l’antique forteresse deviendra castrum des empereurs gaulois, palais du roi franco-burgonde Gontran, puis forteresse du comte de Chalon (cf. les trois sceaux de Guillaume des Barres dont celui de 1246 représenté ci-dessus. Sur les deux autres sceaux, les fenêtres ne sont pas cintrées, seule l’est l’entrée).
Eléments de preuves :
1. Dans son Histoire naturelle, livre XXXIV, Pline l’Ancien (23-79 après J.C.) écrit : « ... Deinde et argentum incoquere simili modo coepere equorum maxime ornamentis iumentorumque ac iugorum in Alesia oppido ; reliqua gloria Biturigum fuit. » La première phrase ne pose pas de difficultés de traduction : par la suite, sur l’oppidum d’Alésia, on se mit à appliquer de l’argent de la même façon aux attelages mais surtout aux ornements des chevaux (il s’agit de l’invention de l’étamage à l’argent). En revanche, pour éviter tout faux sens dans la deuxième phrase, il faudrait la traduire ainsi : gloire aux Bituriges à qui nous devons cet héritage ! Le texte est très clair : l’invention a eu lieu à Alésia et les inventeurs sont les Bituriges qui habitaient cette Alésia.
Quelle Alésia ? Il est bien évident qu’il ne s’agit pas de la petite Alésia des Mandubiens mais de l’Alésia qui passait pour imprenable en raison de la hauteur de ses murailles (Plutarque), celle que Diodore de Sicile qualifie de foyer et métropole de la Celtique, autrement dit : Nuerax/Bibracte/Mont-Saint-Vincent.
Conclusion : les Bituriges étaient à Bibracte/Mont-Saint-Vincent avant les Eduens, et donc également à Taisey/Chalon, les deux localités étant militairement indissociables de même que le sont la poignée et la pointe d’une épée.
2. La Notitia Dignitatum situe une fabrique éduenne d’armement à un Argentomagus que je ne peux identifier qu’à la forteresse de Taisey (Tasiacum/thesorus = trésor = argentomagus/marché de l’argent). En faisant le rapprochement avec le très riche site gaulois d’Argentomagus près d’Argenton-sur-Creuse, j’en déduis qu’il s’agit d’une colonie qui a pris le même nom que la cité-mère de Taisey, et comme les habitants de cette colonie sont des Bituriges, j’en déduis que les habitants de la cité-mère de Taisey étaient bien des Bituriges.
Cette tour mérite-t-elle d’être classée au titre des monuments historiques ?
Alors que son environnement est menacé par une urbanisation sauvage, c’est ce que j’ai demandé à M. Donnedieu de Vabres, alors ministre de la Culture, soulignant en outre le fait qu’elle était un magnifique symbole de tolérance puisque c’est là que fut signée, en 1595, la trève de Taisey qui mit fin aux guerres de religion. Cette demande de classement a été rejetée.
Extraits en partie de mes ouvrages. Les croquis et photos sont de l’auteur. Les reproductions ont été autorisées. E. Mourey
http://www.agoravox.fr

Les moyens criminels du communisme

Non, la fin ne justifie pas les moyens. Le communisme fut une doctrine qui fit feu de tout bois pour parvenir au pouvoir. Avec les résultats monstrueux que l'on sait. Il ne faudrait pas croire que le marxisme soit mort aujourd'hui. Sous ses cendres, se tapissent des incandescences susceptibles de relancer l'incendie. Nicolas Tandler, il y a plus de vingt ans, démontait l'histrion Marchais et le casseur d'entreprises Krasucki. Depuis, à la suite de l'effondrement de l'URSS, il avait pris une sorte de retraite de ses sujets favoris. L'évolution présente lui a paru justifier de reprendre ses dissections du phénomène marxiste, et de ses exécutants.
Le premier au pouvoir, le fondateur d'un totalitarisme toujours vivant, fut Lénine. On en a fait une sorte de génie, un penseur, amené à tolérer des violences «défensives» devant les «sabotages» d'affreux réactionnaires tsaristes et capitalistes. Mieux encore, eût-il vécu plus longtemps, nous dit-on, que Staline n'aurait pu devenir le maître de la Russie. C'est se moquer du monde. Oulianov dit Lénine a utilisé tous les procédés criminels pour parvenir à la domination du peuple russe. Fausse monnaie, captations d'héritage, attaques de banques, terrorisme, furent quelques-uns des procédés qu'il développa. Ses compromissions avec la police politique en principe chargée de le combattre, lui et ses bolcheviques, s'avérèrent constantes. Enfin, il a trahi en permanence son pays, si favorable à sa famille, au profit de ses ennemis, le Japon ou l'Allemagne, se faisant payer pour ses coups de poignard dans le dos des armées russes. Cela par l'intermédiaire de financiers d'un type particulier.
Bien des faits, quoique oubliés, ont été connus. Mais dans ses Secrets de Lénine, Nicolas Tandler a reconstitué l'assassinat d'un ambassadeur allemand à Moscou, démasquant Lénine comme son commanditaire. Ce n'est pas le seul crime du potentat rouge qu'il éclaire grâce à une «revisite» du bolchevisme. Il montre également comment, si la planification de la prise du pouvoir par Lénine avait pu se dérouler sans encombre, la Grande guerre aurait eu une tout autre issue. En une époque marquée par la crainte du terrorisme, le succès d'un Lénine devrait faire réfléchir : les manipulateurs sont souvent victimes de leurs marionnettes.

Nicolas Tandler : Les secrets de Lénine - Dualpha Editions - (BP 58, 77522 Coulommiers Cédex), 400 pages, 32 €
National Hebdo du 2 au 8 février 2006

mardi 23 juin 2009

« Les femmes ont-elles une âme ?» : mensonges et désinformation


« Lors de chaque combat livré par des femmes, on affirme qu’en 585, un concile s’est tenu à Mâcon pour trancher d’une épineuse question : la femme a-t-elle une âme ? On écrit là-dessus comme s’il s’agissait d’un fait historique démontré. D’autres interviennent alors – non moins opportunément – pour s’écrier qu’il s’agit d’une légende, tout juste bonne, comme toutes les légendes, à jeter aux orties. Il faut dire la vérité. Si l’on consulte la liste complète des conciles, on s’aperçoit qu’il n’y a jamais eu de concile de Mâcon. En revanche, on trouve en 586 – et non en 585 – un synode provincial à Mâcon. Les «Actes» en ont subsisté. Leur consultation attentive démontre qu’à aucun moment, il ne fut débattu de l’insolite problème de l’âme de la femme. Le synode s’est borné à étudier – avec un grand sérieux – les devoirs respectifs des fidèles et du clergé.
Alors ? D’où vient cette légende si solidement implantée ? N’aurait-elle aucune base ? Si. Le coupable est Grégoire de Tours. Il rapporte qu’à ce synode de Mâcon, un évêque déclara que la femme ne pouvait continuer à être appelée «homme». Il proposa que l’on forgeât un terme qui désignerait la femme, la femme seule. Voilà le problème ramené à son exacte valeur : ce n’était point un problème de théologie, mais une question de grammaire. Cela gênait cet évêque que l’on dît les hommes pour désigner aussi bien les femmes que les hommes. L’évêque trouva à qui parler. On lui opposa la Genèse : « Dieu créa l’homme mâle et femelle, appelant du même nom, homo, la femme et l’homme. » On lui rappela qu’en latin, « homo » signifie : créature humaine.
Personne ne parla plus du synode de Mâcon jusqu’à la Révolution française. En pleine Terreur, pour défendre les femmes dont on voulait fermer les clubs, le conventionnel Charlier, en une belle envolée oratoire, demanda si l’on était encore au temps où on décrétait, « comme dans un ancien concile, que les femmes ne faisaient pas partie du genre humain ». Le 22 mars 1848, une citoyenne Bourgeois devait franchir une nouvelle étape dans l’altération des textes. A la tête d’une délégation du Comité des «Droits de la femme», elle remettait aux membres du gouvernement provisoire une pétition tendant à obtenir le droit de vote pour les femmes et commençant par ces mots : « Messieurs, autrefois, un concile s’assembla pour décider cette grande question : savoir si la femme a une âme… » Bouclée, la boucle. Les quelques lignes de Grégoire de Tours, définitivement déformées, étaient entrées dans le patrimoine définitif de la crédulité publique. »
Alain Decaux – Histoire des Françaises (Librairie Académique Perrin, Paris, 1972, pp.133-134) (via Dia)
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vendredi 19 juin 2009

«Pendant 1000 ans, les Arabo-musulmans ont tué, castré ou déporté près de 17 millions d’Africains.»



Si la communauté internationale a reconnu que la traite des Noirs avait été «une tragédie» et « un crime contre l’humanité », pas un mot sur l’antériorité de celle pratiquée par les Arabo-musulmans et ses conséquences.
A Durban, les représentants du continent noir et ceux des pays arabes se sont contentés de mettre en accusation les négriers occidentaux, avec demande de repentance et de réparation.
Pourtant, le commerce négrier et les expéditions guerrières provoquées par les Arabo-musulmans, furent pour l’Afrique noire bien plus dévastateurs que la traite transatlantique.
Tout le Soudan depuis l’Océan jusqu’en Égypte était livré aux chasses à l’homme et à la vente de captifs. (…) Pour chasser et enlever de force 500.000 individus, il fallait en faire périr près de 2 millions d’autres (résistants ou fuyards).
Ce fut la colonisation européenne, qui mit entièrement fin à la traite arabo-musulmane. L’Europe devenue anti-esclavagiste, la plupart des nations occidentales impliquées ont reconnu leur responsabilité et prononcé leur aggiornamento. On attend toujours celui des pays arabo-musulmans (Moyen-Orient, Maghreb, Iran, Turquie etc.).
De nos jours encore, beaucoup associent traite négrière au seul trafic transatlantique alors que la traite et le travail forcé des peuples noirs, n’ont pas été une invention des nations européennes.
Les Arabo-musulmans sont à l’origine de cette calamité et l’ont pratiquée en grand, du 7e au 16e siècle, pendant près de 1.000 ans, en déportant près de 10 millions d’Africains.
Au total, les Arabo-musulmans auront tué, castré ou déporté près de 17 millions d’Africains.
Ce douloureux chapitre de l’histoire de l’humanité, qu’il est difficile de ne pas qualifier de génocide par massacres, razzias sanglantes puis castration massive, chose curieuse, très nombreux sont ceux qui souhaiteraient le voir recouvert à jamais du voile de l’oubli, souvent au nom d’une certaine solidarité religieuse, voire idéologique.
C’est en fait un pacte virtuel scellé entre les descendants des victimes et ceux des bourreaux, qui aboutit à ce déni. Un silence sélectif entourant le crime arabo-musulman envers les peuples noirs, planait à Durban où on s’est contenté de mettre en accusation les négriers occidentaux, avec demande de repentance et de réparation.
Les participants ont tout simplement réussi, à occulter le rôle et la responsabilité des nations arabo-musulmanes pendant plus de treize siècles sans interruption.
Tidiane N’Diaye (source)

jeudi 18 juin 2009

Les origines de la langue française suite et fin

4) L’évolution accélérée du latin
Pendant les deux siècles qui suivent, la civilisation latine s’étiole : le royaume est divisé entre les fils des rois mérovingiens, déchiré par les luttes intestines.
Ce morcellement territorial favorise la formation de nombreux dialectes. L’Église perd son rôle conservateur de la civilisation et de la langue : évêques et moines maintiennent des écoles qui forment les religieux, mais on n’y apprend guère que quelques prières et formules liturgiques.
Certes il existe encore des lettrés, mais ils emploient volontiers un latin proche du peuple, qu’ils appellent la langue “simple”, “humble”, “inculte” (simplex, humilis, incultus sermo). Selon le spécialiste du latin tardif Michel Banniard, le public de langue d’oïl comprend ce latin simplifié et populaire, déjà très différent de sa langue parlée, jusqu’aux années 750-780 ; le public de langue d’oc garde cette compétence plus longtemps.
5) L’officialisation du français
Au début du IXe siècle, Charlemagne rétablit l’Empire d’Occident. Son influence civilisatrice et la renaissance des lettres latines entraînent paradoxalement l’apparition d’une nouvelle langue écrite, qui deviendra le français.
Charlemagne tente de redonner à ses peuples la civilisation qu’ils ont perdue. Pour aider les moines qui ne comprennent plus le texte de la Vulgate, il fait venir un clerc d’Oxford, Alcuin, qui crée à Tours un enseignement en latin. Il fait ensuite ouvrir de nombreux centres de formation des élites et attire à sa cour les meilleurs intellectuels de son temps.

Les origines de la langue française suite

3) L’INFLUENCE DU GERMANIQUE
La Gaule romaine connaît d’abord une période de stabilité et de prospérité. Mais, dès la fin du siècle des Antonins (192), la vie sociale commence à se disloquer.
Cette tendance s’accentue à partir du IIIe siècle, avec les incursions des Germains : du IIIe au IVe siècles, ils déferlent sur le pays qu’ils se partagent en plusieurs royaumes, wisigoth, burgonde, alaman, franc rhénan et franc salien, tandis que les Gallo-Romains sont cantonnés dans le bassin parisien et la Bretagne.
Menés par Clovis, l’un de ces peuples germaniques, les Francs Saliens, occupe le royaume gallo-romain en 486, bat les Wisigoths en 507 et absorbe le royaume des Burgondes, en 534. Il se produit alors un fait linguistique assez rare : contrairement à ce qui s’est passé lors de la colonisation latine, c’est la langue dominée, le latin, qui demeure la langue officielle.
Les raisons de son maintien sont religieuses et peut-être politiques : pour se concilier les évêques dans la lutte qu’il voulait entreprendre contre les Wisigoths, de religion arienne, ou par conviction personnelle, Clovis se convertit au christianisme, religion officielle des Romains depuis 312. Ce faisant, les Francs obtiennent l’appui des Gallo-Romains, mais ils acceptent aussi le latin comme langue religieuse.
Des raisons culturelles expliquent aussi l’adoption du latin.

La prise du pouvoir par les bolcheviques

Lénine n'a jamais dits aux bolcheviques d'arracher le pouvoir des mains du tsar. Il savait pertinemment que c'était impossible. Que s'est-il finalement passé ? Le pouvoir en Russie s'est effondré sur lui-même, victime de ses errements, du désastre de la guerre contre l'Allemagne, de l'incompétence de ses dirigeants, du discrédit de la famille impériale «envoutée» par Raspoutine.
Non, les bolcheviques n'ont jamais pris le pouvoir en Russie. Ils n'ont jamais tenté de cueillir le fruit encore vert. Ils se sont contentés d'attendre qu'il pourrisse tout seul et qu'il tombe de l'arbre. Ils savaient aussi qu'à ce moment là, ils ne seraient pas les seuls à vouloir le ramasser. C'était cela le moment décisif, cette période d'anarchie totale où un souffle de vent pouvait faire basculer l'histoire.

L'exécution du tsar et de la famille impériale signifia le basculement de la Russie dans un autre univers, où les anciennes règles n'avaient plus cours.
Le meurtre du tsar était fait pour annoncer au monde le message suivant : « Il n'y a plus de retour en arrière possible. »
Ces assassinats étaient, pour les révolutionnaires russes, une étape obligée.
Il faut se souvenir de l'axiome qui dit que « la légitimité prime la légalité. »
Jamais les masses ne les suivirent dans leur entreprise de destruction de la dynastie de droit divin dont elles étaient, depuis des siècles, les sujets. Sans la terreur, sans les meurtres de masses exercés sur leur propre peuple, les révolutionnaires ne pouvaient espérer tenir bien longtemps, parce qu'aux yeux de ce peuple, ils n'étaient rien. On ne leur devait aucun respect, aucune autre déférence que celle inspirée par la peur.
Ils ne purent commettre un tsaricide que parce que l'homme qui occupait cette fonction l'avait déjà, aux yeux de la population, largement trahie.

Nous pouvons remplacer la Révolution russe par la Révolution française. Les deux sont identiques.
D'après un texte d'André Waroch

