mardi 25 août 2009

L'histoire prise en otage

« Du passé, faisons table rase ! », exhortait Eugène Pottier, le parolier de L'Internationale. Oui, mais voilà : le passé est bien utile lorsqu'on l'instrumentalise à des fins politiques ou idéologiques. C'est même un outil de propagande dont on aurait bien du mal à se passer.

La vie politique française est construite sur un mensonge historique flagrant, mais conforté depuis 60 ans par tous les vecteurs de ce que l'on appelait hier encore la propagande officielle, avant que l «'historiquement correct», selon l'expression de Jean Sévilla n'en prenne encore plus insidieusement le relais. Selon ce bobard forgé en 1945, scellant la complicité des gaullistes et des communistes, eux seuls se seraient opposés à l'envahisseur, tandis que la droite aurait honteusement collaboré avec l'occupant nazi. Ce dogme résistancialiste, qui légitima dans l'immédiate après-guerre la confiscation des principaux journaux de droite par le Parti communiste, sert depuis plus d'un demi-siècle à disqualifier toute réflexion suspecte d'être contaminée par une quelconque forme de «nationalisme», notion fourre-tout, extensible et pratique. Il importe peu que les principaux dirigeants des partis collaborationnistes - Doriot, Déat - soient venus de la gauche internationaliste et pacifiste, que le dirigeant communiste Maurice Thorez ait donné en 1939 l'exemple de la désertion et que le Parti communiste - « le-parti-aux-75 000-fusillés » - ne se soit pris de vapeurs patriotiques qu'à partir de l'entrée des troupes allemandes en Union soviétique. Pour établir sa légitimité, De Gaulle avait besoin de la culpabilité des pétainistes et de l'innocence des communistes.
En 2008 encore, c'est la dernière lettre du communiste Guy Môquet, et non pas celle du royaliste Honoré d'Estienne d'Orves, qui est lue dans les écoles à la demande de Nicolas Sarkozy, héritier du mouvement gaulliste.
L'histoire est une science politique, et cela ne date pas d'hier. Le mensonge historique acquiert peu à peu la force d'un mythe et c'est sur de tels mythes que se fondent les nations et que s'appuient les régimes. Ce que fut vraiment Vercingétorix importe peu, seul compte ce qu'il apporte à l'imaginaire collectif, à l'imagerie populaire naïve qui le montre à cheval, les cheveux au vent et le glaive au poing, déjà dressé contre l'éternel envahisseur. Jacques Heers observe que les concepteurs des programmes d'histoire de la IIIe République n'étaient pas des historiens. C'est qu'ils n'ambitionnaient pas de faire de l'histoire, mais de construire le mythe républicain.
Rien de neuf, alors ? Si, cependant. Ce qui est neuf, c'est justement la perte des références historiques communes, dès l'école. Vercingétorix, connaît pas ! Ce qui est neuf, c'est le refus d'une partie de la population de s'approprier ces références : nos ancêtres ne sont plus les Gaulois... C'est aussi l'utilisation du mythe, non plus pour conforter la République, mais pour dénigrer la France, la couvrir d'opprobre au fil des repentances, et déchirer les images d'Epinal : on ne retient plus du règne de Louis XIV que la traite triangulaire et le code Noir, on n'honore plus les morts de la Grande Guerre sans évoquer longuement les mutins de l'année 17...
⇐Charles Martel : à exclure d'urgence de l'histoire républicaine.
L «'historiquement correct», complément naturel du «politiquement correct», s'impose aux consciences jusqu'à la déraison. Le professeur d'histoire de l'un de mes enfants refuse de leur enseigner le règne de Napoléon 1er sous prétexte que ce personnage est infréquentable. Folie ? Sans doute, mais l'exemple vient de haut puisque, pour des raisons similaires, les plus hautes autorités de la République ont refusé de commémorer le deux centième anniversaire d'Austerlitz...
Les racines du désamour sont profondes. Utilisée hier par les promoteurs de la république jacobine pour unifier une France qu'ils jugeaient par trop disparate, l'histoire mythique s'effondre aujourd'hui avec le jacobinisme, sous les coups de boutoirs d'une critique historique qui en souligne tous les mensonges, les approximations et les oublis trop souvent volontaires. On l'a bien vu lors du bicentenaire de la Révolution française, qui produisit l'effet inverse de celui qu'on avait escompté: il ne fut question que de l'holocauste vendéen.

Le terrorisme historique
Mais sur les ruines de l'histoire de Jules Ferry se construisent d'autres mythes, plus mensongers encore, que les médias rabâchent comme un nouveau catéchisme laïc, Alors que les anciens mythes voulaient cimenter la France républicaine, les nouveaux sapent l'identité nationale au nom de l'égalité, reine des vertus démocratiques, et de ses dérivés : mixité sociale, droit des minorités, discrimination positive... Le mythe entre désormais au service du communautarisme, comme en a récemment témoigné l'affaire Gouguenheim. Dans son livre Aristote au Mont-Saint-Michel, cet historien démonte la thèse qui fait des traducteurs musulmans les relais entre la sagesse grecque et l'Occident chrétien, ce qui signifierait que nous devons aux Arabes les bases mêmes de notre culture. La réponse de ses confrères, historiens et intellectuels de gauche, a pris la forme étrange d'une pétition dans Libération, dans laquelle Sylvain Gouguenheim était accusé d'islamophobie !
L'histoire est livrée, de la sorte, au terrorisme intellectuel qui étouffe l'ensemble du débat politique. Ce climat délétère conduit aujourd'hui les lobbies et les «communautarismes» de toutes obédiences, s'engouffrant dans la brèche dangereuse ouverte par la loi Gayssot contre le révisionnisme, à faire pression sur le législateur pour «légaliser» leur propre conception de tel ou tel point d'histoire, rendant par là toute contestation de leur point de vue illégale. L'histoire cesse dès lors d'être une science pour devenir officiellement un instrument de propagande politique et de justification des menées communautaristes. C'est à quoi les Français doivent s'opposer résolument, sous peine de perdre leur identité.
Hervé Bizien monde & vie du 22 novembre 2008

dimanche 23 août 2009

Le traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne (pacte Molotov-Ribbentrop). Fiche technique

Le traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne a été conclu le 23 août 1939 à Moscou. Ce document a contribué pour beaucoup au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et décidé du sort des Lettons, des Estoniens, des Lituaniens, ainsi que des Ukrainiens de l'Ouest, des Biélorusses de l'Ouest et des Moldaves. A la suite de ce pacte, ces peuples, dont plusieurs étaient réunis pour la première fois de leur histoire au sein d'un seul Etat, faisaient partie presque intégralement de l'Union Soviétique. Malgré les correctifs apportés à leurs destinées par la désintégration de l'URSS en 1991, le pacte Molotov-Ribbentrop détermine encore jusqu'à présent de nombreuses réalités géopolitiques dans l'Europe contemporaine.

Conformément au traité de non-agression, l'Union Soviétique et l'Allemagne s'engageaient à "s'abstenir de toute violence, de toute action agressive et de toute attaque l'une contre l'autre, aussi bien seules qu'avec d'autres puissances". Bien plus, les deux parties avaient promis de ne pas soutenir les coalitions d'autres pays, dont les actions pouvaient être dirigées contre les signataires du traité. Par conséquent, l'idée d'une "sécurité collective" en Europe fut enterrée. Il devint impossible de d'empêcher l'agression (l'Allemagne nazie se préparait à lancer une attaque) grâce aux efforts communs des pays épris de paix.
Le pacte avait été signé par les ministres des Affaires étrangères de l'Union Soviétique et de l'Allemagne, Viatcheslav Molotov et Joachim von Ribbentrop. Un protocole secret additionnel au traité délimitait les sphères d'influence soviétique et allemande en Europe de l'Est en cas de "remaniement territorial". Ce remaniement ne tarda pas. Le traité fut ratifié par le Soviet suprême de l'URSS une semaine après sa signature, les députés ignorant l'existence d'un "protocole secret additionnel " qui n'a jamais été ratifié. Dès le lendemain de la ratification du traité, le 1er septembre 1939, l'Allemagne attaqua la Pologne.
http://www.istorik.ru.library/documents/molotov_ribbentrop/
En 1939, en conformité totale avec le protocole secret, dont l'original n'a été découvert dans les archives du Bureau politique (Politbureau) du CC du PCUS qu'au milieu des années 1990, les troupes allemandes n'entrèrent pas dans les régions orientales de la Pologne peuplées principalement de Biélorusses et d'Ukrainiens, ainsi que sur le territoire de la Lettonie, de la Lettonie et de l'Estonie. Ensuite, les troupes soviétiques pénétrèrent sur tous ces territoires. Le 17 septembre 1939, les troupes soviétiques entraient sur le territoire des régions orientales de la Pologne. En 1939-1940, en s'appuyant sur les forces politiques de gauche de ces pays, la direction stalinienne plaça sous son contrôle la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie et, à la suite du conflit armé avec la Finlande, également rattachée par le protocole secret à la sphère d'intérêts de l'URSS, arracha à ce pays une partie de la Carélie et les territoires attenants à Leningrad (aujourd'hui, Saint-Pétersbourg).

Le premier ministre de Grande-Bretagne Winston Churchill nota dans ses mémoires que la possibilité d'un tel accord entre Berlin et Moscou témoignait d'un échec de la diplomatie britannique et française qui n'avait réussi ni à diriger l'agression nazie contre l'URSS, ni à faire de l'Union Soviétique une alliée avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Mais on ne peut pas non plus estimer que l'URSS a profité du pacte, bien qu'elle ait bénéficié de deux années supplémentaires de paix et reçu de nouveaux territoires importants à ses frontières occidentales. Grâce au pacte, l'Allemagne évita en 1939-1944 une guerre sur deux fronts en écrasant, à tour de rôle, la Pologne, la France et de petits pays d'Europe, disposant, pour son agression contre l'URSS, d'une armée ayant une expérience de combat de deux ans.
Par conséquent, de l'avis de nombreux historiens, l'Allemagne nazie fut le grand gagnant de ce pacte. ("Historiographie soviétique", Université humanitaire russe d'Etat, 1992).

Evaluation politique du pacte
Quant au texte principal du pacte de non-agression, bien qu'il ait marqué un revirement dans l'idéologie de l'URSS qui avait auparavant vivement condamné le nazisme, il ne dépassait pas le cadre de la pratique admise dans les relations internationales avant la Seconde Guerre mondiale. Un pacte analogue fut conclu, par exemple, entre la Pologne et l'Allemagne nazie en 1934, et d'autres pays qui avaient conclu ou tenté de conclure de tels traités. Cependant, le protocole secret additionnel au pacte était certainement contraire au droit international.
Une explication du "protocole secret additionnel" qui délimitait les sphères d'influence "en cas de remaniements territorial et politique des régions faisant partie de l'Etat polonais" fut signée le 28 août 1939. La zone d'influence de l'URSS comportait le territoire de la Pologne situé à l'Est de la ligne des fleuves Pisa, Narew, Boug, Vistule et San. Cette ligne était à peu près conformé à ce qu'on appelle la "ligne Curzon" par laquelle devait passer la frontière orientale de la Pologne à la suite de la Première Guerre mondiale. En plus de l'Ukraine de l'Ouest et de la Biélorussie de l'Ouest, les négociateurs soviétiques avaient déclaré qu'ils étaient également intéressés par la Bessarabie perdue en 1919 et reçu une réponse satisfaisante de l'Allemagne qui déclara que ces régions "ne l'intéressaient pas du point de vue politique". Ce territoire devint ensuite partie intégrante de la RSS de Moldavie au sein de l'URSS. (Voir les détails dans le livre "1939 : les leçons de l'histoire", Institut d'histoire universelle de l'Académie des sciences de l'URSS, 1990, p. 452).

Puisque les clauses du protocole secret élaborées par la direction stalinienne et l'entourage d'Hitler étaient certainement illégales, Staline et Hitler avaient préféré dissimuler ce document tant à l'opinion internationale qu'à leurs propres peuples et organes de pouvoir, excepté une poignée de personnes. L'existence de ce protocole fut gardée secrète en Union Soviétique jusqu'en 1989, année où une Commission spécialement formée par le Congrès des députés du peuple de l'URSS en vue d'évaluer politiquement et juridiquement le pacte fournit au Congrès les preuves de l'existence de ce document. Ayant reçu ces preuves, le Congrès des députés du peuple de l'URSS condamna le protocole secret dans sa résolution du 24 décembre 1989, soulignant que ce protocole et les autres ententes germano-soviétiques étaient devenus caducs au moment de l'agression de l'Allemagne contre l'URSS, c'est-à-dire le 22 juin 1941".
Tout en reconnaissant le caractère immoral de l'accord secret entre Staline et Hitler, il est impossible de considérer le pacte et ses protocoles en dehors de la situation sociale et politique qui s'était créée alors en Europe. D'après les plans de Staline, le pacte germano-soviétique devait constituer une riposte à la politique visant à "pacifier" Hitler appliquée depuis plusieurs années par la Grande-Bretagne et la France et dont l'objectif était de provoquer une querelle entre les deux régimes totalitaires et à diriger l'agression hitlérienne avant tout contre l'URSS.

Avant 1939, l'Allemagne avait réoccupé et remilitarisé la Rhénanie (1936), s'était entièrement réarmée en violation du traité de Versailles, avait annexé l'Autriche (Anschluss - 1938) et placé sous son contrôle la Tchécoslovaquie. A l'instar d'Hitler, la Hongrie et la Pologne revendiquèrent également des territoires tchécoslovaques et reçurent également des parcelles de ce pays. Ce triste résultat fut également dû, pour beaucoup, à la politique des puissances occidentales : le 29 septembre 1938, les chefs de gouvernement de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Allemagne et de l'Italie signèrent à Munich un accord sur le démembrement de la Tchécoslovaquie entré dans l'histoire comme "Accords de Munich". Le 22 mars 1939, les troupes de la Wehrmacht occupèrent le port lituanien de Klaïpeda (en allemand, Memel) et, peu après, Hitler entérina le plan d'occupation de la Pologne. C'est pourquoi les affirmations fréquentes, selon lesquelles seul le pacte Molotov-Ribbentrop a agi comme le déclencheur de la Seconde Guerre mondiale, ne correspondent pas à la réalité. Tôt ou tard, Hitler aurait livré la guerre à la Pologne, et la plupart des pays d'Europe avaient tenté, à telle ou telle étape de la période 1933-1941, de s'entendre avec l'Allemagne nazie en encourageant ainsi Hitler à faire de nouvelles conquêtes. Jusqu'au 23 août 1939, toutes les grandes puissances européennes - la Grande-Bretagne, la France et l'URSS - avaient mené des pourparlers avec Hitler et entre elles. (Voir les détails sur les négociations de l'été 1939 à Moscou dans le livre "1939 : les leçons de l'histoire", pp. 298-308).
Vers la mi-août, les négociations multilatérales entrèrent dans leur phase finale. Chacune des parties poursuivait ses propres buts. Vers le 19 août, les pourparlers anglo-franco-soviétiques se retrouvèrent dans l'impasse. Le gouvernement soviétique donna son consentement à la visite du ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop les 26-27 août à Moscou. Dans son message adressé personnellement à Staline, Hitler avait demandé d'accepter que Ribbentrop se rende à Moscou le 22 août, au plus tard, le 23 août. Moscou accepta et le traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union Soviétique fut signé 14 heures après l'arrivée de Ribbentrop.
http://www.rian.ru/society/20080505/106556830.html

L'évaluation morale du pacte
Aussitôt après sa signature, le pacte suscita des critiques de la part de nombreux membres du mouvement communiste international et des représentants d'autres forces de gauche. Même sans être au courant de l'existence des protocoles secrets, ces personnes avaient vu dans le pacte une collusion inconcevable pour les partisans de l'idéologie de gauche avec les forces les plus sinistres de l'impérialisme : le nazisme. De nombreux chercheurs considèrent même que le pacte a marqué le début de la crise du mouvement communiste international, car il a approfondi la méfiance de Staline à l'égard des partis communistes étrangers et contribué à la dissolution de l'Internationale communiste par Staline en 1943.

Après la guerre, conscient que le pacte compromettait sa réputation de "leader" des antifascistes de la planète, Staline déploya tous les efforts en vue de justifier le pacte dans l'historiographie soviétique et mondiale. Sa tâche fut compliquée par le fait que les Américains qui occupèrent la partie occidentale de l'Allemagne découvrirent des documents allemands laissant supposer l'existence de protocoles secrets additionnels au pacte. C'est pourquoi un "renseignement historique" intitulé "Les falsificateurs de l'histoire" fut rédigé en 1948 avec la participation de Staline (de l'avis de nombreux chercheurs, par lui-même). Les dispositions de cet ouvrage furent mises à la base de l'interprétation soviétique officielle des événements de 1939-1941 qui resta inchangée jusqu'à la fin des années 80 du siècle dernier. Le sens de ce "renseignement" de réduisait à ceci : le pacte fut une tactique "géniale" de la direction soviétique lui permettant de mettre à profit les "contradictions impérialistes" entre les démocraties bourgeoises occidentales et l'Allemagne nazie. Si le pacte n'avait pas été conclu, l'URSS aurait été victime de la "croisade" des pays capitalistes contre le premier Etat socialiste. En Union Soviétique, les dispositions du "renseignement historique" ne devaient pas être contestées, même après la mort de Staline. Tout simplement, sous Khrouchtchev et Brejnev, son nom a été souvent remplacé dans les manuels des écoles secondaires et supérieures par des mots comme "direction du pays" ou "diplomatie soviétique". ("Historiographie soviétique", 1992). Il en a été ainsi jusqu'aux réformes engagées par Mikhaïl Gorbatchev à la fin des années 80 du siècle dernier, jusqu'à ce que les participants au premier Congrès des députés du peuple de l'URSS exigent d'éclaircir les circonstances de la conclusion du pacte qui avait contribué, pour beaucoup, à l'annexion par l'Union Soviétique de certains de ses territoires.

Le 24 décembre 1989, le Congrès des députés du peuple de l'URSS, alors organe supérieur du pouvoir en Union Soviétique, a adopté la résolution sur l'évaluation politique et juridique du traité soviéto-allemand de non-agression de 1939, résolution condamnant officiellement les protocoles secrets en tant qu'acte de "pouvoir totalitaire" qui ne traduisait nullement "la volonté du peuple soviétique qui n'assume aucune responsabilité pour cette collusion". La résolution soulignait : "Les pourparlers au sujet des protocoles secrets ont été menés par Staline et Molotov à l'insu du peuple soviétique, du CC du PC(b) de l'URSS et de tout le parti, du Soviet suprême et du gouvernement de l'URSS".
http://www.lawmix.ru/docs_cccpphp?id=1241
http://www.rian.ru/society/20080505/106556830.html
Les conséquences de cette "collusion" sont ressenties jusqu'à ce jour, envenimant les rapports entre la Russie et les peuples touchés par les protocoles staliniens et hitlériens. Dans les Etats baltes, ces protocoles sont qualifiés de prélude à l'"annexion" de la Lettonie, de la Lituanie et de l'Estonie. L'interprétation de ces protocoles permet de tirer des conclusions sur la nature des rapports avec la Russie actuelle et le statut des Russes dans ces pays, où ils sont considérés comme des "occupants" ou des "colons". En Pologne, les souvenirs des protocoles secrets additionnels au pacte justifient l'identification de l'Allemagne nazie et de l'URSS stalinienne sur le plan moral, de la profanation, qui en découle, de la mémoire des soldats soviétiques, même du regret postérieur de l'absence de coalition entre la Pologne et l'Allemagne nazie en vue d'une attaque commune contre l'URSS. Le caractère moralement inadmissible de cette interprétation des événements de cette époque découle largement du fait que personne parmi les quelque 600000 soldats soviétiques morts pour la libération de la Pologne du joug nazi n'était au courant du protocole secret additionnel au pacte Molotov-Ribbentrop.
http://fr.rian.ru
http://www.alterinfo.net

mercredi 19 août 2009

Santiago Carrillo, tueur de communistes

L'immonde petit Staline espagnol, Santiago Carrillo, qui pontifie à la télévision gouvernementale, sur les ondes de la SER et dans les colonnes de El Pais (le quotidien préféré de Diane Cambon selon Carlos Semprún Maura) en donnant des leçons d'éthique politique, vient de révéler un autre de ses visages : celui de tueur de ses propres camarades.

Selon Periodista Digital, le journaliste Antonio Rubio a mis la main sur le rapport de cent pages écrit en 1955 par le dirigeant communiste espagnol Francisco Abad dans lequel les crimes de Carrillo sont dénoncés aux autorités soviétiques. Il lui a été remis par la fille de l'auteur, une militante communiste de longue date.

Le sanguinaire Carrillo, déjà connu pour avoir fait assassiner des civils (dont des femmes et des enfants) à Paracuellos del Jarama, a non seulement dénoncé à la police franquiste les camarades qui franchissaient la frontière pour rejoindre les fronts de la résistance intérieure, mais il a envoyé des équipes de tueurs (Antonio [José Gros], Sebastián [Félix Pérez] et Partebocas [Ricardo Navacerrada]), pour faire disparaître les chefs locaux que la Guardia civil n'arrivait pas à capturer, comme Pepito (aussi connu comme El Gafas).

