
Comme chaque année, des « débordements » –intolérables comme le disent les gouvernants, qui précisent par ailleurs être intraitables pour l’occasion… ah si seulement…– ont eu lieu dans nombre de villes françaises hier pour « la fête » nationale. Mais combien de « citoyens » savent encore ce qu’est cette « fête » ?
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Par Jean-Philippe Chauvin
La question peut paraître incongrue ou provocatrice alors que, chaque année, cette date du 14 juillet signifie un jour férié et des festivités autant militaires que populaires, et que, bien que cela soit officiellement la commémoration de la Fête de la Fédération tenue l’an 1790 autour du roi Louis XVI et du général La Fayette, c’est à 1789 que tous les commentateurs du jour font référence, sinon allégeance. Mais qui sait vraiment ce qui s’est exactement passé à Paris en cette date devenue symbolique, cachant ainsi la vérité des faits pour imposer le discours de l’idéologie ? En fait, peu de gens s’intéressent au déroulement (tragique et confus) de la journée : le 14 juillet 1789 est devenu un mythe anhistorique, d’une certaine manière. Or, pourtant, les faits ne sont pas totalement anecdotiques, même s’ils ne parviendront sans doute jamais complètement à défaire le mythe que la République, pourtant absente des esprits et des cœurs ce jour-là, a réussi à faire triompher, y compris au-delà de notre pays(1). D’une émeute désordonnée et sanglante suivie du sinistre dépeçage de quelques défenseurs de la vieille forteresse médiévale, la Bourgeoisie parisienne fera l’occasion de sa victoire sur l’État politique versaillais, et l’annonce de son triomphe idéologico-social… qui dure toujours, comme le faisait ironiquement remarquer l’humoriste Pierre Desproges dans les années 1980.
Et pourtant ! Étant jeune écolier dans les années 1960-1970, je ne manquais aucun des défilés du 14 juillet, installé devant la télévision familiale et applaudissant au passage des aéronefs et des blindés, comme si j’étais présent sur les Champs-Élysées, eux-mêmes bordés d’une foule alors nombreuse et respectueuse autant que fervente (ce qui manque cruellement aujourd’hui, les spectateurs étant désormais en nombre restreint et soumis à une inscription nominative, en plus d’être sévèrement encadrés). C’était, avant toute autre chose, la fête de l’armée, et il importait de lui rendre hommage(2) : son défilé était la démonstration de la force française, de sa puissance protectrice face aux dangers de cette époque de guerre froide entre les deux grands blocs. Il me semble que cela mérite de rester ainsi, et que le 14 juillet, au-delà de sa symbolique historique, est ce moment privilégié durant lequel la France valorise ses moyens militaires d’indépendance nationale aux yeux de ses citoyens comme à ceux des autres États du monde : le fait que le président Donald Trump, maître de l’hubris états-unienne, veuille imiter le défilé français du 14 juillet pour le compte de son propre prestige (et de sa mythomanie ?), en dit long sur l’importance du cortège traditionnel parisien. Qu’il soit aujourd’hui « récupéré » pour les intentions européistes de l’actuel locataire de Madame de Pompadour, est condamnable, mais cela ne doit pas nous empêcher d’applaudir aux troupes et aux matériels français qui garantissent notre liberté nationale. Ce 14 juillet militaire n’appartient pas à la République mais bien plutôt à la France tout entière, et il s’agit de le rappeler haut et fort. D’ailleurs, les soldats qui défilent ce jour-là ne le font pas « pour » la République en tant que telle (ce ne sont pas des troupes de choc d’une idéologie comme cela a pu être à d’autres époques et en d’autres lieux d’Europe…), mais bien pour la France, au-delà de son régime du moment : avoir longuement discuté ces jours derniers avec les militaires présents sur la place du marché et dans les restaurants d’icelle, me confirme dans cette forte impression qui n’est rien d’autre qu’une (heureuse) constatation… Au moment où les périls géopolitiques se font plus pressants et le bruit des missiles plus proches, le 14 juillet doit retrouver, au-delà de la République désormais plus rituelle que véritablement efficace, son rôle de fédérateur des forces plurielles de la nation française : en somme, une nouvelle Fête de la Fédération, qui ne sera véritablement elle-même que lorsque celui qui a présidé la première(3), celle de 1790, reprendra sa place institutionnelle, en héritier historique et symbolique de Louis XVI…
Notes : (1) : Ceux qui voudront en savoir plus sur cette journée si particulière et dont nous sommes, d’une certaine manière, à la fois les héritiers et les contempteurs, se reporteront utilement au livre de l’historien Jean-Christian Petitfils, « La Bastille. Mystères et secrets d’une prison d’État », en son chapitre XIV, « À l’assaut de la Bastille », très complet et d’autant plus instructif.
(2) : Cette reconnaissance du 14 juillet comme « fête militaire d’abord » était mise en avant par le philosophe royaliste Pierre Boutang à la fin des années 1940 dans les colonnes du journal maurrassien « Aspects de la France », ce qu’il complétait en affirmant que, sur ce plan-là (et seulement sur ce plan-là…), les royalistes d’Action n’avaient plus de querelle avec le 14 juillet…
(3) : Dans notre propos, il s’agit bien évidemment du magistrat suprême royal…
(Illustration : Fédération générale des Français au Champ de Mars le 14 juillet 1790, eau-forte d’Antoine-Jean Duclos d’après un dessin de Charles Monet, gravure d’Isidore Stanislas Helman de l’Académie des Arts de Lille)
https://www.actionfrancaise.net/2026/07/15/qui-se-souvient-du-14-juillet-1789/
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