samedi 13 juin 2009

Les origines de la langue française 2) La langue mère : le latin

LA LANGUE MÈRE : LE LATIN
Vers 50 avant notre ère, 100 ans après la Provence, les Romains conquièrent la Gaule. C’est le début de la civilisation gallo-romaine, qui durera environ six siècles.
[Les Gallo-romains sont un ensemble de peuples qui, en Europe occidentale, ont constitué une civilisation spécifique, à l'issue de la Guerre des Gaules jusqu'à l’avènement des Francs. D’origine ou de civilisation celtique pour la plupart, ils étaient notamment localisés sur le territoire de la Gaule, selon les définitions de leurs voisins romains.]
Bien que la gaule reste une zone de faible immigration romaine et que les Romains ne cherchent pas à imposer leur langue dans les pays conquis, les Gaulois adoptent progressivement le latin, tant pour communiquer avec le peuple dominant qu’à cause de la supériorité culturelle et politique des Romains.
Les élites, notamment, sont romanisées : elles accèdent à la citoyenneté romaine et envoient leur enfants suivre un enseignement supérieur latin dans les écoles d’Autun, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon, de Toulouse ou de Reims. Ainsi le latin devient langue officielle sur le territoire gallo-romain, tandis que le gaulois demeure la langue maternelle des populations colonisées.
Le latin parlé en Gaule est un latin plus tardif que le latin classique. C’est aussi une langue non littéraire, outil de communication du plus grand nombre, très simplifiée et très familière, avec des formes expressives, voire argotiques.
Deux phénomènes évolutifs coexistent. D’une part, les Gaulois emploient volontiers des mots argotiques, qui ont d’abord été des expressions imagées : tête a eu pour premier sens “pot cassé”, jambe signifiait “paturon du cheval”, épaule vient d’”épaule d’agneau”, épée désignait une “latte de bois”.
D’autre part, dans toute la Romania, selon une évolution naturelle au cours des siècles, les locuteurs du latin tardif adoptent dans la langue standard des tours populaires. Par exemple, on étoffe les mots en généralisant les diminutifs : auris remplacé par auricula (ureche en roumain, orechio en italien, oreja en espagnol, oreille en français), agnus par agnellus (agneau).
On substitue des formes plus simples aux verbes difficiles : ferre remplacé par portare (porter) ; ou on choisit des formes plus étoffées : ire (aller) remplacé par ambulare (aller, nous allons) et vadere (je vais).
Outre la profonde évolution de sa prononciation, le latin tardif se caractérise aussi par la disparition de la déclinaison, la création des articles, la généralisation des prépositions, l’extension des auxiliaires du verbe, l’apparition de nouvelles formes de futur.
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Pierre-Joseph Proudhon Un socialiste politiquement très incorrect...


Que serait une pensée politique rivée aux seuls échos d'une actualité tonitruante ? Il faut chercher plus loin et voir plus haut que les brutales assertions des manipulateurs de la pensée unique. A l'heure où la démocratie humanitaire se prétend la seule référence morale, unanimement valable pour le monde entier, il n'est certes pas mauvais de mettre son nez dans les ouvrages de quelques penseurs, dont on saura apprécier la différence. Proudhon ne fut pas seulement un militant et un écrivain, ce fut aussi, à sa manière, une sorte de prophète. La chute de l'Union soviétique ne nous à certes pas débarrassé du marxisme, auquel croient encore tant d'intellectuels occidentaux, alors que le rêve confus des Russes devient de mélanger socialisme, nationalisme et panslavisme. Plus que jamais, il importe de connaître celui qui fut le grand rival de Karl Marx et dont la vision n'est pas aussi démodée que voudraient le faire croire ses adversaires libéraux et communistes depuis plus d'un siècle. Dans un monde dominé par un étatisme d'autant plus centralisé et redoutable qu'il devient universel, les idées de Proudhon peuvent surprendre, mais on ne peut ignorer le sens à la fois révolutionnaire et conservateur qu'il donne à un "fédéralisme" qui n'est certes pas une utopie, mais peut-être une véritable vision à la mesure des défis gigantesques que nous connaissons aujourd'hui.
Si le terme même d'enracinement recouvre de solides réalités, le cas de Jean-Joseph Proudhon, reste exemplaire. Il le précisera lui-même : « Je suis né à Besançon, le 15 janvier 1809, de Claude-François Proudhon, tonnelier, brasseur, natif de Chasnans, près de Pontarlier, département du Doubs, et de Catherine Simonin, de Cordiron, paroisse et Burgille-les-Marnay, même département. Mes ancêtres de père et de mère furent tous laboureurs francs, exempts de corvées et de main-mortes, depuis un temps immémorial ».
D'une famille trop pauvre pour poursuivre des études, cet enfant particulièrement doué renonce à l'Université pour devenir ouvrier typographe. De retour de son "Tour de France" traditionnel, il fonde une imprimerie avec deux de ses compagnons.
Après avoir publié des brochures jugées révolutionnaires, il sera élu député en 1848.
Sous le Second Empire, il connaît la prison et l'exil, mais ne renonce jamais à des idées qui lui vaudront une tenace pauvreté et une grande solitude.
Ce n'est certes pas lui qui sera un profiteur de n'importe quel système politique et son socialisme ne sera jamais alimentaire :
« Créer de la richesse, faire de l'argent, s'enrichir, s'entourer de luxe, est devenu partout une maxime de morale et de gouvernement. On est allé jusqu'à prétendre que le moyen de rendre les hommes vertueux, de faire cesser le vice et le crime, était de répandre partout le confort, de créer une richesse triple ou quadruple : à qui spécule sur le papier, les millions ne coûtent rien ».
Aussi son jugement sur la société de son temps - lui qui a connu la monarchie, la république et l'empire - est impitoyable : « On a remarqué que les plus fougueux démocrates sont d'ordinaire les plus prompts à s'accommoder du despotisme, et réciproquement que les courtisans du pouvoir absolu deviennent dans le même cas les plus enragés démagogues ».
Son action n'est pas tant celle d'un conspirateur, comme Blanqui, mais d'un doctrinaire. Certes, ses idées ne sont pas exemptes de contradictions, mais n'en sont que plus vivantes et plus libres.
Contre le totalitarisme, contre la centralisation, contre l'impérialisme, il recherche un équilibre dynamique entre le spiritualisme et le matérialisme, entre la liberté et l'autorité, entre le rêve et l'action, entre le droit et la justice, entre la révolution et la tradition.
Il n'y a pas finalement de "doctrine" proudhonienne, mais une manière proudhonienne d'aborder la vie des hommes et des peuples.
Toute sa trop courte existence - il mourra à Paris le 19 janvier 1865, à cinquante-six ans, après une vie militante et familiale exemplaire - il s'affirme à contre-courant de toutes les idéologies et de toutes les illusions dominantes. Un de ses disciples du XXe siècle, le trop méconnu Alexandre Marc, dira de lui qu'il fut grand frondeur devant l'Eternel scissionnaire opiniâtre, "non-conformiste" farouche.
Aussi est-il difficile, à plus d'un siècle de distance ; de le situer facilement par rapport à une "gauche" et à une "droite", qu'il avait tendance à récuser, mais aussi parfois à con joindre, Libre-penseur dans tous les sens du terme, il s'est voulu finalement une sorte d'aventurier de la pensée, un défricheur et un éveilleur.
Celui qui devait si bien le comprendre et le poursuivre, le grand Péguy, allait, mieux que tout autre, définir le rôle de tels "prophètes" : « Une grande philosophie n'est pas celle qui prononce des jugements définitifs, qui installe une vérité définitive. C'est celle qui introduit une inquiétude qui ouvre un ébranlement ».
Ainsi l'œuvre de Proudhon est, plus qu'un jugement sur la société de son temps, une incitation à agir. En ce sens, ce doctrinaire du travaillisme français est le maître du vieux Sorel et des socialistes prolétariens, qui devaient tant se heurter aux socialistes parlementaires au début de notre siècle. Il a parfaitement précisé le sens de son "enseignement" : « Faire penser son lecteur, voilà, selon moi, ce qui dénote l'écrivain consciencieux ».
La démarche politique et morale de toute sa vie va le conduire de l'anarchie, qu'il professait vers 1840, à l'idée de "fédération", qui sera son grand apport à une nouvelle vision de monde.
Partisan résolu de toutes les diversités - on dirait aujourd'hui : de toutes les identités - il refuse l'uniformité, le nivellement, l'indifférencié. Les familles, les communes, les provinces, les Etats, doivent s'unir ; se "fédérer", mais non disparaître. Il l'affirme sans ambages : « Le système fédératif est à l'opposé de la hiérarchie ou centralisation administrative et gouvernementale par laquelle le distinguent, ex aequo, les démocraties impériales, les monarchies constitutionnelles et les Républiques unitaires ».
On imagine aujourd'hui quel type d'Europe il aurait souhaité et quelle caricature il en aurait refusée.
Certains de ses propos tomberaient sans doute de nos jours sous le coup de la loi. Ceux-ci par exemple : « Qu'importe aux étrangers le despotisme gouvernemental. Ils ne sont pas du pays ; il n 'y entrent que pour l'exploiter, aussi le gouvernement a intérêt à favoriser les étrangers dont la race chasse insensiblement la nôtre. » Ou encore : « La gloire d'un peuple, c'est de faire de grandes choses, en conservant la pureté de son sang, de son individualité, de sa tradition, de son génie ».
Comme le disait admirablement le résistant Alexandre Marc, au lendemain de la dernière guerre : « Notre monde a besoin de Proudhon... comme on a besoin de lumière, d'air pur, d'eau fraîche, de pain franc, de camaraderie, d'amitié virile, d'espérance ».
Jean MABIRE National Hebdo du 15 au 21 avril 1999

