vendredi 17 juillet 2026

Rénovation ou électrification : un think tank remet en cause vingt ans de politique climatique du bâtiment

 

Alors que la consultation publique sur la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) s’est achevée début juillet, l’Institut TerraWater publie deux travaux qui viennent questionner vingt ans de politique publique en matière de décarbonation des bâtiments. Une note d’analyse, intitulée « La rénovation énergétique, priorité pour le climat ? », et un rapport de fond, « Accélérer l’électrification des bâtiments », défendent une thèse commune : la rénovation thermique n’aurait jamais dû constituer le premier acte de la décarbonation du secteur, ce rôle revenant selon l’institut à l’électrification des usages, notamment via les pompes à chaleur.

Un rapport bâti sur six mois de croisement de données

Le rapport de l’Institut TerraWater ne prétend pas produire de données inédites, mais rassembler et croiser des informations aujourd’hui dispersées entre administrations, énergéticiens et filières industrielles. Fruit de près de six mois de travaux menés entre le printemps 2025 et le printemps 2026, il mobilise les sources de 25 organismes — SDES, CITEPA, CEREN, RTE, ADEME, ANAH, CSTB, INSEE, Cour des comptes, GRDF, Enedis, entre autres.

« La question prioritaire aurait toujours dû être : comment le bâtiment doit-il sortir des énergies fossiles, à quelle vitesse, et quel ordre de priorité donner aux différentes stratégies possibles », explique Myrto Tripathi, directrice générale de l’Institut TerraWater, citée dans le communiqué de présentation.

Le bâtiment, un poids sous-estimé dans les émissions françaises

Selon la méthodologie retenue par TerraWater, le bâtiment représenterait 24 % des émissions territoriales françaises, contre 19 % dans les approches traditionnelles — le seul chauffage, hors autres usages, en devenant ainsi le deuxième poste d’émissions de CO2 en France après les transports. Le rapport évalue à environ 13 millions le nombre de chaudières fossiles encore en service dans le pays, dont 10 millions seraient toujours en fonctionnement en 2050 en l’absence d’action supplémentaire.

L’institut avance que le chauffage représente 55 % de la consommation française de gaz naturel et 77 % de celle du bois, contre 8 % seulement pour les produits pétroliers. Le secteur du bâtiment capte par ailleurs déjà 70 % de la production électrique française.

Un différentiel de coût mis en avant entre rénovation et électrification

L’argument économique occupe une place centrale dans les deux publications. TerraWater chiffre le coût d’abattement carbone de la rénovation énergétique, lorsqu’elle n’est pas couplée à l’électrification, à plus de 500 euros par tonne de CO2 évitée — un montant qui grimperait jusqu’à 2 500 euros dans certains cas, comme celui d’un immeuble collectif dont les chaudières gaz individuelles sont conservées. À l’inverse, le coût d’abattement de l’électrification sans rénovation serait compris entre 250 et 400 euros par tonne, l’institut évoquant même des coûts plus bas encore en maison individuelle avec des systèmes air-air non subventionnés.

Sur le plan macroéconomique, le rapport souligne que le soutien public cumulé à la rénovation énergétique dépasserait 15 milliards d’euros depuis 2022, pour un coût total estimé entre 500 et 1 000 milliards d’euros à terme — un montant que le document compare à celui de la reconstruction du système électrique français, évalué à 900 milliards d’euros sur trente ans selon RTE.

Le rapport formule vingt recommandations organisées autour de quatre axes : mobiliser les gisements d’électrification rapide, évaluer la rénovation énergétique à partir de son coût réel par tonne de CO2 évitée, susciter un choc d’offre sur les pompes à chaleur, et responsabiliser propriétaires et collectivités. Pour TerraWater, l’enjeu n’est pas de mobiliser davantage d’argent public, mais de réorienter les moyens déjà engagés.

Un débat qui n’est pas tranché

Cette lecture n’est toutefois pas consensuelle. Le Haut Conseil pour le Climat a, à l’inverse, recommandé début 2026 d’augmenter le soutien public global aux rénovations énergétiques globales, quand la Cour des comptes a préconisé de son côté la suppression des Certificats d’économie d’énergie, dont les gains seraient, selon elle, surestimés. Le sujet est également investi politiquement : lors des législatives de 2024, le Nouveau Front populaire avait inscrit dans son programme l’objectif de 100 % de rénovation énergétique du parc bâti.

Le calendrier institutionnel donne un relief particulier à la publication de TerraWater : la consultation publique sur la SNBC 3, qui fixe la trajectoire française de neutralité carbone jusqu’en 2050, s’est achevée le 5 juillet. Le texte, dans sa version soumise à consultation, intègre déjà davantage la place de l’électrification, en écho au plan national présenté au printemps 2026, et prévoit un calendrier de sortie des énergies fossiles allant de 2030 pour le charbon à 2050 pour le gaz. Son adoption par décret est annoncée « le plus tôt possible » cet été.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2026/07/17/262282/renovation-ou-electrification-un-think-tank-remet-en-cause-vingt-ans-de-politique-climatique-du-batiment/

Aucun commentaire: