samedi 15 août 2009

GUY MÔOUET Des Glières à Châteaubriant, une volonté communiste de faire couler le sang français

Le candidat avait lancé sa campagne au Mont Saint-Michel. Le président a pris ses fonctions avec un pèlerinage (annuel dans l'avenir ?) au plateau des Glières, en hommage aux 250 morts et disparus de ce réduit alpin et au général Vallette d'Osia qui, avant de mourir à 103 ans, accompagna Jean-Marie Le Pen en ce lieu.

Le lieutenant "Tom" Morel forma aux Glières, en pleine occupation, le 27e bataillon de chasseurs alpins. Avec des réfractaires jocistes, recrutés dans la maison même du cardinal Gerlier, dont nos diviseurs dénonçaient le pétainisme. Cet appel aux armes fut-il prématuré ? A cinq mois du débarquement, la France ne pouvait se laisser passer au cou le carcan d'un "Gouvernement militaire allié". La France sous tutelle, le vieux continent serait resté sans voix. Le rang perdu sur le champ de bataille, du fait de saboteurs et de traîtres, ne pouvait être retrouvé que sur le champ de bataille. Il fallait préparer la seconde campagne de France.
La montée des volontaires aux Glières n'était donc pas prématurée, mais à coup sûr mal placée. Terrain de parachutage commode, ce plateau ne pouvait être tenu pour la « forteresse imprenable » dont parlait l'envoyé du BCRA Jean Rosenthal (qui lui préféra un autre abri). Ancien chef de corps du 27e BCA et deux fois évadé, le commandant Vallette d'Osia s'insurgea contre cette idée folle à Londres même. Mais depuis la rupture de l'alliance Hitler-Staline, saboteurs et traîtres revenaient en force. Le bataillon fut victime de leur volonté de jeter les Français les uns contre les autres. Les communistes savaient utiliser l'occupant pour détruire les cadres "bourgeois" du pays. Ils le laisseront ainsi liquider, dans Varsovie insurgée, ceux des officiers polonais qu'ils n'avaient pu assassiner à Katyn. La consigne de Dimitrov au PC était d' « allumer la guerre civile en France ». La Haute-Savoie le permettait. Les chasseurs alpins de l'Armée secrète y faisaient face à des camarades que les exactions des FTP poussaient dans la milice. Charles Tillon rencontra Jean Blumenthal. Les dirigeants FTP dénonçaient le saint-cyrien qu'était le lieutenant Morel comme issu de bourgeois lyonnais, élève des jésuites et « suppôt de l'évêché ». Sur le terrain, le chef FTP Marcel Lamouille abattait un de ses hommes, coupable de s'être confessé : une trahison à ses yeux ! Et pour cause : ses hommes "chauffaient" les pieds des fermiers pour les dépouiller. Et ils avaient massacré neuf inspecteurs de police attirés par ce banditisme. Ce forfait amena la milice et les GMR en force autour du plateau, désormais assiégé. Devant cet afflux, les FTP de Lamouille s'y étaient eux-mêmes réfugiés : « Vous n'êtes plus des FTP ; vous êtes des chasseurs ! » leur avait dit, bon prince, le lieutenant Morel. Ce geste changea l'optique des GMR dont un officier tuera le lieutenant. Les FTP de Lamouille avaient rempli leur mission en attirant sur les Glières la foudre. A l'occupant de jouer ! Devant le bluff de l'envoyé du BCRA, qui provoqua sur le plateau le parachutage d'armes pour 4500 hommes et annonça sans nulle vraisemblance celui d'un millier de parachutistes alliés, une division de montagne allemande prendra le relais du "maintien de l'ordre" de Vichy pour anéantir le bataillon en formation. Le capitaine Anjot ne pourra que se faire tuer avec 170 de ses chasseurs alpins.

Provocation, répression, révolution
Nous retrouvons la consigne de Dimitrov et la volonté de faire couler le sang français dans le drame de Guy Môquet, jeune fusillé d'octobre 1941 dont le président Sarkozy entend faire lire la dernière lettre à chaque rentrée scolaire. Guy Môquet était d'âge militaire : 17 ans. Est-ce un modèle de patriote ? Pas plus que son député communiste de père, il n'avait été détourné du service du parti par deux ans de trahison et d'alliance avec l'occupant (qui suivaient vingt ans de sabotage de notre défense). Désarmer la France pendant que l'URSS réarmait l'Allemagne avait été la politique du PC depuis 1920. Faire tuer des Français était sa politique depuis la rupture, toute récente, par Hitler de son alliance avec Staline en juin 1941. Guy Môquet en fut l'une des premières victimes. Le Parti sacrifiait ses enfants au Moloch.
Le triptyque enseigné aux militants était alors : « provocation, répression, révolution » (tuer un occupant provoque des représailles qui poussent à la révolte). Mi-octobre 1941, l'OS (Organisation spéciale) du PC ordonna des attentats à Bordeaux, Nantes et Rouen. Le 20 octobre à Nantes, le tandem Brustlein-Spartaco suivit ainsi deux officiers allemands. L'arme de Spartaco s'enraya. Brustlein tua le lieutenant-colonel Hotz ... Un gros coup ! Alors qu'à Paris, Guy Georges n'avait abattu, au métro Barbès, qu'un enseigne de vaisseau, Brustlein avait tué sans le savoir à Nantes le Feldkommandant de la place. D'où une violente réaction de l'occupant : 48 exécutions de détenus de la prison de Nantes et du camp de Châteaubriant, dont Guy Môquet. 50 autres paieront au camp de Souges un second attentat.
Arrêté pour diffusion de tracts, le jeune militant était ainsi voué à la mort par son parti, assassiné indirectement, mais délibérément par les dirigeants d'un PC en mal de martyrs. Le « parti des 100 000 fusillés » (c'était un vœu et restera un rêve) se nourrissait de sang comme le soleil des Aztèques. En l'honorant, sans doute le président Sarkozy ne songe-t-il qu'à créer des conditions favorables aux réformes les plus urgentes. Il octroie au PC un quitus moral pour qu'il renonce au pactole de la CCAS et à une grève à la SNCF. Mais la lecture annuelle de la lettre de Guy Môquet leur fournit une nouvelle occasion de manipuler les enseignants. Il faut en finir avec le mensonge qui fait de traîtres des modèles et de leurs victimes des héros.

Les communistes, fourriers de l'occupant
Les communistes n'étaient pas des résistants, mais les fourriers d'un nouveau totalitarisme. A terme les fourriers d'un nouvel occupant. Sachons lire notre histoire ! Qu'était le PC en 1941 ? Tenu de renier la France en toute occasion depuis le congrès de Tours, il n'avait toujours pas le droit de se dire français. Alors qu'en 1935, le Komintern avait créé un Parti communiste algérien (PCA), le parti de Thorez restait le PC-SFIC (section française de l'Internationale communiste). L'Humanité d'Alsace et de Lorraine avait fait des années campagne pour le rattachement au Reich. Et ses lecteurs fournissaient à l'annexion des fonctionnaires dociles pour prendre la place des préfets, sous-préfets et maires élus, avec la carte du NSDAP, concurremment avec les autonomistes. Les représailles appelées par l'attentat de Nantes n'étaient pas propres aux "nazis". Le général von Stülpnagel, qui y recourut, ne l'était pas. Associé au complot contre Hitler, il fera arrêter, le 20 juillet 1944, les 1200 SS de Paris. Une communiste vint à leur secours. En tuant un officier de la Wehrmacht, elle les aida à rétablir l'ordre hitlérien à Paris. Hitler survivant, Stülpnagel sera exécuté.
Les communistes ont provoqué les Allemands à tuer des militaires français avant d'appeler les Français à provoquer des représailles en assassinant des militaires allemands. Aux applaudissements de Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, ils ont appelé, par la voix de Karl Radek, les nationaux et les socialistes allemands à s'unir contre l'occupant français de la Rhénanie en 1923. De cet appel naîtront le parti de Hitler et la Seconde Guerre mondiale. Membre du Politburo soviétique, Karl Radek était l'agent de Lénine dans la république de Weimar, qu'il avait mission de remplacer par un Reich revanchard. Il voyait le Parti national socialiste ouvrier allemand, né de son appel, comme une version politique du "Soviet des ouvriers et des soldats". Lénine misait sur la guerre. Son credo tenait en ces mots : « la première guerre nous a donné la Russie. La seconde nous donnera l'Europe ». Les bolcheviks ne pouvant songer à faire appel aux mencheviks de la social-démocratie, c'est le pendant allemand du Parti ouvrier français de Jules Guesde (et de Marcel Cachin), le Parti ouvrier allemand, qui fut choisi pour réunir nationaux et socialistes dans la haine de ''l'impérialisme" français. Staline poussa les Jeunesses communistes à un entrisme massif dans les rangs de la milice "nazie", les Sections d'assaut. La "nuit des longs couteaux" préviendra l'état-major des SA de basculer dans l'orbite soviétique et la guerre d'Espagne opposera les deux drapeaux rouges. Mais le partage de la Pologne relancera leur alliance et déclenchera la guerre prédite par Lénine.
Alors que Guy Môquet distribuait les tracts de la Section française de l'Internationale communiste, les camarades assez patriotes pour avoir désapprouvé le pacte Hitler-Staline d'août 1939 étaient supprimés discrètement par l'OS et sa MOI (Main d'œuvre immigrée). Et ceux qui échappaient à cette "purge" stalinienne demeuraient hors la loi pour le Parti. Deux ans plus tard, lors de l'évasion de l'automne 1943 à la prison du Puy où nombre de députés et permanents du PC étaient incarcérés, les cellules des communistes qui n'ont pas approuvé le pacte avec Hitler ne seront pas ouvertes par les FTPF. Ces traîtres au Komintern sont abandonnés à l'occupant : gibier de peloton !
Aux abois, Staline renversera un moment la vapeur. Il devra faire appel au patriotisme des Russes, tant épurés, pour sauver son pouvoir. Le PC recevra alors, en 1942, la permission de s'appeler français. Il créera son Front national et, d'ouvrières, ses milices deviendront patriotiques. Il n'en cherchera pas moins à torpiller notre reconstruction en nous privant de plan Marshall. Il reprendra son sabotage de nos armements et transports militaires ... Il entrave toujours le développement de nos ports, fait de la presse de parti son monopole et se fait le champion d'une autre invasion, démographique celle-là, qui aliène le territoire, endette nos enfants au-delà du raisonnable et sacrifie leur avenir. Il est temps de remettre le PC à sa place dans notre histoire. Condamner les repentances dégradantes est fort bien. Mais cela suppose le rejet du tissu de mensonges qui les nourrit.
Bernard Cabanes monde & vie 9 juin 2007