Des espions de la STASI avec la CIA

On croyait tout savoir sur la STASI, la police secrète de l'Allemagne communiste, le pire ramassis de mouchards, d'espions et de tortionnaires après celui du KGB. De fausses révélations en confidences truquées, en particulier de la part de l'actuelle idole trotskiste, l'ex-général Markus Wolff, stalinien forcené, puis gorbatchévien malchanceux, on s'imaginait ne plus rien avoir à apprendre sur ses coups tordus, ses succès et ses échecs. En fait, l'essentiel demeurait dissimulé, tout en n'étant pas perdu pour tout le monde. Le pot aux roses - c'est Ie cas de le dire, on va le voir - a été découvert il y a peu.

Infiltration et chantage
1990, l'univers communiste s'effondre comme un château de cartes. Les officiers les plus malins de la STASI, le sinistre staatssicherheitsdients de la "Prusse rouge", pensent à leur avenir. A Washington, la CIA s'en préoccupe aussi. Les deux réflexions finissent par se rencontrer. Les colonels est-allemands, pas fous, n'ont pas détruit, fin 1989, les dossiers les plus explosifs qu'ils détiennent. La CIA le sait, et souhaite les récupérer, pour un usage bien précis. Grâce à la magie du billet vert, tout s'arrange. Les responsables principaux de la STASI vendent à la CIA leur fichier et, des dossiers, parmi les plus brûlants. Le nom de code de ce marchandage était "Bois de rose".
Près d'une décennie plus tard, en 1998, soucieux de rester sur le devant de la scène les médias, le tristement fameux ci-devant chef de la STASI, Markus Wolff, fit un beau jour des confidences à la télévision allemande. Il révélera en particulier qu'il avait disposé d'agents autour du pape, en plein Vatican. Il souleva un franc scepticisme, et l'interprétation la plus courante fut qu'il affabulait. D'autant plus qu'on ne trouvait aucune trace dans les archives disponibles d'une telle infiltration. Mais les milieux réellement "bien informés" donnaient discrètement à entendre que la CIA était parfaitement au courant. Cependant, le silence retomba quelques mois après le pavé dans la mare jeté par Markus Wolff.
Début janvier de cette année, nouveau coup de théâtre, cette fois technique. Des spécialistes est-allemands parvenaient à casser le code utilisé par la STASI pour correspondre avec ses espions à l'Ouest. Certains agents jamais repérés étaient alors identifiés. Surtout, les décryptages permettaient de vérifier que toutes les "rumeurs" en provenance de la CIA reposaient sur un fondement très sérieux. Les mouchards au Vatican, c'était du sérieux, Markus Wolff n'avait pas affabulé. Les deux informateurs jusqu'ici identifiés portaient les noms de code de "Saint-Antoine" et d'"Illumination''. L'un d'eux, cadre de l'Agence de presse du Vatican, avait été recruté par la STASI dès 1960.
Détenant la preuve que les Américains en savaient très long, et n'avaient rien transmis à ses services, le gouvernement allemand a réclamé officiellement à Washington la transmission d'une copie des archives de la STASI remises en 1990 à la CIA. Sans le moindre succès : la CIA a l'intention, même pas dissimulée, de continuer à faire chanter les anciens agents de la STASI qu'elle a identifiés, afin de continuer à les employer au même travail, à son profit maintenant. On dit, à Berlin, que plusieurs "personnalités" françaises seraient dans ce cas.
R.L.D. National Hebdo du 15 au 21 avril 1999