Interrogé par téléphone sur ce rapport, dont l'original est dans les archives du PCUS à Moscou, Santiago Carrillo a affirmé qu'il s'agissait d'un montage destiné à le détruire et a refusé de l'examiner.
http://aventuresdelhistoire.blogspot.com

lundi 17 août 2009

Glozel va-t-il faire plier l’archéologie officielle ?

Il est assez étonnant que l’archéologie continue à garder des zones d’ombre suspectes alors qu’il serait assez aisé de faire avancer le débat. Je pense à l’affaire Glozel ; pendant 50 ans, on a traité Emile Fradin de faussaire, jusqu’en 1972 où les techniques de thermoluminescence ont démontré qu’il n’était pas un escroc, ni un faussaire. Et le champ où les découvertes à polémiques ont été faites avait été laissé à moitié fouillé dans les années 20-40 pour que les archéologues puissent revenir.... Ce qui a été fait dans les années 95, et « l’innocence » de Fradin a été reconnue. Pour mémoire, l’abbé Breuil qui considérait cette découverte comme importante avait demandé à signer l’article sur Glozel, mais quand le docteur Morlet, auteur, a refusé, l’abbé Breuil est devenu un adversaire acharné. Drôle d’attitude !
Ce commentaire a été fait par Norbert Gabriel à la suite de mon article du 11 août. Conformément à la politique voulue par Agoravox, j’en profite pour relancer le débat.
Pour bien montrer que l’affaire ne date pas d’hier, voici quelques extraits d’un de mes ouvrages écrit dans les années 80, publié en 93.
Le 1er mars 1924, en labourant un champ, non loin de Châtel-Montagne, près du carrefour de voies antiques de Ferrières-sur-Sichon, à 55km du Crest à vol d’oiseau par la vallée de l’Allier, un jeune homme de 17 ans, Emile Fradin, habitant du village de Glozel, mit à jour un fossé d’inhumation de forme ovale. Bien qu’on lui ait refusé la modeste subvention de 50 francs qu’il avait sollicitée, il s’intéressa à sa découverte et poursuivit ses fouilles avec l’aide du docteur Morlet. Et les deux hommes découvrirent des choses étonnantes. C’étaient d’abord des os sculptés (hameçons, harpons, navettes, têtes de femme et d’homme) sur lesquels des dessins avaient été parfois tracés (loup, félin, bovidé, renne). Mais c’étaient aussi des tablettes d’argile d’écriture alphabétiforme. A ce jour, personne n’est arrivé à comprendre l’écriture glozélienne...
Au départ, il s’agissait pourtant là d’une découverte importante, beaucoup plus riche de significations que les huit cavaliers gaulois de Gondole enterrés avec leurs chevaux... importante parce qu’elle témoigne d’une culture d’inhumation bien établie (ce qui devrait intriguer Antenor qui a beaucoup réfléchi sur le sujet) et plus précisément d’une culture où l’ovale est un symbole religieux ( ce qui m’a intrigué dès le début puisque j’y vois un symbole du judaïsme ancien, voire phénicien/cananéen, comme je l’ai expliqué dans mes ouvrages et articles divers). A noter que ce n’est pas le seul exemple de sépultures où l’ovale est représenté avec, parfois, en plus, le défunt enterré en position foetale... comme dans l’oeuf de la renaissance druidique - ma thèse).
Mais aujourd’hui, grâce à l’internet, l’affaire Glozel redevient d’actualité. Il aura fallu 85 ans mais aussi le courage et l’opiniâtreté d’Emile Fradin.
Philologue allemand spécialiste du Proche-Orient ancien, Herbert Sauren, qui a par ailleurs entrepris de démontrer que la plupart des textes en écriture ibérique pouvaient s’interpréter par des langues sémitiques de l’antiquité, a repris sous cet angle l’ensemble du corpus épigraphique de Glozel établi par le docteur Morlet, ainsi que les parallèles donnés par le même dans ses "Origines de l’écriture", et en a proposé une étude épigraphique, une translittération, une traduction complète ainsi qu’une liste du vocabulaire sémitique (cf Wikipedia)
Enfin, pour lever toute équivoque et réfuter toutes accusations de falsification, citons seulement la traduction que donne le philologue et linguiste suisse Hans-Rudolf Hitz de la tablette GLO-71 qui pourrait se rapporter à un évènement de l’an 107 avant J.C. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Glozel).
Comment ne pas voir dans ces nouvelles interprétations la confirmation de ce que j’ai écrit dans les années 80 ?
1° Une forte influence phénicienne puis judaïque que la Gaule a reçue du Proche-Orient. Dans le cours de cette histoire, l’exil des Juifs à Babylone marque une rupture, un tournant ou une accélération ; car beaucoup avaient fui et s’étaient expatriés. Il faut donc réfléchir sur le rayonnement que les exilés ont pu avoir sur leur diaspora à leur retour en Palestine. En cela, les manuscrits de la mer Morte nous sont d’une aide précieuse. L’origine du christianisme en Gaule ne peut s’expliquer, dans sa logique, qu’en passant par ce chemin.
2° Le lien que j’ai fait entre cette écriture glozelienne et les lettres/repères portées sur le vase de Vix pour lequel j’ai proposé une réalisation à Gergovie/Le Crest dans ses forges
de Saint-Amand-Tallende.


Par exemple, l’explication que j’ai proposée pour la lettre A que l’on retrouve à Glozel sous ses deux formes pourtant différentes mais aussi un tableau de correspondances que je ne présente aujourd’hui que comme un sujet de réflexion, n’étant pas spécialiste dans la langue grecque récente ou ancienne.



3° Mon interprétation d’un texte gravé sur un galet de forme ovale dans lequel j’ai proposé d’y voir une représentation des constellations célestes,




et enfin un essai d’interprétation épigraphique du ciel qui me semble beaucoup plus proche de l’Antiquité que du Moyen-âge.


Je ne dis pas que mon interprétation épigraphique du ciel remonte à une très haute antiquité. La présence de l’oméga majuscule qui, dans mon croquis, "coiffe" le petit charriot de l’étoile polaire est, parait-il, relativement récent dans l’écriture grecque. Il est, en revanche, à rapprocher, me semble-t-il, du diadème/torque de la dame de Vix,
donc au VIème siècle. Voici l’interprétation que j’en ai donnée dans mon "Histoire de
Gergovie".


Qu’en est-il aujourd’hui de la situation ? Après les fouilles officielles de 1983 suite à la demande d’élus locaux, un rapport résumé de 13 pages fut rendu public en 1995. Les auteurs de ce rapport ont estimé que le site de Glozel était médiéval, qu’il contenait des objets de l’âge du fer, mais qu’il avait probablement été enrichi par des contrefaçons. De même, quand j’ai proposé de situer Gergovie sur l’éperon du Crest, la Direction Régionale des Affaires culturelles d’Auvergne, après avoir envoyé des archéologues sur place, en avait conclu que le site n’était pas antérieur au Moyen-âge... comme si l’on pouvait dater l’âge d’une pierre !
Voilà bien ce qu’est l’actuelle archéologie dite scientifique ! Parce qu’il existe, à Glozel, de nombreuses tablettes dénuées de sens, on pense tout de suite à des faussaires. On ne s’interroge même pas sur ce que pouvait être un lieu mystique antique où les scribes attitrés se faisaient rétribuer pour écrire les dédicaces et supplications demandées par des pèlerins illettrés. Le rendement étant de tout temps, il devait bien arriver un moment où les scribes débordés, ou pressés ou incultes, faisaient semblant... jusqu’au Moyen-Âge, pourquoi pas ? Et dans la passion du siècle dernier, pourquoi n’y aurait-il pas eu des contrefaçons pour dénigrer le site ?
Voilà bien ce qu’est l’actuelle archéologie dite scientifique ! Elle est incapable de concevoir la permanence dans le temps d’un site mystique ou d’une position militaire hors du commun. Au XIX ème siècle, les érudits notamment bourguignons recherchaient des éperons barrés comme on va à la pêche et aujourd’hui, on se refuse toujours jusqu’à l’absurde à voir le remarquable éperon du Crest.
Manifestement, il y a quelque chose qui, aujourd’hui, ne tourne pas rond dans l’archéologie officielle.
Emile Mourey http://www.agoravox.fr

L'échec d'un Nuremberg du communisme précipité par ... des anticommunistes.

Les frères Kaczynski, respectivement Premier ministre et président de la République de Pologne, ont subi un échec : leur loi sur la décommunisation du pays a été invalidée par la Cour constitutionnelle. Essentiellement à cause de leurs méthodes et parce que le processus d'épuration semble avoir atteint ses limites.

La Cour constitutionnelle polonaise a partiellement invalidé, le 12 mai dernier, la loi de décommunisation défendue par les frères Kaczynski. Leur campagne contre les anciens agents communistes avançait jusqu'alors tambour battant. Le 17 avril dernier, le déclenchement de l'offensive a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Premier accusé : le général Wojciech Jaruzelski, ancien secrétaire général du Parti communiste, qui exerça une dictature sur la Pologne entre 1981 et 1989. Il est accusé de « crime communiste » pour avoir instauré la loi martiale, dans le but de briser - sans succès - le syndicat Solidarité. A 83 ans, il encourt 10 ans de prison.
Même s'il n'est pas certain qu'il empêcha une invasion de son pays par l'Union soviétique, qui a toujours privilégié des solutions polono-polonaises pour éviter les rebellions d'une nation nombreuse et prompte au soulèvement, Jaruzelski, malgré son orthodoxie communiste semble avoir été un patriote. Sa rencontre avec Jean-Paul II en juin 1983, sur laquelle l'ancien dictateur lèvera bientôt le voile, dans le cadre de la béatification du Saint Père, débouche un mois plus tard sur la levée de la loi martiale. A la fin de l'année, le Parlement vote une amnistie pour les dissidents. De toute évidence, les deux hommes ont trouvé un terrain d'entente dans l'intérêt supérieur de la Pologne. Reste à savoir si Jaruzelski, qui n'était pas un ange mais un politicien communiste rompu aux manœuvres et aux rapports de force, a délibérément travaillé en accord avec le pape ou s'il savait le camp socialiste vaincu d'avance.
Jugé et disculpé en 1996 par des accusateurs complaisants, ce n'est qu'aujourd'hui que le général se souvient des persécutions qu'il a fait endurer aux résistants : « cette période a été un cauchemar [ ... ] J'étais sous la pression de forces internes et externes. Je souffre encore aujourd'hui, je présente mes excuses à ceux qui ont souffert injustement, à ceux qui ont pu être arrêtés injustement, je présente mes excuses à toutes les victimes ».