vendredi 14 août 2009

La révolte chouanne en Normandie

De 1793 à 1800, une guerre civile oppose des paysans d’une douzaine de départements de l’Ouest à la République. Ces populations rurales refusent les exigences croissantes de la Révolution de 1789 qui nuisent à leurs intérêts de façons illégitimes. C’est le cas avec la constitution civile du clergé, élaborée sans l’avis du Pape le 12 juillet 1790, dont l’objectif est de réformer l’Eglise en France. Des prêtres réfractaires adhèrent à la contre-révolution et pratiquent un culte clandestin. Les paysans s’interrogent aussi sur les changements sociaux et politiques. Ils ressentent un sentiment d’injustice et dénoncent la Révolution conduite par des bourgeois à leurs avantages. Dès 1791, la Vendée et la Bretagne forment une zone de résistance. Les protestations s’intensifient en 1793 lorsque la Convention décide de lever 300 000 hommes pour les besoins de l’armée. Les notables en sont dispensés pour éviter la désorganisation des administrations. Ce privilège accordé à ceux qui tirent profits du nouveau régime provoque la colère des paysans. L’insurrection éclate et laisse place à une guérilla dans laquelle les chouans (nom venant du cri de la chouette) combattent les partisans de la République et ses soldats : les Bleus. Les Chouans seront victimes d’une terrible répression.
La Chouannerie se met en place en Normandie en 1794. Ce sont d’abords des réactions ponctuelles de jeunes gens qui refusent de répondre aux levées d’hommes. Contraints de vivre cachés, ils agissent en brigands. A la fin de l’année, des bandes dirigées par un chef sont constituées et leurs actions s’amplifient. En 1795, avec le retour du comte Louis de Frotté qui avait émigré après la fuite du roi, ces troupes de Chouans sont véritablement structurées. Cet audacieux Ornais de 29 ans forme l’Armée Catholique et Royale de Normandie. Le territoire insurgé est réparti en divisions avec des légions. Sur la rive droite de la Seine, il existe une autre armée composée surtout de cadres nobles, confiée par l’Agence Royale de Paris à Malet de Crécy. La révolte se développe grâce à la complicité d’une partie de la population rurale qui protègent, ravitaillent et renseignent les Chouans. Ils se cachent dans des lieux favorables aux embuscades tels les bocages et les bois. Leurs actions armées vont des expéditions punitives contre des adeptes de la république aux attaques de communes et combats contre les Bleus. Après une année de guerre, il reste impossible aux Chouans de contrôler la région. Un accord de pacification est signé le 6 juillet 1796. La première Chouannerie est terminée mais c’est le retour du brigandage comme en 1794. Parti en Angleterre, Frotté prépare la lutte qu’il veut reprendre. Il confie sur place le commandement au vicomte d’Oilliamson. Les actions des Chouans recommencent en 1798. Dans l’Eure, elles se durcissent en mai 1799 à tel point que l’on nomme le département « le tombeau des républicains ». Frotté revient le 22 septembre 1799 et reprend la direction des opérations sous le nom de « Blondel ». La seconde Chouannerie commence. Le 3 novembre, les Chouans ne pouvant pas repousser les Bleus lors de la bataille de la Fosse, Frotté échoue dans son projet de grande offensive. Une trêve est signée le 17 décembre 1799. Elle est rompue par la légion des Chouans de Picot « le boucher des Bleus », qui attaque les habitants du Sap, le 5 janvier 1800. La Chouannerie est relancée mais la résistance républicaine s’intensifie avec l’arrivée de renforts. Frotté et six compagnons décident de se rendent à Alençon pour négocier une paix. Ils y sont arrêtés le 16 février 1800. Sans défenseurs ni témoins, la commission militaire les condamne à mort. Ils sont fusillés le 18 février pour demeurer fidèle à Dieu et au Roi. Les successeurs de Frotté se soumettent et la seconde Chouannerie se termine même si des brigandages ont encore lieux. Une amnistie est appliquée par le décret 13 août 1800. Les Chouans se sont méfiés des « grands mots libérateurs » de la Révolution. Ils ont défendu, avec plus de courage et d’honneur que de moyens, leur mode de vie et leur foi. Leur sacrifice est mémorable, tout comme le sens du devoir de leur illustre général : Louis de Frotté.
Vague Normande http://fr.novopress.info

1924 : Comment adhère-t-on au parti communiste l'année de la mort de Lénine ?

"Il faut avant tout rédiger un C.V. qui doit « faire ressortir les détails de la vie du postulant, son origine sociale précise, sa fortune, les activités diverses exercées dans le domaine social et politique, les motivations qui le poussent à entrer au parti communiste. »

C'est ce que tente de faire cet homme qui tient à tout prix à montrer qu'il n'est pas le fils d'un adepte de l'exploitation de l'homme par l'homme :
« Mon père était cordonnier, je tiens à dire qu'il travaillait tout seul, sans apprenti, sans exploiter qui que ce soit, comme un véritable prolétaire. C'était pas souvent qu'il y avait aut'chose sur la table que du pain noir et de la soupe aux choux. »
Essentielle aussi, la pauvreté, qui est revendiquée parfois avec difficultés tant il est difficile de rendre compte des évolutions d'une vie, qui peuvent ressembler à des améliorations matérielles dorénavant suspectes. Les explications se font alors laborieuses :
« ... Je suis né paysan pauvre et je l'ai été jusqu'à l'âge de dix ans, lorsque mon père, en 1909 a acheté des terres. Il est alors passé dans la catégorie des paysans moyens, ce que je n'ai jamais caché. Pendant la révolution, l'exploitation de mon père est toujours demeurée une exploitation moyenne, et même jusqu'en 1923, mon père n'avait pas de cheval, et celui qu'il possède aujourd'hui ne vaut guère plus de cinquante à soixante roubles. Si la commission s'inquiète du fait que mon père, avec l'aide de la banque paysanne avait acheté, en 1919, 27 Ha, en s'endettant pour 49 ans, sachez qu'une bonne partie de ces terres est formée de marécages et que notre famille comptait toujours plus de 12 personnes. En 1917-1918, 7 personnes sont mortes chez nous ... Aujourd'hui, on aurait pas moins de 18 personnes sur 18 Ha. Nous sommes donc des paysans pauvres ou tout au plus des paysans moyens. »
Il est difficile de concilier une situation réelle et une image prolétarienne, les justifications tentent d'atténuer l'image qui apparaît malgré tout. Parfois, le candidat tente la preuve par l'inventaire :
« J'ai deux vaches, un cheval, une maison avec un toit de chaume, un hangar, une remise, une bania, deux fourches, deux râteaux, une herse, six poules. »

Il est difficile de déterminer ce qui fait l'ennemi du peuple, voire le contre-révolutionnaire. Et si c'était un intellectuel ?
« On m'a dit que j'avais peu de chances d'être acceptée au parti, parce que j'étais une employée, et que j'avais une instruction secondaire. Or, je le répète, je n'ai pas d'instruction secondaire. »
De toutes façons, c'est très confus, même pour les dirigeants du parti qui doivent préciser les catégories : le manuel des « instructions pour remplir la carte du parti », à la page 28, alinéa 3 met les choses au point :
« Les soldats sont classés dans le groupe social auquel ils appartenaient avant leur service, sauf s'ils ont, au cours de leur service, acquis une compétence professionnelle. »
Les groupes sociaux sont donc très importants. Et pour certains, il faut montrer sa capacité à dépasser ses instincts petits-bourgeois, au besoin en faisant preuve d'un véritable zèle révolutionnaire :
« Membre du soviet local, responsable du cercle des athées, membre de l'organisation "pour la bonne marche de la campagne de semailles de printemps", attaché à la direction au travail politique, membre du groupe de cavalerie légère des Jeunesses Communistes, aide metteuse en scène du cercle théâtral politique, responsable du "coin rouge" de la bibliothèque du village. »
Cela doit remplir une vie. Mais, au fond, pourquoi adhérer au parti Bolchevik ?
Il y a la stricte position de classe :
« Je sais que ce sont les Bolcheviks qui défendent les paysans pauvres. »
Parfois, c'est un sentiment de reconnaissance :
« Le parti m'a donné des biens : un cheval, une vache, une maison, une étable. Quels jours heureux j'ai connu depuis l'arrivée du pouvoir soviétique ! ».
Certains ont une idée un peu particulière du rôle de membre du parti, à moins que confusément, ils n'anticipent la naissance d'une bureaucratie ?
« Je veux être communiste pour passer mon temps à lire des livres et des journaux ».
D'autres prennent en compte les slogans du moment :
« Plus on avance dans l'édification du socialisme, plus la lutte des classes s'intensifie ».
D'autre fois, il s'agit de réintégrer le parti que l'on a quitté. Il faut alors montrer patte rouge et fournir des explications sur l'arrêt antérieur de l'adhésion : c'est parfois très tiré par les cheveux. Réparer si possible une faute politique :
« En 1924, une vie difficile et une santé chancelante m'obligèrent à me marier, et, à cause de ces quelques minutes que je restais dans une église, je fus rejeté dans les ténèbres, je fus tué politiquement. Je ne pouvais pas me rendre compte que je venais de commettre un si grand crime. Je me suis repenti, et je me repens, et je demande à mes chers camarades et à la cellule de me reprendre dans leurs rangs. »
Enfin, pour pouvoir adhérer, trois parrains sont nécessaires, qui donnent leur avis sur les qualités de l'impétrant :
« Il accomplira sans broncher toutes les directives du parti » : c'est qu'il faut obéir, surtout.
« Kaminski pourra faire un bon communiste car il mène bien son exploitation » Le rapport n'est pas immédiatement évident. Mais que dire de ce parrain qui donne ce dernier avis :
« Je le recommande, car il ne boit pas trop. »
"
Extrait de Nicolas Werth, Être communiste en URSS sous Staline, collection Archives, éd Julliard, 1981

mardi 11 août 2009

La Licra s'est bâtie sur un mythe

Des antiracistes manipulés par l'URSS
Patrick Gaubert, le président de la Licra, est furieux. En mai dernier, hommage à été rendu à l'Arc de Triomphe à Simon Petlioura, le « père de la nation ukrainienne ».
Or celui-ci aurait été un fieffé antisémite. Ce qui est faux. Mais comme c'est sur ce mythe que s'est fondée la Licra il y a bientôt 80 ans ...
Le jeudi 25 mai dernier, après une célébration sur la tombe de Simon Petlioura au cimetière de Montparnasse, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées à 17 h 30 sous l'Arc de Triomphe entourées par un confortable dispositif policier alors qu'une vingtaine de militants de la Licra étaient tenus à distance. Au cours de la cérémonie, organisée par l'ambassade d'Ukraine à Paris, deux gerbes ont été déposées sur la tombe du soldat inconnu, dont une par l'ambassadeur, Yuriy Sergeyev. Etaient également présents des représentants du Comité représentatif de la communauté ukrainienne en France et de la Bibliothèque Simon Petlioura. Après la sonnerie aux morts ont retenti l'hymne ukrainien (« L'Ukraine n'est pas encore morte ») et La Marseillaise. Le lendemain était organisé un colloque sur « La place et la personnalité de Simon Petlioura aujourd'hui » avec la participation de nombreux universitaires ukrainiens.

Le président de la Licra hurle au « scandale mémoriel »
Le 26 mai au soir, Le Monde publiait une tribune libre du président de la Licra, Patrick Gaubert, par ailleurs député UMP au Parlement européen, ancien chargé de mission auprès de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur et membre du comité consultatif de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). N'ayant pu obtenir du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, qu'il consigne l'ambassadeur d'Ukraine à sa résidence plutôt que d'aller «profaner» la tombe du Soldat inconnu, Patrick Gaubert prenait les lecteurs du Monde à témoin de ce « scandale mémoriel » organisé pour le 80e anniversaire de la mort à Paris de Simon Petlioura, qui fut l'otaman - le commandant en chef de l'armée - et le président de la République ukrainienne indépendante (1919) jusqu'à ce que ses troupes soient, l'année suivante, battues par les forces bolcheviques :
« Nous sommes tout simplement en train d'assister à un viol de la mémoire, à un déni d'histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives [...] Tous les Français doivent savoir qu'un assassin est honoré sur le sol même de la République, dans ses lieux de mémoire et de paix. Cela, la Licra ne le tolère pas. Au nom de son histoire et de toutes celles et tous ceux qui périrent de la folie des hommes. » On passera le couplet sur les « relents nauséabonds » que Gaubert sent exhaler de l'Est de l'Europe.
Pourquoi une telle hargne à l'égard d'un hommage rendu à un Ukrainien dont peu de Français connaissaient jusqu'alors l'existence ? Parce qu'un antisémite, fût-il obscur, n'a pas à être honoré sur la tombe du Soldat inconnu ? C'est ce que Gaubert voudrait faire croire, et c'est même ce qu'il est obligé de faire croire. Car si le mythe de l'antisémitisme de Simon Petlioura s'effondre, mythe forgé dans les années qui ont suivi la Révolution d'Octobre par la propagande soviétique, c'est la Licra elle-même qui vole en éclats et se voit obligée de reconnaître qu'elle a été créée sur une imposture.