Les origines de la langue française :

Article de 1997, paru dans “Pour la Science” – Extrait 1
On n’a jamais cessé de parler latin en France, mais un double phénomène de créolisation dû au bilinguisme des Gaulois, puis des Francs, a engendré une toute autre langue, le français. Nous retraçons ici l’histoire de la langue officielle, depuis ses origines.
Bien que les fouilles montrent que le territoire de l’actuelle France était très peuplé, on n’a que peu d’éléments sur les ethnies qui l’ont occupé avant l’installation des Gaulois, et les témoignages linguistiques ne remontent qu’à 600 ans avant notre ère. Les peuplades dont nous connaissons l’existence à cette époque, Ligures et Ibères, n’ont pas eu d’influence notable sur la langue française.
Seuls quelques mots des Grecs, installés en petites colonies sur le pourtour méditerranéen, sont passés en français par l’intermédiaire du provençal. Les noms de lieu surtout témoignent de leur passage : Heracles Monoikos, “Hercule le solitaire”, a donné Monaco. (Théa) Nikaia, “la déesse de la victoire”, Nice. Antipolis, “la ville d’en face”, Antibes. Et on pourrait multiplier les exemples.
L’INFLUENCE GAULOISE
Les premiers habitants dont la langue a réellement marqué le français sont les Gaulois, un peuple celte.
Originaires d’une région correspondant aux actuelles Bavière et Bohème, ils occupent progressivement la majeure partie de l’Europe de l’Ouest, et parviennent vers 500 avant notre ère, jusqu’à cette péninsule du bout de l’Europe, la future France.
La langue des Gaulois est divisée en nombreux dialectes, mais garde une certaine unité, comme leurs coutumes et leur religion. On peut d’ailleurs se demander si tous parlaient gaulois dans les régions celtophones et s’il ne restait pas des groupes parlant d’autres langues. A l’inverse, l’archéologue Colin Renfrew envisage que les Celtes aient reçu, sur place, leur langue et leur culture de populations néolithiques déjà indo-européennes depuis des millénaires.
Le gaulois a survécu à la conquête romaine jusqu’au IVe siècle, voire plus. Par ce contact prolongé, il a quelque peu transformé le latin parlé en Gaule. Ainsi, il est possible, quoique contesté, que le son que nous écrivons u et le maintien du s final – notre marque de pluriel – soient dus à ce substrat gaulois.
En outre, le gaulois a laissé dans le lexique français beaucoup de termes ruraux, se référant :
• aux travaux des champs : sillon, glaner, javelle, soc, charrue, ruche
• à la configuration du terrain : marne, grève, lande, boue, bourbier, galet, quai, talus
• des noms d’animaux et de plantes : bouleau, bruyère, if, chêne (l’arbre sacré des druides), mouton, saumon, lotte, alouette, bouc,
• quelques noms de mesures anciennes : arpent, boisseau, lieue
• ainsi que des termes domestiques (la langue maternelle n’est-elle pas la langue de la mère ?) dont le plus bel exemple est le verbe bercer.
Certains termes témoignent des supériorités techniques des Gaulois, dans la brasserie (cervoise, brasser, brasserie), dans la fabrication des chariots (char, charpente, benne, jante) et dans les vêtements : la chemise et le pantalon long (braies) des Gaulois ont été adoptés par les Romains.

A venir : “La langue mère : le latin
(Merci à Bart Vador)
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vendredi 5 juin 2009

“La colonisation : une entreprise ruineuse”


« Les colonies sont un inutile fardeau et la France s’est épuisée en construisant en Afrique 50 000 kilomètres de routes bitumées, 215 000 kilomètres de pistes carrossables en toutes saisons, 18 000 kilomètres de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2 000 dispensaires modernes, 600 maternités, 220 hôpitaux dans lesquels les soins et les médicaments sont gratuits.

En 1960, 3 800 000 enfants des colonies africaines sont scolarisés et, dans la seule Afrique noire, 16 000 écoles primaires et 350 écoles secondaires (collèges ou lycées) fonctionnent. En 1960 toujours, 28 000 enseignants venus de France, soit le huitième de tout son corps enseignant, exercent sur le continent africain.