Jaruzelski, traître ou patriote ?
Mais les frères Kaczynski n'ont cure des excuses du vieux tyran et ne souhaitent pas le faire bénéficier de circonstance atténuantes et encore moins d'une prescription. Le fait qu'ils n'entendent pas limiter la décommunisation au procès symbolique de Jaruzelski va précipiter leur défaite. Selon eux, « il faut rayer de l'espace public les criminels et les traîtres à la patrie ». Et c'est peut-être par leur intransigeance qu'ils feront échouer ce qui aurait pu devenir une sorte de procès de Nuremberg symbolique du communisme attendu par des millions de personnes. Le jour même de la mise en accusation de Jaruzelski, ce sont 700 000 Polonais, âgés de 35 ans et plus, exerçant des responsabilités, qui recevaient un questionnaire de deux pages, à retourner avant le 15 mai à l'Institut du souvenir national (IPN), dépositaire des archives de la Sécurité d'Etat, l'équivalent du KGB en Pologne.
Une loi, votée le 15 mars, les obligeait à répondre - sous peine de licenciement et d'une interdiction d'exercer leur profession durant dix ans à une question délicate : « avez-vous collaboré secrètement et sciemment avec les anciens services de sécurité polonais ? »
Aucune sanction n'est prévue pour ceux qui avoueront une collaboration. En revanche, leur nom sera publié sur le site internet de l'IPN. Plusieurs médias publics ont aussitôt fait savoir qu'ils évinceraient les anciens agents et collaborateurs. Jusqu'alors, la décommunisation ne concernait que 30 000 personnes. En vertu d'une loi de 1997, seuls les parlementaires, les ministres, les magistrats et les hauts fonctionnaires étaient obligés d'avouer leur collaboration avec les communistes. C'est pourquoi la nouvelle loi est fortement contestée, y compris par les dissidents anticommunistes.

Une déclaration obligatoire de loyauté
Le journal Gazeta Wyborcza, ancien organe clandestin, a décidé de boycotter l'enquête. Il reproche aux Kaczynski de vouloir englober trop de gens, trop longtemps après la fin de l'ère socialiste. La loi amalgame en outre les véritables agents avec les milliers de quidams contraints d'informer la Sécurité d'Etat sous peine de persécutions envers eux ou leur famille. Pour l'ancien résistant Wojciech Mazowiecki, « signer une telle déclaration, sous la menace d'une interdiction de travailler, est aussi humiliant que d'avoir été contraint par la police communiste de signer une déclaration de loyauté ! » Le 23 avril, Bronislaw Geremek, ancien chef de la diplomatie polonaise, membre dirigeant de Solidarité et grande figure de l'opposition anticommuniste, perdait son mandat de député au Parlement européen pour avoir refusé de répondre à l'enquête.
Les méthodes brutales adoptées par les frères Kaczynski sont également au coeur de la contestation. Au nom d'une légitime condamnation du passé communiste, les jumeaux sont accusés d'adopter des méthodes soviétiques. Craignant une invalidation de leur loi, ils ont fait effectuer des recherches dans les archives de l'lPN, pour trouver des éléments permettant de faire pression sur les juges de la Cour constitutionnelle, chargée de statuer sur la légalité des lois.
Ce qui n'a pas empêché l'invalidation de plusieurs articles du texte, déclarés anticonstitutionnels, notamment ceux concernant la publication des noms sur Internet. Toutefois, même si elle doit être révisée, la loi n'est pas irrecevable. Selon Janusz Kurtyka, directeur de l'IPN, « la Pologne en a besoin, car notre pays n'a pas achevé son processus de sortie de la période communiste et de ses conséquences à long terme ».
Patrick Cousteau monde et vie. 9 juin 2007

samedi 15 août 2009

GUY MÔOUET Des Glières à Châteaubriant, une volonté communiste de faire couler le sang français

Le candidat avait lancé sa campagne au Mont Saint-Michel. Le président a pris ses fonctions avec un pèlerinage (annuel dans l'avenir ?) au plateau des Glières, en hommage aux 250 morts et disparus de ce réduit alpin et au général Vallette d'Osia qui, avant de mourir à 103 ans, accompagna Jean-Marie Le Pen en ce lieu.

Le lieutenant "Tom" Morel forma aux Glières, en pleine occupation, le 27e bataillon de chasseurs alpins. Avec des réfractaires jocistes, recrutés dans la maison même du cardinal Gerlier, dont nos diviseurs dénonçaient le pétainisme. Cet appel aux armes fut-il prématuré ? A cinq mois du débarquement, la France ne pouvait se laisser passer au cou le carcan d'un "Gouvernement militaire allié". La France sous tutelle, le vieux continent serait resté sans voix. Le rang perdu sur le champ de bataille, du fait de saboteurs et de traîtres, ne pouvait être retrouvé que sur le champ de bataille. Il fallait préparer la seconde campagne de France.
La montée des volontaires aux Glières n'était donc pas prématurée, mais à coup sûr mal placée. Terrain de parachutage commode, ce plateau ne pouvait être tenu pour la « forteresse imprenable » dont parlait l'envoyé du BCRA Jean Rosenthal (qui lui préféra un autre abri). Ancien chef de corps du 27e BCA et deux fois évadé, le commandant Vallette d'Osia s'insurgea contre cette idée folle à Londres même. Mais depuis la rupture de l'alliance Hitler-Staline, saboteurs et traîtres revenaient en force. Le bataillon fut victime de leur volonté de jeter les Français les uns contre les autres. Les communistes savaient utiliser l'occupant pour détruire les cadres "bourgeois" du pays. Ils le laisseront ainsi liquider, dans Varsovie insurgée, ceux des officiers polonais qu'ils n'avaient pu assassiner à Katyn. La consigne de Dimitrov au PC était d' « allumer la guerre civile en France ». La Haute-Savoie le permettait. Les chasseurs alpins de l'Armée secrète y faisaient face à des camarades que les exactions des FTP poussaient dans la milice. Charles Tillon rencontra Jean Blumenthal. Les dirigeants FTP dénonçaient le saint-cyrien qu'était le lieutenant Morel comme issu de bourgeois lyonnais, élève des jésuites et « suppôt de l'évêché ». Sur le terrain, le chef FTP Marcel Lamouille abattait un de ses hommes, coupable de s'être confessé : une trahison à ses yeux ! Et pour cause : ses hommes "chauffaient" les pieds des fermiers pour les dépouiller. Et ils avaient massacré neuf inspecteurs de police attirés par ce banditisme. Ce forfait amena la milice et les GMR en force autour du plateau, désormais assiégé. Devant cet afflux, les FTP de Lamouille s'y étaient eux-mêmes réfugiés : « Vous n'êtes plus des FTP ; vous êtes des chasseurs ! » leur avait dit, bon prince, le lieutenant Morel. Ce geste changea l'optique des GMR dont un officier tuera le lieutenant. Les FTP de Lamouille avaient rempli leur mission en attirant sur les Glières la foudre. A l'occupant de jouer ! Devant le bluff de l'envoyé du BCRA, qui provoqua sur le plateau le parachutage d'armes pour 4500 hommes et annonça sans nulle vraisemblance celui d'un millier de parachutistes alliés, une division de montagne allemande prendra le relais du "maintien de l'ordre" de Vichy pour anéantir le bataillon en formation. Le capitaine Anjot ne pourra que se faire tuer avec 170 de ses chasseurs alpins.

Provocation, répression, révolution
Nous retrouvons la consigne de Dimitrov et la volonté de faire couler le sang français dans le drame de Guy Môquet, jeune fusillé d'octobre 1941 dont le président Sarkozy entend faire lire la dernière lettre à chaque rentrée scolaire. Guy Môquet était d'âge militaire : 17 ans. Est-ce un modèle de patriote ? Pas plus que son député communiste de père, il n'avait été détourné du service du parti par deux ans de trahison et d'alliance avec l'occupant (qui suivaient vingt ans de sabotage de notre défense). Désarmer la France pendant que l'URSS réarmait l'Allemagne avait été la politique du PC depuis 1920. Faire tuer des Français était sa politique depuis la rupture, toute récente, par Hitler de son alliance avec Staline en juin 1941. Guy Môquet en fut l'une des premières victimes. Le Parti sacrifiait ses enfants au Moloch.
Le triptyque enseigné aux militants était alors : « provocation, répression, révolution » (tuer un occupant provoque des représailles qui poussent à la révolte). Mi-octobre 1941, l'OS (Organisation spéciale) du PC ordonna des attentats à Bordeaux, Nantes et Rouen. Le 20 octobre à Nantes, le tandem Brustlein-Spartaco suivit ainsi deux officiers allemands. L'arme de Spartaco s'enraya. Brustlein tua le lieutenant-colonel Hotz ... Un gros coup ! Alors qu'à Paris, Guy Georges n'avait abattu, au métro Barbès, qu'un enseigne de vaisseau, Brustlein avait tué sans le savoir à Nantes le Feldkommandant de la place. D'où une violente réaction de l'occupant : 48 exécutions de détenus de la prison de Nantes et du camp de Châteaubriant, dont Guy Môquet. 50 autres paieront au camp de Souges un second attentat.
Arrêté pour diffusion de tracts, le jeune militant était ainsi voué à la mort par son parti, assassiné indirectement, mais délibérément par les dirigeants d'un PC en mal de martyrs. Le « parti des 100 000 fusillés » (c'était un vœu et restera un rêve) se nourrissait de sang comme le soleil des Aztèques. En l'honorant, sans doute le président Sarkozy ne songe-t-il qu'à créer des conditions favorables aux réformes les plus urgentes. Il octroie au PC un quitus moral pour qu'il renonce au pactole de la CCAS et à une grève à la SNCF. Mais la lecture annuelle de la lettre de Guy Môquet leur fournit une nouvelle occasion de manipuler les enseignants. Il faut en finir avec le mensonge qui fait de traîtres des modèles et de leurs victimes des héros.

Les communistes, fourriers de l'occupant
Les communistes n'étaient pas des résistants, mais les fourriers d'un nouveau totalitarisme. A terme les fourriers d'un nouvel occupant. Sachons lire notre histoire ! Qu'était le PC en 1941 ? Tenu de renier la France en toute occasion depuis le congrès de Tours, il n'avait toujours pas le droit de se dire français. Alors qu'en 1935, le Komintern avait créé un Parti communiste algérien (PCA), le parti de Thorez restait le PC-SFIC (section française de l'Internationale communiste). L'Humanité d'Alsace et de Lorraine avait fait des années campagne pour le rattachement au Reich. Et ses lecteurs fournissaient à l'annexion des fonctionnaires dociles pour prendre la place des préfets, sous-préfets et maires élus, avec la carte du NSDAP, concurremment avec les autonomistes. Les représailles appelées par l'attentat de Nantes n'étaient pas propres aux "nazis". Le général von Stülpnagel, qui y recourut, ne l'était pas. Associé au complot contre Hitler, il fera arrêter, le 20 juillet 1944, les 1200 SS de Paris. Une communiste vint à leur secours. En tuant un officier de la Wehrmacht, elle les aida à rétablir l'ordre hitlérien à Paris. Hitler survivant, Stülpnagel sera exécuté.
Les communistes ont provoqué les Allemands à tuer des militaires français avant d'appeler les Français à provoquer des représailles en assassinant des militaires allemands. Aux applaudissements de Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, ils ont appelé, par la voix de Karl Radek, les nationaux et les socialistes allemands à s'unir contre l'occupant français de la Rhénanie en 1923. De cet appel naîtront le parti de Hitler et la Seconde Guerre mondiale. Membre du Politburo soviétique, Karl Radek était l'agent de Lénine dans la république de Weimar, qu'il avait mission de remplacer par un Reich revanchard. Il voyait le Parti national socialiste ouvrier allemand, né de son appel, comme une version politique du "Soviet des ouvriers et des soldats". Lénine misait sur la guerre. Son credo tenait en ces mots : « la première guerre nous a donné la Russie. La seconde nous donnera l'Europe ». Les bolcheviks ne pouvant songer à faire appel aux mencheviks de la social-démocratie, c'est le pendant allemand du Parti ouvrier français de Jules Guesde (et de Marcel Cachin), le Parti ouvrier allemand, qui fut choisi pour réunir nationaux et socialistes dans la haine de ''l'impérialisme" français. Staline poussa les Jeunesses communistes à un entrisme massif dans les rangs de la milice "nazie", les Sections d'assaut. La "nuit des longs couteaux" préviendra l'état-major des SA de basculer dans l'orbite soviétique et la guerre d'Espagne opposera les deux drapeaux rouges. Mais le partage de la Pologne relancera leur alliance et déclenchera la guerre prédite par Lénine.
Alors que Guy Môquet distribuait les tracts de la Section française de l'Internationale communiste, les camarades assez patriotes pour avoir désapprouvé le pacte Hitler-Staline d'août 1939 étaient supprimés discrètement par l'OS et sa MOI (Main d'œuvre immigrée). Et ceux qui échappaient à cette "purge" stalinienne demeuraient hors la loi pour le Parti. Deux ans plus tard, lors de l'évasion de l'automne 1943 à la prison du Puy où nombre de députés et permanents du PC étaient incarcérés, les cellules des communistes qui n'ont pas approuvé le pacte avec Hitler ne seront pas ouvertes par les FTPF. Ces traîtres au Komintern sont abandonnés à l'occupant : gibier de peloton !
Aux abois, Staline renversera un moment la vapeur. Il devra faire appel au patriotisme des Russes, tant épurés, pour sauver son pouvoir. Le PC recevra alors, en 1942, la permission de s'appeler français. Il créera son Front national et, d'ouvrières, ses milices deviendront patriotiques. Il n'en cherchera pas moins à torpiller notre reconstruction en nous privant de plan Marshall. Il reprendra son sabotage de nos armements et transports militaires ... Il entrave toujours le développement de nos ports, fait de la presse de parti son monopole et se fait le champion d'une autre invasion, démographique celle-là, qui aliène le territoire, endette nos enfants au-delà du raisonnable et sacrifie leur avenir. Il est temps de remettre le PC à sa place dans notre histoire. Condamner les repentances dégradantes est fort bien. Mais cela suppose le rejet du tissu de mensonges qui les nourrit.
Bernard Cabanes monde & vie 9 juin 2007

vendredi 14 août 2009

La révolte chouanne en Normandie

De 1793 à 1800, une guerre civile oppose des paysans d’une douzaine de départements de l’Ouest à la République. Ces populations rurales refusent les exigences croissantes de la Révolution de 1789 qui nuisent à leurs intérêts de façons illégitimes. C’est le cas avec la constitution civile du clergé, élaborée sans l’avis du Pape le 12 juillet 1790, dont l’objectif est de réformer l’Eglise en France. Des prêtres réfractaires adhèrent à la contre-révolution et pratiquent un culte clandestin. Les paysans s’interrogent aussi sur les changements sociaux et politiques. Ils ressentent un sentiment d’injustice et dénoncent la Révolution conduite par des bourgeois à leurs avantages. Dès 1791, la Vendée et la Bretagne forment une zone de résistance. Les protestations s’intensifient en 1793 lorsque la Convention décide de lever 300 000 hommes pour les besoins de l’armée. Les notables en sont dispensés pour éviter la désorganisation des administrations. Ce privilège accordé à ceux qui tirent profits du nouveau régime provoque la colère des paysans. L’insurrection éclate et laisse place à une guérilla dans laquelle les chouans (nom venant du cri de la chouette) combattent les partisans de la République et ses soldats : les Bleus. Les Chouans seront victimes d’une terrible répression.
La Chouannerie se met en place en Normandie en 1794. Ce sont d’abords des réactions ponctuelles de jeunes gens qui refusent de répondre aux levées d’hommes. Contraints de vivre cachés, ils agissent en brigands. A la fin de l’année, des bandes dirigées par un chef sont constituées et leurs actions s’amplifient. En 1795, avec le retour du comte Louis de Frotté qui avait émigré après la fuite du roi, ces troupes de Chouans sont véritablement structurées. Cet audacieux Ornais de 29 ans forme l’Armée Catholique et Royale de Normandie. Le territoire insurgé est réparti en divisions avec des légions. Sur la rive droite de la Seine, il existe une autre armée composée surtout de cadres nobles, confiée par l’Agence Royale de Paris à Malet de Crécy. La révolte se développe grâce à la complicité d’une partie de la population rurale qui protègent, ravitaillent et renseignent les Chouans. Ils se cachent dans des lieux favorables aux embuscades tels les bocages et les bois. Leurs actions armées vont des expéditions punitives contre des adeptes de la république aux attaques de communes et combats contre les Bleus. Après une année de guerre, il reste impossible aux Chouans de contrôler la région. Un accord de pacification est signé le 6 juillet 1796. La première Chouannerie est terminée mais c’est le retour du brigandage comme en 1794. Parti en Angleterre, Frotté prépare la lutte qu’il veut reprendre. Il confie sur place le commandement au vicomte d’Oilliamson. Les actions des Chouans recommencent en 1798. Dans l’Eure, elles se durcissent en mai 1799 à tel point que l’on nomme le département « le tombeau des républicains ». Frotté revient le 22 septembre 1799 et reprend la direction des opérations sous le nom de « Blondel ». La seconde Chouannerie commence. Le 3 novembre, les Chouans ne pouvant pas repousser les Bleus lors de la bataille de la Fosse, Frotté échoue dans son projet de grande offensive. Une trêve est signée le 17 décembre 1799. Elle est rompue par la légion des Chouans de Picot « le boucher des Bleus », qui attaque les habitants du Sap, le 5 janvier 1800. La Chouannerie est relancée mais la résistance républicaine s’intensifie avec l’arrivée de renforts. Frotté et six compagnons décident de se rendent à Alençon pour négocier une paix. Ils y sont arrêtés le 16 février 1800. Sans défenseurs ni témoins, la commission militaire les condamne à mort. Ils sont fusillés le 18 février pour demeurer fidèle à Dieu et au Roi. Les successeurs de Frotté se soumettent et la seconde Chouannerie se termine même si des brigandages ont encore lieux. Une amnistie est appliquée par le décret 13 août 1800. Les Chouans se sont méfiés des « grands mots libérateurs » de la Révolution. Ils ont défendu, avec plus de courage et d’honneur que de moyens, leur mode de vie et leur foi. Leur sacrifice est mémorable, tout comme le sens du devoir de leur illustre général : Louis de Frotté.
Vague Normande http://fr.novopress.info

1924 : Comment adhère-t-on au parti communiste l'année de la mort de Lénine ?

"Il faut avant tout rédiger un C.V. qui doit « faire ressortir les détails de la vie du postulant, son origine sociale précise, sa fortune, les activités diverses exercées dans le domaine social et politique, les motivations qui le poussent à entrer au parti communiste. »

C'est ce que tente de faire cet homme qui tient à tout prix à montrer qu'il n'est pas le fils d'un adepte de l'exploitation de l'homme par l'homme :
« Mon père était cordonnier, je tiens à dire qu'il travaillait tout seul, sans apprenti, sans exploiter qui que ce soit, comme un véritable prolétaire. C'était pas souvent qu'il y avait aut'chose sur la table que du pain noir et de la soupe aux choux. »
Essentielle aussi, la pauvreté, qui est revendiquée parfois avec difficultés tant il est difficile de rendre compte des évolutions d'une vie, qui peuvent ressembler à des améliorations matérielles dorénavant suspectes. Les explications se font alors laborieuses :
« ... Je suis né paysan pauvre et je l'ai été jusqu'à l'âge de dix ans, lorsque mon père, en 1909 a acheté des terres. Il est alors passé dans la catégorie des paysans moyens, ce que je n'ai jamais caché. Pendant la révolution, l'exploitation de mon père est toujours demeurée une exploitation moyenne, et même jusqu'en 1923, mon père n'avait pas de cheval, et celui qu'il possède aujourd'hui ne vaut guère plus de cinquante à soixante roubles. Si la commission s'inquiète du fait que mon père, avec l'aide de la banque paysanne avait acheté, en 1919, 27 Ha, en s'endettant pour 49 ans, sachez qu'une bonne partie de ces terres est formée de marécages et que notre famille comptait toujours plus de 12 personnes. En 1917-1918, 7 personnes sont mortes chez nous ... Aujourd'hui, on aurait pas moins de 18 personnes sur 18 Ha. Nous sommes donc des paysans pauvres ou tout au plus des paysans moyens. »
Il est difficile de concilier une situation réelle et une image prolétarienne, les justifications tentent d'atténuer l'image qui apparaît malgré tout. Parfois, le candidat tente la preuve par l'inventaire :
« J'ai deux vaches, un cheval, une maison avec un toit de chaume, un hangar, une remise, une bania, deux fourches, deux râteaux, une herse, six poules. »

Il est difficile de déterminer ce qui fait l'ennemi du peuple, voire le contre-révolutionnaire. Et si c'était un intellectuel ?
« On m'a dit que j'avais peu de chances d'être acceptée au parti, parce que j'étais une employée, et que j'avais une instruction secondaire. Or, je le répète, je n'ai pas d'instruction secondaire. »
De toutes façons, c'est très confus, même pour les dirigeants du parti qui doivent préciser les catégories : le manuel des « instructions pour remplir la carte du parti », à la page 28, alinéa 3 met les choses au point :
« Les soldats sont classés dans le groupe social auquel ils appartenaient avant leur service, sauf s'ils ont, au cours de leur service, acquis une compétence professionnelle. »
Les groupes sociaux sont donc très importants. Et pour certains, il faut montrer sa capacité à dépasser ses instincts petits-bourgeois, au besoin en faisant preuve d'un véritable zèle révolutionnaire :
« Membre du soviet local, responsable du cercle des athées, membre de l'organisation "pour la bonne marche de la campagne de semailles de printemps", attaché à la direction au travail politique, membre du groupe de cavalerie légère des Jeunesses Communistes, aide metteuse en scène du cercle théâtral politique, responsable du "coin rouge" de la bibliothèque du village. »
Cela doit remplir une vie. Mais, au fond, pourquoi adhérer au parti Bolchevik ?
Il y a la stricte position de classe :
« Je sais que ce sont les Bolcheviks qui défendent les paysans pauvres. »
Parfois, c'est un sentiment de reconnaissance :
« Le parti m'a donné des biens : un cheval, une vache, une maison, une étable. Quels jours heureux j'ai connu depuis l'arrivée du pouvoir soviétique ! ».
Certains ont une idée un peu particulière du rôle de membre du parti, à moins que confusément, ils n'anticipent la naissance d'une bureaucratie ?
« Je veux être communiste pour passer mon temps à lire des livres et des journaux ».
D'autres prennent en compte les slogans du moment :
« Plus on avance dans l'édification du socialisme, plus la lutte des classes s'intensifie ».
D'autre fois, il s'agit de réintégrer le parti que l'on a quitté. Il faut alors montrer patte rouge et fournir des explications sur l'arrêt antérieur de l'adhésion : c'est parfois très tiré par les cheveux. Réparer si possible une faute politique :
« En 1924, une vie difficile et une santé chancelante m'obligèrent à me marier, et, à cause de ces quelques minutes que je restais dans une église, je fus rejeté dans les ténèbres, je fus tué politiquement. Je ne pouvais pas me rendre compte que je venais de commettre un si grand crime. Je me suis repenti, et je me repens, et je demande à mes chers camarades et à la cellule de me reprendre dans leurs rangs. »
Enfin, pour pouvoir adhérer, trois parrains sont nécessaires, qui donnent leur avis sur les qualités de l'impétrant :
« Il accomplira sans broncher toutes les directives du parti » : c'est qu'il faut obéir, surtout.
« Kaminski pourra faire un bon communiste car il mène bien son exploitation » Le rapport n'est pas immédiatement évident. Mais que dire de ce parrain qui donne ce dernier avis :
« Je le recommande, car il ne boit pas trop. »
"
Extrait de Nicolas Werth, Être communiste en URSS sous Staline, collection Archives, éd Julliard, 1981

mardi 11 août 2009

La Licra s'est bâtie sur un mythe

Des antiracistes manipulés par l'URSS
Patrick Gaubert, le président de la Licra, est furieux. En mai dernier, hommage à été rendu à l'Arc de Triomphe à Simon Petlioura, le « père de la nation ukrainienne ».
Or celui-ci aurait été un fieffé antisémite. Ce qui est faux. Mais comme c'est sur ce mythe que s'est fondée la Licra il y a bientôt 80 ans ...
Le jeudi 25 mai dernier, après une célébration sur la tombe de Simon Petlioura au cimetière de Montparnasse, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées à 17 h 30 sous l'Arc de Triomphe entourées par un confortable dispositif policier alors qu'une vingtaine de militants de la Licra étaient tenus à distance. Au cours de la cérémonie, organisée par l'ambassade d'Ukraine à Paris, deux gerbes ont été déposées sur la tombe du soldat inconnu, dont une par l'ambassadeur, Yuriy Sergeyev. Etaient également présents des représentants du Comité représentatif de la communauté ukrainienne en France et de la Bibliothèque Simon Petlioura. Après la sonnerie aux morts ont retenti l'hymne ukrainien (« L'Ukraine n'est pas encore morte ») et La Marseillaise. Le lendemain était organisé un colloque sur « La place et la personnalité de Simon Petlioura aujourd'hui » avec la participation de nombreux universitaires ukrainiens.

Le président de la Licra hurle au « scandale mémoriel »
Le 26 mai au soir, Le Monde publiait une tribune libre du président de la Licra, Patrick Gaubert, par ailleurs député UMP au Parlement européen, ancien chargé de mission auprès de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur et membre du comité consultatif de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). N'ayant pu obtenir du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, qu'il consigne l'ambassadeur d'Ukraine à sa résidence plutôt que d'aller «profaner» la tombe du Soldat inconnu, Patrick Gaubert prenait les lecteurs du Monde à témoin de ce « scandale mémoriel » organisé pour le 80e anniversaire de la mort à Paris de Simon Petlioura, qui fut l'otaman - le commandant en chef de l'armée - et le président de la République ukrainienne indépendante (1919) jusqu'à ce que ses troupes soient, l'année suivante, battues par les forces bolcheviques :
« Nous sommes tout simplement en train d'assister à un viol de la mémoire, à un déni d'histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives [...] Tous les Français doivent savoir qu'un assassin est honoré sur le sol même de la République, dans ses lieux de mémoire et de paix. Cela, la Licra ne le tolère pas. Au nom de son histoire et de toutes celles et tous ceux qui périrent de la folie des hommes. » On passera le couplet sur les « relents nauséabonds » que Gaubert sent exhaler de l'Est de l'Europe.
Pourquoi une telle hargne à l'égard d'un hommage rendu à un Ukrainien dont peu de Français connaissaient jusqu'alors l'existence ? Parce qu'un antisémite, fût-il obscur, n'a pas à être honoré sur la tombe du Soldat inconnu ? C'est ce que Gaubert voudrait faire croire, et c'est même ce qu'il est obligé de faire croire. Car si le mythe de l'antisémitisme de Simon Petlioura s'effondre, mythe forgé dans les années qui ont suivi la Révolution d'Octobre par la propagande soviétique, c'est la Licra elle-même qui vole en éclats et se voit obligée de reconnaître qu'elle a été créée sur une imposture.

Abattu de sept balles devant la librairie Gibert
Le 25 mai 1926, Simon Petlioura, en exil à Paris, déjeune chez Chartier puis se dirige vers le boulevard Saint-Michel. A la hauteur de la librairie Gibert, un homme l'apostrophe. Il se retourne et n'a que le temps d'apercevoir un homme pâle d'une quarantaine d'années qui braque un pistolet en sa direction. Sept balles l'atteignent dont une au cœur, mortelle.
L'assassin, aussitôt arrêté, s'appelle Samuel Schwartzbard. Il est horloger, est né à Smolensk (Biélorussie), dit avoir vécu en Ukraine où sa famille, israélite, aurait été décimée par un pogrom, ce qui justifie son acte. Il ne dit pas, mais la police va bientôt le découvrir, que son idéalisme doit être tempéré par une condamnation à quatre mois de prison pour cambriolage en Autriche. Il a aussi été expulsé de Hongrie pour « raisons administratives ». Il est arrivé en France en 1911 à l'âge de 25 ans et s'y est marié.
Son procès s'ouvre le 18 octobre 1927 devant les assises de la Seine. Me Henry Torrès le défend, militant socialiste, celui-ci a rejoint de Parti communiste français au congrès de Tours (1920) puis l'a quitté pour fonder une organisation dissidente. Quatre ans plus tôt, il a déjà obtenu l'acquittement de l'anarchiste Germaine Breton, jugée pour l'assassinat, qu'elle avait reconnu, du responsable monarchiste de l'Action française, Marius Plateau. L'année suivante, il a aussi sauvé la tête de l'anarchiste italien Ernesto Bonomini, meurtrier de Nicola Bonservizi, représentant à Paris du régime fasciste de Benito Mussolini. Me Torrès va encore faire des miracles.

L'assassin acquitté sous une salve d'applaudissements !
Il peut cette fois encore s'appuyer sur une importante campagne de presse. Elle est animée par Bernard Lecache. Celui-ci, qui avait également rallié le PCF en 1920 avant de revenir dans le giron du Parti socialiste et est réputé pour ses diatribes antimilitaristes, mobilise ses réseaux. Quelques jours avant le procès, le ton est donné par L'Humanité qui titre : « La tragédie juive d'Ukraine » et prend la défense du « meurtrier du brigand Petlioura ». Lecache crée aussi pour l'occasion une nouvelle organisation, la Ligue contre les pogroms, à laquelle adhèrent aussitôt nombre de personnalités parmi lesquelles Albert Einstein, Léon Blum, Maxime Gorki ou Victor Hasch.
Me Torrès a convoqué quatre-vingts témoins, tous plus illustres les uns que les autres. Aucun n'a assisté à un pogrom, mais la plupart savent, de source sûre, qu'ils ont eu lieu et que Petlioura les a ordonnés. Samuel Schwartzbard lui-même s'emmêle dans ses récits historiques, confondant lieux, dates et protagonistes. Le 26 octobre 1927, le verdict tombe pourtant sous une salve d'applaudissements : acquitté ! La partie civile, qui n'en croit pas ses oreilles, doit se contenter de deux francs de dommages intérêts ! Même pas de quoi payer les obsèques !
« Dans les jours qui suivent, rappelle la Licra, la Ligue contre les pogroms se transforme en Ligue internationale contre l'antisémitisme (Lica) », qui deviendra la Licra, avec un « r » pour racisme, en 1979. Les statuts de l'association seront déposés en février 1928 et Bernard Lecache en prendra la présidence jusqu'à sa mort en 1968.
Dans le comité d'honneur de la Lica nouvellement créée figurent alors, outre Blum et Einstein qui poursuivent la lutte, les écrivains Romain Rolland et André Malraux, l'ancien président du Conseil et futur président de l'Assemblée nationale, Edouard Herriot, le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, qui recevra en 1951 le prix Nobel de la paix, etc. Sigmund Freud, Tristan Bernard et beaucoup d'autres la rejoindront plus tard.

La leçon d'histoire de l'ambassadeur d'Ukraine
Or tous ont été abusés, à l'exception bien sûr de quelques-uns qui savaient mais qui n'ont rien dit en raison de la nécessité qu'il y avait alors, pour le clan pro-soviétique, d'accréditer la thèse de l'antisémitisme de Simon Petlioura. Patrick Gaubert sait-il sur quelle mystification l'organisation qu'il dirige s'est créée ?
Yuriy Sergeyev, l'ambassadeur d'Ukraine, a écrit au président de la Licra. Il ne doute pas de son honnêteté. Il pense qu'il manque d'informations comme lui-même en a été privé jusqu'aux années 1990, lorsqu'il a découvert que les « stéréotypes négatifs sur la personnalité de Simon Petlioura ont été imposés par l'URSS en France par l'entremise du Komintern », où « elles restent vivaces ». Car l'ouverture des archives du KGB, le travail mené par les organisations indépendantes de défense des droits de l'homme, les recherches historiques menées par les Ukrainiens dans le but de retrouver leur mémoire identitaire vont toutes dans le même sens : « Le procès de [Schwartzbard] a été instrumentalisé par les autorités soviétiques, par l'intermédiaire du Komintern, pour compromettre l'idée de l'indépendance ukrainienne en remettant sur l'un de ses artisans la responsabilité des persécutions des Juifs, tandis qu'elles avaient pour seule cause la politique officielle d'antisémitisme, partie intégrante de l'idéologie de l'Empire Russe. » « Dans les années 1920, ajoute-t-il, d'aucuns en ont profité pour contrecarrer la renaissance de l'Ukraine indépendante et semblent en user aujourd'hui pour empêcher le retour de l'Ukraine à la démocratie et à l'Europe. »
Il y a donc le mythe, auquel Simone Signoret n'a pas peu contribué avec son roman Adieu Volodia, et la réalité, très différente, établie désormais par de nombreux travaux dont ceux de Leon Poliakov ou de l'écrivain Issak Babel, qui, tué par le KGB, a témoigné que les pogroms, s'ils eurent effectivement lieu et furent effroyables - peut-être 100 000 morts - furent essentiellement dus aux troupes bolcheviques et, dans une mesure infiniment moindre, aux anarchistes de Nestor Makhno et aux forces monarchistes (les Russes blancs).
De plus, comme le rappelle le député ukrainien Andryï Shkil, l'éphémère gouvernement de Simon Petlioura (treize mois,) comprenait plusieurs juifs, dont Salomon Goldelman, en charge des Affaires nationales pour les minorités, ou Abraham Revoutsky, en charge des Affaires juives, poste n'ayant évidemment rien à voir avec le Commissariat aux Affaires juives de sinistre mémoire mais s'étant révélé nécessaire au bon gouvernement d'une nation aux peuples composites.
Mieux encore : lorsqu'il apparaît que certain, éléments de l'armée ukrainienne, échappait à son contrôle dans la situation pour le moins confuse qui était celle de l'Ukraine à l'époque, se livraient à des exactions à caractère antisémite, Simon Petlioura ordonna que les coupables soient retrouvés et châtiés. « Le Directoire [dirigé par Petlioura], écrit O. Kochtchouk dans Ukraine Europe, se livra à une intense propagande « anti-pogromiste » destinée à ses propres troupes et à toute la population de l'Ukraine. Le 30 juillet 1919, le Directoire offrit une forte somme à la communauté juive pour les victimes des pogroms. le 18 août 1919, l'otaman en chef confirma l'application de la peine de mort pour acte de pogrom », tous faits établis et recoupés par de nombreuses sources, dont les archives diplomatiques enfin soustraites des caves où les services soviétiques les avaient entreposée.
C'est donc sur une imposture, ou à tout le moins sur un malentendu, que la Licra a été fondée, occultant jusqu'au fait que, depuis Paris où il essaya encore, jusqu'en 1924, d'organiser la Résistance, Simon Petlioura n'eut de cesse d'en appeler à l'arrêt des persécutions contre les juifs. Puisque Gaubert est un adepte de la repentance, le temps est peut-être venu pour l'organisation qu'il préside de faire son mea culpa.
Gabriel Glauque Le Choc du Mois Juillet/Août 2006

samedi 8 août 2009

La famine-génocide de 1932-1933

La famine-génocide de 1932-1933 dans un rapport du Consul d'Italie de Kharkov - 31 mai 1933

Archivo storico del Ministero degli Affari Esteri (Roma-Italia)
Serie Affari Politici Russia 8, 1933, f. 7

"R. Consolato d'Italia Kharkov &endash; URSS
N. 474/106 Kharkov, 31 mai 1933


La faim continue à provoquer des ravages si impressionnants dans la population qu'on ne s'explique pas du tout comment le monde reste indifférent envers une catastrophe semblable et comment la presse internationale, si empressée à invoquer la réprobation universelle contre l'Allemagne, coupable des soi-disant " persécutions atroces des juifs ", se tait pudiquement face à cette boucherie, organisée par le gouvernement soviétique, dans laquelle les juifs justement jouent un rôle très important, même s'il n'est pas de premier plan.
 Il n'est pas douteux en effet

1. que la faim résulte principalement d'une famine organisée et voulue " pour donner une leçon aux paysans ",

2. qu'aucun juif ne se trouve parmi les victimes et qu'au contraire ceux-ci sont tous gras et bien nourris, dans le giron fraternel de la GPU.
 Le " matériel ethnographique " doit être changé, a dit avec cynisme un juif, gros bonnet de la GPU locale. Aujourd'hui on peut entrevoir le sort final de ce " matériel ethnographique " destiné à être remplacé.
 Pour monstrueux et incroyable que puisse paraître un tel dessein, il doit cependant être considéré comme vrai et en pleine réalisation.
 Le gouvernement de Moscou, en effet, a organisé par des réquisitions implacables (que j'ai relatées à plusieurs reprises) non pas une famine, ce qui serait trop peu dire, mais la disparition complète de tout moyen de subsistance dans la campagne ukrainienne, au Kouban, dans la Moyenne-Volga.
 Il se peut que trois considérations aient dicté une telle politique

1. la résistance passive opposée par le paysan à l'économie collective ;

2. la conviction qu'on ne réussirait jamais à réduire ce " matériel ethnographique "

3. la nécessité, ou l'occasion favorable plus ou moins ouvertement reconnue de dénationaliser des régions où la conscience ukrainienne et allemande était en train de se réveiller, laissant présager de futures difficultés politiques, et où pour la solidité de l'Empire il valait mieux que résident des populations à prédominance russe.