Abattu de sept balles devant la librairie Gibert
Le 25 mai 1926, Simon Petlioura, en exil à Paris, déjeune chez Chartier puis se dirige vers le boulevard Saint-Michel. A la hauteur de la librairie Gibert, un homme l'apostrophe. Il se retourne et n'a que le temps d'apercevoir un homme pâle d'une quarantaine d'années qui braque un pistolet en sa direction. Sept balles l'atteignent dont une au cœur, mortelle.
L'assassin, aussitôt arrêté, s'appelle Samuel Schwartzbard. Il est horloger, est né à Smolensk (Biélorussie), dit avoir vécu en Ukraine où sa famille, israélite, aurait été décimée par un pogrom, ce qui justifie son acte. Il ne dit pas, mais la police va bientôt le découvrir, que son idéalisme doit être tempéré par une condamnation à quatre mois de prison pour cambriolage en Autriche. Il a aussi été expulsé de Hongrie pour « raisons administratives ». Il est arrivé en France en 1911 à l'âge de 25 ans et s'y est marié.
Son procès s'ouvre le 18 octobre 1927 devant les assises de la Seine. Me Henry Torrès le défend, militant socialiste, celui-ci a rejoint de Parti communiste français au congrès de Tours (1920) puis l'a quitté pour fonder une organisation dissidente. Quatre ans plus tôt, il a déjà obtenu l'acquittement de l'anarchiste Germaine Breton, jugée pour l'assassinat, qu'elle avait reconnu, du responsable monarchiste de l'Action française, Marius Plateau. L'année suivante, il a aussi sauvé la tête de l'anarchiste italien Ernesto Bonomini, meurtrier de Nicola Bonservizi, représentant à Paris du régime fasciste de Benito Mussolini. Me Torrès va encore faire des miracles.

L'assassin acquitté sous une salve d'applaudissements !
Il peut cette fois encore s'appuyer sur une importante campagne de presse. Elle est animée par Bernard Lecache. Celui-ci, qui avait également rallié le PCF en 1920 avant de revenir dans le giron du Parti socialiste et est réputé pour ses diatribes antimilitaristes, mobilise ses réseaux. Quelques jours avant le procès, le ton est donné par L'Humanité qui titre : « La tragédie juive d'Ukraine » et prend la défense du « meurtrier du brigand Petlioura ». Lecache crée aussi pour l'occasion une nouvelle organisation, la Ligue contre les pogroms, à laquelle adhèrent aussitôt nombre de personnalités parmi lesquelles Albert Einstein, Léon Blum, Maxime Gorki ou Victor Hasch.
Me Torrès a convoqué quatre-vingts témoins, tous plus illustres les uns que les autres. Aucun n'a assisté à un pogrom, mais la plupart savent, de source sûre, qu'ils ont eu lieu et que Petlioura les a ordonnés. Samuel Schwartzbard lui-même s'emmêle dans ses récits historiques, confondant lieux, dates et protagonistes. Le 26 octobre 1927, le verdict tombe pourtant sous une salve d'applaudissements : acquitté ! La partie civile, qui n'en croit pas ses oreilles, doit se contenter de deux francs de dommages intérêts ! Même pas de quoi payer les obsèques !
« Dans les jours qui suivent, rappelle la Licra, la Ligue contre les pogroms se transforme en Ligue internationale contre l'antisémitisme (Lica) », qui deviendra la Licra, avec un « r » pour racisme, en 1979. Les statuts de l'association seront déposés en février 1928 et Bernard Lecache en prendra la présidence jusqu'à sa mort en 1968.
Dans le comité d'honneur de la Lica nouvellement créée figurent alors, outre Blum et Einstein qui poursuivent la lutte, les écrivains Romain Rolland et André Malraux, l'ancien président du Conseil et futur président de l'Assemblée nationale, Edouard Herriot, le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, qui recevra en 1951 le prix Nobel de la paix, etc. Sigmund Freud, Tristan Bernard et beaucoup d'autres la rejoindront plus tard.

La leçon d'histoire de l'ambassadeur d'Ukraine
Or tous ont été abusés, à l'exception bien sûr de quelques-uns qui savaient mais qui n'ont rien dit en raison de la nécessité qu'il y avait alors, pour le clan pro-soviétique, d'accréditer la thèse de l'antisémitisme de Simon Petlioura. Patrick Gaubert sait-il sur quelle mystification l'organisation qu'il dirige s'est créée ?
Yuriy Sergeyev, l'ambassadeur d'Ukraine, a écrit au président de la Licra. Il ne doute pas de son honnêteté. Il pense qu'il manque d'informations comme lui-même en a été privé jusqu'aux années 1990, lorsqu'il a découvert que les « stéréotypes négatifs sur la personnalité de Simon Petlioura ont été imposés par l'URSS en France par l'entremise du Komintern », où « elles restent vivaces ». Car l'ouverture des archives du KGB, le travail mené par les organisations indépendantes de défense des droits de l'homme, les recherches historiques menées par les Ukrainiens dans le but de retrouver leur mémoire identitaire vont toutes dans le même sens : « Le procès de [Schwartzbard] a été instrumentalisé par les autorités soviétiques, par l'intermédiaire du Komintern, pour compromettre l'idée de l'indépendance ukrainienne en remettant sur l'un de ses artisans la responsabilité des persécutions des Juifs, tandis qu'elles avaient pour seule cause la politique officielle d'antisémitisme, partie intégrante de l'idéologie de l'Empire Russe. » « Dans les années 1920, ajoute-t-il, d'aucuns en ont profité pour contrecarrer la renaissance de l'Ukraine indépendante et semblent en user aujourd'hui pour empêcher le retour de l'Ukraine à la démocratie et à l'Europe. »
Il y a donc le mythe, auquel Simone Signoret n'a pas peu contribué avec son roman Adieu Volodia, et la réalité, très différente, établie désormais par de nombreux travaux dont ceux de Leon Poliakov ou de l'écrivain Issak Babel, qui, tué par le KGB, a témoigné que les pogroms, s'ils eurent effectivement lieu et furent effroyables - peut-être 100 000 morts - furent essentiellement dus aux troupes bolcheviques et, dans une mesure infiniment moindre, aux anarchistes de Nestor Makhno et aux forces monarchistes (les Russes blancs).
De plus, comme le rappelle le député ukrainien Andryï Shkil, l'éphémère gouvernement de Simon Petlioura (treize mois,) comprenait plusieurs juifs, dont Salomon Goldelman, en charge des Affaires nationales pour les minorités, ou Abraham Revoutsky, en charge des Affaires juives, poste n'ayant évidemment rien à voir avec le Commissariat aux Affaires juives de sinistre mémoire mais s'étant révélé nécessaire au bon gouvernement d'une nation aux peuples composites.
Mieux encore : lorsqu'il apparaît que certain, éléments de l'armée ukrainienne, échappait à son contrôle dans la situation pour le moins confuse qui était celle de l'Ukraine à l'époque, se livraient à des exactions à caractère antisémite, Simon Petlioura ordonna que les coupables soient retrouvés et châtiés. « Le Directoire [dirigé par Petlioura], écrit O. Kochtchouk dans Ukraine Europe, se livra à une intense propagande « anti-pogromiste » destinée à ses propres troupes et à toute la population de l'Ukraine. Le 30 juillet 1919, le Directoire offrit une forte somme à la communauté juive pour les victimes des pogroms. le 18 août 1919, l'otaman en chef confirma l'application de la peine de mort pour acte de pogrom », tous faits établis et recoupés par de nombreuses sources, dont les archives diplomatiques enfin soustraites des caves où les services soviétiques les avaient entreposée.
C'est donc sur une imposture, ou à tout le moins sur un malentendu, que la Licra a été fondée, occultant jusqu'au fait que, depuis Paris où il essaya encore, jusqu'en 1924, d'organiser la Résistance, Simon Petlioura n'eut de cesse d'en appeler à l'arrêt des persécutions contre les juifs. Puisque Gaubert est un adepte de la repentance, le temps est peut-être venu pour l'organisation qu'il préside de faire son mea culpa.
Gabriel Glauque Le Choc du Mois Juillet/Août 2006

samedi 8 août 2009

La famine-génocide de 1932-1933

La famine-génocide de 1932-1933 dans un rapport du Consul d'Italie de Kharkov - 31 mai 1933

Archivo storico del Ministero degli Affari Esteri (Roma-Italia)
Serie Affari Politici Russia 8, 1933, f. 7

"R. Consolato d'Italia Kharkov &endash; URSS
N. 474/106 Kharkov, 31 mai 1933


La faim continue à provoquer des ravages si impressionnants dans la population qu'on ne s'explique pas du tout comment le monde reste indifférent envers une catastrophe semblable et comment la presse internationale, si empressée à invoquer la réprobation universelle contre l'Allemagne, coupable des soi-disant " persécutions atroces des juifs ", se tait pudiquement face à cette boucherie, organisée par le gouvernement soviétique, dans laquelle les juifs justement jouent un rôle très important, même s'il n'est pas de premier plan.
 Il n'est pas douteux en effet

1. que la faim résulte principalement d'une famine organisée et voulue " pour donner une leçon aux paysans ",

2. qu'aucun juif ne se trouve parmi les victimes et qu'au contraire ceux-ci sont tous gras et bien nourris, dans le giron fraternel de la GPU.
 Le " matériel ethnographique " doit être changé, a dit avec cynisme un juif, gros bonnet de la GPU locale. Aujourd'hui on peut entrevoir le sort final de ce " matériel ethnographique " destiné à être remplacé.
 Pour monstrueux et incroyable que puisse paraître un tel dessein, il doit cependant être considéré comme vrai et en pleine réalisation.
 Le gouvernement de Moscou, en effet, a organisé par des réquisitions implacables (que j'ai relatées à plusieurs reprises) non pas une famine, ce qui serait trop peu dire, mais la disparition complète de tout moyen de subsistance dans la campagne ukrainienne, au Kouban, dans la Moyenne-Volga.
 Il se peut que trois considérations aient dicté une telle politique

1. la résistance passive opposée par le paysan à l'économie collective ;

2. la conviction qu'on ne réussirait jamais à réduire ce " matériel ethnographique "

3. la nécessité, ou l'occasion favorable plus ou moins ouvertement reconnue de dénationaliser des régions où la conscience ukrainienne et allemande était en train de se réveiller, laissant présager de futures difficultés politiques, et où pour la solidité de l'Empire il valait mieux que résident des populations à prédominance russe.

La première constatation a dû provoquer la " leçon " initiale qui, d'après les affirmations concordantes de nombreux membres du parti, a été décidée par le gouvernement - c'est maintenant hors de doute.
 La deuxième a pour le moins contribué au désintéressement presque total du gouvernement lui-même à l'égard des tragiques conséquences de la " leçon " qui avait dégénéré.
 La troisième est certainement destinée à liquider le problème ukrainien en quelques mois, en sacrifiant de 10 à 15 millions d'âmes. Il ne faut pas tenir ce chiffre pour exagéré. Certains sont d'avis qu'il sera dépassé et que probablement il est déjà atteint.
 Ce fléau qui est en train d'abattre des millions de gens et extermine les enfants d'un peuple tout entier ne frappe en effet que l'Ukraine, le Kouban et la Moyenne-Volga. Ailleurs, il est beaucoup moins ressenti ou ne l'est pas du tout.
 Des gens dignes de foi exerçant une profession libérale, qui nourrissent pour le régime tsariste un tel mépris qu'ils sont enclins à regarder d'un oeil bienveillant le régime actuel, ont eu l'occasion de parcourir les autres régions de l'Union et affirment unanimement que la catastrophe est strictement limitée à l'Ukraine, au Kouban et la Moyenne-Volga.
" La désolation commence après Kursk ", a dit l'écrivain Andreev, venu de Moscou il y a quelques jours et il a ajouté : " Le paysan ukrainien ne retournera plus à la terre. Celui qui survivra ira errer, loin de sa patrie, car personne ne sera plus capable de faire renaître en lui la confiance dans le régime actuel. Les kolkhoziens souffrent terriblement de la faim, eux aussi, ils sont en train de disparaître du fait de la mortalité qui les frappe et de la fuite des survivants vers les villes. Ils s'enfuient tous vers des centres plus importants et quand ils ont assez de force pour y arriver, là-bas les guette également une mort causée par la faim, car ils n'ont pas un sou et personne ne se soucie de leur porter secours. Ma fille a quinze ans à peine, mais pas même elle ne réussira à voir notre pays riche et heureux comme il le fut dans le passé.
Le " salut " viendra peut-être de l'anéantissement complet du paysan. Le gouvernement le remplacera par un nouvel élément qui devra travailler la terre de la même façon que l'ouvrier travaille à l'usine. Mais l'expérience montre que les usines aux mains du régime actuel n'ont aucun rendement et il en sera sans aucun doute ainsi de la terre, une fois organisée en sovkhozes et le régime finira par s'écrouler. Je viens de visiter plusieurs agglomérations de la zone de Leningrad. Les habitants se lamentent parce qu'ils ont perdu 50 à 60 % des vaches ! Mais ce sont des messieurs qui mangent du pain tous les jours. Il n'y a pas de quoi se lamenter ! Ils sont bien dans le Nord ! Qu'ils viennent ici voir ce qui se passe ! " Ces propos ont été tenus dans la maison de connaissances communes.
 Voici les considérations d'ordre général suggérées par le déroulement des faits qui ont conduit au désastre actuel.
 Je crois encore opportun de donner un tableau épisodique de la situation.
Le camarade Frenkel, membre du " Collège " de la GPU, a confié à une personne de notre connaissance que, chaque nuit, près de 250 corps de personnes mortes de faim dans la rue sont ramassés à Kharkov. Pour ma part, je peux témoigner que après minuit j'ai vu passer devant le consulat des camions chargés de dix à quinze cadavres. Étant donné qu'à côté du consulat royal se trouvent trois pâtés de maisons en construction, le camion a stationné devant la palissade et deux préposés, munis de fourches sont entrés pour chercher les morts. J'ai vu ramasser par terre avec les dites fourches, sept personnes, c'est-à-dire deux hommes, une femme et quatre enfants. D'autres gens se sont réveillés et ont disparu comme des ombres. Un des deux préposés m'a dit : " Chez vous, vous n'en avez pas, n'est-ce pas ? "
Au marché, le 21 au matin, les morts étaient rassemblés comme des tas de chiffons, dans la boue et dans les excréments humains le long de la palissade qui borde la place vers le fleuve. Il y en avait une trentaine. Le 23 au matin j'en ai compté 5 1. Un bébé tétait le sein de sa mère morte, au visage gris. Les gens disaient : " ce sont les boutons du printemps socialiste ".
Rue Puchkinskaja, je descendais un après-midi vers le centre. Il pleuvait : trois besprizornye me dépassèrent; ils firent mine de se disputer. L'un d'eux reçut une bourrade qui l'envoya heurter une dame portant un pot de bortsch, retenu dans un mouchoir. Le pot tomba et se brisa. Le coupable s'enfuit et les deux autres ramassèrent la soupe avec leurs mains au milieu de la boue et l'avalèrent. Ils en mirent un peu dans un béret pour le troisième.
 Dans cette même rue Puchkinskaja, à quelques dizaines de mètres du consulat, une paysanne est restée toute la journée avec deux enfants, prostrée dans un coin du trottoir, comme des dizaines d'autres mères, les unes un peu plus haut, les autres un peu plus bas dans la rue. Elle tenait la boîte de lait habituelle, une vieille boîte de conserve, sans couvercle, dans laquelle de temps en temps quelqu'un jetait un kopeck. Le soir, elle éloigna d'un geste les deux enfants et, une fois debout, elle se jeta contre un tramway qui descendait à toute allure. Une demi-heure après j'ai vu un dvornik qui balayait les boyaux de la malheureuse. Les deux enfants étaient toujours là et regardaient.
 Depuis une semaine seulement, un service pour recueillir les enfants abandonnés a été organisé. En effet, en plus des paysans qui affluent vers la ville, parce qu'ils n'ont plus aucun espoir de survie à la campagne, il y a les enfants qu'on amène ici et qui sont ensuite abandonnés par les parents, lesquels s'en retournent au village pour y mourir. Ces derniers espèrent qu'en ville quelqu'un prendra soin de leur progéniture. Mais jusqu'à la semaine dernière, ils étaient couchés et pleuraient à l'angle de chaque maison, sur les trottoirs, partout. On voyait des enfants de dix ans se comporter comme des mères envers ceux âgés de trois ou quatre ans. La nuit venue, ils les couvraient avec leur propre châle ou avec leur manteau et dormaient couchés par terre, leur petit pot à lait à côté d'eux pour une aumône éventuelle.
 Depuis une semaine on a mobilisé des dvorniki en blouse blanche qui patrouillent la ville, recueillent les enfants et les amènent au poste de police le plus proche, souvent au beau milieu de scènes de désespoir, de hurlements, de larmes. Devant le consulat il y a un poste de police. A chaque instant on entend des cris désespérés : " Je ne veux pas aller aux baraques de la mort, laissez-moi mourir en paix ! "
Vers minuit on commence à les transporter en camion à la gare de marchandise de Severno Donec. C'est là qu'on rassemble aussi les enfants recueillis dans les villages, ou trouvés dans les trains, les familles de paysans, les personnes isolées plus âgées, ratissées en ville pendant la journée. Il y a du personnel médical (ce sont les héros du jour, m'a dit un médecin ; on compte parmi eux jusqu'à ce jour 40 % de morts du typhus contracté pendant le service) qui fait la " sélection ". Ceux qui ne sont pas encore enflés et offrent quelque chance de pouvoir se remettre, sont dirigés vers les baraques de Holodnaja Gora, où dans des hangars, sur la paille, agonise une population de près de 8 000 âmes, composée essentiellement d'enfants. Un médecin préposé m'a raconté qu'ils recevaient du lait et de la soupe, mais bien sûr chichement et irrégulièrement, " comme on pouvait ". Il y a 80 à 100 morts par jour. " Un médecin russe ne peut plus avoir un coeur sensible, a-t-il dit, mais pourtant je passe d'une crise de larmes à l'autre. "
Les personnes enflées sont transportées sur un train de marchandise à la campagne et abandonnées à 50-60 km de la ville en sorte qu'elles meurent sans qu'on les voie. Il arrive souvent que le train soit complet deux ou trois jours après la fermeture des wagons. Il y a quelques jours, un employé des chemins de fer passant près d'un de ces wagons a entendu crier; il s'est approché et a entendu un malheureux, à l'intérieur, qui le suppliait de le libérer parce que l'odeur des cadavres y était devenue insupportable. Le wagon ouvert, il s'avéra être le seul encore vivant; alors on l'enleva et on le mit à mourir dans un autre wagon où les personnes enfermées étaient encore en vie.
 A l'arrivée sur les lieux de déchargement, on creuse de grandes fosses et on enlève tous les morts des wagons. On m'assure qu'on n'y regarde pas de trop près et que souvent on voit une personne tombée dans la fosse se réveiller et bouger dans un ultime sursaut de vitalité. Mais l'oeuvre des fossoyeurs ne s'interrompt pas pour autant et le déchargement continue.
 Ces détails, je les tiens du personnel médical et je peux en garantir l'authenticité.
 La prison de Holodnaja Gora a en moyenne 30 morts par jour.
 De 1300 habitants qu'il avait, le village de Grahovo, situé à une distance d'environ 50 km de Kharkov, n'en compte plus maintenant que près de 200.
 Le district de Poltava semble le plus terriblement frappé, plus encore que celui de Kharkov. Dans la ville de Poltava, même les médecins commencent à enfler par suite de la sous-alimentation.
 De Sumi, un komsomolec écrit à une jeune fille de Kharkov que les familles tuent les enfants les plus petits et les mangent.
 Je joins des échantillons de poudre de racine avec laquelle on confectionne une bouillie ligneuse dans les campagnes de Belgorod.
 Devant la maison de Monsieur Ballovich, un vieux monsieur à l'allure distinguée s'est penché tout d'un coup sur un tas de copeaux et en a avalé une poignée.
 Je joins une photo d'un enfant qui est arrivé là avec sa famille d'origine allemande pour se faire rapatrier de la Moyenne-Volga par le consulat général d'Allemagne. Cet air de vieillard décrépit est l'un de ceux que l'on rencontre le plus fréquemment aussi ici à Kharkov.
 Enfin je citerai le suicide du général de la GPU Brockij qui, le 18 courant, au retour d'une inspection à la campagne, après une scène terrible avec Balickij au cours de laquelle il a crié plusieurs fois que ce n'était pas le communisme, mais l'" horreur " et que pour sa part il en avait assez de telles inspections et qu'il n'irait plus mettre de l'" ordre " nulle part (il avait dû participer à une répression), s'est tiré une balle dans la tête.
 Je citerai celui de Hvylovyj et de Hirnyak pour des raisons analogues ; ces deux derniers suicides, ayant une répercussion particulièrement intéressante du point de vue politique, font l'objet d'un rapport à part.
 Enfin un gros bonnet du gouvernement local et du parti dont je n'ai pas pu connaître le nom est devenu fou après une inspection à la campagne et on a dû lui mettre la camisole de force. Lui aussi a crié, dans un état d'agitation extrême : "Ce n'est pas le communisme, c'est un assassinat. "
J'en conclus : le désastre actuel provoquera une colonisation de l'Ukraine à prédominance russe. Celle-ci transformera son caractère ethnographique. Dans un avenir peut-être très proche, on ne pourra plus parler d'une Ukraine, ni d'un peuple ukrainien, ni donc d'un problème ukrainien non plus, puisque l'Ukraine sera devenue de fait une région russe. 
Avec mon très profond respect, 
Le consul royal
 Sergio Gradenigo"



"Lettres de Kharkov". Documents, Cahiers du Monde russe et soviétique Vol. XXX (1-2) 1989.

jeudi 30 juillet 2009

LA BOSNIE N'EXISTE PAS

La guerre de Bosnie est la conséquence directe de l'absurde reconnaissance diplomatique de cette république fantôme. Aujourd'hui, les Occidentaux sont face à leurs responsabilités. Une fois de plus, ils vont prendre la plus mauvaise des décisions tant leur méconnaissance de l'histoire balkanique est flagrante.
Il importe donc de ne pas laisser obscurcir quelques grandes réalités historiques par la fumée humanitaire.

Historiquement, la Bosnie n'existe pas. Il s'agit d'une «commodité» administrative créée en 1878 par l'Autriche et qui fut ensuite conservée par le régime communiste yougoslave.
le soutien à la Bosnie revient en réalité à accepter la création d'une république islamique dans les Balkans. L'actuel président bosniaque, M. Alia Izetbegovic, s'est clairement prononcé pour un Etat fondamentaliste et ce dès 1970, date à laquelle il rédigea son ouvrage « Déclaration islamique », réédité en 1990, et dans lequel on peut lire : « Il ne peut y avoir ni paix ni coexistence entre la religion islamique et des institutions sociales et politiques non islamiques ( ... ). Le gouvernement islamique devra s'engager vers la prise du pouvoir dès qu'il sera ( ... ) assez fort non seulement pour renverser les actuels gouvernements non islamiques, mais aussi pour bâtir un nouvel ordre islamique. »
Deux nationalismes dominent l'ex-Yougoslavie : le serbe et le croate. Ils ont cherché leur point d'équilibre en s'affrontant durant la première guerre post-yougoslave. La Serbie en est sortie victorieuse, créant ainsi un nouveau rapport de force à son avantage.

Reconquête
La seconde guerre post-yougoslave, celle de Bosnie, ne pouvait qu'éclater à partir du moment où la communauté internationale reconnaissait la Bosnie. Il était évident que les 45 à 50 % de Serbes, mais aussi de Croates, qui vivaient dans la nouvelle république allaient refuser l'autorité islamique car, dans les Balkans, les mémoires sont intactes et la période turque toujours présente dans les esprits. La cohabitation ethnique qui était pourtant réelle dans le cadre du fédéralisme yougoslave fut vite oubliée dès que la Bosnie devint indépendante.
La «légèreté» ou la méconnaissance historique des chancelleries européennes a de quoi confondre.
Elles ont placé sur un plan d'égalité politique Croatie millénaire et l'artificielle Bosnie, qui fut la pointe avancée de l'Empire ottoman dans les Balkans. De 1389, date de la défaite de Kosovo, à 1830, la Serbie a subi la domination turque. La résistance chrétienne ne cessa à aucun moment dans cette Castille balkanique. Mais alors que dans les Espagnes la Reconquista fut achevée en 1492 avec la reprise de Grenade, dans les Balkans, elle fut «figée» par les puissances européennes après la guerre de 1912-1913 et c'est pourquoi des enclaves islamiques y subsistent.
Au XIXe siècle, avec le reflux turc, l'Autriche vit disparaître son ennemi séculaire. Face à sa volonté régionale de domination, seule se dressait la Serbie qui revendiquait la Bosnie-Herzégovine. Comme il n'était pas question de laisser la Serbie s'agrandir territorialement, Vienne annexa cette zone-tampon peuplée de Croates, de Serbes et de Slaves islamisés.

Cohérence historique
Les Serbes dénoncèrent cette occupation. En 1914, l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc héritier François-Ferdinand par un Serbe de Bosnie fut la conséquence de cette annexion. Le prince héritier représentait en effet un danger pour les nationalistes serbes en Bosnie, la fédération qu'il envisageait de constituer risquant d'entériner la séparation entre les Serbes de Serbie et ceux de Bosnie, interdisant toute possibilité ultérieure d'unification.
La Bosnie est à ce jour contrôlée à 60 % par les Serbes et à un peu plus de 20 % par les Croates. Un siècle après le départ des Turcs, sur le terrain, Serbes et Croates ont donc rétabli la «cohérence» historique régionale en se partageant la Bosnie. Partage qui était inéluctablement inscrit dans l'histoire.
Une chose est certaine désormais, les Serbes n'abandonneront pas les territoires qu'ils viennent de conquérir sur les musulmans. La seule question politique qui se pose est donc : que faire de ces derniers ?
L'alternative est donc tragiquement simple puisqu'il est exclu de déclencher une guerre afin de chasser les Serbes des zones qu'ils occupent. Soit ce qui subsiste de territoire musulman obtient un statut d'autonomie interne dans le cadre de la République serbe de Bosnie, mais, dans ce cas, la communauté internationale doit «revenir» sur la reconnaissance diplomatique de la Bosnie ; soit une «petite» république islamique est créée sous protection internationale, avec tous les dangers qui pourraient en résulter.
Bernard LUGAN minute LA FRANCE du 30/12/92 au 5/1/93

mercredi 29 juillet 2009

L'ALSACE-LORRAINE SERBE

En 1878, le traité de Berlin fit de la Bosnie-Herzégovine occupée par la Turquie un protectorat autrichien. En 1908, Vienne annexa purement et simplement cette région qui n'avait jamais eu d'existence nationale. Or, historiquement, la Bosnie est à 70 % serbe et à 30 % croate. L'occupation turque a provoqué l'islamisation d'une partie de ses habitants, ce qui fait qu'aujourd'hui, les musulmans y sont environ 40 % et les chrétiens 60%.

Par ignorance, la communauté internationale a pourtant reconnu un pseudo-Etat bosniaque musulman. Dans les faits, catholiques croates et orthodoxes serbes se voyaient donc à nouveau dominés par ceux dont ils s'étaient libérés au XIXe siècle au terme d'une longue et héroïque résistance. Pour eux, ce diktat était inacceptable et, par les armes, ils ont reconquis les zones dans lesquelles ils sont majoritaires. Voilà la principale explication du conflit de Bosnie.

Reconquista
La «croisade» humanitaire en direction de la Bosnie et la campagne anti-serbe préparait l'opinion publique française à l'idée d'une intervention militaire en masquant une totale méconnaissance des réalités historiques balkaniques. Quelques mois après le montage de Timisoara, tête baissée, dans l'ignorance bétonnée du dossier historique, tous, de la gauche à la droite, de Bernard-Henri Lévy à Simone Veil, sont prêts à faire la guerre à la Serbie jusqu'au dernier légionnaire ou marsouin.
Je l'ai déjà dit ici, mais il importe de le redire, les «subtilités» balkaniques ne se peuvent approcher par le biais des réflexes humanitaires totalement étrangers aux mentalités de ces pays où, depuis des siècles, des vendettas historiques ne cessent de se régler.
Quand des miliciens serbes violent des femmes musulmanes, ils pensent «venger» les innombrables femmes serbes violées ou vendues durant les quatre siècles d'occupation ottomane. Quand ils massacrent des combattants musulmans, ils ont toujours à la mémoire les pieux sur lesquels les Turcs fichaient les têtes des Serbes qui refusaient de se soumettre.
La mémoire balkanique est longue et intacte et les Tchetniks pensent quotidiennement au héros national serbe Avakum, empalé par les Turcs en 1814.
Pour les Serbes, les musulmans de Bosnie sont avant tout des «Turcs» même s'ils sont d'origine slave.
Nous sommes face à la renaissance d'un vieux nationalisme, comme dans toute l'Europe ex-communiste où l'idéologie a vite cédé la place aux lignes de force aux constantes nationales.

Kosovo
Deux choses sont claires aujourd'hui :
1. Soutenir l'inexistante Bosnie revient à militer pour la constitution d'un Etat islamiste fondamentaliste sur le sol européen.
2. les Serbes sont historiquement fondés à «récupérer» la plus grande partie de ce pseudo-Etat, les anathèmes et les slogans ne pourront pas gommer ces deux réalités.
Mais, allons plus loin, car la question de Bosnie n'est que l'arbre qui cache la forêt des revendications nationales balkaniques. Aujourd'hui, et dans l'indifférence mondiale, les Serbes du Kossovo sont devenus des étrangers dans leur propre patrie envahie et occupée par des Albanais musulmans qui y constituent désormais 90 % de la population.
Afin de contrôler les ombrageux nationalistes serbes, le Croate Tito a, dans les années cinquante, laissé déferler sur le Kossovo, coeur historique de la Serbie, des dizaines de milliers de clandestins albanais. Les affrontements ont été sanglants, les viols de femmes serbes généralisés, les églises souillées, les tombes profanées. Les Serbes du Kossovo ont adressé pétition sur pétition aux autorités communistes de Belgrade qui laissèrent la situation se dégrader. Devenus des parias sur leur sol, impuissants, des centaines de milliers de Serbes du Kossovo émigrèrent. Puis les communistes firent du Kossovo une région autonome, entérinant ainsi l'invasion, le rapt de cette province.
Aujourd'hui, avec la fin du communisme et l'éclatement de la fiction d'un Etat yougoslave, les problèmes se posent différemment car les nationalistes serbes qui sont au pouvoir à Belgrade ne pourront tolérer longtemps encore que le Kossovo demeure occupé. Les Albanais du Kossovo ont poussé la provocation jusqu'à demander, leur indépendance. Pourquoi ne l'auraient-ils pas fait alors que la communauté internationale a bien reconnu l'ubuesque Bosnie ?
Alors, quand, dans quelques mois, les Serbes vont partir à la reconquête de leur seconde Alsace-Lorraine, les mêmes ignorants dénonceront ce peuple anachronique qui défie le mondialisme et le nouvel ordre international.
Bernard LUGAN minute LA FRANCE janvier 1993