Pour la seule décennie 1946-1956, le pays dépense en infrastructures, dans son empire, la somme colossale de 1 400 milliards de francs de l’époque ! »

Bernard Lugan, God bless Africa. Chap.2, 4e partie “La colonisation : une entreprise ruineuse”. Editions Carnot, 2003.
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jeudi 4 juin 2009

Edouard Herriot au pays des soviets



En 1932-33, une famine artificielle organisée par le pouvoir stalinien en Ukraine causa plusieurs millions de morts. La nouvelle ayant commencé à filtrer en Occident, les organisations procommunistes organisèrent une opération d’intoxication pour rassurer l’opinion. C’est ainsi que durant l’été 1933, le gluant politicien radical Edouard Herriot se rendit en URSS pour cautionner la version des autorités soviétiques (probablement avec l’approbation du gouvernement français, soucieux de s’assurer une « alliance de revers » contre l’Allemagne).
Herriot déclara avec satisfaction :
« [Je n’y ai vu que] des jardins potagers de kolkhozes admirablement irrigués et cultivés. Voici, chargées de raisins, les vignes du plant français. Les récoltes décidément sont admirables ; on ne sait où loger les blés. (...) J’ai traversé l’Ukraine. Eh bien ! je vous affirme que je l’ai vue tel un jardin en plein rendement. »
Quant à Charles Alphand, ambassadeur de France à Moscou, qui accompagnait Herriot en Ukraine, il envoya à Paul-Boncourt (le ministre des Affaires étrangères, qui était en train de négocier un rapprochement avec l’URSS) un télégramme affirmant que les rumeurs de génocide n’étaient que « des racontars colportés par les ennemis du régime ».
Pourtant, la vérité avait déjà atteint les Etats-Unis, comme le montre l’article suivant :
« La veille du jour où la délégation était attendue, on a mobilisé à deux heures du matin toute la population de Kiev aux fins de nettoyer les rues principales et de décorer les maisons. Dix mille personnes se ruent au travail, et tentent de donner à la ville qui est dans un état de saleté et de négligence repoussante, un aspect à peu près européen. Tous les offices de répartition de vivres : coopératives, etc., sont fermées, les queues devant les magasins sont interdites, les hordes d’enfants abandonnés, les mendiants, les faméliques disparaissaient comme par enchantement de la circulation. Au carrefour des rues on voit la milice à cheval caracoler sur des montures reluisantes dont les crinières sont parées de rubans blancs. Un spectacle comme Kiev n’en avait jamais vu et comme elle n’en reverra probablement jamais. »
(article paru dans le journal juif new-yorkais Forward, en 1933)
Dans son livre L’Histoire trouée (L’Atalante, 2004), Jean-Louis Panné ajoute concernant le voyage d’Herriot :
« Dans son livre Orient (Hachette, 1934) qui se présente comme le compte rendu de son voyage, Herriot qui le plus souvent se borne à recopier les textes de la propagande soviétique, fait l’apologie de la politique du Plan quinquennal. Il ment en toute conscience sur la famine puisqu’il a parfaitement saisi que son voyage a fait l’objet d’une minutieuse préparation de la part des autorités soviétiques et, bien entendu, de la police secrète : la Guépéou. Le livre de Sophie Cœuré donne toute l’arrière-histoire de cet épisode fondateur de la négation. »
Voici deux autres exposés sur cette imposture d’Herriot (et du gouvernement français, qui préférait manifestement la « Realpolitik » au « droit d’ingérence » humanitaire) :

COMMENT HERRIOT FUT PROMENE EN URSS
Edouard Herriot, chef du parti radical et maire de Lyon, fit un voyage en URSS à la fin de l’été 1933, et joua, pour sa part, avec un brio certain, le rôle de l’idiot utile, si cher à Lénine.
Du 26 au 31 août, Herriot va parcourir cette Ukraine que la faim, la misère et la collectivisation sont en train de vider peu à peu de ses habitants. Ce politicien que l’on disait si habile, si fin (comme en témoignent certaines de ses œuvres littéraires) fut victime, de la part des Soviets, du plus sinistre des canulars.
On lui fit en effet découvrir une fausse URSS, où les ouvriers et les paysans étaient des agents du NKVD déguisés. A Odessa, Kiev, il visita des entrepôts de tracteurs et des usines amoureusement préparées en vue de cette visite. Il alla dans les kolkhoses, demanda à voir un village éprouvé par cette famine dont la nouvelle avait filtré jusqu’en Occident : on lui fit traverser le plus pimpant des villages, spécimen aménagé spécialement pour les touristes occidentaux.
Visitant une cantine, il goûta la soupe et s’exclama : « Je puis certifier que la soupe est excellente. S’il en est ainsi de tout, c’est un restaurant digne de Lyon, la ville la plus gourmande de France ». Pendant ce temps, des miliciens en armes tenaient hors de sa vue les mendiants et les bandes d’enfants faméliques.
« Lorsqu’on soutient que l’Ukraine est dévastée par la famine, permettez-moi de hausser les épaules », déclara-t-il encore. Certains des Français qui l’accompagnaient s’étonnèrent cependant d’avoir aperçu, par les fenêtres du train, des tas de hardes à forme vaguement humaine, au bord des routes : c’étaient en fait les cadavres des affamés tombés d’épuisement.
Herriot, lui, ne voit rien d’autre que ce que ses mystificateurs lui présentent. Celui que Léon Daudet appelait « l’imposteur chaleureux » avait lui-même été la consentante victime d’une imposture.
Il n’est pas étonnant que ce militant de France-URSS, qui avait été à l’origine de la reconnaissance par la France de la Russie soviétique, ait pu passer pour un « colonel honoraire de l’Armée rouge ». Ce n’était qu’un canular remarquablement monté par P.-A. Cousteau. Mais Herriot avait bien mérité de l’URSS. Et ce titre n’avait pas été usurpé.
(Extrait de la brochure de Francis Bergeron, Le Goulag avant le Goulag, Cahiers du Cices, 1987)
[Le texte est illustré par plusieurs dessins de la presse de l’époque. Dans l’un de ces dessins, on voit une voiture traversant à toute vitesse la campagne ukrainienne et Herriot retenant son chapeau ; un accompagnateur soviétique lui dit : « Si monsieur le président le demande, nous pourrions ralentir jusqu’à 100 km à l’heure ! ». Dans un autre dessin, Herriot descend d’un train et s’adresse à un homme en uniforme : « Je suis plein d’admiration pour votre pays, pour votre régime… » – et l’homme répond : « Je vous demande pardon, M. le Président, vous êtes arrivé en France. »]

LE COMMENTAIRE DE L’HISTORIEN ROBERT CONQUEST
Edouard Herriot, le célèbre radical-socialiste français qui fut deux fois président du Conseil, se rendit en URSS en août et en septembre 1933. Il passa cinq jours en Ukraine ; son emploi du temps fut partagé entre des réceptions, des banquets officiels et une visite guidée. A l’issue de ce séjour, il crut pouvoir affirmer qu’il n’y avait pas de famine et il accusa des éléments poursuivant une politique antisoviétique d’en faire courir le bruit. Le 13 septembre 1933, la Pravda put donc écrire qu’« il avait catégoriquement démenti les mensonges de la presse bourgeoise à propos d’une famine en URSS ».
Ces commentaires, émanant d’un homme d’Etat fort connu, semblent avoir eu une grande influence sur l’opinion européenne. L’irresponsabilité dont Herriot fit preuve dut grandement encourager Staline à miser sur la crédulité occidentale, et il allait en abuser avec beaucoup d’efficacité quelques années plus tard.
(Extrait de Robert Conquest, Sanglantes moissons, dans La grande terreur, Robert Laffont, collection « Bouquins », 1995, pp. 338-340)
On sait maintenant que la collectivisation en Ukraine fit entre quatre et sept millions de morts… L’historien Nicolas Werth estime que cette famine a fait entre six et sept millions de victimes. Etienne Thévenin donne les mêmes chiffres pour l’Ukraine et ajoute qu’il y eut deux à trois millions de victimes au Kouban, au Caucase du Nord et dans la basse vallée de la Volga.
Jean-Louis Panné écrit :
« Ce furent entre 8 à 10 millions d’individus : hommes, femmes, enfants qui disparurent en un temps extrêmement réduit. Nous sommes dans un ordre de grandeur proche de celui des pertes militaires de la Première Guerre mondiale qui fit 8,5 millions de morts. C’est dire le caractère extraordinaire de cette famine. » (L’Histoire trouée, 2004)
Le 21 février 1936, Herriot (« l’imposteur chaleureux », comme l’appelait Léon Daudet) récidiva en faisant un grand discours devant la Chambre des députés, pour recommander la ratification du pacte franco-soviétique. Alors que le régime léniniste puis stalinien avait déjà exterminé plusieurs millions de personnes (et pas seulement en Ukraine), la France n’hésitait pas à s’allier à ce régime génocidaire pour défendre ses intérêts égoïstes – en réalité par crainte et par jalousie de l’Allemagne hitlérienne, qui n’avait encore exterminé personne (hormis la « purge » de la Nuit des longs couteaux, certes brutale, mais sans commune mesure avec la répression stalinienne).
Il est vrai que le socialiste fabien George Bernard Shaw fut lui aussi dupé de la même manière par les autorités soviétiques. Après une visite (tout aussi « arrangée ») en Ukraine, il déclara en 1932 : « Je ne vois pas une seule personne sous-alimentée en Russie, jeune ou vieille ».
Un autre politicien français accepta une invitation du pouvoir soviétique en septembre 1933 : Pierre Cot. En relation avec les autorités soviétiques depuis 1926, Pierre Cot était tellement prosoviétique que le journal Le Populaire le surnomma « Cot, Cot, Cot… cosaque ». Pierre Cot fit l’éloge du système soviétique et de sa « planification » (une idée à la mode à l’époque), et parla de la nécessaire « coopération franco-soviétique » ; il exprima les mêmes opinions devant le Conseil des ministres dès le 23 septembre, puis dans une conférence de presse, mais garda un silence total sur la famine en Ukraine. L’action de Herriot et de Cot visait (et réussit) à détourner l’attention de l’opinion de la famine, en accord avec les autorités soviétiques (qui versaient aussi des sommes d’argent importantes à plusieurs grands journaux français, comme on le sait aujourd’hui. Parmi ces journaux figuraient Le Temps, L’Œuvre, L’Ere nouvelle, etc. C’est Le Temps qui reçut le plus d’argent soviétique (environ 40.000 francs mensuels). Voir le livre de Sabine Dullin : Des hommes d’influence. Les ambassadeurs de Staline en Europe, 1930-1939 (Payot 2001).
Quant au journaliste Walter Duranty, envoyé du New York Times à Moscou, il relaya impudemment les pires désinformations soviétiques, niant toute famine en Ukraine. Pour ce travail de propagandiste (il nommait Staline « le plus grand homme d’Etat vivant »), il reçut le Prix Pulitzer en 1932…
Le génocide ukrainien (l’« Holodomor ») est maintenant officiellement commémoré par l’Etat ukrainien, qui a retenu le chiffre de quatre millions de morts. Il s’agit en fait d’une estimation minimale, et on remarquera que les autorités ukrainiennes ont soigneusement évité d’approcher du chiffre de six millions, pour ne pas fâcher le judaïsme organisé, gardien du dogme de l’Holocauste unique et officialisé.
Nous terminerons par une description d’Edouard Herriot, dans un livre d’un journaliste lyonnais bien connu :
« A la grande terreur de Césarine, sa gouvernante, ‘le Président’ ne se serait pas couché avant d’avoir absorbé un en-cas qui n’était jamais moins qu’une énorme part de civet à la crème ou un cervelas truffé ‘pour six’. Tout occupé à satisfaire cette fougueuse boulimie – et d’autres passions dont sa robuste nature était perpétuellement avide – le maire de Lyon était plus soucieux de digestion que de gestion. » (Pierre Mérindol, Lyon ou le sang et l’argent, 1987)
Et c’est ce Gargantua qu’on envoya enquêter sur la grande famine en Ukraine…
Alain Bougrat http://www.voxnr.com/