La première constatation a dû provoquer la " leçon " initiale qui, d'après les affirmations concordantes de nombreux membres du parti, a été décidée par le gouvernement - c'est maintenant hors de doute.
 La deuxième a pour le moins contribué au désintéressement presque total du gouvernement lui-même à l'égard des tragiques conséquences de la " leçon " qui avait dégénéré.
 La troisième est certainement destinée à liquider le problème ukrainien en quelques mois, en sacrifiant de 10 à 15 millions d'âmes. Il ne faut pas tenir ce chiffre pour exagéré. Certains sont d'avis qu'il sera dépassé et que probablement il est déjà atteint.
 Ce fléau qui est en train d'abattre des millions de gens et extermine les enfants d'un peuple tout entier ne frappe en effet que l'Ukraine, le Kouban et la Moyenne-Volga. Ailleurs, il est beaucoup moins ressenti ou ne l'est pas du tout.
 Des gens dignes de foi exerçant une profession libérale, qui nourrissent pour le régime tsariste un tel mépris qu'ils sont enclins à regarder d'un oeil bienveillant le régime actuel, ont eu l'occasion de parcourir les autres régions de l'Union et affirment unanimement que la catastrophe est strictement limitée à l'Ukraine, au Kouban et la Moyenne-Volga.
" La désolation commence après Kursk ", a dit l'écrivain Andreev, venu de Moscou il y a quelques jours et il a ajouté : " Le paysan ukrainien ne retournera plus à la terre. Celui qui survivra ira errer, loin de sa patrie, car personne ne sera plus capable de faire renaître en lui la confiance dans le régime actuel. Les kolkhoziens souffrent terriblement de la faim, eux aussi, ils sont en train de disparaître du fait de la mortalité qui les frappe et de la fuite des survivants vers les villes. Ils s'enfuient tous vers des centres plus importants et quand ils ont assez de force pour y arriver, là-bas les guette également une mort causée par la faim, car ils n'ont pas un sou et personne ne se soucie de leur porter secours. Ma fille a quinze ans à peine, mais pas même elle ne réussira à voir notre pays riche et heureux comme il le fut dans le passé.
Le " salut " viendra peut-être de l'anéantissement complet du paysan. Le gouvernement le remplacera par un nouvel élément qui devra travailler la terre de la même façon que l'ouvrier travaille à l'usine. Mais l'expérience montre que les usines aux mains du régime actuel n'ont aucun rendement et il en sera sans aucun doute ainsi de la terre, une fois organisée en sovkhozes et le régime finira par s'écrouler. Je viens de visiter plusieurs agglomérations de la zone de Leningrad. Les habitants se lamentent parce qu'ils ont perdu 50 à 60 % des vaches ! Mais ce sont des messieurs qui mangent du pain tous les jours. Il n'y a pas de quoi se lamenter ! Ils sont bien dans le Nord ! Qu'ils viennent ici voir ce qui se passe ! " Ces propos ont été tenus dans la maison de connaissances communes.
 Voici les considérations d'ordre général suggérées par le déroulement des faits qui ont conduit au désastre actuel.
 Je crois encore opportun de donner un tableau épisodique de la situation.
Le camarade Frenkel, membre du " Collège " de la GPU, a confié à une personne de notre connaissance que, chaque nuit, près de 250 corps de personnes mortes de faim dans la rue sont ramassés à Kharkov. Pour ma part, je peux témoigner que après minuit j'ai vu passer devant le consulat des camions chargés de dix à quinze cadavres. Étant donné qu'à côté du consulat royal se trouvent trois pâtés de maisons en construction, le camion a stationné devant la palissade et deux préposés, munis de fourches sont entrés pour chercher les morts. J'ai vu ramasser par terre avec les dites fourches, sept personnes, c'est-à-dire deux hommes, une femme et quatre enfants. D'autres gens se sont réveillés et ont disparu comme des ombres. Un des deux préposés m'a dit : " Chez vous, vous n'en avez pas, n'est-ce pas ? "
Au marché, le 21 au matin, les morts étaient rassemblés comme des tas de chiffons, dans la boue et dans les excréments humains le long de la palissade qui borde la place vers le fleuve. Il y en avait une trentaine. Le 23 au matin j'en ai compté 5 1. Un bébé tétait le sein de sa mère morte, au visage gris. Les gens disaient : " ce sont les boutons du printemps socialiste ".
Rue Puchkinskaja, je descendais un après-midi vers le centre. Il pleuvait : trois besprizornye me dépassèrent; ils firent mine de se disputer. L'un d'eux reçut une bourrade qui l'envoya heurter une dame portant un pot de bortsch, retenu dans un mouchoir. Le pot tomba et se brisa. Le coupable s'enfuit et les deux autres ramassèrent la soupe avec leurs mains au milieu de la boue et l'avalèrent. Ils en mirent un peu dans un béret pour le troisième.
 Dans cette même rue Puchkinskaja, à quelques dizaines de mètres du consulat, une paysanne est restée toute la journée avec deux enfants, prostrée dans un coin du trottoir, comme des dizaines d'autres mères, les unes un peu plus haut, les autres un peu plus bas dans la rue. Elle tenait la boîte de lait habituelle, une vieille boîte de conserve, sans couvercle, dans laquelle de temps en temps quelqu'un jetait un kopeck. Le soir, elle éloigna d'un geste les deux enfants et, une fois debout, elle se jeta contre un tramway qui descendait à toute allure. Une demi-heure après j'ai vu un dvornik qui balayait les boyaux de la malheureuse. Les deux enfants étaient toujours là et regardaient.
 Depuis une semaine seulement, un service pour recueillir les enfants abandonnés a été organisé. En effet, en plus des paysans qui affluent vers la ville, parce qu'ils n'ont plus aucun espoir de survie à la campagne, il y a les enfants qu'on amène ici et qui sont ensuite abandonnés par les parents, lesquels s'en retournent au village pour y mourir. Ces derniers espèrent qu'en ville quelqu'un prendra soin de leur progéniture. Mais jusqu'à la semaine dernière, ils étaient couchés et pleuraient à l'angle de chaque maison, sur les trottoirs, partout. On voyait des enfants de dix ans se comporter comme des mères envers ceux âgés de trois ou quatre ans. La nuit venue, ils les couvraient avec leur propre châle ou avec leur manteau et dormaient couchés par terre, leur petit pot à lait à côté d'eux pour une aumône éventuelle.
 Depuis une semaine on a mobilisé des dvorniki en blouse blanche qui patrouillent la ville, recueillent les enfants et les amènent au poste de police le plus proche, souvent au beau milieu de scènes de désespoir, de hurlements, de larmes. Devant le consulat il y a un poste de police. A chaque instant on entend des cris désespérés : " Je ne veux pas aller aux baraques de la mort, laissez-moi mourir en paix ! "
Vers minuit on commence à les transporter en camion à la gare de marchandise de Severno Donec. C'est là qu'on rassemble aussi les enfants recueillis dans les villages, ou trouvés dans les trains, les familles de paysans, les personnes isolées plus âgées, ratissées en ville pendant la journée. Il y a du personnel médical (ce sont les héros du jour, m'a dit un médecin ; on compte parmi eux jusqu'à ce jour 40 % de morts du typhus contracté pendant le service) qui fait la " sélection ". Ceux qui ne sont pas encore enflés et offrent quelque chance de pouvoir se remettre, sont dirigés vers les baraques de Holodnaja Gora, où dans des hangars, sur la paille, agonise une population de près de 8 000 âmes, composée essentiellement d'enfants. Un médecin préposé m'a raconté qu'ils recevaient du lait et de la soupe, mais bien sûr chichement et irrégulièrement, " comme on pouvait ". Il y a 80 à 100 morts par jour. " Un médecin russe ne peut plus avoir un coeur sensible, a-t-il dit, mais pourtant je passe d'une crise de larmes à l'autre. "
Les personnes enflées sont transportées sur un train de marchandise à la campagne et abandonnées à 50-60 km de la ville en sorte qu'elles meurent sans qu'on les voie. Il arrive souvent que le train soit complet deux ou trois jours après la fermeture des wagons. Il y a quelques jours, un employé des chemins de fer passant près d'un de ces wagons a entendu crier; il s'est approché et a entendu un malheureux, à l'intérieur, qui le suppliait de le libérer parce que l'odeur des cadavres y était devenue insupportable. Le wagon ouvert, il s'avéra être le seul encore vivant; alors on l'enleva et on le mit à mourir dans un autre wagon où les personnes enfermées étaient encore en vie.
 A l'arrivée sur les lieux de déchargement, on creuse de grandes fosses et on enlève tous les morts des wagons. On m'assure qu'on n'y regarde pas de trop près et que souvent on voit une personne tombée dans la fosse se réveiller et bouger dans un ultime sursaut de vitalité. Mais l'oeuvre des fossoyeurs ne s'interrompt pas pour autant et le déchargement continue.
 Ces détails, je les tiens du personnel médical et je peux en garantir l'authenticité.
 La prison de Holodnaja Gora a en moyenne 30 morts par jour.
 De 1300 habitants qu'il avait, le village de Grahovo, situé à une distance d'environ 50 km de Kharkov, n'en compte plus maintenant que près de 200.
 Le district de Poltava semble le plus terriblement frappé, plus encore que celui de Kharkov. Dans la ville de Poltava, même les médecins commencent à enfler par suite de la sous-alimentation.
 De Sumi, un komsomolec écrit à une jeune fille de Kharkov que les familles tuent les enfants les plus petits et les mangent.
 Je joins des échantillons de poudre de racine avec laquelle on confectionne une bouillie ligneuse dans les campagnes de Belgorod.
 Devant la maison de Monsieur Ballovich, un vieux monsieur à l'allure distinguée s'est penché tout d'un coup sur un tas de copeaux et en a avalé une poignée.
 Je joins une photo d'un enfant qui est arrivé là avec sa famille d'origine allemande pour se faire rapatrier de la Moyenne-Volga par le consulat général d'Allemagne. Cet air de vieillard décrépit est l'un de ceux que l'on rencontre le plus fréquemment aussi ici à Kharkov.
 Enfin je citerai le suicide du général de la GPU Brockij qui, le 18 courant, au retour d'une inspection à la campagne, après une scène terrible avec Balickij au cours de laquelle il a crié plusieurs fois que ce n'était pas le communisme, mais l'" horreur " et que pour sa part il en avait assez de telles inspections et qu'il n'irait plus mettre de l'" ordre " nulle part (il avait dû participer à une répression), s'est tiré une balle dans la tête.
 Je citerai celui de Hvylovyj et de Hirnyak pour des raisons analogues ; ces deux derniers suicides, ayant une répercussion particulièrement intéressante du point de vue politique, font l'objet d'un rapport à part.
 Enfin un gros bonnet du gouvernement local et du parti dont je n'ai pas pu connaître le nom est devenu fou après une inspection à la campagne et on a dû lui mettre la camisole de force. Lui aussi a crié, dans un état d'agitation extrême : "Ce n'est pas le communisme, c'est un assassinat. "
J'en conclus : le désastre actuel provoquera une colonisation de l'Ukraine à prédominance russe. Celle-ci transformera son caractère ethnographique. Dans un avenir peut-être très proche, on ne pourra plus parler d'une Ukraine, ni d'un peuple ukrainien, ni donc d'un problème ukrainien non plus, puisque l'Ukraine sera devenue de fait une région russe. 
Avec mon très profond respect, 
Le consul royal
 Sergio Gradenigo"



"Lettres de Kharkov". Documents, Cahiers du Monde russe et soviétique Vol. XXX (1-2) 1989.

jeudi 30 juillet 2009

LA BOSNIE N'EXISTE PAS

La guerre de Bosnie est la conséquence directe de l'absurde reconnaissance diplomatique de cette république fantôme. Aujourd'hui, les Occidentaux sont face à leurs responsabilités. Une fois de plus, ils vont prendre la plus mauvaise des décisions tant leur méconnaissance de l'histoire balkanique est flagrante.
Il importe donc de ne pas laisser obscurcir quelques grandes réalités historiques par la fumée humanitaire.

Historiquement, la Bosnie n'existe pas. Il s'agit d'une «commodité» administrative créée en 1878 par l'Autriche et qui fut ensuite conservée par le régime communiste yougoslave.
le soutien à la Bosnie revient en réalité à accepter la création d'une république islamique dans les Balkans. L'actuel président bosniaque, M. Alia Izetbegovic, s'est clairement prononcé pour un Etat fondamentaliste et ce dès 1970, date à laquelle il rédigea son ouvrage « Déclaration islamique », réédité en 1990, et dans lequel on peut lire : « Il ne peut y avoir ni paix ni coexistence entre la religion islamique et des institutions sociales et politiques non islamiques ( ... ). Le gouvernement islamique devra s'engager vers la prise du pouvoir dès qu'il sera ( ... ) assez fort non seulement pour renverser les actuels gouvernements non islamiques, mais aussi pour bâtir un nouvel ordre islamique. »
Deux nationalismes dominent l'ex-Yougoslavie : le serbe et le croate. Ils ont cherché leur point d'équilibre en s'affrontant durant la première guerre post-yougoslave. La Serbie en est sortie victorieuse, créant ainsi un nouveau rapport de force à son avantage.

Reconquête
La seconde guerre post-yougoslave, celle de Bosnie, ne pouvait qu'éclater à partir du moment où la communauté internationale reconnaissait la Bosnie. Il était évident que les 45 à 50 % de Serbes, mais aussi de Croates, qui vivaient dans la nouvelle république allaient refuser l'autorité islamique car, dans les Balkans, les mémoires sont intactes et la période turque toujours présente dans les esprits. La cohabitation ethnique qui était pourtant réelle dans le cadre du fédéralisme yougoslave fut vite oubliée dès que la Bosnie devint indépendante.
La «légèreté» ou la méconnaissance historique des chancelleries européennes a de quoi confondre.
Elles ont placé sur un plan d'égalité politique Croatie millénaire et l'artificielle Bosnie, qui fut la pointe avancée de l'Empire ottoman dans les Balkans. De 1389, date de la défaite de Kosovo, à 1830, la Serbie a subi la domination turque. La résistance chrétienne ne cessa à aucun moment dans cette Castille balkanique. Mais alors que dans les Espagnes la Reconquista fut achevée en 1492 avec la reprise de Grenade, dans les Balkans, elle fut «figée» par les puissances européennes après la guerre de 1912-1913 et c'est pourquoi des enclaves islamiques y subsistent.
Au XIXe siècle, avec le reflux turc, l'Autriche vit disparaître son ennemi séculaire. Face à sa volonté régionale de domination, seule se dressait la Serbie qui revendiquait la Bosnie-Herzégovine. Comme il n'était pas question de laisser la Serbie s'agrandir territorialement, Vienne annexa cette zone-tampon peuplée de Croates, de Serbes et de Slaves islamisés.

Cohérence historique
Les Serbes dénoncèrent cette occupation. En 1914, l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc héritier François-Ferdinand par un Serbe de Bosnie fut la conséquence de cette annexion. Le prince héritier représentait en effet un danger pour les nationalistes serbes en Bosnie, la fédération qu'il envisageait de constituer risquant d'entériner la séparation entre les Serbes de Serbie et ceux de Bosnie, interdisant toute possibilité ultérieure d'unification.
La Bosnie est à ce jour contrôlée à 60 % par les Serbes et à un peu plus de 20 % par les Croates. Un siècle après le départ des Turcs, sur le terrain, Serbes et Croates ont donc rétabli la «cohérence» historique régionale en se partageant la Bosnie. Partage qui était inéluctablement inscrit dans l'histoire.
Une chose est certaine désormais, les Serbes n'abandonneront pas les territoires qu'ils viennent de conquérir sur les musulmans. La seule question politique qui se pose est donc : que faire de ces derniers ?
L'alternative est donc tragiquement simple puisqu'il est exclu de déclencher une guerre afin de chasser les Serbes des zones qu'ils occupent. Soit ce qui subsiste de territoire musulman obtient un statut d'autonomie interne dans le cadre de la République serbe de Bosnie, mais, dans ce cas, la communauté internationale doit «revenir» sur la reconnaissance diplomatique de la Bosnie ; soit une «petite» république islamique est créée sous protection internationale, avec tous les dangers qui pourraient en résulter.
Bernard LUGAN minute LA FRANCE du 30/12/92 au 5/1/93