mardi 28 juillet 2009

Communisme nazisme : La comparaison interdite

Quelques extraits de l'article publié le 12 février 2000 dans le figaro magazine par l'académicien Jean-François Revel mort le 29 avril 2006.
"Rappeler chaque jour les atrocités nazies exercice devenu sacré, désormais, sous le nom de " devoir de mémoire " - entretient un bruit de fond permanent qui ne laisse plus de vigilance disponible pour le rappel des atrocités communistes. Selon la formule d'Alain Besançon, l' " hypermnésie du nazisme ", détourne l'attention de l'" amnésie du communisme". Chacun comprend donc que toute analyse, tout travail des historiens minoritaires ramenant l'accent sur leur essentielle similarité soulèvent des ouragans annonciateurs de rages vengeresses. On objectera, certes, avec raison, qu'aucun rappel de la criminalité nazie ne saurait être excessif. Mais l'insistance de ce rappel devient suspecte dès lors qu'elle sert à en ajourner indéfiniment un autre : celui des crimes communistes.
Révélateur du succès obtenu par ce leurre est le sens qu'a pris l'expression "devoir de mémoire " désignant de façon quasi exclusive le devoir de rappeler sans cesse les crimes nazis et eux seuls. On ajoute éventuellement à la liste quelques autres forfaits qui peuvent leur être comparés, à condition qu'ils n'appartiennent pas au champ d'action des grandes maisons mères communistes et ne relèvent pas non plus de la conception socialiste du monde.
Ainsi, le 16juillet 1999, le président de la République française, Jacques Chirac, se rend à Oradour-sur-Glane pour inaugurer un Centre de la mémoire, dans ce village où, le 10 juin 1944, les SS de la division Das Reich ont massacré 642 habitants, dont 246 femmes et 207 enfants, brûlés vifs dans l'église. Noble et pieuse évocation du chef de l'Etat. Dans le discours qu'il prononce sur place, le Président flétrit, par-delà l'holocauste (au sens littéral) d'Oradour, " tous " les massacres et génocides de l'histoire, " et d'abord bien sûr, dit-il, celui de la Shoah ". Puis il évoque également la Saint-Barthélemy, " les villages de Vendée sous la Terreur " (ce qui est courageux, vu le tabou d'origine jacobine qui a longtemps refusé la "mémoire" à ce génocide cependant fort mémorable). Puis furent énumérés Guernica, Sabra et Chatila (une pierre dans le jardin d'Israël), les meurtres de masse inter-tribaux du Rwanda en 1994 ; les milliers de Bosniaques assassinés dans et par tous les camps au nom de la "purification ethnique " entre 1992 et 1995, enfin les carnages plus récents du Kosovo. Dans toutes ces exterminations, comme à Oradour, " les bourreaux n'ont pas fait de distinction entre les hommes, les femmes et les enfants ", a souligné Jacques Chirac avec force et indignation.
On le remarquera ou, plus exactement, personne ne l'a remarqué, dans cette fresque de " tous " les crimes, de " tous " les temps et de " tous " les lieux ne figure aucun massacre communiste. Katyn n'a jamais eu lieu. Lénine, Staline, Mao, Pol Pot, Mengistu, Kim Il-sung ont quitté sur la pointe des pieds, sous la houlette d'un chef d'Etat gaulliste, le théâtre de la mémoire des génocides et l'histoire des répressions exterminatrices au XX ème siècle.
Du passé de gauche, faisons table rase ! Bien plus : les despotismes communistes toujours actifs et inventifs, aujourd'hui même, dans l'art de peupler les cimetières progressistes et les camps de rééducation par le travail sont passés sous silence. La Chine, où se pratiquent par milliers chaque jour impunément des tortures qui ne sont pas au passé, de ces tortures qui valent par ailleurs une juste inculpation à Pinochet, lequel n'est plus au pouvoir ; le Vietnam, la Corée du Nord et, cela va de soi, Fidel Castro, dont on connaît l'angélique douceur, si grande qu'il est devenu le Notre-Dame de Lourdes de tous les pèlerins démocratiques ou ecclésiastiques.
" Mémoire ", qui veut dire en français " faculté de se souvenir ", est employé, depuis quelques années, comme un synonyme du mot " souvenir ". Quant au " souvenir de " quelque chose, depuis qu'il s'est glissé dans les habits de la " mémoire de ", on n'a plus le droit de l'employer qu'au sens de souvenir, pardon ! " mémoire " des crimes nazis et, en particulier, de l'holocauste des Juifs. " Mémoire " et " crimes nazis " sont donc désormais deux termes interchangeables. Il en ressort que le " devoir de mémoire ", lié au nazisme par une relation exclusive, est un devoir d'oubli pour tout le reste.
Au lendemain des propos présidentiels à Oradour, le quotidien régional Ouest France titre : " Une mémoire contre la barbarie. " Est-ce à dire qu'une seule mémoire, la mémoire d'un seul individu, se souvient encore de cette barbarie ? Ce serait fort triste.
N'hésitons pas à traduire: le souvenir sans cesse ravivé de la barbarie nazie doit enseigner aux jeunes générations le devoir d'éliminer toute barbarie dans l'avenir. En revanche, les régimes communistes, n'ayant jamais manifesté la moindre barbarie, ce qui est notoire, ne relèvent point du " devoir de mémoire ". Ceux qui actuellement subsistent, torturent et persécutent ne sont l'objet d'aucun " devoir de vigilance". Notre résistance au nazisme se fait d'autant plus farouche que celui-ci s'éloigne dans le passé. C'est ainsi que le ministère des Anciens Combattants, de moins en moins surmené au fur et à mesure qu'il y a de moins en moins d'anciens combattants, songe à se reconvertir en un ministère de la Mémoire, et même à mettre sur pied un " tourisme de la mémoire ". Gageons que ces organisateurs de voyages éthiques ne délivreront guère de billets à destination des lieux de mémoire de la Loubianka soviétique, du goulag aujourd'hui désaffecté, ou des laboratoires de travaux pratiques toujours en pleine activité du laogaï chinois. Que notre vigilance à l'égard des crimes du IIIème Reich ne cesse de croire, c'est en soi un fruit salutaire conscience historique. Mais qu'elle ait décuplé depuis que la vérité sur la criminalité du communisme, après sa chute, a été mieux connue ou du moins, plus difficile à escamoter, voilà une concomitance qui laisse perplexe.
Le jour même où le président Chirac s'exprime à Oradour, notre Premier ministre, Lionel Jospin ne voulant pas être en reste dans la course à l'éthique hémiplégique, faisait, accompagné de son épouse, elle-même d'origine polonaise, du tourisme de mémoire à Auschwitz. Qui ne lui en reconnaissant ? On ne rappellera jamais assez l'unicité de la Shoah ", pour reprendre les termes d'Alain Besançon. On regrettera toutefois que nos deux " touristes de mémoire" ne se soient pas mis en "devoir", puisqu'ils étaient en Pologne, d'en profiter pour pousser jusqu'à Katyn. Le devoir de mémoire est universel ou il n'est que pharisianisme partisan. C'est insulter la mémoire des victimes du nazisme que de se servir d'elles pour enterrer le souvenir de celles du communisme.
Qu'on veuille bien m'excuser de résumé des faits, à l'usage des jeunes générations auxquelles l'appellation géographique Katyn ne dit rien - je l'ai souvent constaté - pour la raison que leur professeurs, leurs journaux et leurs médias ont pris toutes les précautions nécessaires pour éviter qu'elle ne leur dise quoi que ce fût. En septembre 1939, après la défaite de la Pologne, envahie simultanément par les nazis à l'Ouest et par leurs communistes à l'Est, une zone d'occupation de 200 000 kilomètres carrés est (entre autres territoires) octroyée par Hitler à ses amis soviétiques pour les récompenser de leur aide précieuse.
Dès la défaite polonaise, dans cette zone, les Soviétiques sur ordre écrit de Staline, massacrent plusieurs milliers d'officiers polonais prisonniers de guerre : plus de 4 000 à Katyn (près de Smolensk), lieu où fut découvert ultérieurement le charnier le plus connu, mais aussi environ 21000 en divers lieux. A ces victimes, il faut ajouter qu' 15000 prisonniers simples soldats, probablement noyés dans la mer Blanche. Perpétrées en quelques jours selon un plan préétabli, ces tueries en masse de Polonais vaincus, exterminés pour la seule raison qu'ils étaient polonais, constituent d'indiscutables crimes contre l'humanité, et non pas seulement des crimes de guerre, puisque la guerre était terminée en ce qui concerne la Pologne. D'après les conventions de Genève, l'exécution de prisonniers d'une armée régulière, qui ont combattu en uniforme, est un crime contre l'humanité, surtout une fois le conflit terminé. L'ordre de Moscou était de supprimer toutes les élites polonaises : étudiants, juges, propriétaires terriens, fonctionnaires, ingénieurs, professeurs, avocats et, bien sûr, officiers.
Lorsque ces charniers polonais furent découverts, le Kremlin imputa ces crimes aux nazis. La gauche occidentale s'empressa naturellement d'obéir à la voix de son maître. Je ne dis pas que toute la gauche non communiste fut servile. La partie d'entre elle qui avait des doutes resta en tout cas fort discrète et plus plaintivement perplexe que catégoriquement accusatrice.
Pendant quarante-cinq ans, affirmer hautement que l'on croyait vraisemblable la culpabilité soviétique- pour la bonne raison que les crimes avaient été commis dans la zone d'occupation soviétique et non allemande - vous classait sur l'heure parmi les obsessionnels " viscéraux " de l'anticommunisme "primaire". Et puis voilà qu'en 1990, grâce à Gorbatchev et à sa glasnost, le Kremlin, dans un communiqué de l'agence Tass, reconnaît sans détours atténuants que "Katyn a été un grave crime de l'époque stalinienne". En 1992, à la suite d'un début d'inventaire des archives de Moscou, est divulgué un rapport secret de 1959 dû à Chélépine, alors chef du KGB. Il fait état de " 21 857 Polonais de l'élite, fusillés en 1939 sur ordre de Staline".
La question étant donc tranchée du fait des aveux soviétiques mêmes, on aurait pu espérer que les négationnistes occidentaux de gauche qui, pendant quatre décennies, avaient traité de fascistes, ou peu s'en faut, les partisans de la culpabilité soviétique, fissent alors amende honorable. C'était mal les connaître. Aussi peut-on regretter qu'en 1999 le premier ministre de la France n'ait pas eu, en Pologne, un petit geste " touristique " pour montrer qu'enfin la gauche avait cessé d'être une unijambiste de la "mémoire", de la morale et de l'histoire.
Cette discrimination persistante provient de la non moins tenace aberration selon laquelle le fascisme serait l'antithèse du communisme et donc que les victimes du second, quoique se chiffrant par dizaines de millions, seraient qualitativement moins "victimes " que celles du premier. On a envie d'interpeller les négateurs de ces victimes en leur criant : "De quel lieu vous taisez-vous ? " Ce n'est pas le fascisme qui est l'ennemi du communisme. C'est la démocratie. Il n'y aura pas de " mémoire" équitable, donc pas de mémoire du tout, car la mémoire volontairement tronquée est par là même inexistante, aussi longtemps que gauche et droite réunies traiteront différemment les criminels vainqueurs et les criminels vaincus.
[...] L'une des causes, en effet, du voile jeté sur les crimes communistes est une lâcheté certaine, puisqu'il est plus facile de s'en prendre à des totalitaires morts qu'à des totalitaires vivants. Il suffit de voir avec quels égards sont traités les régimes communistes subsistants, même faibles, pour mieux comprendre la colossale servilité qui se manifesta envers la puissante Union soviétique, entre sa victoire militaire de 1945 et sa disparition en 1991. Obligatoire en Occident chez ses partisans ou sympathisants, cette servilité surprend par son ampleur inattendue chez les adversaires mêmes de son idéologie. On a pu l'excuser jadis en alléguant des motifs de realpolitik. Mais elle survit chez eux à la fin du communisme soviétique et européen, parce qu'ils n'ont toujours pas le courage de déplaire à leur propre gauche, laquelle renâcle encore à reconnaître l'échec universel et les crimes avérés du socialisme réel. D'une part le III ème Reich a été anéanti politiquement voilà plus d'un demi-siècle, tandis que le communisme existe encore, quoique sur une étendue plus restreinte ; d'autre part, l'idéologie nazie a cessé depuis cinquante ans de représenter une force culturelle, sauf chez quelques marginaux sans influence, dont l'importance est d'ailleurs soigneusement grossie dans le dessein d'entretenir le mythe d'un danger fasciste éternellement renaissant. Au contraire, l'idéologie marxiste léniniste, tout autant discréditée par la praxis ou qui devrait l'être, continue d'imprégner nos schémas interprétatifs et nos comportements culturels. Les procédés stalino-léninistes restent d'usage courant. La calomnie, le mensonge, la désinformation, la déformation, l'amalgame, l'injure excommunicatrice, le rejet dans le camp fasciste, vichyste, voire antisémite de tout contradicteur, l'affront immérité autant qu'insidieux restent admis dans nos mœurs politiques, et même artistiques ou littéraires. Le plus véniel anathème consiste à traiter de nazi quiconque désapprouve votre secte, sur quelque terrain queue se situe, le ,débat fût-il même étranger à la politique. Il est au demeurant révélateur que la loi française punissant depuis 1990 la contestation des seuls crimes nazis, et donc autorisant, par son silence même à leur sujet, la contestation des crimes communistes. Je veux bien qu'on m'exhorte à exécrer chaque jour davantage les anciens admirateurs d'Himmler, à condition que cette homélie comminatoire ne me soit point administrés par d'anciens admirateurs de Beria."
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samedi 25 juillet 2009

Le Moyen-Âge européen, période de progrès


Entrevue avec Christian Feyerabend, historien et réalisateur de films
Les temps modernes semblent avoir oublié ce qu’ils doivent au Moyen Âge. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux pour qui la période comprise entre l’Antiquité et les temps modernes est synonyme de ténèbres et de barbarie. Mise au point.

Le Moyen Âge est souvent associé à l’obscurantisme. Monsieur Feyerabend, vous réfutez ce préjugé dans un de vos films « Voyage au temps des ténèbres » (2004). Quelles ont été les principales découvertes et innovations faites au Moyen Âge qui perdurent encore aujourd’hui ?
Commençons par des choses toutes simples : tout à l’heure, je suis allé vider ma boîte aux lettres ; j’y ai trouvé un extrait de compte sur lequel figuraient les termes « crédit, débit, et Girokonto (compte courant en allemand) ». Notre système bancaire moderne, les transactions financières et le commerce sont encore marqués par un grand nombre d’innovations lancées au Moyen Âge essentiellement dans les villes commerçantes du nord de l’Italie, telles Gênes et Venise. Ce qui explique pourquoi de nombreux termes bancaires sont d’origine italienne. Prenons par exemple « Banco » qui vient du mot table en italien, table sur laquelle l’argent était échangé. « Giro » signifie que l’argent effectue un mouvement circulaire.
Cela me fascine de voir que tant de choses datent du Moyen Âge, comme les instruments de mesure du temps, puisque c’est à cette époque qu’ont été inventées les premières horloges mécaniques. Presque toutes les villes d’Europe ont été fondées au Moyen Âge, exceptées quelques cités datant de l’époque romaine. De même, la pensée scientifique s’est développée au Moyen Âge. Sans oublier l’esprit européen : en effet, l’Europe s’est formée au Moyen Âge, après le déclin de l’Empire romain.
Avant la création des universités, les monastères étaient les cénacles scientifiques de l’Europe. Dans quelle mesure ont-ils été un moteur d’innovation ?
Ils l’ont été à de multiples égards. Cela tient également au fait qu’après le déclin de l’Empire romain, il n’existait plus d’organisation centralisatrice, hormis l’Eglise. Les monastères ont alors joué un rôle déterminant, notamment grâce au latin, la langue liturgique qui s’est imposée en tant que langue commune. Le latin était parlé du Portugal à la Lettonie, de la Sicile à l’Ecosse. Par ailleurs, les monastères détenaient le savoir de l’Antiquité. Les moines étudiaient les théories d’Aristote, de Platon, et des autres scientifiques de l’Antiquité. Comme l’imprimerie n’existait pas encore à cette époque, il leur fallait tout recopier, ce qui les obligeait à se pencher de très près sur les sciences.
Et les moines ont-ils fait progresser les sciences ?
Oui, parce qu’ils étudiaient les sciences. Notre film illustre très bien ce propos à partir de manuscrits anciens : les moines recopiaient les écrits d’Aristote et ajoutaient leurs commentaires. Ils étudiaient le savoir et les connaissances de l’Antiquité, les vérifiaient et en tiraient leurs propres conclusions. Le rationalisme, qui est né en Europe, vient de la scolastique. Il faut également noter qu’à cette époque, le Nord et l’Est de l’Europe en particulier étaient recouverts de forêts, à l’exception des cités antiques. Puis les monastères ont aménagé des champs, se révélant des pionniers de l’agriculture ; ils ont pratiqué la viticulture, la production fruitière et la distillation, apprise des Arabes. C’est pourquoi les bières brassées dans les monastères sont aujourd’hui encore les meilleures.
Un grand nombre d’innovations techniques – notamment dans le domaine de l’agriculture – étaient déjà connues en partie à l’époque des Romains, comme les moulins à eau. Pourquoi ces moulins à eau se sont-ils généralisés au Moyen Âge et quelle importance ont-ils alors revêtu dans l’économie en général ?

Il est un fait que les Romains disposaient déjà de moulins à eau, mais ils ne dépendaient pas tellement de cette technique. Au Moyen Âge, en revanche, comme il n’y avait plus d’esclaves, la main-d’œuvre coûtait cher. De plus, la révolution agraire a entraîné beaucoup d’excédents agricoles qu’il fallait bien transformer, d’où l’utilisation et le perfectionnement des moulins à eau, tout comme des moulins à vent qui nous venaient des Arabes. Les moulins ne se prêtaient pas seulement à la transformation des céréales, ils ont aussi été mis à profit par les premières industries. Jusqu’à l’invention de la machine à vapeur, tout fonctionnait à l’énergie éolienne et hydraulique, notamment les forges à marteaux-pilons. Les moulins servaient aussi au drain pour les mines. Aujourd’hui, les historiens disent même que la première révolution industrielle, que nous associons toujours au XIXe siècle, a en fait déjà eu lieu au Moyen Âge.
Dans quelle mesure le Moyen Âge portait-il les germes de l’Europe moderne ?
Quand on se réfère au Moyen Âge, on dit toujours que c’est la période de la naissance véritable de l’Europe. Il est un fait qu’une grande partie de ce qui constitue aujourd’hui notre patrimoine nous vient du Moyen Âge. Cela est dû au fait que les différentes nations, à savoir l’Espagne, la France, l’Empire germanique ou encore l’Angleterre, se sont constituées après le déclin de l’Empire romain. Cela tient également au fait qu’il y avait une langue unique en raison de la religion. A cela s’ajoute le sentiment d’appartenir à une même communauté, d’être des Européens. Il y avait des valeurs fondamentales communes, qui perdurent encore aujourd’hui. Et les fondements de cette Europe, à savoir les droits de l’Homme et la dignité humaine, sont antérieures au Siècle des Lumières.
Peut-on vraiment dire que l’idée des droits de l’Homme a émergé au Moyen Âge ?
Parler de droits de l’Homme serait peut-être excessif. Je préfère parler de dignité humaine. L’Antiquité a toujours établi une distinction entre les personnes jouissant de droits civiques et celles qui étaient considérées comme des objets, en l’occurrence les esclaves qui n’avaient aucun droit. Au Moyen Âge, le christianisme a aboli cette distinction et accordé la même dignité à tous. Ce principe est devenu un des fondements de l’Europe.
Source : arte.tv (via Naïf)
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jeudi 23 juillet 2009

LES « DISPARUS» D'ALGÉRIE

Crime sans châtiment... Que sont-ils devenus ?

L'atroce, lancinante, mais nécessaire mémoire fouaille le cœur et les entrailles de certains d'entre nous au souvenir douloureux de «notre» Algérie. Certains diront : encore l'Algérie ! Mais comment ne pas voir que ces «événements» sont à l'origine de la dégénérescence patriotique et démographique actuelle ? Ces événements funestes et dramatiques ont des dates : 19 mars (cessez-le-feu unilatéral en Algérie à la suite des accords d'Evian) ; 26 mars 1962 (massacres de la rue d'Isly à Alger) ; 7 juin 1962 (assassinat légal du sergent Dovecar et de Claude Piegts) ; 3 juillet 1962 (indépendance de l'Algérie et abandon des populations) ; 5 juillet 1962 (massacres à Oran alors que l'armée française sous le commandement du général Katz, mort dans son lit, restait l'arme aux pieds dans ses casernes) ; 11 mars 1963 (assassinat légal de Bastien-Thiry) ; 6 juillet 1963 (assassinat légal du lieutenant Degueldre). Aucune victoire ? Si, bien sûr, il y en eut, sur le terrain militaire où notre armée avait écrasé le FLN, mais pas sur le «terrain politique», car, depuis le 13 mai, le sort de l'Algérie était entre les mains criminelles de celui aux promesses de qui elle avait cru et qu'elle avait porté au pouvoir : le sanglant De Gaulle... La France était alors un pion stratégique entre URSS et Etats-Unis, jalousée parce que établie sur les deux bords de la mare nostrum, et régnant encore sur de (supposées) riches possessions «coloniales», ces « perles de l'Empire » où nous mesurons et pesons en euros aujourd'hui les conséquences de la lâche démission de l'homme blanc !
Mais ce calendrier tragique, que voulait rappeler cette stèle de Marignane - provisoirement enlevée (du moins nous l'espérons !) - égrène les étapes sanglantes des lâchetés successives de la France pour le plus grand malheur de ceux qui lui étaient confiés ou qui s'en étaient remis à elle.
Et c'est pourquoi, à dessein, j'ai repris ce titre de « Crime sans châtiment » sous lequel nos amis pieds-noirs avaient déjà placé, en 2000, leur colloque de Nice. Ces rapatriés dont les ancêtres avaient, de leur sueur, de leurs peines, de leur sang souvent, arrosé et nourri ce sol d'Algérie devenu «leur» patrie et qui souffrirent tant d'épreuves lors de son abandon. Certains même, parmi eux, refusant d'être des «dépatriés» se cramponnèrent encore sur le sol d'Afrique du Nord, le seul qu'ils aient connu : 300 000 Français « de souche » se maintinrent, sur un million de souche européenne, dans un pays de 10 millions de « Français à part entière» jusqu'à l'été 1962. Ils n'étaient plus que 100 000 un an, que l'on ne peut pas tous qualifier de « pieds-rouges » après cet été abominable... n'ayant eu le choix qu'entre « la valise et le cercueil » ...
Et ce fut pour beaucoup le cercueil ! Et pire : l'absence de toute sépulture chrétienne pour les milliers de ceux (3 300, 6000 jusqu'à 15 000 suivant les sources officielles ou officieuses) qui disparurent à jamais, enlevés, massacrés ou mis en camp de travail ou dans les bordels de l'ALN par un FLN triomphant qui s'ingénia en même temps à faire payer aux 150 000 harkis, moghaznis et autres supplétifs abandonnés par le chef de la Ve République et ses servants, leur fidélité à la France en les dépeçant, ébouillantant, découpant, écartelant, émasculant. Quelques femmes, épouses de militaires, furent extraites de leur geôle, et se suicidèrent lors de leur retour en métropole.
C'était Pierre Messmer, alors ministre des Armées, ancien légionnaire, qui avait osé déclarer solennellement, au nom du président de la République, le 21 mars 1962 : « L'armée française assurera la protection des Français d'Algérie pendant 3 ans. » Sinistre ministre récompensé de sa lâcheté et de sa félonie par un fauteuil à l'Académie française suivi, quelques années après, sans que nous réussissions à le faire passer en Haute Cour de justice, d'obsèques nationales ! Ce fauteuil d'Immortel est, juste retour des choses, maintenant occupé par madame Veil dont les stigmates de la mort ornent également l'habit vert !
Je sais, on pinaille, atrocement, sur les chiffres, le flou ayant été soigneusement entretenu des deux côtés de la Méditerranée parce qu'il arrangeait les gouvernements respectifs. Dès le 3 juillet et l'indépendance «célébrée» par plusieurs centaines d'atroces assassinats et disparitions d'Oran, nos ressortissants musulmans ne furent plus que des Algériens soumis à la loi islamique d'un pays musulman. Et les Européens, parfois des familles entières, qui n'avaient pas d'attache familiale en métropole et ne pouvaient, de ce fait, être réclamés par quiconque, pas même par des voisins que l'exode précipité, après l'arrestation en avril du chef de l'OAS, le général Salan, avait séparés, bousculés, paniqués, ne furent réclamés par personne et ne sont évidemment pas comptés dans ces macabres statistiques. C'est dire assez que celles qui nous sont présentées, les officielles, le sont a minima !
Pourtant, le 23 mai 1962, le problème des enlèvements d'Européens avait été évoqué par Louis Joxe auprès du Comité des Affaires algériennes. Mais l'ardeur des enquêtes, qui ne pouvaient plus être que de police, car après le 19 mars, la paix des braves interdisait toute opération militaire, fut freinée par De Gaulle, Pompidou et Louis Joxe, pour qui le seul combat à mener était celui contre l'OAS.
Ce fut pire encore après que nous eûmes replié notre drapeau, car s'abattit alors la chape de plomb du silence gouvernemental qui comblait d'aise et d'un lâche soulagement la plupart des métropolitains, mais de désespoir les exilés à la recherche de l'un des leurs. On leur fit rapidement comprendre, et très officiellement, que la mention «disparu» ou «recherché» accolée au nom de celui dont ils espéraient le retour, les priverait du bénéfice des aides qu'ils sollicitaient pour subsister en «mère-patrie», alors que la mention «décédé» leur en ouvrait les droits. D'où la clôture immédiate de toute enquête, la sortie des statistiques et le silence de la mort...
Jusqu'au jour où Le Monde, L'Esprit Public de Philippe Héduy, L'Aurore, Aux Ecoutes, Itinéraires de Jean Madiran, Rivarol de René Malliavin, réveillèrent les consciences en s'angoissant du sort de nos compatriotes. Le scandale fut dénoncé. Tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat. Des missions parlementaires, en 1963 et 1964, furent envoyées et des enquêtes de la Convention internationale de Genève conduites sur place et qui conclurent, comme le rapport de la Commission internationale des recherches historiques sur les événements d'Algérie, à l'existence des camps dénoncés, mais évidemment vides lors des visites car les prisonniers étaient transférés d'un endroit à un autre... Il s'agissait surtout de ne pas gêner la jeune République algérienne où déjà des règlements de comptes et des exécutions entre «libérateurs» s'effectuaient de manière sanglante. Le délégué de la Croix-Rouge du Secteur Europe dont les yeux s'étaient ouverts, enfin, sera muté en Asie après qu'il eut remis un rapport accablant à Chirac et Mitterrand, puis au secrétaire d'Etat aux Rapatriés (30-12-1986).
Le capitaine Leclair, le colonel de Blignières et Me François Patrimonio (tous décédés aujourd'hui) remettront à la Cour de La Haye un Livre blanc sur ces disparitions au nom de l'ASFED créée en 1967. Mais une enquête ne pouvait avoir lieu que si les deux parties (France et Algérie) étaient d'accord. Elles l'étaient... mais pour oublier ces victimes bien importunes, victimes de dégâts collatéraux sans doute, en réalité d'une coupable impéritie politique. Là encore, complicité dans l'abomination de ce crime sans châtiment !
Le 24 décembre 1985, Bernard Antony, député européen, déposera une proposition de résolution, suivie d'une lettre ouverte de Jean-Marie Le Pen à ses collègues députés européens, appuyée par Yann Piat, Guy Herlory, Pierre Descaves, Me Georges-Paul Wagner, Michel Poniatowsky et Roger Holeindre, épaulés par des journalistes comme Philippe Tesson de Combat, le pied-noir et Prix Nobel d'économie Maurice Allais. Et cette liste de défenseurs de la parole donnée serait incomplète si l'on ne rendait pas hommage au magnifique et persistant travail de Présent où les articles fouaillants d'Alain Sanders rafraîchissent les mémoires et, mieux encore, rappellent les responsabilités !
La LICRA elle-même en 1991, au nom de «l'universalité de son combat» dénonça le maintien dans les prisons algériennes de 500 harkis rescapés du massacre de 150 000. Boumédienne n'avait-il pas lui-même déclaré le 26 janvier 1971, 14 ans auparavant : « A Paris, on semble ignorer que nous détenons un grand nombre d'otages français. Quand il le faudra, nous en communiquerons la liste à la presse. Alors, pour obtenir la libération de ces otages, il faudra y mettre le prix. » La France, héritière du gaullisme, ne releva même pas l'élégance du propos. Elle n'eut que la lâcheté d'accorder... des visas !
Parmi les écrits et les documents qui m'ont permis de mener - avec passion cette enquête, je me dois de mentionner France Fraternelle (Robert Laffly), Tradition et Progrès (Pierre Poujade), Rivarol (René Malliavin), Le Chardon (François Brigneau), Minute (J .-F. Devay), les ouvrages récents, à la rigueur chirurgicale, de Jean Monneret, du capitaine Leclair, les archives inédites du général Faivre, mais aussi les numéros spéciaux de La Nouvelle Revue d'Histoire et d'Historia. Il semblerait que les Archives du Quai d'Orsay se soit rouvertes récemment à la demande du Haut Commissariat aux Rapatriés... Si je vous cite tant de monde, c'est pour vous montrer que notre famille reste grande et riche de volontés et de talents et qu'un jour, que nous espérons tous prochain, justice sera faite comme s'y emploient, avec autant d'acharnement que de courage et de talent, nos amis de VERITAS et de l'ADIMAD.
Les peuples sans passé n'ont pas d'avenir. Le nôtre ne s'illuminera qu'à la lueur des consciences réveillées et de l'espérance brandie en étendard.
C D-T Présent du 14 mars 2009

