
par Jean-Philippe Chauvin
La ministre de la Transition écologique a démissionné, avant de reprendre (temporairement ?) cette démission… J’avoue que son nom m’était inconnu jusqu’à ces derniers jours, car Madame Barbut n’a guère brillé par sa présence et ses prises de positions n’ont pas vraiment agité les médias et encore moins l’opinion publique : cette discrétion est, en définitive, révélatrice de la place que tient désormais l’écologie dans l’actualité et de son profond discrédit près des populations, non à cause de son essence même ni de sa nécessité parfoiscontraignante, mais par le fait et le méfait des autoproclamés écologistes, de Madame Tondelier à Madame Rousseau, véritables repoussoirs pour nombre de Français pourtant motivés par la préservation de l’environnement.
Cette démission (avortée) ne changera d’ailleurs pas grand-chose à la politique suivie depuis plusieurs années et à la philosophie de celle-ci : alors qu’elle devrait être un véritable souci politique, au sens fort du terme, l’écologie n’est plus qu’unevariable d’ajustement et, trop souvent, vécue comme un carcan réglementaire et administratif sans fondement (ce qui n’est pas toujours vrai, en fait). Mais peut-il en être différemment dans une démocratie électorale et représentative dans laquelle les candidats et gouvernants doivent se plier aux pressions des électeurs qui sont aussi (d’abord ?) des consommateurs et des contribuables ? Certes, lesgouvernements et les élus ne sont tenus par aucun mandat impératif et n’ont aucune obligation légale (sinon morale) de tenir les promesses qu’ils ont avancées pour occuper leur poste, et cela depuis… l’été 1789(1).
La cause écologique n’a cessé de reculer en France, et les nouvelles générations, qui paraissent pourtant sensibles à « l’éco-anxiété » et se prévalent parfois de cette angoisse pour refuser de transmettre démographiquement la vie, sont celles qui, dans l’insouciance de la jeunesse (peut-on leur en vouloircomplètement dans cette société de la séduction et de la distraction permanentes ?), consomment et gaspillent le plus, considérant désormais, par exemple (révélateur), le déplacement en avion comme un véritable nouveau droit de l’homme, et cela même s’il est extrêmement polluant. Idempour l’usage à grande échelle d’une intelligence artificielle dont les demandes en énergie sont pourtant astronomiques et nécessitent la construction de centres de données (« data centers ») de plus en plus envahissants… Il y a bien eu, il y a quelques années (2018-2019), un sursaut écologiste parmi les jeunesses occidentales autour de la jeune Greta Thunberg, mais il n’a été qu’un bref moment de mobilisation et les dérives de la militante suédoise vers un palestinisme fort peuécologique ont éteint toute possibilité réelle de ce côté-là. En France, c’est Nicolas Hulot qui, dans les années 2000-2010, avait le plus (sinon le mieux…) incarné la cause écologique, et sa place prépondérante dans l’ordre protocolairegouvernemental en 2017-2018 avait pu susciter quelques espérances, vite envolées avec sa démission en septembre 2018. Depuis, l’écologie n’a cessé de perdre du terrain dans l’opinion et dans les réalisations parlementaires etgouvernementales, jusqu’à ce vote des députés de mardi dernier, 21 juillet 2026, qui autorise à nouveau des pesticides pourtant mis à l’index quelques années auparavant.
« Le ministère de l’Impossible » : c’est ainsi que le Premier ministre de ce que l’on nommait alors « la Protection de la nature et de l’environnement », le gaulliste Robert Poujade, avait qualifié son ministère dans le livre éponyme publié en 1975. Il semble que cela soit encore et toujours vrai et confirmé, au grand dam de ceux qui, concrètement, s’engagent dans la défense des paysages et des milieux ruraux comme urbains, de leur biodiversité et de leur pérennité… Mais cela doit-il empêcher de poursuivre ce nécessaire combat écologique, surtout en ces temps incertains où les questions de souveraineté alimentaire et de pérennisation des ressources menacées par les dérèglements climatiques deviennent de plus en plus prégnantes ? La cause des arbres, par exemple,nécessite de véritables engagements et non de simples déclarations de principe, et il est révélateur que, en cet été marbré de canicules, de nombreuses manifestations aient lieu pour empêcher l’abattage de grands arbres menacés par des projets immobiliers qui se disent parfois « écoresponsables » (ce qui est tout de même assez ironique) ou par des municipalités simplement irresponsables, soucieuses de faire de grandes places minérales. Si cela n’est évidemment pas suffisant, ce n’est pas tout à fait insignifiant. Reste néanmoins à poser, véritablement, la question écologique sur le plan politique… Puisque la République semble incapable, au fur et à mesure de ses numérotations, de la poser intelligemment et concrètement, sans doute faudra-t-il en appeler à d’autres institutions politiques, enracinées par principe dans le temps et dans la terre de France…
Notes : (1) : Durant l’été 1789, les députés de la toute nouvelle Assemblée nationale, alors constituante, décident que le mandat impératif est interdit : c’est le moyen pour se détacher des doléances populaires émises lors de la rédaction des fameux cahiers qui les portaient… Désormais, les députés ne représententplus leurs électeurs et leurs attentes exprimées par écrit quelques mois auparavant, mais seulement « la Nation » dont ils doivent rédiger les lois, hors de la pression populaire. En fait, cette dernière se fera autrement, et de façon plus ou moins pacifique…
https://www.actionfrancaise.net/2026/07/23/lecologie-mal-aimee-de-la-republique/
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire