mardi 26 juillet 2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – 9

Revenons à notre série sur les promoteurs du communisme. Changeons de continent et rendons-nous dans la vaste Chine. Les personnages que nous allons évoquer ne sont pas à proprement parler des promoteurs, mais plutôt des propagandistes zélés du régime communiste chinois. En réalité, ils en firent quand même la promotion dans les milieux occidentaux, c’était même leur tâche principale. Ils sont abondamment dépeints un peu partout comme des « idéalistes », ce qui permet de passer rapidement sur les horreurs sans nom perpétrées par les maoïstes. Horreurs excusables puisque commises en vue d’un intérêt supérieur inaccessible à l’entendement des incultes. Jamais ces personnages ne firent repentance pour leur allégeance aveugle à un régime sanglant et totalitaire. Et d’ailleurs, nul n’eut jamais l’idée saugrenue de la leur demander.

En fait, il y eut bien au moins deux promoteurs juifs du communisme en Chine, qui exercèrent leurs talents avant ceux qui seront présentés ici. J’en parle dans Révolutionnaires juifs et je ne vais pas détailler à nouveau leurs actions. Il s’agit de Mikhail Borodine, qui « travailla » en Chine dès 1923. Les bolcheviks, alors assez isolés diplomatiquement, lorgnaient sur l’énorme potentiel que représentait une Chine en pleine déliquescence. Borodine réorganisa le parti Kuomintang (KMT) dont un certain Mao Tsé Toung dirigeait le secteur propagande. L’autre promoteur s’appelle Manfred Stern. Il arriva en Chine en 1932, comme conseiller militaire du Komintern auprès de Mao qui venait d’établir sa république soviétique chinoise du Jiangxi. Il s’agissait d’éliminer les opposants, accusés d’ « opportunisme » (!!!) ou de « koulakisme ». 20% de la population de la république, soit 700 000 personnes, furent supprimées durant les trois années de la république, qui correspondent au séjour de Stern, qui repartit ensuite exercer ses nombreux talents … en Espagne, en 1935.

Revenons à nos propagandistes, dont voici le premier :

ISRAËL EPSTEIN - 9


Il naît en 1915 en Pologne dans une famille juive d’activistes socialistes. Il dira du reste bien plus tard, en 2003 : « The earliest influence on me came from my socialist parents ». Son père avait connu la prison tsariste pour avoir mené des grèves et sa mère avait été exilée en Sibérie. Au début de la première guerre mondiale, son père est envoyé au Japon pour y travailler. Sa famille l’y rejoint, mais ils n’y resteront finalement pas. Tous gagnent la Chine en 1917 et s’installent à Tientsin, grande ville du nord, en 1920.

A l’âge de 15 ans, il débute dans le journalisme politique pour un journal chinois de langue anglaise, couvrant notamment l’invasion japonaise de la Chine. Il sera correspondant de divers médias occidentaux avant de partir s’installer temporairement aux USA en 1945. Dès avant cette date, il avait pris des contacts avec les milieux communistes qui avaient toute sa sympathie. Il avait notamment rencontré Mao, Chou En Lai et autres révolutionnaires, en 1944. Il dira plus tard que ces conversations avec Mao avaient « changé sa vie ». Il sera dès lors un admirateur inconditionnel du dictateur rouge dont il conservait un portrait dans sa chambre à coucher.


En 1951, à la demande des officiels communistes, il rentre en Chine pour participer à la création et pour diriger un magazine à la gloire du régime, China Reconstructs, rebaptisé par la suite China Today. L’objectif est d’assurer la promotion du régime et de présenter au reste du monde une vitrine acceptable.

Il occupera cette fonction jusqu’à l’âge de sa retraite, en 1985. C’est durant cette période qu’il devient citoyen chinois en 1957 et officiellement membre du parti communiste du pays en 1964. Un honneur rarement accordé à un étranger d’origine.

C’est également durant cette période qu’il va effectuer ses fameux voyages au Tibet, en 1955, 1965 et 1976. À la suite desquels il publiera en 1983 un livre fortement controversé, Tibet Transformed.

Entretemps, de 1968 à 1973, un épisode très fâcheux était intervenu. En pleine révolution dite culturelle, il avait été accusé de complot contre Chou En Lai et emprisonné. Mais les choses s’étaient tassées, il avait été relâché – cinq ans après, quand même - avec les excuses de Chou et ses privilèges lui avaient été restitués. Nul doute que son utilité pour le régime, en raison de ses contacts avec l’occident, n’aient donné à réfléchir en haut lieu.

Revenons au Tibet. Il s’y rend donc à nouveau en 1976, après son élargissement. Le Tibet se trouvait depuis les années 1950 sous la poigne de fer de Pékin et il fallait adoucir l’image pour l’étranger. D’où le bouquin d’Epstein. Pour être « transformé », il l’était, le Tibet. De fond en comble, même. L’objectif du livre était de montrer que si Pékin avait envoyé ses troupes, c’était pour le bien du peuple tibétain, un bien que les dirigeants communistes connaissaient bien mieux que ces semi-sauvages inexplicablement attachés à leurs lamas. Le livre fut dénoncé par les opposants aux communistes comme un grossier tissu de mensonges.

Le livre parut en 1983, et il reçut sa récompense la même année : il fut admis comme membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, un corps consultatif.

Peu rancunier, malgré son emprisonnement de cinq années, il demeura indéfectiblement attaché aux « idéaux » communistes jusqu’à sa mort, survenue en 2005 à Pékin. Ce qui nous fait quand même 90 ans de soutien indéfectible.

Il avait reçu de nombreux honneurs durant sa longue vie, de la part des dirigeants successifs, le président Hu Jintao se déplaçant même pour l’aider à souffler ses 90 bougies. Il en reçut encore dans la mort puisque ses funérailles eurent lieu au cimetière Babaoshan des Révolutionnaires à Pékin, le 3 juin 2005, en présence du président chinois, du premier ministre et de tout le gratin chinois reconnaissant.


Juste avant son décès, il avait publié, en 2005, My China Eye : Memoirs of a Jew and a Journalist.

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