mercredi 22 juillet 2009

Pro Vercingétorix !

Notre pays s’appelait autrefois la Gaule. C’était un ensemble de cités prospères mais parfois turbulentes. Chaque cité avait son sénat et chaque ville, son conseil de notables. On y délibérait beaucoup (1).


Mais, de l’autre côté du Rhin, de l’autre côté des Alpes, des peuplades s’armaient, avides de conquêtes. En l’an 58 av. J.C., une armée romaine envahissait le pays sous le commandement d’un homme qui voulait changer le monde : Jules César.

Face au futur dictateur - César fut assassiné par la suite, en plein Sénat, par les partisans de la République - un jeune homme se dresse : VERCINGETORIX, un nom qui est fait pour inspirer la terreur (Florus)(2). Son programme politique : « Faire diligence pour rassembler les cités gauloises, et faire ainsi de toute la Gaule un seul conseil où se décideront des accords auxquels tout le monde devra se soumettre (DBG VII, 29) ». Sa motivation : « Si j’ai mené cette guerre (contre l’envahisseur), ce n’est pas pour mes intérêts mais pour la liberté de tous (DBG VII, 89) » (c’est-à-dire pour un idéal de société où tous les hommes, quels qu’ils soient, seront libres). Son père naturel : Celtil, grand chef des Arvernes, druide suprême de la Gaule. Son père spirituel : Dumnorix, chef de la cavalerie éduenne, qui s’écria avant de mourir, assassiné sur ordre de César : « Je suis un homme libre ! J’appartiens à une cité libre ! (DBG V, 7) ».

Que l’on soit Gaulois de souche, immigré de longue ou de fraîche date, tout le monde s’est posé ou se posera un jour des questions sur l’histoire antique du pays dans lequel il a choisi de vivre. Interrogeant la mémoire de la société dont on a accepté l’éducation, il est bien rare que les citoyens et citoyennes de bon sens n’y trouvent pas, à la racine, des valeurs pour notre temps.

Ignorant les technocrates qui planifient dans leurs bureaux obscurs, ces citoyens et citoyennes de bon sens savent bien que ce n’est pas en reniant le passé ni dans de perpétuelles repentances qu’on construit l’avenir et que des grands projets, tels que l’Europe, ne pourront se réaliser que par le rapprochement des patries historiques.

Quelle mauvaise mouche a donc piqué cette vénérable institution qu’est le Collège de France pour que son porte-parole à la chaire des Antiquités nationales proclame à tous vents ce slogan qui ne veut rien dire : « La patrie gauloise est un mythe ! » ? Recueil de nombreuses contre-vérités, de faux sens et de contre-sens, et pourtant Bible pour les archéologues de demain, Le "dossier Vercingétorix" de M. Christian Goudineau, s’efforce de démolir le personnage historique des textes antiques auquel, depuis Camille Jullian, nous avons cru. Vercingétorix fait piètre figure. Il n’a pas de personnalité, il ne joue qu’un tout petit rôle (page 230). La reddition de Vercingétorix devant César ? Une invention des auteurs anciens ; la fin est nulle, plate (page 328). Après avoir déboulonné la statue de Vercingétorix, le « grand patron » en histoire gauloise s’en prend ensuite à la Gaule. Véritable paradoxe, alors que les discours de César se font au nom de Rome, alors que ceux des Gaulois se font au nom de la Gaule, il nie tout sentiment gaulois ; il n’y aurait eu que des patriotismes de cités. Les frontières de la Gaule ? Une invention de César (page 238). Corrigeant superbement les témoignages antiques, il affirme : « Dans l’antiquité, la Gaule, ça n’est rien, ça n’existe pas (page 238) ». La maison de Vercingétorix ? Une maison en matériaux périssables (terre et bois) (page 243). Le physique impressionnant du chef arverne ? Une invention de Dion Cassius et de Florus (page 282). Comment fut-il exécuté ? Nous l’ignorons et, à vrai dire, cela importe-t-il ? (page 328). Faisant l’apologie de l’ouvrage, la revue "L’archéologue" (n°53) résume l’idée que se fait l’auteur du héros arverne : un guerrier coupeur de têtes, un paysan élevant des cochons.

Solidaires et complices du cartel qui soutient M. Goudineau (la revue L’archéologue, les éditions Errance, la librairie Epona, le musée archéologique européen, France culture etc…), les médias n’hésitent pas à en rajouter dans le dénigrement de notre protohistoire, se félicitant de la victoire romaine qui nous aurait amené la civilisation (cf. Le Monde des livres du 20/5/94)……

Triste civilisation, en vérité, qui brûla Bourges, la plus belle ville, ou peu s’en faut, de toute la Gaule, et qui massacra ses 40 000 habitants, hommes, femmes et enfants ! (DBG VII, 15 et 28)…… Triste civilisation que Vercingétorix, heureusement, conjura en s’offrant, de lui-même, en holocauste : « Puisqu’il faut céder à la fortune, je m’offre à vous ; tuez-moi, ou livrez-moi vivant aux Romains. Puissent-ils se satisfaire de mon sacrifice ! » (DBG VII, 89).

Français, prenez garde ! Les 45 millions d’euros que vous allez donner au futur Muséoparc d’Alésia serviront à donner à nos enfants un enseignement tiré du "Dossier Vercingétorix" de M. Christian Goudineau, un enseignement partisan "anti-Vercingétorix", un enseignement à la mode de notre époque où tout devrait être déconstruit. Je cite : le parcours se termine par la présentation détaillée - et par conséquent la déconstruction - du mythe des origines gauloises, de l’héroïsation de Vercingétorix...(3)

Il faut réagir. Il faut que nos responsables politiques sortent de leur torpeur. Vercingétorix n’est pas seulement un de nos plus grands personnages historiques, il est un symbole de la Liberté.

Renvoi 1. L’Histoire de France enseignée aux enfants de E. Lavisse, en 1884, commence ainsi : il y a deux mille ans, notre pays s’appelait la Gaule...mais il s’égare en donnant l’image d’un pays inculte alors que Strabon dit tout le contraire. Et encore aujourd’hui, on se refuse à reconnaître aux Gaulois l’usage de la chaux et l’existence de villes et de forteresses comme dans tout le reste du monde antique.

Renvoi 2. Le nom de Vercingétorix - VER CIN GETO RIX - rassemble les fonctions principales de la société gauloise : le VERgobret, magistrat suprême placé à la tête de l’administration (magistratus), CIN qui évoque la chevelure flamboyante de l’aurige des monnaies gauloises (cf. Cincinnatus, l’homme aux cheveux bouclés), GETO qu’il faut transcrire en TOGE, l’homme à la toge, c’est-à-dire le sénat, et enfin le RIX, le commandant en chef des armées.


Renvoi 3. Autre ignominie : stigmatiser une France occupée qui aurait choisi la collaboration en reconnaissant la supériorité de l’occupant, comme les Gaulois, et en présentant l’image d’un jeune des chantiers de Jeunesse, est une véritable insulte à l’esprit de résistance qui animait cette organisation, véritable insulte à tous ces jeunes qui se sont engagés dans les armées françaises de la libération, parfois en unités constituées, et qui sont morts au combat.
Emile Mourey http://www.agoravox.fr