
Un vingt–neuvième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de De la réforme et de l’organisation normale du suffrage universel d’Henri Lasserre.
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Quels seront donc, en très grande partie, d’abord les candidats, et par la suite les représentants de la nation ? Ce seront les ambitieux, c’est-à-dire les hommes les moins propres au gouvernement : car la première condition pour bien gouverner c’est de s’oublier soi-même et les empires seraient paisibles si les ambitieux ne les jetaient pas dans les convulsions. Les gens empressés de se mettre en avant, les vanités bruyantes, vides et sonores comme des tambours, les baudruches gonflées de vent, les convoitises ardentes en quête des jouissances du pouvoir, les orgueils violents et affamés, les passions seules en un mot, entreront, comme en leur domaine naturel, dans cette lice ouverte que les sages déserteront.
L’ambitieux jettera son argent et jouera sa fortune sur le tapis vert du scrutin ; l’ambitieux se présentera à grand orchestre et fera des circulaires à la Fontanarose ; l’ambitieux se fera placarder sur les murs en caractères larges, en caractères bizarres. Il aura des affiches bleues, rouges, jaunes, multicolores comme ses opinions. Il déshonorera les murailles, il y écrira son nom à l’endroit, à l’envers et de travers. Il fera des cabrioles, des culbutes et des volte-face ; il se mettra la tête en bas pour attirer l’attention du public ; il fera écrire en lettres énormes : « Votons tous pour Picrochole ! » Il se fera faire des certificats et des réclames scotchées par des compères et au bas desquelles il mettra gravement : « Vu : Picrochole ». Il ne craindra pas d’imiter les procédés des saltimbanques et des Barnums et couvrira dix mètres carrés de son seul nom répété coup sur coup. Que sais-je encore ? Qui de nous n’a été témoin de ces spectacles bouffons et tristes où les candidats ne craignent pas, pour rechercher les honneurs, d’employer les moyens qui provoquent le mépris.
Ô peuple de France, quand donc verras-tu à quel point ces hommes qui te prodiguent leurs adulations se moquent de toi en réalité, te tournent en dérision, t’insultent en face et te donnent publiquement une preuve de leur dédain. Suppose, ô peuple souverain, suppose que le plus stupide des tyrans eut un jour à choisir ses ministres ou ses intendants : quel est, dis-moi, le personnage, aspirant à ces grands emplois, qui oserait s’aviser de faire ainsi tapisser de son nom les appartements ou les basse-cours du monarque, afin d’attirer et de captiver le royal suffrage ? Ce souverain, ce roi, cet empereur, ce tyran, ce pacha, ce czar, quelque prodigieusement imbécile que tu puisses l’imaginer, ne verrait-il pas un outrage manifeste dans cette façon de faire valoir à ses yeux une candidature aux fonctions politiques : et ne chasserait-il pas avec colère quiconque lui ferait la grossière injure de le croire accessible à de pareils moyens ? Et cependant, c’est ainsi que l’on agit avec toi, ô peuple souverain de notre spirituelle France. Et tu ne te lèves point, indigné !… Nullement. Tu prends ton bulletin, sous la direction de quelque comité, et tu t’en vas voter docilement pour Picrochole, ô électeur de Panurge !
Et notez que ces honteux procédés, que ces charlatanismes électoraux ne sont pas le fait d’un parti, mais de tous.
Hélas, ce sont là les pratiques et les manœuvres de tous. La seule différence, c’est que les uns font cela en suivant la pente de leur nature et que les autres, au contraire, subissent, la rougeur au front, ce qu’ils considèrent comme une déplorable nécessité.
https://www.actionfrancaise.net/2026/02/21/les-ambitieux-et-lelection/
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